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Full text of "Recherches historiques : bulletin d'archeologie, d'histoire, de biographie, de bibliographie, de numismatique, etc., etc. [monthly]. January 1920- December 1921"

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Toronto Public Library. 



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BULLETIN D'ARCHEOLOGIE, D'HISTOIRE, DE 

BIOGRAPHIE, DE BIBLIOGRAPHIE, DE 

NUMISMATIQUE, ETC., ETC, 

publié par 

PiL:Rui>GKORCii:s Roy 



VOLUME VINGT-SIXIEME 



i.ir\'is 



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HUI.I.KTIN 



DES 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXVI BEAUCEVILLE-^JANVIER 1Q20 No 1 



JEAN-BAPTISTE COIILLARD DE 
LESPINAY 



11 iiiKiuit à (^UL'l)c'(- le 2 mai 1(357, du mariage de Louis 
Couillard, sieur de Lespiuay, et de Geneviève Desprès. 

Il était le petit-fils de Guillaume Couillard. 

M. de Lespiuay fut iionmié de Ixnuie heure eai)itaiiic 
des gardes de la Ferme. Il se livra aussi à la navigation 
puisque nous le voyons à diverses reprises qualifié de "ca- 
pitaine de navire". 

Le 15 mars 1691, le gouverneur de Frontenac donnait 
à M. de Lespinay une commission de eapifaine do ])oi't 
pour Québec. 

Cette conmiission mérite d'être connue : 

"Louis de Buade Comte de Frf>ntenac (Jouverneur et 
Lieutenant Général poiu- le Roy en toute la France sep- 
tentrionnalle. 

"Sur les advis (pii nous avaient esté donnez des lan- 
uée gbje. soixante, et dix neuf (lu'au préjudice des deflfen- 
ces que nous avons faites de lien jetter dans le i>nit <•< ha- 
vre de cette ville qui i>ust reiicnmhrer et faire tort aux 
bastiments (lui sy retirent, on ne laissf)it pas dy contreve- 
nir, nous jugeâmes a ]>i<>|.n^ ;.ii.)i.ln (pic le lieu est fort re- 



A'M 



serré et qu'il ny en a point d'autre plus conmiude aux en- 
virons de cette ville ou les bastinients puissent demeurer 
a lancre en seureté, de connnettre le Sr Malien ])our faire 
les fonctions de Capitaine Maistre de jjort, et tenir la main 
a ce que personne ny pust jetter aucunes pierres ny autres 
choses capables crentlonnnager les l)astiments, ce que le Sr 
Malien auroit empesclié jusqu'à son decez arrivé en 1683, 
mais comme depuis ce temps on auroit négligé dy commet- 
tre une autre personne en sa place, on nous auroit fait 
dei^uis nostre retour en ce i)ais diverses i)laiiites qu'au 
préjudice de nos mesmes deifences on continues encore a 
jetter dans le d. port et havre plusieurs choses encombran- 
tes, qui font un tort considérable aux bastinients qui y 
abordent ; que souvent Ion y voile les aniares, cordages, et 
af)araux des bastinients et chaloupes, et qu'on y fait plu- 
sieurs autres desordres qui peuvent pi»éjudicier a la seureté 
des d. bâtiments qui sont obligez de sy retirer ; ce qui pou- 
voit mesme dans la suitte rendre le port inutile, a quoy 
estant nécessaire de pourvoir, nous avons commis et esta- 
bly, et par les présentes commettons et esta])lissons par 
provision, et sous le bon plaisir de Sa Majesté et de Mon- 
seigneur Ladiiiiinl le Si- de Lespina}^ Capitaine Maistre 
de port pour en cette qualité avoir inspection et tenir la 
main a ce que personne ne jette ])his a ladvenir aucunes 
pierres ny autres choses encombrantes dans le port et ha- 
vre de cette ville qui ]>uisse le combler, resserrer, ou endom- 
mager les bastiments (jui sy retirent sous les peines au cas 
aj)partenant, et faire i)ar le d. sieur de Lespinay touttes 
les fonctions (]ui sont atti-ilniccs aux capitaines et Mais- 
tres des ports et lia\ rcs des \illcs de l'i-aiicc suivant les or- 
donnances et rcigiciiiciils de la Maiiiic, cl ceux (|ue l' Estât 
du |»ais et la disposition du lieu donnera subjet dy adjou- 



— ,') — 

\v\\ MANIM)XS .111 Sr l.(»iliiiiiri(' Licuiciijinl (ieiieral de 
(j)iU'l>('<- cî ,iu,u<' <l(' l;iiliiiir;iut(' de rcccxnir le d. -^r de IjCS- 
jtiiiay en la d. (iiialitr cl de liiy l'aire ]»i-('st('r scniiciil au cas 
l'ciiuis, cii tcsiiioiii*;- de ({iioy n<»iis avons signé ces ])resentes 
a y celles t'ait ai»[)()ser le sceau de nos armes et contresigné 
])ai' l'un de iios scciH'Iaii'cs a (j)iicl)('c ce (|uin/iesnie mars 
iil)je (lualre vingts onze signé l'ronti'uac et ]dus has ]tai' 
Monseigneur de Monseignat et scellés." ( 1 ) 

Dans un mémoire adressé à M. de I^ontcliart rain en 
1701. M. Lel^oy de la J*otlierie écrit : 

•■Tn ca]ntaiue de ])()rt serait fort nécessaire. "Il y 
a un iioiiiiiié M. de rKs|tina\' (|ui. du \ i\an1 de M. de l"'ron- 
îena<', était poui'xii d'uiK' )ii-o\-isioii de cajtitaine et de maî- 
tre de i»oi1 poui- le t)ien des vaisseaux mar<'liands. ]*oui' 
l)eu (rappointements connue de cent écus que Sa Majesté 
voulut lui accorder, je ne connais guère d'iionujie qui aient 
J>lus de pi'ohitt' et plus de savoil' (pic lui poUl' (•('>" sortes de 
détail. 11 est beau-père de M. de X'incelot (pii a eu Tlion- 
neur de vous ai)i)orter en 1{)99 la nouvelle de la moi-t de M. 
de Frontenac". 

Le 3 novembre ITltl*. MM. d<- ( allièi-e.- et de IJ.-auliar- 
iiois écrivaient au miinsti-e : 

Le sieui- de Lespinay (pii se dit capitaine de p(U-t n'a 
eu (pTune coimuission de Me le comte de Frontenac (pie S. 
M. n'a jamais voulu a]»prouver in (''tant j»as né<'essaire ])ré- 
sentement. pi>ur un petit ])ort comme celui de (Québec, où 
il n'v a «pic (piel(pies l»;i)<|ucs. de enmmettre un eajutaine 
de |)(ii't . I )e plu- le d. sieii)- de Lépiuay n'a pas de (pialité 
ni pal- sa naissance ni par ses sei-vices j»oui' obtenir un tel 
emploi. 11 est bonnctc liomme et bon à t'aiic reni])loi 



(1) Archives pu)>li'Mi''< 'in < '.in.-iil.i (Viri-i'-xiMiiulancp u^-nérale. vol. 11. fo- 
lio 196. 



... 6 -- 

qu'il a de capitaine des gardes de la Ferme dont il fait 
depuis longtemps les fonctions. " ( 2 ) 

Le 2 janvier 1703, Charles Bécard de (irandville, pro- 
cureur de la Prévôté de Québec, décédait. MM. de Cal- 
lières et de Beauharnois proposèrent au ministre de le 
remplacer par M. Couillard de Lespinay. 

Le 27 avril 1703, l'intendant de Beauharnois écrivait 
au ministre : 

A l'égard du sieur de l'Epine (Les])inay) que nous vous 
proposions pour procureur du Roi, quoique ce soit celui 
poui' lequel on vous avait demandé. Monseigneur, ki com- 
mission de capitaine de port à Québec, ce qui ne 2)arait pas 
trop convenir, M. de Callières m'assure que c'est un fort 
honnête honmic. Je les connaîtrai mieux tous dans cet 
été et l'automne prochain nous aurons l'honneur de vous 
proposer les meilleurs sujets du pays [»<)ur les charges va- 
cantes, c'est de quoi nous sommes convenus ensemble." (3) 

Le 15 novembre 1703, MM. de Vaudreuil et Beauhar- 
nois écrivaient encore au ministre : 

"Nous vous avons, Monseigncui-, i)roposé i>our rem- 
plir la charge de procureur du Roi de la ])révôté le sieur 
de l'Epine (Lespinay) parent du défunt, parce que nous 
n'avons osé vous parier d'un sujet contre lequel nous avons 
oui dire que l'on vous avait forteinent écrit, c'est le sieur 
de Vincelot, beau-lils du dit sicui- de rK])iné (Lespinay), 
si, cependant, vous nous faites rii<.nncui- d'ajoulcr quelque 
foi à ce que nous ])ouvons vous dire de lui, nous aurons 
celui de vous assui'ei- (pic le dit sicui- de X'iucclol est celui 
de ce pays que nous coiniaissons le plus caitable de bien 
remplir cet emploi. M csl auissaiil. a de l'cspi-ii et dans 



(2) Archives publi(|U('.s rlu Canadii. CiuTosponclance générale, vol. 20. 

(3) Archive.s i)ul)Ii(ni<'s du f.-mad.i. ('nnospnjul.-inrr' Ki^n/^ralr, vol. 21. 



... 7 — 

l'cspri'iiiicc (r;i\(»ii' une |>l;irc ;ni ( 'mix'il cniiiiiic il en a\'ai1 
('té liatt('' i»ai- M. de < liaiiiiiiiiii\ . il s't'st a|>|<li<|U('' à Tétiulc 
de l'urdoiinaiicc cl de la (•(.iiniiiic de l*ai-is (pi'il sait 
hioii." (4) 

Xi M. (le Lc'sitiiia>- ni Ai. Aniy(t1 de N'iiK-dol ne turent 
n(niini('s. CVst un Fran(;ais dv France. M. Tliierr) , (|ui 
eut la charge. 1 1 re<;ut ses lettres de proNisions en 1704. 

La maladie ayant emixM'lié M. Thierry de i)asser dans 
la Nouvelle-France, le 10 octohre ITOf), Fintendant Raii- 
dot donnait la eomniission suixajitc ii M. < ouillard de Les- 
pinay : 

'*.lac(iues Raud<»t, etc. 

''Sa Majest(^' ayant ey devant i)ourveu de la eliarge 
de Pro('ur(^nr du Roy de la Pr(>V(»st(' et aniii'ant(' de Qué- 
bec la personne du sr Thierry que la maladie qui luy est 
survenue en France avant le (l<''i>art i\v>^ vaisseaux «le ce 
|)ays a emi)esclié de passer cette année, (ju'il est cependant 
nécessaire de pourvoir d'une i)ers()ime cai)al)le d'en t'aii-e 
les fonctions en son absence ; sur le louable rapoU ([ui nous 
a été t'ait de la personne de Jean-Bai)tiste Couillard de 
Lespinay, Iwurgeois de cette ville, et de ses sens, suffisance, 
capacité, loyauté, piud'honuuis, experiance et affection au 
service de Sa Majesié : à ces causes avons commis et com- 
mettons le d. sr de Fepinay p<tur taire (4 exer<'er en Fal)- 
sence du d. sr Thiei-r\ les f(>ncti<>ns de Procureui- du i\«»\ 
de la d. Pi-evosté e1 amii-auté de (t)uéhec, pour de la pi'c- 
sente coiumission .j(»uir .ius(|u'au d. lemjjs et tout ainsy (pie 
poui-ait faire hj d. sr. Thieii-y s'il (Hait icy i»resent aux hon- 
neurs, authoritéz, itrei-ogatives ot exemptions dont on a 
accoutumé de jouir les l'rocui-eiir^ du i\n\ de la pievosté 
et amii-auté. Mand.-ns aux <dïi<Mei> (h-s <1. jurisdictions 



(4) Archives publiques du Canada. Cr>rreHi.<)ndance générale, vol. 21. 



qu'aj^rès avoir reeeu le serment du d. sr de Lephiay au tel 
cas requis ils le mettent et instituent en jjocession de la pre 
sente commission, ensemble des honneurs, autlioritez, pré- 
rogatives, exemptions, gages, fruits, profits, revenus et 
emoliunens au d. office de Procureur du Roy appartenans, 
le fassent, souffrent et laissent jouir et user pleinement et 
paisiblement et le fassent obéir et entendre de ceux et ain- 
sy qu'il appartiendra concernant le d. oifice. En témoin 
de quoy nous avons signé ces présentes de notre main, à 
y-celles fait apposer le sceau de nos armes et fait contre- 
signer par l'un de nos secrétaires. En notre hôtel, à Qué- 
bec, le dix octobre 1705. 

RAUDOT" (5) 

M. Thierry ne se souciant pas, une fois rétabli, de ve- 
nir i)iendre sa charge, le 9 juin 1708, le Roi accordait à M. 
Couillard de Lespinay les provisions de l'office de son pro- 
cureur en la Prévôté de Québec. (6) 

Huit années i)lus tard le 27 avril 1716, M. de Lespinay 
remijlaçait M. Dupuy de Lislois comme lieutenant parti- 
culier de la même Prévôté de Québec. (7) 

Le 20 novembre 1717, le comte de Toulouse, grand- 
amiral de France, donnait à M. de Les])inay une coimnis- 
sion de lieutenant-général de l'Amirauté de Québec. (8) 

Cette commission fut contirmée par le roi le 18 jan- 
vier 1718. (9) 

M. de Lespinay exerça cette charge coiicinremment 
avec celle de procui-onr de In Pi-évôté. 



(5) Ordonnances dfs intentlants, cahier 1, i>. 4. 

(6) Ces provisions sont enregistrées au cihicr III drs liisiniiations du 
Conseil Supérieur de Québec. 

(7) l'rovisions au cahier l\ d<s Insinuai ions i\[\ Conseil 8ui>érieur da 
Québec. 

(8) Commission publiée au vol. III, p. 'J.',. des EDITS KT ORDONNANCES. 

(9) f?onfirm!ition an vol. HT. ]>. î).'',, des EDITS KT OUI )ONNANCI':S. 



— — 

M. Jean-Baptiste Couillaid de Lespinay décéda à 
Québec le 8 mars 1735, à l'âge de 78 ans. 

Il a\'ait épousé, à Québec, le 23 octobre 1680, Geneviè- 
ve de Cliavigny, veuve de Charles Aniiot, et fille de Eléo- 
nore de Grandinaison dont il est si souvent question dans 
notre histoire. Elle était décédée onze ans avant lui (21 
avril 1724), sans lui laisser d'enfants. (10) 

M. labbé Couillard-Desprès, dans son HISTOIRE 
DES SEIGNEURS DE LA RIVIERE-DU-SUD, dit de 
M. de Lespinay : 

"Jean-Baptiste Couillard de Les^jinay fut l'un des 
plus célèbres descendants du premier colon canadien ; les 
fonctions qu'il fut appelé à remplir montrent en quelle es- 
time il était tenu par les gouverneurs et les intendants. 

''Les comnmnautés le commutèrent parmi leui-s amis 
les plus dévoués. En 1707, il consentit à ratifier la vente 
faite en 1666, par son aïeule, Marie-Guillemette Hébeii:, à 
Mgr de Laval, du terrain du séminaire de Québec. Il dé- 
clare dans cet acte qu'en "ce qui peut le concerner, il agrée, 
approuve et ratifie de sa part le dit contrat de vente en tout 
son contenu, consent et veut qu'il sorte son plein et entier 
effet, se départissant même entièrement de toutes préten- 
tions et droits sur les choses vendues, par le dit contrat, si 
aucun il avait ou pouvait avoir de quelque matière que ce 
soit." 

"M. Couillard de Lesjnnay donna aiLx Dames Ursu- 
lines des jjreuves non équivoques de l'admiration qu'il 
leur portait i)our l'oeuvre si noble qu'elles poursuivaient 
avec zèle depuis la fondation de la colonie. 

(10) Elle avait en deux enfants de son premier mariage, un flls et une Hlle. 
Celle-ci fut religieuse ursuline. J<>p t ' « - • • -• ^;. -Hotte eet bien connu dans 
notre histoire. 



--- 10 — 

"M. de Lespina}^, disent les ANNALES, en 1721, of- 
fre à notre coromunauté une terre en bois debout, située 
sur la rivière Saint-Cliarles, vers Lorette, ayant deux ar- 
pents de front sur quarante de profondeur, ne demandant 
pour toute redevance que des prières à perpétuité pour lui 
et pour sa femme. En acceptant ce don, nous nous obli- 
geâmes à lui faire dire chaque année une messe, et à lui of- 
frir trois commiuiions générales aux grandes fêtes. 

"Cette terre, nonmiée le Gros Pin, fut cultivée avec 
soin pendant plusieurs années ; ayant été dévastée au 
temps des guerres, elle fut vendue avec peu de profits mais 
îe souvenir du donateur n'est pas moins impérissable par- 
mi nous, et il se transmet à la postérité par la messe annuel- 
le de mars." 

P. G. R. 



ERNEST GIRARD, ARTISTE 



Né aux Trois-Rivières, le 14 mai 1878, du mariage d'Octave Girard, fabricant, 
et de Louise Dufresne, le sujet de cette notice, Ernest Girard, commença à 
bonne heure, l'étude de la gravure et du dessin à Montréal. De cette ville, il 
se rendit à Toronto puis à Buffalo. Vers 1895 on le trouve à Paris ort il se 
perfectionne dans son art. Ce jeune homme faisait déjà preuve d'un talent 
sérieux lorsque la mort termina sa carrière dans l'ancienne mère patrie, le 18 
septembre 1897. J.^^ Monde ilhi.slré, de Mcmtréal a i)ublié, en janvier, avril et 
mai 1897 quelques-uns de ses dessins et l'on peut juger par eux qu,. notre i)ays 
se serait avec raison enorgueillit de cet ai-tistc 

E.-Z. M. 



11 - 



UN DOCUMENT INEDIT DU BARON 
DE LAHONTAN 



Le fameux ])aroii de Lalionlaii, auteur d'un voyage en 
Amérique fort prisé \mv les uns autant que fort décrié par 
les autres, a laissé à ^^lontréal, un docimient qui intéresse- 
ra probablement. 

C'est une donation à cause de mort, signée par le no- 
taire Maugue et placée dans ses minutes. Cependant le 
texte de la i)ièce n'est pas de l'écriture de ^langue, l'on 
serait i)lutot porté à croire que c'est Labontan qui a tenu 
la plume si T'U-tbograplie et la pbraséologie n'étaient ])as 
aussi bizarres. Mais, après tout, Labontan n'avait alors 
que dix-buit ans et il pouvait bien, avec la grammaire, 
prendre des liljertés que des personnages plus âgés et jjlus 
considérables se penuettaient volontiers. 

Au surplus, on sera peut-être également surpris de 

rencontrer dans cet acte certaines disi)ositions qui 

mais n'anticipons pas. 

Rappelons que Labontan cM arrivé à Québec en no- 
vembre 1683, (pi'il vint à Montréal en juin 1684, qu'il en 
partit pour le fort Frontenac et revint à Montréal en no- 
vembre de la même année. 

C'est donc au retour de son premier voyage dans l'in- 
térieur de la contrée qu'il juge que dans notre "pays de 
fatigue" l'existence est en danger et (pi'il vaut mieux 
prendre ses précautions. 

''Par devant Claude Maugue greffier et tabel- 
lion de ITsle de montréal et notaire royal en la 
nouvelle France et témoins s(>ul)signés fut ]>résent 
en peisonne Messii-e Armand darce escuier Sei- 
gneur et bai'on de Labontan et Seigneur d<M-leix en eba- 
losse lecpiel a recoimu et confessé avoir fait donation à 
cause de mort a bonorable fenune frauçoise decautes veuf- 
ve de deffunt Messire Isaac <le Lf>m, darce. escuier. baron 
de Labontan et Seigneur Dorteix, conseiller bonorère au 
parlement de pau en béarn et réfonnateur du domaine des 



—12- 

eaux et forets de la province de béarn pères et mères dudit 
donateur tous les biens qui peuvent lui competer et aparte- 
nir de la succession d udit sieur fut son père et autres suc- 
cessions donations qu'autrement, à la charge toutefois 
qu'incontinen que la mort du dit donateur sera connue. 
La dite Dame sa mère fournira et livrera aud cy après 
només les Sonmies y déclarées pour les causes et raison, 
bonveille (?) amitiés et obligations qu'il leur a et en cas 
de, mort seulemen, comme dit est, à prendre sur les biens 
qui pourront lui apartenir de la succession du dit feu 
sieur son père premièrent le dit donateur veut et entent 
qu'il soit donné à l'église paroisiale de cette ville de ville- 
marie au dit Montréal la somme de trois cent soixante et 
sine livres monoyé de canada pliLs deux cens livres à lopi- 
tal dudit montreal le tout pour faire prier dieu pour le re- 
pos de son âme après son décès ; plus cent livres argent de 
france a cliarles l^elongest et à sa femme, plus cent quatre 
vint dix livres à pierre mallet et à sa femme, pour bons ser- 
vices qu'il a reçeu de lui dans ce païs ; plus cent escus, mo- 
noyé de france pour les réparations de la chapelle size au 
château de Lahontan maison dudit donateur ; plus cent 
escus pour les réparations de l'église de nostre dame de 
habet, église paroisiale dudit lieu ; plus dix pistoles mo- 
noyé de france, à françoise (un blanc), fille de pierre (un 
})lanc), filleole du dit donateur maitaiier demeurant à une 
maitarie nonnnéo La Salle, apartenante et dépendante 
dudit donateur. En regart du dereste ( 1) de dédits biens 
qui pourroient apartenir audit sieur donateur, il les laisse 
et remet à la disposition de ladite dame sa mère pour en 
faire ainsi qu'elle advisera. La présente donation faite 
seulement en cas de mort veu que ledit donateur est dans 
un païs de fatigue et il peut renc^ontrer journellement 
dans des accidens tant de l'eau, feu, guerre et autres cho- 
ses qui sont assés fréquentes et qui est seulement un sim- 
ple disposition testamentaire huiuelle en cas du cédant il 
veut et entend qu'elle porte son plein et entier effet suivant 
sa teneur, car ainsi est sa volonté et intention. Fait audit 
Montréal, cstude du notaire, ai)rès midi. Le vint sine de 



— 13 — 

iiovenil)i*(' 1()(S4, iJi-ésciico de sieiii- Simon giiilori et de 
l'raiicuis Laiiri tcviiioiiis, (Iciiicin-.'nil ci >(»iilisiun('s .-iviw le 
Sieur donateur et notaire. 

l)Ai;( K (8. cj 
MAU(U'E (8. <-.) 
SiiiKMi (iuill(»]-\, anmirici' (|U(' les lecteurs du Hiilhi'ni 
connaissent déjà, et Fran(;ois Lory, scit;('nt liuissici- du 
])ailliage, les témoins, n'ont pas signé le précieux document. 
Si l'on compare deux des noms de lieux mentionnés 
dans le texte ci-dessus avec ceux du remarqual)le ouvrage 
de J. Edmond Koy sur le baron de Laliontan on verra ([uc 
Derh'i.r et Dortcix, ici, est Esleicli dans Roy et que lial)e1 
est Abet. 

E. Z. MASSl COTTE 



BOULDUC 

Louis Boulduc qui i)assa au C'auada vers 1GG4, et que nous voyons en 
1676, qualifié procureur du roi et bourgeois de Québec, était fils de Pierre, 
maître apothicaire, domicilié en la rue St-Jacques, paroisse de St-Benoit, 
i\ Paris. 

Simon Ijoulduç continua mit U-^ Uiui-.s u»- ri.ii.- ; il naquit en 164T, 
et fut apothicaire de la reine d'Espagne et de la duchesse d'Orléiins ; juge 
consul de Paris et pensionnaire de l'Académie des Sciences. Il mourut 
en 1729. Quand vint en 1696, l'édit sur l'enregistrement des armoiries, 
Simon sV conforma et inscrivit ses armes dans la généralité de Paris. 

Son fils, Gilles-François, écuyer, né en 1672, embrassa la même car- 
rière. Il devint premier apothicaire du roi Louis XV et de la reine Ma- 
rie Leczinska. En 1699, il fut nommé associé <le l'Académie royale des 
Sciences. 11 fut égalcnicjit professeur démonstrateur en chimie au jar- 
din royal des Plantes. Juge-consul de Paris, et, éclieviu en 1726. Il 
mourut à Versailles en 17+2. Ses armes dans l'Armoriai de la ville de 
Paris, de Bciiuniont, diffèrent légèrement de celles de son père. L'éche- 
vinat l'avait an<tl)li et lui permettait le port audessus de ses armes d'une 
couronne de comte. 

Ce doit être Simon ou (xilles-François, qui composa en 1721 avec un 
M. La Serre, une i)oudn' : Alkermes on Aurifiquo de Glaubec, spé<'ifique 
pour les fièvres, l'hydropisie, les vortiircs. l'apuplcxie. la dysenterie, la gra- 
velle, la petite vérole, etc., etc. I.'KGIS ROY 



... 1 4 — 

LA FAMILLE GAULTIER DE VARENNES 



1ère génération: René Gaultier de Varennes 
2ème génération: Jacques-René Gaultier de Varennes 



JACQUES-RENE GAULTIER DE VARENNES 



Voici l'acte de baptême de Eené Gaultier de Varen- 
nes, tel qu'on le lit dans le registre des Ti'ois-Rivièi'es : 

"L'an de grâce 1677, le 28 octobre, je F. Gabriel de la 
Ribourde, ai suppléé aux cérémonies qui avaient été ob- 
mises au baptesme d'un fils (on lit en marge, liaptême de 
Jacques René Gaultier de Varennes) de Monsieur René 
Gaultier, seigneur de Varenne, et de Mademoiselle Marie 
Boucher, ses père et mère. Monsieur Pierre Bouclier et 
Mademoiselle Marguerite Seigncuret, procureurs de Mon- 
seigneur Jacques Ducliesneau, Intendant pour Sa Majesté 
en ce pays de la Nouvelle-France, et de Mademoiselle Ba- 
zire, parrein et marrcine." 

"Cet enfant de Monsieur de Vareime a été deubment 
ondoyé par le R. P. Martial Limozin, le 2ième jour d'octo- 
bre 1677". 

Jacques-René emlu'assa très jeune la carrière militai- 
re ; le 15 novembre 1703 (1), MM. de Vaudreuil et de 
Beauliarnois sollicitaient ]K)ur lui une place d'enseigne : 
"Le Sieui' de Varennes, éciivaicnt-ils au roi, est de nais- 
sance, et fils d'un gouverneur des Trois-Rivières. Il sert 
depuis lonjiteni])S, et toujours avec distinction. Quand 
les Anglais vinrent à Quél)ec en 1()90, il avait alors seize à 
dix-sei)t ans (2) et voyant les trou])es défiler ])0ur passer 
la petite rivièiT, qui est enfi'c (^ncbcc et T>eau])ort, où les 
Anglais devaienl l'aii'c leur (Icsccntc, il se jclla h la nage, 
son éi)ée entre l(!s dents. ,-ill;i anx ennemis n la iC'iv, des 
troupes, et fit merveille." 

(1) Archives du Ciin.'ida. Correspondance gén^^ralo, 1703, C. IT, Vnl. 21. 

(2) 11 n'avait en réalité que treize ans. 



-- 15 — 

La proiiKtt ion s(»llirii('-('. lui l'ut .(••••••rdée, car c'est en 

cette qualité d'ciLseignc qu'il i>rit paii dans l'iii ver de 1708, 
à l'expédition ('(►nnnandéc |iai- les sicuis de RonvilU* et Dcs- 
cliaillons, et dirigée contre le Ixturg de lla\t'i-lnli, dans la 
Nouvelle- Aug-leteri-e (3;. Kii 1710, il était nommé lieu- 
tenant dans les troujx's de la inai-ine (4). Le 7 août 1712, 
il é))ousait,à Montréal, Marie-Jeanne Lenioyne. 

Au contrat de mariage, passé le jour [irécédent j»ai- 
devant le notaire Hainhault, assistaient les jjIus hauts ))er- 
sonnages, ivsidant al<us à \'ille-Marie. On y voyait de la 
])art du i'utni- éiioux : sa mère, Marie Boucher, dame de 
\^areinies, le vieux i^ierie Boucher, seigneur de iMiucher- 
ville et sa digne épouse, Jeanne Crevier, le Sr Betit de Le- 
Villiers, et Magdelaine (laultier de Varennes, son épouse, 
le 8r. de Sabrevois, Dame ^Marie Renée de Varennes, veu- 
ve de la Jenuneraj'e, sa soeur. Demoiselle Marguerite (îau- 
tier de Varennes, Ignace Gamelin, Maître Taillandier, No- 
taire-royal, le Sr. (le Puybaraux, — de la part de la future 
épouse, Messire Charles Lemoyne, chevalier de l'Ordre de 
Saint-Louis, baron de Longueil, et lieutenant du roy au 
gouvernement de ^lontival. on<'le j>aternel et tuteur de la 
dite demoiselle Lemoyne, et Dame Klizabeth Souart, son 
épouse, Jean lîouillet, Sr. de la diassagne, clievalier de 
l'ordre militaire de Saint-Louis major de Montréal, et de- 
moiselle ]\Iai"ie Lemoyne, son épouse, Jacques TicBer Sr. 
de Senneville, cousin, le Sr. de Lignery, ca]»itaine d'mn' 
com])agnie du détaclienient île la marine, et dame Anne 
rjobutel de la Noue, son é]»ouse, Bhilip))e Kobutel, Sr de la 
Noue, seigneur de ( 'hateauguay, son cousin, Nicolas Le- 
moyne, Sr. D'Assigny, Louis Sicard de lîcaujeu, et Dame 
Thérèse Migeon, son épouse. Délies Snzamie, Angéli(jue 
de la Noue, Jose})h de la Noue, Demoiselle Catherine Ju- 
chereau, Jean Soumande. 

Voici l'acte de mariage de René (îaultier de Varennes 

(3) Listp des officiers, qui ont été dans le parti command»- par MM. il'Ea- 
chaillons et Rouvillo — Archives du Canada. Corronpondanc»- Kénérale, 1708, C. 
II, Vol. 28. 

(4) Archives du Canada. Rég., des dépêches, 10 mai 1710. Série B. Vol. 32. 



— 16 — 

et de Jeanne Lemuyne de Sainte-Hélène, tel qu'il est con- 
signé dans le registre officiel de Xotre-Danie de Montréal. 

Le septième jour d'août de Tan mil sept cent douze, 
ajorès la publication d'un ban et reçu le certificat de Mon- 
sieur Ango Demezeretz, par lequel il appert que le procès 
entre M. de Varennes avec Madelie Robineau est terminé, 
et qu'il n'y a plus rien qui empêche le dit Sieur de Varen- 
nes de se marier à qui lui semblera. (5) 

Je soussigné Prêtre X'ii-aire de la paroisse de Ville- 
Marie après avoir obtenu la dispense de deux bans de Mre. 
François Vaclion de Belmont Grand-vicaire de Monsei- 
gneur l'Evêque de Québec, et a])rès avoir pris le mutuel 
consentement de Eené Gautier Ecuyer Seigneur de Va- 
rennes Lieutenant dans les trou})es de la marine âgé de 
trente et cinq ans, fils de delïunt René Gautier, vivant 
Ecuyer Seigneur de Varennes, Gouverneur des Trois-Ri- 
vières, et autres lieux dépandans dudit Gouvernement, et 
de Dame Marie Boucher son Epouse, ses père et mère 
d'une part ; et de Demoiselle Jeanne Lemoyne de Sainte- 
Hélène âgée de vingt quatre ans, fille de dcffunt Jacques 
LemojTie, vivant. Ecuyer Sieur de Sainte-Hélène, Lieute- 
nant dans les ti'oupes du détachement de la marine, et de 
deffunte Dame Jeanne Dufrenoy son épouse, ses père et 
mère, de cette ]);iroisse, d'autiv i)art : Les ay mariés et 
leiii- ay donné la bénédiction nuptiale en ^irésence de Mes- 
sire Charles Lemoyne, baron de Jjongueil, Chevalier de 
rOi-dre militaire; de St-Louis et lioutenanl de Roy dans 
cette place, oncle de ladite épouse, de Jean lîouillct Kcuyer 
Sieur de la (.'hassagne, aussi chevalier de l'Oi-dic de St- 
Louis, major de cette )»lace ci oncle de ladite épouse, de Da- 
me Mai-ie Bouclier, iiièic (hi<li1 éj»oux, de (Jliarles Petit 

(5) René Gautier tle X'arennes .s"<^tait engagé par un acte passé devant 
Maître Marien Taillandier, notaire-royal, résidant à Rouchervllle, en date du 24 
novembre 1709, à étmuser demoiselle Marguerite lîenée Robineau de Bécancourt, 
fin,, de l'ierre Robineau de Bécancourt, baron de l'ortneuf. i'ius tard il voulut 
se libérer de cet engagement, ce (|ui donna lieu à un long i)rorès. l'ar .sentence 
du Conseil Supérl<iir (27 JuilU-t 1712) il fut dégagé de .sa promisse, et condamné 
à payer trois mille llvn .s à la (lemois<'ll(! de BC-eatïcoui-t. 

.Juu>:vuvtH ri dt'lil>érntii>7i.i rlu Consril Suin^ritur tir (^iitUtrc, Vol. V'I, pp. 
451-455. 



Ecuyci- Sicui- (le Li\ilici-. ( 'apiiaiiu- «l'uiic cninjfa^iiir' <lii- 
(lit détaclu'iiKMit. hcaii-t'ivic de IVpoiix, de Cliailcs l*liili- 
bert Eciiyei- (dTicici- dans Icsditcs tioiijK's, do .hwMjues Le- 
Ber, Eciiyer, Sieur de Soncvillc. IJculcnaiit dans les dites 
troupes, de Simon J)ui)uy, Kcuyer. cnsci^inc dans Icsdites 
troujjes et de plusieurs autres jjarens e1 amis «Icsdites par 
ties. Lesquels ont si<i-né avec Icsdites parties. 

Petit Deiivilier, ^lagdelaine (iaulici-. Marie- 
René (iautier, Elisabeth Souart, Seinieville, 
Dadoncour, René (lautici- <le \'arennes, Ma- 
rie Jane de Ste-llélènc, Marie Jîoucher, veu- 
ve <lc N^arenne, J^onj^ueil, M. Marguerite 
Gaultier, Lacliassai«»ne, Marie-Anne Lemny- 
ne, Pliilbert l)ui)uy, Charlotte Livillicrs, 
J*aul Joseph Longueil, i*iiat, X'icairc. 
M. de N'arennes demeurait à Montréal où sa position 
d'oificier dans les ti-ou])es de la Maiine le retenait. — En 
1728, il rendait foy et lionnnage, devani rintendant l^egon. 
l)0ur la belle seigneui-ic de X'arennes, doni il se ti-ouvait le 
princi] >al ijos.se.sseur. 

La seigneurie était bien habitée si nous en jugeons par 
l'aveu et <lén(tnil)rement que René (Jaultirr de Varennes, 
produisit dans la même aimée. 

En 17J(i, ^L de Varennes était )H(»mu au rang de ca- 
pitaine des troupes et chai'g»' (lu r(.iiiiiia?idemcii1 iTunc 
compagnie (6), Dans une listi^ (7) des officiers militai- 
res de la <!(donie faite en 17:>9. avec drs apostilles i-a))j>e- 
lant leurs états de service, on lit ce qui suit : X'aicimes 
(de) "Foi't capable, de conduite in-éprochal>lc". 

Une malheureuse atTaii-e devait briser à jaiiiai- ^;' 
carrièi'e militaire. 

En 174!). M. Silvain, à (pli Madame de la Jemnierayc 
s'était unie <'n secondes noces, eut de fâcheux démêlés ave<* 
le sieui" de M(tnrepos, juge de Monti'éal. <pii obtint même 
un dé<'r<'t de prise de eMrp> contre lui. Le capitaine ilc 

(6) Archivts du Canada, reg. des d<p. 26 Avril 1736 Série U \oI. 64. 

(7) Voir ■ \ ptrt II sur ifii'lqui s ii.nti m iiuiaïu/t, par rabbé F>.inl<l e. SS. I). f)9. 



— 18 --- 

garde à qui on s'adressa, selon l'usage, pour l'exécution de 
ce dtVret. était ce jour-là M. de Vai'eiines, beau-frère de M. 
Silvain ; il refusa d'agir ; et conuiie la garde ne devait être 
relevée que le lendemain, M. Silvain eut la facilité de s'en- 
fuir, et même de faire eidever tous les meuliles de sa mai- 
son. M. de Varennes tit plus encore : il souleva tous les 
officiers de la garnison contre M. de la Valtrie, qui étant 
de garde le lendemain, voulut prêter main-forte (8). Le 
roi informé de ce qui était arrivé, cassa M. de Varennes et 
donna sa c(jnii)agnie à un autre. De plus, il interdit pour 
trois mois les sieurs Duplessis, Faber et Rocbert de la 
Morandière, pour la conduite irrégulière qu'ils avaient 
tenue en cette occasion. (9 ) 

La disgrâce de ^I. de Varennes causa une grande 
émotion i)ar tout le pays. 

MM. de Beauliai'iiois ci M. de llocquant, s'em})loyè- 
rent de leur mieux pour le réhabiliter aui)rès du roi. (10) 

De son côté Monseigneur de Pontbriand, dans ime 
lettre adressée au président du Conseil de Marine disait : 
'Me ne puis m'emj)C('liei', monsieur, de vous avouer que 
j'ay ressenti très vivement la disgrâce de M. de Varennes. 
J'appris qu'il était malade dans la prison ; je i^ensai qu'il 
était du ministère de charité que j'exerce, de ie[H"ésentei' 
son état à M. le général, j'en (>l)tins l'élargissement, je m'en 
repens ; peut-être qu'une plus langue prison vous eut don- 
né occasion de luy pardonner. Si cela était, je vous sup- 
plie, Monsieur, de co7isoler cet affligé (pi 'un service tro]) 
officieux de ma ))ai'1 aui-ait i-eiidu malheureux." (11) 

Le i-oi ei le iiiiiiisti'e se coiiiciitèrent' de répondre à 



(8) Archives ilii Can.-ifl.i. -Lf* luf'Si'l'iii du (".iriscil (!.• ALtrim- ii .M. cli- Jitiiu- 
hai-nols, 2-i mars 1744. Sfiie B. Vol. 78. 

(9) Archives du Canada. Coll. Moreaii de St-Mery, 1741-1749. Vol. II, p. 173. 

(10) Archives du Canada. CorreHporxdunce K<^n<'>rale. 10 octobre 1744, série 
F. 81 blH. 1744. p. 421. 

(11) Archives du Canada. Correspondance Kén<irale, 30 octobre 1744. Sé- 
rie F. 81 bis. 



... ]\\ ... 

iniitcs k's supplltilU's. i[w la iaiiir <ic M. <lt* \'arriiiu*s avait 
('•tr îr<»}> grave, })(>iir vWv siis('(*i»til)K' de grâ<-('. (12) 

M. (le Varennes démla à Montréal ; voici l'acte de sa 

sépulture : 

Le vingt huit juillet, mil .-ept cent cimiuanle sept, a 
été iiihumé dans la eha}>elle de Sainte-Anne, de cette égli- 
se, le corps de M. Jacques Kéné (Jaultier, écuyer. seigneur 
de Varennes, ancien ca]>itaine d'inlanterie. décédé le jour 
jjrécédent, vers trois heures et deniy, après-niidy, âgé d'en- 
viron quatre vingt et un ans. Ont été i>résens Mrs. Fau- 
con et Poulin. ])rêtres. 

Faucon, ittre ; Poulin, i>tre ; Deat, vie. 

Madame de \'arennes. décéda (juehiues j«mrs plas 
tard, le (j août ITÔT. Elle était âgée de ()0 ans. ^ 

Du mariage de Jacques René (iaidtier <W \'arennes et 
de Jeanne Lenioyne de Sainte-Hélène, étaient m'^ les en- 
fants dont les noms suivent. 

I 

Mtirif Cluirloltt (idultu r dt \'((r(nn(s. Née à Mon- 
tréal, le 24 juin 1713. Décédée au même endroit, le 20 mai 

171.'). 

II 

Jnni-Mdiir (,miHi( r (l< \'iirrnnfs. Né à Montréal, 
le 28 juillet 1714. Décédé et inhumé à LuiLmcil. le 22 
avril 171'). 

111 

Elisuhdli ClnirJnlir (iiinlfirr de Varcfuies. Née à 
Montréal le 18 novem))re 171.'). Mariée â Montréal, le 9 
août 17:U, à François Marie S.. n.,, an. le fils de Jean Sou- 
mande et de Anne Chapoux. 

(12) Archives du Canada-r^eLstre de» Dep. Le plaident du Conaeil de 
marine à M. de r.er. '745. SMeh^-^-- 

I^mêmfà.M. ^-"î^*'^^ 

,1917, une ^tu.i. .u- ^t > : . ' l-nK cet ép««<lr. 



— 20 — 

François Marie Soiiiiiaiidc (''tait le neveu de la Mère 
Saint-Augustin (Louise Souniande). i)reniière supérieure 
de l'Hôpit ai-Général de Quél^ec, et du clianoine Louis Sou- 
niande. Il était cousin du chanoine Pierre Hazeur de l'Or- 
me qui fut délégué du chapitre de Québec, en France. 

Un de ses frères, Jean Paschal Soumande, marié à 
Ursule LeVerrier fut assasiné en pleine rue de Paris, en 
1740. 

Le chanoine Hazeur de l'Orme, écrivant à son frère 
Thierry Hazeur, chanoine à Quél)ec, en date du 20 mai 
1740, raconte en détail cette malheureuse affaire ; en ter- 
minant, il ajoute, parlant de François Marie, ces quelques 
mots : "Son frère de l'Orme aurait mieux fait de passer 
(en France) que lui, il est plus entendu et a plus de con- 
duite. (13) 

Dans une autre lettre (11 mai 1741) il dit : "Somnan- 
de De l'Orme est un garçon sage et entendu qui fera les 
affaires infiniment mieux que celui qui est mort ne les au- 
rait faites". (14) 

IV 

Jean Hypolite Gaultier de Varenues. Le continua- 
teur de la ligne. 

V 

René Gaultier <lt VarouK'x. Né à Montréal, le 27 
avril 1720. 

René em])i-assa hi carrière militaire. Il passa en 
Louisiane en ]7o9, pour servir comme cadet sous les or- 
dres de M. de Bienville (16). De là il revint en Acadie, 
011 il fut nonmié enseigne en second, en 1750, et enseigne 
en pied, en 1754 (!()). A l'ouverture de la guei-re de Se])l 
Ans, il fut rappelé à Québec (17). i*roiiiu au gi'ade de 

(13) Le chapitre de l.i Cathédmle de Quf'bec et sos délégués en France. 
liulletin df-a liechrrchca Ilisturiqurs, 1910, yt. 200. 

(14) Loi. cit. 1910. p. 299. 

(15) Rapport rnvrrrnnni 1rs Aichinn ('(iniiitirinK .s pour l'anvér 1905. Vol. 
1. pp. 45.5-456. 

(16) [{apport .sur Ira Arrhirrs ('(niaflirtnit s par ) )niiKl.'i.s Brymner, 1886. p. 
CXXVIII. 

(17) I{apj)orl rovrrr)i(iiit lrn Archives CanadicnncH pour l'annc 1905. Vol. 
T. p. 50C. 



— 21 — 

iieuteiiaiit en 1757, il (•(>nil)a1tit valcurcusciiicni à la Itatail- 
le (le Saint-Foy, le 2H avril 17(j(). Ayant eu les deux cuis- 
ses fiaeassées par un huulet, il mourut deux heures après 
(18). Il signait Varennes de 8te-Hélène. 

\1 

Maric-Ainu -,I ( Il iiiK (inHlflrr de VnrenneH. Née à 
Montréal le 11 août 172:). 

Mariée à Montréal, le ') juin 174-!, à François Marie 
Bouat, fils de François Marie lîouat, lieutenant-général 
de Montréal, et de Madeleine LaniiuM-t Ihnnont. 

VII 

Elisaheth llijpolih (iniiUier de Ydrenncs. Née à 
Montréal, le 22 août 172'). Nous ignorons ce qu'elle est 
devenue. 

VIII 

Jeanne Charlotte Anuibh- Gaultier de Varennes. Née 
à Montréal, le 13 juillet 1730. 

Décédée au même endroit, le 27 novembre liai. 

IVANHOE CARON, ptre 



(18) Rapport sur /» « Archives Canadiennes par Douglas Bo'mner. 1886. p. 
CXXXIX. 

Collection Lévis-Lcttres et pièces- mililaires, p. 309. 



QUESTION 



Quel est ce M. de 1/1-lc <|ui inourul (M.iiimaiidant du 
foi-t Iîoui'Ih.11. à la liaic d'il iid-«tii. dans riiivci- (!<• 1709 ? 

X XX 



— 22 



COxMMENT LUDGER DUVERNAY 

ACQUIT LA "MINERVE' 

EN 1827 



199 



Tout le monde a entendu parler de la Minerve, de son fondateur et 
de son imprimeur, mais tout n'a pas été dit à leur sujet. 

Il reste à connaître bien des petits faits, intéressants pour plusieurs, 
])ar exemple : Quelle était la valeur d'un journal de langue française de 
l'importance de la Minerve en 1827 ? Combien d'abonnés ce journal 
comptait-il ? Quel salaire exigeait un rédacteur alors ? Si ces questions 
piquent votre curiosité lisez le document ci -dessous et vous serez édifié. 

* * 

* 

18 JANVIER 1827 — VENTE DU TITRE DE LA 

"MINERVE'^ PAR Sr A.-N. MORIN A 

Sr L. DUVERNAY 

Pardevant les notaires publics de la proAànce du Bas-Canada rési- 
dants en la ville de Montréal soussignés. 

Est comparu le sieur Augustin Xorbert Morin étudiant en droit, de- 
meurant en la Cité de Montréal, lequel a reconnu et confessé avoir vendu, 
cédé et abandonné de ce jour à toujours, à Maître Ludger Duvernay im- 
primeur résidant en la ville des Trois-Rivières, à ce présent et acceptant 
pour lui ses hoirs et ayant cause, la propriété du titre d'un journal qui a 
été imprimé et publiée en la ville de Montréal sous le titre de La Minerve, 
sans aucune garantie d'aucune souscription ou abojinement de qui que ce 
soit, pour en jouir et disposer par ledt acceptant comme bon lui semblera. 

S'est d'ailleurs engagé ledt sieur Augustin Norbert Morin envers 
ledt. Mtre Ludger Duvernay h être le rédacteur et l'éditeur du journal 
susdt La Minervr. pondant le tem|)S et espace de six mois, à compter du 
premier février prodiain au plus tard, et promet donner à ce papier nou- 
vel toute l'attention en son pouvoir j)our le rendre lîeconiinandable. 

La vente «lu titre «lu journal su.sdit faite pour et moyennant le j)rix 
et 8(jmme de sept livres dix chclins courant que ledt sr Morin reconnoit 
avf>ir reçue avant «'«'s |)rés('nte.s «huit sr Duvernay ; et l'engagement dudt 
Si- Ar"iii( ((.niiiM- l'diieiir ef Tii'iImcIcii r iiuiir cflle de quinz«' livr«"< «-ourant. 



— 23 --- 

pendant et pour six mois, comme dit est, (qu'il y ait trois cents souscrip- 
teurs ou moins à la Minerve) ; et pour se{)t livres dix chelins courant en 
addition, par cha<jue centaine de souscripteurs qu'il y aura outre les trois 
cents sus-mentionués : et de suite pour la projM»rtion additionnelle de cet- 
te somme de sept livres dix chelins jiar chaque vingt-cinq souscripteurs 
eu outre des cent cy des<us, pour le temps des six mois susdts, laquelle 
somme de quinze livres, et t(»ute autre en addition suivant le nombre des 
souscripteurs, comme susdt sera payable i)ar ledt sieur Duvernay à l'or- 
dre dudt Sr Morin par chaque trois mois, à compter du jour que se pu- 
bliera le premier numéro de ladte Miuprve, à peine, etc. 

Il est entendu et convenu que le Sr Duvernay supportera à lui seul tous 
les frais de l'impression et publication du journal La Minerve |>endant les 
six mois que le Sr Morin en sera l'Editeur et le Rédacteur, et que le Sr 
Duvernay fournira les journaux des pays étrangers en nombre suffisant, 
et procurera l'accès journalier à la Bibliothèque de Montréal audt Sr Mo- 
rin à ses propres dépens, sans que celui-cy sriit t^nu d'y contribuer en au- 
cune manière. 

Pour l'exécutiuii <il> pic-iii-- i-- [.,iiu.,- ..ut élu leur domicile en 
leur demeure resj)ective, auquel lieu, etc. 

Fait à Montréal, en l'étude l'an mil huit cent vingt sept le dix-huit 
de janvier, et ont les parties signé avec notaires, lecture faite. 

A. X. Morin, Lr Duvernay, R. O'Keefle, N. P. J. M. Mondelet. 

Ludger Duvernay qui arrivait des Trois-Rivières n'avait probable- 
ment pas une imprimerie assez considérable pour éditer La Minerve, il lui 
fallait donc trouver un atelier. Voilà p<3urquoi, M. Duvernay entre 
aussitôt en pourparlers avec le négociant Dominique Bernard, proprié- 
taire d'un atelier et d'un journal, mais assez embarrassé de l'un et de l'au- 
tre ! 

En effet, le 19 septembre 1826, M. John .Tones avait loué du sieur 
Bernard, son imprimerie et son journal, 1 'm Spectator, mais troie 

mois ne s'étaient pas étoulé que Jones éia -{iini sans laisser d'adresse 

à son locateur. On dut nommer un curateur à l'absent, «'est Eus^'be Hy- 
acinthe Fréchette qui fut choisi et ce dernier retrix-éda les biens du fu- 
gitif au propriétaire. 

Cela fait, M. Bernard loue pour cinq ans, à Ludgor T>nvemay **les 
caractères et les meubles qui eomjwsent l'imprimerie itué sur la 



— 24 — 

rue Saint-Jean-Baptiste, à charge par le preneur, d'imprimer leCanadian 
Spectator, de se conformer aux directions du rédacteur Jocelyn Waller 
et de lui payer annuellement I-jO livres de salaire, en versements trimes- 
triels. 

Le bailleur promet que son journal aura, au moins 250 abonnés. 

Le preneur aura la liberté d'imprimer un autre journal que le Spec- 
tator "pourvu qu'il soit rédigé et conduit dans et sur les mêmes princi- 
pes que celui-là ! " 

Ces trois contrats, la vente, la rétrocession et le bail sont de même 
date et portent des numéros successifs. 

E. Z. MASSICOTTE 



UN LIVRE DE M. MASSICOTTE 



M. E.-Z. Massicotte vient de publier un Répertoire des arrêts, édits, man- 
dements, ordonnances et règlements conservés dans les archives du palais de 
justice de Montréal. 

Il n'y a peut-être i)as de pays qui possèdent des archives plus complètes 
que la province de Québec. Et les palais de justice de Montréal et de Québec 
contiennent à eux seuls plus d'archives do toutes sortes que tous nos autres 
dép'.ts d'archives réunis. 

Le g^rand ennui pour Us historiens et les chercheurs est de trouver ce qu'ils 
cherchent. La plupart de no.s dépôts d'archives n'ont pa.s de cataloRue.s ni de 
répertoires ou inventaires. 

Le Répertoire de M. Ma-ssicotte nous fait connaître des centaines d'édits, de 
mandements. d'onloniianccH, de règlements, etc. etc, dispersés dans des greffes 
de notaires, des do.ssiers de cours, etc, etc. 11 n'y a que ceux qui ont dépensé 
des mois et des srmîiinea a vherrhrr dans nos dép'ts d'archives qui peuvent ap- 
Itr^ficr à .sa juste valeur !•• iii>mv<'I uuvnig»- de M. Massicotte. Cet érudit col- 
laborateur du liiillrtin vient de se iloiimi ini iioiivejiu litr.' A l,i reconnaissance 
des amis de notre histoire. 



— 25 -- 

MEMOIKK 

sur la partie ocridmtalr du ( anada. (Ir|)ni> 

Micliilliinakinac jiixju au llcme du 

Missishipi 



Mémoire sur ht partie occidentale du i'anada depuis Mirhilimakinac 
jusiju'au fleuve du Missi.ssipi, tant par la Baie des l'uans, Ririère des Jie- 
tiards, et Ouisconcin<i i/ue par Cliicaf/ou et liivirre des Illinois, avec un 
détail des contrées, rivièrfs et nations (jui se trouvent sur les routes, dans 
le Mississipi et le Missouri, ht qwdité du terrain, l'espèce de chasse dans 
chacun de ces pays : en un mut tout cv tjui peut contrittucr à une connais- 
sance générale et exacte de ces différentes contrées accompagné de (juel- 
ques vues sur la recherche d'une nier à l'ouest de ce continent, le tout, 
puisé dans les notes qu'en ont donné ceux qui après avoir parcouru ces 
différents pays ont été reconnus pour les plus intelligents, et qui ont por- 
té plus de penchant au vrai el moins de passion pour le merveilleux, dé- 
faut presque général dans tout ce qui s'appelle voyageurs de quelque gen- 
re qu'ils soient. {1} 

ROl'TK !)!•: MI(HILIM.\KIN.\( AI HAIT IM' MISSISSIIM 
l'Ai; \..\ l'.AIi:, .•!.•. 

Après avoir laissé ^licliillinmkiiiac |»our se rendre à lu Baie on tra- 
\erse au nord du lac ^lichigan et faisant nniie sur cette côte la première 
rivière qu'on trouve est celle de Mine à Coquin, à dix-neuf lieues de Mi- 
cliillimakinaf, petite et d(»nt la source est à deux lieues au nord dans des 
marais ; tou« ces terrains sont bas et ne i)roduisent <|ue des |)ins et sapins. 
Avant cette rivière et à peu jirès à sept lieues dans le lac Michigan, com- 
mencent Jes isles au Castor dont la suite occupe près de (juarante lieues 
toujours parallement à la côte <iu nord du lac ; toutes ces isles sont d'un 
terrain élevé'et très bon, couvertes de très heaux Uois de hante futaye dont 
If plus (»rdinairc est le chêne, le franc frêne et Térahle. nins mélanj,'e de 
taillis, en sorte qu'on y |>eut voir fort loin devant soi. 

A dix lieues de la Rivière de Mine à CcMpiin est un havri- parfait qui 



U) L'original du Mrmuirr que nouH (lonn«)nH Ici rfî'talt «'n lu poBWJWlnn «1»' 
feu M. Ed. GlacKemeyer. notaire de Québec. Nous Ignoron» ce qu'il eut devenu. 
Ce Mémoire dont l'auteur est inconnu Kemble avoir été écrit en 17«8 ou peu âpre*. 



... 26 — 

met à l'abri de tout vent : la pêche y est très ahondante et il s'y prend 
quantité de poissons. blanes et de fort gros. ('2 ) 

A cinq lieues de ce havre est la rivière de l'Aniitié (ainsi nommée 
parce que c'était en cette rivière (pie les coureurs de bois sans congé ve- 
naient chercher leur ])ardon (3). Cette rivière est fort peu considérable 
et prend sa source dans un ))etit lac bordé de l'ol avoine à trois lieues de 
son embouchure. 

On compte ciii(| lieues de cette rivière à la l'ointe aux Ecores, qui 
avance près d'une liiMic dans le lac, et sei)t lieues de cette pointe à se ren- 
dre au détour (ainsi nommé parce que c'est à ce j^oint que commence la 
Baie des Puans et que i)our la parcourir ])as son côté septentrionnal on 
doit détourner sur la droite) nous allons pour le ])résent suivre la route 
ordinaire, c'est-à-dire Ja traverser d'île en île pour joindre son côté du sud 
que nous suivrons jusqu'au Fort de la Raie et reviendront ensuite au Dé- 
tour })Our la parcourir par son côté du n<tr(l. La côte du lar jus(pie là est 
d'un terrain aride et pour la plupart pays impraticable. 

Du détour on se rend jiai' (piatic traverses d'île en ile jusqu'à celle 
des Poux qui en est à huit lieues. l/île des Poux peut avoir une lieue et 
demie de circuit et est d'un terrain assez élevé et bon. Cette île est ha- 
bitée })ar quelques familles de Folles Avoines (>t Sauteurs qui y cultivent 
du blé d'Jnde ; (4) la pêche y est altomlanti- et le |)oisson le plus ordinaire 
y est la truite et le poisson blanc qui y est fort gros. 

De cette île on se l'end par une dernièi-e traverse dr. deux lieues au 
l'etit Détroit, pointe occidentale de l'entrée île la baie ; par conséquent 
sa largeur en cette partie est de dix lieues. 

Du Petit Détroit (conlluent des eaux de la Haie et du lac Michigan ) 
on compte sept lieues juscpi'à la (îrosse-lle : la laideur de la Baie par le 
travers de cette île est de six à sept lieues. 

La distanee de cette île à l'entrée de la IJaie de Tl^turgeon est de sept 
lieues ; on peut du fond de eette liaie pidruiidc de 1 l'ois lieues se rendre au 
lac .Mielii;,Mn par nii iiorta^fe d'un |)cii moins de demie lieue. 

De l'entrée de la baie de l'I'",! nr<:eoii an ('apilii N'eiinillon, trois lieues, 



(2) Ce poi.sson < .si d'un tvi^t^ l>.»n ^,'uût. «t il ,1 d,. piuliciilitM- (luc Huns autre 
ns.s{ii.sf»nnemont quo non bouillon et un peu de .sel on le nianKi- avec i)lalair. 

(.3) Si, dans le temps de leur cour.se, ils eu.«sent ét^ sai.si.s, leur peine était 
les galères, mais m leur ronsicK-ration la f(tur accordait tous les seiil ft huit ans 
une amnistie p^'-n^Tale k Uopielle participai'-nt tous ceux ipil «e présentaient. 

(4) Appelle conimuni'meni <ti lOuiopc hK- «rKspatfii»' ou de Turquie, qui pa- 
rait Ptre naturel h rAmérIquc 



-27 — 

ot K' |>ays iviii|>li ilc niclu-rs l'st pour la i»lii|»ar1 iiupraticaltlt', ainsi <|ue 
leliii (|ui ost |>r('S(HH' jusfuraii foiiil ilc la Baie des l'iiants. 

Du Vermillon an Fort, cpii est à l'extréniiU' «le la Buie, et où ellu 
reçoit la rivière i\o:i Kenanls, on coiMiitf (|uinze lieues, d'uM pays presque 
])areil à eelui rlétaillé ci-dessns : «'est par la rivière des Reiuinls qu'on 
commuiii(|ne en haut du Mississipi ; mais avant de la détailler il eonvieiit 
de déc-rire la côte septeiitrionalle de la Haie des Puants. 

(oTi-: si-:i'Ti:\'i"i:i(i.\.\i.i.i'; i>i-, i.\ \\.\\\: ni-is imants 

Du détour jtour eotoyer la côte du nord de la Haie, on j)rend, comme 
je l'ai dit ci-dessus, sur la droite et après avoir l'ait deux lieues on trouve 
la Haie des Noé, <|ui a trois lieues Ar |»rot'(>n(leur vers l'est-nord-est, et cinq 
lieues de largeur à son entrée. 

On compte sept lieues de la |K»inte occidentale de cette haie à la riviè- 
re lie l'Eturgeou : cette rivière n'est point navigahle et se i'<'d «hms des 
marais à sej)t à huit lieues de son emhouchure. 

Il y a de cette rivière à celle des Folles Avoines dix lieues ; à une de- 
mie lieue de son emhouchure est, dans cette rivière, un village de Folles 
Avoines qui |)eut toiirnir cent trente hommes en état de jM»rter les armes; 
ils sont assez tranquilles : ils sont alliés de jtresque toutes les nations ; ili) 
ne se nourrissent (pie d'éîurgeons qu'ils ont en grande «juantité dans leur 
rinère, et ne cultivent aucun terrain : leur ••ommerce consiste en peaux de 
cerfs, orignals, ours, castors, martes, i^'cans et loutres, et quoiqu'ils aient 
aussi du chevreuil ils ne font aucun usage de ces peaux, étant trop pares- 
seux pour se donner la pêne de les passer; les terres de cette rivière sont 
hasses et remplies de savanes (.")) ; elle prend sa source dans quelques pe- 
tits lacs et marais (pii ne s(»nt |ias fort éloignés. 

On ne compte que trois lieues de cette rivière à celle <le Pielietigan 
qui, quoiqu'elle n'ait de largeur que deux ari)ents à son embouchure porte 
cependant canot vers le nordest l'espace de cin«piante lieues ; elle prend 



(.5) C'est un terrain cK^-buisé qui ne produU pour rnrillnali^- que (Ioh btueta 
Kueulea noires ou autres fruits arliiistes de cette espècf ; il y n Rmnde apparen- 
ce qu'elles viennent orrlinairement de jictits lacs «ant ^Koût, «ur lenciuels il s'est 
formé une mou.ss^p qui par la succession des terres fait une cnnite <1«« l'épalAScur 
d'un pied ot plus ; lorscpie vous les pass*-/. vous sentez cette croûte pli«T sou» 
vous et vous risqueriez de pnsser ;iu travers si vous restiez trop conslamment 
au méf-me lieu : il m'est jirrlvé cenf ' "i |MTCer av»'C des iH-rrhes fort lon- 
gues que J'enfon(;ais ensuite en eni; > moindre réslstanc*-. <t en la reti- 
rant Il en JaiUi.ssait A l'instant un»- use qui m'Inondait <'i m'obllRealt à 

m'éloiffner au plus vite du trou que J'avais fait. 



— 28 — 

sa source dans un lai- (|u"(ii; nuiniiic Folle-Avoine, parce qu'on y voit beau- 
coup de ce grain. ( 6 ) 

Cette rivière contient beaucouj) d'éturgeons et ses rivages sont de bon- 
ne hauteur et d'un terrain ])roi)re A })r()duire du froment et toute autre 
espèce de grain — ]jreniier terrain de cette nature depuis Mieliiliraakinac — 
tout le reste étant impraticable et pour ainsi dire propre à rien. 

A sept lieues de cette rivière est celle du Canton qui vient des petits 
lacs qui sont à une vingtaine de lieues de son embouchure ; elle n'est point 
navigable par sa grande rapidité et son deffaut d'eau. 

11 y a de cette rivière à celle de Gaspade trois lieues : elle est aussi 
très rapide, point navigable et a ses sources assez })rès ; la pêche d'étur- 
geon y est assez abondante. 

On compte de cette rivière cinq lieues à gagner la jjointe du Grand 
Souamigon qui saillit d'une lieue dans la baie et de celle-ci à une seconde 
qu'on appelle Petit Souamigon, deux lieues de traverse. 

Du Petit Souamigon au i'ort de la Fniie (à l'entrée de la rivière des 
Kenards, comme il a été déjà dit) on (•()mj)te deu.v lieues : le terrain, de- 
puis la rivière de l'iclietigan, est bon et cou\ert de i)eaux bois de haute 
futaie dont le ])Uis commun est le chêne, l'rable, le hêtre et autres bois 
durs ; la chasse y est aussi très abondante, et la même que ce qui a été dit, 
savoir ours, cbevreuil, orignal, cerfs, martes et ijécands, et dans les pays 
aquatiques castors et loutres. 

KIVIKHH .\l X KK.NAUDS 

Cette rivière à l'entrée de laipieile est le fort de la Baie peut avoir 
quatre arpents (7) de largeur, et est pendant six lieues d'un cours fort 
égal et point ra])ide elle est bordée de prairies et ensuite d'un terrain plus 
élevé couvert de bois de liante futaie, clairs, et de la |)lus grande beauté, 
où la chasse de clicxpeuil, ours, orignal, cerf et aiilrr> liêtes fauves est i\t'^ 
])lus abondantes ; le terrain y est admirable et caiiable de produire de nui- 
gnifique froment et autres grains de toutes es])èce. 



(6) Kolle-avoine e.st iint^ espèce de ris dont le K'aiii ressemble i)eiiiK-iiup À 
celui de l'avoine ; 11 f»i fort commun dans tous les pays mouillf-s de l'Améii(iue 
il vient dans Venu dont il Hnrpa.s.se la surface de trois et quatre pieds. Cette 
nourriture est fort saine et très utile aux Sauvages nui .simt i\ i>ort6o d'en faire 
l)rovision ; la récolte en est facile lorsqu'il est mûr. On va en canot dans les 
marais ou riviôreH où il vient et la seule crémonie C^ait de saisir les têtes d'épis 
et de les secouer ou hatfre avec le manche fie l'aviron dans le canot. 

(7) Iv'arpent en Canada est de trente toi.ses de huipueur ou de dix perches 
de trois toises chacune ; il faut quatre viiiKt (piatre arpents !\ la ligne de ce pays 
• .I •'' "'I toises par (•ons/'"quenl 240. 



-- 21) — 

A six lieues de sou cinlxiiicliiire est un premier portage qui peut avoir 
un (juart de lieue de louifumir, et au-dessus la rivirre eontinue l'espace 
de (|iuitrt' lieues d'un fort courant. 

A (piatre lieues du pn'iiii<T |)ortage est un deuxième |»ortage qu'on 
appelle le (irand Colini (pii est une ehutr au moins de dix pieds de hau- 
teur per]>endieulaire, et au-dessus la rivu-r»*, l'espace de trois lieui*s est 
sans secours sensible jus(juVi un petit rapide. 

Après avoir passé le rapide on entre dans le lac des l'iiaiiis, «pu a de 
longueur environ sept lieues sur deux lieues de largeur ; le terrain y est 
admirable et couvert des plus beaux chênes (pi'il .soit possiiile de voir et 
de suite. A l'entrée de ce lac est un village de Puants qui j)eut fournir 
cent quarante hommes en état de pitrter les armes ; IN ]u> vivent (praii 
blé d'Inde qui y vient en abondance. 

Cette nation est alliée de presque toutes !e> nations voisines, (pu sont 
les 8akis, Henards, P'oiies-Avoines, Sioux, Poutéouatamis, ete, et sont en 
guerre depuis liieii des années avec les Mis.souris qu'ils suivent avec tant 
d'ardeur (pie, quoiqu'ils soient dans un ]»ays de chasse admirable, ils ne 
s'en occupent (pie ])our vi\re, et i)oint du tout pour satisfaire au commer- 
ce de pelleterie : ils ont paru de tout temps fort attachés au Fran(,'ais qui, 
jMtur les raisons qu'on vient de détailler, n'en peut tirer d'autre avantage. 

A la .sortie de ce lac, on reprend la rivière des Henards (ju'on suit sans 
difficulté jusqu'au lac l^apaquoy, long de quatre lieues, large de un y)eu 
j)lus de demi-lieue et si rempli de r(dles-avoines cpi'on a i)eine h trouver le 
passage ; ce lac est à vingr-cinq lieues de celui iW-a Puants ; il est bordé 
des plus belles terres (pi'il soit |iossible de voir ; les bois (8) y sont clairs, 
droits et les j)lus beaux (pi'(»n puisse désirer, remplis de bêtes fauves. 

On comi)te trois lieues de ce lac à gagner c(dui du lioeuf (ainsi nom- 
mé par la (juaiitité de boeufs sauvages (pi'on y tue), il peut avoir cinq 
lieues de longueur sur une demie lieue de largeur. 

n y a de l'extrémité de ce lac à la Fourche .^ept lieues ; cette rivière 
vient du nord où elle |trend sa sonnée à six lieues dans les terres. 

De la Fourche au Portage du nnisconcinq (lin de la rivière des Re- 
nards et hauteur des terres entre les eaux du lleuve de St-Ijaurent et 
celles du Mississipi) on com|»te cintj lieues : jusimu» 1A depuis l'em- 
l.tiucliure de la rivière des Kenards, les plus belles • les [>lus beaux 

bois qu'il soit possible d'imaginer /. bonne ciia-.-e j»res4pie partout. 



(8) Cheni«Te continue <lan> iviùre des Ilennrdu. 



— 30 — 

Le portage du Ouiscousiiuj peut a\uir elemie lieue de longueur et après 
l'avoir passé du Ouisconsiug qui ^•enant de l'est où sont ces sources est 
nangable près de soixante lieues de ce côté ; elle peut avoir au portage 
une petite demie lieue de largeur et continue jusqu'au fleuve du Missis- 
sipi à être d'une navigation très commode ayant plusieurs îles d'un bon 
terrain. 

eiviekp: du oriscoNciXQ, DEriis le portage jusqu'au 

MISSISSIPI. 

La rivière du Uuisci^icinq, comme nous venons de le <lire, est navi- 
gable à l'est du portage i)rès de soixante lieues vers ses sources. Elle est 
bordée de ce côté d'un lerraiu très fertile couvert de beaux bois et chasse 
en tout genre très aboiidante ; le terrain qui la borde depuis le portage 
jusqu'au Mississipi n'est point aussi favorable ; ce sont communément 
des prairies de un quart de lieue et i)lus de largeur, mais qui se terminent à 
des montagnes sans bois et pour l'ordinaire rochers. 

Le climat y est fort doux et jdus on apj)r(H-lie du Mississipi, ])lus 
l'air y est tempéré ; depuis Miihilliinakinac jusqu'à le portage l'hiver y 
est à peup rès comme dans les habitations du Canada, et jusqu'à Niagara. 

On compte de ce i)ortage, descendant la rivière, douze lieues jusqu'au 
village, des Sakis, qui peut fournir cent cinquante hommes ])ortant les 
armes. De petites îles, de distance à autre, sans nom particulier. Cette 
nation est très laborieuse, fait du blé d'hide en quantité, chasse au che- 
vreuil et à la biche et ne fournit guère d'autres peaux ; ils sont presque 
toujours en guerre contre les Missouris et qucl(|uc cliosc (pic l'on fasse on 
ne peut arrêter les jiartis ([u'ils y envoient ct)ntinucllcnicnt. D'ailleurs 
leur commerce est sur et ils paraissent fort attachés au Français. 

Il y a de ce village à la rivière Manitou ou Oualag(m quinze Ueues ; 
cette rivière n'est pas considérable et prend source à quinze lieues ou en- 
viron vers le nordest. 

On trouve à dix lieues de cette rivière celle des Kicai)ous, plus con- 
sidérable, môme terre que ci-dessus et îles assez fréquentes et à huit lieues 
de cette dernière le fleuve du Mississipi. Ce llcuve peut a\oii- une ih-mie 
lieue de largeur près de l'embouchure du Ouiscuncing, très rapide, rempli 
d'îles petites et moyennes, horde (\c part cl d'autre (h' |)rairies (jui, à une 
rh-mie lieue cl |)lus, s'ap|)uienl à des montagnes non lioisces (jin par ilis- 
tancc viennent elie>-nicnie .-'appuyer au lleuve : la chasse au boeuf, oui's, 
chats et cast(»r y est assez avantageuse ; les |u-airies sont d'une terre très 
fertile. 



— 31 — 

Avant de panmirir le fleuve, il f.st ;'i pruiius de détailler la mute 
qu'où tient de Micliillinuikinac au sud du lae Micliigan pour s'y rendre 
par Chicagou et la rivière des Illinois <|ui se verse dans ee tieuve. 

ROUTK DK MU IIILI.MAKINAr AI .\!l>s|ssin 

r Ai; ( iih Ador 

Mchilimakinnr (luuune j'au^ai^ dû le dire d'aliurd ) <'st h- rendez- 
vous général de tnus ceux qui se rendent dans les postes du nord des j)Hy8 
d'en haut ou qui eu revienneni. Il est à la partie la plus uecidentale du 
lac Iluron, et où ce lac se joint à celui du Mielii^'an, on a construit un fort 
de gros pieux qui se touchent immédiatenjent, hauts de douze à cpiinze 
pieds hors de terre. Cette en(-einte est de l'orm»' (|uadrilatère de qua- 
rante à cinquante toises de côtés, tlanquée ou à peu près, <pii renferme une 
chapelle servant d'église au fort, avec quarante et queUpies bâtiments en 
bois, qui servent de logements et de magasins ; il peut y av<»ir douze à 
quinze familles françaises dcmt (juel(|ues unes de sang mêlé établies à ce 
lioste, ce qui fait un nombre. fixe de dix-huit à vingt combattants, nuiis 
comme il est le dépôt général de tous ceux du nord, on y V(»it assez c<»ns- 
tamment tout l'été cent et quelques Français en état de combattre. lie 
terrain aux environs n'est qu'un sal)le aride qui ne produit rien, et on 
n'y vit que de ])oiss(ni, blé d'Inde et viandes sèches, peu de fraîches, (|ue 
les Sauvages de la (inisse-llo de Micliillinud<iiiac et d'ailleurs a|)portent. 

En laissant le poste et suivant la côte du sud du lac Michigan, on 
trouve à huit ou neuf lieues dans le lac, le nouveau village d'Outaouais et 
Sauteurs de Michilimakinac établis à l'Arbre ('nM-he où ils cultivent du 
blé d'Inde en grande (piantité qu'ils apportent au fort, et qu'ils vendent 
à ceux chargés des provisions des jiostes du nord. ("est à ce nouvel éta- 
blissement que les terres commencent à èêtre bonnes et «dies sont d'autant 
meilleures que vous jtoussez plus avant dans le lac Michigan. 

On compte de l'Arbre Croche, à gagner la Petite Traverse, deux 
lieues et plus : cette traverse, qui est de (puitre lieues d'une pointe à l'au- 
tre, est la largeur iViww baie rpii entre dans les terres de près de six lieues. 

Il n'y a de cette baie à la rivière Malanion que une lieue ; cette riviè- 
re, large seulement de «lou.\ arpents, «luoicpie rapide, |>orte cependant 
lanot jusqu'à cent lieues de .<on eml>ouchure, où (die prend sa source dan-i 
un lac de deux lieues de longueur sur une lieue «le largeur ; les terres de 
cette rivière ainsi que de tout le Micbigaii jus«pi'à Chicagou sont trè« 



— 32 — 

fertiles, et la plupart couvertes de cliênes admirables. La chasse eu tout 
geure est aussi très avantageuse. 

De cette rivière à la Orande liaie deux lieues. Cette baie peut avoir 
quatre lieues de largeur et entre au sud-est de onze lieues dans les terres. 

Laissant cette baie et après avoir t'ait huit lieues on trouve une mon- 
tagne de sable haute de trois cents pieds au moins qu'on nomme l'Ours 
qui dort, sur laquelle on ne voit pas un arbre. 

De cette montagne à \a rivière du liéddie six lieues. Cette rivière 
est navigable jusqu'à trente lieues, où elle prend sa source dans i;n lac de 
grandeur médiocre. Toutes les j)rofondeurs de terres fournissent une 
chasse abondante en tout genre et de chenières i)resque continuelles et 
les plus belles qu'il soit possible de \niv. 

De cette rivière à celle de Saint-Nicolas, dix lieues ; cette rivière 
n'est pas considérable et ne porte canot que huit à dix lieues. 

On trouve à dix lieues de cette dernière, la rivière Blanche, qui, à son 
eml)ouchure, est fort étroite mais à peine avez-vous fait cinquante pas 
que vous entrez dans un lac long de trois lieues sur deux lieues de largeur 
au-dessus (hiqud cette rivière porte encore canot ])lus de trente lieues 
vers le sud. 

On compte de cette rivière à celle de ^laskigou trois lieues ; elle est 
considérable et e.st navigable au sud jus(|u'A quarante lieues de son em- 
bouchure ; même bois et chasse (|ue partout ailleurs. 

11 y a de cette dernière à celle de Ouichitanon trois lieues ; elle est 
peu considérable et ne porte l^anot que jusqu'à six lieues. 

A quinze lieues de celle-ci est celle de Kikanamaso ])his considérable 
et qui est navigable vers le sud l'espace di- (|uarante lieues. 
(La fin dans la prochaine livraison) 



LE PREMIER NOTAIRE DE LA 
NOUVELLE-FRANCE 



Qufl a él(- le iiremier iintaire de la Nouvelle- France ? 

Si l'on s'en rapporte A, l'Histoire du notariat de feu .1. 10. Uoy, il .serait dif- 
flcilo de He prononcer .sur ce point, car le.s divers gretTiers de Chami)lain et do 
MontmaKny «ml exei-cf' les fonctions (le riotaiic, par ti)l<''r;ii)C(", et ils oiU laissa 
des actes. 

l'ar ailWîurs, il est certain cpie c'est Laurent l'.(itn<ii (jui le premier, prend 
la fjualit/'- rie notaire royal dans un acte du 11 adûl I<;i7. 

X. V. z. 



liui.i.irnx 



DF.S 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXVI BEAUCEVILLE- FEVRIER IQ20 No 2 



La famille Rouer de Villeray 

Louis Rouer de Villeray 



La famille Rouer de Villeray était originaire dMIalie, 
et appartenait à la iiiaisuii de La Rovère, Tune des plus 
illustres et des plus aiicieinies de l'Europe, qui a donné 
deux papes à l'Eglise, des princes souverains à l'Italie, 
une intinité de cardinaux et d'évêcpies, des doges ïi la Ké- 
])ublique de Ciênes et des chevaliers des ordres les plus dis- 
tingués de l'Europe. (1) 

])ivisé en i)lusieurs branches, établie en Piémont d'où 
elle sortait, à (Jênes, à Venise, dans le ( 'omtat-Venaissin, 
cette t'aiiiille a i»assé aussi en Fi-ancc sous plusieurs noms: 
Knuvére. La K'niiyer, Jloner. (^Inajil à ce (lui <'once!-ne 
ce deinier nom, il y avait dans le Languedoc des Kouer de 
Founpievaux, venus de Lombardie, dont l'un, Raymond 
de Rouer, chevalier de l'Ordicdu Roi, gouverneur de Nar- 
bonne, envoyé en ambassade vei's le roi (rEsi)agne, com- 
manda, vers' ir)()2, comme capitoul. les ai-mées du Roi con- 
tie des religionnaires. dans le llaut-I>anguedoc. (2) 

Louis Rouei- de Villeray, le jtivmier de ce n(»m qui vint 
s'établir dans la X«.u\elle-*Fran«M-. était né sur la parois- 

(1) Dictionnaire de la noblesse : Voyage à ta iMuManr et êur le continent 
de V Amérique septentrionale, fait dans les années 1794 d 1798 par B. D. 

(2) P. Margry. Les Rouer de Villeray. p. 6. 



... 34 ™ 

se de Notre-Dame-en-Grrève, ville d'Ainboise, évêché de 
Tours, en 1629, du mariage de Jacques Rouer de Villeray, 
valet de chamljre de la Reine, et de Marie Pertluiis. 

Louis Rouer, qui arriva en Canada vers 1650, à l'âge 
de vingt-un ou vingt-deux ans, y vint très pauvre, dit M. 
Margry. Mais il s'était sans doute résolu à cet exil pour 
conquérir au loin ce que le sort lui avait refusé dans sa pa- 
trie et peut-être donné à des aînés. Ainsi faisaient les 
cadets de Normandie prenant pour devise ces mots : 
" Cherche qui n'a." 

L'aA^ocat Peromie Du Mesnil, qu'on ne peut guère 
croire car ses avancés sont des attaques furieuses et non 
jjrouvées contre les principaux habitants de la colonie, dit 
dans un de ses Mémoires au nnnistre Colbert, que M. de 
Villeray était arrivé dans la Xouvelle-France en 1651 
comme valet du gouverneur de Lauzon qui "le prit en pri- 
son de la Rochelle où il estait détenu faute de payement 
de la somme de 71 1. connjie a])pert ])ar le papier de la 
geolle du 10 juillet 1651". (3) 

Le gouverneur de Frontenac, dans une de ses lettres, 
dit que M. de Villeray s'engagea connue soldat dans la gar- 
nison de Québec, en arrivant ici. M. J.-Edmond Roy sem- 
ble croire que M. de Villeray agit plutôt connue secrétaire 
du gouverneur de Lauzon. Il a i»u être en même temps 
soldat et secrétaire du gouverneur. 

A 2Jart l'affirmation de M. de Frontenac, nous n'avons 
pas de preuve que M. de Villeray a été soldat dans la gar- 
nison de Québec. ^fais il est «-ertain qu'il fut secrétaire 
du gouverneur de Lauzon. Lue concession de terrain à 
Québec en date du 15 mai 1656, accordée par le gouverneur 
de Lauzon à Charles Scvestre, lieutenant particulier civil 
et criminel en la juridiction de (^)uébec, est signée *'Lau- 
son" et plus bas "i)ai- Monseigneur, Rouer" (4). Ce 
Rouer ne peut vint auti-e (|U(' nolic M. Roiur de Villei'ay. 

(3) liulletln des Recherchas Ilisturitiucs, vol. XXI, p. 11(7. 

(4) FMècc.s JudlcIalrPH, notariales, l'ic, t-tc, con.scrvép.s aux Archives .ludi- 
clalrcH df Qu^'-Vicc, prfmière Ijjtsse, no. :!:{. 



™ 35 — 

Kii s(.'i)teiiibrc' ll)')(i, lo {^.ouNcriit'iir de Laiiznii s'ciiihar 
(luait pour la France et laissiiit l'adiniiiistratioii de la 
la colonie h son Hls, M. de Lauzon-riiarny. M. de A'illeray 
continua à aj;ir comme secrélaire dn ^ouvei-ncui* s<ius M. 
de J^auzon-Cliamy. Le )^ septembre Ki-")?, c(^ dernier ac- 
corde une concession Ti Nicolas Judiereau de Saint-Dcnys 
sur l'île d'Orléans. Cette concession est signée i)ar M. 
de Lauzon-Clianiy, et i)lus bas on lit : "Par Monsieur le 
gouverneur" "Kouer". (')) Dans le conti-at de mai-iaj^e 
de M. Kouei' de N'illeray reçu un peu plus tard, le 9 
février KiôH, ))ar le notaire Peuvret de Mesnu. il est égale- 
ment qualitié de secrétaire du Li<»u\('riieui'. 11 ne peut done 
y avoir de doute sur ce ])oint. 

Dans une colonie naissante les hommes in.struits ne 
sont pas nombreux. Les autoi'ités confient au même in- 
dividu plusieui's charges h la fois. M. de Villeray, tout 
en sei'vant de secrétaire à M. de Lauzon, exerça comme no- 
taire à (^>uébec. Ses lettres de nomination n'ont pas été 
consei'vées, mais il est certain (pi 'il exer(;a cette charge de 
lbô4à 1657. 

i*areillement, nous voyons par la c<.mmission de M. 
Martin de Saint-Aignan connue juge-i)révôt de la seigiieu- 
i-ie de Beau])ré du 7 novembre Kibiî, (pie M. de Villeray 
avait exercé cette charge : "Supi)li<' < 'liarles Aubeit la 
Chesnaye, intéressé pour la jdus considéi-able partie dans 
la seigneurie de Leaupré et isle d'Orléans. lisons-n(»iis daîis 
cette conmnssion, disant (pie la dite terre et .seigneurie est 
demeurée depuis un as.sez long tems sans juge, i)ar hi ca- 
ducité du sieur Olivier Le Tardif, et la tlniiixsi<ni dit sieur 
Rouer de \'ill< ra// (h sa roni mission de jugi -pn'i''''f ' " /'' 
dite terre (6) 

A (luelle date M. de Villeray fut-il nonmié juge pré- 
vôt de la seigneurie de P>eaui»ré .' Combien de temps gar- 
da-t-il cette charge { 11 nous est impossible de répondre à 
ces deux questions, mais rien n'empêchait M. de Villeray 
d'être en même temps secrétaire du gouverneur, notaire 

(5) Acte de foy et hoininaKe «le Juchereau de Snlnt-Uenyn. 
(6) Kdita et Ordonnance», v<j1. ÏH. p. 86. 



— 36i--- 

à Québec et juge j^révôt sur la côte de Beaupré. Cette 
dernière charge était plutôt une sinécure car les habitants 
n 'étaient pas encore bien nombreux à cette époque dans la 
seigneurie de Beaupré. 

Dès son arrivée à Québec; en octobre 1651, le gouver- 
neur de Lauzon plaçait l'administration de la justice sur 
un pied plus régulier. Un grand-sénéchal fut mis à la 
tête de la justice ordinaire. Un lieutenant-général civil 
et criminel et mi lieutenant particulier, assistés d'un pro- 
cureur fiscal, furent chargés de rendre la justice sous l'au- 
torité de ce grand-sénéchal. (7) 

Le premier grand-sénéchal de la Nouvelle-France fut 
Jean de Lauzon, fils du gouverneur. Cette charge de 
grand-sénéchal, au dire de M. de La Tour, était plutôt un 
titre d'honneur. (8) Nicolas Le Vieux d'Hauteville et 
Louis- Théandre Chartier de Lotbinière occupèrent suc- 
cessivement la charge de lieutenant-général de la séné- 
chaussée de Québec. Charles Sevestre exerçait dès 1656 
la charge de lieutenant particulier de la sénéchaussée. 

Charles Sevestre étant décédé à Québec le 9 décembre 
1657, M. d'Ailleboust, qui avait succédé au gouverneur de 
Lauzon, nomma M. de Villeray lieutenant particulier de 
la sénéchaussée. 

M. Sevestre occui)ait aussi hi charge de commis du 
magasin des Cent- Associés à Québec. M. de Villeray lui 
succéda pareillement dans cet emploi. 

M. Sevestre avait tenu ses écritures d'une faç(m telle 
({U 'après sa mort on eut })eaucoup de difficultés à les com- 
])i-endre. M. de Villeray, son successeur, qui avait éi)0usé 
sa fille deux mois après sa mort, fut tenu res[)onsa])le de ses 
erreurs ou de sa mauvaise gesti(ni. 

Le 5 septembre 1658, le goux-cnicui- d'Argenson écri- 
vait à M. de Morangé, conseiller ordin.iirc du R(n en ses 
rVmseils et directeur de ses finances : 

"La mort de M. Sevestre a obligé Monsiciii- d'Aille- 

(7) Ferland, Cours d'hisloirt: tlii Cnniida. vol. 1er, p. 402. 

(8) Mémoires sur la vir dr Mf/r df iMral. 



— 37 ™ 

))onst dVii arrôtor los comptos. J'ai nnloiiné qu'on en 
mit la copie eiitiv les mains de Monsieur Denis ])our vous 
l'envoyer. Il (M. Sevestre) avait la eliarge de lieutenant 
l)articulier laquelle après sa mort Monsieur d'Ailleboust 
a tait exercer par le sieur de \'illeray sous votre bon plai- 
sir. Je le trouve très capable et persoime à s'en acquitter 
avec honneur et je ne fais nul doute ([ue recevant cette gra- 
tification de votre comi)agnie il n'en aie une parfaite re- 
connaissance. C'est à lui que M. Denis avait fait opposi- 
tion pour sa maison, mais je l'ai trouvée si fort avancée 
qu'il aurait été néamnoins nécessaire de le dédommager, 
outre qu'elle n'est point du côté de la rade et qu'ainsi on 
]ieut dire qu'elle est ])lutôt contre la bienséance que contre 
la nécessité. Il n'en est pas de même d'une autre qui re- 
gardait la rade des vaisseaux et que j 'ai ordonnée qui fut 
levée parce qu'elle empêche la batterie. 

''Le sieur de Bécancour n'a i)u s'empêcher de témoi- 
gner sa chaleur ordinaire sur la conservation du bâtiment 
du Sr de Villeray sur ce qu'il disait en avoir concession 
mais il a été Inen étonné lorsque je lui ai dit que ce ne pou- 
y-dit être qu'une sur[)rise puis(}ue si il est vi'ai que le bâti- 
ment de Villeray nuise à la forteresse du magasin, celle 
qu'il y bâtirait à la ])la<*e «'ausei-ait le même em|)êchement 
et que par là il découvrait seulement l'intérêt (^ui le faisait 
agir et nullement la pensée de la justice et de maintenir 
les droits de votre compagnie". (9) 

M. d'Argenson, ou le voit, avait une haute ojnnion de 
l'honnêteté et des capacités de M. de Villeray. ^lais celui- 
ci avait des eimemis et ils i-éussirent à indis])oser le gou- 
verneur contiT lui. La iduj)art des lettres de M. d'Ar- 
genson au ministre n'ont ])as été conservées mais c'est cer- 
tainement sur ses jjlaintes (pie M. de Villeray fut obligé 
de traverser les mei-s pour a lie]' s'exjdiquer auin-ès des 
autorités. 

Dans un arrêté du Koi signé à Paris le 13 mai 1659, 
au sujet de la traite des pelleteries, nous lisons : 

<9) Archives du Canada Correspondancf- générale, vol. 1er. 



.- 38 — 

" et d'autant que Sa d. Majesté 

a été inforuiée que le uoimué Rouer de Villeray a été par 
voies et moyens illicites élu et nommé pour être du con- 
seil de la dite traite que d'ailleurs il est accusé de plusieurs 
crimes dont il doit se justifier auparavant que d'exercer 
aucune charge publique et qu'il doit représenter tous les 
comptés que défunt, Sevestre son beau-père a rendus de 
la recette et dépense des droits du dit magasin avec les re- 
gistres qu'il en a tenus et les autres i)ièces justificatives 
des d. comptes. Sa dite Majesté ordonne que pour y sa- 
tisfaire et pour se purger des d. crimes le d. Rouer viendra 
en France par le retour des vaisseaux qui iront cette an- 
née au dit pays et cependant qu'il sera procédé au plus tôt 
à l'élection et nomination d'mie autre personne pour as- 
sister au dit Conseil de la traite au lieu et place du d. Rouer 
\ràv les habitants du dit pays qui seront assemblés à cette 
fin par l'ordre du sieur d'Argenson", (10) 

Le 21 octo))re 1659, le gouverneur d'Argenson écri- 
vait au ministre : 

"Il y a un habitant d'ici appelé Villeray qui s'en va 
en France se justifier de quekiue accusation que font Mrs 
de la Oie contre lui. Il a quelques qualités assez ])onnes 
mais on ne peut avoir confiance en lui parce qu'il a été à 
trop de Messieurs : ^I. de Laiizon, M. dé Charny et M. 
d 'Ailleboust, si bien qu'il voltige tantôt d'un coté et tantôt 
d'un autre". (11) 

M. de Vill(;ray [)artit à ])()i-(l du vaisseau du capitaine 
Poulet qui prit la mer le 26 octobre 1659. Le Père Bar- 
thélémy Vhnont, l'abbé de Queylus, M. de Bécancour, 
M. fhartior de L(>t})ini('re et la pliipai't des marchands de 
Québec et de Montréal s'eml)ai\[uèrent en même temps 
que M. de Villeray. (12) 

M. de Villeray revint au |»ays au ])riutenips de 1660. 

Les ex|)licati()iis de M. de X'illei'ay avaient été trou- 
vées si satisfaisantes (ju'ou hii iciuit sa charge dès son 

(10) Archive» l'rovinclsile.s de Quéliec. Iftre Hérle, cahier 1er. 

(11) Archives l'rovlnolalcs «le QiiMk<". 1^^f• sCtI»'. cahier 1er. 

(12) Journal dea Jésuites. 



X'I — 



retour au i>ay>. Le gouverneur d'Argenson, iudigne- 
meut tromi^é sur st»ii compte, lui rendit aussi toute son 

estime. 

Le -1 noN-embre UiHo, M. d'Arirenson écrivait au minis- 
tre- : 

"On nous a donne bien de> coniitir-» ,i ii\r»ir cette an- 
née, pour moi, ma i»ensée était de décbarger le commis 
(hi magasin du compte rendu en 1657 de même que nous 
avions fait des autres, mais on a jugé dans le Conseil d'ici 
plus à propos de renvoyer ce compte sans l'arrêter, mais 
seulement avec quelques remarques. Cela ne laissera pas 
d'emliarrasser le connnis du magasin ou du moins ses hé- 
ritiers desquels est le sieur de Villeray, lieutenant-parti- 
culier de ce Québec, (pii est un des meilleurs habitants de ce 
pays et un fort honnête homme. 11 avait passé en Fran- 
ce i'année passée et va encore y faire un tour. 11 lui serait 
fâcheux d'être recherché après avoir payé par l'ordre de 
ceux qui avaient le ])ouvoir et vous voyez bien qu'il serait 
impossible à un connnis de refuser un commandement du 
gouverneur particulier quand il y fait donner quelque ap- 
]»robation du Conseil. Ce n'est i)as que j'en aie jamais 
voulu user de la sorte. J'ai toujours laissé une entière 
lil)erté au Conseil de dis]>oser et de donner les ordres au 
coumiis de paver mais seulement j.our vous montrer la 
justice qu'il y à de dé«-hargei- le commis, ce que je vous prie 
d'insinuer à'ceux qui pourraient vous en parler". (13) 

M. de Villerav s'embarqua pour la France, a Québec, 
le 5 novembre IbfJI). sur le vaisseau de Pointel. (1-1)11 re- 
vint dans la Nouvelle-France au cours de l'été de 1661. 

\ l'automne de 1662, nouveau voyage en France. M. 
de Villerav s'embarqua le 20 septembre 1662, sur le vais- 
seau du sieur La Mothe. ave«' mademoiselle Mance, M. La 

Garenne, etc. (15) i i 

I)'ai)rês redit de <i<;uM.n du Conseil houveraiii tle la 
Nouvelle-France du mt.is d'avril 1663, le nouvelle institu- 

(13) Archives Provinciales do Québec. 1ère série, cahier 1er. 

(14) Journal dra Jésuites. 

(15) Journal dot Jésuites. 



— 40 — 

lion devait se composer du gouverneur de Mézy, de Mgr 
de Laval et de cinq autres personnes qu'ils devaient choi- 
sir conjointement et de concert. 

Ces cinq personnes furent choisies le 18 septembre 
1663. Le premier nom sur lequel s'arrêtèi-ent M. de Mé- 
zy et Mgr de Laval fut celui cle M. de Villeray. Il fut 
choisi comme premier conseiller. 

Dès la deuxième séance du Conseil Souverain, M^ de 
Villeray fut chargé d'une mission délicate et peut-être 
dangereuse. 

En 1660, les directeurs de la Compagnie des Cent- 
Associés avaient envoyé à Québec l'avocat Peronne Du 
Mesnil en qualité de contrôleur général, d'intendant et de 
juge souverain. Pendant son séjour de iDrès de quatre 
années ici, Peronne Du Mesnil se conduisit comme un vé- 
ritable inquisiteur, accusant tous les honunes en place d'ê- 
tre des voleurs. 

En septembre 1663, Peronne DuMesnil apprenant que 
le Conseil Souverain, nouvellement organisé, avait l'in- 
tention de demander aux commis et receveurs des deniers 
de la Conmmnauté de rendre leurs comptes pour les deux 
dernières- années, fit forcer l'étude de M. Audouart, gref- 
fier de l'ancien Conseil, et enlever certains registres et piè- 
ces justificatives dont on avait besoin pour cette reddition 
de comptes. 

Le 20 septembre 1663, le (Jonseil Souverain chargeait 
MM. de Villeray et Bourdon d'enlever ces registres et pa- 
])iers à Peronne DuMesnil, puis de les sceller et mettre 
sous bonne garde. il devait aussi forcer Peronne Du 
Mesnil à quitter la maison qu'il habitait et qui apparte- 
nait à la colonie. 

Une escorte de soldats fui doiuiée à MM. de Villeray 
et Bourdon et ils s'acciuittèi-eiit de leur mission avec une 
fermeté (|ui ne ]>lut pas au sieur Peronne DuMesnil qui 
faisait le rodomont dans le pays (lt|mis quarante mois. 

De là les accusations aussi mensongères (|ue ridicu- 
les poi-tées par cet avocat bavjird contre M. de Villeray 



— 41 — 

après sou retour vu France. (16) 

Deux partis se roinièreiit bientôt dans le Conseil Sou- 
verain : celui (le ré\c(|ue, qui, ohcissant à l'édit du i*oi, 
avait étal»li son scniinaire et la diiiic, et s'opposait avec 
iermeté à la vente des boissons enivrantes aux sauvages ; 
et le ]»arti du p)uvei-neui', (pii, se t1i::uiant (pic Mj^r de La- 
val voulait eni])icter sur ses attrii)Ut ions, essayait de se 
venger en favorisant la traite de Teau-de-vie et en lui 
ci'éant des embai-ras pour la dinie. 

M. de X'illeray n'iiésita pas à se déclarer en laveur de 
la dîme et contre la traite de l'eau-de-vie, c'est-à-dire jxfur 
son évêque contre le gouverneur de Mézy. 

De là, la fureur de ce dernier conti-e M. de X'illeray et 
MM. d'Auteuil et lîourdon, procin-eui--<j:énéral, (pli avaient 
agi comme lui. 

Le 18 f(''vrier 1()(>:>. pendant (pie Mgr de La\al était 
au cliâteau, dans !a salle ordinaire dc^ séances du Conseil 
Souverain, M. d'Angoville, secrétaire de M. de Mézy, vint 
de la ])art de son niaiti-e lui donnei- lecture de l'avis de 
destitution de M^L de Villeray, d'Auteuil et lîourdon. 

*'ll ne les avait nommés, disait-il. (pi'à la suggestion 
de l.'évé(pie de Pétiée, d(»nt ils (''taient les cn'atures. Ils 
avaient voulu se rendre maîtres du Conseil, contre les in- 
téivts du l'oi et du itublic, dans le but de favoriser dc^ i»ar- 
ticuliers. Ils avaient formé et fomenté des cabales, con- 
trairement à leui- devoir et au sennent de fidélité (pi'ils 
avaient prêté au roi. On avait profité, ajoutait-il. de sa 
bonne foi et de s(.n ignorance du ]>ays pour le faire con- 
sentir à leiii- nomination. Il priait maintenant le i)rélat 
de se Joindre à lui pour faire une assiMiibléc du peuple, a 
l'effet de cboisir d'autics (»tTicier>. " 

Mirr de Laval se cnii tenta de taire i-emai <)ii«i 'ju'- <■.•! o- 
déclaration n'avait aucinie valcui-, puisipi'il Ji'* l'd «ivail 
])as donné son concours, ainsi (pie le voulait Tj-dit de cré- 
ât i(jn du Conseil Souverain. 



(16) r.r Mémoirr <\o Pén.nn.- !• < <-^<- pu'. il- .ij.n« !«• liullrtin drti 

Rt'vhcrchcH Hiatvriqufi, vol X.VI. pi •«• 



... 42 - 

''M. de Mézy, dit M. l'abbé Gosseliu, alliait une foi 
profonde à de grands travers d'esprit. On lui fit entendre 
que ses actes ar])itraires forceraient le clergé à lui interdi- 
re les sacrements de l'Eglise ; de ce moment, sa conscien- 
ce ne fut 2)as en repos." 

Enfin, à la séance du Conseil Souverain, le 16 avril 
1663, M. de Mézy rendit ses bonnes grâces à MM. de Vil- 
leray et Bourdon et il déclara connue nul et non avenu tout 
ce qu'il avait dit et écrit contre eux. i^a disgrâce de M. 
de Villeray avait duré deux mois. (17) 

Cependant la colère de M. de Mézy contre M. de Ville- 
ray et les autres membres du Conseil Souverain qui par- 
tageaient ses opinions n'était calmée qu'en apparence. 
Elle n'attendait qu'ime occasion favorable pour éclater de 
nouveau. 

M. Charron avait été élu syndic des habitants en as- 
semblée publique régulièrement convoquée par ordre du 
Conseil Souverain. M. Cliai-ron résigna bientôt. Une as- 
semblée convoquée pour lui élii-e un successeur fut sans 
résultat. Une troisième assemblée, convoquée par le gou- 
verneur seul et par conséquent irrégulière, nomma M. Le- 
mire. 

Certains conseillers, parmi lesquels MM. de Villeray 
et d'Auteuil, ayant ])rotesté contre <'ette élection, M. de 
Mézy ne put se contenir et il suspentlit de leurs fonctions 
MM. de Villeray, d'Auteuil, de la Ferté et le procureur 
général Bourdon. 

(J'est au moment où M. de Mézy était le i)lus monté 
contre M. de Villeray que ce dernier traversa en France 
|»roba])lenient ])oui' ses aft'aii'es et peut-être aussi ])oni' met- 
ti*e h; ministre au courant de ce qni se passait ici. II s'em- 
ba7'(jua le 30 août 1()()4 snr le x.tissc.iii du sieui- Le (Jan- 
gneur. (18) 

Vingt jours après le départ de M. de X'illei'ay ])our la 

(17) Sur CPt éplwxle mi peut cunsiili^T M. I'al)b<;- Ou.sstlin, Vir de Mpr 
de Jjnval, tome I, pp. 437 et .sf-q. Tmit r<^-v<''npnifM)t eHt raconl*'- <!<• main jI»- maS- 
tre. 

(18) Joiiitxil tlrn JéHuilr.s. 



- 43 — 



France, le 19 scittcinhic KKJl, M. «le Mczy se présentait au 
Conseil Souverain et (léciarait ([lie k' roi lui avait donné le 
pouvoir et à M^r de l.avai <!(• (•Iianjj:('i- les ronst-ilicrs au 
bout de l'an, (pi'il en avait jtarlé plusicuis fois à Tévrijuc 
mais (juMls n'avaient pu s'entendre II donnait doiK- avis 
aiL\ sieurs de la Ferté, d'Auteuil et IJourdon, pi'o<'U!"eui- 
général, (ju'ils n'étaient ]»lus officiels du < miseil. il an- 
iiouf^'ait également (pie M. de X'illeray, en route pour la 
Fi'ance. 7ie faisait plus pai-tie. non plus, du Conseil S(.u 
verain. 

Le 24 du niénie jiioi.-. M. de MT-zy, de sa seule autorité, 
nonmiait les successeurs des e<uiseillers destitués. 

"En tout cela, dit (Jarneau, le gouvei-neur violait l'é- 
dit royal, car, s'il ne [touvait nomniei" les conseilleis sans le 
consentement de révé(nie, il ne p(»u\aii non jdus se jjasser 
de ce consentement jioui- 1rs destituer ou les suspen 
dre". (19) 

En France, M. de Villeia\- ne perdit pas son temps. 
Il vit le ministre et le tit voir ])ar ses amis. 

Il é(!rivit même un mémoire (jue nos historiens ne sem- 
blent pas avoir (•(►nnu et où il donne les raisons de la haine 
du gouverneur de Mézy contre lui. 

"La source» du désordre, écrivait-il en cette occasion, 
procède de deux ch(»ses : l'une de ce (pie l'édit du roi tou- 
chant l'érection du Conseil Souverain h Qnvhvr dinnnue 
la gi-ande autoi-ité des gouverneurs, et l'autre l'avarice 
de M. de Mézy, (jiii lui a fait rechercher par force et par 
ai-titice une augmentati(Mi de "),()()() livres au delà des i)ré- 
<-édents gouvei-iicuis. dugez où cela va. en égard au ])ays 
et à sa pauvicté. .l'ai fait tout le possible ]M)ur empê- 
cher cette augmentation et (pie les intentions de Sa Majes- 
té fussent suivies, et plus j'y ai fait ukhi devoir, plus il a 
eu (K-casion de m'en savoir mauvais gi-é. et pour cela il a 
mis tout en usage j»our nie pei-drc". ( 20) 

M. de Villeray icvint dans la Nouvelle- Fr;iri.« jm-h 

(19) Histoire du Canada. tum<- l<-r p 2ul. 

(20) Bibliothèque Nationale, fond» Colbert. c*»llectlon Vfrti-. 



... 44Î- 

daut l'été de 1665. Il fit prohal^leiueiit la traversée sur le 
Saiuf-Séhasfien qui amenait ici l'intendant Talon. Ce 
vaisseau parti de Larochelle le 24 mai 1665, jeta l'ancre 
devant Québec le 12 septembre suivant. La traversée 
avait duré 117 jours ! M. de Villeray apprit en arrivant 
en même temps que sa destitution la mort de celui qui en 
avait été la cause. M. de Mézy était en effet décédé à 
Québec le 5 mai 1665. 

Coïncidence curieuse ! Dans le mémoire d'instruc- 
tions remis à M. Talon avant son départ, le roi semblait 
insinuer que les Jésuites menaient tout le pays, y compris 
le gouverneur et l'évéque. Le roi disait à M. Talon de 

s'informer là-dessus. "Pour y parvenir 

il faudra qu'il voit le procureur général et le sieur Ville- 
ray, qui sont les deux principaux du Conseil Souverain 
établi à Québec, que l 'on dit être entièrement dévoués aux 
dits Jésuites, desquels il tirera ce qu'ils en peuvent savoir 
sans néanmoins se découvrir de ses intentions. ' ' 

Pendant ces cent-dix-sei)t jours de traversée M. Ta- 
lon eut amplement le temps de questionner M. de Villeray 
sur les choses du ])ays. Celui-ci, (|ui habitait la Nouvelle- 
France depuis quatorze ans et qui avait été mêlé à tous les 
événem^ts importants, lui donna, nous pouvons le croire, 
des l'enseignements qui mirent M. Talon absolument au 
fait de la situation du pays. 

M. de Tracy arrivé dans, h' pays le 30 juin 1665 se 
chai'gea de réi)arer l'injustice commise au détriment de M. 
de Villeray i)ar l'irascible M. de Mézy. Le 6 décembre 
1()66, il faisait de nouvelles nominations au Conseil Sou- 
verain et M. de \'illcray i-cc<'vait la clini'ti-c de preiniei' 
conseiller. 

Le 10 noveiiil)rc KKJH, le ('oiiscil Soiivci-aiii de la Nou- 
velle-France rendait son célèbic arrêt |)ermettant à "tous 
les Français habitants de la Nouvelle- France de vendre et 
débiter toutes sortes de boissons aux sauvages (pii en vou- 
dront acheter d'eux et traiter." Mgr de Laval et M. Le 
(îai-dcin* (le Tillv seuls refusèrent de siguei" cet arrêt. M. 



— 45 — 

(le X'illciiiy, (Miiiinic les aiiti-es iii«'Iii)»!t> du ToTiseil Soil- 
A'craiii, y apjjosa sa signature. 

C'était la i)remiore fois que M. de Villeray différait 
d'<>])i]ii(»n avec Mirr de Laval sur le funeste commerce de 
r<'au-(le-vie. 11 dût regretter cette erreur. 

("est l'intendant Talon qui avait décidé le Conseil 
Souverain à ado]>ter cet arrêt. 

"Certes, a écrit M. Clia]>ais. Talon ne se rendait i)as 
compte du Héau qu'il décliainait. Il croyait, sitns doute, 
servir encore le bien i)ul)lic en jirovoquant cette décision. 
Cependant quelles (jue i)ussent être ses intentions, il com- 
mettait ini acte dont l'histctrien im}>artial ne saurait l'ex- 
cuser. 1 1 y a dans sa vie bien des ]>ages glorieuses. Mais 
on voudrait }»ouvoii' déchirer celle (pi'il écri\it !<• 10 novem- 
bre 1668". (21; 

La même remarque s'ap]jlique à M. de Villeray. On 
voudrait })ouvoir rlécliirei- la triste i)age (pi 'il écrivit le 10 
novembre 1668. 

M. de Villeray avait été d'autant i)lus mal inspiré en 
suivant M. Talon sur cviiv (piestion de l'eau-de-vie (pi'en 
cette même année 16()8 il avait été élu marguillier de l'é- 
glise paroissiale de Québec qui était en même temj>s la ca- 
thédrale de Mgr de F.avjd. L'évê(pie do Québec, toute- 
fois, ne lui garda j)as rancune \n)\iv ce faux pas dans sa 
carrière Jusque là sans reproche. 

T.e 14 janvier 1()69. le gouverneur de Coinv'clle conti- 
nuait M. de Villeray dans sa charge de conseiller au ^'oti 
seil Souverain. 

Nous lisons dans le procès-verbal do l'assemblée <lu 
Conseil Souverain tenue ce jour-là : 

*'En l'assemblée convoquée au château Saint-Louis 
de Québec i)a]* ^l. Daniel de Remy. chevalier, seigneur do 
Courcelle, gouverneur et li<'utenant-général pour le roi en 
la Xouvelle-Fran<'e, où il présidait assisté de Messieurs 
Claude de Houteroue. c(»nseiller de Sa Majesté en ses con- 
seils, intendant de la justice. i)olice et finances de ce pa^'^, 

(21) -fran Talov • '' 



™ 46 — 

et de Mgr François de Laval, évêqiie de Petrée, noinuié 
l^ai' le Roi premier évêque de ce pays lorsqu'il aura ])lu à 
notre Saint Père le Pajje d'y en établir un, conseiller per- 
l^étuel au Conseil Souverain établi à Québec, par l'édit du 
mois d'avril 1663; les sieurs de Villeray, de Gorribon, et 
Tilly, Damours, de la Tesserie, de Mouchy et Peuvret ayant 
été mandés, il leur a été déclaré qu'il a été fait choix de 
leurs personnes pour remplir les charges du dit Conseil, 
savoir les dits sieurs de Villeray, Gorribon, de Tilly, Da- 
mours et de la Tesserie pour être continués dans l'exer- 
cice des charges de conseillers, le dit sieur de Mouchy pour 
être établi en la charge de suljstitut du procureur général, 
et le dit sieur Peuvret pour être continué secrétaire et 
greffier". (22) 

Le gijuverneur de Courcelle n'était pas un ami de Mgr 
de Laval. Le 13 janvier 1670, il réorganisait le Conseil 
Souverain. M. de Villeray, que le gouverneur jugeait trop 
favorable à Mgr de I^aval et à son clergé, fut remplacé com- 
me conseiller par M. Dupont. 

M. Patoulet, secrétaire de l'intendant Talon, écrivait 
au ministre, le 25 janvier 1672, au sujet de l'exclusion de 
M. de Villeray : 

"M. de Courcelle en 1670 estima devoir congédier le 
conseil formé i)ar M. de Tracy, lui et M. Talon, x)our en ex- 
clure le sieur de \'illeray, soupçonné j>ar lui d'avoir de trop 
fortes liaisons avec M. l'évéque de Pétrée et les PP. Jé- 
suites. Et comme il n'a peut-êti'e i)as fait réflexion que 
le roi ne lui a pas contié ce i)ouvoir-là, et que des habitants 
du pays ont dit que lorsque M. de Courcelle en sera parti 
ils protestei'ont de nullité contre les arrêts que le nouveau 
conseil qu'il a établi a rendus, je crois qu'il serait bon ])Our 
remédier à beaucouj) de chicanes, qui pouri-aienl naître de 
là, d'autoriser ])ar un ai-rêt du Conseil de Sa Majesté le 
])rocédé de ukhi dit sieui' de Courcelle, et cejx'udnnt faire 
j-entrer le dit sieui- de \'illei-ay, seul liomme capable de ju- 
dicature. M. rc\'ê(|ue de IN'ti-êe ei les JM*. .Jésuites s(; 

(22) Juucments et flélihcml ittiix fin ('on.siil Knii rcraiii <l<: la Nouiiclle- Fran- 
ce, vol. 1er, p. 639. 



— 47 — 

('oiit'oi-iiiant en toutes clioses aux instruct i..ii- «lu i'<'i. il uo 
j)eut ])his être suspect". (23) 

Il toni))ait dans le lot de M. de Villeray de devenir la 
bête noire des i2:ouvei-neurs de la N'ouvelle- France. Tour 
à tour MM. de Mézy, d'Ar^enson et de ( 'oun-elle avaient eu 
des griefs contre lui. Mais le gouverneur de Frontenac 
devait être tout le tein])s de son adniinisti-ation un violent 
et presque toujours injuste adversaire de M. de \'illei-ay. 

Le 2 novembre 1GT2 M. de Frontenac écrivait au minis- 
tre Colbert : 

*'Ile ne nie reste plus Monseigneur, pour faire une 
aussi longue, et ])eut-être aussi une aussi eiumyeuse let- 
tre, qu'à vous dire ([ue Mrs. Paget et quantité d'autres 
principaux habitants de LaRochelle, qui sont créanciers de 
la connnunauté du Canada nie ])résentèrent en passant une 
requête par laquelle ils nie demandaient que j'eusse à les 
faire payer de ce qui leur était dû par les habitants de ce 
pays, prétendant qu'on y avait touché de grandes som- 
mes sur les dix iM»ur cent qu'on y lève, sans qu'ils eussent 
été pavés de quoi que ce soit. Comme je n'étais i)as en lieu 
de leuî' ])ouvoir rien rêi)ondre. je les remis quand je serais 
arrivé, et en ayant i.arlê depuis à ^l. Tahm, il m'a dit qu'il 
ajusterait cela quand il serait en France. 

"Cependant les habitants m'ont fait ici les mêmes 
plaintes, disant que le droit se levait toujours sans qu'ils 
se vissent acquittés de la moindre somme : qu'un nommé 
Villerav avait été depuis quchpies années établi ]»ar M. Ta- 
lon pour le recevoir, et (pi'il n'y en avait pas un d'eux qui 
ne connut fortune d'êti-e arrêté i.ris<.unier, lorsqu'ils al- 
laient à Laliochelle. Les marchands et le s\Tidi(! des lia- 
bitants me vinn-nt même trouver il y a quelques jours 
pour se i)laindre (pie le <lit Villeiay voulait exiger un droit 
de cinq pour cent siii- t..utes les marchandises se<-hes (pu 
avait été aboli il v a deux ans sans néanmoins (pi'd y eut eu 
pour le rétablir aucune ordonnance j.ublue : (pion leur 

.'x. Arrhivfs dti Canada. Corre»*l>ondanw générale, vol. ». 



-._ 48 — 

avait demandé la déclaration de leur facture de cette an- 
née et même exigé le droit d'im capitaine d'un vaisseau 
qui est parti depuis huit ou dix jours pour les Iles, ce qui ne 
donnait i3as un grand courage de continuer ce commerce. 
Ce sera à vous à régler, s'il vous plait, toutes ces choses-là 
avec M. Talon qui, Je crois, vous en rendra bon compte. 
Ils viennent de m'apportei* leurs requêtes que je vous en- 
voie sur les cottes G. L. 

"L'on m'a doimé avis que ce Villei'ay avait envie de 
vous demander la charge de procureur-général du Con- 
seil Souverain ; mais il passe ici i30ur un esprit fort brouil- 
lon et qui chei'che à mettre la désunion partout quoique 
d'ailleurs il ait de l'entendement et du savoir. C'est ce 
qui a obligé il y a un an, de l'ôter du Conseil où il faisait 
la charge de conseiller. Il y a encore ime autre raison 
plus forte, c'est qu'il est entièrement dévoué aux Pères 
Jésuites, et l'on dit même ici communément qu'il est du 
nombre de ceux qui sans en porter Vliahit ne laissent pas 
d'en avoir fait les voeux. (24) C'est x)oui'quoi j 'ai cru qu'il 
était de mon devoir de vous en avertir, afin que vous vis- 
siez, en cas que l'on vous en i)arlat, si a])rès avoir (eu) au- 
tant de peine à ôter aux Pères Jésuites la connaissance et , 
la direction des affaires de re j>af/s il serait à j)ropos de 
leur ouvrir une j)orte pour // entrer indirectement." (25) 

Le 13 novem})re 1673, M. de Frontenac revenait à la 
charge auprès du ministre Colbert : 

"M. Paget et les autres qui m'avaient, comme je vous 
le marquai l'année ])assée, ])arlé des dettes que leui* doit le 
])a.ys, m'ont ('n<'oi'c celle-ci envoyé une nouvelle re(iuête 
j)Oiii- être satisfaits ; mais je leiii- mande qu'ils n'ont (|u'à 
s'adresseï" à vous et (pie vous i-eglerez cela ou avec M. Tii- 
lon ou avec c<'liii d<»iit le K«u fera clioix. i)our lui donner 
l'intendance rie ce pays. 

"( 'ei»eii(laiit coniiiie iiii iioiiinié X'illeray durpiel je me 
donnai l'hoiuieiii' de \(»iis pariei' dans mes (h'rnières (léj)ê- 

(24) Tous le» motu en ilaliquf.s .sont in tliiffus. 

(25) Archives du Canada. Correspondance générale, cahier 3. 



— iU — 

elles e1 dont je vous (lépeignai> le eaiaelèic, «'lait cnininis 
pour la levée du dix pour cent et (pie |ieii<lanl rei liiNcr il 
ui'a donné en deux ou trois reix'ontres (U's niai'tpies de sou 
huuieui- hrouillonne. inl riu-uaute et )u-o|»re à iiietli-e la di 
vision e1 le ti-oul»le par1(tu1, je ciiis en paiianl pour li- \o 
yage du hu- Ontario, et ju-évoyant (pi'il aii-ivei-ail (pichpies 
vaisseaux avaut mon fetoui-. de\(»ii- i-eniettre «-ette eoni- 
missiou entre les mains d'une personne plus affectionnée 
)M>ur le sei'vi<'e et (pli fut moiusdépendante des Jésuites, 
dont il est un des i»iinei|»aux are-boutants et diupiel ils s<' 
servent dans toutes leurs maeliines. C'est pounpioi J'ai 
conuuis le sieur I^eiras (pii a été autrefois se<-rétaire <le M. 
de ( 'ourcelles et (jui est un homme très capable, en bonne 
réi)utation et entre les mains de qui les deniers seront jdiis 
assurés qu'ils n'auraient été dans celles <le l'autre. Et com- 
me il avait déjîi fait la recette de deux vaisseaux devant 
que j'eusse reçu vos ])remiers ordres (pii ne sont arrivés 
ici que le troisième sejitembre ]>ar navire du capitaine 
Poulet, et que je voyais (pie les «iens de M. Talon à cpii le 
dit Villeray avait à réjKHidre, s'en retournaient en France. 
j 'ai cru (]Ue vous ne trouveriez jtas mauvais (jue je ne cliau- 
geasse rien de ce que j'avîiis fait, avant (pie de sav(»ii' v<ts 
intentions, vous assurant (pie le sr de Peiras rendi-a un bon 
et fidèle c(.>ni]»te îi l'intendant (pli viendia en ce juiys de 
tout ce (pli aura passé par ses mains. 

"Si j'ai man(]ué en cela (;a été en <-ioyant itieii faire et 
non i>as maiHjUei- d'obéissance à vos oi-dres (pie je servirai 
toujours aveuulement/' (2()) 

Lv ministre Colbert, (pii connaissait de lon;^ue date 
rantii>atliie de M. de Fi-(»ntenac iioui- M. de N'illeray, lui 
réj)ondait le 17 mai IbTl : 

"A réiz:ai(l du sieur de X'illei'ay. Sa Majesté a toujours 
reconnu (pie (-'estait celuy de tous les babitans de Canada 
qui eî>tait le plus accommodé, et (jui s'ap|di(piait le plus au 
(-(•mmerce. et mesme (pli avait déjà dct^ vaisseaux en mer 
(pli avaient donné c(»mmencement au conmierce avec les 

(26) Archive* du Canada, Correspondance générale, vol. 4. 



— 50 — 

Isles de l'Amérique ; et comme Sa Majesté vous a toujours 
fait eonnaistre qu'il n'y avait rien de plus important, et 
de plus nécessaires que ces sortes d'establissemens, aussy 
ceux qui s'y portent debvraient asseurement avoir le plus 
de part en vostre confidence, et en vos bonnes grâces, affin 
que par le favorable traitement qu'ils recevraient de vous, 
ils fussent convier à augmenter ce conmierce, et que leur 
exemple excitât les autres à s'y porter; c'est asseurement 
l'ordre et la règle que vous debvez tenir, et quoy que vous 
trouviez quelques deiïauts en ces sortes de gens, il faut les 
dissimuler, et les souffrir, parce que le bien qu'ils peuvent 
faire, excède le mal, et puisque la compagnie avait donné 
au d. Villeray la (-onmiission de recevoir les droits de dix 
pour cent, vous ne ])ouviez pas et ne deb\âez pas donner 
cette receepte à un autre sous prétexte que le dit Villeray 
est attaché aux Jésuites. 

*'Sa Majesté veut de plus que le commis de la compa- 
gnie paye les 36.000 1. des charges extraordinaires du pais 
suivant l 'estât de la compagnie sans que vous l'obligiez à 
payer davantage. 

"Sa Majesté A^eut que vous teniez soigneusement la 
main à ce que les habitans se jDOurvoyent des armes, pou- 
dres, plomb et autres numitions (jui leur seront nécessai- 
res pour leur défense. 

"Que le recensement de tous les liabitants se fasse 
t(jus les ans avec grand soin, en sorte qu'il n'en soit obmis 
aucun. 

"Que vous })ortiez tous les garçons et filles au mariage, 
aussy tost (pi 'ils viennent en âge. 

"Que vous resta blissiez le sieur de Villeray dans sa 
charge de premier (Conseiller au Conseil Souverain, en cas 
qu'il ne l'ayt ])oint encore esté." (27) 

M. de Villeray tic dcîvait i)as être longtemps en dc- 
liors du (Jonscil Soincraiii. Au |)i-intemps de 1674, la 
Compagnie (\i'>^ Indes ( )('<-i<l('ii1,il('s "bien infonnée 

(27) Archives «lu Canada. Onliv.s du Koi, Méiie H. vol. 6. 



que ce serait faire Justice à M. de \illeray et en li.. i... 
temps procurer un l)ien à la Nouvelle- France de le réta- 
blir dans la cliai<j:e de premier conseillei- au Conseil Sou- 
verain qu'il ixjssédait ci-devant", le iionnintit au roi, ainsi 
qu'elle en avait le privilège i)as ses lettres patentes, pour 
continuer d'en exei-cer la fonction. 

Le 18 mai 1674, le ministre ('oll)ert inroimaii M. <!.' 
Fnmtenac de la n(>mination de M. de Villei-ay mais il (»u- 
hliait de joindre à sa lettre les provisions de Sa Majesté. 

M. de Villeray fut tout de même installé dans son an- 
cienne cliarge de lU'emier conseiller le S (»ctol»i'e 1674. 11 
est dit dans le procès-verl)al de réce]»tion : "Le Conseil 
])our donner à Sa Majesté des mai-ques de sa itait'aite o])éis- 
sance et de la promjjtitude avec laquelle il se iiorte à exécu- 
ter ses ordres sur la moindre connaissance qu'il peut avoir 
de ses volontés, a ordonné et ordonne (pie n<»nol)stant le 
défaut de la présentât it>n des i)ro visions du dit sieur de 
Villeiay il sera rec^'u en une des chargas de conseil- 
ler au dit Conseil sans lui donner de l'anir poui- le présent 

"(:^H; 

Le gouverneur de Frontenac était j)résent à la séance 
en question et c'est lui (jui dictait ces belles |)lirase> 
]K)ur la galerie, 

QueUpies semaines })lus tard, le 14 novembi-e 1674, il 
écrivait à M. Colbert et tout en informani le ministre de 
ses pivK'édés de bon piince à réjj:ai'<l de M. <!«• N'illeray il 
lui servait un plat de sa l'acon : 

"Vous me marquez que Sa Majesté jtourvoit encore 
deux conseillers au T'onseil Souverain p(»ui- composer le 
nombre de sept. Cei)endant M. de IJellinzani ne m'a en- 
voyé que les ])rovisions du Si- de Lotbinière et celles du Sr 
Dauteuil p<>ur ])rocin'eui--^énéi-al, du<iuel vous ne me fai- 
siez aucune mention. On les a icçus 1 un et l'auti-e, mais 
l'oubli (\es ])rovisions du sieur de X'illcray (|Ue vous m'or- 
donnez pal' les derniers ai-ticles de vot ic dép«''clie, de ré- 
tablir en la première place de conseiller, a causé quelcjuc 



(28) Jugement.^ et OéUb<iration.« 



vi.I l.r n *<fil 



— 52 — 

difficulté au Conseil pour le remettre dans ce rang, parce 
qu'il ne représentait point ses provisions et quoique j'aye 
fait toutes (sortes) d'instances, comme vous pourrez voir 
par le procès- verbal et l'arrêt que le Conseil a donné 
(cotte A) que je vous envoyé, je n'ai i)U obtenir qu'il fut re- 
çu à la première place, mais seulement en celle de conseiller 
sans lui donner de rang et ce par provision en attendant 
qu^il rej) résente ses i)rovisions et que la volonté du Roi ou 
la vôtre, leur fut plus clairement connue. 

P. G. R. 

(La suite dans la prochaine livraison) 



PAUVRE PETIT! 



Vous ne connaissez pas la lamentable histoire de ce petit montréalais qui. 
au dix-septième siècle, paya de sa vie une fugue d'écolier ! 

L'événement est consigné dans un procès verbal des archives judiciaires de 
Montréal (7 février 1686) et j'en extrais les brèves notes qui vont renseigner le 
lecteur. 

Le lundi, 4 févric^r 1686, à deux heures de relevée, Pierre Chesne, âgé de six 
ans et dix moLs, fils aine de Pierre Chesne, tailleur d'habits, quittait la demeure 
l^aternelle pour l'école. Mais pour une raison qu'on ignore, au lieu de se rendre 
où il devait, l'enfant prit le chemin du coteau Saint-Louis, audessus de la cha- 
pelle Notre-Dame de Bon-Secours. 

La bise mordait et l'enfant n'avait aux pieds que des sabots, n'importe, il 
allait devant lui, libre, et ne semblait pas embarrassé. Le meunier du coteau 
en l'apercevant lui demanda ce qu'il faisait, il répondit qu'il se rendait k Lon- 
gueuil, chez son oncle Jean Petit ! Puis il poursuivit sa route jusqu'au ruisseau 
Migeon, où il rencontra la femme du sergent Cabozié qui, elle aussi le question- 
na. De nouveau, le jeune chemineau déclara qu'il allait à Longueuil, et per- 
sonne ne songea à empêcher ce bambin, chaussé de sabots, de s'avanturer sur 
le fleuve par une température boréale, à cinq heures de l'après-midi ! 

Ne voyant point revenir leur enfant, les parents partirent le quérir dans la 
ville. On s'adressa aux amis, aux connaissances, on s'infr)rma à tous les carre- 
fours, sans résultat ! 

Deux jours durant, on agrandit le champ des recherches et on suivit les tra- 
ces de l'enfant, sur la glace, dans diverses directions. Finalement, on le trouva 
non loin du manoir de Longueuil: "il était étendu sur le dos... le pied droit 
"nud, le bras droit sur s(jn estomac et le bnia gauche eslevé, la main d'icelluy 
"plyée roidde par le froid et la gellée qu'il a fait depuis son départ et qui l'ont 
fait mourir" ! 

Ix! .sort ijénible de ce malheureux é< oli» r dut faire le sujet de bien des com- 
mentaire.s dans Ville-Marie et les environs. Combien do mères, avec raison, si- 
gnalèrent, à. Icur.s enfants qui refusaient d'écouter, la fin tragique du Petit Ches- 
ne. 

E. Z. MASSICOTTE 



... 53 — 

L'ANCETRE J)E SIK WILI-Kll) LMiRIEK 



l^'iiiitt'-lrc tir Su WilliitI Laiiiii-i ><• imiimiitil ('<»ttiii»au. il jMtrtail, 
en plus, le surnom «le l'hani|ilaurier, mais te surnom, pur la suite, se 
transforma en celui de Laurier qui est devenu un nom patronymique assez 
répandu et surtout fort connu. 

Personne n'ignore cela, car la généalogie de notre gran<l homme d'é- 
tat a été faite par ^I. P.-(i. lloy, mais ce que l'on sait moins c'est que le 
fondateur de la famille Laurier se rendit chez le m»taire avant de se pré- 
senter à l'église et que Bénigne Basset dressa alors un o«jntrat <le mariage 
qui est resté dans les archives de Montréal. Cette pièce {Muivant offrir 
de l'intérêt nous on nn'ttons le texte à la disposition du lecteur : 

•u AorsT, !(;;(; 

(•()NTKA( T DE MAIMAIJK K.NTUK FKANCOlS ((iITl.NKAr 
DIT l'HAMPLArRlK KT MA(;1)1:LAI NK .M ILLOTS 

Par devant Bénigne Basset, nottiiire Hoval de L'isle de Montréal en 
la Nouvelle-France et Tesmoings Soulizignez furent présens. Fran<,"<)is 
Cottineau (1) dit Chamj)laurié hal)itant <le la Seigneurie de la t'hesnaye, 
de présent en cette Ville de Montréal, (ils «le defîunt Jean Cottineau, vi- 
vant vigneron, demeurant au bourg «le St. Clou. Pn*/ la K<M-he Fonçant, 
dicxèse D'Angoulesme, et «le Jeanne Du puis Ses pt-re et mère, en Son Nom 
d'une part, Et Magdelaine Millots, fille de Jacques Millots, habitant dud 
Montréal, et de Jeanne Hébert, Ses |M'r«' et mère, Aus.^y en Son Nom 
«l'Autre, Lesquelles party«'s, en la préseme et du Consentement de leurs 
pareils et amis, pour ce Assemblez d'Une part et D'Autre, Scavoir, de la 
part du«l François Cottineau, Séraphin Margamie, Ks«uyer. Sr «le la Val- 
trye. Lieutenant au régiment «le Carignan, Pierre Perthuy dit la Lime 
h'ant du«l Montréal, .et Bernard ilercier dit U Fontaine, habitant de U 
dte Seigneurie de la Chenaye : Kt de la part, «le la ditt<» Magdelaine Mil- 
lots, Us«l Jacques Millots et Jeanne Hébert, Ses jK-re et mère, U«»bert le 
Cavelier «lit D.slauriers, et Adrianne du Vivier, se.s grands père et mère, 
U Sieur Anthoine Forestier (2), Son oncle, à Cause de Marie Mag'ne 

11) Dan.s son acte de mariage. Il ne pr*nonune FrançoUi-Jacque*. (Tans. 
I. p. 142.) 

(2) Chiriirjfien d«- Montr<^al. 



— 54^ 

Cavelier, Sa femme .et tante Ttérine, de ladte Mag'ne Millots, Ignace 
Hébert Sou omle, Jean Baptiste Le Cavelier, Son oncle du Costé Mater- 
nel ; Philippes de Carioji (3^, Escuyer, Sieur du Fresnoye, Lieutenant 
d'Une Compagnie d'Infanterie au Jîégiment de L'Estrade, Paul Maurel, 
Escuyer, Enseigne and. Régiment (i). Le Sr Abraham Bouat (5), Ni- 
colas Hubert Mre. Tailleur d'habits, Pierre Caillé Sr de la Rochelle, 
Aussy Mre. Tailleur D'habits, sieur Gilles Lauson Mre. chaudronnier, 
L>bain Geté, habitant (H), Jacques Hubert, Aussy h'ant, Guillaume 
Gourany (7), Anthoine Brunel tous demeurant Aud Montréal ; Reconnu- 
rent et confessèrent Avoir fait et Accordé les traitté et promesse de Ma- 
riage, qui Ensuivent, C'est A scavoir, Led François Cottineau avoir pro- 
mis prendre la dte Mag'ne Millots, à Sa femme et Espouse, comme aussy 
ladte Mag'ne Millots, Avoir promis prendre, led François Cottineau à 
Son Mary et Lspoux, et le mariage faire et Sollenniser en face de Ste. 
Eglise Catholique apostolique et Romaine le plus tost que faire se pourra, 
et qu'il Sera Advisé et dellibéré Entre eu.x Leursd Parents et amis. Si Dieu 
et notre mère Ste Eglise sy consentent et Accordent pour estre Uns et 
Communs en tous biens Meubles acquêts et Conquests Immeubles, suivant 
la Coustume de Paris. 

Ne seront tenus des debtes et hypothèques, l'Un de l'autre faites et 
Créés avant la solennité de leur Mariage, A venir sy aucune y a Seront 
payées et Acquittées i)ar celuy (pii les Aura faites et crées et Sur son bien. 
En faveur duquel Mariage, les père et mère de la future Espouse ont pro- 
mis bailler et fournir Aux futurs Espoux, et en advancement de leurs 
iioyries Le landemaiii de leurs Espousailles jusqu'à la somme de Soi- 
xante et quinze livres, t-ii Une Vache Laitière, et Autres Bestiaux qui se- 
ront i)our lors estime/,, Entre les partys jwur demeurer Icelle Somme de 
Soixante et quinzi; livres. Confuse en ladte Communauté. Sera Douée la 
future Espouse de hi Somme de deux Cens livres Tournois de Douaire 
préfix et pour et Cne fois |tayer, ou (hi Douaire Coustumier suivant ladte. 
Coustume à son clutix. Et le Cas y\rrivant la M(»rt du futur Es])onx Sans 



(3) II a laissé hou nom t\ titi <ii<lti.it \ir>'s <lii I><.iik'-S.iu1i. <|iii .s':i|>|"I1c .ni- 
Jourd'hui Carillon. 

(4> Inhuma' ù MoiilK-al en If.T'.t. (Tang., I. 442). 

«.')> Fameux cabar.tler de Montréal, i)èrf «lu Juko F. -M. J'.oual. 

(6) Ancêtre de Hir Iv.-A. .letté. 

(7) Goumay dit I^-itour. tailleur. (Tanpuay, T, 279). 



.— 00 ™ 



Enfant Vivant dud futur Mariage, led futur Es|kiux a fait don à cause 
de Mort, à la future l'iSpouse et Aux siens de tous et chacun les biens de 
leur ditte ( 'oniniunauté, i\ (|uelque Valleur (|ue le tout Se |)uiss<' Monter 
pour t-n Jouir par elle et les siens Coinnu' de Son propre et loyal aecpiest, 
Et Aussy, Sy la dte. future espouse Venoit à dwéder, avant Ie<l futur es- 
poux, Sans Enfant N'ivant d'Eux ileux, I>'d futur Espoux, .louyra pen- 
dant Sa \'ie Seulement des l)iens de la ditte Communauté, pour la Moitié 
D'Icelle retourner Aux héritiers <le la dte. future Espouse, Comme plus 
hal»iles à Succéder, et p<tur faire Insinuer. Car ainsy et<'. promettans et<;, 
ohligeans chacun en droict Soy etc. Henoneans etc. fait et passé Aud Mon- 
tréal en la Maison dud Sieur forestier, I/an Mil six Ons tw>ixaiite et 
seize, Le Vingt <}uatrié. .I(»ur d'Aoust, avant midy en présence 
des Sieurs Jean Uervaise et .lean Bousquet Tesmoings y demeurans et 
Soubzignez Avec Ijed Sieur de la Valletrie, IVrthuy, Millots, Ïjs Cavelier, 
tttrestier, Ignace llehert, Les Sieurs de Carion, .Maurel, Hubert, Caillé, 
Lauson, Led Sr Bouat, Lesd futurs Espoux, lj<'urs Anfr.- onn-ns .-t amie 
j>our Ne seavoir de faire Enquis Suivant JA>nlce. 

Lavaltrie, Pr Perthui.s, A. Bouat, (ri lies Lauson, 
Mi Ilots, A. Forestier, Ia' Cavelier, M. le Cavelier, 
Maurel, Ignace lleber, Carion, Niccdas Hubert, 
Pierre Caillé, .Ja(|ue Hubert, Jehan (jervaise, Bas- 
set. 

X .\ A 

Bien que le t:(»nirat dai»- du 'i4i août l*!?»",, le mariage n'eut lieu que 
i inq mois plus tard, le 7 janvier KîTT. 

E. Z. MASSI COTTE 



QUESTION 



Uu était ne ce pauvre Justin Mcrarlhy dont M. <!<• •iji.'*p»- parle avr'c 
tant de mélancolie dans ses Mcmoins ? Je .sais qu'il était fils de Jere- 
miah McCarthy, ar|)enteur. 

XXX 



— 56 ™ 

MEMOIRE 

sur la partie occidentale du Canada, depuis 

Miclîillimakinac jusqu'au fleuve du 

Mississipi 



(Suite et fin) 

A onze lieues de eetto dernière on trouve la rivière de Saint-Joseph 
belle, grande et très navigable : à vingt cinq lieues de son embouchure 
est le fort de Saint-Joseph et auprès un village de Pouteouatamis qui peut 
fournir un nombre de deux cents et cpieiques com))attants ; ces sauvages 
sont très braves et se font craindre de toutes les nations ; ils n'ont cepen- 
dant; pour l'ordinaire, de guerre qu'avec les Cliicachas où ils envoient 
continuellement des ])artis et i)araissent fort attachés au Français ; ils 
sèment et récoltent à leur village beaucoup de blé d'Inde ; la chasse au 
chevreuil, au chat, et à l'ours y est très avantageuse. La rivière de Saint- 
Joseph est encore navigal)le plus de vingt lieues -au-dessus de ce village. 
On peut, par un portage, de cette rivière joindre les sources du Théakiki 
qui sont des marais assez étendus et ])ar cette ri\ière se rendre au Missis- 
sij)i jusqu'à la fourche le Théakiki se joint à la rivière des Illinois. Ija 
route i)ar terre du fort Saint-.Ioseph à ccdui du Détroit (sur la communi- 
cation du lac 1 luron au lac Erié) est estimé par les voyageurs de (piatic 
vingt lieues, mais on ne doit guère la compter au delà de soixante, les 
routes au travers des bois étant toujours estimais beaucouj) au delà de ce 
qu'elles sont réell ement. Assez près des sources de la rivière Saint- 
Joseph sont celles de la rivière de Saint-.Iérôme ou du Ouabache qui se 
joint à la Belle-Kivière ou Ohio et ensemble versent leurs oaux dans le 
Mississipi, à trente lieues et plus du point ou les deux rivières se réunis- 
sent, qu'on apjxdle la Source. Le loit de Saint-.Ioseph est, ainsi que pres- 
([ue tous ceux des \n\ys d'en haut, de pieux ronds, et peut (contenir pour le 
présent dix à flouze l'ami Iles françaises, ce qui avec les engagés de ce poste, 
fait poui' l'ordinaire un nombre de I.S à '.'0 l*'raiieais en état de porter les 
armes. 

De rembdUi'liurc; de la ri\ièi-e de Saint-. losepli, à Cliicagou (qui est 
l'extrémité du lac Michigan) on compte troniv. lieues, terrain également 
fertile et forêts admirables pres(|ne tout chênes. Il s'y voit aussi (pnd- 



— 57 — 

qut'S familles fraDçai.MS. On franchit jiar un jKirtag»' de demie lieue ou 
environ, la hauteur des terres de Chicagou aux sources de la rivière des 
Illinois qui communi(jue avec les Mississipi. Ses s<iun-»'s sont une suite 
de petits lacs et marais bordés de j)rairies fort étendues où dans les années 
sèches l'eau manque assez communément, c-e qui rend la navigation en ces 
temps j)resque impraticables jusqu'à douze à quinze lieues de Chicagou. 

KTVTERE DES TLLIXOfS 

On com[»t»' du portage de Chicagou qnin/.e lieues à gagner la Four- 
che (qui est le point où le Théakiki se joint à la rivière des Illinois), 
jusque là, comme il a été dit, la rivière des Illinois est peu navigable dans 
les années sèches, jiar son defTaut d'eau et sa rapidité qui ]tour lors occa- 
sionnent des décharges et portages (9) très fréquents : au-dessous de la 
Fourche on la trouve beaucoup plus praticable en tout temps. Elle con- 
serve cependant toujours de la rapidité qui, dans (juelques parties, rend sa 
navigation assez j)énible ; d'ailleurs ces terres y sont belles, (juantité de 
prairies et ])resque partout chasse abon<lanle surtout à l'ours, au chevTeuil 
et au chat. 

De la Fourche aux Péoria soixante lieues ; le village est composé de 
trois cents et quelques combattants de nation illinoise, très lalmrieux et 
grands chasseurs de boeufs sauvages seulement, ce qui fait qu'on ne tire 
d'eux, aucune pelleterie. Ces sauvages ne sont en guerre avec personne 
et sont regardés de toutes les nations comme de vrais poltrons et craignent 
jdus le Français qu'ils ne l'aiment. 

Il y a du village des Péoria au Mississipi (piatre vingt lieues, toujours 
même terres et prairies que ci-dessus, beaucoup de boeufs sauvages par- 
tf»ut. L'air est très tempéré dans tout le cours de la rivière des Illinois 
et d'autant plus qu'on approche davantage du Mississipi, en sorte qu'à ce 
fleuve on s'apperçoit à peine de l'hiver. Les chaleurs, en été, y sont ex- 
cessives et occasionnent a.ssez communément des fièvres intermittente.^ 
qu'on nomme en ce pays fièvres tremblantes, parce que l'accès commence 
par un froid qui oblige à affubler d'un monceau de couvertures celui qui 
en est attacpié ; il s'échauffe peu à jn-u et iinit |>ar une sueur forte qui lui 
rend la santé p<jur deux jours : le troisième, le même a<«ès reprend de 
la même façon et se passe de même. 

ROUTE DEl'lIS L'EMBOUCHURE DE L-\ RIVIERE DES ILLI- 
NOIS VERS LES SoriM i:s DU MISSISSIPI 

La course du Mississipi est très rapide partout ; le fleuve est bordé 



(9) On ai.|H-nc |H,rf;.K.s t.. '"n e«l obnR<^ d.» porter '■' 'h 

charge ft U. can..t. .s.-t .^'>•'t^ ^ l'i»-»* Huit-i». nipld.»* eau !• 

rabW-8 ..u deffaui dVau abs. ' -««r d'un.- rivière à un.- un 

tre qui n'ont aucune coinm C-ux où l'on peul fmmtr le 

canot avec une partie delà ■ "^* *• vide. 



™ 58 — 

de prairies qui à un quart de lieue au plus à une demie lieue, s'appiiient 
à des montagnes pierreuses et non boisées lesquelles, comme il a été déjà 
dit, viennent elles-mêmes s'appuyer de distance à autre au fleuve. Il y a 
assez grande eau partout et plusieurs îles dont quelques unes d'une terre 
fertile et très bien boisées. (10) 

La même chasse qu'il a été dit à l'embouchure du Ouisconcing. On 
compte de l'embouchure de la rivière des Illinois à celle de la rivière des 
Moines (11) soixante lieues. Cette rivière a ses sources vers le sud-ouest 
et porte canot de ce côté' près de quatre vingt lieues ; ces terres sont belles ; 
beaucoup de prairies et la chasse au boeuf sauvage y est abondante. 

De la rivière des Moines à l'embouchure de la rivière à la Roche, soi- 
xante lieues, même terrain et chasse que ci-dessus ; cette rivière prend sa 
source vers l'est, et quoique très plate et assez rapide, elle est navigable de 
ce côté près de cent cinquante lieues, elle est bordée de belles prairies et la 
chasse au chevreuil dans tout son cours y est très abondante. 

De l'embouchure de la rivière à la Roche à celle du Ouisconsing, soi- 
xante lieues, même terrain et chasse que ci-dessus. La rivière du Ouis- 
consing ayant été détaillée (p.p.) Je ne m'y arrêterai point et continuerai 
à suivre le Mississipi vers ses sources ; il est seulement à remarquer que 
comme ce fleuve vient du nord on a très peu près le climat à l'eml>ouchure 
du Ouisconsing est déjà très différent de ce qu'il est auprès de la rivière 
des Illinois et que plus on suit son cours vers ses sources plus l'air y de- 
vient froid, en sorte qu'au portage Saint- Antoine et au-dessus l'hiver y est 
très long et le froid extrême, ce que nous verrons ci-après; la chasse au- 
près du Ouisconsing et au dessus est très avantageuse pour le boeuf, le 
castor, le chat et l'ours, qui y sont en assez grande quantité. 

On compte du Ouisconsing à la rivière à la Crosse environ vingt 
lieues, cette rivière, qui vient de l'est, porte canot de ce côté près de cin- 
quante lieues ; on y trouve beaucoup de castors, pécands, loutres et mar- 
tes ; Elle traverse une prairie qu'on appelle prairie aux ailes, qui borde 
le fleuve l'espace d'une lieue et s'étend en profondeur jusqu'à deux lieues, 
s'appuyant à de hautes montagnes déboisées. 

Il n'y a de l'embouchure de la rivière à la Crosse que deux lieues pour 
se rendre à celle de la rivière Noire qui vient du sud-est et est navigable 
l'espace de trente lieues ; les terres et chasse de cette rivière sont les mê- 
mes que dans la précédente. 

On compte de cette rivière jusqu'à la Montagne Trempée cinq lieues ; 
cette montagne est une île déboisée qui a plus de soixante pieds de hau- 
teur, d'un terrain fort ingrat. 

(10) Jje bois II' i)lii.s commun t-st le clièjie, 1<- noyer de France it lieaucouj) 
d'autreH bois diffCTL-nts de celui qu'on voit en Canada. 

(11) Le.s voyageur.s donnent ce nom aux chats sauvages tout ainsi que 
celui de plus aux ca8tor& 



— 59 — 

De cette île au hic Pépin, vingt-cinq lieues, mêmes jirairies et même 
suite de montajines ; ce lac peut avoir trois quarts rie lieues de largeur 
sur une longueur de sept lieues, bordé de j)rairies ([ui, à une demie lieue 
s'appuie à la eliaine de montagnes. 

Du lac Pej>in à la rivière Sainte-Croix douze lieues ; cette rivière est 
navigable Fespace de cent vingt lieues vers le nord-est, où sont ses sources; 
elle est assez rapide et très ])late en beaucoup d'endroit*. On peut ])ar 
son moyen se reiulre au lac Supérieur en faisant ]>rès de sa s(»urce un por- 
tage de demie lieue, jmur tomber dans celles de la petite rivière Noésa- 
cointe qui, à vingt ciiH) lieues de ce portage, se vide dans le lac Supérieur. 
Ces deux rivières courent ;"i ])eu près sud-ouest et nord-est, et sont l)or- 
dées d'im terrain égal et fertile couvert de très l)eaux b.i- "ù la \>'-\i- fauvi' 
de toute espèce, est très conmiune. 

A douze lieues de l'emboucbure de la rivière de .-..,,, .i ,..,%. ...hii- 
nuant toujours à monter le Mississipi, on trouve l'emlioucbure de la rivière 
Saint-Pierre, large de quatre arpents à son entrée, très profonde, et qui 
est navigable, sans rapides, jusipi'à cent cin(|uante lieues vers le sud-ouest; 
la terre y est bonne et fort ai)lanie, la cbasse du boeuf très al>f»ndaT)te. On 
trouve dans le liaut de cette rivière un village de Sioux «|ui |)eut produire 
un nombre de quinze cents combattants ; ces sauvages n'ont p<»int de ré- 
sidence fixe, ils sont presque toujours en marcbe et ne vivent que de boeuf 
qu'ils cbassent avec la flèclie ; les femmes s'y vêtissent de peaux de boeuf; 
les bommes y sont constamment nus, n'ayant pas même l'attention de se 
couvrir la pure nudité. Comme leur ])ays n'est (prune suite de prairies im- 
menses, ils dressent leurs camps (luupie soir, |)our ainsi dire, se mettant 
à couvert sous des tentes faites de i»eaux de lioeuf, à (jui ils donnent la 
forme de cônes tronqués d'une quantité suffisante pour laisser passer li- 
brement la fumt'e. Cette nation fait la gurre à toutes les nations voisi- 
nes. Il y a outre ce village quantité d'autres de même nation tous très 
nombreux dont les Européens n'ont de connaissance que par le récit de 
(•eux-ci ;. les prairies qu'ils babitent sont si immenses et si unifi»rme8 que 
ceux qui les traverseiit jie trouvent pas même de bois pour faire cuire leur 
manger ; ils se servent pour cet effet de fiente de boeufs sauvages qui y 
fourmillent. 

De l'emboncbure <\r bi rivière Saint-Pierre au portage Saint-Antoine 
trois lieues ; ce portage occasionnée par une m<»yenne cbût^î et suite de 
rapides est le premier (ju'on tnuive dans le fleuve du Mississipi qui, de 
son emboucbure à ce j>ortage, a au moins six cent« lieues, toujours d'un 
cours très rapide mais navigai)le jtartout. même pour des pirogues et ba- 
teaux plats du port de trente tonneaux et plus ; c'est à cette chute que 
cesse la «loiilde cjuiine de montagnes <pie j'ai dit !i' lor le fleuve 

presque (bms tout son cours. Au-dessus de ce poi -■"♦ enviroTi 

d'un quart «le lieue et où on prétend qu'il y a «les luin- 
abomlante.s, est une suite de prairies qui ^' -m. èdent pr' , 
ruption ; la cbasse y est parfaite et oi: n abondance des jK-iletc- 

ries de toute espèce. 



— 60 — 

On trouve, à trois lieues" de ce portage, un village de Sioux qu'on 
nomme gens des Lacs ; ils se servent de canots et font usage d'armes à feu 
qu'ils tirent du Français avec qui ils traitent ; leur pays est rempli d'un 
nombre infini de petits lacs et pour cette raison est appelle Les Mille 
Lacs ; ils ne sèment aucun grain et ne vivent que de chasses, de pêches 
et de folle-avoine, qu'ils trouvent en grande quantité le long de tous ces 
lacs. Ils sont presque toujours en guerre avec les Cris (12) et les Assini- 
bouels, ]>euple qu'on trouve sur la route suivie pour découvrir à l'ouest, 
partant du lac Supérieur. 

On compte du village des Gens des Lacs à la rivière à la Corneille, 
trente lieues. Cette rivière est bordée de bois l'espace de trois lieues, 
et au-dessus, ce sont des prairies de suite ; elle est navigable vers le sud- 
ouest l'espace de cinquante lieues dans des prairies immenses et de la 
meilleure terre qu'il soit possible de voir ; l'hiver y dure près de sept 
mois, d'un froid extraordinaire avec beaucoup de neige. 

Je ne détaillerai pas plus loin le cours du Mississipi qui, de la riviè- 
re à la Corneille (la dernière connue par les Européens) est encore navi- 
gable vers le nord-ouest près de trois cents lieues (si on en croit les Sau- 
vages) toujours bordé de terre de même qualité, mêmes prairies et chas- 
se à" peu près la même. 

VUES SUR UNE DECOUVERTE A L'OUEST AU MOYEN DU 

MISSISSIPI 

On y)eut observer partout ce qui a été dit que le Mississipi des sour- 
ces duquel on n'a encore qu'une idée confuse peut servir pour découvrir 
à l'ouest beaucoup plus utilement que la route par le lac Supérieur, par 
la quantité de grandes rivières encore inconnues que reçoit ce fleuve dans 
sa partie supérieure qui viennent pour la plupart de l'ouest et du nord- 
ouest ; d'ailleurs si l'on fait attention qu'on peut par le moyen de deux 
faibles portages se rendre du haut de ce fleuve au pays des Cristinaux par 
où on a tenté jusqu'à ce jour de découvrir une mer à l'Ouest ; on se con- 
vaincra qu'en suivant le fleuve on doit épargner près de cent lieues de 
marche et plus de quatre-vingt portages. 

Ainsi mon sentiment serait que pour cette recherche il faudrait, par- 
tant de Montréal, se rendre à la Baie des Puants ; de là, par la rivièn; 
des Renards et le Ouisconsing au Mississipi qu'on monterait tant qu'il se 
rait navigable, tenant note de toutes les grandes rivières qu'on laisserait 
derrière soi, pour y revenir au besoin ; je ne doute point qu'en parcourant 
ce fleuve et les différentes rivières qu'il reçoit vers ses sources, on ne par- 

(12) Cri.s au lieu de Cristinaux ; les voyageur.s ont l'habitude d«- ne nom- 
mer plu.'sleurB nation» que par la prfmii^re syllalx' de leur vC-ritablc nom. Ainsi 
il.s di.sent Pou au lieu tXf Pouteouatami ,Hak au lieu df Saki.s ; Ouis au lieu de 
Ouiatanon ; Chi au lieu de ('hirachas ; h'as au lieu de Ka.skakia ; Pé au lieu de 
péoria, etc. 



... 61 — 

vint par les connaissances que pourraient fournir les différentes nations 
sur la route, à trouver enfin quelque riviôre qui se rende à cette mer, si elle 
exist*?; mais, pour y réussir il ne faut pas moins qu'un homme instruit, 
très intelligent et déjà dans l'habitude de ces voyages, ayant une connais- 
sanee parfaite de l'homme en général, et une suffisante des sauvages pour 
en tirer le parti le plus convenable ; mais surtout un sujet assez attentif 
pour ne pas négliger la plus petite chose ; il n'est point de minuties pour 
des entreprises de cette espèce ; les choses qui souvent sont regardées de 
tous comme bagatelles et ne tendant à rien sont souvent celles d'où dé- 
pend la réussite. Ce n'est donc que par une tension d'esprit continuelle 
sur tous les objets qui peuvent se présenter, par un jugement sain et une 
combinaison juste qu'on peut parvenir au but qu'on doit se proposer dans 
toutes les marches ; mais, comme je l'ai déjà dit, il faut être instruit, 
surtout assez d'astronomie pour savoir en tout temps où l'on est, sans 
quoi on marche à l'aveugle, croyant, après avoir contourné toutes les si- 
nuosités d'une ou plusieurs rivières, avoir fait sept à huit cent lieues en 
route directe tandis qu'elle n'est peut-être pas de trois cent lieues, et c'est 
là je crois le cas où nous nous trouvons pour tout ce qui a été fait jus- 
qu'ici à ce sujet, au moins n'est-on pas certiiin du contraire par le défaut 
d'acquit de la part de ceux employés à ces découvertes qui, d'ailleurs, se 
sont plus occupés de leur commerce que de l'objet pour lequel ils étaient 
employés. 

Route dans le Mississipi, depuis la rivière des Illinois jusqu'aux 
premiers établissements -français (dits des Illinois), de là remontant le 
ileuve jusqu'au Missouri, dont nous suivrons ce qui est connu de son 
cours. 

ROUTE DANS LE MISSISSIPI 

Le Mississipi auprès et au-dessous de la rivière des Illinois est com- 
me nous avons dit qu'il était au-dessus, c'est-à-dire grande eau, d'un 
(tours rapide et d'une largeur d'un quart de lieue à une demie-lieue, avec 
des îles assez fréquentées dont la majeure partie bien boisées, bordé de 
part et d'autre par des prairies larges de un quart de lieue et plus, ter- 
mint-es de chaque côté par une chaîne de montagnes qui, de distance à 
autre viennent s'appuyer an ntiu»- ; la chassf v c-f ;iii--i d.- nirinr i-.-uèce 
et toujours assez abondant*-. 

De l'embouchure de la rivicru des Illinois, suivant le cuur= Uu ileuve, 
douze lieues jus()u'à la rivière du Missouri, qui vient du nord ouest et 
dont les soun.es sont vraisemblablement dans un grand éloigneraent 
puisque les Sauvages les plus reculés que nous connais.sions n'en ont au- 
cune idée, et se sauvent sur les questions qu'on leur fait à ce sujet en 
disant qu'elle n'a point de bout ; (13) nous détaillerons dans un mo- 
ment ce que nous connaissons du cours de cette rivière. 



... 62 — 

On compte douze lieues du Missouri aux premiers établissements 
français (connus sous le nom général d'Etablissements des Illinois). Je 
n'entrerai pour le jirésent dans aucun détail à ce sujet ; je me contente 
d'indiquer le lieu, me réservant de le détailler dans un autre temps, et 
lorsque je j tan -(ni ri' rai le Heuvi; jusqu'à son embouchure. Je vais donc 
reprendre le Missouri, qui est à douze lieues au nord de ce premier éta- 
Idissement. 

KOUTE DANS LE MISSOURI 

La rivière du Missouri, comme nous l'avons dit ci-dessus, est très 
longue et il est à présumer qu'on ignore encore partie de son cours puis- 
que les sauvages qui eu parlent, pour qui trois et quatre cents lieues ne 
sont rien, non seulement en ignorent les sources, mais même ne se sont 
point apperçu d'une diminution d'eau sensible, quelque loin qu'ils aient 
poussé, montant cette rivière. Elle peut avoir un tiers de Lieue de largeur 
moyenne ; elle est profonde et son cours rapide que ses eaux, blancliies 
l)ar les éboulis continuels qui s'y font, rencontrant le Mississipi le tra- 
verse à moitié sans se confondre evec celles de ce fleuve qui sont assez 
claires ; les terres qui bordent le Missouri sont les plus belles qu'il soit 
possible d'imaginer, et si fertiles pour toutes sortes de productions qu'on 
ne peut s'en former une idée qu'en voyant ce qu'elles produisent. 

On compte de l'embouchure de cette rivière soixante Lieues jusqu'au 
village des Missouris, qui peut fournir cent cinquante combattants ;ils 
cultivent beaucoup de blé d'Inde et de tabac dont ils recueillent une 
grande quantité, et ils élèvent beaucouj) de chevaux dont ils font usage 
pour courir le boeuf sauvage ;ils ne portent la guerre chez aucune na- 
tion mais sont en but à presque toutes celles des pays d'en haut qui les 
harcèlent par des partis continuels. 

A quarante lieues de ce village est la rivière d'Eslands, qui vient du 
sud, et à l'embouchure de laquelle les Français ont construit un port ; 
(14) à trente lieues <hi va port et dans cette rivière est un village de Cau- 
sées dcmt le nombre est de quatre cents ou à peu i)rès en état de j»orter les 
armes ; les terres de cette rivière sont comme celles du Missouri. 

De l'embouchure de la rivière d'Kslands six lieues jusqu'au village 
des Autata où on voit environ cent cincpiante combattants, et à quinze 
arpents au-dessus un secoiul village de cinquante hommes portant armes. 
Tous ces sauvages vivent mu blé d'Inrh- et au Itociif sauvage qui y est très 
commun. 



(13) C'est au réel rexpre.ssi(»n dont il.s si' .scrvcnl. 

(14) On doit, Han.s qu'il Holt besoin do le dire, jiiyor que tous les forts cités 
dans le i)ays ne sont qu'une suite de pieux rr)nds pos<îs l'un auprès de l'autre, 
se touchant Immédiatement, de i:i ft. 15 pieds d'élévation hors de terre, c|ui .sert 
(l'enceinte à quelques baraques en bois dont partie sert de logement, l'autre de 
magasin. 



... 63 — 

Au sud <le ces villages, sur la rive opposée du Missouri, et la rivière 
des Pauis dans laquelle on trouve à trente lieues de son embouchure trois 
villages de Paiiis (iwi eiisfiuldc peuvent l'ain' nunil)ri' de trois cents com- 
battants. 

Du village îles Autata (sur le Missouri) à gagner celui des Malia on 
compte soixante lieues. Ce village peut contenir si.\ cents combattants 
qui vivent et chassent comme les précédents, ce qui fait (pie les Français, 
qui ne vivent qu'aux pelleteries précieuses, y vont rarement. 

De ce village à ceux des llikaras (qui sont les derniers de cette riviè- 
re connus par les Européens) on compte près de deux cents lieues. Ces 
villages sont au nombre de quarante, à la voix l'un de l'autre, et qui au 
rapport de ceux qui y ont été, peuvent contenir chacun ([uatre à cinq cents 
hommes. Je finis en cet endroit, passé outre, et c'est sur le rapport de 
ces sauvages qu'on doit juger que les sources de cette rivière .sont encore 
fort éloignées. 

MiEFLEXIONS SUR LE MISSOURI POUR LA KKCII KIM 11!': 
D'UNE MER A L'OUEST 

Le sentiment assez unanime de presque tous ceux (jui ont j)arcouru 
ces pays est que poussant le plus avant qu'il est possii)le, par le Missouri, 
on doit parvenir à avoir quelques connai.ssances d'une mer à l'ouest si 
elle existe ; il ne faut ce[)endant j)oint se dissimuler toutes les difficul- 
tés qui doivent accompagner cette recherche par la quantité de nations 
qu'fm doit rencontrer sur la route, qui semblent d'autant plus luunbreu- 
se que vous poussez plus avant dans i-es ct)ntrées. Si. vous êtes exjwsé 
à vous voir arrêté au moindre de leurs caprices, soyez plus noml)reux et 
as.sez pour n'avoir rien à craindre de leur inconstance, vous leur devenez 
su.spei-t, vous éprouvez mille difficultés de leur part pour la subsistance, 
()ue vous ne pouvez pour lors olttenir que de vive force et si vous emplo- 
yez cette voie c'est vous mettre dans l'impossibilité de pousser plus loin, 
menu; de rétrograder, la nation offensé'e |>ouvant s'allier m l'instant tou- 
tes les nations au-dessus et au-dessous d'elle et, i>ar conséquent, vous 
faire autant d'ennemis, et pour toujours, qu'il y a d'individus sur votre 
route. D'ailleurs, comme il a été exposé ci-dessus, le commerce connu 
«le ce pays ne présente point encore un e.spoir de gain assez considérable 
pour que (U'ti particuliers osa.'^sent s'exposer, sans plus de sûreté, aux frais 
immen.ses qu'exigerait cette opération en graml. 

Au surplus qu'on ne se promette pas de moindres dilTicultés on faisant 
cette recherche par le haut du Mississipi car même avant d'être à ses 
.siiurces, vous vous trouvez déjà dans le pays immense des Sioux, nation 
très nombreu.se peu .sociable et dont on nv. coniuiit que la moindre partie; 
tant il est vrai, comme je l'ai insinué ci-devant, (pie |»oiir se promettre 



-64 — 

quelque réussite, il ne faut pas moins pour diriger le tout qu'un homme 
d'une intelligence peu commune, d'une prudence consommée et orné des 
connaissances en tout genre relatives à cette partie, d'un esprit assez 
fertile pour trouver chez lui toutes les ressources qui peuvent lui devenir 
nécessaires, qui, pour peu qu'on approfondisse l'objet, doivent être mul- 
tiphées à l'infini ; à quoi il faut ajouter la conduite même des siens 
qui quelque bien choisis (ju'ils soient, ne le sont jamais assez pour con- 
courir tous avec le même zèle au bien de l'entreprise ; s'il survient quelque 
dérangement quel remède y apporter dans un pays si éloigné, où chacim 
se croit maître et ose tout impunément, ayant la liberté de se soustraire 
pour toujours à la punition qu'il mérite, pouvant s'échapper immédiate- 
ment après avoir satisfait à sa passion particulière. 

FIN 



LES DISPARUS 



J. B. MONIER 



Xe ;i iVantes, France, en 1817. Fit la campagne d'Italie avec les 
zouaves pontificaux, sous le général de Charette, s'enrôla dans les francs- 
tireurs durant la guerre de 1870-71, puis vint au Canada en 1872. Après 
avoir été secrétaire de l'hon. L. Beaubien, il collabore à VEtendard puis 
fonde le Prix Courant. Ensuite, il passe au Monde, à la Presse et au 
Canada. Il était attaclu; à la rédaction de ce dernier quotidien depuis 
1903, lorsque la mort le surprit au travail le 7 décembre 1!)18. Fou M. 
Monier était un érudit modeste et un poète agréable. 

ANATOLE PARTHENAIS 

Sculpteur canadien de grand talent, né en septembre 1830. Après 
avoir été trois lois couronné i)ar l'Kcole impériale des beau.x arts de Paris, 
se sentant frappé d'un mal incurable il revint au pays et s'éteignit à Jo- 
liette, le 27 décembre 18G1. 

X. 



BULLKTIN 



DES 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXVI BEAUCEVILLE--MARS 1920 No 3 



La famille Rouer de Villeray 

Louis Rouer de Villeray 



(SUITE) 



"J'aurais néainuuins fort S(,)uliaitr' ([iic le Cuii.scil ne 
se fut pas arrêté à cette formalité dans rai)])réliension que 
j'ai que vous ne nie soui)(;oniiiez de ne pas avoir agi en cela 
connue je devrais et que ce ne soit un effet d'mi reste de 
chagrin que j'aurais contre lui, i)uisque je vous assure que 
si je vous ai écrit ci-devant sur son sujet, dans les tenues 
que j'ai fait, ce n'a été que i)ar les connaissances (pie j'ai 
eues du caractère de son es])rit ; car, du reste, il n'y a hom- 
me en Canada dont je dusse être plus satisfait, i>uis(pril 
n'y en a point qui ait eu tant de soumissions a])i)arentes 
pour moi, ni qui ait i)ris i)lus de soin de rechercher mon 
amitié; mais j'ai toujours eu en vue de suivre exactement 
ce que vous m'aviez ])rescrit en ]iartant, sur le sujet de Mr 
Vévcque (h Priver rf drs Phrs J/suifrs, (29) j'ai cru ne 
les devoir j^as autoriser ])ar leurs émissaires dont celui-ci 
csi le ])rinci])al et le })lus dangereux, connue vous pourrez 
aisément le vérifier ]»ai' des personnes désintéressées qui 
vous instruiront de tout ce qu'il a fait, non seulement du 
tem])s de Mr de Coui-cclles. mais encoi-e de celui de ]>lu- 

<29) Tous los mots .HoiiliKru's *'U rhiffr<s. 



... 66 — 

sieurs autres gouverneurs qui rayaient préeédé. Pour 
moi, il ne m'avait jamais donné aucun sujet de plainte 
quand je vous en ai fait le i)ortrait, mais je ne craindrai 
point de vous dire d'aliord qu'il est veiui en ce pays, il a 
jjris parti dans la garnison, et a été soldat dans le fort, que 
la fortune qu'il y a fait ensuite est si médiocre que, s'il n'a- 
vait été, les dernières années, facteur et commissionnaire 
d'un marchand de TiaRochelle dont les affaires sont assez 
embrouillées, il n'y aurait jamais i)u subsister ; qu'il ne 
s'est jamais appliqué au connnerce de la mer, publiant ici 
hautement que le tem])s et l'étude qu'il a doimés depuis dix 
ans aux choses du droit et de la jurisprudence, où je ne le 
crois pas encore fort habile, lui ont fait a})andonner tou- 
tes sortes de trafics ; que, bien loin d'avoir des vaisseaux 
sur la mer, il n'a jamais eu une chaloui)e sur cette rivière, 
comme en ont de simples habitants de Québec, et même qu'il 
n'a pas ])i'ésentcment un «-anot de ))ois ])our traverser la 
rivière et qu'à l'égard du «-onunei'ce avec les îles de l'Amé- 
rique, jamais il n'y a i)ensé ni travaillé. Mais il n'est pas 
étrange (pi'on ait es])éré ])ouvoir vous déguiser les choses 
sui' des faits (pi'on a cru (pii ne se pourraient ])as éclaircir 
de si loin, ])uisque, dans ceux dont on devrait ]>résumer 
(pie je ))oui'rais vous envoyci" aisément la |)i"euve, on n'a 
pas laissé de le faire. 

"La (Mjpic (pic vous recevrez cotée 1>. de la commissi(m 
que Mr Talon lui a donnée en son nom pour lever le dix 
|)oiii' cent, vous fera coimaître que ce n'est ])oint MM. de 
la Comi)agni(' (pli la lui avaient donnée et (pie je n'ai i)oint 
eu dessein de clicMnicr leurs droits eu la donnant, connue 
j'avais fait, à un aiilic, puis(pic si leur nom eut ])arii, je 
n'aurais eu gai'dc d'y rien cliaiigcr ; mais voyant tous les 
gens (le Mr Talon s'en ictoiirncr en l'^raiice, et ne croyant 
pas, ('((iiimc je V(»us l'ai déjà mai'(|Uc, les dcniei-s en Iro]) 
gi'andc sûi-ctc dans les mains d'une pei'sonne peu accomo- 
dée, je crus les (le\di r l'emelt re da ns celles d'un lioimne de 
bien cl (i(|("'lc connue celui (juc j'awiis choisi. 

"< 'epen<l;iii1 . M on>eigneu r, ;iussi1ôt (|ue j'ai re(;u vo- 



— 07 — 

1r(Ml('|K*'clu' j'ai remis la cniinnissinTi à Mr de X'illeiay 
qui a l'ait, celte année, la i-eeette du dix pour eoiii, par (>ù 
vous recomiaitroz ma piomple olx'issaueo, et que je n'ai 
aucune peine à t<tnt ce (pie vous nrdonnei'e/. 

'*('onnne il n'est ]>as content de l'arrêt (pi'on a donné 
sur sa réce])ti<>ii, il m'a demandé de lui i)ermetti'e de ]»asser 
en France où il ne mancpiera i)as de vous alléguer l'injus- 
tice que Mr de (.'ourcelles lui a laites de roiei* du Conseil 
de son autoi'ité et sans le consentement de Mr l'évécpie, 
mais c'est à Mr de (,^ourcelles à vous rendre compte des rai 
sons qu'il a eues ixnir cela et que j'ignoi-e. Tout ce (jui 
est de ma connaissance, est que le registre du Conseil, dont 
je vous envoyé copie cotté C, porte que les cinq conseil- 
lers qui le com])()sent, ont été étaldis du consentement uni- 
luel de Mr de Courcelles et de Mr l'évécpie; que l'acte de 
rétablissement du Conseil ({ui se fait tous les ans, aux pre- 
nners jours de l'aimée, est signé de Mr de Coni-celle et de 
Mr de Bouteroue loi's intendant et (ju'il est spécialement 
marqué qu'il n'est point signé de Mr l'évêque parce (pTil 
était malade ; que les gouverneurs précédents ont ])liisieurs 
fois changé de conseillers suivant les termes de l'Kdit de 
création (pii porte (pi'ils seront tous les ans changés cm con- 
tinués ; qu'il y a cin(| ans que le Conseil subsiste dans le 
même état on il est, à la réserve de deux conseillers (pie j'y 
ai mis depuis (jue je suis gonvei'neur. i>ai- le retoui- en 
France d'un de ceux (pii l'était et la iikm-I d'un autre, (iu<- 
le sieur de Tilly y a toujours eu la pi-eiuièi-e jtlace, ([ui est 
un vieux gentiriiomme de (iO ans et le seul peut-être de cette 
(pialité (|ui se soit \'cnu liahitcr en ce |tays, dans les com- 
mencements de la coloine, (pi'il y a app<'rté beaucoup de 
bien dont il a peidn une grande pai'tie dans la guei'ic des 
li(M|uois (pli le |>ill('i'enl, (ju'il se trouve pi'ésentement 
chargé de (piin/e enfants tous vivants, (pi'il est ai)parenté 
de toutes les |»e|-sniuies les |)lus coiisidéi-ables du pays et 
(|ue. dans le temp> (|u'il |inui-iait es|Ȏrer (|uel(pies grati- 
fications il est à la veille (le l'ecevoir une glande moi-lilica 
tinii. <r vo\ant (tbliiii' de descendre d'uii dégi*(' et |»eut-etre 



... 68 — 

de sortir tuut-à-fait du Conseil si vous n'avez la bonté de 
lui faii'e octroyer des provisions d'une des charges de con- 
seiller, conune il m'a prié de vous le demander". (30) 

Le 7 janvier 1675, le gouverneur de Frontenac renou- 
velait le Conseil Souverain. Après mi discours pomi)eiix 
où il déclarait qu'il avait tro]) bonne o])inion des Conseil- 
lers pour s'imaginer qu'il y en eut aucmi qui eut été capa- 
ble de manquer à son devoir, à son serment, à sa conscien- 
ce, à son prince et à lui-même, il nonunait de nouveau MM. 
Le Gardeur de Tilly, Damours, Dupont, de Peiras et de 
Vitré. MM. de Yillera}- et de Lotbinière, tenant leur char- 
ge du roi, n'eurent joas besoin d'être nommés de nouveau. 
La chose était fort heureuse i)our M. de Villeray. Avec 
les sentiments qu'entretenait le gouverneur à son égard il 
est bien i3robable qu'il aurait été mis de côté. 

En cette même année 1675, le Conseil Souverain fut 
jiresque entièrement transformé. Il fut assimilé aux 
compagnies supérieures du royamne. Les conseillers fi- 
xés au nombre de sept recevaient les mêmes ])rivilcges, 
prérogatives, exemi)tions et autorités que les conseillers 
des cours souveraines de France. Au lieu d'être choisis 
chaque année ])ar le goTivci'neui' et l'évêque. les conseillers 
d(n'aient à l'avenir être nommés à vie et par mandement 
direct du roi. 

Anrunalie assez curieuse, l'édit de ré(n-ganisation du 
Conseil S(juverain est daté du 5 juin 1675 et les nomina- 
tions des sept nouveaux conseillers avaient été faites i^ar le 
roi cinq semaines ])lus tôt, le 26 avril 1675. 

M. de Villeray fut maintenu dans sa charge de pre- 
mier conseiller. 

Le 16 noveml)re 1675, ]\L de Villeray adietait de René 
Kobineau, seigneur de Ijéeaneour, grand-voyer de la Nou- 
velle-France, le iK'tit fief de Bécancour sur la Grande- Al- 
lée, à Québee. 

Ce tief d'un arjx'iil de li-oiil sui' dix de profondeur 
élait borné |)ar devant à la (îrande-Allée, par derrière au 

(30) ArchiveH du t';u);i(la. CoiTf.siiondance générale, vol. 4. 



- 09 — 

fleuve Saint-T.aui'cnt, (riui coté aux rei^'ésciitauts de feue 
Marie-.Mai,uuei-il«' l.e (îardeur, l'eiiiuie de l'eu Paul (Jode- 
t'roy, et de l'autre à un eiiiplaceineni (|Uc M. de \'illera> 
avait ac(|uis des liéi-itiei's de l'eu deaii de Lau/oii, Lcrniid 
sénéchal de la N<»uvelle-Fraiiee. M. Rohineau avait eu 
la concession de ee Mot* de la ('om])agnie de la NOuvelle- 
Franee, le 2f) février IG')?. 

M. de N'illeray ]>aya sou ac(|uisil ion six cents li\i-es 
comptant. (31) 

J*ar sou édil du .') juin KiTÔ, (jui coutiruiait et ré;nlaiî 
rétablissement du Conseil Souverain, le roi avait aussi 
ordoinié que l'intendant connue président du Conseil de- 
vait demander les avis, i-eeueillir les voix, ]U'ononeer les 
arrêts. En un mot, l'intendant devait avoir les mêmes 
fonctions que les })reniiers })i'ésidents des cours en h'rance. 
Les deux ])reunères ])laees du Conseil dcNaienl cependani 
api)artenir au gouverneur et à l'évêque. 

Le «>'reffier du Conseil Souverain, d'après les oi-dres 
de l'intendant J)uchesneau, dans les prcK-ès-verhaux des 
séances du Conseil, intitulait M. de Fi-onteuac ''cliet* du 
conseiF'. 

Au UKÙs de janvier 1()79, le ^ouverueur donna ordre 
au p:reffier du ('onseil Souverain, M. FeUNict, de cliau^cr 
ia formule emi)loyée jus(pral<u-s et de lui donner désor- 
mais le titre de chef et })résident du ( 'onseil. 

^I. Duclu'sneau s'ojtposa très énei'ui(pieincn1 à ce 
cliangeuH-nt. 

Le 20 mars KiTÎ), sur la |)i-oposit ion du pi-ocureur-gé- 
néi'al d'Auleuil, le ('onseil Souvei'ain délétiua deux se ses 
nieml)i-es. MM. de \'ill('ia\' et de la Martiniêre, aupi'ès d<' 
M. de Fj-ontenac et de M. hucliesneau atin de les en«;aji:er à 
iaisseï' de côté leurs p|-étentions i-espcct ixcs jusipi'à ce (pie 
le roi eut décidé la (piestion. 

L'intendant 1 )ui'liesneau consentit hicii \-olontiei-s à 
cet ai-ranucnicnt. mais le jj^ouxcnicur ne \onlul entendre 
aucun accouunodement. 



(31) Acte de vente devant Rcuniiin lU-cqiKt. notaire à Qu»'l)ec. 1»^ If. no- 
vembre 167"!. 



... 70 — 

Après de iionibreiix et longs pourparlers (pii ne servi- 
i-eiit (ju'fi niouter davantage les esi)rits, le 27 mars 1679, 
M. de Frontcna*- se l'endait au Conseil Souverain et décla- 
ra qu'il eut à le traiter désormais en la même manière et à 
lui donner les mêmes qualités qu'il ])laisait à Sa Majesté 
de lui donner. Et il ordonna t'oi-mellement au greffier 
Peuvret de le qualilier à l'avenir de chef et pi'ésident du 
Conseil, soit sur son plumitif, soit sur le grand registre, 
dans toutes les intitulations qu'il y fei-ait des assemblées 
ofi il assisterait. 

Du 27 mars au 3 juillet 1679, les séances se passèrent 
en discussion oiseuse, le gouverneur et l'intendant i3ersis- 
tant l'un et l'autre dans leurs ])i'étentions. 

La séance du 3 juillet 1679 fut très orageuse. M. Du- 
chesneau consentit à se retirer du Conseil mais il défendit 
au greffier de donner au gouverneur l'intitulation qu'il 
exigeait. Le gouverneur et l'intendant se contèrent leur 
fait devant tous les conseillers. 

Ce fut le lendemain de cette séance orageuse que M. de 
Frontenac exila de Québec les conseillers de Villeray et de 
Tilly et le procureur-général d'Auteuil. M. de Villeray 
eut ordi'e de se retirer h l'île d'Oi'léans, dans la mais(ni de 
M. Hertlielot, M. de "^Filly devait se rendre cbez son l)eau- 
])èi'e, M. Jucliereau de Saint-Denis, à Beau])ort, et M. 
d'iVuteuil devait se l'ctirer dans sa maison de Monceaux, à 
lîeaupoi't, en attendant de s'embarcpiei' tous trois |)oui- al- 
ler l'cndre com])te de leur conduite au roi. 

Le .") jnilicl 1679, le ('onseil Souverain se réunit à 
Monceaux chez le pi-o<'nreu)'-géiiéi'al d'Auteuil; deux con- 
seillei's, MM. Damoui's et de la Mai't inièi-c, rni'ciil dépulés 
.luprcs du gou\'('i'neur ])our lui demander dv révoquer ses 
oidresau sujcl de MM. <le Villeray, de Tilly ci d'AutcMiil. 
M. de l^'i'outeiiac ne voulut l'ien entendi'c. 

Les clioses trainèreiil ainsi jus(ju'au milieu d'oclobi'e. 
Le 1() oc1ol)i-e lf)79. le ( 'onseil ado|)1a une résoluti(Mi priant 
le gouverneui' et rinlejidanl de consenlii* à ce (|ue ni l'un 
ni l'aulre ne sei-aient nonunés dans l'en lête des pi'ocès- 



ver])aux du < "oiiscil, mais (|U(' le uirlïici' ('ciii-ait sciileinciit : 
"le ('niiscil ass('nil)l(M'". Le <i<niv('in('ur et riiitciidaiil 
coiisciit ircut à <'('t ('\|i('(li('iit. ]a' Li'oHvci'iicur ra|»|>('la 
iiiriiic MM. (le N'illcraw «le Tilly cl (rAutcuil à (j)ii<'l»('c. Le 
('(tuscil se mit i-rsc dûment à l'oeuvre |t<>ui- dis|>(>ser i\v>^ af- 
l'aires (|ui s'étaieiil ae<-uiiudées ]»<'ii(lan1 cotle l(Hi<iue (jue- 
l'ollo. 

]jV 10 ii()V(Mul)re 1()79, rinteiidaut Ducdiesueau eiiti'e- 
teuait longuement le ministre des jjrétentions de M. de 
Frontenac an sujet des intifiddfioïis, puis il ajoutait: 

"Depuis que le Conseil a eu la liberté de s'assembler, 
on a toujours travaillé à rex])éditiou des affaires qui ue se 
sont ]K\s trouvées en <>rand nom))re, par besoin (jue j'ai 
j)ris d'aceouunoder autant <|u'il m'a été |)ossi})le, la i)lus 
Ui'ande j)ai"tie des procès et de |)révenii- les difféi'ents (pii 
p(tuvaient ai*river ; à ([uoi je puis dire, Monsei«!,neur, (pie 
j 'ai réussi à la satisfaction de tout le monde et (pie j 'ai rete- 
lui les esprits dans le devoii- <pii ax'aient assez de dis)»osi- 
tions de s'aigrir. 

"L'union dans laquelle Mi' le gouvei-neur a vu tous 
les officiers du ('(»nseil ])oui" ne jxdnt consentir (pi'on don- 
nât auctuie atteinte à la dé(daration du Roi, l'a ]\\\s dans 
d'étranges eni])orteniens contre eux; juscpi'à les trailei- de 
séd iteux et de l'ebelles, et il s'est effoi-cé de faire passeï* 
cette bonne intelligence i)our inie cabale, et c'est l'adresse 
dont il s'est toujours servi ]>our tâcliei' de d('criei" tout ce 
(pi'on a fait pour le t)icn du i>a_\'s cl i-ciidi-c suspects les 
|»lns lionnêtes gens. 

"Le sieur de X'illciay, (pii \a par oi^lrc de Mi- le gou- 
\'ei-neur, l'cndre compte de sa conduite à Sa Majesté, \'ous 
informera, Monseigneui-, de toutes choses. ,1e suis obligé 
l)ar la force de la vérité de vous dii-e, comme v<»us le i-econ 
naîtrez, (|u'il est lionune ca]>able. Il est d'ailleuis d'une 
])i-obité connue, et fait lionnein- à la col(»nie pai- sa nais- 
sance noble et ))ar ses autj-es boinies (jualités, (pioi(pril ne 
sul)siste que i)ar son gi-aiid ménage." {'•V2) 

(.12) Arfhivos fin Cfinada. (/itrnsiionilanrc Kf■t^f'l■.lU^. vnl. ',. 



... 72 - 

M. de Villeray, qui était un lutteur peu ordinaire et 
(jui était d'ailleiu's accoutumé à la disgrâce des gouver- 
neurs, s'embarqua pour la France à la fin de novembre 
1679. (33) 

Là-bas, ses protecteurs ordinaires firent valoir sa 
cause auj^rès du ministre qui lui était déjà favorable et 
qui était i)assablem('nt fatigué des ennuis q\iv lui causait 
M. de Fi'ontenac. 

M. de Villeray revint dans la Nouvelle-France au 
mois d'octobre 1680. Il était jxirteur d'un ordre de Louis 
XIV à M. de Frontenac de le rétablir dans ses fonctions 
de conseiller. Il apportait aussi une lettre du roi fort 
sévère pour M. de Frontenac. 

"Tous les cor])s et presque tous les i)articuliers, écri- 
vait le roi, se ])laignent avec des circonstances si claires, 
(jue je ne puis douter de beaucou]) de mauvais traitements, 
qui sont entièrement contraii'es à la modération que vous 
(levez avoir. Vous avez voulu que dans les registres du 
Conseil Souverain, vous fussiez (pialitié de chef et ])rési- 
dent de ce Conseil, ce qui est entièrement contraire à mon 
édit concernant cet établissement, en date du 5 juin 1675; 
et je suis d'autant ])lus sur])ris de cette ])rétention, que je 
suis assuré qu'il n'y a (pie vous dans mon royaume qui 
étant honoré du titre de «;-ouverneur et lieutenant-générjd 
dans un pays, eut désiré d'é-tre qualifié chef et président 
d'un Conseil pareil à celui du Canada. Je désire donc que 
vous a))andonniez cette i)rétention mal fondée, et que vous 
vous contcnlicz du titre de gouverneur et mon lieutenant- 
«.'énéi'al . . . . Au surplus, l'abus (pie vous avez fait de 
l'autorité (pie je vous ai commise, en exilant deux conseil- 
lers et le procureui-général |)oui- une cause aussi légère 
(jue celle-là ne me |)lait guère, et n'était l'assurance ])récisc 
(jue vos amis m'oni donnée (pie vous agiriez avec plus de 
mo(léi-a1ion à i'a\'enii-, J '.-nM'ais pris la i-ésolulion de vous 
faii'e re\'enii'." 

Le voyage forcé (pic M. de \'illeia\' \'cnail de l'air'e en 

(33) Entre le 21 ft !<• L'ii. 



— ^■) — 

France avait rté ]>uur lui uik' occasion de dciteiises cuusi- 
dérahles. Jj'inteiidaiit Diichesiieau, téiiinin idiinialiei' des 
colcres et dc^ injustices de M. de Frontenac pour M. de Vil- 
leray, essaya de lui ol)tenir une gratitication. ]je 1^ no- 
vembre 1680, il écrivait au ministre: 

"J'ai fait connaître au Conseil Souverain les inten- 
tions de Sa Majesté sur rexi)édition des procès et pour em- 
])êclier que la cliicane ne s'y introduisit afin que les ])rocé- 
dures de justice ne diveitissent jxunt les lia])itants de leur 
travail et de leur conuuerce ; je vois les otticiers très dis- 
])osés à les remplir. 

''Je dois vous dire en cet endroit. Monseigneur, que le 
sieur de Villeray, ]tremiei' conseillci-, (pii a l'iionneur d'être 
eonmi de vous, et qui est sans contredit le ]»lus iia)»ile et le 
])lus ea]ial)le de rendre serA'i(^e au Roi dans ce i^ays, mérite 
d'être (listingué ]»ar (pielciues i2,ratiticati<»ns de Sa Majesté. 
Il a extrêmement souiïert (\r son envoi en Fi'ance, et com- 
me il est t'oH honnête lionmie et de naissance, il subsiste 
lionorablement du ]>rovenu di- sa terre (ju'il l'ait vnloii' 
avec une grande économie. il a été obligé de l'abandon- 
ner longtenq)s. 11 a ])erdu cette année une ])artie de ses 
])rovisions par le naufrage du navire S(nnf-J(>s( /ih. Te 
qui fait qu'il a très grand besoin des bienfaits du 
Roi." (34) 

M. de Frontenac était fidèle à ses amis. Qu'ils eus- 
sent t(>rt on raison, il les rléfcndait avec mie égale ai'deur. 
Pareillement, lojscpi'il v<»ulaii obtenir des faveurs, il ne 
cessait d'inq)oi1uner le ministie (pie (piand il avait obtenu 
ce (ju'il demandait. 

M. de Fr(»ntenac était aussi lidrJc à ses ennemis en ce 
sens (pi'il ne les JâchaH (pie (piaiid ils les avaient démoli. 
La lettre de blâme reçue du i-oi et ajijjortée i)ar M. d<' \'il- 
leray lui-même dût être assez difticile à digérer |m»ui' lui. 
Aussi il ne tarda guère à ci-<'er une nou\-elle (|uei-elle l\ M. 
de \^illeray. 

•*l*ar l'aitiele li-') ,!,■ l'I^dii (!<■ liioo, écrit Ignotus, il 



(34) Archivr.s du Canada. Ourespondance génénile. vol. 5. 



— 74 — 

était défendu de i)rendre le titre créciiyer à quiconque 
n'était point issu d'un aieul et d'un père ayant porté les 
armes, ou servi le ]iubli(* en des charges honorables susoej)- 
tiljles de conférer un conunencenient de noblesse à sa pos- 
térité. Une déclaration du mois de janvier 1624 alla beau- 
cou]) ]»his loin. Elle interdit le titre d'écuver et l'usage 
d'ai-nioiries timbrées à tous ceux qui n'étaient i)oint de ra- 
ce noble, et cela sous ])eine de deux mille livres d'amende. 
On voit i)ar le Joanial des Andicnrcs (pie, le 18 août 1633, 
sur les (•unclusiun.s du procureur-général, il fut défendu à 
ceux qui n'étaient pas gentilshonunes de prendre la qua- 
lité d'écuyer et de timbrer leurs armes, sous une pénalité 
de quinze cents livres." (35) 

L'édit de 1600 fournit l'occasion désirée i)ar l'iras- 
cible gouverneur pour reconmiencer la guerre à M. de Vil- 
leray. 

Au mois de mars 1681, le Conseil Souverain était oc- 
cupé au ])rocès de Louis Bolduc, ])rocureur du roi à la pré- 
vôté de Québec, accusé de malvei-sations. M. de Villeray 
avait été chargé de ])r()cé(ler aux informations dans cette 
affaire. 

Bolduc était un des pr(>tégés du gouverneur. Plusieurs 
fois déjà, il l'avait défendu aujirès du ministre. Cette 
])oursuite, on le comj^rend, donnait de l'humeur à M. de 
Frontenac. 

Le 10 mai's KiHl, devant le Conseil Souverain, le gou- 
verneur fit une énei-gique remontrance à M. de \'illeray. 
Tjcs Ju (jouent s et fJrlihrrdfions du (^ousciJ Souverain nous 
ont conservée la teneur de cette icmont i-iince : 

"Monsieur le gouverneur a dit (juc ])uisque la Cour 
était occu])ée à iv'chercher les abus (jue les officici's ])eu- 
\'('iit commetti'c dans ra<lministratious de leurs charges, 
il était sTii'pris (pic le i)i-ocui-eur-général qui témoigne tant 
de clialcui- |)oui' en ('tre éclaii'ci en de cei'taines l'encontres, 
dcmeui-c dans le silence dans d'auti-es et les dissinude quoi- 
(ju'il ne les puisse igiiorei-, (jue poui' lui gouverneui' il n'en 

(35) Lu Preane, Janvior i:)0:i. 



— 75 — 

peut pas iaiiv de iiiriuc jtarco (pril inaiiquorait à son de- 
voir ot que sa (MnidcscciKlaiH'c autoi'ist'iait hi continuât iuii 
(les abus et servirait comme d'une espèce de titre à ceux 
qui les voudraient continuer, iiu'ainsi il ne peut pas s'em- 
Itcclier d'avertir la ('oini»agnie de deux manquements no- 
tables qu'a fait le sieur de Villeray dans un exploit qui est 
tombé enti-e ses mains et qui est semblable à beau«'oup d'au- 
tres à ce qu'il a a}>pris donnés en conséquence de ses ordon- 
nances sur le même sujet, le premier en ce que le dit ex- 
l>loit n'est i)oint libellé et (^u'il n'y est point (lit contre (pii 
le témoin doit être entendu quoique les fornmles de l'or- 
donnance du Roi le porte expressément, et le second en ce 
que la qualité d'écuyer qui est donné au dit sieur de Ville- 
ray sans qu'il ait i)roduit sur cela aucuns titres qui i)uis- 
sent faire voir (pi 'elle lui appartient, qu'il exborte la Com- 
])a<::nie à donner ordre à ces abus afin (pie doi-énavant les 
exploits soient libellés en la manière (pie l'ordonnance le 
désire, et que les témoins que r(Hi v(nidra entendre ne ])uis- 
sent ('tre surpris, et que le dit sieur de Villeray ne i)uisse 
l)rendre des qualités (pi'il n'ait ])rouvé lui a]>i>artenii-, et 
se conformer mieux à l'ai'rêt du ('(Hiseil d'Ktat du Roi 
donné le 29 mai dernier et registre dans la ('om]>agnie le 
24 octobre aussi dernier. i)ar le(piel le Roi défend aux (\)\\- 
.-eillers de i>rendi-e d'auti-es (pialités (pie celles (pi'il leur 
dcjnnedans les lettres de provisions de leui-s cliarges." (36) 

Sept jours ])lus tard, le 17 mars. M. de N'illeray sou- 
mettait au Conseil Souverain sa l'éponse à la remontraïK/e 
de M. de Frontenac. Elle est ti'oj) longue j)oui' (''tiv citée 
ici. Mais le premiei* conseiller réiiondait jioiiit p<Mii- point 
à la i'em<»!iti-aiice (lu irouverneur. 

Au sujci de l'exploii d'assignation, M. de X'illeray dé- 
claiail (pie le maïKpiemeiit. s'il y en avait un, était le fait 
de riiuissiei- et \\o\i le sidi. 

(^uaiit au titre d'écu.xcr. M. de Villeray affirmait (pi 'il 
ne l'avait jamais pris dans au<un «les actes et registres du 

(3(î) Jufirmtutu rt Prlihrrulinu.i rln Cuusiit Sinnriu.n. vol. Il J». 478. 



— 70 — 

(V)nseil, et que s'il s'en était scrAi ailleiivs c'était dans le 
but (le le conilrnier à ses enfants en vertu de son droit. 

"D'ailleurs, ajoutait-il, il n'est pas venu en pensée au 
dit sieur de Villeray de produire ses titres tant parce qu'il 
ne lui a pas été connu ([u'il fut d'aucune nécessité ni ayant 
eu aucune déclaration du Roi pour la recherche de la no- 
blesse, ni ])ersonne préposée à cet effet qui ait paru en ce 
pays ; que si (pielques particuliers sous prétexte de la 
crainte de perdre les titres qu'ils ont, et de la difficulté de 
les recouvrer, ou autrement, ont eu la précaution d'en de- 
mander l'ein-egistrenient au Conseil et qu'on ait bien voulu 
leur accorder cette grâce ])urenient et sini])lcnient ; il n'a 
pas cru que cela le dût obliger de faire enregistrer les siens. 
Par ces ré))onses et raisons le dit sieur de Villeray justi- 
fiant suffisamment qu'il n'y a eu aucun abus conmiis de sa 
part, ni contravention au dit arrêt du Conseil d'Etat ; il a 
lieu d'es])érer que Monsieur le Gouverneur qui a ainsi ])aru 
être ]n'évenu contre lui, voulant ])ien laisser le Conseil dans 
la liberté entière d'oi)iner, il sera donné acte au dit sieur 
de Villeray de ses dites réponses, et ordonner qu'elles se- 
ront enregistrées ]jour servir et valoir ce que de raison, et 
afin de faire coiuiaître qu'il est en droit de i)rendre la dite 
(|ualité d'écuyer dans ses affaires pai'ticulières pour les 
raisons susdites, il a joint à la i)i*ésente réponse, sans que 
cela j)uisse tirer à consé(|uence, un inventaire des titres 
justificatifs de sa dite (jiialilé. Fait à yuél)ec le quatorze 
mars 1681." 

Le Conseil, après avoir entendu le pi'ocureui'-général, 
'léchii'a ()iril sci-ail sui'sis à rcxamoi de la iiobUïsse du sieur 
'le N'illeray juscpTà ce (prou cul coniiu les volontés de Sa 
Alajcslé siu" l;i fcclicrclic des iisui'i»atcurs de noblesse au 
Caii;id;i. 

lia discussion, au ( 'onseil, se prolongea encore ])endant 
|»bisieurs séances au déirimeni des alTaii-es du |)ays. M. de 
l'^roiitenac, malgi'é les |n'eu\('s de noblesse a|)])ortées ])ar 
M. de \'iiiei-ay, lui déreiidil de s'inlitulei" écuyei', et, celui- 



--- i i 



ci, ])()iir toi'iniiici" coiiv cliicaiic, s'en .-iltstint. (?,1) 

l''i«>ii1(iKic, ;i\('c son llair Midinairc, jiiLicaiit (|ii(' le roi 
le blâinci'aiî (ra\nii- s(»u!('vr une si loiiunc (jticicllc cl d'a- 
voir t'ait pcrdi-c le temps du Conseil pour une si petite af- 
faire, ciait (jue le meilleur m(tyen de se tiicr du mau\ai- 
pas où l'avait conduit son orgueil et sa haine e<»nl re de \'il- 
leray serait de Tattaquer sur une autre |)oint. j)ans sa 
lettre du 2 ii()veui})i'e 1681 au marquis de Seiguelay, après 
s'être plaint amèrement duCouseil Souverain, il écrivait: 

"Si les sieurs de la Mai1inièr(> et de Moneeaiix s'é- 
taient contentés d'envoyer à la ( oui' leurs plaintes en ])ar- 
tieulier siu" les pi'étendtis mauvais traitements reçus de 
moi. et (le prier M. Dncliesneau de les ai>])uyer, il y auiait 
moins à l'edire ])uis(pril doit être liln-c à clia(pie i>artieulier 
de se plaindre des violences qu'il croit (pi'on lui t'ait et d'à 
vertir Sa Majesté vu (pi'il se )»ei-suadei'ait êti-e eonti-e son 
service mais de l'avoir voulu faire .iuridi(piemenl. conmie 
ils l'ont fait, c'est infoiMner ouxci temeiit cont re un uou\'er- 
neui-, et de voul<»ii- le souuietti-e à Iciu' Jui'idict ion. ( 'e (pie 
je n'estime i>as. Monsieur, que \ous approuN'eic/. 



(37) Sur toute cette chicane à propos du titie d'écu.ver on peut consulter 
les Jiii/rmrnt.i tt hclibérittinus du Citnsril, v<«l. II. jip. 477 it sei|. et une f'tude de 
i^notus dans la Presse do janvier 1 903. 

J\(i. H. 

(La suite dans la nroeliaine livraison) 



— 78 — 

LA FAMILLE GAULTIER DE VARENNES 



lière génération : René Gaultier de Varennes. 

2iè}ne génération: Jacques-Brné Gaultier de Varennes. 

Hiènie génération: Jean-H })}) polit e Gaultier de Varennes. 



JEAX-TÎVPPOTJTE GAULTIER DE VARENNES 



Jean-Hyi)i)()lite, le coiitinuateiii' de la lignée des de 
Varennes, naquit à Montréal, le 7 se])tenibre 1717. Il fut 
baptisé le même jour et ent ])otii' pai'rain Joseph-Hyppo- 
lite de Senneville, et poui- marraine, Charlotte de Lévil- 
liers. 

Entré très jeune dans les trou])es de la marine, Jean- 
Hyppolite fut nommé enseigne en second, en 1744, et ensei- 
gne en pied en 1746 (1). 

Le einq février 1746, il épousait Louise-Charlotte 
Sarrazin ; le mariage fut (*élébré dans l'église paroissiale 
de 8ainte-Foy, en présence de Pierre de la Verendrye, 
lieutenant d'une c()m])agnie du détachement de la mai'ine, 
de Oas))ard Adhéuiar de Lantagnac, chevalier de Saint- 
Louis. d'Ignace Anl)ei*t, sieur de (Tas])é. 

Louise Charlotte Sai-razin, née à Québec, en 1727, 
était tille du célè))i'e docteur Michel Sarrazin, médecin 
ordinaire du roi à Québec, mem])i-e corresi)ondant de l'Aca- 
démie des Sciences de l^aris, membre du Conseil Su])érieur 
de la Nouvelle- France, l('(|uel décéchi à Québec le 8 sep- 
tembre IIPA. 

Kllc était niè<'c, par sa iiiérc, des chanoines Jose)>h 
'l'Iiicriy ilazeui-et Piei'i'c liazeur de l'Orme, ('e dernier 
lui envoyé cil l'^rancc. <"ii 1722. «Mininic délégué du ('hapiti'e 
de (j)uébec. 

Charlotte axait deux Irères phis Agés (|u'elle. dosepji- 
Mirlicl. lié en 171 I. et ( laiide-Mieliel, lié en 1722. 

Le j)remiei'. .losepliMieliel, |»assa à l'aris, dans l'au- 

il) Rapport siii- le- \i-i'lii\<--. <-iiii:i(liciiiics. p.n I )(Mi,Lcl,i.s I :i-.\iinnT, ISKti. 
Notf !•:. i- CXXNII 



fniniK* (le 1731. Son niiclc, ]o cliniioiiio de l'OiMiio, s'iiito- 
l'cssa vivcnu'iil à lui, et dans sa cori-csijondaïu'c avec snn 
Irrrc le dianoino Tliierry llazcui-, il ])arlc souNcnl de s(»n 
cher iR'vcu. Au riscjuc de juiraîti'c un jx'U lono-, nous citc- 
l'ons les détails intéressants qu'il donne sur Tai-i'ivrc do 
ce jeune lionnne à Paris, et sur les études qu'il y imui'sui- 
vait, dans une letlre en dale du 21 févriei' M'.VI {"2). 

"Je vous ai mandé, disait-il, par les i)i'eniie]'s vais- 
seaux, l'heureuse arrivée de Sari'azin à Pai'is et ce (ju'on 
a l'ait poui- lui de))uis qu'il est... d'ai été eliarnié de le 
\'<)ii-. En l'evenant du l^erry, je demandai à l'auber^ic où 
on lojie les earosses à Orléans, s'il n'y avait pas un jeune 
homme de telle ou telle tij'ure avec un ffésuilc ()n me dit 
que oui, mais (|u'ils étaient ])artis ])o\u' Pai'is le jour même 
<|ue j'arrivai à Orléans. J'en i'us très fâché. . . j'écrivis 
une lettre h un de mes amis à Paris ])our le i)i'iei' de l'etenir 
cet enfant chez lui, mais il ne |tut le trouver. Le ]>ère 
Bushler l'amena au Séminaii'c des Missions Etrangères, 
croyant m'y trouver. M. Montijiny eut la honte de le rete- 
nii' et de le cou<dier dans une chamhre, une miit seulement ; 
car M. Ifersant à <jui j'avais écrit. sa<'hant (pi 'il y était, 
alla le cherchei' et l'amena chez lui; et deu.x jours api'ès, 
j'ai'rivai à Paris où je l'emhrassai tendi-ement. Je le tis 
iiahiller et le menai avec moi et mon Ifazeui- à Ver.sailles. 
Je le ju'ésentai à M. de ^^aul'epas (pli me ))arut foit aise 
de le voir et lui ])ronnt de lui rendre ser\ice. .\rM. Kaudol 
et Forcade furent aussi chai'més de v<tii- le jeune enfant 
et lui promii-ent de tra\ailler p(»ur lui. K\\ elïet. ils s'y 
>ont em|)loyés efficacement, iiuis(|u'a\'ec les l'ccouimanda- 
lions de MM. les ii(»u\('rneui- et intendant, (pli ne lui ont 
pas nui, M. de Maui'cpas a eu la honte de lui accor(lei- {7)1) 
francs de |»ension, j^râce (pie l'on regarde ici cnmiiie très 
considérahle, sui't(»ut dans le temps où nous sonmies, et 
où l'on n'accorde de faveur à <pii (pie ce soit sinlout (piand 
il s'agit d'aru-eiit. Il ani'a ce- l.")(l franc- l;itit (pi'il sera 



(2) I>> Chapitre de la Cath/^dralo <le Qu^^ber et se.s (I^'K^ruC-s en France.— 
Itullrtin flrs Urrhrrrhrs HiHtoriquvx, 1910, p. 201, 204. 



- 80 - 

il Paris pour y faire ses études. . . Je n'ai i)as vuulu par- 
ler à Sarrazin de tout ce que vous M. Sarrazin et ma soeur 
m'aviez écrit sur le dessein qu'il aurait de se faire jésuite. 
Je l'ai laissé agir de lui-même. Je lui représentai seule- 
ment qu'il fallait seconder les bonnes intentions que pa- 
raissait avoir le ministre ])our lui, aussi bien que tous les 
amis de son cher père: MM. Raudot, Forcade, l'abbé Bi- 
gnon, M. de Réaumur et les autres à qui je l'ai ])résenté, 
qui tous l'ont trouvé joli et ])lein d'esi)rit. Il me dit qu'il 
ferait tout ce que je voudrais. Je lui donnai à entendre 
que la pension était pour faire ses études en médecine, 
qu'il fallait qu'il s'y donnât tout entier. Il commence par 
son cours d'anatomie sous M. de Verdier qui, après M. de 
Vincelon, jjasse pour le ])lus habile que nous ayons dans 
Paris. Ce M. Verdier est charmé de mon neveu dans lequel 
il trouve une disposition étonnante. C'est lui-même qui me 
l'a dit, il y a quelques jours, il le propose ])our exemple à 
tous les écoliers. Il faut compter que cet enfant fera plus 
de progrès dans trois mois que les autres en six. Dans les 
connuencements, il a eu mi ])eu de ])eine à s'accoutiuner à 
voir les cadavres, encore plus à les toucher. Aujourd'hui 
il y est fait entièrement et ne sent plus aucun dégoût. . . 
Il va exactement tous les jours à l'école d'anatomie. . . Il 
a acheté de temps en temi)s des têtes de mouton ])our les 
disséquer. Je l'ai vu faire devant moi, il s'y ])rend très 
bien... Il lui en coûtera 200 frs. ])our faire son cours 
d'anatomie; ai)rès cela il fera son cours de médecine, de 
b()tani({ue et son droit, car je veux absolument (pi 'il soit 
hou jui'iscousulte et le faire passer avocat. Il ai>pi"end 
aetuellemeiit à danser. Il connnenee à le faire très joli- 
ment ; toute sa peine e.st de metti'C les ]>ieds en deliors. IjCS 
pères et mères (levi'aient veiller sui" leui's enfanls (piand ils 
sont jeunes; car Ton a beaucoup de peine à l'onipre ces 
h'auvaises habitudes (piand on est gi-and. Je voulais lui 
t'iiire ap])ren(lre i\ i'aii'e des ai'nies; il ei'aint dit-il de 
s'éltorgnei'. Il ne finit p;is tout ;ipprendi-e fi la fois. . . Tj(^ 
pèi'c lîushh'r, jésuite, ;i eu ({es soins e.\t l'aoï'd inaires de lui 
de|)uis son dé]»ar1 du Cana<la. 11 raiin<' e(»innie ses yeux 



... SI — 

et a i>uiir lui des atlciitioiis extraordinaires. Il le xiciit voir 
(le temps en temps sans lui parler d'être jésuite, à (pioi je 
ne crnis pas (jue S.iri'aziii pense beaucoup. . . de lui lais 
reeunaueneer sa i)hil()s<)i)hie, sans eei)endant le détourner 
de son anatomie, atin qu'il puisse ]iasser maître ès-arts à 
Paris; ear j^our le bonnet de docteur, il ])oui'ra le i)rendre 
à lilieims. A l'épinl de son droit, il le i)ourra faire ai)rès 
sa pliiloso])liie; il ne faut pas «rand temi)s pour cela. Je 
veux faire en sorte qu'il se rende al)snlun»ent capable de 
rem|)lir les charges de son père." 

Malheureusement, Jose])h-Michel, cpii <lonnait de si 
belles esj)érances, mourut ])res(|ue subitement de la ])etite 
vérole, au mois de se])temljre 1739 (3). 

Le chanoine de l'Orme ne se laissa i)as décourager pjir 
ee contretemps. Il fit venir aui)rès de lui s<m scM'ond neveu, 
Claude Michel. Le 2 mai 1742, il annonçait (pie ce jeune 
honmie était arrivé à Paris, et qu'il étudiait le génie et 
l'artillerie. Le bon chanoine ]»arle fréquemment de ec 
neveu dans sa corres])ondance (4). Incidemment, dans 
une lettre du 14 mai 1743, il dit lui mot de sa nièce Louise- 
Charlotte, "j'ai ap])ris avec jjlaisir, dit-il que ma chère 
niè<'e, votre fille, est très aimable, qu'elle avait beaucou]) 
d'esprit, et qu'elle savait au delà de ce que son âge de- 
mande" (5). 

A])rès la mort de ^ladame Sari'azin, ai-rivée le 4 aviil 
1743, il recommande «-ette nièce au chanoine llazeur; ce- 
lui-ci avait été nommé tuteur des deux enfants du docteur 
Sari-azin. et était devenu en cette qualité a<lministratein- 
de leur Ix'lle i)j-o]>riété sur le chemin Ste-Foy. 

Cette i)ropriété, qui eml)rassait toute l'étendue com- 
])rise aujourd'hui entre l'avemie du I>elvédèi-e et l'ancien- 
ne |»i-opiiété no]]an<l ajipai-tenant aujouid'hui à M. Vic- 
tor Chateauveit. hi ( irande-AUée <'t la rivière Saint-Char- 
les, avait une su|»erticie de 597 arpents ; c'était la teri-e 
Saint-dean. Le Hef Saint-Jean, enclavé dans cette poi-tion 
de terre, contenait soixante arpents. 

(3 ) I.oc. cit. pp. 267-269. 

(4) Loc. cit. pp. 359-361. 

(5) Loc. cit. p. 355. 



... 82 — 

Le (locteui- Sarrazin avait ()l)teiin la terre et le fief 
Saint- Jean, en 1709, par sentence ])ul)lique d'adjudication, 
contre lesliéritiei-s du sieiir Au])ert de la (liesnaye. 

A la mort de Madame Sarrazin cette propriété resta 
indivise entre ses deux enfants. Ai)rès son mariage, LoTii- 
se-Cliarlotte vînt résider avec son é])()nx sur la terre Saint- 
Jean; le chanoine Thierry lial)itait avec eux; mais il n'y 
i-esta pas longtemps, n'ayant pu s'entendre avec le sieur 
de Varennes, qui lui intenta, en 1747, un ])rocès pour l'obli- 
ger à rendre compte de sa tutelle. En 1752, les époux de 
Varennes s'en allèrent habiter Montréal; Jean-Hy])polite 
était alors enseigne à ])ied dans les trou])es de la marine. 
Le 17 mai 1757, il cédait à Jacques Cartier Langevin, 
jnarchand à Québec, tous les droits, prétentions, que lui et 
srni é])ouse avaient sur les terres de Saint-Jean et Saint- 
François, pour la somme de 11,000 livres. 

Claude Michel Sarrazin, a])rès de brillantes études, 
était devenu ingénieur volontaire dans les troui)es fran- 
çaises ; il avait é])ousé à Paris, le 18 octobre 1751, Catheri- 
ne-Marie de Monceaux, fille de Jean-Christo])he-Marie de 
Monceaux et de Marie-Madeleine Juchereau Duchesnay. 
Un de leurs descendants, Louis- Pierre (lirauld d'Avrain- 
ville, né en 185(), a été avocat à la Cour d'A])])el de Paris. 
Après bien des recherches, il est i)arvenu à établir le lien de 
])arenté qui existe entre la famille (lii'ault d'Avrainville, 
(le Fi-ance, et la famille (Jaultier de Vareimes, de Quél)ec. 
Le 7 août 1907, il adressait au docteur Josejdi Caultier de 
^^•ll•emles, de Québec, l'intéressante lettre (pli suit : 

''Monsieur le docteui', 

" J'ai bien re<;u à i*ai-is le IH mars voti'e intéressante 
Idli-c (lu 7 Miai-s, et je ne veux ))as tai'der davantage à vous 
icniereiei' de votre cxti'êMie ol)ligeance à me répondi'c sui' 
\-otre l'amille Cautliier de \'ai-eimes. 

" ('(imnic \(»us le veri'c/, monsieur, |>ai' les notes gé- 
nénlogi<jUes ci-joinles, et grâce à \'os |»ro|H'es i-eclierches, 
nous descendons bien d'uii auteur commun, le docteur 
Michel Sarrazin, savant canadien moi-t à (Québec en 1734, 



— 83 — 

dont un lils lui ni<»n ai-i'i('rt'-«;ran(l-|)( rc paternel, et un<' 
tille épousa .h-an (îautliiei- de \"ai"einies, \(tt !•(• hisaïeul 
paternel. 

" Nos deux raniiiles sont donc lùen aut lie!it icpienient 
deux rameaux issus d'un même tronc (l(»n1 l'un (le vôtre) 
est resté au ( 'anada, et dont l'autre lie mien) est l'cN-cnu 
en Fiance, après la cession de ]li')'^. 

" .l'ai (piehpie orgueil à êti'e issu d'une souche aussi 
vivaee que votre l'amille franco-canadienne et d'une race 
(pli a donné, an nnlieu de tant d'éjjreuves matérielles et 
l)olitiques, un si hel exemple d'attachement et do fidélité 
de l'ace à sa vieille inère-i)atrie, la X'ieille France; j'ai 
aussi qiiekpie joie ix'i'sonnelle à avoir été l'ai'tisan de ce 
rattachement indiscutahle de deux l'ameaiix d'une même 
famille (pii s'ignoraient depuis jdus de 140 années, (frâce 
à des notes de famille assez nombreuses, je connaissais ce 
lien étr(>it (pli unissait ma famille à la Nouvelle-France, 
je savais l'alliance, mais c'était tout; avec persévérance 
j'ai trav^iillé ces notes, et je suis arrivé j\ reconstituer une 
jjarenté de coiisin-<»-ermain avec l'hoiioi-ahle raniille du- 
chereau Duchesnay, à Heaupoit en ITlM) : mais oii tioux* r 
après 150 ans .'' 

*' (îrâce à mon aimable c<»nrrcre canadien. M. Leiiioy- 
ne de Marti*»'ny, conseiller à Paris du < 'anada, j'ai eu 
l'adi'esse de mon cousin M. Kdouard Duchesnay, de (Qué- 
bec; depuis l!S99 je suis en coi'resixmdaiice suivie avec 
celui-ci. 

'• Mon cousin de (^uél)ec, sur ma demande et mes indi- 
cations de parenté |U'(»bai)le, m'a donné votre adresse; 
vous avez eu rextrême obliu-eancc de nie ri-pondi-c et c'est 
donc <»:i-âce à vous (pie je peux vous lixer le croquis «,n'néa- 
lo<^i(pie ci-dessous dont vous trouvei'e/. le détail assez coni- 
])let dans une note sé])art'e. 

Aiiteui- (M.nimun *\r> deux familles. 

|)()< TKFK* MICIIKL SAIx*KAZI \, de (Québec. 

Né en 11).')!), mort à (Québec en 17:»4. 

Plusieurs enfants, dont 1 lils et 1 lille. 



84 — 



Claude Michel Sarrazin de l'Etang, 
né à Québec le 28 sei)lemhre 1722. 
Seigneur de St. Jean. St. François. 
Officier Ingénieur volontaire en 
France, y demeure après la Cession 
du Canada de 1763. marié à Paris 
le 18 oct. 1751, à Catherine Marie 
de Manceaux. morts tous deu.v à Pa- 
ris vers 1805. 

Ils ont eu une fille. 



Un fils 
Claude Michel Sarrazin De l'Etang 

(1722-1809). 
Ep. Marie de Monceaux. 



Une fille 
Catherine Sarrazin de l'Etang. 
Née en 1766, morte en 1S47. 
Ep. en 1799 Edme Cirauld d'Avrain- 
ville. 

I 
Un fils 
Achille Cirauld d'Avrainville (1807- 
1887). 



I 

l'n fils 
Louis fJirauld d'Avrainville. 
Xé en 1816. Avocat à la Cour. 



Charlotte Louise Angélique Sarrazin. 
née à Québec en 172 7. Mariée à 
Sainte-Foye le .') février 1746. à 
Jean Joseph Hippolyte Gauthier 
seigneur de Varennes Sieur de la 
Vérandrie. officier, enseigne en pied 
du détachement de la Marine. 

Né à le 17. ., . 

Mort à le 17.... 

Ils ont eu un fils. 



Une fille 
Charlotte Louise Angélique Sarrazin. 
Née à Québec en 1727. 
Ep. à. Ste-Foy le 5 février 1746, Jean 
(Gauthier de Varennes. 
I 
Un fils 
Etienne Cîauthier de Varennes. 
Marié, en 1791, à Anne Paquet. 



I 

Un fils 
Etienne Gauthier de Varennes. 

I 
Un fils 

I 
Un fils 
Joseph (^iauthier de X'arcnnos. 
Uocteur à Québec. 



" \'(>us voyez donc, inoii.sicur, i[\w la liliatioii accou- 
l»l('(' dans les deux l'aniilles (iautliier de Varennes et 
(Jii-auld d'Avi-ainville est ininteiTonii>ue depuis M^O 
,jus(]u'en 1907. 

" X^ous l'eiiiariiuerez, lanl dans le (•ro(|uis ei-dessus 
(jue dans la note d('laill('e ci-jointe ((>), (\\\"\\ y a (luelcpies 



(6) Auteur commun.— Michel S.irraziii m- à Nuits en Courgogne, le r> 
.septembre 16.'»9, a dû .arriver en Nouvelle-I-'riince vers 16S.^», médecin ordi- 
naire du roi j\ Québec, en 1697, membre correspondant de l'Académie des 
Sciences de Paris, memlire du Conseil Supérieur du Canada. 28 nov. 1707, 
épousa k Montréal, le 20 Juin 1712, Marie-Anne-l'rsule Hazeur, fille de Fran- 
f;olH Hazeur, marchand et conseiller du Conseil Supr. Seigneur de la Malbale, 
et «le Antoinette Soumande; il mourut i\ Québec le 8 sep. 1734. Ils ont eu 
7 enfîinlH < ."{ (lécédéH en b:is .'"igel. 4 lillcs et 3 g;nonns. 



- .S;") — 



CathiTine Marie Agathe H^-Ièno Sar- 

razin de TF^tang. 
Née à Troyes le 1" février 176tj (mor- 
te en 1745). marié»- le 10 floréal An 
VII (30 avril 1799) à Paris, à Bd- 
me Louis Ciirauld d'Avrainville. 
I 
l'n HIa 
Achille (îirauld d'Avrainville. 
Né à Paris le 21 décembre 1807. 
Avoué de 1er instance à Paris de 1838 
à 73, marié le 16 août 1841 à C. (îo- 
dard. Mort à Lyon le 3 octobre 
1887. 

I 
Louis CSirauld d"A\ rain\ ilie. 
Né à Paris le l'i juin 1856. 
Avocat à la Cour à Paris. 

Fait à Paris le 5 avril 1907. 



I 
Ktienne Gauthier de Varennes. 

Né à le 17. . . . 

Marié .}\ le 1er février 17'JI 

à Anne Paquet. 

Mort A le 17. . . . 

I 
lOiienne (îauthier de Varennes. 

Né à le 1791 

Marié à le 18 

à 

Mort A le 18.. .. 

I 

I 
Joseph ( îauthier de \arenne.s. 

Né à le 18. . . . 

Docteur en Médecine à Québec. 



lacunes (le dates pour votre l'aiiiille (^îautliier de Varennes: 
je vous serai l)ien ol)li<ié, iiioiisieur. ai»r(''s avoii- (•o|)i(' ma 
note, si vous le voulez hicii, me la rclouriicr ajUM^'s avoir 
reni]>li les blancs (]ue vous trouvei-ez. 

''Je nie lais un agréal)le i)laisir de vous adresser à part, 
par même courrier recommandé, un tableau p:énéalo^i(|ue 
de ma famille (îii-aidd d'Axi-aiiiN-illc (pie je suis liein-cu.x 
de vous olt-rir. 

*' En terminant ma lon<iUe lettre, pcrmcttez-iiioi, dur 
monsieui*. de vous otfiir ))our vous et toule votre famille 
(je })ourais dire toute n<jtre famille de là-bas; mes plus 
resi)ectueux souvenirs et remerciements. 

" L. (URAriJ) i)'.\\lî.\lN\'ILLK, 

" Avocat i\r la ( 'oiir." 

Tomme on le voit i»ar ce document, Claude-^richel ne 
revint i)as en ('anada. Kii 17')7, il ciiar^eait Ignace l*ci-- 
tliuis, conseiller du roi à (,)u(''bcc. de l'aire faire le i»ar1a,i;e 
entre la partie des terres de Saint-Jean et de Saint- Fran- 
çois, (pli devait lui l'evenir, et celle (pli avait étc' cédée i»ar 
Jean-Hy]»polite (Jaultier de X'arennes au sieur Cai'tier 
Lan^evin. ( 'e parta^ic fut l'ait le K» août 17')7, en jn'éseiice 
des sieurs I*ei-tliuis. ( "artiei'-Lan^cvin et le notaire lîaro- 
let, (pli en dre.s.sa l'acte sur-le-champ. Jacques Cartier 



— m — 

J^aiigc'viii t'Ut la partie iiurd-est de la pruiniété, et Claude- 
Michel la i)ai'tie sud-ouest. Le 8 mai 1758, il vendait cette 
])artie de terrain (318 ari)ents en su])erfi{'ie) et le fief 
Saint-Jean, qui y était enclavé, au sieur Charles Turpin, 
marchand coiffeur, ]jour la somme de 9,000 livres. Jeaii- 
Hyi)])(>lite (laultier de Varennes, ])romu au ran<;' de lieute- 
nant en 1756 (7), conil)attit vaillamment à hi l)ataille de 
8ainte-Foy. 

Après la cession du pays à l'Angleterre, il alla demeu- 
rer à Varennes; nous voyons i)ar un contrat devant Du- 
vernay, qu'il acheta le 11 mars 1761 un terrain et une 
maison près de l'église i)aroissiale; le manoir seigneurial 
de la famille avait été brûlé en 1760 par les tr()Ui)es de 
lUurray. Dans l'autonme de 1761, Jean-IIyppolite s'em- 
])arqua sur VAufjuste ])our i)asser en France, et périt dans 
le naufrage de ce navire (8). 

Sa veuve continua d'habiter Varennes. Dans le rôle 
de la noblesse canadienne, de 1767, elle est mentionnée 
(»()mme résidant encore dans cet endroit, avec quatre en- 
tants, trois frères et une soeur (9). Elle dut l'e venir rési- 
der h Québec, vers 1770. 

A la re(|uête de Jean-Ba])tiste Bouat et de Jean Bou- 
cher de la Bi-()(|uerie, la jjortion (2/6) de la seigneurie de 
Varennes, (pii lui restait fut saisie et vendue ])ar le shérif 
de Montréal, le 18 n<)veml)re 1776; elle fut adjugée à 

(7) lliipport sur les \i-<lii\('s <-iiii:uli«Mincs. i);ii' 1 »c)ii;;l;is r.i > inuci-. ISSfi. 
Note K. |). ("I-.\\\I I. 

(S) Kapport mii" Ic-^ ArcliiM's caiiiuliciiiK-s. pur iJouglus iJiyiiinor, ISRfi. 
Xoli- ]■:, p. CLXXX. 

Ja' flonunipnt suivant nous a f-iO fiuiiiii par M. Aegôdius Fauteux, hiblio- 
thécairc do Saint -SuIimcc A Mon(r"'al. 

Le 28 (16eeini)r(' 17<iS. 

ACTIO d»' nolori«'t<'' poui- .Mnnsicui- \arennes. Sont comparus Luc l>eclia- 
pc Chevalier de l'oiflre royal et militaire de Saint-Tjouis. et Pierre Deijcnsier 
infirniier «le l'Ilôtel-Uieu, demeurant en cette ville, lesquels ont <Ut et «U-clar^ 
))(»ur acte de nolori<''l<'' «pi'ils ont une parfaite comiaissaiioe (|W(> .losi'pli lli|)pi)- 
lyte fîautier, ^euyer sieui* de X'arennes, vivant lieutenant des troupes <lu (iéta- 
chement de la marine en Canada, a pf^ri dans le naufrage de L'Auguste, en 
passant de cette colonie en france sur les Côtes de Louisbourg, le vingt cinq 
Novembre, Mil sept cent soixante et un. — I^iicorne, St Luc, Hervieux, Pierre 
i)0]nir\r.icr, (luy Sanguinet. l'ierre l'anet. (Cahier Faillon, vol. 0()-SS., vol. 10, 
p. 110.) 

I !t ) Kapporl soi- l>- Xrchixe-.. «a iiadleiiiies. ]}.iv I Jonglas l'.rvmnei', 1S8S. 
.\nti- C. p. .14. 



— s- 



CliiMst<i|)li(' Sa 11^11 il ici. <lc Moiilii'al, |i(iui- la snimiic de 
lî(),()()() li\ Tes. i.a \('ii\(' (le J caii- 1 lyppolitc se )-<'tira ainrs 
cIk'Z SCS tils à rAïK-icmic-Lorcttc. et clic dcccda cii rdtc 
)»ar(>issc, en 17î>;i. \ Oici l'acte de sa sc|tiillurc: 

" I.c di.\-liiiil jiiillcl. mil sept cent tiualrc \ iiiut treize, 
|»ni- nous prêtre, cliapelain à rHn|»ital-(iénéi'al, a c1(' iii- 
liiuiié dans l'église de celte |)ar()isse. le corps de |)<'llc 
('liai'lotte Sarra/in, \('ii\-c de sieur .I(>sc|»li li\|)p()li<e (iol- 
tliiei" de \'ai"eine, é(Miyer. capilainc d'une cniiipa^nie du 
détachement de la Mai'ine, décédée le seize du |)i'ésent, su- 
bitement. Ktaient présents, Mossiro Desclicncanx, curé 
(Iccette paroisse, lu'nace Plaiiioiidon. ('Iiarlcs l)('i'y. lunacc 
Dérv. — I)esclieneaux." 

J)u maria^'c de Jean-1 1 \p|)oIitc ( Jaiilt icr cl de L(tuise- 
rliarlotte Sarrazin iia(piircii1 les eiifanls dont les noms 
suivent : 

]i)~ /*it rr< -It*( ii(' (id/ilf l() (h Vinuinn s, l>aplis(' à \o- 
tiT-Dame de Québec, h» IS juillet 1747. ('et enlanl, (pii 
avait |M>ur i>arrain Pierre (lautier de la X'ei'cndryc. le 
Découvreur, fut inlnuné à Ste-F(iy, le 21 septembre de la 
même année. 

2o — Mdvic-M iclu Ih (iiiuHicr de VarcnncH, ba])tisée à 
Notre-Dame de Québec, le 2S octobre 174S. Nous ci'o\oiis 
(pi'elle décéda en basane, nous iravoii> i»ii 1 roiiNcr son a<'te 
(le séi)idtnre. 

\\i) — M(tri( -( 'htirlol I r fifniltitr ih \'ti r< inu s, baptisée 
à Noti'e-Danie de Québec, le S niai's 17")() et iiilniiiK'c à (Qué- 
bec, le :> lévrier 17")!. 

4o — Loid.sf -( '/ni r/ol I ( (l'n/i/liir (h Yd rt u ik s. baptix'c 
à Notrc-Daiiic rie Moiiti('al. le '2') mars 17-"):i. Décédée en 
bas â^-c. 

ôo- ,/o.sv jtlii'J u II ti( - 1 1 fi jtjiol il I ( i mil I II /• (h \' (iri II m x. 
baptisé à Not l'c- 1 )anic de .M<»iiln'al. le i'.l aoûl 17')-'). 

Le continuateur de la liji,-n(''e ( branciie ainée). 

()() — Louis (îiiiillirr (h Van inu s, ba)»tisé à Nolic- 
Daiiir de Montréal, le 27 ociolu'c 17.")(i. 

Le continuateur de la liLiiicc ( bi-ancbc cadette). 

7<) — Miirii -( '/iiirlollr (înnlliir ih \^iin iinrs. baptisée 



— 88 -- 

à Xuti'c-DaiiK' de Montréal, le 4 décembre 1758; iiilmiiiée 
au même endroit, le 9 avril 1759. 

8o — Maric-Cluirlofte (inHlticr de Yurcnnes, ba])tisée 
à \ arennes, le 24 aA-ril 1761. Elle entra connue élève ali 
couvent des Ursulines de Québec, à l'automne de 1772; 
elle ne devait ])lus cm sortir. "Au mois de janvier, (1778) 
dit le récit des Ursulines (10), i)renait Tliabit sous le nom 
de Ste-Catherine» Mlle Charlotte de Varennes, âgée de 17 
ans. fille de Jean-rTy]>])()lite de ^^al•ennes, Ecr., seig'ueur de 
Varennes et lieutenant d'infanterie, et de Mme Charlotte 
Sarrazin. 

"M<>r Briaud venait encore en aide à cette ancienne et 
noble famille, que les malheurs des temps avaient ruinée, 
et paya ])resque en entier la dot de la jeune demoiselle. On 
ti'ouve (lans un écrit du tem])s: "C'est un sujet très ac- 
coni])li, d'un carax^tère rare et d'une vocation à toute 
épreuve. Nous en souhaiterions ])lusieurs de sa trempe." 
Au l'esté, elle est la ])remière de ces "quatre Délies bien 
nées, bien élevées", dont parlait une correspondance déjà 
citée." 

Voici en (juels termes touchants, le récit des Ursuli- 
nes (11) nous ra(3onte sa carrière et sa mort. 

"Beauté, hoi meurs, ])laisirs, tout passe; rien de solide 
que d'aimer Dieu et le servir !" 

"Oh! (ju'elles avaient bien compris l'inuuuahle vérité 
de ces ])aroles, ces deux touchantes amies, infiniment plus 
estimables ])ar leurs (pialités inlérieures que ])ar les avan- 
tages d'un beau nom et d'une ))eauté ])assagère. 

"Nées toutes deux la même année à Montréal, et ve- 
nues au ])ensionnat vers la même éjxxpie, Mlles de Varen- 
nes et de Landriève mai'cbèi-eiil au ciel par la même route 
et y ai'rivèrent pi'Cfscpie en même t(M)q)s. l^eur carrière fut 
coui'te, mais elle fut féconde en mérites. Après quelques 
i'.nnées seulement de travaux, elles entendirent la douce 
voix (jui les avait <i|>pelées à son service, i-etentir de nou- 

(10) Ia'h rrsiiliiH's <!«• (^ih'Im'c. depuis Iciif ('-laltliss^'inciU justprA nos 
Jours, tome MI. p. 1 Of.. 

Mil I...C. cit. pp. :i«f-:j82. 



-8!) — 

veau à Iciii' (ncillc : " L'iiivcr est passt', les [diiics diit ccss^', 
levez-vous, mes bien-aiinées et venez." Et ces é])oiises eoii- 
fiaiites quittaient la terre jioni- se joindre an cortège du 
Roi dos vier;::es. 

Nous avons vu, en 1778, avec (iiielle l'ei-veui" Mlle Char- 
lotte (le Varennes franchissait les portes du ( loître, et 
avec quelle Ixnihenr aussi on accueillait au monastère cette 
tiancée du Sei<ineur, à (jui le ciel senildait n'av(»ir rien 
refusé, et (|Ue l'on voyait écha))i)er aux caresses d'un mon- 
de pertide. i\^ito ])etite nièce de la Mère (îenev. Houcher 
de St-Pierre avait trouvé en son âme une heureuse semence 
de i)iété, héritage le ])lus pi-écieux de l'ancien et vénéré 
seijrneur de Bouchei'ville à ses enfants; sa vocation l'eli- 
<iieuse datait de répo(|ue de sa i)remière «-ommunion et elle 
fut fidèle à ses saints engagements comme l'atteste le i-éeit. 

"Son talent ]>oui' insti'uire et f(»rmer les enfants nous 
était extrêmement précieux, et elle l'enqdoyait avec ai'deui- 
à l'égard de nos élèves de nos classes externes, tandis (pie 
son naturel doux et i)oli, son humeur enjouée, étant des 
})lus sociables et des ])lus habiles à l'éeréer innoceuuuent 
les autres, la rendaient «-hères à toutes, ("était une Âme 
ouverte qui allait droit à Dieu et l'aimait de tout s«»n <'oeur, 
se ])ortant avec une grande tendresse de dévot ioîi à honoi-er 
le S.-C. de Jésus et la très-sainte \'ierge. 

"Sr ("harlolte de \'ai'einies de Ste-( 'at liei-jur ('tant 
très délicate, la comnuniaulé ne jiouvail natui-ellement se 
tiatter de la conserver aussi longtem|is (pie sa vénérée 
grande-tante, la Mère Saint- Pierre. "Atleinle dans sa '.Vie 
année d'une pthisie acc(»mpagnée d'une t ransjjirat ion ex- 
cessive, elle fut en moins de six mois i-éduite à l'extrémité; 
nos efforts ])our arrêter les pi-ogrès du mal luiciit inutih's. 
Le <) juin 1792, ajtrès 14 années seulement de vie religieuse, 
cette aimable et j)ieuse soeur, (jui avait fait de bon coeur 
à Dieu le sacrifice <le la vie, nn'rita d'habiter avec lui |iour 
jamais dans les tabernacles étci-nels." 

IN'AMloK < AK'oN. ptre 



90- 



La complainte des 40 noyés 



Enfin, j'ai jni ohiriiii' an coiiiplt't (je le crois, du moins), cette fa- 
meuse complainte des 40 noyés dont je parlais dans mon article paru 
l'année dernière (pp. 314 et 343) et qu'un lecteur du BuUcUn réclamait 
dès 1898 (p. 64). 

Voici le texte de ce chant populaire tel que je ])eux le rétablir avec, 
l'aide de deux anciens. 

L'un d'eux, M. F.-X. Sénécal, âgé de 70 ans et qui demeure aujour- 
d'hui dans la paroisse Saint-('hristt)i)he, île Jésus, est né à Laprairie, dans 
le rang de la Bataille. Il apprit la complainte de son grand-père, Fran- 
çois Sénécal, vers 1858. Plus tard, il la transcrivit sur un papier et 
c'est son manuscrit qu'il m'a remis. A ^f. Sénécal, je dois les couplets 
1 à 10, 12 et 14 à 21. 

L'autre, M. Joseph-Albert lîichard, mécanicien de Montréal, aussi 
âgé de TO ans, est né à Sainte-Martine, comté de Châteauguay. Son père, 
Louis Richard, né au Cap Saint-Ignace en 1807, demeurait à Saint-Hya- 
cinthe, lorsque la catastrophe se j)roduisit en 181!) et c'est là qu'il apprit 
la complainte que son fils a recueillie. M. J. A. Richard n'a pas pu se 
rappeler autant de cou}>lets que M. Sénécal, mais sa version en contient 
([Uatre qu'aucun autre chanteur n'avait reteinis. Ce sont ceux qui por- 
tent les numéros: 11, 13, 14 et 22. 



Ecoutez Chrétiens, 
La triste complainte 
Que tous coeurs humains 
Soient .saisis de crainte, 
Car c'est un arrêt porté, 
f^uc par la Divinité ! 

2 
Par un vcndriMli, 
Selon qu'on rai>oim(', 
il s'est engitjuli 
(^uarant'-deux personnes 
Dans le fleuve Saint-Laurent 
(.^ui sera leur monument. 



3 

Près de l'île au Héron, 

Place remar(juable. 

Pour ceux (|ui voiront 

Ce lieu déplorable, 

C'est un sujet d'oraison 

l'oui' ceux (|ui y |»ass('i'oiit . ( 1 ) 

1 
Par un très grand vciil 
An |iicd de ces chutes 
Li' sort, inconstant 
l']t les eaux disputent, 
l'cnvcrscnt ainsi le liateau 
Li\ l'i'iit idiit ce monde à l'eau. 



(1) Variante founiie par Ma<l;imc Lmichclière, née Hermine Amlet 

Près (le l'île an Héîon 
JMacc redoutable 
Ceux (jui y pa.s.seronl 
Souvenir remaninahle, 
Tjà. un navire a chaviré, 
l'resque tons se sont ))oyés. 



... 91 — 



10 



Ce |»;Ul\ri' UlDSSfiUl 

Tout ifinpli «riianlii'ssc 

A l»ra\t' les eaux 

Avec <;ran<l (e) ilétressr, 

A j>éri, dans un moment. 

Quarante et un de ses f(ens. ( 'i ) 

6 

Trois se sont sauviV, 

Deux homm(es). une femme. 

Qu'ont été trouvés 

Près de rendre l'âme 

Sur la sole du bateau 

Au ;rré <\i'X vents et des flot? 



J'entends (fs enfants 

Dont les |)èr(es) et mères 

Sont dans le courant 

De cette rivière, 

Pouss(ent) (les cris et des sanglot? 

i;élU''cliissant sur leurs maux ! 



11 

L'éj)oux s'écriait : 
Oh ! ma chère épouse. 
Quel malheur affreux 
Nous y sommes tous ! ! 
("est aujourd'hui notre fin 
3) L'orplielin e>;t sans soutien. 

12 

Pendant {|Uel(|ues jours 

Au hord du rivafre. 

Les larm(es) coul(ent) toujours. 

Dues à ce naufrage. 

La nuit, avec sa frayeur. 

Ne peut arrêter les pleurs. 

i:5 

Varenne(s) et Venhères 

Ont eu la douleur 

De voir sur leurs grèves, 

.Même à Contrecoeur, 

Plusieurs de ces pauvres corjts. 

Depuis longtemps étaient morts. 

U 

,Ie ii'ouhlierai pas 

.\ussi Boucherville, 

.\insi que Loiigueuil 

Près de notre ville. 

C^ue Dieu l)éniss<', à jamais. 

Ces paroisses pour leurs bienfaits. 

(2) Quarante et un. plu.s Hn.Hs.aM. f.-nt -luaranlo deux, comme il eHt dit au 
deuxième Cfiuplet. , , , 

(3) T..UH les N-ieillard.s que J'ai interroKé^s et fini ont conHOi^-rf"- quelque.s t.il- 
\h^ de la comiilainle se rappelent ce couplet ! 



Ce>i pauvres patients. 
Quoique avec douleur. 
Sur cet instrument 
Ont dérivé six heures, 
Kntre la mort et la vie 
Qui les menacent de péril. 



.Mai- par un effet 

De la Providence, 

Des hommes bien faits 

I>'ur donn(ent) assistance, 

.\ terre les ont rendus 

Quoi qu'il- se en. Vident perdus. 



lîet(»urnons vers ceux 

(^ui s<»nt les victimes 

De ce gouffre alfreiix 

Quoique légitime ! ! 

Ceux-là font verser des pleurs 

Km racontant leurs malheurs. 



— 92 — 



1.") 

Cet événenieiit 

Est digne de larmes 

Pour tous les parents 

De ces pauvres âmes 

Et pour ceux qui clianteront 

Ces vers en rétlexion ! 

1(1 

('essons de [ilcurcr. 
Offrons nos prières, 
D'un coeur disposé 
Vers le Dieu de gloire ; 
Qu'il abrège les tourments 
Que souiïrent ces [)énitents. 



Ce grand accident 

Doit être uji exemple 

Tl doit en tout temps 

Finir la carrière 

De ceux qui vont sur les eaux ! 

C)ii plusieurs font leur tombeaux ! 

18 

Chrétiens, qui voyez 

Ce tableau de peines : 

Les pauvres noyés 

Que les eaux entraînent, 

Ils demandent les secours 

De vos prier (es) en ce jour. 



19 

Mettez-vous, un ])eu, 
Amis, à leur ])lace ! 
Nous a])j)rendrons d'eux 
A garder la grâce 
Afin d'être toujours prêt 
Si Dieu [irdnoiicc l'arrêt. 

20 

(^iii que nous scnons. 

Sur terre ou sur l'onde, 

Sans cesse prions. 

Pour un si grand monde, 

Qui voyage sur ces eaux 

Où plusieurs l'ont leurs tombeaux. 

21 

Vous, chers voyageurs, 
Que la destinée 
(l']xpose aux malheurs), 
(^naTitité d'années, 
(iardez donc, al)sohiment, 
L'usage (\v>< Sacrements. 

22 

Qu'en a comjKtsé 
La triste ci»iii])lainte, 
("est Eran(;ois Dupont 
Kt Louis Lal'onlaine 
Pour se souvenir l<)ngtemj)S 
De ce terrible accident ! 



X X X 

)e Fi-ant;<iis l)ii(»i)iit et 



L(»iiis Lal'ontai- 



De qui sont ces cou]»lets 
ne ? .J'en doute. 

De[)uis trente ans (pie Je m'occupe de folklore j'ai souvent constaté (jue 
des chanteur!? de régions différentes s'attribuaient la paternité d'un même 
morceau parce (ju'ils y avaient introduit quelques mots ou queltpies traits 
locaux. Cela Hattait leur vanité. La fléclaration finale pe\it donc être 
re<;ue avec suspicion. 

D'autant plus que si on examine les vei's de près on aper(;oit à cer- 
tains indices qu'ils ont dû être composés par un lettré, dont le texte ori- 
ginal a été déformé en passant de bouche en boin lie. ce (|iii arri\«> toujours. 

.Mors, suivant l'o|iinion de l'historien di- Lainaiiie, je docteur T. 
lirisson avec (pii j'en ai causé, la piemici-e version de cette pièce a pu avoir 



— 93 — 

j)our autrur ral)bé Bouclier- LJflk'v il K' (jui l'ut curé de Laprairie entre 
l'ti)2 et 18.'}9, car cet ecclésiastique avait la plume facile et il a signé plu- 
sieurs cantiques en vogue au connnencenient «lu siècle dernier. 

Par ailleurs, M. .1. A. Kichard m'a confié une assertion qui mérite 
d'être considérer. Son père prétendait que la comi>lainte était l'oeuvre 
des sieurs Dujxtnt et Lafontaine, mais (pie leur texte avait été revisé par 
un curé de Laprairie ! 

K. Z. MASSK OTTI': 



Les actes de foi et hommage conservés à Montréal 



l'ar-ci par-l;i, on trouve, dans ]<'s documents notariés conservés dans 
les archives du palais dr justice de Montréal, des actes de foi et homma- 
ge, aveu et dénomhrement qui peuvent |)résenter (pichpie intérêt, à ceux 
qui s'oc-cu{)ent de l'iiistoire de nos seigneuries. 

Nous avons donc pris notes de ces act-es, à mesure qu'ils se sont of- 
ferts à nous et nous en avons dressé la liste suivante. 

Hj07, 2(! janvier. — Foi et hommage par dam«)iselIo Jcaïun' .Mance, 
administratri<-e de l'hôj)ital (Hôtel-Dieu) aux Seigneurs de l'île de Mon- 
tréal, à cause des terres du dit Hôtel-Dieu. (Kludr Basse!) 

1G67, 1er février. — Foi et hommage par damoiselle Isabelle (Elisa- 
iM'tii) Moyen, \euvo de Lambert Closse, vivant maj«>r de Montréal, aux 
Seigneurs de Montréal. A cause des terres concédées à son défunt mari. 
{Etude Ba-sspl) 

IfiTfi, IG sej)tembre. — Foi et hommage, par .laïques !>* Ber, mar- 
chand co-seigneur pour deux-tiers de l'ile saint-Paul, près Montréal. 
{Elude Basset) 

167fi, 17 septembre. — Foi et hommage j)ar .Jacques Le Moyne, ci-de- 
vant commissaire (h')i .\Ligasins du roi, seigneur du (ief Notre-Dame (on 
Ste-Marie) à c^iuse de son d(»maine consi>tant en demi-lieue de fri>nt sur 
le Saint-Laurent sur une lieue et demie de profondeur. {Elude Basset) 

KîT»), 17 septembre. — Foi et hommage, jiar Miihel Messier, trieur de 
Saint-Michel, à caus<' de son lief appelé "le cap de la Trinité." {Etu- 
df Bn.ssrt) 

1 <;;»;, :> »Ktohre. — Foi et hommage, j»ar Claude Hobutel de St-André 
à cause de son fief consistant en un tiers de l'île Saint-Paul, près Mon- 
trésil. {Etude Basset) 



r- 91 — 

1G77, 2G août. — Fui ot lioiumago ])ar Joseph Godefroy, ociiyer, sieur 
de Vieu.\{)o]it à cause de son fiel' sur le bord du Heuve Saint-Laurent au- 
dessus deîj Trois- lîivières. (Etude Basset) 

1677, 27 août. — Foi et h(unmage, j)ar Charles Le Moyne, écuyer, à 
cause de son fief et seigneurie (U' Longueuil. [Elude Basset) 

1677, 27 août.— Foi et hommage par Charles LeMoyiie, écuyer, à 
cause de son fief et seigneurie (k^ Chateauguay. {Etude Basset) 

1G77, 31 août. — Foi et hommage ])ar Laurent Uory sieur de Grand- 
maison, à cause de son fîef et seigneurie de la Geulaudière sur le côté sud 
du fleuve Saint-Laurent. (Etude Basset) 

1677, 15 septemJjre. — Foi et hommage ))ar M. J. i>. Le Gardeur, sieur 
de Kepentigny, faisant pour .1. B. Ix' (Jardeur, sieur de Courtemanche, 
à cause de sa seigneurie de Couilcmanclie, Ijornée en front par la rivière 
des Prairies. (Etude Basset) 

1677, 1.") sej)tembre. — Foi et hommage par J. B. Le (lardeur, écuyer, 
sieur de Kepentigny, ;i cause de son fief sis sur 1(> côté nord (hi Heuve 
Saint-Laurent. (Etude Basset) 

1692, 18 juin. — Foi et lioinniage, ])ar Prudent Bougret Du fort re- 
présentant son fils et autres à l'intenchmt Bochart, à cause de la moitié 
d'un fief a])pelé l'isle «hi l'as, l'Isle aux Vaches etc. (Elude Adliémar) 

1695, 15 août. — Foi et hommage i)ar Charles LeMoyne de Longueuil, 
capitaine, à cause de son fief de Longueuil, et les îles Pondes et de Sainte- 
Hélène. (Elude Basset) 

1699, 9 juillet. — Foi et hcnumage, par Dominicpie (W la iMotte, écu- 
yer, sieur de Lucière, à cause de sou fief de Lucière. (Elude Basset) 

1706, 8 juin. — Foi et hommage, par Antoine Pécaudy, sieur de 
Contrecoeur dont il a hérité de son ])ère Antoine Pécaudy de Contre- 
coeur. (Etude Bailli ba ait) 

1Î06, 23 juin. — Foi et hommage pai' .lcan-Baj)tiste TjeMoyne de 
Maitigny pour sa seigneurie du Cap de la Trinité à l'intendant .Jacques 
liau(hjt, à Mojitréal. (Elude Adhémar) 

1706, 27 juin. — Foi et iKUiimage par h'ené Fézeret, sieur (W Saint- 
<'i)arles, j)our son fief sis sur la rivicrc Ouatnaska, fcjianf d'un côté à la, 
concession (hi sieur de liourchcuiiii. {l'ihntf llaiiiibinili) 

1706, 1er juillet. — Foi et hommage par .Iac(|U('s Alexis <k' Fleury 
1 )c>(liand)aulf à cause (h' son (icf de Chauviguy tenant d'un côté à, la sei- 
gneurie de IVirliieuf. (I-Jhnlc /,'iii iiiliniil I ) 

1707, 2 octobre. — Fui et hommage de Daniel .Migeoii, sieur de La- 
gauchclière, tant pour lui «pie pour dame Tliérèse .Migeou. ^a soeur, épou- 



— 95 — 

X' (le liuuis Li«''iiiinl (le llcaujcu, c'cuycr, à Messieurs les ScijL^iiours de 
.Moiitn'iil ;'i (uusc (lu (ici" La;.'iiii('lieti('rc, près de la \illc, et <lii fief lîraiis- 
sat an premier ruisseau. ( Etude Adhéumr) 

K;}8, '^4 juillet. — Foi et lutinmage par René (îaultier de \'areiini'>. 
éeuyer, capitaine, à cause des arrières fiefs de Carion et de Mimd <i< ;'i la 
rivière des Prairies. [Etude LepaUieur fils) 

174.'5, "i'i juiii.~F(»i et hommage par Pierre-Antoine de la C'(Uii"', 
sieur de la ( 'oloiul)ière, otlicier, à Charles Le>ro\ue, harou de Loii<,nieuil, 
chevalier, major de Montréal, denienrant rue St-V'incent, à cause du (ief 
sis sur le burd de la rivière Chamhly ou Richelieu qu'il tient de l'eu le 
baron de Longueuil, gouverneur de Montréal. (Etude de .1 . H. Adhé- 
111 II r) 

lîlî, .") mai. — Foi et hommage par Charles Le Pallicur de \'oisy à 
Dame Fran(;<)ise Cuillerier, veuve de .Joseph Trottier des Jîuisscaux, vi- 
vant seigneur et j)ropriétaire de la seigneurie de l'île Perrot. {Etude de 
./. H. Ad hé mur) 

ITôl, S juillet. — P\)i et hommage par Jean LeBer, écuyer, sieur île 
Senneville, enseigne d'infanterie, comme tuteur tle demoiselle Marie-Anne 
LeBer de Senneville, à messire Louis Normant, supérieur de Saint-Sul- 
pice, à cause du fief de Senneville. (Etude de L.-(\ Danré de Blnnzi/) 
(Mentionné dans le répertoire de P. Panel, mais non trouve.) 

K<>1, !• mars. — Foi et hommage du Sieur Baron à Mr le généia!. 

En suite. — Aveu et dénombrement. (Etude Haricot ) 

1764, 3 août. — ¥o'\ et hommage j)ar (iabriel Christie, lieutenant co- 
lonel et Moses Hazen, à Son Fxcellence Ralph lîurton, gouverneur de 
Montréal, à cause de deux seigneuries sises le long de la rivière ("haml»ly 
et acquises de Clément Sabrevttis de Bleury et de son épouse Dam<' Ca- 
therine Guichard. (Elude l'anrh 

lT6f>, l(j août.— Foi et iiommage par .)ac((ues Nouvion et Madeleine 
Favereau veuve de .1. B. Xormandin. ;'i René Boucher de la Bruère, sieur 
de Montarville à cause di' la terre et seigneurie de Petit bois relevant en 
plein (ief, ilu dit sieur de la Bruère. (Elutfe liarinil ) 

lîîd, 'l jmllet. — Foi v\ honiniMge par Franc.-ois r>oueher, écuyer, 
>ieur de la l'érit-re à René-Amal»le l»on<her (h- lîoueherv ille. à cause de 
l'arrière lief relevant du dit sieur de Boueherv ille. 

Fn suite. — Aveu el dénomltrenielil . (Ehidr It'ilfinil ) 

1771, 7 mai. — Foi et hommage jiar Joseph Moucher, sieur de la Bruè- 
re, à René-.\mable r.oucher, sieur de liouiberv ille à cause de deux lo|»ins 
de terre, relevant en arrière iief du sieur Fioucher de Boueherv ille. 

En s»/i7r.--.\veu et dénombrement. {Elude liant ni ) 



- U6 — 

liîîJ, 2(i août. — Foi et hommage par Jacques Viger, bourgeois de 
Montréal, à Reué-Amable Boucher de Boucherville, à cause de la "terre et 
seigneurie du fief Saint-Jean", dépendant de la seigneurie de Boucher- 
ville. {Etude Rackoi) 

ITTO, 29 sejjtonbre. — Foi et hommage, par (Charles Boucher, sieur 
de Grosbois, à René-Amable Boucher, sieur de Boucherville à cause de la 
terre et seigneurie qu'il possède dans l'île Saint-Joseph et relevant de M. 
de Boucherville le signeur primitif. (Etude Bacicot) 

1780, 7 novembre. — Foi et hommage, par Pierre liuet dit Dulude en 
sa qualité de tuteur des enfants de feu Pierre Favreau et Pierre Favreaii, 
fils, à René-Amable Boucher sieur de Boucherville à cause de, d'un arrière 
fief relevant du dit sieur Seigneur. 

En suite. — Aveu et dénoni1)r('incnt. {Etude Kacicot) 

1780, 10 novembre. — Foi et hommage ])ar Joseph Boucher, sieur de 
la Broquerie au nom de Pierre René lioucher, sieur de Mogras, son fils 
mineur, à Rcné-Amablo Boucher, sieur de Boucherville, à cause d'un ar- 
rière fief relevant de la seigneurie de Boucherville. 

En suite. — Aveu et dénombrement. {Etude Racicot) 

1780, 22 décembre. — ^Toi et hommage j)ar Dame Marie-Anne Bailleul 
veuve de Joseph Bouclier, sieur de !N'oix, à René-Amable Boucher de Bou- 
cherville, à cause de l'arrière fief qu'elle tient de son père, lequel l'avait 
acquis de Paul Raimbault de Saint-Blain. 

1781, 3 janvier. — Foi et hommage })ar Jacques Racicot, fils à Fran- 
çois Boucher, sieur de Piedmont, à cause de l'arrière fief nommé commu- 
nément le Petit bois. 

En suite. — Aveu et dononibn'm<'nt. {Etude Eucicot) 
En suite. — Aveu et dénombrement. {Etude Racicot) 
1781, 12 janvier. — Foi et hommage par Joseph LeMoine Despins, 
])rocureur de Jacques Tjemoine Despins, à JJené Amable Boucher de Bou- 
cherville, à cause d'un arrière fief, sis dans l'île Saint-Joseph. {Etude 
Racicot) 

1784, 9 noveml)n'. — Foi et hommage |)ar Clément Sabrevois de Bleu- 

ry à René-Ama])le B(»ucher, sieur de lîonclitTv ille, î\ cause de .son arrière 

fief sis dans l'île Saint-Josej)h. 

Ensuite. — Aveu et dénonibrenienl. (Etudr Rurirof) 

1786, 1er juin. — Foi et liomniage par Philibert Coilly dit Novion, à 

François Boucher, sieur de i'iedmont, à cause d'une portion d'arrière fief 

(|u'il })ossèd(' dans le (ii'l' Petit Bois. {l'Jludc lliuiiot ) 

E.-Z. MASSICOTTE 



itui.i.irriN 



DES 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXVI BEAUCEVILLE- AVRIL 1920 No 4 



La famille Rouer de Villeray 

Louis Rouer de Villeray 



(Suite) 



"("est ])(iui'(iU()i Je nous supplie très liunibleiiiciit d'a- 
voir la bonté de m'en faire avoir raison, tant au rejrard des 
deux ])reniiei's, que du sieur de Villeray (jui a toujours été 
regardé par ceux qui m'ont i)ré('édé dans ce gouvernement 
eonmie le j)remier mobile et le i)rincii)al instrument de tou- 
tes les divisions qu'on y a fait naître, je ne le dis (pas), 
])ar aucun ressentiment contre lui, mais pour vous infor- 
mer seulement de la vérité qu'il est aisé de justifier, tant 
par des ai*rêts du Conseil Souverain de Québec, où plu- 
sieurs gouverneurs ont été obligés à différentes reprises de 
lui ôter la cliai'gc de conseiller, ({ue })ar un arrêt du Conseil 
d'Etat de Sa ^lajesté au ra])i)ort de M. de Brienne i)ar le- 
quel il était déclaré inca])able de ])osséder aucune charge 
en Canada. Mais ra{)pui (pi'il a jusipi'à présent ti'ouvé 
})ar le moyen de certaines gens (pii ont grand intérêt de le 
])rotégcr l'a n<>n seulement garanti de toutes (•(•<• )»unitions 
mais en lui pr(»ciirant des avantages et (U'^^ gratifications 
à l'exclusinn <\('< personnes (pii étaient i<-i le |ibis zélées 
jxiur ]<• >er\i<M' du Roi lui ont cncnic augmenté son inso- 



— 98 — 

lence avec l'envie de continuer ses mêmes intrigues et me- 
nées, et donné un méchant exem])le à ceux qui auraient pu 
appréhender le péril qu'il devait y avoir à l'imiter." (38) 

Dans ce même automne de i681, M. de Villeray, qui 
avait d'importantes affaires à régler en France, demanda 
à M. de Frontenac la permission de s'embarquer sur un des 
vaisseaux qui partaient de Québec vers le 10 ou le 11 décem- 
bre. 

M. de Frontenac, qui se doutait que le principal objet 
du voyage de M. de Villeray en France était de porter 
])lainte contre lui au ministre et qui avait déjà fait l'expé- 
rience que les séjours du ])remier conseiller en France 
étaient désastreux ])our lui, refusa d'accorder le congé 
demandé. 

M. de Villeray qui n'était pas facile à désarçonner eut 
recours au Conseil Souverain. Le 8 novembre, il le requé- 
l'ait de députer deux de ses membres auprès du gouverneur 
2)0ur le faire revenir sur son refus. MM. Dupont de Neu- 
ville et de Peiras, qui avaient la contiance du gouverneur, 
acseptèrent la tâche. Mais leur éloquence fut déi)ensée en 
]>ure ])ertc, M. de Fi'ontenac refusa ]>éi'om]it<)ii'ement de 
laisser ])artir M. de X^illeray. (89) 

Le 13 novembre 1681, avec son astuce ordinaire, le 
gouverneur donnait au ministre les raisons qui l'avaient 
engagées à empêclier M. de Villeray de })asser en France. 

"Je n'avais point voulu. Monsieur, vous marquer dans 
la première letti'e que je me suis donné l'iionneur de vous 
écrire, il y a onze mois, que le prucureur-général s'est avisé 
d'intenter un procès criminel contre le procureur du roi 
de la Prévôté de cette ville, parce qu'il n'est ])as agi-éable 
à M. Ducliesneau lequel l'a fait i)ar le moyen de ceux de 

(38) Archives du Canada. Correaprmdance g^néralo, vol. 5. 

(39) Dans son Mémoire sur les moeurs, cnustumes et rclipion des Sauiu- 
gea de l'Amérique Septentrionale (p. 131), Nicolas Perrot écrit qu'en 1681 M. de 
Villeray fut chargé par M. de Frontenac de publier, dans le pays des Outaouais, 
l'amni.'stic aceorrl^c aux cnurt iir.s de l)iiis et fiuil fut en mr-me temps f-tabli corn- 
mandant dans ces lieux. Il fait certainement erreur. D'abord M. de Villeray 
n'étant pas militaire n'aurait pas été nf)mmé commandant aux Outaouais. puis, 
M. de Frontenac, à tort ou à raison, avait trop d,. griefs contre M. de N'illeray 
pour le charger d'une semblable mission. 



— 00 — 

8a ('ai)ale, interdire de sa cliar^e, sur la simple driioncia- 
tioii d'un lioniiiic de Bayoïine qui négoeie ici et qu'on a fait 
évader et i)asser en France dei)uis deiLx mois, contre la dé- 
fense que je lui en avais faite, ])arce qu'il eut ou qu'il ne 
])0uvait prouver les choses qu'il avait avancées contre lui. 
Cependant le procureur-g;énérîil n'ayant pas eu les i)reu- 
ves qu'il en espérait, a demandé (ju'il fut informé de sa vie 
et de ses moeurs deiniis 17 ans qu'il est en ce i)ays, quoi 
qu'il y en ait six qu'il a été reçu en la dite charge de pro- 
cureur du Roi, sans aucune ])lainte ni o])i)osition, et il a 
fait entendre soixante et dix témoins, sans avoir trouvé, 
à ce qu'on dit, aucune matière d'asseoir une condanniation 
contre lui, ce qui est cause qu'a^n'ès toutes les chicanes i)os- 
sibles qui ont été faites inmv allonger l'instruction de cette 
affaire, et nous restant un grand nombre de requêtes pré- 
sentées ])ar le procureur du Roi ]u)\u' la faire juger leur 
dernière refuite a été de me faire demander par le rappor- 
teur qui est le Sr de Villeray, congé de passer en France 
d'où il n'y a (pi'un an qu'il est revenu, ce qui m'a ol)ligé h 
ne lui i)oint accorder, atin que cet oft'icier i)Ut avoir j)lu^ 
tôt justice, laquelle il était, monsieur, résolu de vous aller 
demander sur l'expression qu'il ])rétend (ju'on lui a faites, 
si son jjrocès avait été jugé avant le départ des vaisseaux 
et qu'il eut pu en avoir toutes les ])ièces pour vous les i)or- 
ter." (40) 

Dans une lettre de l'intendant Duchesneau au minis- 
tre de Seignelay datée du même jour (13 novembre 1681), 
nous entendons un autre son. M. Duchesneau fait la nomen- 
clature de tous les abus de i)ouvoir conmiis i)ar M. de Fron- 
tenac. Il insiste beaucoup sur l'injustice commise par le 
gouvernem* envers M. de Villeray en lui défendant de se 
qualitier d'écuyei". titre qui lui avait été reconnu i)ar le 
Conseil d'Etat du Roi dans la dernière recherche de la no- 
blesse. (41 ) 

En 1G82, le roi enlevait le gouvernement de la Nou- 

(40) Archives du Cana<la. Correspondance KénéraU-, vol. 5. 

(41) OCalIaghan. DocumrntH relntivc to thr history of thc atate "' 
York. vol. IX. p. 156. 



— 100- 

velle-France à M. de Frontenac. Les deux querelles ridicu- 
les faites à M. de Villeray en 1681 ne furent i)as les causes 
immédiates de son ra]i])el. Mais ces deux incidents joints 
à des douzaines d'autres tirent certainement comprendre 
au roi que la position de M. de Frontenac n'était plus te- 
nable. 

M, de Villeray dût éprouver un singulier soulagement 
de se voir entîn débarrassé de son implacable ennemi. Pen- 
dant près de dix ans M. de Frontenac ne lui avait laissé 
aucun répit. 

Une preuve que M. de Villeray n'était pas l'iionmie 
que M. de Frontenac dépeignait au ministre c'est que ses 
successeurs immédiats MM. de la Barre et de Denonville, 
lui accordèrent toute leur confiance et n'eurent pas à s'en 
repentir. Leurs lettres au ministre en font foi. 

Le 27 avril 1684, le gouverneur de la Barre et l'inten- 
dant de Meulles, sur la demande de M. de Villeray, accor- 
daient à ses fils, Augustin Rouer de la Cardonnière et 
Louis Rouer d'Artigny, une étendue de deux lieues de ter- 
re, "}>rés et bois, de front sur le fleuve Saint-Laurent, sur 
deux lieues de profondeur dans les terres, à prendre de- 
puis une rivière qui est vis-à-vis l'isle Verte ; du côté du 
sud de la dite isle, icelle dite rivière comprise, jusqu'à deux 
lieues en descendant le dit fleuve, ensemble les bastures, 
isles et islots qui se rencontrent vis-à-vis les dites deux 
lieues, jusqu'à la dite isle Verte, icelle même comprise. . " 

Cette con(!ession était faite aux sieurs de la Cardon- 
nière et d'Artigny, à toujours, en toute i)ro})riété, en titre 
de fief et seigneurie, liante, moyemie et l)asse justice. (42) 

("est la seigneurie de I/Isle-\'erte (pii est devenue 
riniportaiite pai'oisse de L'isle-X'erle. 

A l'automne de KiH.'), M. de Villeray ])assait encore en 
France. (4))) I)ej)uis s(ui ni'i-ivée dans le ])ays il en était 
à son sixième ou septième voyage eu r'rance. La travei'- 

(42) PièccM et (lixiniHiit.s nidiit.s a In liniiir miinnurinli . p. I S. 

(43) lyf'ttro fl«- .M. I »ii<hisiii au au mlnlstro. L'S .scpli-mlu,. \M',. 



— 101 - 

src ciiîic (j)u(''l)('c cî les ]»<»i'îs 1'r.-in<;ais duraient al<ii's soi- 
xante-dix et niênic (|ii('l<jU(d'(iis (|uati('-vin^t-dix Jours, Jl 
fallait une (hist^ de patience i»eu oi'dinaire ]MHir faife le 
v(>yage si sinivcnt dans d'aussi tristes (*(»nditinns. 

Le 13 iiovenihre KiMÔ, M. de Denonville faisait l'éio^re 
de M. de Villeray au niiiiistic. Il lui éci-ivait : 

**Le Sr de N'illeray j)reniier Conseiliei- du ('on^eil 
Souverain m'a prié de })ren(lre la liberté de vous escrire 
à son sujet, il vous demande mie grâce i)our son fils aine 
qu'il voudi'ait attadiei- auprès de luy et luy doinier occa- 
sion d'estudier et se rendre ca))al)le de luy succéder. 

'%Je luy dois Monseigneur le témoignage de l'estime 
universelle (pi 'il s'est acquise d'iionmie intègre et de juge 
incori uptihle ; il s'est toujours conduit dan^ un grand 
desinterressement : (piand il i)araistra Monseigneur que 
NOUS le distinguez je vous asseure que ee sera un moyen 
l»our animer les auti-es à suivre son exemi)le. 

"îl a une affaii'c en l''i'ance (pli luy est de consé(pien- 
ce cejx'nd. je l'ay i-etenu n'ayant pei-soime plu< capable de 
me d(niner connaissance des atfaires du ("onseil Souverain 
dans les(pielles il s'est toujours cojujxu'té en homme de bien, 
et (pli ne se gouverne n'y par crédit n'y par faveur, mai-; 
toujours dans l'estroite justice et dans les règles du bien 
j>ublic(j. Je suis tc'moin de quebpies endroits ou il s'est 
c(>nduil avec fermeté et sagesse. Xoti'e ('onseil Souve- 
rain vous i-eiid compte Monseigneui- de l'arrest (pi'il a ren- 
du a l'egai'd de l'affaire de Hageot ou il l'a demis de sa 
cliaige de greffier en attendant vos ordres, J 'ay eu l'hon- 
neur de V(»us en escrire par le Retour dv.-^ Xavires du Hoy. 
.J 'adjouteray seulement Monseigneur (pie je S(;ay seure- 
ment (pie l'on n'a cherché (pi'a vexer ce pauvre malheii- 
leiix chargé d'une grosse famille, c'est un ininmie de bien 
si il y en a un seul en ce i»ays, il est recoimu tel dans tout 
le i^ays. On l'a osté Monseigneur pour mettre en sa jdace 
un homme (pii méritera (pi'on r(>st(' de son employ de 
(Jeolier si il c(»ntinue de \i\t(' comme il a fait pa!' le passé. 



— 102 — 

C'est le plus insolent et arrogant liomme qui soit dans le 
]iays, il a g-rande i^art a inie insolence que son tils a fait 
devant l'église en publicq, mettant l'Epée à la main dont il 
a frajjpé de plusieurs coups, le Sr. Clialons, ey-devant 
agent des anciens fermiei'S. Il est en fuitte, il y a un décret 
de i)rise de corps contre luy, son Père se vante de l'avoir 
élevé en bretteur. C'est un de nos libertins et fainéants 
qu'il ne faudra ])as épargner non plus que son ])ère qui dit 
hautement que son fils a très l)ien t'ait." (44) 

M. Gilles de Boyvinet, agent-général de la Compa- 
gnie du r^anada, s 'étant noyé dans la rade de Quél^ec en 
revenant de France le 22 juillet 1()8(), l'intendant Hocbart 
Cham])igny, après avoir ])ris l'avis du gouverneur de De- 
iKtnville, donna une commission à M. de Villeray connue 
inspecteur ou contrôleur de cette compagnie. 

M. Bocliart Champigny écrivait au ministre le l(i no- 
vembre 1686 : "Le sieur de Boyvinet, qui revenait de 
France pour être agent de messieurs les intéressés, s 'étant 
noyé à son arrivée en ce pays, M. de Meulles doima une 
conunission au «ieur de la Héronnière qui était agent (lei)uis 
un an pour continuer cet emploi. Ayant été révoqué par la 
procuration que ces messieurs avaient donnée au sieur 
Boyvinet, j'ai conmiis ])our ins])ccteur le sieur Villeray, 
premier conseiller du Conseil Souverain de Québec, hom- 
me de probité, de l'avis de M. de marquis de Denon ville. 
Ils o]it travaillé ensemble justpi'au 27 octol)re dei-nier, (pie 
le dit sieur la lié] omiière s'avisa de l'efusci- l'eiiti ée du 1)U- 
î'ean au dit sieur \^illei"ay, ee (jui lui donna lieu de nie pré- 
senter re(pu'te, sur laipielle après les avoir entendus tous 
deux, et le sieur lîlondel, contrôleur du bureau, et sur l'in- 
telligenee ({ui étaient entre les dits sieurs la Héronnière et 
lîlondel, a)>rès m'avoir le dit sieui' Hlondel dit auparavant 
que le dit sieur la Iléi-onnière fai-ait beaucoup de rri})on- 
neries, j 'ordonnai (pie rordonnance de M. de Meulles serait 
exécutée et que toutes le^ lettres de change (pie le dit sieur 
la Héronnière tirei-ait sui- la FraïK-e sei'aient certiHées ])ar 

(44) AiThivfH (lu Cîin.-ifl.'i. C"'iir<-.s|p(iinl;iiK'c n*'-iit'fiile, s^'-ric C", vol. 7. 



- 103 — 

le (lit sicui' X'illcray. atiii (r»'\it('i' toutes Ic^ t'i-i|»niiiici-i('s 
(prils pouri'aiciit l'aii'c ('iisciiildc cont l'aircs au l)i('n et à 
l'avantai!:!' de messieurs les intéressés (|ui oiit <j:iaii(i intérêt 
d'avoif ici un a^ent lioiniète iionnne.'" (4')) 

Le :)() ()et<>})re ll)8(), M. de N'illei-ay sollieilait Tagré- 
nient du ('(tnseil Souverain jxmr jtasser en Fi'anee. 

"Sur ee (jui a été dit ])ar M. Limis de X'illcray, pre- 
niiei- eonseiller de ce conseil, est-il dit au procès-verl)al de 
cette séance, ([Ue dès l'aïuiée jiassée le besoin de ses affai- 
i-es l'appelant en France, il n'avait pas cru devoir deman- 
der la j)ermission d'y aller à cause (jue Monsieur de Meul- 
les, ci-devant intendant, était al)sent ]»our son voyaj^e de 
l'Acadie et (pie Monsieur le gouverneur lui lit connaître 
(pi'il était à proi)os qu'il restât, mais que comme les avis 
(pi 'il a d'abondant re(;U8 cette année lui font connaître 
(pi'il n'était ]>as jiossible de s'en dis])enser cette amiée sans 
en souiïri!" un très giand ])réju(lice il en aurait conféi-é 
avec M. le (Jouverneur et M. l'intendant (pli avait donné les 
mains à ce (pi'il fit ce voyage, il reipiiert la ('omi>a^nie de 
\(»uloir aussi le faire et lui en doiuiei- la permission." (46) 

Le Conseil se rendit xdhmtiei's à la demande de M. de 
X'illcray et il s'embar(pia dans les |ireiiiici's joui-^ de no- 
vemlire. 

M. de \'illera>' i'e\in1 de Li ance dans r('l(' de KIST, jus- 
te |)oui' c(»nstater (pie ^a maison avait été incendiée pen 
daiit son al»sence. La perte était considéj-altle poui' lui rai' 
il n'était )»as riche. 

Le 9 septembre 1»).-^T. MM. de I )(I1<«II\ illc et l'>ocliai-t 
< 'liam|>ii:ny ('ciM valent au ministre : 

"Nous devons \-ou^ dire (pie le paUNi'e M. \ illei-ay. 
j)reiiner conseille)', à son retour de Li ance. a t rou\e sa mai- 
son biiMée. ( "e<t un l'oi-t lionnête bonuue (pli tiavaille ici 
(lejuiis longtemps et (jui a l>ien be-oin jtoui' se remettre 
ipie vous ayez la bont(' de lui eontimier la ;::ratification 



(45) Archives du Canada. Corre8iK)ndance K^nérale. vol. S. 
(4fi) .lui/rmrtits rt Ih'-tibrrfitifnut du Conseil Nouvrrnhi. 



— 104 — 

que vous lui avez donnée cette année." (47) 

La mauvaise fortune i)our8uivait M. de Villeray. 
C'était la seconde fois qu'il voyait l'incendie détruire sa 
maison. En 1682, dans le grand incendie de la basse-ville 
de Québec, il avait également ])er(lu sa maison et tout ce 
qu'elle contenait. Il est vrai qu'à cette épo(iue Québec 
n'avait guère les moyens de se défendre contre le feu. Tou- 
tes les maisons étaient construites en bois et on avait au- 
cune protection contre l'incendie. 

En 1688, M. de Villeray remontrait au gouverneur de 
Denonville et à l'intendant Bocliart Champigny que la 
concession qui avait été accordée à ses tils, MM. de la Car- 
donnière et d'Artigny en 1684, ])ouvait difficilement se par- 
tager et il leur demandait d'accoider au sieur d'Artigny 
seul cette concession et d'en accorder une auti-e au sieur de 
la ("ardonnièi e. Le 24 avril 1688, MM. de Denonville et Bo- 
chart Cliampigny se rendaient à la demande de M. de Vil- 
leray et ils ac(;ordaient au sieur de la Cardonnière une 
nouvelle concession : "deux lieues de fi'ont sur le fleuve 
Saint-Laurent à ])ren(lre joignant et attenant à la conces- 
sion du Bic ai)i)artenant au sieur de Vitré, conseiller au 
dit conseil, en descendant le dit fleuve, et deux lieues de 
])ro fondeur, ensemble la rivière dite de Rimouski et autres 
rivières et luisseaux, si aucuns se trouvent dans la dite 
estendue, avec l'isle Saint- Hai'uabé, et les bastures, isles 
et islets (pli se poui ront l'cncontrer vis-à-vis les dites deux 
lieues juscju'à la dite isle Saint- Barnabe, avec droit de fief, 
seigneurie et Justice, baute moyenne et basse. . . ."(48) 

La concession accordée à M. Kouer de la Cardonnière 
le 24 avril KiSH, ai)rès avoii* eu bien des vicissitudes et avoir 
cliangé plusieui's fois d<' p l'o | ni ('l; tires, est devenue rimjior- 
tante ville de Rimouski. 

Le ') avril 1()H9, M. de \'illei;iy réussissait à faire aug- 
iiieiiler la concession (jui avait été accordée à son lils d'A]"- 
tigny en 1()84 et en 1()88. ( "e j()Ui--là, M. M. <le Denonville et 

(47) Archivpfl «lu Canaila. C<ii rf.s|inii.l.iii<i- K^'nérule, vul. 9. 
(4S) Pircrs il dmttminln ii'lnlif.s <) In h nui" Hiiiinvurinlr . j). 20. 



— ior> — 

J)<»cliart ( 'li;iiii|»ii::iiy (•«•ncrdaiciil à M. de X'illci'ay |»<»ui' If 
sii'iii- (l'Arriij:ny, sdii fils, et à M. de la ( 'liesiiayc, "l'estcn- 
(lue (le terre qui se peut reiieuiitrer entre leurs dites eon- 
eessions, avec deux lieues de profondeur, de hupielle éten- 
due ils jouiront cliarun moitié ))ar moitié, seavoir : le dit 
sieur d'Artigny, de celle (pli j(>int la petite rivièi-e Verte, 
et les islets et les hastures (pii se peuvent rencontrer vis-à- 
vis, connue le dit sieur de la Chesiiaye de l'autre moitié (pii 
le joint à cause de sa dite concession, et pareillement les 
islets et hattures (jui se i)euvent rencontrei* vis-à-vis la 
dite moitié, lesquelles pojtions seront et demeureront doré- 
navant jointes, unies et incor])orées à leurs dites conces- 
sions " (49) 

En ii<iv('iii)»rc KISÎ), M. de Frontenac revenait itrciidrc 
le gouvernement de la Nouvelle-France. 

M. de Villeray ne dût pas le voir arriver sans une cer- 
taine appréhension. Pendant sa première administi-a- 
tion, M. de Frontenac ne lui avait été guère favoraltlc. Kn 
serait-il de même sous le îiouveau régime ! 

Mais, évidemment, M. de Fiontena*- M"a\ait ]ias été 
renvoyé dans la Nouvelle- Fian<'C sans reeevoii' de sé-i-ieux 
avertissements du r<»i ou du ministi-e. On se rapi»elait en- 
core à la cour la l'a(;on brutale dont il avait traité le ( "onseil 
Souverain et ses ])rinci]>aux officiers. MM. de X'illeray, 
d'Auteuil, etc., etc. 

Le comte de Fr(tntenac était un liaitilc p<»liti(pie. Il 
changea <*omj)lètement de tacti(jue. Pendant son ])remier 
séjour dans le pays il man(piait l>ien peu de s('*an<'es du 
Conseil Souverain. Plus <](' trois mois s'étaient é«'oulés 
depuis s(ni arrivée, et M. de l''i<»ntenac n'avait pas encore 
tait son ajiparition au (nnseil. ('ependant. l'intendant 
J^ochart ('liampigny et le i>i'«M-ui'eur-général d'Auteuil 
l'avaient invité |»lusieui-s t(>i>à >'y i-cndre. 

('ette t'a«;nn d'agii' du gouverneur intriguait les con- 
seilleis qui poui- la plupait siégeaient depuis plusieurs an- 
nées et savaient avec (piel intérêt il suivait auticfois les 

(49) Pièces et documinla relatifs n In tmun s'ifjnrurialr, p. 22. 



.... iO(> — 

travaux du Conseil. 

Le procureur-général d'Auteuil, tils de l'ancien pro- 
cureur-général que Frontenac avait si maltraité autrefois, 
prit sur lui de se rendre au château Saint- I.ouis atin de sa- 
voir son intention. M. de Frontenac répondit sèchement 
que le Conseil savait ce qu'il avait à faire ; que jxnii' lui. 
il s'y rendrait, quand le serA'ice du roi l'y appelerait. 

Cette réponse embarrassa les Conseillers. Le 20 fé- 
\Tier 1690, il fut décidé i)ar le Conseil que MM. de Ville- 
ray, ])reinier conseiller, Daniours, Duj^ont et de Peiras 
se rendraient auprès de M. de Frontenac pour l'inviter à 
prendre sa place au Conseil. 

Le 27 janvier 1690, la députation se présentait au châ- 
teau Saint-Louis. M. de Villeray, à titre de doyen, lit ce 
petit disc(Airs au gouverneur : 

"Nous venons de la ])art du Conseil pour vous inviter 
d'y venir i)rendre votre place. Ce qui a enqx'ché de le fai- 
re plus tôt, c'est la diffi<'ulté où la Conq)agnie s'est trou- 
vée sur l'ordre qu'elle devait tenir à votre récei)tion parce 
que jusqu'à i)résent nous n'avcms rien de réglé i)Our la ma- 
nière que l'on doit garder à celle de Messieurs les gouver- 
neurs non plus qu'à celles de ^Messieurs les évèques et Mes- 
sieurs les intendants. Et comme la Conq)agnie eût été ])ien 
aise, auj)aravant de savoir votre sentiment sur ce qui vous 
concerne afin de s'y conformer de tout son i)ossil)le, elle en 
avait chargé Monsieur le procureur-général dans la pen- 
sée, Monsieur. (|ue vous pourriez vous en ouvrir à lui. Et 
néanmoins il a i'api)oi-té à la comi)agnie (pie vous en ayant 
parlé, vous n<' lui a\iez l'ait auti'c i-éponse, sinon ({ue le 
( 'onseii savait <•(• (|u'il axait à l'aiic cl (pie nous y \'iendrie/. 
(piaiid 1<' sei'N'icc du Roi \'ous y appelh'i'ait, si bien (lUe la 
Compagnie en nous cliai'geant de nous prier de vouloir 
bien lui mai'quer le joui- (pi'il \'ous plaii-a de Ncnii" |)rendre 
voti'c place nous ;i encoi'<' reconnnandé de nous demander 
les vues (\\U' \du> pounic/ a\<iii' sur la nianièi'c d(»nt vous 
est inie/, y de\dir cl rc iccu, dan^ Tassin-ancc (pie nous vous 



(loiiiiniis (|u\'llc' est dans le scntiiiiciit de vous rciidic avec 
plaisir tout ci* (luV'llc vous doit." (50) 

-M. de Frontenac rcjjondit assez i-udcniciit à M. de \'ii- 
Icray <juc c'était au Conseil S(»uvci'ain de lui taire savoir 
de (juelle manière il voulait le i-c.-cvoir et (ju'il verrait en- 
suite ce qu'il aurait à faire. 

Les j)()ui'])ai*lers entre M. de Frontenac et ^I. de Vil- 
leray agissant i)our le Conseil Souverain se ixtiu-suivirent 
encore plusieurs jours. En fin di})loniate qu'il était. M. 
de Frontenac se <iardait bien de faire savoir aux Conseil- 
lers le cérémonial (juMl exigeait })our son entrée au (.'on- 
seil. De cette faeon, il com])tait, sans doute, qu'on lui of- 
fi'irait jilus que moins. Il serait tro]) long de ra})i)orter 
ici les entrevues entic le gouverneui- <'t le picmier conseil- 
ler de Villera y. 

Après ciiK) ou six renct.ntres entre M. de Frontenac et 
M. de Villeray, celui-ci, au nom des conseillers, suggéra 
(pie clKupie fois que le gouvei'iieur se rendi'ait au Conseil 
deux conseillers iraient le recevoir dans la salle des par- 
ties. S'il n'était ]>as satisfait de cette offre, le Conseil 
s'engageait à s'en rapporter à ce (pi'il Jugerait h ju'opos 
"en telle façon (pie le dit sieur (••)iiite de l'^i-ontenac sei-ait 
content." 

Cette fois, le vieux dijiloiiiate se déelai'a satisfait. Il 
voulut bien infoimer les ("(Hiseillei-s (pi'il se i-endrait au 
Conseil a]»rès Pâipies. 

Il semble (pie ])endant sa seconde administration M. 
de Frontenac n'ait eu aucun sujet de i)laintc contre M. de 
\'illera\'. Du moins, ses lettres ne font aucune mention 
de M. de \'illera\'. ( )n a même le (li-(»it de suj»|ioser (pie les 
préventions du gouverneur étaient dispai'ues puis(pie nous 
le V(»yons, le :! août KJÎM), tenir sui* les tont> ba|iti<maux un 
petit-tils de M. de \'illei-ay. 

Le 4 noveinbie KiîKI, l'inlendaiit l>ocliai1 Champigny 
prenait la jieine d'infoi-nier le ministre <|u'il était très sa- 
tisfait de M. de Villerav : 



(55) Les UratiUnca dr Qiiébrr, lomp. N. p. ^^- 



... 108 --- 

"La bonne ('(►ndiiite et ra])])li('ati()n des Srs de Ville- 
ray et Benac, agent et contrôleur de la ferme, me doiment 
lieu de vous en rendre tous les bons témoignages qu'il est 
])ossible de vous assurer que Mrs les fermiers généraux 
])euvent se reposer et ])rendre une entière confiance sur 
leurs soins et fidélité." (51) 

M. de Lamotlie-C'adillac, dans un long mémoire de ré- 
criminations daté du 28 se])tembre 1()94 et où il attaquait 
tous ceux qu'il n'aimait i)as, disait de M. de Villeray : 

' ' N 'est-ce i)as encore une chose honteuse de voir M. de 
Villeray, le ])remier conseiller, tenir la boucherie dans !^a 
maison et faire débiter de la viande i)ar son valet, et mada- 
me sa femme en recevoir l 'argent ? 

''Prenez la peine de vous en informer, et vous ne trou- 
verez personne qui ne rende ce témoignage. 

"De quel avis j^euvcnt donc être ces messieurs, sur 
l'article de la viande ])i"incipalement, puisqu'ils sont eux- 
mêmes bouchers f Y a-t-il apparence qu'ils décident con- 
tre leurs ])ropres intérêts (52) 

M. de Lamothe-Cadillac en voulant nuire à M. de Vil- 
leray auprès du ministre rendait honunage à son honnê- 
teté et à son désintéi-essement. Quand tant d'autres au- 
tour de lui s'enrichissaient en (pieUjues années, M. de Vil- 
leray qui avait rem))li i)lusieurs charges où il aurait pu 
s'amasser un pécule était ])auvre et était obligé de faire 
du commerce ))our subsister, ses a))))ointcments de ])remier 
conseiller ne lui donnant ])as suffisamment pour faire vi- 
\'i'e sa famille. 

Kncnrc en 1()94, M. l)ochart ('liampigny se ])laisait à 
louei" les bons services de M. de N'illcras'. 

Le 24 octobre l()î)4. il é<Tivait au iiiiiiis1i-c : 

"de <M>jit idunai à xoiis rend ic de bous témoignages i\v. 
la conduite de M r de N'illcr.iy d de M. P>enac, agent et con- 

(')!) ArchIvc'H lu Can;i(l;i. <'ui ii-MiMHidaïuc nf-nfruU'. %i>l. 12. 
(^)'Z) Archives du Canada. Corn-.spondaiifc «''•"''■raie, vi>l. 1.1. 



— lo'.i -. 

trôlciir (les fcinics en ce pays, <l(tnt 1 'ai»|»li<-a1 i<ni. la lidi'litr 
et r('xa<'titii(l(' )ir<'ii;:,aji('iit à vous dire (ju'on ne saurai' 
clioisir deux nicillcurs officiers ni plus honnêtes ^ens poui- 
!-eniplir ces eiu]>lois." ( '):> ) 

Le 20 oetol)i-e l(i9ÎJ. l'intendant i^ocliart Clianipi^ny 
donnait au ininistro des renseignements sur ror<ranisation 
reli<i:ieuse et judiciaii'c de la Nouvelle- P'rance. 

"La justice, écrivait-il, se i end dans une {(arlaite (''(pii- 
té et avec autant de désintéressement, principalement au 
CoiLScil de Québec où la ])ai'tialité et la i)iévention n'ont 
])oint d'entrée. 

"Monsi( ur le t!:ouverneur y occupe la première ])la<'e. 
^L l'évêciue la deuxième et son «^rand-vicaire en son absen- 
ce (pli est un sujet de moititication pour l'intendant à ce 
(pli me semble. Il ne devrait i>as «'tre préféré y faisant les 
fonctions de premier président et ]»ronon(;ant les arn'ts. 
Il y a sei)t ecmseillers dont le plus ancien (jui y e.st le sieur 
de* Villeray mérite une considération pai'ticulière aussi 
bien que le sieur d'Auteuil ]»n»cui-eui'-<i:énéral." ( 54 ) 

"Dans l'hiver d<- 1T(»()-17()1. raconte rannalisîe du mo- 
nastère des Ursulines, il y eut à Québec des maladies ])oi)u- 
laii-es (pli firent d'éti'anges i avales. Le mal s'annon(;ai1 
l»ar un mauvais rhume, aïKpiel se joignait une fièvre aiden- 
te acc(>m])a^née de fortes douleurs de e('»té, et il emportait 
les ))ersonnes en peu de joui's. La coiitatrion. qui avait com- 
mencé sur la tin de novembre, se réi)andit bientôt dans tou- 
te la ville, et il n'y eut pas de maisfui (pii ne fut changée en 
liôpital. Toutes les coumumautés fui-eiit attaqu(''es en mê- 
me tenq)S, et à peine en restait-il (piehpies uns delntut )»oui- 
soigner et assister les autres." (')')) 

La maladie sévit avec une violence extrême. M. de 
X'illeray, (jui ('tait âgé de 71 ans, fut une dc^ picmières 
victimes de ce fléau d'un n<»uveau genre. Il succomba le b 



(53) Archives du Canada. CorreHiwndance général»', vnl. 11». 
i54) Archives du Canada. Correspondance générale, vol. 17. 
(50) Ju(f'mt nt.H ri lU'liln'rntuiUH du Cnuiiril Sntirtra >i. 



— 110 — 

décembre 1700, et fut inhuuu'' le leiideiiiaiii dans la eathé- 
drale. 

Ceux qui, mettant leur conseieiiee au-dessus de leur 
intérêt et de leur tranquillité, ne craignent pas de faire 
leur devoir, s'attirent d'ordinaire bien des ennuis et des 
tracas de ceux dont ils bari'ent le chemin et enq)cchent les 
menées. Il en fut ainsi de M. de \'illeray. Toute sa vie il 
fut en butte au mauvais vouloir de ceux ipii protitaient de 
leurs charges pour assouvir leur am])ition et faire \e\\v for- 
tune. Mais à sa mort le sentiment fut unanime i)oui- ren- 
dre justice à sa mémoire. 

Dans im mémoire envoyé au ministre au sujet de celui 
qui devait le renq)lacer connue i)remier conseiller au Con- 
seil Scmverain, on tiouve une note qui permet à la fois de 
savoir ce qu'était la charge de ])rcmi('r conscillei' et ce 
qu'on ])ensait de M. de Yilleray. 

"Le sieur de Villeray, est-il dit dans ce mémoire, l'a 
exercée depuis la déclaration du roi de l'année 1675 avec 
beaucoup d'é(|uité et (riioimeur. Personne avant lui ne 
l'avait i)0ssédée, ce qui donne aujourd'hui lieu de douter, 
sous le l)on i)laisir de Sa Majesté, si cette ])lace est unicpie 
et distincte des six autres, ou si rancieii (U'> six conseillers 
y doit montei' de droit ])as succession. 

"Le sieur (k' Villeray s\st toujoui's i-egardé dans sa 
])lace connue priniNs intcr jutrcs. Ca toujours été et c'est 
encore res])rit (hms le(pi(d M. le gou\'ei iieur et M. l'inten- 
dant et tous les nieinl)i*es du (onscil, regai'dent cette i)re- 
niière placf' : diangei' cet ordic. ce serait les désolei* tous." 

I*hi> loin, dans la niênie pièce, il est dit (|Ue la niémoi- 
ic de M. de X'illeray était i-c-^pectéc dans loni le pays. (57) 



(57) Archives de l:i M.-iriiu'. I'< isnninl civil. Canada. 



("est toujours niu' cuiisolalioii pour ceux (pii t'ont 

IcUl' (IcX'oif llialu'l"»' tous les ol)st;ir|cs de |M'nscr (ju'a|»ri'S 

jcur iiiori rcMiuililu'c scia n''tal>li «t (pTou leur rciidi'a Jus- 
ticc. 

M. (le Xillciay aNait (''|)ous('', à (^uc'-Ikt, le lii iV'vrici' 
KiôS. ( 'atlicrinc ScN'cstrc. fille dv l'en (liai'lcs Scvcsti'c cî 
(le Ma lie l*iclioli. 

KUc décéda à Québec le 1^4 .iaiiN'icr KiTo. et fut iiiliunice 
dans réalise paroissiale. 

En secondes noces, à CJuéhec, le :i() no\-cnilii'e ItiT-'), M. 
de X'illeray éi>oii-a Marie-Anne Du Saussay de iH-iiiont. 
lille de dacipies Du Saussay de r>einotit et de Amie ( ai'liei-. 
de Saint-Xic(.las de l^aris. 

Madame de N'illeiay s'en retourna en l''iance (piehpies 
années api'ès la moil de son mari. (")8) 

M. de X'illeray n'eut pas d'eTifant de son second ma- 
ria}i:e. Ti'ois iiis étaient ni-s de sa prennèi e umon : 

T 

AldlSTlN WOI'KK* DK LA ( A Iv' 1 )( )N M KK* K K'i' DK 

XWA.KHW 

Le contjnuateui' de la liuiK-e. 

II 

LOIIS KM)n-:ix* D'AlM'hiNA' 

Né à (^uéliec. le i) lV'\rier IdtiT. 

L<'27 avril l<;s4. MM. -le la liai réel de Mciillc<, mu' la 
demande de .M. de X'illeray, acc(.rdaieii1 à .-e- lils. .\u^us- 
tin Rouer de la < ar<lonnière et Louis Rouei' d'Arti^niw 
une éten<Iue de deUX lieues de terre. " plés et Ixtis. de f'i-oUt 
sur le ticllXe Sa i ni - La U reUt . >Ur deux lieue- de pINd'oildcur 

(58) Sur le point de s'embarquer |K>ur la France, le 4 octobre 1701, Marie- 
Anne DiiSau.'-.sny falsiiit (Ionati(.n «le ton.s ses bl«-nH «-n ra« fi ■ mnrt ft Hon rouHln 
i.s.sii (If K'-imain.s. Mi njamln Of-rvilllei-s de la MolHsIt'^r»-. Ilcuienant en pied (lunf 
mmp.inni»- •'■ - " - I" ■'•'■' achemcnt il- la manu.' iCnrT. .1- e»i:iriii.;il..ii i 



— 112 — 

dans les terres, à ])ren(lre dei)uis une rivière qui est vis-à- 
vis risle-A^'rte, du coté du sud de la dite isle icelle dite ri- 
vière comprise, jusqu'à deux lieues eu descendant le dit 
tleuve, ensenil:>le les bastures, isles et islets qui se rencon- 
tient AHs-à-vis les dites deux lieues, jusqu'à la dite Isle 
Verte, i<'elle même com])rise "^ (•yQ) 

Cette concession était faite à MM. de la Cardonnière 
et d'Artigny à toujoui'S en toute i)ro])riété, en titre de fief 
et seigneurie, haute moyenne et basse justice. 

En 1688, M. de Yilleray remontrait au gouverneur de 
Denonville et à l'intendant J^ocliart ('lianq)igny que la con- 
cession qui avait été accordée à ses fils, le 27 avril 1684, 
pouvait difficilement se ])artager et il leur demandait d'ac- 
corder au sieur d'Aî'tigny seul (*ette concession et d'en ac- 
corder une autre au sieur de la Cardonnière. Le 24 avril 
1688, MM. de Denonville et RocOiart r'liam])igny se ren- 
daient à la demande de M. de Villeray. M. d'Artigny restait 
seul pro]jriétaire de la seigneurie de L'Isle-Verte et M. de 
la Cai-donnièi'e iccut une aiiîi'c cojiccssio]!. 

Le 5 avril 1689, M. Rouer d'Artigny recevait une im- 
portante (lUfjnirn/dfioii à la seigneurie que son i)ère avait 
obtenue ])our lui en 1()84. Kntre cette dernière concession 

et celle de M. Aubert de la Cliesnaye ( ), 

il lestait une certaine étendue de terre non concédée. Le .") 
a VI il 1689, MM. de Denonville et J^ocbart (Miampigny con- 
cédaient toute cette étendue à MM. Aubert de la Cliesnaye 
et Rouei" d'Ai-tigny. I/a<'1(' de concession disait : "Nous, 
ayant égard à la dite remontrance, avons, en vertu du pou- 
voir à nous donné pai' Sa Majesté, donné, acc<n'dé et cou 
('('({{', doimons, accoi-d(»n> c^ concédons p,-ii' ces présentes 
au <lit sieur i\o \'illei-a\', poiii- le dit sieiii- d'Aî'tigny, et au 
dit sieui- de la ( liesnaye, rotciidiic de terre <|ui se peut 



(.'«9) Pif'vvs cl (Ini-innriil.s rrliilif.s <) lu l<-}iiirc sriiiururi(tlr, p. IS. 



— ii:; — 

iciK-oiitit r entre leurs dites eoiicessions, avec deux lieues 
(le id'nlniKJcui", (le la((Uelle étendue ils j(tuii-(int rliaeun nmi- 
tié jtai" nmitic-, sea\<iii" : le dit sieur d 'Ai"t i^iiy. de celle (jui 
.«joint la jK'tite l ivièr»- \'e|-te, et les islets et le-; lialtures (pli 
se ]>euvent reneonti-er vis-à-vis " ((>()) 

Cette au«:nie]itati(iîi tut e(.nliiiii('e par le rnj le iM mai 
1()89. (61) 

M. Houer d'Ai t iiiiiy ne s'occupa pas beaucoup du beau 
domaine (pli lui avait (''t('' accordé, et, douze ans plus tard, 
le 1er mai 17U1, il ('clian;j:eait sa seigneurie de L'Isle-X'erte 
avec Pierre De Niort de La Xoraye tils. Celui-ci lui d(»n- 
nait en retour une sonnne de 240 livi-es de rente annuelle 
à constitution raclietable par la somme de 4S()() livi-es. (()2) 

A la moi'î de son IK^-re. M. l\<»uei" de X'illeiay. en 1711. 
^1. Kouer d'Ai-ti^ny essaya de se faire noinmei- à sa place 
au Conseil Supéiieiir. Mais Jean-FraïK'ois Ilazeur avait 
plus d'influence que lui et il fut nomun'. 

Ilazeur taisait depuis deux ans les foncli(»ns de lieute- 
nant particulier de la prév(^)té de (Québec à la ))lace de M. 
Dupuy ([ui agissait lui-même cdinme lieutenant-«rénéral 
en ral)seneede M. Kiverin. 

Le ministre, pour consolei- M. Kouei' d'Aiti^^ny de sa 
déconvenue, lui offrit la cliariic inté-rimaire de lieutenant 
l»articuliei'. (b:^ ) 

Le 18 juin ITVJ le roi signait un ordre à M. "Rouer 
d'Arti^ny })oui- faiie les fonctions de lieutenant particu- 
lier de la i>rév('»té de (Québec à la jilace de M. Ilazeur. (64) 

M. R4)uer d'Aiti^iiiy fut reçu en >a cliar«;:e )iai- le ( 'on- 
.-eil Supérieur le ^ novembre 1712. Se sei-vant du texte 
même de l'ordre du i-oi. le ("oiiseil Supérieui- faisait enic- 

^istrei' à son |>l'ncès-velbal (pie le siellC b'nUel- d'ArlJLMlX' 



(60) Piècca et dovumrntn rrlati/n à la ttnurv Hfipniurialc, p. 22. 

(61) Insinllati(ln^4 du ContM-il Souverain, cahier 2. 

• 61'» Attf <l»vant l hamba'on. notaire à Québec, !»• Icr mol 1701. 
(63» Richard, p. 442. 

i64» Ordre d- Sa .MaJ< Hté «n fav.iir d«- .M. iroii^r d ArtfKny dan.n InHinua- 
tion.s du Con.wejl Souverain, cahier 3. 



... 114 — 

ferait les fouciiotts de lieufe)i(nit partieiiHer peurl((uf que 
le sieur Du}nn/ if confinucrdif relies de l\eu}eu<i)if <iéué- 
ral. (65) 

M. Rouer d'Aitioiiy rcm])lit les fonctions de lieute-* 
naiit-])articTilier de la i)révôté de Qnél^ec juscpraii 12 o(*to- 
bre ITKJ, date de l'entrée en f(>nrti(»ns de M. Couillard de 
Les])inay nonnné à cette charge par provisions du roi le 27 
avril précédent. 

M. Rouer d'Ai-titiiiy ne resta pas longtemps sans char- 
ge. En 1716, M. de la Durantaye, conseiller au Conseil Su- 
l)érieur, décédait. MM. de Vaudreuil et Bégon suggérèrent 
au ministre de le remplacer par M. Rouer d'Artigny. "Il 
est homme de probité et capable de rem])lir cette place", 
écrivaient-ils au ministre. (66) 

TiC ministre recommanda la nomination de M. Rouer 
d'Artigny. Ses lettres de ])rovisio]is furent signées par le 
roi le 3 avril 1717. (67 ) 

Il fut installé en cette charge le 16 août 1718. 

Dans un rai)])ort fait au ministre le 26 octobre 1722, 
l'intendant lîégon disait de M. Rouer d'Artigny : 

"M. d'Artigny, âgé de 60 ans, conseiller pourvu le 3 
avril 1717, reçu le 16 août 1718; les fonctions de lieut<'iiant 
jjarticulier de la l*révôté qu'il a fait pendant jdusieui's an- 
nées l'ont mis au fait des affaires de la jndicature et il (>st 
droit et a])pli(|né". (68) 

M. Rouer de \^illeray pèi'e avait été pres<|ue toute sa 
vie en bulle à raniniad\<'rsion du gouvernenr de la Nou- 
velle-France. Son lils. M. I\(>nci' d'Art igny, fnt <lans le 
même cas. 

En 1728, lors des difticnltés (jui s'élevèrent entre le 
gouverneui' de l>eauliarn(>is, rintcndant l)u|)uy, le cl la pitre 
de l'église callicdrale, elc., etc., an snjcl i\v> rnnérailles de 



(65) Juf/rmevl.i ilii Citiinril Siiix'ririir. vol, \', p. ft'JS. 

(66) AhfîhivcH du C'ana<lîi. (Jorrcspundaïuc K^'iif-raUv vdI 

(67) Iv'-ttrt'H (U' pi-fiviHidiis dans Insinuai ions du Consi'il Sup^-rii-ur, rallier 5. 
(6S) Archlvfs du Canada. Corrj'spondancc K^'ii^Talc. vol. 120. 



.- iir, _ 



M^:i'<l(' Saiiit-\"nlli('i'. M. I^•U(■l• d 'Ai-tiony. (pii av.-iil ni.-ilcii 
«•oiiti'cusciiiciit a(ln|itr le |>arli (le l'ii-asciMc iiitciidaiil l)u- 
l»uy s'attii-a la dis^ii-âcc du jiniivci-ncui- de ncaiiliariMiis, 
Celui-ci. le i:; mai 1728. exila M. Ixnurr d Wrl i^niy à iîeau- 
innnt et lui oidoniia d'y demeurer Ju-(|u'à jiouncI oïdi-c 
s(tus peine de désoliéissauee. 

Le \t'V oetnld-c 172S. M. de Ufaulia 1 imi ^ c.XI ili(|Uait à 
sa taeou toute l'alfaire au miiiistre : 

"J'ay rildiuieui" de vous euvoyel- une <>i-d(»iniaiiee de 
Mr Dupuy à huiuelle j'ay répondu en mai-^e. \'ous y 
verés, Monsei<j:neur, le nienson<j:e y régner de touttes les fa- 
(;ons, mais la vérité toutte nue se trouve dans ma i*é|)onse. 

•*]a's deux conseillers (pii ont donné occasion à cette 
ordonnance sont les Srs (}aillai*(l et Darti^ny, <leux hom- 
mes attachés à M. Dupuy au jMunt de leur faire si^nier e1 
dire tout ce (pTil voulait. ( 'omme il y en avait eïicore deux 
ou trois antres i>ouj- ainsy dire dans le même cas et (jue la 
.justice ne se rendait (pTautant (jue la i)assion les condui- 
sait, il estait j)nl)lic et chacun s(^ plaijjnait de ne point jdai- 
dei* contre (-('<• jjaitie-; (pie s'estait contre M. l)u|»uy. 

"('('la me Ht piendre le juirty. Monseigneur, d'en en- 
voyer un à lîeaupoit (pii n'est (pi'à une lieue de (^)u<'he.- 
et l'autre à lîeauuKdit (jui n'en est (ju'îi deux, pai* un ordre 
(pie je leur envoycjz de ^lontréal et aïKpiol ils ont désobéi, 
M. Dupuy les ayant i-éTuiiiés <'lie/. luy. 

"Depuis son l'appel le Si* Daitiuiiy s "est luit exp(tsé, 
il a esté pour pi-eiidic scéance au ( 'on-eil. M. le Procureur 
«iénéral m'a <lit (pi 'il avait eu l'honneur de vous en ren- 
dre comj)te. Les )»ropositions (pii luy ont esté t'aittes d'y 
implorer ma démence ne se sont pas accordées avec les seii- 
liineiits (pie luy ont inspin's les iiersoiines avec (pii il ile- 
meiii'e. ( 'omme c'est lexcr le mas(iue avec ti*o|) de haidies- 
se, je laisse jtartir M. Dupuy. »Ie vous advoue, Monsei- 
;;neur, (pie rvs deux Messieurs là (entrautres le Si* Daiti- 
imy ) mérittent d'estre jumis d'autant (pi'ils estaient c(»n- 
venus chez ïii'«y r (hin< le lems (pie je le< f\\Vi>\ (■■/ orie)' d 'v 



venir pour leur ])arler à l'occasion de l'ordre que j'avais 
[»<»rté au Conseil), que je les commandais en particulier 
par conséquent ils devaient encore moins dcso])éir dans 
cette dernière affaire."" (()9) 

Quatre jours ])lus tard, le 4 octobre 1728, M. Rouer 
d'Artigny se présentait au Conseil ])our y i)rendre séance. 

Le greffier notait ainsi la démarche de M. Rouer 
d'Artigny dans son ])rocès-verl)al de la séance du Conseil 
Su})érieur : 

"Du lundi. 4 octobre 1728. 

"Le Conseil assem})lé ou estaient Monsieur Delino, 
premier conseiller, Mrs Macart, Sarrazin, St Simon, Guil- 
lemin, Cres])in, conseillers, et Verrier procureur général 
du Roy. 

"Mr Delino a présidé. 

"Sur ce que le Sr Dartigny coner en ce conseil s'y 
est i)résenté ce jourd'huy pour y prendre scéance sans 
qu'yl ait a])])aru au d. Conseil que le sr Dartigny ait eu de 
Mr le Gouvei'neur (iénéi'al quelque ordic j)ortant revoca- 
tion de celuy qu'yl avait donné le treize niay dernier au d. 
s. Dartigny de ])artir aussitôt le d. ordre receu pour se 
rendre à Heaumont on yl demeurerait jusqu'il nouvel or- 
dre sous ])eine de désobéissance. Guy le Procureur géné- 
ral du Roy le Conseil sous le bon ])laisir de Sa Majesté at- 
tendant (piVl luy ait i)lu de statuer sur ce sujet a ari'esté 
que le d. s. Dartigny s'abstiendra de i)rendre scéance au 
conseil en la d. (pialité de conseiller juscpi'à ce qu'yl ait 
ia))orté un ordi'c de mon d. cr. le ( louverneui' ( Jénéi'al, ))oi'- 
laiiî révocation du jnemier." (70) 

M. Rouei- d'Artigny l'ut donc obligé de s'abstenir de 
])araîti*e au Conseil Su))érieui' jus(|u'à c<' (|u'il <'Ut |)lû an 
ministre de i-endre sa décision. 

Le 12 avril 1729, le ministi'e ))lâmait fortement le gou- 
\<'!'neur de I*>eauliariiois d'avoir expulse M. M. Kouer d'Ar- 
tigny et (iaill;ird du ('««nscil Supérieur. Le ministre lui 

(69) Archlve.s du Canjnla. CurnsiKniilancr Kt'-nrv:i\i-. st'rif C", XoKCO. 

(70) J iifirvirjils rt Di'lihi'riit iotis ilil Ciiiisril Su iiriin. r. ' ' 



1 17 — 

('(•rivait ([u'il s'clait arroge'' un droii (pic le roi ii'.-iNail mii- 
fié à jx'rscmnc. D'ailleurs, ajoiitait-il, la raison (Hic \(»us 
(loinicz (\nv ces conseillers suivaient aveu»ileinent les avis 
(le M. Dupuy n'a aumne valeur. Puis, il lui ordoiuiait de 
ra])i)eler MS\. l^ouci' <rArti^ny et (îaillai-d à (^>U('lK■(•. La 
couelusion de la letti'e du nnnistre illusti-c les moeurs du 
temps. " Poui' sauN'euardei' l'autorité (pie n'ous avez <M>m- 
promise il ne sci-a rien dit à MM. ixoucr d'Arti^'uy de la 
d(''sap)>rol)ati<ni du roi ; au conti-aire, M. lioc(juart a ordre 
(le leur faire une mercui-iale de la pai1 du roi comme s'ils 
étaient coupables. " 

M. Hoc(piart Ht ce (pie Sa Ma,iest('' lui avait ordonné'. 
Le 3 octohi'e 1729, il faisait ])ai't au Conseil Sup(''rieur des 
ordres du Roi, Le ])i'oc('s-verl)al de cette s('an<'e le note 
ainsi : 

"Sui" ce (jui a est('' dit pai' Monsieur I ioc(piai't conunis- 
saire g(''n('ral faisant les fonctions d'yntendant en <•(' ])ays 
que l'intention de vSa Majesté est (pie les srs (iaillard l't 
Dartigny conseillers reprennent leurs plac(^s au Conseil 
connue auj)aravant l'ari'est du (piatre octobre mil sejtt cent 
vingt-huit ouy le Procureur (iénéral du Koy le Conseil a 
ordonné et ordoiuie (pie les d. sr (iaillard et Dartigny i-e- 
j)rendront leui's i»laces au Conseil comme aui»ara\ant le d. 
arrcst du d. Jour (piatre octobre." ( 71 ) 

M, Kouei' d'Artigny i('j)rit son si("'ge au Conseil Su])é- 
rieur le 10 octobre 1729. Il en avait donc été ex<du dix- 
sej)t UKUs î 

M. H.<»uei' d'Artigny décéda à (j)uél)('c le .") Juillet 1711, 
et fut inhumé le lendemain dans l'église cat liédi-ale. 

1 1 ne s '('tait )»as mai'i('. 

111 
CIIAKM.KS Rol'KK' |)K \ 1 I.LKICX ^' 

Né à Québec je 2 mai l<ib9. 

IX'cédé au même endroit le 2:'. sei»tembj-e 1(172. 



(71) Jufjrmrnts rt I trlihrntlii>ns ilii Citnsril Su iirriiiir. 

( A >iu\ rr ; 



118 



LE PRETENDU TESTAMENT DE L'ABBE 

JORIAN 



On sait que la (luestioii de l'inamoN il)ilité des curés fut, en la Xou- 
velle-France, une cause de démêlées entre les évoques et les possesseurs 
de cures fixes, au dix-huitième siècle. Le Bulletin a déjà signalé le procès 
(pli eut lieu en 1730, entre Mgr Dosquet et l'ahbé Voyer, curé de Sainte- 
Anne de la Pérade, au sujet de la "remise de. ses titres" (1901, ]); 366). 

Ajoutons, à cette aflPaire, celle de l'abbé Jorian qui me paraît ignorée. 

* * * 

L'abbé André Jorian était né à Québec, le 19 mars Ki!»], et avait été 
ordonné le 6 avril 1?15. 

Après avoir été curé de Chamj)lain (1722-28), il re(,ut la cure de 
]>iaj)rairie, en 1728, mais son évê(iue voulut le déj)lacer eu 1731 et voici 
conmient la chose se fit, d'après l'abbé Jorian qui en a consigné le récit 
dans un document qu'il appelle son testament et cpi'il dépose, en une en- 
velojjpe, chez le notaire J.-B. Adhénifir. 

* * * 

(Acie de dépôt, sur V enveloppe ) 
"Testament olograjjhe de ^\ . Jorian déposé en mon étude ,1e l-le 
"août 1731. 

" Aujoiird'buy, quatorzième avril avant midy, mil sept cens trente 
" un, est comparu pardevant nous notaire royal, en la juridiction royalle 
"de Montréal, Messire André Jorian, curé de lîi paroisse de Laprairie de 
" la Alagdeleine lequel a déposé en )iotre étude le ])résent paquet, contenant 
" son testament olograjihe cacheté de trois emj)reinte en cire rouge du 
" cachet dont se sert ledit sr Jorian, dont il nous a requis acte que nous 
" luy avons octroyé pour hiy valloir et seTvir ce que de raison. Fait et 
" passé audit Montréal les jour et an susdits, en présence des sieurs Etien- 
" ne Hivard, Saint-Dizier et Joseph (Juillory témoins qui ont signé avec 
" ledit sieur Jorian et notaire, aj)rès lecture faite, suivant l'ordonnance. 

" .ioK'lAX, pire 
"ST 1)1 S IKK' 
".l()SI-:iMI criLLOlJY 

" ADii i;.MAi:. " 

* * * 



- lit» — 

^.1 r intérieur de Vetiveloppc ) 

" Xuiis Aiidrô .loriiiii, curé <!•' la |iaruis.«' de la Nativité «le la Prairie 
"(le la Madelaine. Muiiseii^neiir de SaiDus, coadjuteiir à l'évé-hé de Qiié- 
*' bec iHiiis ayant mandé ]>ar Sa Lettre missive de luy venir parler au 
*"" Séminaire des Messrs. de Saint-Sulpice étal)lient en la \ille du Mont- 
" réal où il étoit alors, à «luoy nous avons oliéi à l'instant, et serions venu 
" parler à mondit Seigneur de Samos pour savoir de luy ce qu'il souhait- 
'* toit de nous; dans la conversation, il nous demanda les titres, jjrovisions 
"et installation en la ilite cure de laquelle nous aurions été jiourvû par le 
"Chapitre de la cathéilrale de Québec, pendant la vacance du siège épis- 
*' cojtal : a cette demande, sans nous écarter du respect dû à Sa Grandeur, 
" n<»us luy aurions dit que nous ne pouvions nous démettre d'un titre dont 
" nous avions été j)ourvû, et que nous faisions actuellement les fonctions 
" curiales, sans aucune j)lainte contre nous; Sur quoy. Sa Grandeur nous 
" rej)liqua <|ue nous n'avions qu'à garder nos provisions, mais qu'il nous 
*' susciteroit tant de peines et de chagrins qu'il nous contraindroit d'aban- 
" donner cette })aroisse et de Luy en remettre nos titres, et que son inten- 
" tion étoit absolument que nous eussions à aller desservir la cure de 
" ("ontrecijeur, que telle étoit Sa volonté. Nous, ayant voulu savoir <|uels 
" pourroient être les sujets de pUiinte (pi'il y avoit contre nous, et ayant 
" ilemandé j)ar nous mêmes et jjar d'autres personnes d'être entendu pour 
" notre justilication afin de nous disculi)er des accusations que j)eut-étre 
" des Esprits mécontents auroient, mal à |»ropos, porté contre nous. Sa 
" Grandeur auroit refusé de nous donner aucune audiance pendant huit 
" jours (jue nous avons resté dans le Séminaire, et nous auroit fait savoir 
" pour toute réponse qu'il ne vouloit entendre au<une justification à ce 
"sujet, j)arce qu'il vouloit être obéi sans réplique. Nous, en conséquence 
" de telles violences et menaces prévoyant ne |>ouvoir en obtenir de justice, 
" nous nous sommes trouvé contraint et forcé de remettre à Sa (irandeur, 
" malgré nous, nos jirovisions de ladite cure et d'en faire une démission 
" pure et simple, telle qu'on l'e.xigeoit de nous, et de condescendre à ses 
"volontés. Cl' qui nous oblige à déclarer |>ar le présent testament olo- 
" graphe tout df notn.' main et signé <le nous (|ue nous protestons contre 
" la démissi(»n que nous avons faite et la remise <le nos titres, comme faite 
" par fone et \i«dence, et protestons par ces présentes «le n«>us j)ourvoir 
" par «levant juges compétans p<»ur faire dé-clarer lailit** démission nulle 
"et faite contre les droits can<»ni<|ues et pour éviter les chagrins que 



— 120 — 

' poiii'DÎt nous causer moiidit Seigiu'ur de Samos et dont il nous a menacé, 
'■ nous nous trouvons obligé de faire la j)résente ])rotestation contre mondit 
" Seigneur de Sanios et de la déposer dans les grefs pour pouvoir nous en 
"servir en tems et lieu et rentrer en possession d'un bénéfice que mondit 
" Seigneur de Samos n'a {)u de force et de violence nous ôter sans observer 
"en pareil cas les fornuilités requises et nécessaires ])ar les loix divines 
"et bumaiiics. P^ait à Montréal, ce quatorzième avril 1^31. 

" JOKIAX, i)tre. " 
* * * 

11 nous {)laît de croire (|ue l'abbé .Jorian revint à de meilleurs senti- 
ments ! Bientôt après, on le voit faisant les fonctions curiales à Contre- 
coeur (sans calembour?), puis à Saint-Pierre du Sud, à Saint-Thomas 
de Montmagny, et finalement à Berthier, on il remet son âme à Dieu le 24 
décembre 1748. 

Il ne donna jamais suite à son ])rojet de procès et, sans doute, il 
(jublia son prétendu testament qui, au fond, n'était que la protestation 
d'un bénéficiaire évincé. 

E.-Z. MASSI COTTE 



JACQUES PERRAULT 



Né à Québec le 2 juin 1718, du mariage de Franc^oi.s Perrault, négociant. »t 
de Suzanne Page Carcy. 

II continua le commerce de son iière et l'augmenta considérablement. Ses 
affaires .se fai-saient surtout avec la France ei les lies d'Amérique. Il possé- 
dait plusieurs navires qui transportaient de Québec en France et aux colonies 
françaises les produits des postes de pêche et de traite qu'il exploitait sur la rive 
nord du golfe Saint-Laurent. 

Pendant le siège de Québec, Jacques Perrault se transporta au.x Trois-Ki- 
vières avec .sa famille. 

La conquête du pays a>'ant causé la ruine complète de son commerce, .lac- 
(|ues Perrault songea h aller s'établir en France. Un de ses frères, Michel 
J'fii;iult. établi à Larociiillc. lui conseillait fortement d'aller le rejoindie. 

Le voyage en l'"ramf, avec sa jeune famille présentait cependant di' nom- 
breuses difficultés, et .Jacques Perrault, finalement, se décida à rester au Canada. 

Comme le commerce avec la France n'était plus i)ossible, Perrault reprit 
son négoce avec «les marchands anglais de Ijondres. 

Le succès couronna son énergie et sa persévérance, cl. en piii d'annéis, il 
relit la fortune fpie la guerre hil avait fait perdre. 

.Iacf|ues Perrault décéda ii Québec le 18 mars 177"). Il l.ii.ssail dou/c cnfaiit.^ 
dont plusieurs parvinrent à de belles situations. 



12 



AVANT l,\ BATMfXE DE 
CHATEAUGUAY 



I)';i|irrs If (Idcuiiu'iit ilunt nous (Imiiikhis copie, ci-di'ssoiis, c-chii (lui 
dcviiit s'iiiiiMortiilist'r, ;'i ( 'hateauguay, au mois d'oi-tobrc 1813, se trou- 
vait au mois de t'évrii-r iirt'-cédciit. «mi j^ariiisoii à Saiiit-l'liili[)|M' dr I,a- 
prairic. 

A un trrtain ninmfut, il dut, sans doute, avoir hcsoin de recpiisition- 
ner les voitures de l'endr(»it et comme le nommé Isalxdle n'ohtemperait 
pas, le l)oui liant colonel de Salaberry usa de la grande force musculaire 
dont il était doué j)our faire obéir le récalcitrant, mais ce dernier [)orta 
plainte : 

COIK or BANC Dl" KOI 

District de 
Montréal 

Le lie jour <i'Août 1H1:{ Thomas Isabelle, cultivateur de St-IMiilippe, 
I)enmndr 

vs 

Cbarles l)e Salaberrv. Iv.uier. Lieut. Col. audit lieu <le Si-l'liili|)pc 

Defendr 

Le l)cinaudr poursuit le Défendr pour la somme de onze lisres .... 
de dommages, savoir f. 10 pour avoir ledit ])erendr, le neuf de Février 
dernier (le Demandeur j)assant paisiblement avec sa voiture sur le clie- 
min (jui conduit à l'Kglise St-I'liilippe) arrêté la voiture du Demandr et 
là et alors avoir l>attu ledit Demandr à coups de j>ieds et de poing et ce 
sans jirovocation et avoir aussi, là ei alors, fait battre le Demandeur par 
un de ses Miliciens ou Sergeant : et €. 1, de dommage pour s'être emparé 
par forte de ladte voiture et «lieval dudit Demandeur et avoir permis et 
souffert que plusieurs des Milii-iens, sous les ordres et comnnindement du 
défendr. .se .soient promenés avec ladte voiture en en aient fait usage jus- 
<|u'au lendemain" 



122 - - 

Signification de l'action fut faite au lieuteiumt colonel par l'huissier 
John Montgomery, le T se|ttenii)re 1813, à six heures ilu matin, ;'i Saint- 
Philippe. 

îjc >); sic 

Xous n'a\()iis pas mis la main sur le registre dans lequel ce procès a 
été consigné. Seulement, il apport par les annotations au dos du docu- 
ment que le défendeur plaida non coupable et ((ue la cause ne fut entendue 
qu'au mois de novembre 1813, alors que le guerrier devenu fameux ne fut 
condamné qu'à un louis et un clielin de dommages, jdus les dépens. 

E. Z. MASSICOTTH 



QUESTIONS 



.Je vois dan.s un^ étud'^ historique publiée dans l'Opinion PiihUq r du 4 sep- 
tembre 1873 que Adrien Huault, fils du uouveriuur de Monimanni). vendait, en 
1660, la seigneurie de la R:vière-du-Sud à Loui.s Théandre ChartTer de Ivothinière. 

Nos historiens ne disent-ils i)as tous i|ue le Rouverninii- de Mcuiinia^iny, 
haut Krad^ de l'Ordre de Malte. n<' sY-tait pas marié ? 

CURIKUX 

J.,e 16 avril 1807, la Chambre d'As.semhK-,. juloptait une loi (|ui aceordait A 
Jran-Baptiste Hédard le droit el i)rivil^Ke exclusif dY-riRer des ponts dans la 
province. Pareillement, dans XnfUizrltr de Québec du 7 mai 1S07, «m iIoihh- les 
nv.iiri's Tn.s ) l'i li d' s ponts de .Jean-Baptiste Bédard. 

Qui'i l'si (•■• BMard dont 11 est iri nurstion ? C^ui me nnseij;nera sur les 
ponts construits i)ar .Jean-Baptiste Bt'd.ird '.' 

V X. B. 



- 1 •->:! 



LE JIKiEMENT DE DIEU 



Los (loeiinients qui attestent que nos ancêtres s'en rai)j)ortaient, par- 
fois, au "jufjenient de Dieu" pour décider de la cul[)al)ilité d'un accusé ne 
sont pas cnnimuiis, à Montréal. Kn voici un. (pii me paraît à la fois 
rare et curieux : 

rovvy Dr n.\.\( m i.'oi 

District de 
Montréal 

Le 23 jour de janvier 17!»T Cliarles (iendron faisant pour sa lillc lui- 

iicure, ^Tarir (M'iidrun, âL'»'*' de iliv-lniit ;itiv;. 

Dcindr. 
vs 
.1. Utc l'arizicu 

hcfendr. 

Le Deniaiidr. ()oursuit le l>clcndr. pour la somme de onze livre, deux 
chelins, deux deniers de dcminui^es [xjur avoir accusé ladite Marie (Jen- 
dron d'avoir volé un éventail et de l'avoir en présence de plusieurs per- 
sonnes mis comme il l'entendait à 1' Lpreuve, en la faisant soulfler (lans 
un canon de fusil (]ui étoit chargé, amorcé et handé, disant que si elle 
ét<jit coupable qu'elle serait tuée, et (|Ue si <dle étoit innocente le fusil ne 
jiartiroit pas. Kt ce vers la St-Michel de l'année 17!)5. Kt qu'il soit 
tenu de lui faire ample Héparatiou d'honneur, laquelle dite somme, quoi- 
(ju'il lui ait souvent demandée, lui reste due, pourquoi le Demandeur re- 
quiert jup'ment. 

Saveuse de Heaujeu, 
prolonotairr de la cour du banc du roi. 

Au li''- i^i iiii iiiiji'' ii>' I I '( I i I M i .1 1 i I I ■ 'il ii#i 1 liillil 'I •• Il il u" I l'c II '• II- i'-i 

janvier 17!»T, si^né jtar le jujre I*. L. Panet, puis un {)r(»cè.s-verl)al de si- 
^'iiification au défendeur. .1. T.. l';irisien. Ile l'errot. si^'iié par l'huissier 
Marston. 



— 1 24 — 

Le "jugement de la divinité" ayant été favoralde ;i la demoiselle Gen- 
drun, elle avait raison de réclamer des dommages et "amjile réparation 
d'honneur" ; c'est é\i(liiit ! 

E. Z. MASSl COTTE 



M. DE ST-VINCENT 
BARON DE MARCY 



Pierre de St- Vincent, baron de Marcv, né en Champagne vers 1000, 
est venu au Canada entre 101)0 et 10î)5. 11 avait épousé (en France, très 
])rohablement ), demoiselle Marie-Antoinette Dugard. M. de 8t- Vincent 
était capitaine dans les. troupes de la colonie en 1T06, et il reçut la croix 
de St-Louis en 1T30, en récom]ien.se de ses services. 

Son fils Henri-Albert fut enseigne en second en 1729; enseigne en- 
})ied, 1T33, puis lieutenant en 174?, et capitaine en 1756. 

Charles-Albert, fils de Henri-Albert, fut baptisé à Québec en 1733, 
et je crois que c'est lui qui obtint une ex|)ectative de lieutenant en 1750. 
11 en exerça les fonctions dans les dernières campagnes de cette épocjue 
mouvementée et angoissante où le Canada changea de maître. En 1707, 
il parait à LaHochelle avec le titre de lieutenant. 

Son |)ère, Henri-Albert, figure aussi dans les combats cl les batailles 
de 1755-60. 

Tanguay a rapporté que cette famille était originaire de la Chamjia- 
giie. l^lle était plutôt du pays de Biscaye. Kernard «le St-Vincent s'é- 
tablit en Lorraine en 1512, et fut grand fauconnier de Lorraine, sous le 
duc Charles 111, son lils Claude eut la même charge augmentée du district 
du Bar, Claude eut (U'U\ fils : .Jacques et i'hilibert. i^a famille se déploya et 
forma trois brandies; la deuxième pcti-ta le nom de Marcy et fit ses preu- 
ves de noblesse devant l'intendant de la province Cbanipennisc en 1 (iOO à 
Alarcy, élection de Vitry. 

.\Iaximilien, (ils de l'liililiei-t, eut d'un prenner mariage IMiilibcrt II 
(lui éiiousa Elisabeth de réi'ignon. Ce snnt les auteurs du lanuMii eana- 

• • 

dleii. 

Pour autres détails sur cette famille, nous renvoyons au dictionnaire 

généalogi(pie de .Mgr Tanguay, V(d. 1, [>. I!>3, et vol. 111, p. KKi. 

im;<;is ijov 



- 125 



PIERRE-JACQUES DRUILLON. SEI 
GNEUR DE MAGE 



Nous recevons ilo M. C'iautli- tk- Boiuiault, dninicilié pri-s do Viorzon, 
France, une copieuse notice sur son j)arent, Pierre-.Jaccjues Druillon, 
seigneur de Macé, un officier de valeur de la dernière jiériode, du régime 
fran(;ais. Cette n(»tice précieuse intéressera les lecteurs du liuUrtiu. 

Pierre-Jacques Druillon, écuyer, seigneur de Macé, naquit à Hlois. 
le î) septembre 172."). II apjtartenait à une famille vouée depuis deux siècles 
à la magistrature. Son père était lieutenant général au Itailliage de 
Blois, comme l'avait été le père de ce dernier et son aieul. 

A titre de fils aine, cette charge lui était destinéf, mais le jeune 
Druillon ne témoigna guère de goût pour l'étude du droit et lorsqu'à 'i\ 
ans, sa famille l'eût laissé libre de suivre sa vocation, il décida d'entrer 
au service. Il s'adressa à son parent, le comte de la (Jalissonnière (cou- 
sin issu de germain de son |>èro). qui le lit nommer olficier dans les trou- 
pes des colonies. 

De 1750 à 1751, il sert en tjualité d'enseigne à Ix)uisl)ourg où il rem- 
plit les fonctions de sous-aide major. Passé au Canada en 1751, il est 
affecté au {)oste de Niagara avec l'emploi de major. Ajirès avoir dirigé 
la construction des forts de la Presqu'île et de la Kivière-aux-Boeufs, ainsi 
que du fort Duquesne (pour ce dernier travail il était subordonné au che- 
valier Le Mercier), il fut détaché ave<- Jumonville et entrainé dans le 
guet-apens qui r.tûta la vie à ce dernier (1754). Druillon en fut quitte 
jtour un coup «le baïonnette au ventre et être "mis totallement nud". 

Fait prisonnier et conduit dans les cachots de Williamsburg, il se 
vit ensuite renvoyé en Angleterre, d'où il réussit à gagner la France en 
compagnie de MM. de Hicharville et <lu Sablé (1755). Promu alors 
enseigne en pied, il est dirigé sur le Canaila, Tanné*- suivante. Kn 1757, 
il fait la canipagiie d'hiver, commandant une compagnie du «létachement 
de M. de Rigaud et se trouve au siège du fort (î«'orge. Il s'enibar<|ue 
pour la Fr;!Mi !• iti -.iii'inliîi- '!<• l:i im"nii' mhiii'-»'. 



... 1 26 — 

Au printemps de 1758, il revient en Canada avec 200 hommes de 
troupes réglées. L'année 1759 lui vaut le grade de lieutenant. De nou- 
veau employé comme ingénieur, il est chargé des premiers travaux de 
l'Isle-aux-Xoix : puis met ensuite en état de défense Laprairie et Châ- 
teauguay. Au cours de la campagne de 1760, on le voit <\ la tête d'une 
compagnie du premier bataillon de la marine avec laquelle il prend part 
à la bataille de Sainte-Foy. Détaché à l'île Sainte-Hélène, il y reste 
jusqu'à la capitulation de ^lontréal. 

IJapatrié avec la garnison et les l'onttionnaires de la roloijic, il jouit, 
)irii(hiiit phisicurs aimées, du traitement accordé par le roi aux officiers 
du Canada. A ce titre, il touchait encore en 1774 un traitement de 300 
li\Tes. Mais il semble avoir obtenu de bonne heure l'autorisation de i^e 
fixer à Blois. C'est là (|u'il se marie, en 17(59, avec Marie-Anne Petit 
de Thoizy. J'ignore à quelle époque il s'est retiré du service. 

M. hiuilloii "le Canadien" — c'est sous ce sunioin (pie le désigne dans 
ses mémoires le comte Dufort de Cheverny — est décédé à Hlois, le 2{) juin 
1780. 

Sa descendaïK'C mâle s'est éteinte en 1845, nuiis la postérité, issue de 
lui, en ligne féminine, demeure passablement nombreuse. 

A ces renseignements, M. de Hoimault a bien voulu joindri' l'cni- 
j)reinte d'un cachet aux armes de la famille Druilloti. Ce cai-het aj)- 
j)artient, aujourd'hui, à M. le comte de Place, à Hourges, qui, lui aussi 
descend de l'oil'icier Dniillon. 

Les armes se blasonnent ainsi : d'azur, à une fasce d'argent chargée 
<le deux roses de gueules accompagnées en chef d'une étoile d'argent et, 
en pointe, d'un croissant du même. 

E.-Z. M. 



l-.'7 — 



CLAUDE DE BEAULIEU 



Capitaine griirral des pinles des fcrnir's du 
roi m Canada ! 



Que siiit-(»ii sur Cl' M. lie Bcaulit'U (Hii l'ut ciiiiitaiiK' ^\^^^ »:;inl('s des 
fermes (lu roi en Caiiadu. en 1 <!!•'.) ? 

M<;r Tim«;iiay (Die-généa., I, 54) a trouvé dans les registres pa- 
roissiaux de Montréal »|u'il se j)rénoniniait Claude. 

A notre tour nous produisons deux documents (jui donnent (juelques 
détails sur ses fonctifins en notre j)ays. 

I>'autres, sans doute, arriveront à l'aire mieux ! \]\\ tous cas, |i(»ur le 
moment, voici nos pièces : 

1er DOCIMKNT 

"Monsieur <ie Heaulieu Cap. Cénéral <ommandanf tous les gardes 
"des fermes du lîoy en Canada ayant eu ordre «le résider cy après au 
"Montréal depuis le départ des Vaisseaux |»our la France juscpi'à leur 
"retour en Canada, et ensuitte de revenir à (^uélu'c pour y faire ses fonc- 
"tions pemlant le séjour des Vaisseaux suivant l'instruetinn que nous 
"luy avons remis. Il est nrri's.sdlrr d'étaldir au Montréal une personne 
"de méritte, capalde et entendue pour y faire la fonction dud. sieur de 
"Heaulieu, pendant son séjour à (^uéliec, et comme .Mr. de Lamotte de 
"Lucière a touttes les qualité/, riM|uises l'it (pi'il est recommandé par 
"Monsieur le Chevalier de Callières, gouverneur général de la .Nouvelle 
"France Xdum Lurons nommé et «'tahly pour Capitaine «ommandant 
"des gardes qui rt'-sideront à .Montréal et dans l'étendue du (Jouvern»*- 

"inent. en l'altsence dud. sieur de lieaulieU pendant le lenips des aiUHH'S 



... 1 28 — 

"du bail de Mr. Ijoiiis CJuiguet:; i)uiir y faire les niêmes foiu-tions et jouir 
"des mêmes j)rérogatives que celles dud. sieur de Beaulieu, et ce aux ap- 
"pointemens de quatre cens livres par an, monoye de Canada, ([ui seront 
"pavez par Mr. de Villeray sur la quittance dud. sieur de La motte, à 
"commencer dès l'année prochaine 1700 et continuer tant qu'il plaira à 
"Mrs. les Fermiers Géivéraux, Enjoignons aux gardes de la Ferme d'obéir 
"aud. sieur de la motte comme aud. sieur de beaulieu A peine de révoca- 
"tion, Prions M. De beaulieu de faire reconnoistre led. sieur de la motte 
"en lad. qualité et de luy donner une Instruction en conformité de celle 
"(|ue nous luy avons roniisf : l'ait à Québec le se])tième Octobre 1(599. 

d'Aubrnlon de Villcbois 

2ènie DOCUMENT 
"A monsieur 

".Monsi<'ur Do la niottc Lucicro command. les gardes de la ferme en 
"l'absence de M. De Beaulieu cap. général. 

"A Montréal. 
(Au rcrso) 

"A Québec, le 22 octobre 1G99 
"Comme la Compagnie a chargé M. Desiforges de l'Inspection gé- 
"néralle de la ferme du Canada, Je vous prie. Monsieur, de le reconnoître 
"en cette qualité, et d'avoir |)oiir luy tous les égards que cet Kmploy 
"exige, conforment, a l'inslruclion (pie nous luy avons requise 

de Villebon 

.\ X X 

On remarquera «[ue le jyreinier document est signé d'Aubenton de 
Villchois et le seconde Villi'hon. Pourtant ce doit être le même fonc- 
tionnaire (pli signe les deux pièces ! N'iliebon est-il un autre de ses noms 
territoriaux, <»u l»ien n'est-ce (pi'une appareide dèldiniation de N'illebois ? 
Nous abandonnons le problème |)our le moment. 

Sur le sieur de L,i Mutte jjiciere, dont il e.-t (piestion plus haut, nous 
avons des notes abondantes (pie nous verserons dans le Uullelin. 

!•;. /. MASSlcnT'I'h: 



liUI.I.KTIX 



DES 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXVI BEAUCEVILLE-MAI 1920 No 5 



La famille Rouer de Villeray 



AUGUSTIN ROUER DE LA CARDONNIERE ET DE 

VILLERAY 



(Suite) 

Icre génération: Louis Rouer de Villeray. 
2e génération: Augustin Rouer de la Cardonnière 
et de Villeray. 

AUGUSTIN RU TER I)K LA TARDONNIERE ET DE 

VILLERAY 

Xé à Québec le 13 juin IGG-l. 

On a oonnnis bien des erreurs sur ce personnage. 
Elles s'ex])liquent par le fait qu'il porta le nom de Rouer 
de la Cardonnière jus^pi'à la mort de son ]ière, le b décem- 
bre 1700, et qu'à i)artir de cette date, en qualité d'aîné de 
la famille, il ])rit le nom de Rouer de Villeray. 

Le 27 avi'il KiSl, le gouvei-neur de la Biirre et l'inten- 
dant de Meulles accordaient aux frères Augustin Rouer 
de la Cardonnière et Louis Rouer d'Artigny une étendue 
de fleiix lieues de terre "prés et bois, de fi'ont sni" le fleuve 
Saint-Laurent, sur denx lieues de profondeur dans les 



— 180 -^ 

terres, à iirendre dej^uis une rivière qui est vis-à-vis l'Isle 
Verte, du côté du sud de là dite isle, icelle dite rivière com- 
prise, jusqu'à deux lieues en descendant le dit fleuve, 
ensemble les bastures, isles et islots qui se rencontrent vis- 
àvis les dites deux lieues, jusqu'à la dite Isle Verte, 
icelle même comjjrise. . . " (72). 

Cette concession était faite aux sieurs Rouer de la 
Cardonnière et Rouer d'Artigny, à toujours, en tp|ite pro- 
])riétc, en titre de lief et seigneurie, haute, moyenne et 
liasse justice. 

C'est la seigneurie qui est devenues rimi)()rtante 
paroisse de L 'Isle- Verte. 

En 1685, l'intendant de Meulles, qui avait toujours été 
l'ami de M. de \^illeray père, essaya de faire nommer son 
fils à la cliarge de lieutenant ])articulier de la prévôté de 
Qiiéljec. Le 6 octobre 1685, il adressait un mémoire au 
ministre pour lui faire voir la nécessité d'un lieutenant 
])articulier de la Prévôté de Québec et faire connaître les 
droits de son j^rotégé à cette cliarge: 

'' La Conq)agnie, ér-rivait-il, à laquelle en 1628 le Roi 
avait concédé la pr(q)riété de la Nouvelle-France avait 
laissé au gouverneur-général le soin d'y rendre la justice. 
En 1651 ( ?), le gouvei-neur do Tjauzcm, voyant que les 
habitants commençaient à se nndtijdier, établit ])our chef 
de la justice ordinaire un grand sénéchal pour toute la 
Xonvelle-Fi'aiH'e avec un lient ciiaiit-général civil et cri- 
minel au siège de Qnél)ec et un lieutenant particulier aussi 
civil et «'riminel poui- y rendre la justice en première ins- 
tance dont l'apjx'l resso]'tissait paivlevant le gouverneur 
général, lequel avait jxaivoir de Sa Maj<'sté de jugor sou- 
verainement et en dernier ressort. 

" Cela a continué de cette sorte juscju'en Kiblî, année 
pendant la(iuelle la Compagnie remit la ]n*opi-iété au Roi. 

" Et cette même année Kitili Sm Majesté ayant ])ar son 
édit étnbli le (\)nscil SoiiN-crnin du dit ]»ays avec ])ouvoir 

entr 'autres choses de connnetti'e à (Québec, aux Ti-ois- 

, ■ \ 

(72) Pièces et documents nlalii ■> h> i. nurr si^hinrurialc, p. 18. 



— l.îj — - 

Kiviôics cl autres lieux et en la manière (ju'il le jugerait 
ii('(M«ssaire des ])ersoniK's pour ju^cr en i)reniière instance. 
• Le (lit (Jonseil en établit aux Trois-Rivières et à 
Montréal, mais il m* ju*i:ea ]>as en devoir établir à Qué])e(' 
l'stimant pour lors (pi'il y aurait du mieux h eet é^ard lU' 
jujïer les dilte rends des ])arties en dernier ressort sans 
]»asser pai* aucun autre deiiré de juridietion. 

'' Néanmoins la ( 'ompa^iiiie d'Occident à la(]uellc le 
Uni concéda en l(j(J4 la même ])ro[)riété du dit i)ays qu'avait 
l'ancieinic comi»aunie voyant (jue les habitants se multi-;, 
pliaient et que [dusicurs avaient de la difticulté de souffrir 
que leurs différends fussent ainsi jugés d'abord en dernicu* 
ressort établit à Quéjjcc en IGGG sous son autorité un seul 
juge, savoir un lieutenant ucnéial «-ivil et criminel pour 
juger en première instan<M. 

" Et Sa Majesté après avoir repris en KiT-l: la pro-^. 
])riété du dit pays y établit et institua par son édit de 
1677 le siège de la prévôté de Québec et rétablit en même 
tenq)s le lieutenant-général seidement avec un ])rocureur 
l)our Sa Majesté et un greffier. 

'' Mais connue du depuis les habitants se sont aug- 
mentés notablement et s'augmentent de jour à autre par 
les soins particidiers que Sa Majesté prend du dit pays 
et qu'il est déjà arrivé en ])lusieurs occasions que le public 
et les pai-ticuliers ont souffert et i)ourraient dorénavant 
souffrir plus considérablement faute d'un juge i)our faire 
les visites ordinaires de police, juger en première instance 
et tenir le siège de la prévôté, le lieutenant-général en 
étant absent, soit i)our affaires i)ubliques, ou i)arti('ulières, 
])ar maladie, causes de récusations, i)rise à partie ou autre- 
ment, outre (pie lorsque messieurs les intendants sont 
obligés de ])i-endre avec eux le nombre d'assesseurs néces- 
saires pour juger des matières criminelles dont ils estiment, 
devoii- coimaîti'e, ils ont de la difticulté de trouver sur les 
lieux nond)i-e com})étent de i)raticii'ns. 

'' De manière (pi'il ne ]»ourrait pas se fait, monsei- 
gneur, que vous ne ])i-ocurassiez un grand avantage au 
jiublic et aux pai-ticuliers habitants de ce pays si vous 



— 132—' 

aviez agréable d'inspirer au Eoi de vouloir rétablir le dit 
office de lieutenant particulier ainsi que Sa Majesté a fait 
celui de lieutenant-général au dit siège de la prévôté et 
faire la grâce au sieur de Villeray, premier conseiller du 
dit Conseil Souverain, dernier pourvu du dit office de 
lieutenant particulier lequel il exerçait actuellement lors 
de la création du dit Conseil, d'en ])ourvoir Augustin 
Rouer de Villeray, son fils aîné, en attribuant au dit office 
des gages raisoimables à proportion de ceux du dit lieu- 
tenant général et le dit sieur de Villeray et toute sa famille 
seront d'autant plus obligés de continuer leurs voeux et 
leurs prières pour votre i)rospérité et santé. 

" Xous Jacques de Mculles, clievalier, seigneur de la 
Source, grand bailli d'Orléans, et intendant de la justice, 
police et finances du dit pays de la Nouvelle-France, cer- 
tifions qu'il serait avantageux au i)ublic, aux habitants de 
Québec et étrangers qui y trafiquent qu'il plut à Monsei- 
gneur le marquis de Seignelay inspirer au roi de vouloir 
rétablir le dit office de lieutenant ])articulier au siège de 
la dite i)révôté et même d'en disposer en faveur du fils aîné 
du dit sieur de Villeray, premier conseiller au dit Conseil 
Souverain, lequel en ce faisant serait ])lus invité de con- 
tinuer son ajiplication à rendre son dit fils capable d'es- 
]>érer pouvoir obtenir de Sa Majesté la survivance de 
l'office de premier conseille!', que le dit sieur de Villeray a 
exercé et exerce avec honneur et intégrité depuis la créa- 
tion du dit conseil qui fut en la dite année mil six cent 
soixante et trois, en foi de quoi nous avons signé le ])résent 
certificat à i(;elui fait a])})oser le cachet de nos armes et 
contresigner par un de nos secrétaires à Québec ce sixième 
octobre mil six cent quatre vingt cinq." — de Meulles (73). 

Le long i)laidov('r de l'intendant de Meulles en faveur 
de la nomination d'un lieutenant particulier de la Prévôté 
à Québec laissa le ministi'e insensible. Il devait s'écouler 
près de dix ans avant la nomination d'un lieutenant par- 
ti(!ulier de la Prévôté dans la ca])ilale. 

(78) Archive» du Canada, Correspondance générale. 



('omnio nous l'avons vu plus haut, la seigneurie de 
L'Isle-W'i'te avait été accoi-dée en connnun à M^I. Rouer 
(le la Canlonnière et Kouer fie A^illeray. Une seip:nt'urie 
])osséilét' ainsi en connnun avait certains désavantages. 
La terre ne manquait ])as dans la Xouvelle-France, et M. 
Rouer de Villcray ])ère se décida à faire accorder une 
autre seigneurie à son tils aîné. En 1688, il obtenait du 
gouverneur de Denonville et de l'intendant Bodiart 
Clianipigny que son lils Louis Rouer d'Artigny garderait 
seul la seigneurie de L'Isle-Verte et que Augustin Rouer 
de la rardomiière recevrait une autre concession. 

Le 24 avril 1G88, Augustin Rouer de la ("ardonnière 
recevait l'étendue de deux lieues de terre de front sur le 
fleuve Saint-Laurent, du enté du sud, à prendre joignant 
et attenant la concession du I>ic qui ai)itart('nait au sicui* 
de Vitré en descendant le fleuve, et deux lieues de profon- 
deur dans les terres, enseni})le la rivière dite de Rimouski 
et autres rivières et ruisseaux si aucuns se trouvent dans 
la dite étendue, avec l'île de Saint-Barnabe, et les battures, 
isles et islets qui se ])ourront rencontrer entre les dites 
terres et la dite isle. . . " (74). 

Cette concession fut conflrniée ])ar le r(»i le 24 mai 
1689 (75). 

M. Rouei- de la ('ardonnière garda sa seigneurie de 
Rimouski un ])eu i»lus de six ans. Le 10 juillet 1694, il la 
cédait à Germain Le])age en édiange d'une teri'c que ce 
dernier ])ossédait h Saint-François de l'île d'Orléans du 
chef de sa femme, ^larie-Madeleine Cfagnon (76). 

Le 16 juin 170.'^), le roi décidait de jKii'tei" à douze le 
7iombre des conseillei's au Conseil Supérieur. M. Rouer 
de X'illeray fut choisi avec MM. de la ( 'olombière, Morel 
de la Dui-antaye et Au)>ert de la rhesnaye connue conseil- 
lers d'augmentation. 

Les lettres de ])rovisions de M. Rouei- de Villeray 
lurent signées ])ar le l'oi le même joui*. 16 juin 170:î (77). 

(74) In.sinuatirms du Conseil Siii)/Tifur, cahier L'. 

(T.'i) Insifiuatinns <lii Const-ll Siipr-rieiir. cahier L'. 

(76) Acte d'échango devant Chambalon. notaire à Québ<c, le 10 Juillet ltii»4. 

(77) Insinuations du ConHeil Supérieur, cahier 2. 



— 134 — 

Il fut installé le 29 octobre 1703 (78). 

M. Rouer de A^illeray habita sueeessiveuient Québec, 
Rimouski, l'île d'Orléaus et Sahite-Foy. 

C'est pendant ciu'il habitait Sainte-Foy qu'il eut 
avec les marguillieis de cette ])aroisse lui curieux différend 
au sujet de la place qu'il devait occuper dans l'église 
paroissiale. 

Le litige fut décidé i)ar l'intendant Raudot le 27 fé- 
vrier 1707. 

L'ordonnance rendue par M. Raudot a été conservée. 
On y voit quelle importance nos ancêtres attachaient à ces 
questions de i)réséance qui nous semblent des vétilles 
aujourd'hui: 

" Le sieur de Villeray coner au Conseil Supérieur 
de cette ville ayant fait venir pardevant nous les Marguil- 
liers de Notre-Dame de Foy pour estre condamnés à luy 
fournir une place dans leur Eglise, convenable à sa dignité 
tant ])our luy que ])our sa famille laquelle fait son séjour 
actuel sur une habitation étant dans la d. paroisse qu'il 
a acquise depuis peu et les d. Marguilliers nous ayant ré]ion 
du qu'il n'y avait aucune })lace dans leur Eglise à donner, 
nous y aurions fait ti'ans])orter Me Delajoiie, lequel nous 
a raporté le plan de la de. Eglise, i)ar lequel ayant veu 
qu'en avançant le ])anc des P. Jésuites seigneurs de la de. 
Paroisse, on pourrait ensuite trouver une place ])our 
mettre un banc pour le d. Sieur de Villeray en sorte qu'il 
se trouverait trois bancs entre celuy des seigneurs et 
l'oeuvre sans que cela puisse ap])orter aucune incommo- 
dité à la de. Eglise le d. sieur de Villeray nous ayant de- 
maTidé (|ne les d. marguilliers soient condanmez h luy 
l'oui'iii)' un hnnc dans le d. endroit aux offres qu'il fait de 
payei' le d. haiic suivant ce que i)aye celuy proche du(piel 
il sera, à ({uoi ayant égard veu le ])hin à nous a])|)or1é pai* 
le d. Me de hi Joue nous condamnons les d. Marguilliers 
à fournir au d. si- de \'illei"ay un hanc après celuy des d. 
J*ères Jésuittes seigneurs de la d. paroisse cn^icculani le 

(7S) Jiif/rinrtils du Cinisril Su iiiririir, \'cil. II. 



... 135 — 

(I. haiic 011 soric (ju'il y ait trois lianes entre yceluy et 
l'oeuvre de la d. K.ulisc, en eas de refus des d. niar^uilliers 
]H'i'niis au d. sieur di' X'illeray d'en l'aire faire un de pa- 
reille gi-andeur et largeur que "les deux qui y sont à iirésent 
et le placer dans l'endroit marqué par notre ordonnanee, 
et luy sera tenu compte de ce qui sera jiar luy déboursé en 
déduction du i)rix (pi'il i)ayera annuellement pour le d. 
l.anc le plus que nous avons tixé au iirix du banc le iilus 
]iroclie. Mandons, etc. ]^;ù\ et donné à Québec en notre liotel 
le 27e .jour de février 1707. — Kaudot (79). 

M. Rouer de X'illcrav décéda au printemps de 1711 

(80). 

M. Rouer de X'illeray avait épouse, a Quebce, le 1er 
septembre 1(J89, Marie-Louise Le (lardeur de Tilly, tille 
de Charles Le Gardeur de Tilly et de Geneviève Juchereau 
de Maur. 

p]lle déeéda aigres 1722 ])uisqu'en cette année elle 
donnait son consentement au maria<;e de son iils avec 
Marie-Madeleine Foulon dit Dumont. 
■ ' ' Enfants: / i' • 

I 
LOUIS ROUER DE VILLERAY 

Né à Québec le '•'> août 1690. 

L(^ 10 février l()9:î, son i»arraiii, le ^(.iivcriieur <le 
Frontenac, lui faisait un joli cadeau en lui concédaiil le 
lac Métis, aussi connu sous le n<>ni de lac Kesquabeqiiiae. 

'' Nous, disaient MM. de Frontenac et r>ocliart (/liam- 
pi^ny, en vertu du pouvoir à nous conjointement donne 
].Hr Sa oMajesté, avons au dit Louis Rouer, ses successeurs 
ou ayans cause, donné, accordé et concédé, donnons, accor- 
dons et concédons ]>ar c<'s ]»résentes, en ]deiiie jiropriété 
à perpéluilé le dit la-- appelé M il is, avec une liciic de 1crre 

(79) Ordonnances des Intendants?, caliipr Icr, folio 90. 

(SO) On ne "trouve l'acte do sf-pulture de M. Rouer de Vlller.iy ni :\ Québec, 
ni a S:iinte-roy ni il Saint-Laurent. Le 23 février 1711. M. de Villeray a-ssi.s- 
tait à une séance du Conseil Supérieur. Le 1er juillet 1711. sa veuve. Marie- 
Louise Le f;ardeur de Tilly. demandait élection de tutellp à se^; mineurs. M. 
Rouer de Villeray est donc mort entre le 23 février et le 1er Juillet 1711. 



— 136 — 

de profondeur tout autour d'iceluy, à titre de fief et 
justice, liaute, moyeune et basse, aux droits de chasse, 
pesclie et traitte dans la dite étendue. . . " (81). 

Cette concession était faite à titre de fief et justice, 
liante, moyenne et basse, avec droit de chasse, pêche et 
traite, etc, etc. 

M. Rouer de Villeray père n'étant pas en état de 
reini)lir les conditions de la concession accordée à son fils 
mineur, se fit autorise^ par une assemblée de famille, le 
27 avril 1701, à vendre ou échanger le lac Métis ou Kesqua- 
bequiac. Il faut croire qu'il ne trouva pas d'acheteur 
]juisque la seigneurie du lac Métis ne fut vendue que long- 
temps après la mort de Louis Rouer de Villeray par sa 
mère, héritière de ses biens (82). 

Le jeune Rouer de Villeray qui avait embrassé la 
carrière de la marine, se i)erdit en 1712 "sur la prise faite 
I^ar M. Dumont du vaisseau la Brise avec lequel il était 
en course". 

II 

ANGELIQUE-HYACINTHE ROUER DE VILLERAY 

Née à Québec le 14 juillet 1692. 

Mariée Ti Sainte-Foy, le 20 mai 1717, à Charles-Joseph 
Damours de Louvièi'es, enseigne l'cformé. 

Celui-ci décéda à Sainte-Foy le 19 avril 1728 (83). 

En secondes noces, à Saint-Nicolas, le 7 juin 1736, 
Angélique-Hyacintlie Rouei' de N'illei'ay devint ré])ouse de 
Denis Rousseau, marchand. 

Elle décéda à Sniiit-Nirolas le 25 novembre 1749. 

III 
JACQUES-AUGUSTIN ROUER DE VILLERAY 

Né en 1694 (84). 



(81) Pièces et dorinucnt.s relatifs à !<■ Irmirc srif/m'iiriiilf. p. 405. , 

(82) Aclf (le ventf «le Iîi sciKucuiic de .VK-tis i)ar Miidiimo Rouer de Ville- 
ray à Nicolas Liiniiullier. A Qui'licc, le 18 mai 1725. 

(S.l) l'our leurs ctifjiiils voir notre l'nniillf Juchtr-fiy Duchcsuai/, jj. 74. 

(84) MKr TariKuay le fait naître en 1098. Un note d,. tutelle du 3 Juillet 
1711, lui donne dix-sept ans et son aete de mariaRe 1,. dit niajeui' de vingt-huit 
ans. 11 n'.\- a donc pas A se tniiMpec. Il est né en H;')4 



é 



— 137- 

l)c'('(''(l('' à (j)iu'"l)(.H' le IM (l('c('iiil)rc' 17()2. 

Il avait t'])(His('' à (jIik'Iicc le 14 juillet 1722, Maric- 
Madclriiic. tille de Nicolas I^'(»ul(»ii dit l)uiiM»iit et de Barbe 
de Buyère. 

Elle déeéda à (^)u('l)('c le 2<) drccinhrc 17<)7. 

Enfants : 

L— MARIE-MADELEINE KOLEU DE \'lLLEliAY 

Née à Quél)e(' le ler mai 172)). 

Mariée à Saint-Nicolas, le 7 août 1758, à Michel Fré- 
eliette, lils de Jean-Baptiste Frécliette et de Marie Rous- 
seau. 

En secondes noces, à Saint-Nicolas, le 26 août 1776, 
elle devint la fenune de Alexandre Couture, veuf de Ca- 
therine Kronti^ny et tils de feu Augustin Couture et de 
Elisabeth Tur«i-('on (S5). 

Elle décéda à Saint-Nicolas le 26 décembre 1787. 
IL— AUGUSTIN KOUER DE VILLERAY 

Né à Québec le 12 janvier 1725. 

Décédé à l'HôteLDieu de Québec le 17 juillet 1787. 

Il avait é])<)usé. en 1755, ]Marie-Ainie Lel>orgne- 
Belisle. 

Elle décéda au Ca[)-Santé le 1)> mars 1807, à l'âge 
d'environ 92 ans. 

De ce mariage na({uii-('nt : 
lo — Marie-Jose])li R(»ucr (h' Villcray né en .1751). Dé- 
<-édé à Québec le 2() août 1757. 

2o — Alexandi'c Jvouer de \'illeray. 

3o — Madeleine Rouer de Villeray née en 1759. Ma- 
riée à Saint-Nicolas, le 26 août 1788, à Louis-Jérémie 
Douville, lils de feu doseph Douville et de Marie-Ursule 
Brulotte (86). Décédée à l'iiôteLDieu de Québec le 27 
mars 1840 (à SI ans). 

4o — Mai'ic-dosepii Rouer de N'illciay né à L'islet le 3 
septembre 17()(). Décédé à Kamouraska le 15 mars 1774. 

(85) Contrat de mariage devant M. d'Artignv, notaire à Québec, le l'J août 
1776. 

(86) Contrat de mariage devant Alexandre Dumas, notaire à. Québec, le 18 
août 1788. 



— 138 — 

5o — Anastasie Rouer de Villeray née au Cap Saiut- 
Ignaee le 31 mars 1762. Mariée à Saint-Xicolas, le 21 
,iuillet 1788, à Jean-Baptiste Vermet, fils de Jean-Baptiste 
Yermet et de feue Marie Lessard (87). 

6o — Hy])olite Rouer de A^illeray né à Kaniouraska le 
22 octobre 1763. Navigateur. Marié à Québec le 11 jan- 
vier 1803, à Françoise Tliibodeau, fille de Urljain Tbibo- 
deau et de Marie-Anastasie DeBlois, de la paroisse du 
Cap-Santé (88). 

7o — Marie- Anne Rouer de Villeray née en 1773. Ma- 
riée à Saint-Nicolas, le 23 août 1784, à Ignace Ilallé, veuf 
de Suzanne Cloutier. Décédée à Saint-Henri de Lauzon 
le 7 juillet 1813 (à 50 ans). 
III.— LOUIS-CHARLES ROUER DE VILLERAY 

Né à Québec le 18 septembre 1726. 

Il épousa, à Québec, le 11 féA-rier 1749, Thérèse La- 
guerne de Morville, fille de feu Claude-Dorothée Laguerne 
de Morville, lieutenant des troupes et sous-ingénieur, et 
de Marie-Thérèse Lajoue. 

En secondes noces, il épousa Marie-Thérèse Le Noir. 

M. Rouer de Villeray décéda à l'Hôpital-Général de 
Québec le 17 se])tem])re 1797. 

De son premier mariage il avait eu: 

lo — Marie-Louise Rouer de Villeray née à Québec le 
22 novembre 1749. Décédée au même endroit h' 2 janvier 
1750. 

2o — Louis-René Rouer de Villeray né à Québec le 9 
janvier 1751. Décédé à Varcmics le 3 décemiu'e 1833>. Il 
avait épousé à N'arennes, le 12 août 1782, Marie-Margue- 
l'ite Gatien. Elle décéda à Varennes le 10 août 1847, à 
l'âge de 80 ans ci 5 mois. Enfants: 

A. — Judith-Ai)oIline ]^)U('^ de NMlleray née à Varen- 

(87) Contrat de mariage devant M. l'uncl, notaire à Quéliec. )<■ 14 juillet 
1788 

(88) Contrat de mariage devant François-Xavier Larue, notaire à la Poin- 
te-aux-Trembles. le 10 Janvier ISOrj. Ix* 19 août 181 S. Hypolite Rouer de Ville- 
ray et Franr;ni.se Thibodeau faisaient baptiser un i-nfant au Cap-Sant*'*. Il refjut 
au bar><êmf U- prénom de l'rbain. N<»u.s innoron.s si wt enfant a fait souehe. 



— 139 — 

lies le 10 sc]»t(iul)i'(' 1784. Déccdée au même endroit le 5 
mars 1875, à l'âge de 90 ans, mois et 5 jours. 

]>. — Micliel Rouer de Villeray né à VarL-imcs le 22 
Juin 178(i. Drcédi' au même endroit le 15 septemlire 1786. 

C. — Amable Rouer de \Mll(May né à Varennes le 3 
octolu'e 1787. Tl partit prmr la Louisiane vers 1827. Sa 
famille n'en eut ])lus de nouvelles. 

D. — Marie-xVdélaïde Rouer de Villeray née à Varen- 
nes le 19 décembre 1789. Déeédée au même endroit le 5 
mars 1883, à l'Age de 93 ans et 4 mois. 

E. — Tliérèse-Dorotkée Rouer de Villeray née à Va- 
rennes le 16 février 1792. Déeédée au même endroit le 31 
mai 1795. 

F. — Sophie Renier de X'illeray née à X^arennes le 22 
sei)temhre 1793. l^éeédée au même endroit le 27 mai 1795. 

Gr. — Louis-Edouard Rouer de Villeray né à Varennes 
le 19 juillet 1796. Il décéda chez les Soeurs Grises à Mont- 
réal vers 1880. 11 avait éi>ousé, à Quéljec, le 7 novembre 
1826, Marie- Anne Sylvestre, tille de Jean'Baptiste Sylves- 
1re et de ^larie Dion. Il laissa deux filles. L'une mariée 
à Montréal mourut aux Etats-I'nis. On ne sait ce qu'il 
advint de l'autre. 

II. — Rosalie R(juer de X'illeray née à Varennes le 22 
juin 1798. Décédée au même endroit le 1er août 1798. 

I. — Jules-Léon Rouer de Villeray né à Varennes le 
10 février 1800. Il Ht d'a1)ord i)artie (rniie communauté 
(le Frères i)uis tint un jietit commerce à Montréal. Décédé 
réli})ataire quehiue ]>art au Nouveau-Brunswiek. 

J. — Maric-l)(»rot]iée Rouer de Villeray née à Varen- 
nes le 7 octobre 1803. Décédée à l'Hospice de la Jeuime- 
laie à Varennes le 13 janvier 1892. 

K. — Marie-Flmire Rouer de Villeray née à Varennes 
h' 23 jamifi- isor;. l).',i'.rl.'<. nu iiiênic endroit le 21 avril 
1S()6. ' 

:■)<> — Aii<»n\iiie \u- et décédé à Québec le 26 décembre 
1751. 

4o — ^ladeleine-^Vugustin Rouer de \'illeray né à Que- 



— 140 — 

bee le 28 novembre 1753. Décédé à la Pointe-Lévy le 17 
Juillet 1754. 
IV.— AXXE-CATIIERINE-JOSEPH ROUER DE 

VILLERAY 

Née à Québec le 26 octobre 1727. 

V.— ANGELIQUE-MICHELLE ROUER DE 
VILLERAY 

Née à Québec le 17 mars 1729. 

Décédée au même endroit le 14 septembre 1729. 
VL— AUGUSTIN-MICHEL ROUER DE VILLERAY 

Né à Québec le 13 mai 1730. 

Décédé au même endroit le 3 juin 1730. 
VIL— JEANNE-ANGELIQUE ROUER DE 
VILLERAY 

Née à Québec le 30 décembre 1731. 
VIIL— ALEXIS ROUER DE VILLERAY 

Né à Québec le 18 janvier 1734. 

Cadet dans les troupes du détachement de la marine. 

Noyé accidentellement à Québec le 8 juillet 1761. 

IX.— GENEVIEVE ROUER DE vIlLERAY 

Née à Québec le 22 juin 1735. 

Mariée à Québec, en mai 1761, à Daniel Pascaud, natif 
de Londres, veuf de Suzanne (Jasquet, et tils de Daniel 
Pascaud et de Elisabetli Collins, de Larochelle (89). 
X.— JOSEPH ROUER DE LA CARDONNIERE 

Né à Québec le 11 novembre 1736. 

Il fut fait enseigne dans les troupes du détaclicment 
de la marine le lei" mars 1757. 

A la conquête, il s'embarqua i)our la France où il 
continua de servir. 

Kn 17()4, M. Rouer de hi ( '.•irdoiinièi'c passait à Cayen- 
ne en qualité de sous-liculcn.int. Il v fut fait lieutenant 
en 1769. 



(89) Contrat de mariage devant Le Maitre I^iimorillo, nolaiic A, Québec, le 
27 mal 1761. Ijc contrat de mariage donne 21 ans à, la future. Elle se ra- 
jeunissait de- ri)if| an.s. 



... 141 — 

Xcul' aiiiit'c's ])his tai'd, en 1778, (.'iiiharqué sur le Sh- 
jK rb( , il ])ronait ])art à une ('aui])ao-uo contre les corsaires 
anglais. 

Kn 1781, il escortait avec (juarante-cinci liounnes sur 
une canonnière un l)rick chargé de imudre i)our Surinam. 

En 1782, ^I. I\(»uer de la ('ard(»nnière faisait la caui- 
]»aone contre Denierary. Sa belle conduite dans cette 
conquête le tit choisir conune commandant à Essequibo. 

La mcnie année, il était fait ca]»itaine. 

En mars 178-1-, il passait Ti la Martinicpie où il était 
incor})oré dans le régiment de cette colonie. 

Ya\ 1790, sa santé détruite l'oliligeait à demander sa 
retraite a]U'ès trente-huit ans de service. 

Sa belle carrière militaire lui avait valu la croix de 
Saint-Louis. 

XL— MAKTE-DEXTSE ROUEK DE VILLERAY 

Xé Ti Québec le 8 mars 1740. 

Probablement décédée en bas âge. 

IV 
(lEXEVIEVE-FRAXrOISE ROUER DE VILLERAY 

Née en l(J9(i (90). 

Mariée à Québec, le K) novembre 1722, à Louis-Joseph 
Lambert, lils de feu (Jabriel Laml)ert et de Marie-Renée 
Roussel. 

^L Lambei't décéda îi Saint-Jose]-»h de la Point(>-de- 
Lévy le 21 Janvier 17()0. 

Madame Jjambei't décéda trois mois plus tard, à 
Saint-X^icolas, le 10 a\'i'il 17()0. 

("est la très modeste su<'cession laissée i)ar Louis- 
Joseph Lambert et sa veuve (jui a fait éclore cette monu- 
mentale ruiiiistei'ie (|u'on a appelée la siirrrssion Ldmho't. 
Encore aujourd'hui, les bureaux d'avocats reçoivent ([v 
temps en temi»s la visite de descendants de Louis-Joseph 
Eambert (|ui se pi'étendeiit héi'itiers de ses seigneuries et 
richesses. Louis-Joseph Lambert n'a jamais eu de sei- 

(90) Un-acte de tutelle du 3 juillft 1711 lui donno quinzo ans. 



— 142 — 

g-neuries. Et quand il épousa (Icneviève-Françoise Rouer 
(le AMlleray il y avait déjà i)lu8ieurs années que les Villeray 
s'étaient dépossédés de leurs seigneuries. Mais essayez 
donc de raisonner avec des clierelieurs d'héritages ! 

V 
BENJAMIN ROUER DE VILLERAY 
Né en 1701. 

Le continuateiu' de la lignée. 

VI 
HECTOR ROUER DE VILLERAY D'ARTIGNY 

Né à Saint-Laurent de l'île d'Orléans le 25 décembre 
1702. 

Il entra de Ijonne heure dans les troui)es du détache- 
ment de la marine, i)uisque en 1737 il était fait enseigne 
en i)ied. 

En 1751, i\L de X^illeray d'Artigny était enseigne en 
|)ied de la com])agnie de Lorimier en garnison à Montréal. 
'Nous ne trouvons nulle trace de M. de Villeray d'Ar- 
tigny après 1756. Il est ])rohal)lc (pi'il ]>assa en France 
à la cession du pays. 

M. Rouer de A^illeray d'Artigny avait é])ousé à iNlont- 
réal, le 13 août 1731, Marie Neveu, tille de Jean-Baptiste 
Neveu, marchand et bourgeois, et de Françoise-Elisa])eth 
Legros. 

Enfants: 
I.— MATlIIEU-HErTOR ROUER DE VILLERAY 

DAirPKiXY 
Xé à Molli l'éal le 1^3 mars 17)U. 
Décédé à la Longue-Uoinle le 22 sejdcmbre 1734. 
11. -JEAN-MAURICE ROUKR \)K VILLERAY 
D'AirriONY 
N('' a Molli K'.-il le î) ;ioû1 n;}'). 
Décédé au iiiciiic ciidi'oit le h mars 173(). 
III.-MARIK-CJKIITKMIDK IIOUER DK X'ILLKKAV 

D'A1ITI(;\V 
Ni'( ;i Molli ré.'il le 27 .MX'i'il 17:57. 



— un — 

l)«''('('(l('(' au iiiriiic ('ii(ln»il le 7 .juillfl \~M. 
IV.— MAIvMK-llN'IH)I.lTK l^)rKK DK \ II.LK1^\^' 

I)'AKTI(i\\' 
N('e à Molli iT.-il le ::^S juin 1741. 

Mariée à Mniilri'al. le Icr iiiai's 17«)(), à ( 'liai-lcs-I^'i-aii- 
(;<»is (le Mai-illac, «-licNalicr. ra|)ilaiii(' au réuiniciit d»- I. an- 
doc, lils (le nicssij-c .Jcan-naptistc-.Ange de Alarilla»', 
(•omiiiandanl du inriiic régiment, elievalior de Saint-Louis, 
et de dérunle dauic Maiie-^Iartlie de Mali(|Ue, de la ]ta- 
l'oisse de Saint-Eustaehe, \ille et di(teèse de Pai'is. 

Le elievalier de Marillae l'ut niorlelleiuent hlcssé ji la 
lialaille (\v^ Plaines d'Ahraliani le ]'^ sepleiiilu'e 1759 et 
décéda, (|Uelques jours plus tard, à riIôpital-Général de 
Quéhec. 

V.— M.\KMK-KLTSAnK4Ml KM)rKK DE VTLLLKAY 

D'AKTKLW 

Née à Montiéal le lô novembre 1742. 

Décédée au même endr(»it le 17 novembre 1742. 

\ I— LOl^S-lILCTOK ROUKK DK VTLLERAV 

D'ARTIG^^' 

Né à Montréal le 28 ian\ier 174'). 

Vu 

LOUIS ROUER DE VILLERAY 

\é à la Sainte- Eaniille de l'île (r()rléans le 1er juin 
170.'). 

l)écé<lé au niênie endroit le î> décenil>re 170."). 

vin 

M.\IME-( ATIIEHINE (91) KOTEK DE \ lELEirW 

Née à la Sainte-Eamille de Eih» d'Oi-léans le 1er juin 
1700. 

Elle vivait enctn'e en juillet Lll. 

IN 

IMEKM^E-KJXACE ROTER DE \'11.EE1^\^' 

Né «Il 1707 (92). 

Il \ivait encore en 1711. 



(91) Un acte de tutelle «lu 3 juillet 1711 lui «lunne \f^ pK-nomu .Vîa<leleine- 
Catherlne. 

(92) Un acte d(! tutelle «lu ."î juillet 1711 lui flonni- quali' 



-_. 144 — 

X 

MARIE-CATHERINE ROUER DE YILLERAY (93) 

Xée à Sainte-Eoy le 22 août 1709. 

Mariée à Quél^ec, le 10 novembre 1726, à Michel 
Drouard, fils de Robert Drouard et de Madeleine Page. 

M. Dronard sneeondia Ti la ])etite vérole à Québec le 
10 mars 1733. 

En secondes noces, à Québec, le 14 mai 1735, Marie- 
('atlicrine Rouer de Villeray devint la fennne de Midiel 
(l'irumberry de Salaberry, de Saint- Vincent de Ciboure, 
diocèse de Bayonne, fils de Martin d'Irnmberry de Sala- 
berrv et de ^larie de Miclielance. 

Elle décéda subitement à Québec le 26 août 1740 (94). 



1ère génération: Louis Rouer de Yilleray. 
2ème génération: Augustin Rouer de la Cardonnière 
et de Villeray. 

3ème génération: B(^njamin Rouer de Villeray. 
BEXJAMIX ROITER DE VIELERAY 

Né en 1701 (95).^ 

Dès qu'il fut en âge de servi i* son ])èr(' <»])tint ])oni' lui 
une enseigne dans les troupes du détachement de la marine. 

Le 1er avril 1733, il était fait enseigne en second. 

En 1739, le 1er avril, il était ])romu enseigne en ])ied. 

Sous le régime français au Canada, malgré les dan- 
gers que couraient joui'nellemeiit les officiers et les actions 
d'éclat qu'ils accomplissaient, les ])i'om()tions ne venaient 
pas vite. TiC ministi'c était si loin ! En 1748, M. de Ville- 
rav était ('nc(»r(' cnsciuiic en pied et en u'ai'nison à Mont- 
i-é;d. 



(93) En écrivant l'acto 'le naissance rte Marle-Cnthi'iinc Kimcr ilc N'ilh-ray. 
If fnirê de Sainte- Kny ;i eu une distraction et a écrit : lille de Au^riistiii Kuuer 
de \'illeray et de .Maiii'- Louise j'olct, an lien d«> Marie- Ironise !>(> (îardeur do 
Tilly. Cette sing^uli^ri- distraction a mis Mnv TaiiKtiay dans l'ern-nr. Il fait 
mai-ier ( Dittlovntilrr f/rnrnlof/Uiiit). Aiipnstin Komi- de N'jjii ia.\' A .Marie-Louise 
tandis f|iie sa femme vivait encore. 

CM) T011«' laissait nne Jille i)iii fut r<>liKi<'ii^e ursulinc i\ Qui'lxc La mi^ii' 
.Mainte-Catherine décéda 1<- 2 déci-mbre IK2.1. ;t lïiKe de S.'i ans. 

(il.'i) l'n acte de tiilelle du :'. Juillet 1711 lid donno fiuinze ans, mais îl son 
mariage, h Montréal, le- H! aofit 173.'i, il se déclare â>;é de lrente-cln<i ans. 11 
ét.'iit donc né en 1 701 . 



— ur, — 

C'est à la lin (le n4<S on dans les premiers mois de 
raïUK'c 1749 (pic M. de N'illcray t'ii1 envoyé servir à Louis- 
bourg. 

J)aiis un aiTt'-lé t'ail à Ijouishdur*;- le 11 ociohrc 174î< 
]iar MM. de la ()îaliss(>nnière et Deslierbiers, et intitulé 
"Projet de pi'oniotion ])our la garinson de Louisbour<i'', 
nous trouvons (pie parmi les lieutenants qu'ils })ro])Oseut 
est Benjamin de \Mlleray, enseigne en pied en Canada. 
T^lus loin, nous lisons: "J'ai aussi ])laeé le sieur Benjamin 
de N'illcray, très ancien enseigne en pied dans les tr()U})es 
du Canada, et bon officier (Muume méritant avoir mie eom- 
j»agnie à la ]>reniière ]»roniotion a])rès celle-ei." 

Kn IT.IO, les nominations laites ]»ar le roi au couunan- 
dement des seize eomi)agnies vacantes sur les vingt-quatre 
(ju'il y avait à l'île Royale ]u'rmii"ent à M. de \'illei'ay 
d'obtenir une ])i'omotion (pTil attendait depuis plusieurs 
années. Il fut l'ait lieutenant. 

T/année suivante, en IT')!. il obtenait le conniiande- 
ment d'une compagnie. 

Kn 1753, M. de X'illeray était nonuné eommandant du 
r<»rt (iaspai'cau au ]»oste de la lîaic \^'rte. (îaspareau 
était {)lutôt un poste de l'avitaillenient i)our le fort de 
J^eauséjour. Le c(»nnnan(lant du fort Gas])areau était 
sous les oi'di'cs du coniuiandant du foi't de I>eauséjoui'. 

En 1755, une expédition anglaise composée de troui)es 
levées dans le Massachusetts sous le eommandenient du 
colonel M(»nckton dé])anpiait à (^'bignectou. Klle mai'cba 
aussitôt conti-e le fort de Beauséjour défendu ])ar ime 
garnison d'une centaine de soldats et de trois cents Aea- 
diens. Le commandant du foi't de Beauséjour était le 
>ieur de \'ei'gor, (pli devait jouer un si ti'iste l'ôle (piatre 
ans ]dus tard à QuélK*c. Les Anglais ou\rirent la ti'ancbée 
le 12 juin, et, le Ki, X'ei-gor capitulait après une faible 
lésistance. La jK'tite gai'uison (»btint les bonneui's de la 
guerre et Monckton s'engagea à ne pas in(piiéter les Aea- 
diens (pii a\aieiit combattu avec elle. 

iMi. H. 
(La tin dans la ju-ocliaine li\raison) 



— 14G — 

LE JEU DES ECHECS AU CANADA 



Jouait-ou aux échecs en la Nouvelle-France ? 

Je n'ai pas encore vu de texte qui renseigne sur ce ])oiut. l'uur le 
moment, la plus ancienne mention du jeu qui me soit connue date du 
dix-huitième siècle. Elle existe dans l'étude consacrée à l'imprimeur 
Fleury Mesplet par le numismate PJ.-W. McLachlan. (Ottawa, 191G). 

Au nombre des documents que M. McLachlan a recueillis pour son 
ouvrage dans la collection Haldimand (archives fédérales), et qu'il repro- 
duit en appendice, on remarque une chanson sur les échecs signée Anony- 
me et dont l'auteur était le R. P. Bernard Well, jésuite belge, verni au 
Canada en 175G. Ce religieux résida à Montréal entre 1777 et 1791, 
date de sa mort, et il aurait, au témoignage de l'éditeur, publié divers 

articles dans la Gazette de Mesplet, sous le pseudonyme de Anonyme. 

* * * 

L'autorité surveillait Mesplet en 1770. On prétendait (|u'il laissait 
paraître dans son périodique des articles subversifs. Rendu nerveux par 
les jdaintes nom])reuses que l'on portait contre lui, Mesplet crut faire un 
bon coup en envoyant au gouverneur Haldimand le manuscrit d'une 
chanson que le P. Well lui avait remis. 

Evidemment, l'imprimeur avait ou voulait l'aire croire qu'il avait 
aperçu des allusions épouvantables dans le manuscrit en question. 

Mesj)let avait-il tort, avait-il raison? Le lecteur en jugera. La 
chatnson est intéressante et mérite d'être lue, elle démontre que les échecs 
étaient connus des Canadiens en 1770, cela suffit j)()ur donner à cette poésie 

.son droit d'entrw dans l'histoire du jeu des échecs au tîanada. 

* * * 

L.\ l'Ai M. A. NT Dr ^V^' DF.S KCITRCS 
CHANSON 



Sur le jeu que j'ai ilans les mains, . 
liC sort n'étend pas ses caprices: 
C'e sort qui, i)arnii les humains, 
Couronne si souvent les vices. 
Combien d'htininies ;iu\ premiers rangs 
<^ue le seul liasard a l'ait gramls. 



... 147 -- 
2 



Les K'ois tfiit ilfs 1(111.- jM.ur Mildats, 
Qui les servent dans chaque armée; 
Messieurs ne vous en plaignez pas, 
Puiscpie dans plus d'une assemblée, 
I^'s hommes seraient hien heureux 
De n'en pouvoir compter que deux. 



Les fous sont j)lacés près du Tîoi, 
Un tel roi peut-il être sager 
Det: courtisans quand je les vois, 
Je reconnais ici l'image. 
.Jamais s'il s'agit d'un Iton choix. 
De deux sots n'écoutez ]»as la voix. 



Le chevalier change souvent 
De couleur et de contenance: 
Dans son hizarre changement, 
Keconnaissons notre inconstance: 
A tous moments, sans le scavoir. 
Nous [>assons tous du blanc au noir 



L. ii'oi fait un pas chaque fois. 
Jamais il n'en fait davantage, 
pour notre bonheur tous les Rois 
Devraient suivre un pareil usage. 
Quand on gouverne les Etats, 
On doit s'avancer pas à jias. 



... 148 — 

6 

Vous avez pris un de mes pions, 
Et moi je vais prendre un des vôtres. 
Tout -ce qu'aux autres nous faisons, 
Nous devons l'attendre des autres: 
Quand pièce à quelqu'un l'on fera, 
Pièce pour pièce il nous jouera. 



Je ne scais pour quelle raison 

Le lîoi n'est pas avec la Reine, 

Tandis qu'il garde la maison 

Madame court la prétentaine... 

ECHEC ET MAT !. . . il doit souffrir; 

Pourquoi laissez sexe courrir ? 
* * * 

Pour sûr, les lecteurs de la Gazette littéraire auraient mieux goûté 
ces vers que la prose du sieur Valentin Jautard. Mais là n'est pas la 
question. Passons plutôt au dix-neuvième siècle ]»our ajouter deux notes! 

La première est extraite du Bulletin de 1902, p. 151. Ou y voit que 
K. fameux peintre Louis Dulongpré venu demeurer à Montréal après 1784 
et qui mourut à St-IIyacinthe en 1843, était un fervent adepte du jeu 
des échecs. Son adversaire favori n'était autre que le notaire Josepli 
Papineau, père du trilniu, et c'est ciitrc ITHT et 1837 que ces dignes ama- 
teurs ouljliaiciit leurs travaux sur l'éclii<|uier. 

Nous puisons notre dernière anecdote dans les Souvenirs d'un demi- 
siècîe de .J.-(i. liartlif. 

" Lors(jU(' riioiioral)!»' .i.-lî. Valiières (piitta Trois-Rivières pour venir 
siéger à Montréal (lsl2), il n'était déjà plus (pic l'omhre de lui-mcmc 
Le savant magistrat était devenu tcllcnieiit alVccté de t'ail)lesse et de maux 
de jarnlies que iji-ndant un temps il fallut le porter sur le Itanc judiciaire 
])arce qu'elles lui refusaient le service, ce (|ui fut l'occasion pour son ami 
lleney île lui l'aire un ciuti olinieiit fort llalteiir. lis Taisaient |)resque 
1(jus les j<uirs leur partie d'c-cliees vers la même heure. M. Ilen»'y était 
'venu un j)eu ])lus tôt cette dernière fois et M. Valiières semhlait se faire 

(ple|(|iie peu désirer. Mine N'allières était allée le presser un pi'U et lui 



— l-4'.i — 

jia>M-r iiiif vn\n- lie iliaiiibre on \v grondant de sa paresse. Il entra dans 
oe déshaltillé au petit salon où se faisait d'ordinaire leur jmrtie et s'excusa 
de son mieux auprès de son vieil ami, en imputant toute la faute à ses 
jambes (pii avaient pr«'«|u<' refusé de le jxirter ce matin-là, ce qui l'avait 
retenu au lit. 

.M<tn cher, repartit ce dernier, vous êtes comme la statue de Xabucho- 
ddUDsor (pli avait les pieds d'argile et la tête d'or. 

Ce fut jH'ut-être, dit-on, la seule fois que M. Vallières resta à court, 
mais il ne put reconnaîtn- (pie par un sourire combien il était flatté du 
tour heureux que M. llcney a\ait donné en excuse de sa paresse appa- 
rente." 

K.-Z. .MASSR'OTTE 



LE PEINTRE DULONGPRE 

Trois fois déjà, il a été question du })eintrc Dulongpré dans le Bulle- 
lin <vol. VIII, pj). llî» et 150 : vol. XXIII, p. lOD mais il reste encore 
doii renseignements à glaner sur ce j»ers(jnnage (pii occu])era une place 
dans l'hist4>ire de la peinture au Canada. 

Tout d'abord, notons que c'est le Ô de lévrier 17ST que Louis Du- 
longi>ré se marie, à Notre-Dame de Montréal. Dans l'acte de mariage, 
l'ofTiciant, l'abbé Dézery, relate que l'époux est fils de feu Ix)uis Dulong- 
pré, négociant, et de Marie-Jeanne Duguay ; qu'il a 28 ans (ce qui le fe- 
rait naître en ITÔÎJ) et qu'il est originaire de la paroisse de Saint-Marcel, 
difx'èse de Paris. Ceci ne concorde pas avec la notice parue dans le fiiil- 
Icliv de lîK)'^, p. 11!), où l'on écrit (pie Dulongpré lUKjuit dans la juiroisse 
de Saint-Denis de Paris en 1704. H n'aurait donc eu que 81 ans, au lieu 
de S!» an.s, à son décès survenu en 1843. 

L'épouse s'ai)[)elait Marguerite Campaux et n'avait que dix-huit ans. 
Les anciens racontent qu'elle était si jolie (lue son mari rej)roduisit ses 
traits dans plusieurs de ses tableaux ndigieux. Aussi, disait-on plaisam- 
ment de madame Dulongpré (pi'elle avait son j»ortrait dans toutes le.s 
églis<'s. 

La nuiisoii du j»eintre, à "Montréal, s'élevait sur le côté est de la rue 
Saint-André (autrefois Cam[)eau), entre l'avenue Viger et la rue Lagau- 
chetière. Cette maison attirait l'attention parce qu'elle différait (\c^ au- 
tres en ce que le rez-de-chaussé qui s<'rvait d'atelier avait une hauteur 
j)eu ordinaire. On comiirend (pie les tableaux ndigieux que l'on commaîi- 
dait au sieur Dulongpré avaient souvent de grandes dimensions et (pi'il 
lui fallait un atelier très spacieux. 

!•:. Z. M. 



— 150 — 

LES DU PLESSIS 



Dans les premiers temps de la colonie, on voit figurer au cours des 
événements, parfois, une mention d'un du Plessis-Bochart, ailleurs, d'un 
du Plessis-Kerbodot, ou encore Guillemot-du-Plessis, et même rien que 
du Plessis. Veut-on parler d'une ou de plusieurs ])ersonnes avec tous 
ces noms diversifiés? 

Nous avons lu aussi que ce sieur du Plessis était ])arent des du 
Plessis-Eichelieu, t'amillo du fameux cardinal, mais on ii'indi((U(' pas à 
quel degré. 

Toutes ces choses ne laissaient pas (pie de nous intriguer et afin d'en 
avoir le coeur satisfait là-dessus, nous préparions une série de questions 
pour le Bulletin de Recherches Historiques lorsque le A'olume V des Mé- 
langes Historiques de M. Suite nous arriva. Dans les premières pages 
nous y trouvâmes un article intitulé : Les deux Duplesëis, qui semble être 
une réponse à ce que nous désirions savoir. On nous y apprend que ces 
noms précités s'applicjuent à deux officiers, mais ce qu'on en donne de 
leur origine en France, ou de leur parenté, n'est pas exact. L'article de 
M. Suite et nos notes permettent d'établir l'identité de ces deux person- 
nages qui figurent dans l'Histoire du Canada, de 1632 à 1653. 

Le sieur du Plessis qui accompagna M. de Caen en- 1632, c'est du 
Plessis-Bochart. Ce mot n'est qu'un surnom. Le nom de famille, le réel, 
après tout, et qu'il importe de connaître, c'est: CHARLES, sieur du 
Plessis-Bochart ! 

Pour trouver le lien de parente entre lui et les du Plessis-iiicheli(Hi, 
nous avons examiné soigneusement la généalogie de ces derniers. La 
seigneurie du Plessis, sise au Poitou, était tniuc à foi et hommage de 
l'évêque de Poitiers, à cause fie la baroiinie et châtellenie d'Angle, dont 
t^'lle est éloignée de trois lieues. 

François de la Porte (né à l'artiicnay, Poitou) s'est marié deux fois. 
Il épousa d'abord, en 1548, ('laude Hochart, fille d'Antomc liocliart, 
sf'igneur de Farinvilli(>rs. Cette union dura environ dix ans. il n'eut, 
qu'une fille de ce mariage: Su/canne qui devint la femme de François 
(111) du J'Iessis. Ce sont les père et mère du célèbre cardinal de Riche- 
lieu. V^oici la liste de leurs enfants. On n\ verra pas de du l'iessis- 
Uncliart, pas plus <|u'il n'y a des du Plessis dans la famille d(;s Jiochart. 

\. Henri du i'Iessis, tué en duel en Idlit, par le mar<|uis de ThéTni- 
nes. Femme: ^larifuerife (Jnvot de Cbainicaiix. Pas d'eiirants. 



II. Alphonse-Louis du IMessis, nommé à l'cvéclié de Luçon ; arche- 
vjVjue d'Aix et dr Iaom ; cardinal et ffrand-auinônicr de France, ete./s;l 
;i Lyon, KîÔij. 

IIL Armand-Jean du l'le.ssi.s; cardinal-duc de Jîiclidieu. 

IV. Franyctise du PIcssis, m : l»i ;i .l<aii ilf llcauvau, sci<:ncur de 
l'impeau; 2o à Hené de Vignerot, seigneur de l'ont-Courlay. 

V. Nicole du Ples^is, femme d'Urbain de Maillé, marquis de Brezé. 
Cela iinit la branche de Richelieu. • 

Dans la généalogie t\i':i Bochart (Dictionnaire du LaCItcsnaye-Des- 
bois) nous constatons que la seconde femme de François de la Porte 
(Lj59) était la lille de la cousine germaine de Suzanne. Elle avait nom 
Ma<leleine CHAJiLES, fille de Nicolas CHAKLES, seigneur du Plessis- 
Picquet et de Jeanne Bocharl, cette dernière fille de Jean (II) Bochart 
de Champigny, ancêtre de l'intendant du Canada.. C'est le petit-fils de 
Nicolas, qui accole au nom de la seigneurie de du-Plessis celui de sa 
grand'mère, et qui passe au Canada. 

La parenté de du Plessis-Bochart avec le célèbre cardinal est du 
côté des deux grand'mères, qui étaient cousines. Le nom de du Plessis 
Ji été j>orté par les deux familles avec cette diirérence que pour les Riche- 
lieu c'est leur nom eji propre, et j)our les du Plessis-Bochart, c'est un 
surnom. Après cela, le renvoi à la page 28 du numéro V des Mélanges 
UiMoriiiues, doit être revisé, car on y lit : — "Notons que, de 1686 à 1702, 
*' nous avons eu au pays un intendant du nom de Jean Bochart, qui n'a 
" rteii à voir avec du Plessis-Bochart." 

Que l'on nous i)ermette en même temps une autre rectification au 

bas de la I)age 11 des Mélaiige.s. Les du Plessi.s-Rich(dieu et les de la 

Porte étaient du Poitou, mais non les Bochart (pii tirent leur origine du 

Vezelai, en Bourgogne. 

* * * 

Maintenant, |ta>.-niis à l'aiitre du Plessis, apptdé Kerbodot et fîTTTL- 
LK.MOT. Ici, le ncmi de la famille e.<t GUILLEMOT. C'est une maison 
fie Bretagne. Les GUILLEMOT pos.sédèrent dix-sept seigneuries ou fief.s, 
•■t .s«don la mode du temps ils se distinguaient entre eux par le port d'un 
nom de terre ajouté au nom familial. Ils .sont d'ancienne e\lrac<ion. dans 
l'évêché de Saint-Brieuc, et leur noble.s.^^e remonte à 137''. 

I.ies (il'IFjLI'^MOT, sieurs du Plessis, pcjs.sédaient ésidcmnieiil (juei- 
que petit lief du nom de Kerbodot, |)ui.'5qu'il a été uni au nom de du 
Plessis, mais il ne parait |»as dans la liste des seigneuries leur ai)partenant. 
Je n'ai pas non plus rencontré ce nom dans aucun armoriai breton. 

REGIS RU Y 



— 152 — 

LA CHANSON DES FRERES DU CANADA 



M. Fauteux, de la bibliothèque Saint-Sulpiee de Montréal, m'a signalé 
une chanson dédiée à la société des Frères du Canada dont j'ai dit ([uelques 
mots dans le BuUrfin de 11)17, ]). 219. Les vers de cette chanson sont 
])auvres et mal ajustés, l'auteur n'a pas daté sa pièce et ne l'a pas signée; 
n'importe, c'est un document historique qui })ourra être utilisé et j'en ai 
pris copie. 

REFRAIN : 

Vivons, aimons, chérissons la Concorde, 
Chantons l'amour qui nous a réunis. 
Dans nos plaisirs, évitons la discorde 
Soyons toujours d'un seul et même avis. 
Vivons, aimons, chérissons la Concorde 
Chantons l'amour qui nous a réunis. 



Par des égards, que chacun se prévienne. 
Soyons polis, complaisans sans fadeur. 
S'il se glissait entre nous quelque haine, 
De la chasser, engageons notre honneur. 



(Refrain) 



2 



Que la vertu jamais de nous s'écarte 
Encliaînons-la dans un juste milieu. 
Nourissons-nous d'nne joie délicate 
Qu'aucun excès n'avilisse nos jeux. 



l'diiit (le pédant, maudissons celle race, 
li'f'ddiitoiis la, aiitaid <|iie le poison. 
VA\r decidr toiijoiirs avcc aiidace, 
l']l l)ieii souvent, sans rime ni rais(»n. 



(Refrain) 



( It'efrain) 



- 153 - 



Dans nos [thiisirs (|u'iiutuii<' inquiétude 
Ne porte obstacle à nos amusements. 
Ayons pour nous cette aimable habitude 
De n'affitlier que le consentement. 

(Refrain) 



Par des bienfaits, si^^nalons notre gloire, 
Soyons vertueux, à la mort, à la vie ! 
Que tous nos noms, au temple de mémoire, 
A l'univers ])uissent jiurter envie. 

( Refrain 



Que nos |)romes.ses ne soient jioint de chimère 
Appliquons-nous tous à les maintenir. 
Que notre amour soit ardent et sincère 
N'en oublions jamais le souvenir. 

(Refrain 



Sur les débris du i)lus grand des naufrages, 
Dans le néant, dit-on, tout tombera, 
Consolons-nous en attendant l'orage 
Kt dans le temps se sauve qui pourra. 

(Refrain) 

Le coujdet final, sinon les autres, pourrait bien donner rai.son à ceux 
qui .soutiennent que quebjues ?'rères du Ciinada n'étaient pas d'une ortho- 
doxie exagérée. 

h.-Z. M.ASSTC'OTTE 



— 154 — 

LA PLANTATION DU MAI DANS LE 
BON VIEUX TEMPS 



C'était une coutume jolie et fort ancienne que celle de la plantation 
du mai, dans nos campagnes, mais ni son âge ni son agrément ne l'ont 
empêché de tomber dans l'oubli. Tout lasse et tout passe ici-bas: l'évo- 
lution poursuit son oeuvre. Il reste aux chercheurs de compiler dans des 
publications spéc-iales les documents .qui aideront, un joyr ou l'autre, à 
ressusciter par l'écriture ou par l'image les choses disparues. 

L'occasion s'en présentant, raj)pelous que pour nos pères le premier 
jour du mois de mai marquait autre chose que la datt^ du déménagement 
ou de la fête des socialistes, des communistes, des anarchistes et autres 
istes. 

A l'aj>proche de ce jour, nos pères songeaient plutôt au mai majes- 
tueux qu'ils allaient élever devant l'église, devant le presbytère, devant le 
manoir seigneurial ou devant la demeure du capitaine de milice de la 
paroisse. 

D'avance aussi, ils escomptaient les joies et les douceurs (\ue leur 
procurerait la cérémonie de la plantation, car celle-ci se terminait par un 
fricot ou des libations qui mettaient tout le monde en gaieté. 

Le Bullelin a déjà publié (1905, p. 158) un extrait des mémoires 
de Nicolas-Gas|>ard Boisseau qui renseigne bien sur les diverses phases 
de la cérémonie du mai : ajoutons à ce morceau substantiel queU|ues notes 
oui aideront à faire voir la plantation du mai sous divers aspects. 

* * * 
J^c mai fut-il planté dans toutes les paroisses ou dans toutes les sei- 
gneuries, sans excepti<tn? iMidcmnicnt non. 

l^n passage de VJli.sInirr dv la colonii' (II, 'Z2A), de l'alibé Faillon. 
pourrait nous laisser croire (pic les sauvages rendirent cet honneur à M. 
de .Miii-oniieiive, au moins en l'!')l on lii5ri. repeinbiid le fait n'est i)as 
certain. 

AmiiM iloeunient nous inili(pie (pie des jilantal i(tns de mai eurent 
lieu en face de la résidence des seigneurs de Mmitréal. La coutume paraît 
donc ne pas avoir été observée en notre \ille. 



— 155 — 

Piir ((.iitr.', fil»' le fut à Vareniies et le H. P. Louis Lalande nous en 
inrnrnie dans s<in excellente Ilistoirp de Boucher ville. 

Klle (lut l'être également à A'erohères, car dans sc> (■<iiiii;ii> «l<- ion- 
cessions, (lame Marie l'ermt, veuve de François Jarret de N'erchères, fai- 
sait insj'-rer la clause suivante: "De plus, le preneur (e'est-à-dire le con- 
cessionnaire) sera tenu d'avder tous les ans à perpétuité, à planter un niay 
au premier jour de mav, audevant la porte de la maison seicineurialle dudit 
Verchères comme les habitants de lad. seicnieurie sont ohlifrés de faire à 
p('yne d'un escu d'amende. . ." 

Cette seigneuresse, on le voit, avait trouvé un moyen efficace de main- 
tenir chez les censitaires un z('de (|ui ne fut pa.'? toujours et partout digne 
des plus grands éloges. 

A preuve, la protesiaiion iiiiiii,MR-f (pic !•• seigneur de Berthier fait 
consigner j)ar son n(»taire le ])remier mai 1793: 

"L'an mil sej)t cent quatre vingt treize, le premier jour de Mai, à 
la requête de l'honoruble James t'uthhert Ecuier, seigneur de Berthier 
et autres lieux; Je notaire de la provinee résident audit Berthier dans 
le comté de Warwick soussigné, et témoins ci-après nommés, étant ])résent 
ri' jourd'hui anniversaire pour planter le Mai conformément aux obli- 
gations des tenanciers dudit Seigneur: et le tour de planter ledit May 
au Manoir seigneurial étant au ('ajtitaine Joseph Hoch, de la ('(jte du 
St. Esprit pour le faire planter ce jourd'hui suivant la coutume usitée 
en cette j)rovince et autorisé |»ar les anciennes loix et conlirTn<'e en dernier 
|iar Acte de parlement de la Grande Bretagne; et ledit ('a|»itaine Joseph 
IJoch av^mt entrepris de se .soustraire à cette coutume, en manquant ce 
jourd'hui au devoir qu'il est tenu de remplir et par ce moyen tra<;'ant le 
rliemin aux habitans dont le jintccVlé jtouroit devenir dangereux |)ar la 
.-Mite; .l'ai en con.^équence à la requête susdite notifié ouvertement en 
l)Iein champ en présence de totite Tassembh'-e d'habitans j)our assister à 
la cérémonie du May, (pie ledit Seigneur Jarnes ("uthbert Ecuier j)rotes- 
tait et proteste so|enn( llement contre ledit Jo.xph Koch, Capitaine des 
Mili(('s en la ('("»tc du St. lOsprit. et contre ses adhérans pour sa négligence 
de paroitre. refus de rendre sur les lieux et faire planter le May ce jour- 
d'hui ainsi ipi'il était obligé, par convention entre cinq Capitaines de 
ladite Seigneurie au mépris de toutes loix et coutumes usitw en cette 
pro\inee à cet égard, et |>our tous fraix dommages et torts (pii |»ourra en 
résulter, et pour t(tut (e qui peut et doit se protester en panil cas. 



... 156 — 

"Ce fait et protesté au Manoir Seigneurial près de la place du May 
et encore en la présence des Srs Daniel Loson et Alexandre Fraser, té- 
moins à ce requis et ont signé avec nous, lecture faite. 

"Daniel Loson — Alex. Fraser — F. Joran N.P." 

La grève contre la plantation du mai ! 

Voilà bien ce que nous apprend cet acte. 

C'est le seul cas que nous avons remarqué dans nos archives. Il ne 
doit pas être unique., l'exemple a pu être suivi, mais peut-on dire que le 
capitaine Joseph lîoch, du Saint-Ksi)rit, a lun-té le ])remier coup mortel à 
la gracieu.se coutume dont nous venons de vous entretenir ? 

E.-Z. MASSICOTTE 



JOCELYN WALLER 



Quelqu'un a demandé dans le BiiUctiii ilo mar.s 191 S p. 78. de.s rpnseignenriont.s 
sur Jocelyn Waller. Personne n'ayant répondu, j'offre le peu que je po.ssède. 

Ce journaliste estimé des Canadiens français est mort îl Montréal le 2 dé- 
cembre 1828, âgé de "tf) ans et il fut inhvmié le 4 (hi même mois, suivant son acte 
de sépulture in.scrit dans le registre de la C'Jirist Church. A l'époque de .son dé- 
cè.s, M. Waller était rédacteur du f'anadinn fiijcctntnr qu'il avait fondé. 

On relèvera un autre détail sur ce journaliste dans le contrat de location il'^ 
l'imprimerie du Hpectator jiai' Dominique Bernard il Ludger Duvernay, le IS 
janvier 1827. .l'ai donné la subst.mce de ce bail dans le liiillctin de janvier 1H20, 
pp. 2.3 et 24. M. Waller liiis.sa un i)rofond souvenir et des reprets sinct^re.s. On 
en a cette preuve (|u';m pit-niiei- li.inquet de lîi Sneiété .Saint-.I( an-liaptisle, A 
Montréal, le 24 juin 1S34, U-s iialriolcs ))ortérent, à la niénidiii' du défunt un 
trjast qui fut bu m sili-nfc. disent les journaux du timps. 

Son fils, le docteur W'iilier, r.ieonte .M. l'.artln-, <laus ses SDiiviiiirs d'un demi 
fiiècle (p. 3Sfi), après avoir "<rré sur le p.ivé. fut ui>nuné tr;iducleur de la Cbam- 
bre d'nssi-mblée." 

E.-Z. M. 



— 157 - 



L'ENGAGEMExMT D UN CHIRURGIEN 
POUR L'OUEST AU DIX-HUI- 
TIEME SIECLE 



Lt' hasjird nous fait trouver un contrat d'engagement que pourra 
utili.ser l'historien de la médecine en la Nouvelle-France, car ce document 
donne une idée des conventions arrêtées, autrefois, entre les traiteurs et 
les hommes de l'art. 

* * * 

Le Viciiufiuairc (jhtc(d(j(ji<iuc de Mgr Tanguay ne incnlionne pas 
Charles Doullon Desmarest, chirurgien, mais nous avons sur lui quelques 
renseignements (|ue nous ajouterons ci-après. 

(louant à M. df hi ("orne, ce doit être Louis de ('ha|)t, ccuycr, sieur de 
hi l'orne, né à Montréal en IGÎJG qui épousa Elisabeth de Kamczay et 
mourut dans sa seigneurie de Terreboune, en 1762. 



•Vi JUIX 1753 

Fut présent .Sr. Charles Doullon Dcsmarcts chirurgien demeurant 
à la Pointe Claire en cette Isle, étant ce jour en cette ville lequel s'est 
obligé et s'oblige envers Mro Lou'is De Chapt chevalier de la Corne Caj)i- 
taine d'infanterie chevalier de lordre militaire de St Louis ce présent 
et acceptant pour a sa première requisiton se transporter avec lui jusqu'au 
poste de la mer de Ouest (1) hyverner aud. lieu pendant trois hyvers et 
des<-endre en l'année mil sept cens cinquante-six par les convois ordinaires 
et pendant tout ledt. tems «•.\<t((T aud. poste et sesd. dépendances sa pro- 
fession de chirurgien; scdgiicr; et traiter panser et médicamenter tant 
les engagés dud. Sr de la Corne que les sauvages, pourquoy led. Sr La 
Corne promet de lui fournir les remèdes et nié<licaments qu'il a pour 
joindre à ceux que led. Sr, I)f>ull<tn Desmarets fournit, lecjuel d. Sr 
Desmarets promet en outre de tenir en ordre autant que faire se pourra 



(\) Ces mots sont difficiles à d^-chiffrer. Ils sinniticnt peut-être le lac 
Sup^^rieur, car on sait que M. de la Corne avait alors des intérêts dans le» 
postes du lac de la Pluie et du lac des Bois., non loin du lac Supérieur. 



... 158 — 

tous les comptes, mémoires, factures et autres Ecrits généralement quel- 
conques dud. S. :La Corne et de faire tout ce qui dépendra de lui pour 
le bien et avantage dud. Sieur, auquel il sera tenu d'obéir et a faire tout 
ce qui lui sera commandé de licite et honnête et tout ce (|u'un bon et 
fîdel commis peut faire lequel d. Sr Doiillon mond. sieur La Corne 
I)romet et s'oblige de uourir loger et chauifer tant en montant qu'en 
descendant, et étant aud. poste à son pot ordinaire, et de lui ^myer a son 
retour en cette ville pour tout ses appointements gages et sallaires aud. 
voyage la somme de douze cent quatre vingt dix livres en monnaye ayant 
cours en ce pays, étant convenu entre lesd. parties que tous les castors 
et pelleteries qu'il retirera des pansements, soins et médicaments qu'il 
aurait faits seront partagés par Egalle moitié, laquelle moitié, afférente 
au Sr. Doullon, il laissera aud. S. La Corne qui lui en tiendra compte sur 
le pied que vaudront les pelleteries à Michilimakinak, car ainsy etc pro- 
mettant etc. obligeant etc. fait et passé à Montréal, étude de Danré, l'un 
des notaires soussignés l'an mil sept cents cinquante trois le dcnxiènn' 
jour de juin après-midi, et ont les parties signé, lecture faite. 

(Signé) Le Chev. De La Corne 
" Doulon Desmarest 

" Bouron 

" Daiiré De Blanzy 

(Au verso) 

Et le quatorze juin de relevée, mil sept cens cinquante trois, j)ardt. 
Ijes No'res Royaux susd. Et soussignés sont comparus led. Mre. Louis 
de Chap, chevalier de la Corne et Sr. Charles Doullon Dcsmarets nonmiés 
et qualifiés en Lacté des autres parts Lesquelles se sont volontairement 
désisté et par ces présentes se désistent de l'acte de conventions de autres 
parts, consentants respectivement, qu'iceluy demeure nul, comme non 
fait ni avenu sans aucun dépens, domages et intérêts de j)art et d'antre 
Et a led. Sr de la Corne remis aud. D(julon l'expéd'on dud acte, promet, 
etc fait et passé aud. Montréal, les jours et an susd. VA ont signé Li'cture 
faite. 

l)(iuili»ii I )t'sniiiri'ts 

(Aucnnr (iiilrc slcjndhirr) . 

* * * 

Charles Doullon Dcsmarets avait |)iu,> d'une corde ;'i son iirc! Lu 20 



— 1 59 — 

février 17.")3, un»- i ..'i.i.,i^,i.,i. .]. n.,i m. Im iv^.it été ac<orrlé^ et son étude 
était installée à Ij. il exerçait ses deux pro- 

fessions. 

IjC 2 juin 1753, il est à Montréal pour s'engager à M. de la Corne; 
le leudeniain, il retourne dans sa paroisse et rédige des actes. 

Que se j»asse-t-il alors ? Sans doute, il songe à la vie daii.^ I» - portes 
lointaiits, il en c-ause et il se ravise, puisque le 14 juin notre chirurgien- 
tabellion n-viciit à Montréal pour résilier son contrat. 

Hnsuitii, le sieur Desmarest tuntinue d'instrumenter à la Pointe- 
( laire. Puis, nprès le 22 avril 1*54, ou perd sa trace. 

Est-il. cette fois, yrarti ])Our l'ouest? Ce serait bien r»n.=siblp. 

K.-Z. MA.S>1UHT1-: 



A PROPOS DE LUTINS 



-V la pa«e 78. année 1899, du Bulletin^ M. Sylva Clapin nous donne une défi- 
tion (lu lutin et il termine ainsi : "Pour éloigner le lutin des écuries, il fallait 
tracer une grande croix sur les portes et c'est ce qui se fait encore aujourd'hui. 
I>armi les Acadiens et les riverains du bas Saint- I..aurent." 

Dans la ré^on de Montréal comme dans celle des Trois-Rivières on ompln- 
vait un autre moyen. 

M. Napolé<in Saint-Armand, septuagénaire de Sainte-Geneviève de Batiscan. 
inn l'a enseigné, au mois d'août 1919 : 

"Pour se débarrasser du lutin, dit-il, les anciens pla(;aient un demi-minot de 
rendre derrière la porte du l'écurie. Quand le lutin entrait il renversait le sceau ! 
Il lui fallait alors ramasser la cendre grain à grain. ju.squ'au dernier, car il de- 
vait éviter de lais-ser ti-aoe de non passaj^e. La besogne <'-tait longue, il n'avait 
I>lus le temps de H'occu|»er <les chevaux, au.ssi ne revenait -Il pa«, ou rarement, 
dans un endroit où on l'avait attrapé de la sorte." Dans fa région de Montréal, 
nos pères remplaçaient la cendre par de la graine de mil et l'effet était le même. 

E.-Z. M. 



— 160 — 

M. de BEADSSIER de L'ISLE 



Louis-Joseph de Beaussier de l'Isle, chevalier de St-Louis et chef 
d'Escadre des armées navales, qui naquit à Toulon, l'an 1700, s'est trouvé 
un peu mêlé à l'histoire des derniers jours de Louisbour^. Aimant la 
mer, il entra dans la marine de très bonne heure. Kn 1722, il fut nom- 
mé enseigne, promu lieutenant en 1729, et regut le grade de capitaine 
en 1749. Le roi lui accorda la croix de St-Louis l'année suivante. 

En 1755, il faisait partie de l'escadre de Dubois de la Mothe pour 
ravitailler le Canada. Au début du printemps de 1756, M. de Beaussier 
dirige trois vaisseaux et trois frégates, partant de Brest, et ayant à bord, 
Montcalm, ses officiers, et les régiments de la 8arre et de Koyal-Roussil- 
lon. Il échapj)a aux Anglais qui croisaient à l'entrée du golfe et près 
de l'île du Cap Breton, et jeta l'ancre devant Québec au commencement 
de mai. En retournant, il dépose à liouisbourg l'argent qu'il avait à y 
remettre, puis il appareille et entre en chasse contre l'Anglais. 8on 
navire, le HER08 devance les deux autres vaisseaux qui l'accompagnent, 
et, il livre seul le combat à deux forts bâtiments ennemis. Le vent tombe 
et les deux consorts fran(,'ais ne jMnivent lui venir en aide. M. de Beaus- 
sier lutte avec ardeur et l'ennemi trouvant un adversaire tro}) vaillant 
abandonne la partie et se sauve. Hentré à Louisbourg, le brave capi- 
taine comj)ta ses pertes : 48 tués et 48 blessés. Lui-même, il regut une 
blessure à la jambe. ]1 sortit du port le 13 août et arriva au Port-Louis 
le 6 septembre avec huit prises et quatre cents prisonniers. 

En récompense de ses services le roi le gratifia d'une pension de 
mille livres. 

En 1757, il croisa d'abord dans la Manche avec une escadre, puis 
fut envoyé avec quatre vaisseaux et une frégate au secours de liouisbourg. 
Après une traversée de quatorze jours il entrevoit les côtes de l'île Royale, 
passe à travers l'escadro anglaise qui Ini barrait la route et pénétra dans 
h' ])f)rt. La chut»' de (cttc place nit raina la perte de son escadre, brûlée 
pendant le siège. 

Après cela, il ent le comnianrlcMnent des Iles-sous-le-Vent, et de St- 
Domingue. 

Il épousa, en 1757, Melle Louise .loiiennc (le Lf»sriesre. 

Le rang de chef d'escadre (pii lui fut <onféré en 17<î1, lui vint un 
an avant sa mort, en France. 

MM. de Beaussier de l'Isle blasonnaient : D'azur, à Irnis roquilles 
d'or. 

REGIS ROY 



I 



bui.i.i:tin 



DES 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXVI BEAUCEVILLE- JUIN 1920 No 6 



La famille Rouer de Villeray 

AUGUSTIN ROUER DE LA CARDONNIERE ET DE 

VILLERAY 



(SriTK ET FIN) 

Le Iciidi'iiiain dv la ('apitulatiuii du fort Ik'ausc'Jour, 
le colonel Moiicktoii envoyait la lettre suivante à M. de 
A'illeray, coniiiiandant du fort Gasi)areaii: 

" Je vou.s envoie une (•oi)ie de la caintulation que j'ai 
accîoi'dée à Monsieur de Yergor et à sa garnison. Je vous 
accorderay une i)ai'eille capitulation ])our vous et pour 
votre garnison sv vous voulez consentir à me rendre votre 
fort. 

" Mais si au contraire vous ne vous soumettez pas aux 
conditions (]ue je V(ais offre, vous ne devez i)as vous atten- 
dre à au(nnie grâce de ma part, non plus que votre gar- 
nison. 

" Si vous a<'ce|»tez les conditions que je vous offre 
eu les signant et en me les envoyant par un officier, je vous 
en ferai récliange." 

Le fort (îasparcau n'était à pi'(»|)i-cmcnt ])arl('r (|u'une 
grande enceinte a\('c {\i'< pieux d<'ln»u1. De ])lus, M. de 
\'i]lei'a.\' n'avait sous ses ordres (pTune vingtaine de sol- 
dats. 11 lie pouvait (*om])ter sui- les jiauvres Acadiens que 
les Anglais menaçaient de considérer conune des traîtres 



... 162 — 

s'ils i)rc'naiciit les armes contre eux. Il accepta donc la 
capitulation que lui offrait Monckton. 

Mais il se hâta peut-être tro]) de rendre son fort. Pour 
l'iionneur des armes françaises, il aurait dû attendre au 
moins que les assiégeants fussent à portée de fusil de son 
fort. 

Le 8 juillet 1755, le chevalier de Drucour terminait 
une lettre au ministre en écrivant : 

" . . .Je n'ay rien résmné à la louange du Sr Villeray. 
J'ai jugé parce que j'ai vu du personnel et parce qu'on 
m 'en a dit que c 'est un bon honmie qui avait perdu la tête. 
Je plains sa famille, il a des garçcms qui, m'a-t-on dit, 
donnent de l'esi>érance i)our l'avenir, ce qui me détermi- 
nerait à vous demander, Monseigneur, une retraite x>our 
iuy telle que vous la jugerez convenal»le et la nomination 
de sa compagnie au Sr de Saint-Aigne." 

M. de Villeray, qui avait eu veni de la lettre du che- 
valier de Drucour au ministre, se résolut à se justitier. Le 
20 septembre 1755, il lui écrivait de Louisbourg: 

" Mon devoii' exigeant cpie je vous rende com]tte d'un 
poste que j'ai commandé jjendant deux ans, i)artie sous les 
ordres de Monsieur de la Martinière et partie sous celles 
de Monsieur de Vergoi", tous deux ca])itaines en C^anada, 
permettez que je m'en acquitte, ce que je vais faire avec 
la sincérité dont un honnête honnne ne doit jamais se sé- 
])arer. 

" Je suis fâché de joindre à ce détail le malheureux 
événement de la ])rise du dit fort ])ar les Anglais. 

" Le fort de (îasi)areau n'était autre chose qu'un 
espace de vingt-ci lui t(uses sut- toute face, entouié dv \n- 
quets et d'une blagousse (l)lock-h(>use) à cluu]ue coin dont 
le peu de solidité n'ani'ait |)as pei-mis d'y étahlii* des ])at- 
teries, le tout étant |>his pr^'s «le louiher (pie de pouvoir 
être utile. 

" Jugé, Mouseigueur. si lin id {'(.l'I dérendu jiar vingt 
hommes seuleuM'iit irétail pas phis ea|>ahle de procurer 
à son counnandani du d('sagrémeid (pie de rh(»nneur. (Je- 



... n;:^ -. 

jtciidaiit dans cctlc piTpk'xitc'' j'eusse Iciilé une (IrL'eii.^c 
si les lAclies Acadiens eussent exé<'uté mes ordres ])lutôi 
(jue de servii* les Aui^lais coiniiic il< oui t'ail drs leur débai"- 
(iueuieiit au Tort La\vren<'e. 

*' Les déjxVlies de Moiisieui- de N'criior vous iuronnent 
(\c ee qui s'est ]>assé à IJeauséjour et uiov je u'ay à vous 
informer ([ue de «-c (pii s'est ])assé au (jas]»areau et voici 
le tout. ' 

*' Ja's Anglais ayant paru dans la lîaye i'raneaise le 
2 de juin, Monsieur de Vergor me dé])rM'ha un ordre ])oui' 
luy envoyer à Beauséjoui- tous les ha])itants de (iasi)areau, 
de la iîaye Verte et autres lieux dé])endant de mon com- 
mandeiui'iît. ( 'e (ju'ayant exécuté, je restais avec, vingt 
soldats. Il ne me survint aucun événement juscprà la i)rise 
de lîeauséjour (jUe relui de revoii' les habitants revenir 
chez eux sans vouloir |)lns exécuter les cn'dres de M. de 
Vei'gor et les nnennes. M. de Vergor se rendit le KJ y 
ayant été forcé non seulement par les raisons d'un fort 
délabré ])ar la bombe, mais eneoi-e ])aï" une troisième l'elxd- 
lion des habitants. 

*' IjC lendemain, 17 du mois, je reçus une ambassade 
du commandant anulais <pii non seulement demandait fpie 
je lui remis mon l'oi't, mais encore uie mena«;ait de disgrâce 
forte si je ne me rendais aux mêmes conditions de M. de 
Verpfor, ce que vous \-erre/, Monseiuneur. ]>ar h^s tei-iiies 
de sa lettre ici joinle ainsi (pie celle de la capitulalion. 

'' Toutefois, les rodoiiioiiiades n'eusseni en ici .-MK-mi 
etfet, si j'eusse pu raiiienci' les habitants à leui* devoii* et 
les oblio-er de l'ccomiait l'c la )»onté dont vous les avez acca- 
))lés. Ajirès une mûre <lélibér,'itioji a\'oc deux ofliciei-s tant 
du rlehors (pie de ma <rarnis(»n, nous avons ci'n devoii' mé- 
nagei- rintéi'('-t de la I-'i-aiice (M1 acceptant une capitulation 
qui n'est nullenient conti'e riiomieui* et (pie d'ailleurs je 
iw devais pas esp('rer un mii-acle de la foi'tune, n'étant |)as 
en état de soutenir la i»i'enii("'re dé-eliariic d 'art illei-ie onis- 
(p-ie je n'étais pas même à Tabri du liisil. 

" de Vous proteste. Monsciuiieui', (pie je seiai 1on.|ours 
sensible à cette disui'âce (pioi(jUe i-e soif le -opt de la Linerre 



... 164 — 

et que je sache par expérience que vous distinguez le véri- 
table officier " (96). 

Mais les explications de M. de Yilleray arrivèrent trop 
tard en Prance. Le ministre avait ordonné à M. de Vau- 
dreuil, le 20 février 1756, de réunir à Québec un conseil de 
guerre atin de décider si la conduite de MM. de Vergor et 
de A^illeray avait été ce qu'elle devait être en rendant les 
forts de Beauséjour et Gaspareau. 

Le conseil de guerre se réunit à Québec au mois de 
septembre 1757. MM. de Vergor et de Villeray furent 
acquittés des accusations portées contre eux. 

Dans les Mémoires (lu sieur de C. sur les affaires du 
Canada depuis 1740 jusqu'à 1760, nous trouvons des détails 
])iquants sur le conseil de guerre qui acquitta MM. de 
A'ergor et de Villeray. 

" La Cour, dit ce caustique anonyme, n'avait pas été 
contente du peu de défense qu'on avait fait au fort de 
Beanséjoui'; les dé])enses qu'elle avait faites à son occa- 
sion lui avaient fait j)enser qu'il ne pouvait y avoir que 
de la faute du connnandant: dès l'année suivante, elle 
;<vait donné ordre à M. do Vaudreuil d'instruire le procès 
du S. de N'ergor et celui du S. de Villeray, qui connnandait 
à Gas])araux, parce que dans les comptes qu'on lui rendait, 
la moindre enceinte de ])ieux était un fort ce qu'elle pré- 
sumait aussi par les dépenses qu'on y faisait; mais ce 
général, gagné par l'intendant, avait évité d'obéir; enfin, 
la Coiu' le lui enjoignit si fortement que cette aimée il y 
fut obligé; il avait envoyé ordre au S. de Villeray, qui 
était de la garnison de Louisbourg, de se rendre à Québec ; 
ce que cet officiel' fit. T^e 20 septemlu'c 1757, les sieurs de 
Vergor et de X'illeray reçurent ordre de rester aux arrêts, 
chacun dans leur logis; comme tout était concerté avec 
l'intendant, le généi-al choisit pour instruire ce ])rocès un 
officier nllidc et <l(»ii1 les connaissances étaient bornées. 

" On commiicik;;! |»,-ii' M. de Vergor, qu'on interrogea, 
mais qui n'ayani pas l'ombre de bon sens, disait souvent 
ce qui pouvait lui être contraire; ensuite on admit des 

(96) Rapport conccrxntii h s Archives Canadiennes pour Vannée 1904, p. 9. 



... 1 05 — 

témoins; on rejeta eeux (jui ])arir*r('nt un i»('U ti'op juste, 
et dans ce gTand nombre (ju'on ouït, on n'admit que les 
ré])onses de ceux qui turent favorables à cet officier; on 
gagna quelques Acadiens et d'autres (|ui, craignant la 
])uissance de l'intendant, de qui ils dépendaient, lirent des 
mémoires, et dé])osèrent comme on leur prescrivait; en- 
suite on en vint jusqu'à donner à Vergor une personne qui 
ajustait ses ré])onses. 

" Ensuite on interrogea le 8. de X'illeray; c'était un 
officier d'une très bomie famille et de la valeur duquel ou 
ne devait ])oint douter, il ])résenta des mémoires vifs, et 
sur sa situation lors du siège de J>eauséjour et sur ce que 
le kS. de Vergor aurait dû faire ]^our la défense de son 
fort; que, i)our lui, étant sous ses ordres. . . Ces mémoi- 
res qui attaquaient la réputation de Vergor ne furent ])oint 
goûtés; on fit l'eprésenter à de \'illeray que sa justiticati<>n 
(léj)endait de eelle de l'autre, et qu'on ])ouvait le chicaner; 
il n'avait ])oint de ])rotection; on lui ])réseuta un auti'e 
mémoire, en lui disant que c'était celui-là qu'il fallait 
eommuniquer à ses juges; il fut obligé d'obéir et de regar- 
der connue une gi'âce ce qu'il devait avoir de droit. 

'' Knfin, le conseil de guerre s'assembla au château 
à Québec: il était composé de MM. de N^audreuil et Bigot, 
présidents: M. de Trivier, commandant du bataillon d<' 
la Heine; de Montreuil, faisant fonction de maj(»r-généial 
des trou])es de terre; de M. le chevalier de Longueil, lieu- 
tenant de Koi, commaiidant de la i»lace; de Xoyelle. major 
des Trijis-Kivières; (rAiguebelle, St-\'ineul ( f)7 ) et Du- 
mas, ca])itaines. 

" Ces ofticiei's fui'ent renvoyés absous; le j)remier 
rejeta le jx'U de défense (pi'il fit sur ce que les Acadiens 
ne le secondèrent ]>as et tirent une es])èce de rébellion: il 
y avait bien des choses à lui objecter enti'c autics (pi'il 
n'en avait fait aucun usage, et, ])ar consé(|uent, il devait 
ignorer ce (pi'ils auraient fait, et que, ])uisqu'ils ne lui 
servaient de rien, il ne devait pas les conserver, et rejetei* 
sur ce qu'ils voidaient .sortii' la re(Mifi<.n de son fort. 

(97) Plutôt Saint-Vinrcnt. 



- 166 — 

'' Au fond, on pouvait apj^eler ce siège le siège de ve- 
lours; on dormait trnnqnilloniont la nuit; les ennemis ne 
A^illaient i)as même le matin : ils tiraient quelques b(>m])es, 
une petite prévenait toujours la grosse et on aurait dit 
que M. Mouf^kton badinait; on ne tira ])as un seul ('on\^ de 
ranou, et, de notre i)art, sans M. Jacau Fiedmont, on aurait 
tout réservé la ])oudre ])(»ur l'ennemi ainsi que les vivres, 
qu'on économisait plus qu'on avait fait avant le siège, ce 
qui lit dire à quel([ues-uns qu'il fallait que Vergor les eut 
vendus à l'ennemi: le conunandant resta toujours très 
tranquille dans son fort. On ne faisait aucune sortie, on 
ne faisait ])as même cr)ucher des détacliements en (h^liors 
des pallissades, en un mot. jamais ])lace ne fut si mal dé- 
fendue; il en em])oi'ta beaVi -on]) (l'argent; ses domesti- 
ques même s'enrichirent du pillage. Connue à son retour 
h Québec, chacun le blâmait, il vantait la défense qu'il 
avait faite, au ])rix du S. de Villeray qu'il dé])eignait 
comme un homme sans coeur et qui s'était rendu à la [)re- 
mière sommation; cet ofticier a]i])rit à son arrivée ces 
discours injuri(»ux; il com])osa un mémoire de tout ce qui 
s'était ])assé h lîeauséjour, de la (pialité de ce fort, de ce 
qu'il était ca])able et entiïi un parallèle avec le fort de 
(i}as})araux dont il fait ainsi la descri]>tion : 

" Le fort de (lasiiai-aux n'est ])ro])rement (pi 'un cn- 
1i*e])('')t destiné à recevoir les etfets (pii arrivent i)ai- la baie 
A'crtc, et les faire ti'ans]»oi"t('i* à r)<'aus('joui-, dont il est 
éhugné de cin(| lieues (4 demie; il est situé sur la l>aie 
Verte et au bord d'un petit ruisseau nommé (Jaspaianx. 
nom (l'on poisson «pTon y pi-end (pii ressemble assez au 
bai'eng; il est de ])ieu\' debout, fort mauvais, IbuKpié de 
(juatre blagouses (blork liouses) de bois moitié ])oun'i, 
sans gbu'is ni fos>é, éjoiiiiié de (puiti-e 1(»ises seuleineni 
d'un gl'and bois, et des deux côtés enfermé par de grosses 
souches et (les rre(|oclies. (pli pon\;iien1 aisément favoriser 
l'approcJK' de rrnnenii; il avail seulement vingt hommes 
de g;irnison ponr «If'rinilic \inu1-cin(| tnjox de Ici-i'ain p;ir 
( lia(pie fac('." 

■' Il Unit p;ir «iiir qu'un iir peut pa.-> présmnei' (jne 



— 107 — 

dans sa situation il eût pu esjx'rer une capitulation plus 
lionoral)]!' (pic celle de F>causéj(>ur, et qu'il est suri»ris de 
la conduite du S. de \\'rp>r à son é<iard, d'autant ])lus que 
si. avec \inij:t lionnnes et dans un mauvais réduit, il eut 
jii-cscrit i\v<: conditions îi rennemi, il en aurait tiré une 
«gloire dont le S. de Vergor serait la victime, et ajoute, en 
])arlant de Beauséjour, ''la peur tit i»lus d'ouvrage que 
la bomhe; et ne tit i»lace qu'cà la discorde et à la confusion; 
cpiel moyen que dans ce chaos on se souvint de moi, en 
m 'envoyant du secours, et qu'on me mit dans le cas de faire 
décider si, faute de bravoure, j'ai rendu le fort". 

'* M. l'intendant, qui était parvenu à son but, se char- 
«rea de faire i)asser en France ce procès, avec les sentences, 
et les lettres que M. de Vaudreuil écrivit à la Cour en con- 
sé(pience " (98). 

Le gouverneur de A^audreuil. ai)i'ès l'acquittement de 
M. <!<■ \'illeray ])ar le conseil de guerre, lui donna ordre 
d'aller prcMidi-e le ('(»mniandement de sa com])agnie Ti l'île 
Hoyale. 

M. de \'illeray arriva juste à tenq>s pour prendre part 
à la défense de Louisl)ourg. On (^r)nnaît le sort de cette 
malheuiTUse ville. En 1758, M. de Drucour était obligé de 
cajdtuler a])rès un défense héroïque et un siège qui avait 
dui'é plusieurs semaines. 

La capitulation portait (pie tous les ofticiers seraient 
transportés en Angleteii'e sur des vaisseaux anglais. ^L 
de Villeray fut d(»nc conduit en Angleterre d'où il jKissa 
en i'^rance. Sa femme et ses enfants l'y rejoignirent peu 
après. 

M. de \'illeray d('c('-da à Knclief«»rt le ^0 novembre 
17b(). Le roi venait justement de lui accoi-der la ci-oi\ de 
Saint-Lnuis (pie lui avaient mérité ses longues années de 
bons et loyaux services. 

Il avait épnusé. à Montréal, le 1<) anfn 17:'."). Maiie- 
Josei>li Fepin-Larm-ce. lille dt- j*iei'i-e l'epiii-Lalnrce, 

(98) On ronsorve aux Archives .Iiidiciain's de QiK'-Im'C une parti»- du dossier 
du procès de MM. VcTRKr et de Villor:i\ f:1Ii« a it>' |.iil)lir-f' dan>; le Rat>i>ort 

Hur h H Archives du Canada pour 190t>. 



— 168 — 

garde-niagasiii du roi à Niagara, et do Mieholle Leber. 

La mort do son inari idongca niadaiiio Roiior do Vil- 
loray dans la niisoro. Eloignée de ses parents qui avaient 
de la fortune, elle dût avoir recours à la eliarité ])ublique 
])(nir faire subsister ses enfants. 

Dans une liste ofticielle de 1763 relative aux veuves 
d'officiers qui résidaient à Rocliefort, nous lisons: 

" Mme de Yilleray, veuve d'un ca])itaine, sans res- 
sources, 47 ans, dettes 400 livres, a été secourue des cbari- 
tés publiques qu'on lui a retrancliées." 

Elle décéda en France. ' 

Du mariage de I>enjamin Houer de Villeray et de 
Marie- Joseidi Pe])in-Laforce étaient nés: 

I 

IIECTOR-IIYAOINTHE ROUER DE YILLERAY 

Xé h Montréal le 8 octolux' 1738. 

Décédé au mémo endroit le 31 janvier 1739. 

ir 

RENE-BENJAMIX ROUER DE YILLERAY 

Né à Montréal le 4 mai 1740. 
Le cniitiniiatcnr de la lignée. 

III 
MARIIv.lOSKIMI-AMAlU.E ROUER DE YILLERAY 

XVh' à Monli-éal le 20 o.-tobi'c 1744. 

Elle \'ivai1 encore en 17().'') et i-ésidait avec sa more à 

RoelM-l'ofl. 

lY 

MAKMiCKIvMTK K'olKK* DE YILLERAY 

Née à Montréal le LM dé-ceiubre 1745. 
Déeédée an niéni'' endidit le ') avril 17 IS. 

\' 
AN'I^OINK U'()II-;k» I)K \'ILLKK*AY 

Xé à .Monti('al le 7 d('<'('nilire 17lî>. 
Déc('(|(' an nit'ine endroil le î) ianxier 17')0. 



— 10!) — 

VI ' 

...KorER DE \ II.IJ^1^\^' 

N(' au l'nrt ( lasparcaii en 175)>. 
J )('(•('( !(' cil lias î\'^v. 

\ Ji 

< IIK\ ALIKI.' l.'orEH I)K \ILLERAY 

N(' au Inrl ( ias|tai-cau en ITÔJ. ' ! i ' • 

Drcrdr cil Itas âjÇC*. 

LoriS J^OUER DE VILLERAY 
X(' à Louisl)oui-^- k' 20 octohrc 1756. 
Dcccdc a vaut 176:'). 

IX 
JOSETTE RorER DE VILLERAY 
Née en France, i)i'Ml>al)lenK'nt à Rix^liefort, en 1760. 
Elle vivait eneore en 1763 et était à Rocliefurt avec sa 

lucre. 



1ère génération: Louis R(»uei' de A'illeray. 
2énie j^énératioii : Augustin Rouer de la Cardonnière 
et de Villera\-. 

oènie génération: I>enjaniin Rouer de Villeray. 
4èine génération: Rcîié-r>cnjaniin Rouer de Villeray. 

RENE-TÎENMAMIX KMM^ER DE \il>LKRAY 

Xé à Afoiilréal le 4 mai 1740. 

Jl coiiiniciu;a à servir à l'île Royale en (jualilé de 
cadet gentilluminie, le 1er septembre 1750. 

Il i'nt uoninié enseigne en second le ler ;i\ l'il 17r)4. 

En 17')ô, lors de rattacpic des foils de jîeauséjour et 
(}as])ai'cau par le colonel M»>nckton. il sei'vait à (îaspareau 
sous les ordres de son père. 

Dans la liste «les (d'ticiers des troup<'S de l'île Royale 
du lei* octolu-e 17.')7, on trouve un ens<M^ne en second du 
Tioni de \'iller.iv. ("est Reué-l îcnjaiuîn Rouer de \^ille- 
rav. 



— 170 — 

En 1763, René-Benjamin Rouer de Villeray , était à 
Rochefort avec le grade d'enseigne en pied. Dans une 
note officielle on le dit iigé de 25 ans. Il en avait 23. Ses 
appointements étaient de 40 livres par mois. Ses dettes 
se montaient à 200 livres. La note ajoute: "On le dit 
bon sujet. Il a madame sa mère qui a été secourue pen- 
dant un temps des cliarités ])ubliques qu'on lui a retran- 
chées par la suite." 

Le 1er mai 1764, M. Rouer de Villeray était nommé 
aide-major dans les trcm])es nationales de Cayenne. Un 
mal de poitrine le força de revenir presque aussitôt en 
France. 

Le 9 septembre 1766, il était reçu dans les gardes du 
cori)s du roi, com])agnie de Villeray. 

Décoré de la croix de Saint-Louis le 1er octobre 1776, 
il fut, deux ans plus tard, fait brigadier, puis, le 13 mars 
1785, pronm maréchal des logis. 

Le 1er avril 1788, il passait major de cavalerie et, le 
6 avril 1789, devenait lieutenant-colonel. 

" Là devait s'arrêter sa carrière, nous dit M. Margry, 
car la royauté tombait et il ne voulait servir qu'elle. Il 
fut un de ceux (pii tentèrent en conséquence de la soutenir. 
Mais si sa foi dans ses principes demeura stérile comme 
celle de tant d'autres, si elle ajouta même aux malheurs 
des teiii])s, elle coiitri])iia aussi à l'honorer ])ar l'exem]ile 
d'une fidélité noble. M. de Villeray se rendit au château 
dans les deux journées du 24 et du 28 février 1791." 

M. Rouer de \'illeray émigra en septembre 1791 et fit 
à son corps la campagne de 1792, après lacpielle il se retira 
aux Etats-XTnis, sur les bords de l'IIudson. 

En IHOO, M. Rouer de \'illeray retourna en France 
(t y obtint sa pension de rcti-aitc. Il vécut alors loin des 
affaires. 

Au retour des lioni-bons en I^'rance, M. Rouer de Vil- 
lei'ay reprit le service. \a' 1er juin 1714, il se réunissait 
à son cor|)S. Mais l'âge, (pii l'cnipêcliait ])resque d(> mon- 
ter .•! clicwil. le \'i>]'t';\ de nrciidrc s;i l'cfi'aite an bont <le 



... 171 — 

quiii/c Jours. Ijoiiis X\ I I i lui iicrnrda sa l'cti'aitc cniniuc 
«•oloucl (le cavak'rie. 

Lors des ('vrucuicuts «le mars 1815, M. lioiier de Vil- 
leray, (jui avait plus de coeur «lUe de force, olfi'it fie nou- 
veau ses sei'vi(*es à son roi. 

M. Rouer de N'illci-av décéda moins d'ini an jtlus lard, 
le 12 février 181(). 

Il avait é]»ousé Alaiic-doseph d'Af^obert. Nous 
n'avons i>as de renseignements sur la famille de cette noble 
fennne. Elle signait ''marquise de Villeray". Il est pos- 
sible que Louis XA'III, sur les dernières aimées de son 
règne, pour récompenser M. Kouer de \'illeray de sa fidé- 
lité et de ses services, l'ait créé marquis. Une chose est 
certaine, ('\'iii (pie madame de Villeray n'aurait ]ias ])ris 
le titre de manpnse si elle n'avait i)as eu le di'oit de le 
porter. 

La marquise de Villeray était une fennne éminem- 
ment distinguée. En 1793, ])endant l'exil de son mari aux 
Etats-Unis, elle avait été deux fois amenée devant des 
tribunaux révolutionnaires, au Havre et à Rouen. Chaque 
fois elle avait forcé la ])ienveillance en même tem])s que 
l'estime de ses Juges ]>ar ses réponses et les témoignages 
de sa conduite. A la même époque, elle eut à surmonter 
d'autres difficultés d'un caractère peut-être ])lus doulou- 
reux. Son père et sa luère, dans la crainte de la voir 
perdre ses biens et peut-être la vie, emphnèrent tous les 
moyens (pi'ils pui'ent ti'(»u\'er, jusqu'à la ]>river de ses 
revemis, pour Tohliger à divoiver. Cette bonne chrétiemie 
refusa ave<- la i)lus grande énergie de se i)rêter à ce moyen 
<|ue sa religion réprouvait. 

Née en P^rance et n'ayanl Jamais nimmi au Canada, la 
manpiise de \'illei'ay s'intéi-essa toujours à notre pays. 
Elle était en cori-espondance avec plusieurs i)arents cana- 
diens de son mari (99). Les rares Canadiens (pii ]>assaient 

(99) M. Mnntarville Boucher de la Bruèr»- a luitiliô s< a lettre» à .son i>:i- 
rent. l'honoralil,. '!<• Salaberry. père du héros de ChAt<;auguay, dans le Bulletin 

<l,H If. , h.r.i.. - ii'storùjiK s. \-.i vvi .. ! ..t ..„■ 



... 172 - 

alors en France reçurent l'iiuspitalité la plus cordiale et 
la ])lus franche de la marquise de Villeray. 

C'est elle qui, en avril 1820, lors du voyage de Mgr 
Plessis en France, lui ménagea une entrevue avec Louis 
XVIII. Mgr Plessis raconte ainsi cette entrevue dans 
son Journal cViui voyage en Europe: 

" Par le moyen de M. l'évêque de Chartres, premier 
amnônier de Monsieur et du comte de Bouille, l'un de ses 
aides de camp, l'évêque de Québec s'était procuré l'avan- 
tage d'être introduit à ce prince estimable, considéré 
comme l'ancre de miséricorde de la famille Bourbon et 
de la religion catholique en France. Il désirait aussi être 
présenté à Madame la duchesse d'Angoulême, pour hono- 
rer en elle le seul mais estima])le rejeton de l'infortuné 
Loiys XVI. Le vicomte de Montmorency, premier gen- 
tilhomme de cette i)rincesse, lui avait promis de lui rendre 
ce service, mais le négligea, peut-être i)arce qu'il croyait 
que le séjour du prélat à Paris devait se prolonger encore 
de quelques semaines. Quant à voir le roi, il n'y songeait 
nulh'ment, lor.squ'il apprit que madame la marquise de 
Villerai avait négocié cette entrevue avec M. le duc de 
la Chastre, premier gentilhomme de Sa Majesté. La 
chose était si avancée, lorsqu'il le sut, qu'il n'était pas 
lioimêtement ])ossi})le de reculer. Il fut réglé que ce serait 
le dimanclie, :>() avril, enti'e le déjeuner du roi et sa messe, 
que la présentation serait faite, c'est-à-dire à onze heures. 
L'évêque s'y rendit i)oii(-tuellement. Introduit par un 
suisse dans ce que l'on appelle la salle du troue, il y fit 
antichambre jus(]u'à <•(' ([irun des officiers du roi vint lui 
dire que 8a Majesté était ])rête à le recevoir. C'était une 
audience ]>rivée. Le l'oi lui jtarla avec bonté, lui fit des 
(juestions sur l'état (h- la religion en Canada, se recom- 
manda à ses ])rières, et le chargea de dire à ses diocésains 
(pie leur ancien i>ci'(' ne les avait pas oul)liés, mais qu'il 
fallait res|M'cl(i- les fraifés. Sa Majesté, indisjjosée d'un 
reste de gouffe, él.-iil jissisc dans nn fauteuil, et devait 
assisfci- à la messe dans ses apparf cnicnts on l'on ])ré))arait 
un aufcl à cet effet, loi-s(|ue révé(|ue sortit d'avec elle, 



— 17;; — 

satisfait «le l'accueil oltli^icaiit ([u'il en avait reçu " (100). 
Du iiiai-iauc de IvciK'-rx'iiJaiiiiu "Rouer de Villeray et 
(If Mai'ic-.Inscjili «rAiinltcrt claieut nés deux enfants: 

I 

REXï]-JA('QUES-LOUIS-MARIP: ROUEK 1)K 
VTT.LKRAV 

Né à Paris le 5 oetobre ITiSU. 

Il entra dans la carrière de la marine uù i)lusiL'urs de 
ses i)arcnts s'étaient distingués, mais qn 'aucun de son nom, 
du m(>ins en France, n'avait encore suivie. 

Le jeune Rouer de Mlleray fut emljarqué pour la 
première fois eonune aspirant de deuxième elasse, l'an 
VIII. 

Il ])rit d'ahoi'd part aux (•ani])ac>nes de la Méditerra- 
née et «le Saint-Douiingue sous l'amiral Gantheaume, à 
la camiia^ine de la Martinique, au combat du Finistère, où 
il «Mtnuuandait par suite de la maladie d'un ofticier. 

Kn l'an II, étant embarqué sur la frégate la Cornélie 
î\ Alexandrie, il acconq>agna au Caire, en qualité d'inter- 
prète d'anjilais, le col(»nel Sél^astiani, envoyé extraordi- 
naire des «'onsuls. Il fut envoyé yjar lui. dans une 
circonstance i)érilleuse, avec des dépêches ]iour la fréj^ate 
et il mérita les élo<res du futur maréchal. 

Kn l'an X 1 1 1, enscigiie provisoire, il était à Trafalgar 
sur le vaisseau rind<nn])t(ihh\ capitaine TIul)ert. Le 
navire, dans cette fameuse affaire où il avait i)erdu l)eau- 
coup de monde et éprouvé des avaries considérables, fut 
jeté à la côte entre le port Sainte-Marie et Rota. Pendant 
la miit du '1') au 2() octobi-c ISI).'). il fit naufrau-c. Mille 
Innmnes et t(tus les ofticiers au nombre de douze )Ȏrirent. 
M. Rouer de X'illeiay seul l'ut sauvé. Le consul général 
de France en Andalousie écrivait à cette occasion: AL 
de \'illeray a seul écliajq)é à cet affreux naufi'age; aussi 
commcnça-t-il, malgré ses souffrances ])ersonnelles, à faire 
emporter les moins blessés des deux cent (pun-ante hom- 

(100) V;/r Ilrvri Ti'tii. tournai iJnn voijapr m liiirnjir inir \l;ir Jn.sriih- 
Octave Plrssis. p. 41f!. 



-- 174 — 

mes, tant marins que soldats, jetés comme hii à la côte et 
provenant d'abord do réqui]>ac:e de riuflompfablr, puis 
d'une partie de celui du Buccntaure, qui rémiis formaient 
un total de douze cents hommes. M. Rouer de Villeray, 
s 'oubliant lui-même pour soigner ses compagnons d'in- 
fortune, a i)rouvé en cette circonstance combien il sait 
allier les devoirs de l'humanité à la fermeté d'un officier." 

Cet éloge était d'autant plus mérité que M. Rouer de 
Villeray n'av^ait alors que vingt-trois ans. 

Embarqué sur le Héros comme enseigne, ]nùs sur 
VArfionduto-Yeiiiudo}-, ca])itaines Begon et Billiet, du 1er 
août 1806 au 14 juin 1808, il se trouva devant Cadix, au 
combat et au bombardement dans les journées des 9 et 10 
juin. M. BilMet, dans son rai)])ort, ]iarle avec avantage 
de sa belle conduite en cette occasion. 

Quatre jours après cette affaire, M. de Villeray était 
fait i)risonnier de guerre et transféré de Cadix aux îles 
Baléares. Il se trouvait à Palma le 22 mars 1810, lors du 
massacre des prisonniers ])ar la populace. Le gouverne- 
ment réussit à sauver une ])artie de ces mallieureux en les 
jetant sur l'île de Cabrera. M. de Villeray, sur la recom- 
mandation d'un seigneur es])agnol, resta prisonnier sur 
les bâtiments de guei'i-e anglais jusqu'au 13 avril 1811, 
é])oque à la(pielle, par ordre de l'amiral sir Charles Cotton, 
il fut débarqué à Cam])0 en Calabre. Une fois en liberté, 
il voulut l'cgagner aux dépens des ennemis le tem])s qu'ils 
lui avaient fait pei'dre. Embarqué sur Ui Ville de Moi/cn- 
(•(\ en qualité de lieutenant de vaisseau et sous-adjudaiit 
delà flottille, du 27 noût 1811 nu 23 mars 1812. il se signala 
dans Irois afi'aii'es dewint lîoulogne. 

La dée(H'atioii de la Légion d'honneur lui alors de- 
mandée i»oui' lui |)ar le eonti-e-amii"al lîaste, (jui avait eu 
l'occasion <le ra|t|»réciei*. Les connaissances que M. Rouei* 
de Ville)'a\' a\ail (lé|»loyées dans les diftei-entes missions 
<|ui lui avaient élé confiées, la bi-avoure ef le sang-ffoid 
montrés pai* lui dans les jouriiées des W, 20 et 21 sei)teml)i'e 
1811 engagèi'cnt iik'iiic le cont re-aniii-al I îasie de se l'atta- 
< lier r-oiiiiiic ;ii(lc-(lc(',-iiii|i, cl celui ci le suivit à la grande 



( .) --- 



aniuV', <laiis la fatale (•aiii|iaLi,iic de ISI'J, du '2\ mars de 
cette année au 8 uiai's de la suixaiiîc II tut <*liarg('' en 
<'liet' dans cette cauipaiine des transports |)ai' eau i\ Koe- 
nigsberg-, Tilsitt, Wehluli et Kownu, et reçut des témoi- 
gnages flatteurs de la satisfaction d'officiers de distinction 
sous lesquels il servit. La croix fut deiuandée deux fois 
encore pour lui, mais c'était [)endant la malheureuse re- 
traite et l'empereur Xajioléon n'avait ]ias le temps de 
s'occu})er de ceux cjui se sacrifiaient ]M»ur lui. A son retour 
en France, il i)rit juste le repos nécessaire pcnu' se remettre 
de ses fatigues. Le 19 mai 1813, il s'embarquait sur le 
Duf/iicsclin, qui faisait partie de l'escadre du comte Mis- 
siessy. Le 19 novem])re 1813, il était détaché avec 187 
honunes i)our connnander l'artillerie à Gorcuni. Le 20 
février 1814, il fut fait ])risonnier ])ar les Prussiens et ne 
rentra en France qu'au mois de juin suivant. 

A la Restauration, M. de A'illei-ay continua à servir. 
Il se battait ])lutôt jxmr le i)ays (jue |)oui- le régime tpii le 
gouvernait. Le 18 août 1819, il recevait enlin la croix de 
la Légion d'honneur qu'il méritait (U'iuiis longtenqts. 

Dans le même été de 1814, M. de Villeray partait sur 
la frégate la Diwhrssr <r An()onlênie, qu'il connnanda du 
n septembre 1814 au 19 sei)tembre 1815, sous le comte de 
X'illemague. Cest lui qui eut la mission de conliance de 
cond\iire sur son vaisseau l'ambassadeur de France au 
Bivsil. Ce voyage lui valut le n-ra<le i\o ca])itaine de fré- 
«jate. 

Kntin. le 1er mai-s 1S17. M. de \'illei-a_\' obtenait le 
bri<-k riù'((r( nil, nvvr une inqxu'tante mission au Sénégal. 
O (pie c'est que nos souhaits, remarque M. ^largry. Il 
as])irait h c(>nnnander |)our se signaler et le ])remier com- 
mandement ((u'il obtint le mena à la mort. T?ouei* de Vil- 
leray, regai'dé pai' ses camarades et de ses chefs comme 
un des (d'ticiers pro]»res à honorei' un jour la marine, 
mourut des lièvres dans ce voyage, trois semaines ajjrès 
son ai'rivée au Sénégal. 

AL Kou<'r de X'illeray ne s'était pas maiié. Avee lui 



... 170 ... 

(lis])ariit en Franco le (U'i'iiicr i'('])r('st'n1ant nialc de cette 
famille disting'uée (101). 

II 
MAKiE-JAC(»)l'KLL\E-J()SKPHINE TROUER DE 

^^LLERAY 

Xée à Paris en 1784. 

Elle fut chanoinessc lioiinraiic du cliaiiilrc royal de 
Sainte- Aime. 

Comme sa mère, elle s'intéressa toujours à ses ])arents 
éloignés du Canada et entretint avec eux un conunerce 
très suivie de lettres (jui ne se disc(»ntinua qu'avec sa uioi-t. 

P.-G. R. 



(101) Nous avons omiirunté tous nos renseignements sur René-Benjamin 
Rouer de Villeray et son Hls, Jacques-Louis- Mm >.• Iîmm.v <!.• N'illpiny, -^ !'''iinlo 
(le M. Pierre Mar^ny, Lr.s- L'oucr de Yillvrnii. 



MARIAGES, EN 1667, D'OFFICIERS DU REGIMENT 
DE CARIGNAN 

Talon mandait au ministre, le 27 octobre IfiGT, f|if'il y avait doux capitaines du 
régiment de Carignan, mariés dans le i>ays, et un lieutenant, avec la fille du 
goTTveneur de Trois-Rivières ; qu'un autre lieutenant et quatre enseignes se 
l)réparaient aussi à contracter mariage. 

AI. Chapais interprêtant cette lettre de Talon nomme les deux capitaines et 
dit f|ue c'étaient Antoine l"écaud.\', sieur de Contrecoeur fiui avait épousé Harbe 
JJenis, le 17 .septembre 1607, et Pierre de St-Ours, marte h Marie Mullois. 

Le contrat de mariage de ce dernier couple a été rédigé par le notaire La 
Rue, le S janvier IfiCS. Suivant Iji coutume. leur imioii a. dû être célébrée lu-u de 
jours aju-ès. l'ensait-il bien fl Pien'e de St-Oiiri^, monsieur l'intindant en tra- 
<:ant sa lettre à Colbert ? ne serait-ce pas îi Sidrac iJugué de P.oi.sbriant, marié 
:\ Marie Moyen, le 7 novembre U>(i7, et dont les accordailles, a.ssurément, de- 
vaient être connues le 27 octobre, i)lul't (|u'A M. de St-Ours dont le mariage 
n'était peut-être pas enc^ire niiêté 'i ce TnimuMl 1:">, i>as même ébauché ? 

REfUS ROV 



LA FRANCE ET LES CANADIENS-FRANÇAIS EN 1837 

.\I. J:é\<ill;iild, ilall.-^ .smi tllHlDiri (lu i'iinililil, \i. ;i.'il. piétciul i|llr la l'"iaMce 

s'intéressa à l'insurreeilon de IR'17 ; que AI. de l'untny, ambassadeiu- de I-'rance 
aux ICIatH-Pnl.s, et M. de Soligny. attaché d'amliassade, vinrent nu Canada jimir 
se renseignei* sur les c^LUsen ilu souh'^vement. ses cbauces de succès, et que ces 
messieurs assistèrent même h une assemblée polltl<|ue (pti eut Heu à Lapralrio, 
le lîT septembre '1H:17. 

Qu'y a-t-il de vrai djins cette assorlion et que résulte-t-ll de la vérité des 
représentants de la l'-ianee ? 

CABRIOTTK 



1 / ( 

LKULWC DE MAliCONNW 



M. l'.riijaiiiiii Sulto, tlaiis le lîuUiiiii df l'.M v', p. '^U'.S, ikhi.s a parlé du 
.-ifur Hyacinthe Leblanc <1c Manonnav. journaliste l'ranf;ais qui vécut en 
Tana.la entre 1834 et ISl."). 

Xotre (loj'on, au cours de ses notes, émet l'assertion que cet écrivain 
(levait être' j)rotfstant et patriote et il invite les clierclicurs à fournir des 
iiutcs qui le feront connaître davantage. 

N(»us en avons recueilli quel(|ues-unes fpii n'aideront )ias à la héati- 
lication du sieur de Marconnay, car (dles tendent à prouver (pi'il fut un 
liureaiw ratr- doiiMé iriin fraiM-inaccm, an nioiii- diii-afif iiiie période de sa 
vie. 

* * •«■ 

lVal)ord, les opiinons [)olitiques. 

Durant son ])a.ssa^e à la Minerve, le sieur TicManc a |)U servir la cause 
de Paj)'ineau, mais ensuite?... 11 ne faut i)as crmipulser lonj^temps le 
l'uitiiliiirr, fondé ]iar Léon (Josselin et rédicjé par Leblanc de Marconnay, 
p<»ur apercevoir que ni l'un ni l'autre ne frayaient avec les Patriotes. 
Au mois de septembre 183T, mé-contents de l'attitude de cette petit** feuille, 
les Fils de la liberté vont manifester (b'vant le bureau du journal, rue 
Saint-N'icfdas Tnlentin (aujourd'hui, Saint-Timothée) et ne se retirent 
(ju'après avoir brisé l'enseiorne du l'opiihiirt' (1 ). 

Leblanc de Marconnay, j>ar ailleurs, ne ménajre jiar les épithètes 
mals<»nnantes quand il lui faut écrire sur ''l'infernale association" (|ui est 
-a bête noire. 11 fait mieux: il ridiculise les Canadiennes qui, à l'instjir 
des Canadiens j)at'' '•• m-iI ilériili'- dr v.. vrfjr en tissus de fabrication 
tlomesti(|Ue. 

Ce nuuKjue d'égard fut vivement ressenti par Louis-IIyppolyte 
LaFontaine dont la femme portait un costume en petite étolfc! du pays. 
.\yant renc<jntré, au jMilais de ju.>*ti<e, l'avocat (îos.selin, j)n»priétaire du 
journal, le futur homme d'Ktat l'apostrojdia et des taloches suivirent la 
prise de bec. Voit-on le fjrave et .sage LaFontaine administrant des coups 
de poings ? Mention de la s<-ène se trouve dans le Vojmhtirc du 10 no- 
vembre 1S3T. 

l'as.son.s à un autre fait. On sait que, pendant st)n séjfjur en France, 



(1) Le Popiiliiirr. 11 s<>|it<Miil>r«- IK.i' 



— 178 — 

Louis-Jose})li Pai)iiieau {)ul)lia une Histoire de l'insurrection du Canada 
et que parut ensuite, à Montréal, une Réfutation de l'écrit de M. Papineau 
signée par M. Sabrevois de Bleury. Ur, le consciencieux Philéas Gagnon, 
qui ne lançait rien à la légère, note dans son Kssai de bibliographie, vol. 
I, No 29Ô7, que cette "réponse violente" était en réalité de la plume du 
sieur de Marconnay. 

Dira-t-on encore qu'il l'ut jiatriote et papineautiste ? 

■K- * * 

Abordons le second point, celui de l'accointance de M. de Marconnay 
avec la franc-maçonnerie. 

Il n'y a qu'à ouvrir l'ouvrage de J.-ll. Graham; Outlines of the 
History of Freemasonry in the Province of Québec, p. 182 et 183, pour y 
trouver le passage qui lève tout doute : 

" Tlie following remarkable correspondence and action took place 
during this year (18ôl), betwecn Lu loge clémente Amitié, of Paris, 
France, and Albion Lodge, No 17, E. P. Québec. The translation as 
made at the time is given, 

"Union bcnefîcence, Lodge of Clément Friendship, 
Ori(Mit of Paris. 

Feb. 31, 1851. 
"The Respected Albion L.Mlgc, Xo 17, 

Québec. 
"Worsliipl'iil Mastcr iind P.ii-lhn'ii : 

" You bave one of tbc in(»st ancien Temj)les of F'reeniasonry, since 
its érection dates from 1721 ; and it is the admiration wbich we feel Un- 
its constant labors tb;it induces us to solicil and alliance witb you, sucli 
as \ve bave already witb a grcat nuinbi-r of Hritisb iiodges abroad, and 
|,articularly witb Ibc Provincial Grand Lodge of Nova Scotia. 

"Tbc (l.iiirnt Fiiiiidsbi|i Lodge désires to reslore to masonry its 
essential cbaracter of cosnio|)obt;inisni, because it btdii'ves tbat nuisons 
enjoy the l)enc(its of fainily wbijc travelling in a l'oreign land. 

" W'e bo|M', therd'orc, tbat you will acce(b' to our wisbes, iind bence 
fortb c)ur Craft as tbeir cbildren niay bc proud of sucb an l'nion. 

" To |ir(»ve to you our syinpal bies, \\e are ready to grant Ibe title of 
llonoriiiv Menibers in our Lodge to yoiir res|)ectrul W : Masler and to 



— 179 — 

voiir \V : Secretary. 

■ Uruili.r Lt'Itlaiic il»- Mart(iiiii:i\ , niir Scrrctary (HMHTal, wlm ad- 
tlrt'sses tliis letter, lias loiii? n'bitl»*(l iii your touiitry, and lias liad tlie 
happiiiess to assist in the duties of sonu» of the Montréal Lodges, where 
lie was editoT of the Minerve, the Populaire and the Ami du Peuple, and 
it will he his duty to keep up the honds of friendshiji. You may write 
\o him in Erigiish. 

" Tliis k'tter will l»f dt'liviTed to you Ity M. Auguste Winnick, who 
travcls l'or lirutlnr l'uiitîard, a nH-niher ot' our Lodge and a niuch esteemed 
nienhant. 

"In the ho|»(' ol' n-cciving an early and l'avoralde aiiswer, \ve heg 
of you to aceept our sineere wishes for your prosperity. 

" Ry order of the Lodge, 

'• LKr.LAXC I)K MAKCONNAY. 

" Secrétaire général. 
" 3Ions. Leblanc de Marconnay 
Homme de Ijettres 
v!>, rue Chariot, à Paris." 



Knfiii. peut-on invo«|uer (\\xv h* man(|ue de re.'j.-^ources a pu l"on»T If 
trieur Ix'hlane à courtiser des causes qu'il n'aimait pas? Cela n'est guère 
possible. Son état de fortune semblait florissant, j>uisque le .'}0 novembre 
1831) il achetait de Marguerite Hoy, veuve du notaire Jean-Marie Ca»lieu, 
une créance de "1400 livres courantes". Il paya cette jolie somme au 
moyen de traites sur Paris "qui furent dûment acquittées" (1). 

"Quatorze cents livres courantes", c'est .sept mille dollars, et sept 
mille fiollars en 1839 valaient vingt mille dollars de 1920, Un journaliste 
<jui iH'Ut faire de semblalde>; transactions est capable de choisir ses opi- 



E.-/.. >r.\ssr(<»TTK 



(1) Voir les actes du 30 cUTemljre \%Vi et du 19 novfiiibre 1840. <^tude 
du notaire Guillaume Cauchy, archives de Montréal. 



— 180 — 

LES TRIBUNAUX DE POLICE DE 
MONTREAL 



De 1G42 à IGÙ'.i, ce fut Paul de Chomede, sieur de Maisonneuve, 
fondateur et gouverneur de Montréal, qui rendit la justice, haute, moyenne 
et basse. 

L'année 1GG3 modifia cet état de choses. Le Conseil Souverain, qui 
venait d'être créé, résolut d'étahlir en notre ville une sénéchaussée royale. 
En ce faisant, le Conseil outi-epassait ses ]»(nivoirs et les Seiçrneurs de 
l'île décidèrent, avec raison, de coml)attre cet em])iètement. 

Néanmoins, M. de Maisonneuve abandonna le tribunal seigneurial 
à Charles d'Ailleboust, et presqu'aussitôt, il tenta une innovation hardie, 
restée unique dans nos annales, si je ne m'abuse. En effet, au mois de 
mars 16G4, notre gouverneur imagine d'instaurer un tribunal de ])oliee 
dont les juges auraient eu à peu ])rès les attributions des juges de paix 
d'aujourd'hui. Mais ce qui sur])rendra davantage, c'est que ces juges, 
au nombre de cin(|, furent élus j)ar les babitants de l'île de ^[oiitrcal. 
Le procès-verbal de cette élection extraorilinairc est t(»nservf'' dans les 
archives du Palais de justice de Montréal. 

Quels étaient ces prédécesseurs de nos magistrats? SûrenK'iit b-urs 
noms méritent d'être connus et les voiii : 

Jacques Le Moyne, ancêtre des Le Muvim' dr MaiiiLiny ci licrc de 
Cbarb's Le MoyMe de Longueuil; 

Gabriel Sel, sieur du Clos, ancêtre (U's familles Dcccllrs: 

.Tac(|iies Picotdit Labric; 

Jean Leduc et Louis Prud'lumiine dmil les descendants sont bîgien. 

Ces ciii(| "|iers<iiiiies notables, dit le dixiiuK-iii, aiiroiil le puuTnif di' 
juger et rie régler toutes matières coiiceniaiit la [Milice nécessaire poni' 
le bien de cette babitation". 

JOst-il besoin d'ajouter (|ue les ailininist rateuis de la Nouvelle-France, 
se (•onformant anx désirs des goiivei'iiants de l'aiicienne France, n'ap|>rou- 
vaient pas ces manifestations de la volonli' populaire l't (pie les fonclion- 
naires élus par les habitants, syndics, écbevins on juges, ne purent troiner 
grâce devant les autorités civiles. 

Le temps du suffrage souverain n'était pas encore venu et les i'oiic- 
tionnaires de l(i(i | n'ont pas dn roiictioniier ! 



— 181 — 

i . iM ,iii- i'Iiis lard, t.'\attfinojit, sous le rôj^iiin- anglaif-, surgissfiit 
les ju^es de ])aix. Puis, avec l'accniissciiiciit de la population et la néios- 
sitc d'un triliuiial corn'ctioniu'l prriiiaiiciit, ces justiciers, choisis parmi 
les citoyens de toute profession et de toute classe, cèdent le pas presfjue 
partout aux nia<;istrats choisi parmi les mcmhres du harreau. 

En fVance, les ju^es de paix ne liaient (|ue de 17'JO, mais en Angle- 
terre, leur institution remonte, j)our le moins, au lôe siùde, et c'est d'une 
aneienne loi j)ass(.V sous llcjiri V, qui régini de 1413 à 112^, que nous 
vient l'expression "Sessions d»- la paix". 

Cette loi (h'erétait (pU' des "sessions trimestrielles de la i)ai\" .seraient 
tenues dans la senuiine qui suit chaque l'été: de saint Miehel {2i) sep- 
temhre), de l'Epi i)hanie (G janvier), de Pâ(|ues (niohile) et de la trans- 
lation de saint Thomas dv Cantorhéry (7 juillet). 

En dehors de ces (hites, les sessions étaient si)éciales ou générales, .r 

* * * 

Si Ton s'en rapporte aux archives fédérales du (a'nada, les prenn'ères 
commissions de juge de paix, jiour le district de Montréal, furent émises 
le r.' fl.'cenihre 1704, et elles ne désignaient que les sieurs John (Irant 
et Sanniel Mather. mais d'autres ((tinmissions doivent être perdues, car 
le 27 décemhre 17H4, une i»remière session trimestrielle de la paix eut 
lieu à Montréal et six juges étaient présents ! 

Ensuite, quelque fait se jiroduisit, pm*S(pie le 11 janvier 17<J.J le 
gouverneur Murray nomme 27 juges de paix pour notre district, et ceux 
que nous avons mentionnés plus haut se trouvent inclus. Cette dernière 
pièce, qui prend la forme d'un édit royal, est copiée au déhut de notre plus 
ancien registre dca sessions. 

Nommons les privilégiés que cet édit favcjrise: 

^lector-Théophile Cramahé, .Tohn Collins, Jean Dumas Saint-Martin, 
Thomas Dunn, .John Fra>er, Ilugh Kinlay, James (ioldfrap, Conrad 
(Jugy, John Grant, Samuel Cîridley, Samuel liolland, Moscs Hazen, T.-A. 
Irving, John Jordan, Francis Nohie Knife, Thomas Lamhe, John Li- 
vingston, Sanuiel Mather, Francis Mackay, Samuel Mackay, Ijouis Metral, 
François Mounier, Walter Murray, .Adam .Mahane, Benjamin Priée, John 
lîowe, Thomas Walker. 

Aucun Canadien-français ne Hgure dans cette fournée. Les seuls 
individus parlant notre langue désignés par Pautorité pour rendre la 
justice étaient les sieurs Cramahé, Dumas, Ougy, Métrai et ^founier: 
tons étaient |iroti-~i;)iif « sni»*"-» ou français. 



— 182 — 

De ceux-ci, Dumas Saint-Martin fut le seul, à Montréal, qui prêta 
les serments d'office, d'allégeance et de test. C'est ce dernier serment, 
on le sait, qui avait empêché Murray d'appeler des Canadiens catholiques 
au tribunal et qui l'avait obligé de choisir ses juges dans ime population 
protestante fort restreinte et qu'il ne prisait pas beaucoup, si l'on s'en 
rapporte à ses mémoires. 

A partir de 1769, un autre huguenot siège au tribunal: c'est le fa- 
meux Pierre du Calvet. L'année suivante (1770) John Martheille entend 
quelques procès, mais on ne sait rien sur sa nationalité. 

Il faut attendre 177!» et la réorganisation du tril)unal de Montréal 
pour voir monter les nôtres sur le banc. Ahjrs, vu que le serment du test 
avait été aboli, on compta plusieurs Canadiens français, notamment: 
Hertel de Rouville, Josejth de Longueuil, Xeveu-Sevestre, Pierre Mczière, 
Pierre Portier, Pierre Ouy, Saint-Georges Dupré et Jacques Le Moyne. 

Sur la période (jui s'étend ensuite Jusqu'à la rébellion de 1837-88 
les renseignements sont plutôt vagues. Cependant, il est connu que 
Thomas McCord, Jean-Marie Mondelet, Samuel Cale et David Ross 
prirent le titre de magistrats de police ou agirent comme tels. 

Entre 1838 et 1866, d'après F. J. Audet, des Archives fédérales, notre 
district eut les magistrats suivants : 

Gugy, Kartiiolomew-C.-A., 22 novembre, 1838. 

Coleman, Thomas, 2 janvier, 183!). 

Kinnear, David, 31 janvier, 1839. 

Buxton, Judge Samuel, 15 avril, 1830. 

Rainsford, Thomas, 22 avril, 183!). 

Bowen, Edward-IIenry (Montréal et Truis-llivuri's), 11 nuii lS3f». 

McCord, William-King, ]H mai 1839. 

Coffin, William-Foster, 26 juin, 1839. 

Wetherall, Charles, 22 juillet, 1839. 

Duchesnay, Eizéar-J., 22 juillet, 1839. 

Leclerc, Pierre-Edouard, 1 juillet, 1840. 

Clarke, Edwards-Adanis (Montréal ci Tmi.— iiivieros), 19 décembre 
1840. 

Driscnll, lliiiry, 2] avril l.sll. 

('••ftin. .Vugu.'^lus, 17 août, 1MI2. 

Clark, Eleazar, 28 mars, 18<)."). 

ErmatingfT, William, 2s iniirs 186,5. 



— 183 — 



Bn-liaut, Williiiin-llfiifv ( Mitiitri'al et 'i'nii.— h'i vibres ), 13 jaiivifr 



186(). 



Di'puis la l'i>iil'é(l»'ratiuii, Ifs maj^nstrats i|f pulice et les jug»-.- des 
tressions ont été, d'après les archives do Montréal : 
William-Henri Bréliaut, 18G6. 
M. J.-C. l'oiirsol, 180 J. 
M.-l'. Desuoyefs, 1876. 
L'.-A. I)uj,'as, 1878. 
L.-\V. Sicotte, 181»:^. 
E.-U. Lafontaine, 18'J.>. 
F.-X. r!i(.<iuot, 18'J8. 
Ilusmcr Lanctôt, l'JOl. 
Camille Piché, 1906. 
Adolphe Bazin, 1008. 
J.-F. Saint-(\r, l!»0!i. 
S.-P. Leet, 1915. 
Victor Cusson, 1917. 
J.-L. Dccaric, 1919. 

E.-Z. MASSICOTTE 



QUESTIONS 

Dan.s un procès qui se déroulait à la Prévôté de Québec en 1730. je vols que 
1<> nommé Arnoul Balthazar Follet, notaire et huissier de la seigneurie de Sainte 
Annt- < de l;i l'éradc), •'•lait venu dans la Nouvr-lle-France "par lettre de petit ca- 
cliet". Que voi t dire cette 'lornièro ^xpre.ssion ? 

NOTAmE 

M. Massicotte. (B. R. H. 1919. pp. 150. 175). a réglé la question du DeLisIe 
<pil fut fléléfjué f-n Anjrlctf'rri- on 17S3. Il se prénommait .lean. non pa.s Jean-Guil- 
laume comme son fils. Il reste à connaître le prénom exact d'un autre de ces 
délégués. Le Biillrtin de 1906 pp. 326 l'appelle J<an-Hapti.«le-Amable tandis que 
M. Suit*-, (lan.s .se.« Mrliniin s Ui.stuiitinr.s. I i>. 1 I :' 'lit <]"■•' ■■'■■■' '!''ui.'-;.saint-Anloine! 
Qui a raison ? 

FANCINE 

Vers 1879, parut, à .Montréal, un roman Intitulé le Secrétaire d'ambasuadc et 
.signé par Charles Lopine. l'eu de temps apré.s, un correspondant signala dans 
VOiiininn publi<iur (No. du 4 décembre, p. .^SO) que l'ouvrage ci-rlrs.sus indiqué 
n'était que la reproduction du rf»man d'Amédée Achard. />es r^wurs de Paris. 

Si Je me rappelle bien, il circula, dans le temps que Charles Leplne et le pré- 
t»*ndu vicomte l-Mmiacd cl»- Narbontu'-I^ira n'était fpi'une seule et même personne. 
Avait -on ral.son ? 

X. Y. Z. 



— 184 — 

LES SECRETAIRES DU ROI AU CANADA 



La charge de secrétaire du roi était convoitée, car tJlo anoblissait 
après vingt ans de possession. Cet office était purement honorifique; il 
n'y avait rien à faire que pour le premier des quatre secrétaires du cabinet 
du roi qui tenait h plume. Celui-là écrivait au nom de son auguste 
maître, contrefaisait à merveille son écriture, et plus d'un noble en France 
a dans son cartulaire tel document qu'il croit être de main royale, tandis 
qu'il était du secrétaire Rose. Les trois autres secrétaires du cabinet 
avaient leurs entrées chez le roi. Le grand collège des secrétaires du roi 
compta jusqu'à six cents membres, et, comme cette charge s'acquérait 
moyennant finance, on voit quel joli denier s'encaissait dans le trésor 
royal. C'était une façon comme une autre de battre monnaie et le souve- 
rain ou son ministre firent valoir ainsi plus d'un tour qu'ils avaient en 
sac. Ils tiraient profit de la vanité humaine. Cependant, au l)out de 
vingt ans, pour avoir droit à la noblesse, il fallait obtenir des lettres d'en- 
registrement, sinon tout était perdu. Aurait-il été dans ce cas, notre seul 
canadien secrétaire du roi ? Mgr Tanguay (Dict. Généa. VII, 356) indi- 
que que Antoine -Pierre Trottier, sieur Desauniers, a eu cette charge. 
Est-ce bien certain ? Je n'ai rien trouvé ailleurs à l'appui de ce fait. Où 
Mgr Tanguay a-t-il puisé ce renseignement ? 

François Daine, conseiller, lieutenant-général civil et criminel à 
Québec, a été reçu secrétaire du roi en 1728. 

M. Joseph Perthuis, conseiller à Québec, a acheté une charge de secré- 
taire en 1774 moyennant 40,000 livres. 

François Bigot en obtint une en 1754. Il était de la noblesse alors 
• lu clu-f paternel. S'il acheta la charge de secrétaire du roi c'était prolia- 
blemcnt en vue de s'en défaire plus tard avec profit. Ce qui serait bien 
en ligne avec son caractère. Pour être reçu dans toute charge royale il 
v avait des formalités à remplir, (^t ])roduction de certificats de naissance, 
religion, etc. 

lîigot a |)rniiuit : 

I 

Ivxtrnit des rcgistn- du- l.:ii.t("'iin- il.' l'église métropolitaine et pri- 
matiale de Bordeaux. 



— 185 — 

" Du incrtrt'(li, '.]] janvier KO;?, a l'-ti' liaptisé François, fils légitime de 
Mt'ssiri' Luuis-Aïual)!»' Hif^ut, lunseilitT au Parlement et de dame Mar- 
guerite LomhanI, son »''|»ouse, paroisse 8t-Me\ent; parrain, Mons. Fran- 
çois Lombard, son onde, than»jine de St-Emiiion; marraine, dame 
(îeneviève Bigot, épouse de Mous, de Kichon, écuver, tante: naipiit hier 
oO dudit mois à deux lieures du matin." 

IT 

Le rortiticat de catholicité est de iL Récher, furé de Québec, lequel 
atteste que M. Bigot, intendant de la Nouvelle-France, fait profession de 
la religion catholique: il est daté de Québei- le juin 1754. Cette pièce 
est certifiée jiar le lieutenant-général civil et criminel de Québec, M. Daine, 
qui a signé et aj)|)osé un cachet à ses armes. 

III 

M. Jose])h de la liordc, capitaine de vaisseaux du roi, chevalier de 

8t-Louis, demeurant ordinairement à Tuulon, mais de passage à Paris, 

dit connaître François lîiijnt depuis plus de viuL'l ans. 11 a signé : Tja P.ur 
de. 

IV 

Gabriel de l'erny, conseiller du roi. maître ordinaire en sa chambre 
des Comptes à Paris, dit connaître le sr P>igot depuis plus de (|uarante 
ans. Il sait que le sr Bigf)t est tils du doyen des cftnsei 11ers du Parlement 
de Bordeaux, et qu'il est allié du manpiis de Puisieux, ministre d'etât (1 ). 



Au cas où cela pui>>c iiiItMcsser mes lecteurs, je leur ajoute ceci : 
Helevé dans VEfnf ririJ di's fnmillfs hordi'liii.scs avant la Révolution: 
Miiriiifjpx.. (Pierre Mellrr. Bordeaux, litOll.) 

"Paroi.s.so Ste-Kulalie, mariage, 20 avril 1008, de Mire Louis-Amable 
de Bigot, conseiller au Parlement, fils de Louis, receveur des parties 
casuelles, et de J. Ma.s.'^é, avec .Marie Lombard, lille de .Io.><eph, .'^.•crétaire 
du roi-, et de Marguerite Lafitte." 



(1) Brulurt «le l'ulsleux 



— 186 — 



LE DOCTEUR LA JUS ETAIT-IL D'ORIGI 
NE CANADIENNE ? 



Dans la septième série de ses Ma pie Lcnres publiée en 1906, Sir 
Jame?-M. LeMoine, faisant la revue des ])ersonnages importants qui hubi- 
laient autrefois la rue Sainte-Famille, à Québec, écrit: 

" The street and liill leading down from the parochial Church 
( irhose titlr wasi Caihednd of the Imnidciilide Conception of ttie Blessed 
Virgin Mary) to the outlet, where Hope Gâte was built in 1786, was 
ealled Ste-Famille street, from its vieinity to the Cathedral. On the 
east side, half way up the hill still exists the old homestead of the de 
Léry, in 1854, oc-cu])ied by sir E.-P. Taché, since, sold to the Québec 
Seminary (1). On the opposite side a little higher up, also survives the 
uld house of M. Jean Langevin, father of the bishop of Rimouski, sir H.- 
L. Langevin and others. Jlerc, in the closing days of French Domination, 
lived the first Acadian, who hrought to Québec the news of the dispersion 
of his computriols, so eloqnenthj sung l)\j Longfellow: Dr Lajus, of 

French cri rurl ii.n , irhn si'Hhd ni Chii'lii'c, iiiid iinirricd il sisler of Blshop 

Iluhert . . . 

Dans Ir JtjKrntd (inédit) ilc .lanifs Thonipsttn conservé dans les ar- 
i laves (!<■ la <7iit'bfc Tjil'-rarv and 11 i<tnrir;il Socii-tv. luius lisons étralc- 
ment : 

"Cn Dr Lajus, de l'arniée, acconi|»agiié d'un guide intlien, laissa 
Jjonisbi)iirg iinm('(liatemont a|)rès la ])rise de cette ville par les Anglais, 
(Il juin lITiH, et parcourut le territoire qui s'étend entre cette dernière 
place et Quéltec. Il ajiporta ici les premières nouvelles de la chute de 
Louisbourg. Il s'installa à Québec et fut notre médecin de famille." 

Sir .lamcs-M. LcMoiue se trompait en donnant le ci'lèl)re docteur 
Lajus cfimmc d'origine acadicnne. Lajus était né à (Québec le *v8 août 
\7'î], du mariage de Jourdain Lajus, chirurgien, (iriginaire de la ville de 
Nay, en liéarn. et de Luuise-LIisabeth Mureau. Le père de Lajus était 
un chirurgien de talent et d'expérience et c'est lui (pii montra son art à 
son fils. 



<1) Celle iiiiii-^ori .1 • I'' (léliiiite <ii l'.i 1'.» polir faire pl.ice au nouveau 
I.Atiiintit (lu sf-mlnalre «le gu^'lx'c. 



— 187 — 

François Lajus p't'ttil)iif A (Jfiié'xT cnniTnn -on pt'»re et eut. bientôt 
Tiiu' clit'iitt'le fonsidéral>li'. 

Ce (|iii a tr(>in|H' sir .laim-s-M. Ij'.Mninr ;iu mij<i du (locteur Lajus 
c'est quV'ii janvier l'il't il était choisi par l'iiiteiulant Ilocquart en (qualité 
(le chiriirofien-niajor [xtur aller à ]n suite du détaclienient coniniandé par 
M. Marin, destiné pour la <;unpa^Mie d'Aradit». Lajus resta eu Atadie 
jusqu'à la fin de la <anij)ajine. Il ost fc^rt j)ossiljle que c'est lui qui apporta 
i\ Québec, Comme l'écrit M. Thonipson, la nouvelle de la chute de Louis- 
bourg. 

Ix? docteur Lajus fut marfruillier de Notre-Dame de Québec en 17G8. 
Il fut aus>?i un des membres du i)remier bureau d'examinateurs en méde- 
cine à (^m'-bec, en 1 IS!). 

Jjo docteur Lajus décéda à Québec le 7 octobre 1700. Deux de ses 
lils furent prêtres et sa tille devint la femme du patriote Pierre-Stanislas 
Billard. 

P.-O. H. 



QUESTIONS 



La plupart des questions que je pose Ici aux intermédiaires du BuMeiin 
|pur ont d<ijà été posées sous une forme ou sous une autre. Aucune, je 
crois, n'a reçu do réponse définitive. Je pose de nouveau ces (|uestinns, 
espérant f|UP si on no peut répondre ù toutes on ino donnera au moins la 
solution dp quelques-unes. Ces réjionses, si je ne me fais illusion, Intére.sse- 
ront autant que moi la plupart des lecteurs du Bulletin. 

lo. — A-t-on f.iit do la i)otorie sous le répiine français au Canada ? Où, 
quand et p.ar f|ui .i été établi la première î)oterie ;iu Cana<la ? 

/ 2o. — Par qui et à quel endroit a été ouvert le premier moulin ;\ scier 
mû par la vapeur d.ans la province de Québec ? 

3o. — Quel est le citoyen intellipent qui a établi les prenii«>res beurreries 
et fromagerie.s j)rivée« f»u coopératives dans notre i);i.\s ? 

4o. — Le.s moulins de |>ulpe de Chicoutimi sont-ils les premiers du f^enre 
établis au Canada ? Si non, où et qu.ind a été ouvert le premier moulin de 
(lulpe «l.ans tout le pays ? 

•lo. — Nous avons aujourd'hui des dousciines de manufactures d'allumettes 
lie bols «lispersées d.ans tout le jciys '.' Quel a été le promoteur de cette in<lus- 
trie si utile ? 

Co. — Il est certain rju'on a f.ibriqué des cloches au Canada sous le régi 
me fran<;al.s. Nous .avons eu ici des fondeurs si nous n'avons p.as eu de 
m.anufactures. Quels étalent ces fondeurs ? Où exerçaient -ils leur Indus- 
trie ? 

7o. — On fai.salt au.ssl au Canada autrefois de l'élofTe tlom(*sli(|ue. Où 
.•I i|ii:in<i ■ .'-té établi )•• i.i-.i.. j.i- i.i..iiiin m.xbini. .r.'iofTes canadiennes ? 

MANUF. 



— 188 



LE HEROS DE CHATEAUGUAY ET LA 

CHANSON 



Nous devons à M. J.-A. Ritliard, âgé de 70 ans, mécanicien de Mont- 
réal, le texte d'une chanson composée par quelques malins troupiers, du 
régiment de M. de Salaberry, en 1813-13. 

Philippe Aubert de Gaspé, au sujet de cette production populaire, a 
écrit dans ses Mémoires un passage que l'on aimera à relire: 

"Les Voltigeurs craignaient leur commandant comme le feu; le 
couplet de chanson suivant à son adresse, assez drôle dans sa naïveté toute 
canadienne, en fait foi : 

C'est notre major 
Qu'a le (liahh' au corps, 
Qui nous doti'ra la mort : 
Y' a pas de loup ni tigre 
Qui soit si rustùfue. 
Sous la rondeur du ciel 
Y a pas son pareil. 

"Mais si les \'oltigeurs canadiens craignaient leur commandant, ils 
en étaient en même temps fiers <'t l'aimaient; ceux que j'ai connus, après 
la guerre de 1812, tenaient tous le même langage: 

" — C'est bien vrai (pie le colonel de Salaberry nous menait sous le 
fouet, mais c'était un honune juste: pas jilus de passe-droit pour le soldat 
que pour l'officier, chacun Ituvait A la même tasse. . . 

"Je regrette de ne j)ouvoir donner toute la chanson de nos gais Vol- 
tigeurs, dans laquelle jilusieurs (W^^ oITiciers et sous-officiers attrapaient 
soit un <;omplinit'nt nu un coup île grille. Je n'ai su que le ])remier cou- 
plet et le dernier que voici : 

Qu'en a fait la chanson, 
d'est trois jolis garçons 
Qui sont (tans h- s prisons: 
Qui n'ont ni pain ni viande: 
Rien à leur demande; 
El pas même un sou 
J'our fioire un s. . . coup. 



— 189 — 

"II et>t à sup{)oser que le euluiiel tenait les réfraetaires de son régiment 
à un régime très sévère, ce qui ne leur faisait rien perdre de leur gaîté, 
mais aiguisait au contraire leur ver\e puéticiue " (1). 



La version i\r M. l'ichard contient sept couplets. Si l'on s'en rap- 
porte aux souvenirs de M. de Gaspé, le morceau avait plus de couplets 
encore que notre informateur n'en a appris. N'importe, c'est tout de 
même une heureuse addition. Comme toujours, dans les chansons trans- 
mises oralement, les versions varient d'individu à individu. Mais on 
remarquera «pie les variantes du dernier couplet sont assez plausibles dans 
les deux cas pour empêcher de se prononcer sur la priorité de l'une sur 
l'autre. 



1 



Qu'il est triste, en ce jour, 
De quitter l'amour 
Pour suivre le tambour. 
Je me fonds en larmes, 
D'avoir pris les armes. 
Le jour comme la nuit 
Je me meurs d'ennui. 



Le matin de retour, 
On entend le tambour 
Battre le point du jour. 
Avec leurs baguettes 
Battent la retraite. 
Neuf heures sont sonnée> 
La giinle il faut monter. 



(1) Gaspé. Mi'iuolres, p. 485. et Roy. La famille (ririmilMTry «le Sala- 
berry, p. 92. 



— 190 — 
3 

Il faut se pré])arer 
Pour être examinés 
Devant nos officiers 
Dessur la coiffure 
Dessur les chaussures. 
Si cela n'est pas bien 
En prison nous irons. 



Xous avons un Major 
Qui a le diable au corps. 
Il nous caus'ra la mort. 
Il n'y a ni loup ni tigre 
Qui soit si rustique 
Sous la rondeur du ciel 
Il n'a ])as son pareil. 



Nous avons un sergent 
(.!'esi un fort bon enfant. 
Quand 41 a de l'argent 

Y va à la cantine 

Y boire chopine 

Y passe bien son temps 
Il est toujours content. 



() 



Messieurs les caporaux 
Ne parle/ j>as si baiit 
]j(' major est fil liant 



11) 



Qu'en II fait la chanson 
C'est un joli garc^on 
Dedans ce bataillon. 
En jouant aux cartes 
Faisant le diable à quatre 
Disant j'ai pas un sou 
INjur prendre un {)auvre coup. 

* * * 



M. Hiclmrd n'a pu se rappeler tous les vers du sixième couplet. C'est 
vers 18»)4 qu'il entendit ihanter ce morceau par son oncle Jérémie Lan 
renée (|ui était un milicien de 181*^-1.}. 



E.-Z. MAS81C0TTK 



LES DISPARUS 

EDMOND-MARIE TEMPLE 

Kdmond-Marie Templ*"' e.st n^- à Kt-nnes, France, en 1853 et parait s'être 
rendu au Canada en 1880. Succes.sivetnent, il s'adonna au journaUsine, ;\ l'en- 
seiKnement du des-sln et au théAtre. 11 projeta de fonder une bibliothèque 
technique, puis fut promoteur des écoles du soir à Montréal et il eut la di- 
rection de rellos-ci pendant quehiue temps. Mort le 20 murs 1895, à Suinte- 
Louise d<^ rislet <'t inhum*'- à Muntr^'Ml. dcu.\ Jour.s après. 

CAHHKTTI-: 

WILLIAM ■ AUGUSTUS LEGGO 

Né A Québec, le 25 jainii r iSod, \V. .\. Lt-K^.. .ipprii le métier do graveur 
dans l'atelier de son père puis, à 17 ans, il alla se perfectionner à Boston. 
A son retour au pays il s'adonna à la photogravure dont on commençait à 
s'occuper et il lit l'essai du procédé dans le Cnnndinu illitstratiri ncirs. de 
Montréal. Il con.^acra une partie dj. sa vie à mûrir diverses inventions dont 
l'une était un aéroplane ! On lui doit en autres choses une jolie édition des 
►rravures coloriées de IJourne. M. Leggo est mort à Lachute, le 21 jullet 
1915. 

CABHHTTK 

QUESTION 

Kst-ce dans If itnirrin '/» s litats-l uis lU- iMi que .M. K'KI.-^ d,. Ti nini.itici 
publia un roman sur les événements de 1837-38 ? Kn plus la chansonnr-tte Le 
trmpit ftm himndcllr.H parue ilans VMhum fh '■• "■■■--■ ■<■ i «r.o p. 265. est-elle 
du même auteur? 

A. B. C. 



— 192 — 

JOSEPH-FRANÇOIS-XAVIER PERRAULT 



Né à Montréal le 10 l'é\ri(M' 1T84, il était le fils de Joseph-François 
Perrault, qui devint plus tard protonotaire du district de Québec, et de 
Ursule McCarthy. 

M. Perrault exerya pendant près de quarante ans les fonctions de 
greffier de la })aix à Québec. D'abord noninic conjointement avec William 
Green le 1er avril 181."). il (uit ensuite pour conjoints Alexander-S. Scott, 
de 183::^ à 184-^, puis Pierre-Antoine Doucet, de 1846 à 1853. 

11 s'était fait recevoir avocat (5 avril 1817) mais il n'exerga jamais 
sa profession. 

Pendant la guerre de 181:^-13, M. Perrault, qui en sa (lualité d'offi- 
cier j)ublic aurait pu rester tranquillement chez lui, s'em])ressa d'offrir 
ses services. Capitaine dans le Ivcgiment des Voltigeurs C'anadiens, il 
prit part à la bataille de Cbâteauguay. Il s'intéressa toujours à la milice 
et à sa mort il était encore colonel du régiment d'artillerie de la milice 
de Québec. 

M. Perrault décéda à Québec le '^1 décembre 1853. 



A PROPOS DE LANGUE 



En 1840 et 1X84, alors (|uo !<• juKi' Lcwis-Thoiiias iJruiiunimd iw en Ir- 
lande, et le Juge Francin-(}()dshall .Juliiison, oriRinairi' d'AnKlctrrrf, faisaient 
partie du barreau de Montréal, il arriva dans un fameux procès pour meur- 
tre, (|ue M. Drunmiotiil fut chargé do la défense i)endant que M. .Johnson 
représentait la Couronne. 

L'accu.sé et Ic-s témuins ('•tant canadii'ns-fraii'Mis les deux avocats pro- 
cédèrent en frîinr;ais, ci- rpii leur fut facile, car l'un cl l'autre maniaient la 
langue rie Molière avec K'"ande aisance. M. I >i iiiiiiiic md se plorillait il'étre 
un ancien élève du i-cillène de Nic(jlet et M. .Itdmsoii avait fait ses études en 
France. 

CABliETTE 



HUi.i.irniv 



DES 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXVI BEAUCEVILLE- -JUILLET 1920 No 7 

Un mémoire de M. de Bourlamaque 
sur le Canada 



TiO iiu'iiioirc (jiic lions offrons ici aux lecteurs du Bul- 
Jrfi)i (1rs I\t rlirrclif s f/ isl orif/urs est (le M. (\o I)Oiii-laiiia- 
(juc, (jiii fur un (\t'< principaux lit-utcnaiits du iiiai'(piis do 
Moutcaliu dans la lincri'c de 170.") à 17()0. 

Xons doiUKUis ce iiicnioii-c d'ajircs nnc cojdc conser- 
vée aux Archives l*rn\incialcs de (^)u('liec. 

La letti-c sui\anle de M. dit J>oni']aiiia(pie, datée de 
]*aris le lei- août Mi)2 et adressée an ministre de la ma- 
rine, ex})li(ine ]'nl»jet du mémoire. 

M. de lîoui'lamaqne éci'ivait an ministre: 

"Je prends la lilierté de vons adresser nn mémoire 
snr le Canada. \'ons i)()ni"re/ voii- les ohjets (pii >• sont 
traités dans nne récapitulation (pii est à la lin du dit mé- 
moire. C'est le frnit de mon inaction depuis mon letonr 
de Malte et des eonnaissanees qne j'ai prises dans cette co- 
lonie, j)endant cinq ans rpie j'y ai été emi)loyé. Il cM vrai 
que les circonstances actuelles ne j)araissent pas permet- 
tre que ce mémoire soit d'ancnne utilité. Mais outre que 
le public ne ))eut |)énétrer les vues de ceux qui irnuvei'uent. 
CCS circonstances peuvent <'lia?mnM' et j'ai cru à tout hazai'd 
vous devoir eom])tc de mon travail et de mes idées. 



^ — 194 — 

" Au pis aller, ce mémoire vous fera connaître le désir 
que j'ai d'être utile et mou zèle i30ur tout ce qui a rapport 
au service du roi." 



MEMOIRE SUR LE CANADA 



Si l'on jugeait de cette colonie, par les dépenses qu'elle 
a occasionnées i)endant la guerre, et ])ar les protits qui 
en sont revemis depuis qu'elle est établie, sa possession 
paraîtrait désavantageuse à la. France. 

Mais en recliercliant les causes de ces dépenses et les 
sources de ces i)rofits, il sei'a aisé de se convaincre que les 
fautes de l'administration ont ■i)roduit les uns et tari les 
autres. 

L'on ne ])rétend pas au reste entrer dans le détail de 
r^es fautes et encore moins jeter des sou])cons sur la con- 
duite de ceux qui en (mt été cliargés; mais l'on peut 
avancer sans témérité que, depuis le connnencement du 
siècle, le Caîiada a été gouverné sur de faux ])rinci])es, 
quant à son accroissement et à son commerce, soit que ceux 
qui en avaient 1,'administration aient manqué de lumières, 
fl'uîiion et de ce toTi de vérité si nécessaire ])our instruire 
des Ministres sur des objets éloignés, soit (pic la cour ait 
donné trop })('U d'attention aux ressources et aux intérêts 
du pays. 

La ])artie militaii'c n'a ))as été traitée ave(! plus de 
succès; nulle disposition ])ciHhnit la paix, mdle frontière 
établie solidement, ni mcmc rccommc, md ])rojet raison- 
nable |)ouj' se deffendre ou poui' atta(|uer, (pielques trou- 
pes, mais sans ferme instructicjii ni discipline, point de 
I7ia|^asins et pour toute ressource uii(> conliance av(Migle 
qui, jointe à la basse a|)pi"élieîision de dé))laire, ])romettait 
des succès au lieu de peiudi-e les besoins. 

Il est ai-rivé de là (pie la guerre ne ]iouvait (*'tre sou- 
tenue (pTautant de tcîups (pie les ennemis sei-aient faibles 
ou mal conduits, (.'ar (pioi(pie les efforts des troupes et la 



-- 195 — 

fidélité des liahitaiis aient rende la perte de la colonie jus- 
qu'aii moment de la plus affreuse disette, on peut assurer 
néanmoins que la seconde <-ain]»a*]:ne eut été le terme de 
la défense, si reimemi, qui était inliniment plus nombreiLx, 
avait eu au conunencement de la guerre des chefs un peu 
entendus. 

de ne parle ])as i<-i de l'intérêt i)articulier et de l'avi- 
dité, vices honteux que l'on ne peut ])as supposer aux gens 
en ])lare. mais (pii ne laissent ]»as de nuire au bien public 
en infectant les subalternes, lorsque les ehefs manquent 
de lumières ou de fermeté. 

Des hommes ])resque égaux et une autorité égale entre 
le Gouverneur et l'Intendant pourraient bien avoir été 
quelquefois une source d'abus. Si ces deux honunes sont 
également capables, ils seront ennemis parce qu'il est 
dans l'humanité de ne vouloir partager avec personne la 
gloire et la faveur, et chacun d'eux cherchera peut-être à 
dégrader les vues de son collègue, ou directement, ou par 
des moyens cachés. 

Si l'un d'eux est sui)érieur en talens, le i)lus faible 
cberchera également à lui miire ]>arce que la vanité et la 
jalousie sont jilus ordinaires encore aux génies médiocres 
qu'aux autres, ou bien il deviendra sa créature et son écho. 

11 faudrait don<! mettre sa <Mjnfiance en un seul, ou la 
partager entre trois. 

Lorsque les P^ançais conunencèrent à s'établir en 
Canada, les naturels du pays leur iirent inie guerre cruelle 
et opiniâtre; de là les colons s'accoutumèrent à une grande 
considération pour les sauvages. 

Elle a subsisté depuis malgré leur faiblesse et l'aug- 
mentation des forces de la colonie. On a cru jusqu'au 
dernier moment et on a tâché de persuader à la cour que 
leur alliance était presque suffisante pour repousser les 
Anglais. 

Les dépenses ont été ]")rrtdiguérs pour leur ]dairr, ou 
du nuMiis cette confiance a servi (]<' ]iictexte à (]('<, dépen' 
ses excessives. 



# 



— 196 



* L'expérience doit avoir détrompé sur les secours 
qu'on en peut attendre. Les sauvages sont bons pour la 
petite guerre, et lorsqu'ils seront de bonne volonté, un gé- 
néral en tirera grand i)arti j)our avoir des nouvelles et 
faire des prisonniers, mais voilà tout. Les meilleurs sont 
tout au ])lus des bussards, d'ailleurs ils ne savent bien à 
leur mani(M"e que lorscjuc l'on a une supériiu'ité décidée. 
Ils coûtent beaucoup, affament une armée, imjjortunent 
et occupent tro]) les eliefs et quoique méprisés du soldat, 
sont cai)al)les de le décourager à tout pro|)os. 

Je crois done qu'il est essentiel de conserver l'alliance 
des sauvages autant ])our l'intérêt de notre commerce que 
])our faire nombre à la guerre, mais il ne faut ni les crain- 
dre ni com])ter tro]) sur leurs secours; en les traitant avec 
justice et fermeté, ils en seront bien meilleurs. La com- 
plaisance les rend insolent.s, très coûteux et moins utiles. 

On ne parlera ])as ici des avantages qui résulteront de 
la possession qui a besoin de matelots exercés i)our le com- 
merce, ni de l'utilité qu'en retireront nos manufactures 
auxquelles le luxe des colonies assure le dédit des mar- 
cbandises suiannées; on ne s'attacbera qu'à donner ime 
idée des ])rodueti(>ns utiles qu(^ le Royaume pent tirer de 
ce ]iays. 

La terre dn ('anada prodnil avec abondance les ])lés 
de tonle espè<'e ponr pen (jiielle soii cullivée ; elle esl néces- 
saire pour ses babitens. 

On en i)ourroit exporter de (pioi nonri'ir nos lies de 
r^Vméi'r(jne et mêmes les pi'oviiices mai'itimes du Royau- 
me qui en nian<jncnt (luebinefois. Le cbanvre y vient très 
bien. 

Les bestianx y s(tnt abondants et Fourniront, (piaiid on 
\oudra, d<'scnirs, des salaisons et dv^ laines l'oi't supérieu- 
res à celles de Fiance et ])res(jne égales à celles d'vXngle- 
teri-c. ('('tte dei'jiière pai'tie sui'tout méi'ite une grande 
consid('ra1 ion. On |)êc|ie la morne à l'eîitrée du fleuve 
St-Laurent et sur les côtes occidentales du (îolfe. On 
tî'ouve en ('anada dc^ bois de constructions (jui j)asseront 



45^ 



19 



< — 



pour très Ixnis quand ils seront bien clioisis si l^ntérê^ 
I»articulier ne vient ])as à })out de les défricher, en tout 
cas la marine niardiande y fera reiii) dette de ses navires, 
eoninie celles des Anj^lais dans la Nouvelle Anjrleterre. 

Le commerce du nierrain n'y sera pas ])lus diftieile 
))our nous que })our nos voisins. Ije goudron et les gom- 
mes y sont ahondaiis; on y trouve des min(\s de f.e^* qui 
ne demandent (pi'à être bien régies et même du ]>lomb'dans 
les i)arties voisines du tleuve Mississ1j»i. 

La ])lu])art des objets ci-dessus ont été de ])eu de con- 
sidération jusqu'il cette heure, i)arce (pi'il n'a jamais été 
])ris aucune mesure solide ])our augmenter la culture des 
terres l't bestiaux, soui'cc de richesse inépuisable ])(»ur ce 
] »ays. 

Les mines de fer et la ('(instruction des vaisseaux n'ont 
]^as été d'une grande utilité, le ])rix exti'aordinaire de la 
main-d'oeuvre en a fait évanouir les protits. 

On ne s'est pas a])erçu sans doute qu'il avait pour 
cau.se la négligence du gouvernement. Car il n'en est pas 
d'inie (colonie qui ])roduit les matières de subsistances, 
(•(•mmi* <!(' nos 1 les de l 'Amérique. 

La main-d'oeuvre })eut bien y être un peu ])lus chère 
qu'en Kuro])e, mais elle a été en Canada, lorsqu'on entre- 
tiendra dans le cré(lit dc^ o^])h'v^ et lors(pron veillera sur 
les matières jiremières. On y a vu quelquefois le mono- 
poh* envahir le commen'c intérieur des ])reniières ])roduc- 
tions et amenei- la disette sur une terre abondante, mais 
(jui comme toutes les autres. é|»i'ou\'e i\(-< .-innées de sté- 
rilité. 

Le c(^mmerce dv^ ])elleteries (pii a pai-u seid tixer 
l'attention seia sans doute plus considéi able, lor.sque les 
postes où se fait la traite (\c^ sauvages ne seront ]»lus entre 
les mains de (pichpies ]Kirticuliei-s cpii mettant lui ])rix 
arbitraire aux marchandises (pi'ils fouinisseiit et à celles 
(pi'ils reçoivent, déeoui'ageiit le cliasseui- et lui font naî- 
tre l'envie de poi'ter sa chasse à l'étranger. 

Le privilège accordé à la Conqjagnie des Indes pour 



... 198 — 

la portée du castor, a du être nuisible, car tout privilège de 
cette espèce est un monopole permis et la permission ne 
lève ]^as les abus. 

La fureur d'étendre sa i)uissancc au loin a toujours 
épuisé les forces du Canada. On a négligé l'intérieur d'un 
])ays riche en toutes sortes de ])roductions et dénué de 
cultivateurs, ])Our aller planter de nouveaux établisse- 
ments, sans utilité et sans communication; les dépenses 
en ont été innnenses; ils ont arrêté la culture des terres, 
ils ont détruit annuellement la plus robuste jeunesse et 
n'ont été utiles qu'à un petit nombre de ])articuliers, qui 
y ont trouvé aux dépens du roi la source de leur forhme. 

A cette occasion, on ne peut s'em]K'clier de dire que 
telles limites que nous ])i'escrivent les Anglais dans cette 
l)artie du monde, tant qu'il restera à la France les deux 
boi'ds du fleuve 8t-Laurent et des rivières aftluentes, de- 
puis son eml)()Uchure jusqu'au lac Ontario et la faculté 
de traiter avec les nations sauvages par les lacs et par la 
grande rivière, même sans aucune ]iro])riété sur ces lacs, 
nous n'aurons perdu que des cliinières et la source des 
vraies richesses ne innis sera point ôtée. 

Je ne disconviens pas au reste (pi 'il ne fut ])lus avan- 
tageux aux Français d'av<nr seuls des établissements sur 
les lacs et d'exclure les Anglais de tout conunerce dans 
cette partie; mais r-et avantage ne serait relatif qu'aux 
])ell('teries et (•<• (pic nous fei'aicnt perdi'c à cet égard, des 
limites plus ra|)proch('*es sei'aiî bien pcn de choses, en 
com])aiaison de ce (pii nous resterait dans l'intérieur du 
pays. Ceux qui préten(h'nt (pie, ))«)iir ])eu que nos limites 
fussent resserrées ])ar un liaité (h* |)aix, il serait plus 
avantagenx de céder la cdionie entièr-e, connaissent bien 
}>eu les a\'antages (pi'en ])()ni'i-ait tirer une bonne admi- 
nistratinn et raisonnent sans doute, (ra|)rès (juehpies Ca- 
nadiens (pli, ayant passé leur \'ie dans la ti'aite avec les 
sauvages, ne connaissent d'autic intérêt et y rap])ortent 
toutes leurs vues. 

Il serait imilile de démontrer que la possession du 



— 100 — 

Canada \n-u\ ('tic a\antageuse à la France, si l'inipossibi- 
litr «le le «N'Icnilic Taisait envisa«i:cT la |m-iî{' de nos espé- 
i"an<M's au preniifr nicdiicnt d'une ruptiire, mais heureuse- 
nu'ut la nature a donné à ce i>ays des moyens de défense: 
il n'est (lucslioii (|Ut' de s'orcui»er pendant la paix à les 
mettre en oeuvre. 

Le ( 'anada ne peut r\vv atta({ué (pie jtar le la»- Onta- 
rio, i»ar le lac ("hamplain et par le tieuve St-Laui'ent. 

Je suppose les Anglais maîtres de la mer, mais je 
sii|>pose en même tem])s que le «^ouvei-neur a eu soin de 
faire des mat^asins de vivres assez abondants ])onr nourrir 
les troupes jM'ndant une campagne, s'il sui'vient dans le 
cours de la jiuerre une année de stérilité. Je su])pose 
encore (pi 'il lui a été envoyé des ai'mes, des munitions, 
avant (pie la v«tie des ti-ans]>oi'ts soit intercejttée. Ainsi 
c'est à lui à former son jdan de défense, indé|)endannnent 
des secours d'Eui'oi>e. 

Il est n('eessaire (pi'il ait ce plan devant les yeux dès 
le i>i'emier instant (pie la France rentrera en ])()ssession 
du ( 'anada et (pi'il ne ]»erde pas un seul jour, sans travail- 
ler à s(^n ex(Vution. 

Du côté du lac Ontario, l'on n'aura pas ^rand chose à 
craindre si l'on veut se re])oser jusfpi'aux i'a]tides de Ca- 
taracoui. 

Cette Iront ièi'e sera impénéîrahle, j»our ])eu qu'on 
])rofite des ]>ositions lieui-euses qu'on trouve dans ces 
rapides. (Quelques forts hien placés et des troupes fort 
inférieuics aux atta(pies suftiront pour la défense. 

11 est vrai qu'en 17(>() le major'jrénéi'al Amherst, qui 
commandait en chef les troui>es anjj:laises, choisit cette 
frontière poui* attacpiei* le Canada avec rarmée ])rinci- 
])ale. 

Il connaissait l'inqjossihilité où nous étions d'y en- 
voyer des troiij)es et la résolution dans hupielle étaient 
les sauva^res domiciliés de la cohuiie, d'ahandonner notre 
alliance; d'ailleurs il redoutait (»u feignait de redouter le 
poste de l'Ile aux \oix (pTii avait res]>ecté l'année pré- 



— 200-^ 

cédente, et voulait prouver que s'il n'avait pas fait la con- 
quête du Canada en 1759, la faute devait en être imjnitée 
au brigadier Gage qu'il avait eliargé de i^t'uétrrr ])ar ces 
rapides. Quoiqu'il en soit, ce choix d'attaque fait peu 
d'honneur à ses connaissances militaires, la défection des 
sauvages et du cor])s de milice, chargé de la défense des 
rapides, sauva son armée d'une destruction totale. 

Du coté du lac Cliam})lain, l'île aux Xoix fournit un 
excellent poste. P^lle est située au milieu de la rivière St- 
Jean et si l'on y construit des remparts et des casemates, 
on i)eut assurer qu'elle sera im])ossible. 

Il est vrai qu'elle ne défend que le cours de la rivière 
et qu'on ])eut cheminer des deux côtés hors de la portée de 
son canon; mais le pays est la i)lupart du temps inondé 
et praticable seulement dans les grandes sécheresses. Il 
restera alors la ressource de chicaner l'ennemi dans les 
bois i)ar un cani]) volant, qui tirera ses subsistances par la 
rivière St-Jean ou ])ar le fleuve St-Laurent, au lieu que 
l'ennemi sera o])ligé de faire ses trans]X)rts par charrois 
dans un i)ays c()Uj)c de marais et de ruisseaux, et une i)lace 
sur ses derrières. 

T"n corjjs ti-ès inférieur aura donc un grand avantage 
])our faire qu'il soit venu des forces ca]jal)les de le com- 
batre, ou des ]iluics (pii inoiukiit le pays. 

11 est nécessaire en outre d'avoir un fort en arrière 
(le l'Ile aux Xoix sur la même l'ivière, et des ])etits bàti- 
nienls ai'iiiés en guerre, <ini ;iui';iien1 leiii' reiraite sur l'ib.' 
aux Xoix, assui'ci-ont sa eommunieal ion a\'ee le bas de la 
rivière et em])r'('lieront l'emiemi de Jetter des bateaux au- 
dessous de l'Ile aux Noix, api-ès en avoir fait le portage 
devant cette ile. <)n peul même assurer que si l'on était 
en état d'avoii- une niai-iiie supérieure sur le lac Cham- 
))lain, il serait bien diflieile à rennenii de faire aucmie 
eut repi'ise en de«;a de ee la*'. 

,1e suppose, maintenant, que les ennemis, malgré ces 
diflieullés, soient assez forts et assez lieureux ])()ur se 
rendie maistres du ])ays qui est entre le lac Champlain et 



— 201 - 

Ir floiivp St-L;uir('iit : le i>is nllci- sera (rrv.'U'iior foiitos les 
liabitatiniis qui sont dans cette ])artio ot de fairr ])assor les 
liabitans et les bestiaux sui- la livc fraudic «lu fleuve. 

< 'es ]ia))itaf ions scivuit désolées, la rivièi'e Cliainbly 
souffrira (juchiucs eoui*s(>s de ti"ouj»es légères mais tant que 
l'île aux Noix se s<»utiend]*a. l'cnnenii n'ayant point de 
bateaux jxuir ti'averser le ileuv(^ on sei-a bien sûr de lui 
voir repasser le lac < 'lianii>lain à la tin de la eani])af;ne; 
ear cpiand niên;e il aurait assez de ])ioiuii<'rs pour faire un 
ehemin solide juscpTau bord du Heuve et assez de ebevaux 
])our y transporter des bateaux et du eaîion, il suffirait de 
deux ou trois bâtiments armés en iiuerre sur le fleuve St- 
I^anrent, pour lui en rendre le ])assage absolument impos- 
sible. 

Dans ee ])rojet ]>our la défense de la eolonie du eôté 
des laes, j'ai rapjtroelié ses frontières bien en deea de ee 
qu'elles étaient avant cette jrnerre et je ne sup]iose au<*un 
établissement solide à Xia^^ara ni à Frontenae, non plus 
qu'à St-Frédérie, parée que je ne ])ense ])as qu'on ])uisse 
avoir, ])endant la paix, le tenqis ni les moyens de doîuier 
à ees établissemens la solidité nécessaire. 

D'ailleurs ee sont l<*s liabitations de la «Milonie qu'il 
faut défendre. Elles ne s'étendent i)as au delà des ra])ides 
de ('atara<'<>ui et se terminent à c\]U[ lieues au-dessous de 
l'Ile. Augmenter les forces, est un axiome d'autant ]dus 
vrai, (pie dans le cas dont il s'agit il ne fera rien ])erdre 
et il serait à désirer qu'on l'eut )U'ati<pié dans la guerre 
que vient de soutenir le Canada. 

r'e])endant on ])ourra faire (\v:< forts à Niagara, à 
l'^rontenac et à St-l''rédéri<\ lr(rs(pie lf>s objets ]»lus essen- 
tiels seront remjilis. 

Du côté de la mer, le Heuve St -Laurent n'offre aucune 
défense jusqu'à Québec. L'on a flit souvent qu'il y avait 
des îles rui des caps ])ropres à barier le cours du fleuve; 
on s'est trom]>é, nulle forteresse au-dessous de cette ville 
ne ])ourra empéelier les vaisseaux ennemis de le remonter. 

Et même à Québec et la l*ointe Lé vis, quoique le fleuve 



— 202 — 

n'ait à cet endroit que 600 toises de large, il faudrait pour 
y arrêter des vaisseaux avoir des batteries des deux côtés 
du fleuve, ce qui est impossible, ])arce qu'on ne peut cons- 
truire vis-à-vis Qué])ec aucune forteresse qui ne fut exces- 
sivement commandée. Elle ne retarderait l'ennemi que 
le peu de temps dont il aurait besoin pour s'en rendre 
maître. 

Ainsi l'on sera toujours réduit aux l^atteries de Qué- 
bec et telles formidables qu'elles ])uissent être, elles n'ar- 
rêteront pas des vaisseaux qui auront le secours du vent 
et de la marée. 

Ces inconvénients ne doivent pas emi)êcher de regar- 
der Québec comme le ])oint de défense essentiel du Canada. 
On ])eut y construire une forteresse en état de soutenir 
un long siège et l'abandonner à ses propres forces, lorsque 
l'ennemi aura forcé le dél)arquement et acquis une supé- 
riorité décidée, alors il s'arrêtera à en faire le siège, ou 
il cherchera à ])énétrer dans le ])ays s'il entre]irend le 
siège, sup))osons (pi 'il ait le tems de le terminer avant le 
départ des vaisseaux et qu'on ne ])uisse asseml)ler assez de 
forces pour lui faire lever, il sera bien hardi s'il se hasar- 
de à laisser jx'iidaut l'hiver une garnison dans Québec. 
Les troupes françaises cantonnées autour de la ville ne 
permettront ])as à cette garnison de s'éloigner du chemin 
rouvert sans combattre. 

Comment ])oun-a-t-elle se i)()urvoir de la (piantité im- 
mense de bois nécessaire ])oui' passer la mauvaise saison? 
Où ])rendra-t-elle des bestiaux ])our les malades (pii ne 
])puvent êti-e nourris avec la viande salée .' 

rv projet de se catiloîmer autour de Qiiéb(v fut donné 
en 1759 et auiviil forcé les Anglais de tendre la |>la<'e au 
ni i lieu de l'hiver. 

Mais le (Jouvernenr ci rinlendant, anxcpiels il fut 
pioposé, assurèrent (pie l;i colonie était dans l'impossibilité 
de fournir les vivres néeessaii'es pour noiirrii- les trouj)es 
dans ces cantonnemens. 

Si l'ennemi, au lieu de faire le siège de Québec, s'en 



— 203 — 

rontrntf dVn masquer la ^^ainison avec Tirir partir do son 
ariinV, et entr''j)reiul de i)éii('trer dans rinléi'ieiir du ])ays. 
alors les tr(>n])es hattiies se retireront à dix lieues au-dessus 
de Québec, derrière la rivière de Jacques-Partiel*. 

C'est une bariière inqx'nétrable et c^ui couvi'e ]iar 
terre toute la rive gauche du fleuve. La rive droite qui 
est moins impoi-tante est cou])ée à ])eu près à la même 
distancée })ar des rivières et des i)ositions aisées à soutenir, 
et les troupes postées sur ces deux rives pourront soutenir 
et communiquer en traversant le fleuve. 

Mais ce n'est ])(»int assez d'être ])<)stés sur les deux 
côtes du fleuve, il est d'une telle largeur (pie l'ennemi le 
remonterait aisément, sans que les batteries de terre puis- 
sent s'y o])])oser. Il (\<t nécessaire de se })ourvoii" avant 
la guerre de quelques frégates à fond i)lat, c'est-à-dire ne 
tirant que 8 ou 9 i)ieds d'eau, aiiuécs cliacune de 18 ou 20 
canons de 24. 

Pelles combattront avec avantage contre celles de l'en- 
nemi, ciw il n'osera com})romettre ses vaisseaux de ligne 
dans une rivière oi'i le manque d'eau les ex])oserait à 
«'«'liouer à cliacpie instant. 

Si néanmoins la connaissance du ]»ays lui avait fait 
naître l'idée de faire construire de ])areils vaisseaux qui 
fussent su]x'rieurs en nonibre. il i-esterait encore pour les 
arrêter le passage de Richelieu à 14 milles au-dessus de 
Québe<'. 

Les vaisseaux ne ])euvent remr^Titer cette ]iartie du 
fleuve qu'un à un et avec le secours d'un vent forcé. 

Quatre frégates mouillées au haut du jiassage dé- 
truii'aient aisément cent vaisseaux, l'un api'ès l'antre. 

Les trou]^es en se fortifiant à hauteur du ])assage 
seront en état de faire durer la canqiagne jusqu'à la mau- 
vaise saison et Québec subsistant, elle se terminera tou- 
jours par le dé})art de l'ennemi. 

Il faut observer que j'ai mis les choses an pir. que 
j'abandonne le Canada à ses pioi)res forces et (pi'il ne 
reçoit aucun secours de France. Car s'il y était envoyé 



.... 204 — 

une esr'adre avant rarrivce des ennemis, il leur serait mo- 
ralement impossible de remonter le fleuve au-dessus de 
Québec, même après avoir battu cette escadre parce que 
ses débris réunis avec la marine du ])ays et placés dans 
les endroits ])r(>pres, suffisent pour rendre la navigation du 
fleuve impraticable. 

Je n'ai ])niî]t ]»arlé non ])lus des chicanes sans nombre 
qu'on ]>eut enq)loyer à la défense comme bndots, radeaux 
et artifices, chaînes et chaloupes canonnières. 

J'ai su]>])osé que les troupes destinées à empêcher le 
débar(piement ont été battues et qu'elles sont demeurées 
fort inférieures à l'ennemi. 

Il n'est pas néamnoins vraisemblable qu'il ])uisse 
trans]K)rter un nombre de trou])es assez considérable ])Our 
rendre la défense très dispro]>oi"tionnée. 

Ceci est d'autant plus vrai, que les trois corps de 
trou])('s (pli défendent le Canada, s'il est attaqué en même 
tenq)s ])ar ses trois fi'ontières, ont l'avantage de ])ouvoir 
se réunir lorscpi'oii le jut>-era à pro]K)s, ])our combattre 
celle des armées emieniies doîit la j)osition sera la ])lus 
inquiétante, et de i-et(»urner ensuite, diacnn (hni^ leur par- 
tie; au lieu (pie l'ennemi ne ])eut établir aucun commu- 
nication, ni même aucun concert ))ré<'is entre les ditTérans 
corjts qu'il fera agii'. 

Je crois donc ]iou\'oir c(»n<-Iiire sans témérité qu'eîi 
fortifiant (^)uébec d'une manière res))ectable, ce qui est 
très })Ossible, le pis aUer sera a])rès des mauvais succès, 
de voir détruire le (piart dv^^ liabitations de la colonie. 

Mais le départ de rcniicmi en laissera l(»iijours la 
]>ropriété au Roy et comme le Ixtis y est ti'ès commun cette 
])erte sera bientôt rc|»ai-ée. Il faut même supposeï' (jue 
les ennemis aient rinliuuianité ci l;i eonnuodité de bi-rdei' 
toutes les liabitations (pi'ils au?'<int ])arcourues. A l'égai'd 
(\os ^M\'iins et (h'^ bestiaux <ui les fera l'cinonter dans les 
)»ai'tiesoù rennemi ne poui'i-a pé-nétrer. 

On serait même à l'abri de craindre la destruction 
dont nous venons de }»arler, si l'on pouvait construire 



... 205 — 

avant la trii<'i'r<' nn assez iri'and n()iii})re de t'rég:ates à fond 
l»lat et (U* ('lial(»U|H's canonnières. )Minr «'-trc su)»«'rit'iir en 
marine devant Qni'hcc. 

Je ferai n'niar(in('i", à ct'tte occasion, <'e (ini se passa 
dans la caini)a«i:n(' de 1709. Elle s'onvi'it de notre eôtt^, 
sans ancnns jn-épai-atifs pour (^néhcc. ( Cttc ville n'était 
j)oint en état de sontenir nn sièiic ()n n'avait ])ris 
d'avanee ancnne précantion ]>onr harrer le tlenve. 

Quekines firpites marchandes années en «j:nerre et 
eonnnan<lées ]»ar des officiers contraires faisaient toute 
notre marine. Ses hrulots furent mal exécutés et en trop 
))etit nomhi'c. le cours du fleuve sous Québec ne fut ])oint 
disi)uté. 

l/ai'ni('(' (pli (h'-lcnd.iit le dé))ar(piement n'était pas de 
jdus de '^^)^)i) liommes d<' trou]K's: les jnilices (pii y étaient 
jointes étaient excessixcnient diminuées ]>ai' la d<Vertion. 
Les .\niz:lais. après avoir été repoussés au déhaivpiement, 
surprirent au-dessus de (^uébe<' une côte très aisée à dé- 
fendre et s'étant formés avec luie «grande pi'oiii|»titude, 
battirent notre ]>etite armée le ^'^ se]iteml)re, elle se retira 
derrière la rivière de Jac(pU's-( 'artier. sans vivres, sans 
munitions, sans artillerie et sans tentes. Le lieutenant 
de Koy de (Juébec ouvrit ses ])(»rtes aux An,ii:lais sans avoir 
été attaqué. 

Tous ces avanta^^es ne leur doiinr-rent )ias assez de 
contiance pour oseï* remonter jtlus haut (pie (Québec. (pi(.i- 
qu'il y eut encore six semaines de canii)a^ne. 

Ils se bornèi'ent h établir une; j,^arnis(tn dans eette 
])la«'e ]jendant Tliiver. Si Québec eut été en état de sou- 
tenir un sièy:e de trois mois, (juel fruit les Aufxlais auraient- 
ils tiréde leur débaivpiement et de la victoire du treize 
septembre. 

A))rès avoii' parlé de l'utilité dont peut «-tre le < anada 
au Royaume et de la possibilité de le mettre en état de se 
défendre pal' lui-même, je vais hasai'der mes idées sur 
la manière ilont il devi-ait et re ^^ouverné et sur les dépenses 
qu'il oeeasionnerait i»endant la paix. 



— 206 — 

Il est nécessaire que le Gouverneur de cette colonie 
soit homme de guerre pour qu'il puisse la disposer à la 
soutenir; homme d'Etat pour y faire fleurir la culture 
des terres, le conmierce et l'industrie des habitans, d'un 
caractère ferme, actif, travaillant par lui-même et voyant 
tout, jaloux du l)ien public, ennemi des frijions et irrépro- 
chable sur l'intérêt. Il est à proi)os que la Cour lui flxe 
une somme ]}our les dépenses militaires, marines et forti- 
tic-ations, dont la disposition soit remise à ses lumières. 

Il n'est ])as moins essentiel que l'Intendant soit hem- 
nête honnne, économe, éclairé, instruit dans toutes les par- 
ties du gouvernement, ])olice, justice, flnances, culture, 
poi)ulation, commerce, industrie, détails de marine, etc, 
vigilant sur les intérêts du Roi et du pays, sévère sur 
l'article des friponneries et soumis à l'autorité du Gou- 
verneur Général dans tous les cas oi^ le Conseil ci-après 
ne serait pas asscm])lé. 

Le chef de la religion doit être un évêque qui joigne 
aux talcns d'un ]>asteur la connaissance des ])arties les plus 
essentielles de rathninisl ration civile et politique et assez 
éclairé pour que la religion, dans ses mains, ne soit pas 
un obstacle au bien dé la colonie. 

Tja cour ))eut donner toute autorité au Gouverneur 
Général, quand il sera tel (pi'on vient de le dire, mais com- 
me il faut assurer la liberté des citoyens et pourvoir aux 
vexations injustes, ainsi (pi'aux entre])rises qu'une con- 
liance trop étendue pouri'ait l'engager à faire de son 
propre mouvement: il sera établi un Conseil d'Etat, com- 
])osé du Gouverneur Général, de rEvêipie et de l'Inten- 
dant. ( 'e conseil s'asseinblei-a toutes les t'ois (pi'un des 
trois le requei-ra. 

liCs alTaii'es y sei'ont décidées à la pluralité des voix. 
Les décisions seront eni'cgist rées; copie des registres sera 
remise à chacun de <-eux cjui le composent ])our les envoyer 
h la coui', les trois Meinbri's du ('onseil dexant répondre 
chacun de leurs opinions. 

Il v aura un secrétaire du Conseil d'Etat dont la fouc- 



— 207 — 

tioii st'ia dt' rai»})oi'tc'r les atfaires qu'on y devra traiter, 
de tenir les re^iistres et faire les écritures et eopies qui y 
auront ra)t}K»rt. 

Tout (•it(»yi'ii de la (-(donic (iiii ;iuia li«'U tli* >c plaindre 
du ( iouvcriuM^ir (irnéral ]»(>ui'ra s'adresser à l'Kvêque ou 
à rintcndant, (pli. sui* la loiinaissance (pi'ils j)rendrunt du 
j::ri(.d', seront en droit, si le eas leur jtaraît en valoir la 
l»eine, de l'aire tenir le Conseil d'Ktat. 

Us pourront l'un et l'autre le faire assembler, lors- 
qu'ils s'apereevront (jue If (iouverneur (Jénéral, hors le 
cas de dépenses militaires, fera des innovations qui leur 
paraîtront «-ontraires au bien pu))lic ou aux intérêts du 
Koi. ou lorscprils auront eux-uiêmes (piehpie nouveauté 
utile à proposer. 

Le ({ouN'eriieui- (iénéral assemhleia aussi le ('on.seil 
d'Ktat lors(pril se croira obliLcé de faire dv<> innovations 
essentielles avant d'en avoir reçu l'a^irément de la cour 
l't se conformera à sa décision. A l'éo^ard de la partie 
militaire, il n'en rendra c<>mpte (pi'à la «-oui- dont les ins- 
tructions lui serviront de i-è<île. 

La justice sera rendue comme à l'ordinaire ])our le 
( "onseil Sui»éi-ieur. Il sera établie à (Québec une ( "liambre 
de ( 'onunerce d<»nt les délibérations et les arrêts seront su- 
jets à la revision du Conseil d'Ktat : re (pii n'enq)êcliei'a 
pas (pie la ( 'liambre île ( 'ouuner<-e ne rende conqde directe- 
ment à la cour de «-e (pTclle aura décidé ou i\i'< pi-op<.sitions 
(ju'elle aui-a faites au Conseil d'Ktat. 

()n la composera i\v> né^iocians les plus é(dairés et il 
sera accoi-dé, sui- le rap]»ort du (îouverneui- (Jénéral, quel- 
que réconipcMsc lionoi'iti(iue aux mend»res de i-ette ('lianr 
bre (pli auront proi)osé les moyens k^s i)lus utiles pour 
augmenter le coîumerce du l>ays, l'elativement au bien du 
Koyaujne. 

La ( 'liamiuc de < ounnerce t ieiidi .i l;i main à empêcher 
les monopoles et.é(dairera sur cet arti(de le gouvernement. 
Le Conseil il'Ktat sera juge souvei'ain dans cette i»artie. 

Le Con.seil d'Ktat .sera en droit d'établir une taxe 



LO i. — 208 — 

pour les denrées et marchandises, tant étrangères que du 
cru du pays, si l'on s'aperçoit qu'elles soient portées à un 
prix trop considérable. 

On ne se servira dans la colonie d'aucune aufi'e mon- 
naie que celle de papier iui})rinié et dans la même l'orme 
qu'elle se faisait ci-devant, avec cette différence que les 
ordonnances seront marquées d'une em])reinte et signées, 
non seulement de l'InTcndant, mais aussi du Gouverneur 
Général et d'un commissaire ou contrôleur nonnné à cet 
effet. 

Les ordonnances seront ])ortées comme ci-devant au 
trésor chaque année avant le départ des vaisseaux pour 
être retirées par le Trésorier et remplacées à ceux qui les 
rap])orteront i)ar des lettres de change à un ou à ])lusieurs 
termes. 

Il sera dressé un procès verbal des ordonnances con- 
verties en lettres de change lequel sera signé de l'Inten- 
dant, du contrôleur, du Trésorier et visé jiar le Gouverneur 
Général. Ce procès verbal sera, envoyé à la cour. 

On ])rûlera les ordonnaui^es qu'on aura retirées et l'on 
conservera la note de leurs miméros, ])our être remplacées 
sous le même titre, à mesure qu'on en aura besoin. 

Toutes les déj)enses fixes seront réglées par des Etats 
de la cour. 

Les extraordinaires ou imprévues ne pourront être 
ajqjrouvées si elles ne sont revêtues de l'autorité du Con- 
seil d'Ktat. li TJioins qu'elles ne regai'dent les sauvages ou 
la pallie mililaii'e. 

(^uoi(jue les dépenses militaires soient l'emises entiè- 
lement à la i)ru(l('nce du (Jouverneur (u'néral, l'Intendant 
et sous lui les ]>rinci])aux officiers de ])lume seront autori- 
.sés et, dans l'obligation d'en prendre une connaissance 
exacte et détaillé, non (juMl ]>uisse s'ojqjoser aux ])rojets 
qui auront la guerre ))niii- objet et (pd peuvent être de 
son re))oi't, mais pour éclaii'cii- le Gouverneur sur les pré- 
varications dont il ne se serait pas apei'<;u et la cour sur 
celles qu'il ne voudrait pas apercevoir. 



— 209 — 

On empêchera les orfèvres de fondre les espèces d'or 
et d'argent, et à cet effet, ils seront (►hligés de rendre conii)- 
te des matières (pi'ils empLjient, des ouvrages qu'ils livre- 
ront. 

(La tin dans l:i pT'ocliainc livraison) 



OUESTIONS 



Dans son ttstanitiil n-iii à Québec- |tar le notaire Chanibalon le 25 
mai 1703, le gouverneur de Caliières recommande particulièrement à son 
frère le mari|uis de Callicres, qu'il institue son licritier et léjratairc, de 
prendre soin de Mt»n,-ieur le ihivalier de Courcy, ''ne lui avant connu que 
de bonnes inclinations". 

Quel est ce ilievalier île f'ounv':' A-t-il servi ici? 

XOT. 

Dans un docunu-nt daté du 2o mai 1703, je vois la signature très 
r..lic de Joseph Ilanibal, habitant de Québec. Quel est ce M. Hanibal? 
Que faisait-il à Québec? 

XXX. 

— Quel fui \f pn-nuti ( auadien-Fran(,ais, c'est-à-dire quel fut le 
premier enfant né dans la Xouvelle-France d'un père et d'une mère 
français ? 

A. I'.. (\ 

- On voit dan.s l'Histoire des UrsuUnes (vol. 111. p. 0) (|u'on trouva, 
en ISÔ\, dans le grf-nier d'une maison de la basse-ville de Québec des 
paniers remplies de lettres du trop célèbre Estèbe. Ces lettre- ont-elles 
été conservées? Où sout-elle.- : 

CURIEUX. 



... 210 — 

LES FRANCS-FRERES 



SOCIETE POLITIQUE SECRETE DE MONTREAL 



Je dois à un octogénaire, ancien officier de justice, les renseignements 
i|ui suivejit sur les Francs-Frères, société politique secrète d'il y a soixante 
ans. 

En autant que je me rappelle, dit-il, la société des Francs-Frères fut 
fondée en 18."i(; et la })lui)art des sociétaires appartenaient ou avaient 
appartenu à l'Institut canadien. 

J'avais dix-sept ans joi-sque je devins membre. Les réunions .se te- 
naient, à cette époque, au deuxième étage d'une maismi ^^ise au coin nord- 
ouest des rues Sainte-Catherine et Sanguinet. 

Ai)j)arfmment, c'était une .société de j)rotection et de secours mutuels 
pour les libéranx; elle avait un riliicl semblable à celui de toutes les 
sociétés secrètes, mais le fait qu'tdie fut dénoncée j)ar le clergé laisse sup- 
poser (|u'elle avait un autre Itut qut' j'ignnre. 

L'n soir, ajoute-t-il, des citoyens de la ]tarois.<e Saint-Jac(|ues firent 
irruj)tion dans Jiotre salle et nous forcèrent de déguerjjir. Ce fut le 
coup de mort des Francs-Fri'rt''^. 

Ajjrès cette affaire, les sociétaires s'asseml»lèrcid tantôt chez l'avocat 
De.-;jardins (Magloire), rne Saint-Vincent, tantôt ailleurs, mais le prestiga 
de l'institution était évanoui à tmijouis. 

Quelques-uns des membres les plus en \ ue étaient les avocats J. 
Doutre, M. Desjardins et Richer, puis .M. J.-E. Lafond, le cmnédieii .A.-V. 
Brazeau et son frère Ouillaume. Tous sont décédés. 



* * * 



Le IS avril i.SiSi, un c((rrespoii(lant contiait à /(( Minrrvc une longue 
lettre (pli avait pour but '•d'i'tlifier les rédacteurs du journal sur la croi- 
sade enti"epri-e contre certains t"rancs-nui(,'ons". De ce morceau où l'un 
ne peut démêler la part de la calomiue et de la médisance, j'extrais quel- 
oues passages (pii me semblent cuiicerner nos Francs-PVères. 

* # # 

"L'Institut-CaJuidien di- .Montréal, créé en 1841, et nourri, dès son 



— 211 — 

origine, de IVsprit de Voltaire, était déjà, <'n I8r)3, pour ne pas dire 
avant, dirijjé en orrande partie ])ar l'intlueme di-s sociétés secrètes. La 
jtreiivt' t'H est, (lu't'li ISô.'i-lSÔ-l, une seule loif*', désifjnée sous le nom d»' 
Ut}ii' dt'S Fram-Fréri's et sounii-^t' à la iriande loge th'^ Odil-Fellows de 
Montréal, coiitenaii l'iivinm deux ceiiis nit-nilires du susdit Institut- 
l'anaditMi. 11 c-i ;'i rnnartiiu'r fii passant ipie s<'s deux ecnts nifinlire;* 
coniprcnaifUt les sommités lihéraU'S-rougt-s de riustitut-Canadii-n : car, à 
cette époipie, les conservateurs n'étaient pas admis, en prati([iie, à la loge 
des Franis- Frères. 

''Les réceptions dans la loge des Francs-Frères se faisaient comme 
chez les francs-niai;ons. On bandait les yeux du mniveau canditlat jiour 
lui faire snhir les |)remières éjjreuves, |iuis ou le conduisait par une corde 
au cou dans une clianilire tendue de noir, où se trouvait \m cercueil vide 
recouvert d'un drap mortuaire avei- une tête de mort pour com|»lément. 
Là, en face d'une taide nii se trouvait une espèce de hilde, et. en |)résence 
de plusieurs Francs-Frères, armés de poignards, a|)rès avoir enlevé le 
handeau (pli lui couvrait les yeux, on faisait jurer au novice Franc-Frère, 
et cela sous menace de mort, entr'autres le.s points suivants: lo de garder 
le secret absolu sur tout ci- (pi'il conmiissait de la fraternité- *U-fi Francs- 
Frères; '-^o d'obéir aveuglement au grand nuiître de la loge et aux ordres 
des loges sujtérieures : -U* d'être toujours démocrate, libéral en politique, 
et de combattre d«' toutes ses forces tout»- autre fornu' de gouvernement, 
spécialement la uionarcbie : 4o enlin de propagea autant (pi'il serait en son 
pou\(iir les doctrines dev Francs-Frères." 

Mon informateur, je l'ai dé-jà dit, ne sait rieu de l'afliliaiion des 
Fruncs-Fri-ns aux (hld-FrlIoir/i. 11 a cependant ouï dire que Magloire 
Uesjardins fai>ait ]>arlie de cette dernière a-sociation. 

M, Desjardins, sur la lin de sa vie, n'était plus catludique. il mourut 
âgé de 4;{ ans, le 'H) décembre ISOI et fut enterré ilans le cimetière jiro- 
testant. L'acte de son décès est inscrit dans le regi-ire de l'église pres- 
bytérienne franco-canadienne de ISf!."» sous la ^iguature du pa.-teur Huclos. 

Iv-Z. MASSICOTTF 



QUESTION 



La ChMiubre de Coiniinict- Ui- gu.'btc a e<'-|.'lir<'' en lUOS 1.- eentenalre 
dp sa fondation. Cetlo C'haiuliie de Comniorre pst-elle lu plus vieille ins- 
titutiun du Kt-nre au Canada ? Quelles .sont l<-.s Chanibre« de Coinmerce 
canadiennes fondées avant celle de Québec ? 

COMM. 



— 212 — 

LE CHANOINE JEAN-BAPTISTE 
GOSSELIN 



"Gosselin Jean-Baptiste, ordonné à Québec le 20 octobre 1734, mou- 
rut eu 1759." 

Cette trop laconique note de Tanguay est même inexacte. Le millé- 
sime 1740 doit être substitué à cehii de 1759. 11 semble donc écrit que 
pas une date de cet auteur n'est sûn-uR-nt ini[icrca!iK'. V.n matière généa- 
logique surtout, causer et rire sont imprudences ])resque toujours fatales. 
Heureusement, il est d'autres ndnes de renseignement que le Répertoire 
du clergé canadien. 

M. Gosselin, je l'ai souligné plus haut, était originaire du diocèse 
d'Amiens. Il vint en Canada au printemps de 1729, en compagnie de 
ilgr Dosi|Uct et (les abbés et de St-l'niicy. 

Le jeune abbé, qui n'était même j)as dans les ordres, était une recrue 
destinée au Séminaire de Québec ])ar le Séminaire des Missions étran- 
gères de Paris. On sait l'amitié (pii a toujours existé entre ces deux 
Maisons. Les Messieurs du Séminaire de Pai'is, présumant que le iils 
avait hérité du talent liiiancier de son ])ère, espéraient qu'il serait à la 
procure un précieux collaborateur en attendant (pi'il en devint le titulaire. 
Mais l'expérience ne tarda i)as à démontrer (pic le Iils du llnancier avait 
])lus de vocation et d'aptitudes pour le spirituel (pie [Kiur le t(in|)orel, ce 
qui n'est jtas {trécisément un déficit, du moins [)()ur un léxitc. 

On l'installa donc à la procure alors sous la direction il'uii M. llamel. 
Mais il l'ut bient<')t évident cpi'il n'était pas l'homme pro\idenliel annoncé 
et attendu. Pendant son triennat il ne révolutionna |tas le système fiscal 
de ses prédécesseurs. Il semble même les avoir copii's, bien (pi'il eût |)U 
faire table rase et inaugurer une ère nouvelle puiscpi'il devint le titulaire 
de la jjrocure. l'ne preuve, c'est <|ue les arcliives renfernu-nt i]i'ii "Actes" 
qu'il a signés en (pialité de [(rocureur et (pii le mentionnent comme ttd. 

Il n'appert d(Uic pas (pi'il ait i'eli[isé ses niiK'-s, comme respéraient 
les Messieurs du Sémimiirc de Paris. A priori, la conclusion s'impo.se. 
ilais le fait (jui .-emblc ram(iin(|rir est, l'igoureusement du moins, suscep- 
tible d'une autre interprétation, .leuiie, ine\|)érimenté, sans le noviciat 
préalable, et transplanté dans un milieu l'tranger, temitoriser a peut-être 
été sa politique. Si peu de manoeuvres maladroites suffisent à embourber 



— 213 — 

ii'impnrto quoi cliar flnancior ! S'il a ainsi raisnnnô, j'opine à croire qu'il 
pût ('t<'' un i)rocureur assez, avisé, avec plus de goût pour les alTaires, bien 
entendu. 

Ai)rès un |ircinior séjour à (^uéin'c, li' jt'inif i Irrc désireux sans 
doute de rt'Xdir .-nii pays — re|)assa teniporaireinent en Franci', dans l'été 
dn llii'J, en (•(inip;i,i:nif. ci'tti' fois cncon', de M>,'r Dosipict, r\ de l'alihé 
Piouianger, l'un df se- mlhdmratfurs à la procun-. 

Arri\é à l'aris. il se rendit au S<'ininaire dfs Missions étran;,""'re>, et 
1p 1^ mai n;{:{, M. ilr Monti^Miy, l'un <]<■< dirrct-'urs, écrivait au Séminaire 
(\o (^ué'l)cc: ".Nous a\ons eu ici pendant (pichpic temps M. (Josselin; il 
a perdu son père et ses atVaires de l'ami Ile l'ont apjndé à son pays. Nous 
avons cru (pi'il était à propos de lui donner un an pour s'aj)pliquer à 
l'é'tude et se disposer à rece\oir les ordres sacrés et la prêtrise, t'omme 
le séminaire «le j.aon. dont MM. île St-Nicolas. rlu Chardntnnet ont la 
direction, est assez proclie de son pays. nou> lui avons conseillé d'aller v 
jiasser un an et nous y payi'rons sa j)ension." 

L'intérêt évident que le Sémimiire de Paris portait au tils m'incline 
H croire (pie le père lui avait rendu <\i-> services financiers. Sinon, ses 
symj)atliies n'en sont (jue plus dignes d'éloges. l']n tout eas. il a été pour 
le jeuiu' alibé un protecteur et un directeur avisé. 

(.)u«'lques jours |ilus tard, le v^<l mai, M. île Mi-ntigny écrivait à M. 
de St-Kerri''ol, supérieur du Séminaire de (^ui'lier : 

**.M. (Josselin a du zèle pour le soutien de \(.tre si'nnnaire. mai- (juoi- 
qu'il ait i|Ue|i|ue expérienee du temporel du Canada, il ne parait guère 
jiropre pour tenir les livres et les comptes. Je n'ai point voulu redire à 
ces Messieurs du Sé-minaire de (^»uéltec, à moins qu'on ne le fit direifeur: 
personne n'aurait été de cet avis, de \\r sai.- ce qur vous et vos .Messieur.s 
en pen.xez''. 

Cette note suggestive prouve é\ii|emment que M. de M<.ntigny était 
le confident de .M. (Jftsselin, un peu osé, il me -emlde. en .-ollicitant son 
agrégation liien (pi'il ne fût pa.s encore j)rétre. .\insi vont les cho.ses en 
matière d'agré;:ation : les uns la n'clament trop tôt. et les autres trrip 
tardivement. 

Les Messieur> du Séminaire de (,»ucliec, on le < oneoit, e|ii-i< rent la re- 
pon.-p à fctte question: mais le Ki octobre lT3;î, <lans une lettre au Sémi- 
naire de l'aris, il.s .««ojlieitèrent le retour de leur ancien proi ureiir: 

".Nous espérons (pie .M. (Josselin aura [)ers('véré dans l'attachement 
f|iiM iK.li> :i (it'iinl-, et oiie vous aurez la honfé de nous le renvoyer. Sa 



— 214 — 

présence nous aurait été très utile cette année; néanmoins, comme nous 
aimons son bien, nous avons supporté son absence avec la soumission que 
nous devons à vos sentiments et à ceux du coadjuteur qui a Jugé à propos 
de lui faire faire une année de séminaire en France; nous espérons que 
nous n'en aurons dans la suite que j)lus de consolation et de services." 

Alistraction faite du point de vue j)ratique, ce témoignage est presque 
l'équivalent d'une agrégation. 

Au printemps de 1734, les Messieurs du Séminaire de Paris, sachant 
que leur protégé était disposé à retourner au Canada, écrivirent au Sémi- 
naire de Québec: 

"Xous vous renvoyons M. Cosselin, mais comme il se dispose à la 
prêtrise et qu'il faut qu'il étudie, il ne pourra pas encore sitôt être utile 
pour les affaires temporelles. Il aurait souhaité que nous l'eussions 
agrégé à votre séminaire de Québec, non pour être directeur, mais pour 
être de votre cor[)S. Xous avons dilféré cette affaire à laquelle l'Evoque 
n'aurait pas voulu donner les mains." 

^Igr Dosquet, nommé évêcjur «Ir (^uéber, entrait dans sa ville le 1(3 
avril IT-Tf. et, avec lui, vraiscmbialilcmcnt, l'ab])é (iosselin. Trois se- 
maines après, le H scfitembre, Mgr Dosquet l'(>rd<»nii;iif sous-diacre: 
diacre Ir ]'i du même mois, et jirétre le 18. 

Quf se passa-t-il au lemh'maiii de son ordination? Je l'ignore, ^lais 
l'abbé dont le Séminaire de Quélx-c avait sollicité le retour lui écbappa. 

Il partit presque aussitôt [loiir aller missioniier — à Lanoraie pro- 
bablement — qu'il (|uitta en IVMi pour rej)asser en Franci^ une seconde 
fois. Soit nostalgie (ju incoU'stance, soit un mélange de l'un et de l'autre, 
il ne devait cesser de |)érégriner (|ue ilans le royaume (\o)^ cieux . 

Les Messieurs du Séniiruiire. au lieu de le reconduire au bateau, 
écrivirent au Sémirudre de Paris: "M. (iosselin, après avoir poursuivi 
avec chaleur les titres de sa mission et les avoir obtenus, a pris le parti 
de repasser en France. Les titres (pi'il a jiris lui ôtent tout droit de ne 
jamais rien prétendre rju Séminaire ae Québec, ni à celui de Paris. Il 
compte pourtant retourruT i liez vous comme pensionnaire. \'ous pouvez 
le recevrtir en cette (pialit»', mais (ju'il n'ait toujours envie de rexcnir au 
Canada, (pie ce ne soit pas à nos dé[)ens, ni poui' h- SiMuituiire." 

La teneur de ce jiasseport laisse suflisainnient ile\iiirr ce qui s'était 
passé au len<Iemaiii de l'ordination, et pounpioi Ton se boudait. Le 
privilège de l'agrégation ('tait la cause de tout h; mal. il était pour le 
jeune prêtre la comlition .sina qna non de son entrée au Séminaire qui, de 



— 215- 

son côté, persistait à 1p lui refnsrr. L'évêqiic n'avait pas juridiction dans 
cettf» question (Vfinbrit.s rorpus ini|irt»prement dit, et le niariagp fut man- 
qué. Chaque partie était donc dans son droit, l»ien que toutes deux 
n'eussent pas éjjaU'nient raison, l-'n tout <as, rlans mon e.>timation, ces 
cfdiHits l)ien humains n'ont rit-n (pii doiv^-nt •■toniuT. 

En ap[)aren<f' du moins, les Messieurs du Séminaire de Paris n'atta- 
ihèrpnt ^uère d'importance à l'incident au(|uel ils tirent allusi»»n dans 
les termes suivants, dans une Irttn- en date du 18 mai 1737: ".M. Gos- 
selin est resté dans son pays et y fait les fonctions d»' vicaire." 

En 173S, il reprit son hâton de pèlerin, comme il apfiert par une 
lettre des dirc( teurs du Si-niiiiairp de Paris, en date du lô mai : 

"M. (tosselin a pris .-on parti de lui-même puur retourner au Canada; 
ce n'est point nous «pii l»* renvoyons. Il aurait souhaité que nous l'eussions 
fait, mais nous n'avons pas cru devoir surcharger votre séminaire. Il e.^t 
de bonne volonté et il aime votre oeuvre, mais il est bien vif et ne se 
laisserait peut-être |)as facilement conduire. D'ailleurs, il vous serait 
Mitièrement inutile |)our la conduite de vos jeunes gens. Nous ne vous 
conseillons donc pas de l'agréger facilement quoique nous n'ayons nul 
sujet de plainte contre lui. Nous lui avons même fait amitié lorsqu'il est 
revenu de son f)ays, nous Pavons re(;u au Séminaire le [)eu de temps qu'il 
est resté à Paris et nous lui avons donné 50 livres par gratification qup 
nous ne mettons pas sur vos coni|)tes." 

Cette lettre démontre (pie la sympathie de (es Messieurs pour leur 
protégé ne se d<'mentait {»as. En présence d'un cas identique les médecins 
acttiel.s concluraient prf)hahlement à la neurasthénie. 

pendant son court séjour à (^>uéhec, M. (Josselin semhle avoir ét<^ 
l'auxiliaire de la cure de Québec et s'occupa de botaniipie. On lit. en effet 
dans Ferlaml (1). qu'en 173!i l'intendant Hoc«piart faisait j>asser à 
Rochefort "un petit ballot contenant un herbier, formé par le sieur 
fîosselin, prêtre et chanoine". 

Chanoine titulaire de Québec, il devait l'être un jour, mais il ne 
l'était pas à cette époque. 

Dans l'automne de 173^. il fut chargé de la desserte des missions 
de la rivière Chambly. Le ]() mai 17 11. Daine déclare qu'il a fait "cession 
dp sa seigneurie au sieur (i<)sse|iii. mré de la ri\ière Chambly. il y a envi- 
ron deux ans". 

m Vol ni. 4-,o 



— 216 — 

Cette seigneurie était dans ]a baie de Missiskuoy, au lac Cham- 
plain (2). 

M. Gosselin desservit ces missions trois ans environ: Yamaska 1738- 
40; Saint-Denis et Saint-Charles, ir40-4l. 

Après la mort de .M;;r do l'Auborivicro, le (!haj)itre do Québec nomma 
M. Gosselin curé inanxovible d' Yamaska, ainsi que cinq autres curés. Il 
venait à peine de rerevoir ses lettres (|u'il sollicita sa translation à un 
autre i)oste, alk^uant insuflisanrc du rcviMiu. 

Le Chapitre, par débbération en date du 18 se])tembro 1740. consentit 
à lui donner les titres et i)rovisions d'une nouvelle cure sur la rivière 
Chambly, dont l'érection était réservée au Ixtu plaisir, du futur évêque, 
et le chargeait en même temps de desservir. i)ar voie de mission, le rang 
de la seigneurie de Contrecoeur qui longe la rivière Chambly, ainsi que 
la seigneurie de Saint-Denis. 

Puis, le Chaj)itre décida en même temps l'érection de la seigneurie 
de Lafresnière et Contrecoeur eu paroiss(\ avec saint Louis ]iour titulaire 
et M. Gosselin pour curé. 

^Lilhcurcuscinent, cette proiM'dure du Chaj)itre, ])araît-il. était ultra 
\ires. Aussi,' Mgr de Pontbriand, après prise de possession du siège do 
Québoc, exigoa purement et simplement la démission des inamovibles. 
C'était son dmit inrouiestalde •. mais il pouvait également bien su[)pléer 
à l'absence de Juridiction en ratifiant les nominatioiis faites de l)onne foi 
par le Chapitre. Cette revalidation n'eût prol)jiJ)lemeiit pas mis en péril 
l'Kglise du ('anada. V.w tout <as, ^I. (îossclin s'xécuta prineii^u'einent, et. 
le V sept(!nibre 11 11, il signait sa démission rédigée comme suit : 

"L'An, r. Il, je, J.-H. (joss(din, curé de Saint-Mich<d d'Vamaska, 
ai remis purement et simplement la <lite paroisse d'Yamaska entre les 
mains de ]\Ionseigiu'ur j)our en disposer comme il le jugera à propos, 
l'enouQant dès à présent à tout droit sur la dite cure, m'en tenant dès à 
présent à mon canonicat i'i). 7 sept. Il II. Signé-: (Josselin." 

.\ l'époque où il démissionnait comme curé d'Y^amaska, ^î. fiosselin 
était bien et dûment chanoine titulaire du Chapitre de (,)uéhec. TjOs pro- 
visions qu'il tejuiit flu roi é-taient daté-es du IH mai 11 II. l/installation 
du successeur du chanoiur' Ccb'iche avait eu lieu h- ii I août 11 II. Cette 
nomination dût être agn-ahlc à rinlemlant Iioc(|uart ipii en l'ut 1" parrain 

(2) l'Mil.s et (>v<\.. vol. II. p. .".fi. 

(3) AicîhivPH de l'Archevêch*^. 



— 217 — 

comme nous allons h voir. 

Se trouvant à Qut'het' lors de l'arrivée de Mgr de l'Auberivière, M. 
Gosselin se prodigua à tel j)oint pour les malades du vaisseau arrivé le 
7 août, que l'inti'iidaiit Hoctpiart i iiit ilmuir ].• sitriialt-r à la '(nir dans les 
termes suivants: 

"Le sieur Gosselin ne sera pas en état cette année d'envoyer beaucoup 
de plantes; depuis l'arrivée des vaisseaux du roi, il s'est emi)loyé entiè- 
rement à consoler U-s malades de l'équipage du vaisseau détenus dans 
les hôpitaux et à leur administrer les sacrements. 11 l'a l'ait avec une 
générosité d'autant plus louable qu'il était presque le seul i]c> ecclésias- 
tiques séculiers qui se soit livré à cette oeuvre de charité sans ménage- 
ment... 11 mérite, Monseigneur, j)our cette raison, vos bontés." 

'* Comme il y a deux canonicats tjui vaquent en régale, je j)reiid» la 
liberté de vous en demander un pour lui ; il s'en est rendu digne. Ce 
bénéfice lui donnera de quoi vivre et lui permettra de travailler dans le 
temps de ses vacances à la rcdierche des ])lantes pour le Jardin du 
K..i" (4). 

M. (l'ossfdiii. i-onimc il cii avait prévenu ^Igr de l'ontbriand, revint 
donc à yuél)ec dans rautonine de 1T41. Il collaborait au ministère de "la 
j)aroisse Xotre-Dame de Québec et, de plus, le Chajtitre le chargea de dire 
la messe quotidienne au Palais de l'Intendant à raison de 100 livres par 
an, du 1er noveml)re au 14 octobre 1T42, sans cejjendant le dispenser de 
l'assistance à r»)ffi»e. 

Tout de même, il sut arranger son alTaire jinur jireiidre ses vacances, 
comme il appert j)ar le journal du 1'. Maurice, S..I., jtour l'année 1T42: 

"Dans le j)remier voyage de la goélette, M. (iosselin, prêtre et cha- 
noine de la catbédiale de Québec, s'eml)arqua avec M. Cugnet pour vtiir 
si dans les terres du Domaine il ne trouverait pas quehpies plantes j)ar- 
ticulières. Il a eu le bonheur, dit-on, d'en rencontrer quehpies-unes. qui 
ont été estimées et re(;ues au Jardin du Roi, »'n France" (.")). 

La passitjn des voyages n'est en rien coidraire à la fui et aux bonnes 
moeurs. Si qu<dqu'un en doute, il n'a qu'à coii.-ulter le dianoine lluard. 
Ajirès un nouveau séjour de quatre ans, il n'e.<t doni- j>as étonnant que le 
chanoine Gosselin rêvât unejH'tite promenade en France, Sa santé, 
pensait-il, réclamait l'air du pays natal. Pers<tnne n'en douterait! C'est 



(4) Cahier Kerl.m.l ('. HLstoIr»' du Séminaire'. 

(5) Nolice sur les Missiuns du Sagueiiay, p. 312. 



^ ■ r 

— 24^^ — 

Parti sur la fin de l'automne de 1748, M. Gosselin se rendit au 
Séminaire de Paris où il passa l'hiver. En effet, le 1er avril 1749, on 
écrivait: "il. Gosselin est à peu près dans le même état; il est toujours 
avec nous." 

Il se rendit ensuite dans son pays où il mourut à la fin de septembre 
174!). Xous en avons la preuve dans une lettre du 15 janvier 1750, écrite 
par M. de Ganne-Falaise, au Chapitre de Québec: "J'ai acquitté, dit-il, 
les messes pour le repos de l'âme de feu M. de Lotbinière et M. Gosselin 
décédé eu son pays à la fin de septembre." 

La correspondance que j'ai citée, les faits et gestes que j'ai mention- 
nés démontrent, il me semble, que ce chanoine Gosselin était un impulsif 
que seuls les Messieurs du Séminaire de Paris ont parfaitement compris. 



Mgr DAVID GOSSELIX (1) 



sel in. 



(7) Extrait de son récent ouvrage en trois volumes: La famille Gos- 



I a baronnie du Cap Tourmente 



"En 1724. écrivait M. Benjamin Suite, dan.s la Roviio Canadienne de 
1885 (page 299), alors que la famille de Caën avait en mains le commerce 
de pelleteries du Saint-Laurent et avant que l'on eut entrepris de mettre une 
seule charrue flans le sol d Québec ou des environs, le roi accorda à Guillau- 
me de Caën, à titre de fief noble, le cap Tourmente, lile d'Orléans, et autres 
îles du vol-sinage. Une petite ferme pour les bestiau.x, au pied du Cap Tour- 
mente, fut l'entreprise noble de Caën, qui pordit ses terres et son titre en 
ie27 à la formation de la Compagnie des Cent-Assoclés". 

Tous nos historiens ont, en effet, mentionné cette baronnie du Cap-Tour- 
mênte créée en faveur de Cîuillaume de Caën, le 3 janvier 1724, mais une 
baronnie ne se fonde comme on établit une terre d'habitant dans les forêts 
canadiennes. Cîuillaume de Caën a dû recevoir des lettres-patentes pour sa 
baronnie. Ces lettres ont-elles été publiées qufl(|ue part ? Où ? SI elles n'ont 
pas été publiées elles doivent se trouver en original quelque part. Qui m'in- 
diquera ou je les trouverai ? 

A. B C. 



— eTT? 

})récisémeiit sur ce jjoint qu'il se faisait illusion. 

I^ 14 sejjtemlire 1742, il était en instance aujjn-s du C'impitre, sans 
i'aut«»risati(in duquel un chanoine titulaire ne peut s'ahsenter. Bien plus, 
il lui fallait présenter le certificat d'un médecin attestant qu'un congé 
lui était nécessaire. La deniamie d'un simple hillel de c(»nfession eut 
mieux fait son affaire. M. (Josselin resta donc à Québec, continuaut de 
dire la messe au Palais, de confesser les religieuses, de faire du ministère 
à la cathédrale et de remplir ses fonctions de chanoine ((>). 

Au lieu du congé qu'il sollicitait en 1742, le ('haj)itre lui confia la 
charge de trésorier, jiar arrêté du 10 avril 1743. 11 est |)ro)jable (ju'il 
goûta médiocrement cette marcjue de confiance, car il réussissait à faire 
agréer sa démission de jirocurfur du Clinjutre. le 1,") octobre 1744. 

Cej)endant il ruminait toujours de rejiasser en France, et le Chapitre 
continuait de faire la sourde oreille, voulant sans doute lui d«»nner le 
temps de préparer sa malle. Knfin, le 7 octobre 1748, muni (l'un certi- 
ficat de son médecin, le dianoine (Josselin scdlicita un congé de deux ans 
que le Cliapitre lui accorda vcdontiers. Il se montra même bon jjrince 
puisque l'autorisation stipulait ce qui suit: "Pendant le dit temps, il 
jouira du revenu de sa prébende tant pour le gros que pour la rétribution 
mensuelle, à l'exception des deux mois de vacances pendant lesquels il ne 
touchera la rétribution mensuelle que sur le même pied que ceux (pli sont 
à Québec et s'absentent peiulant le dit temps." 

Deux jours plus tard, ^Igr de Pontbriand écrivait au ministre des 
Colonies: ''Malgré le |)etit nombre de chanoines, je n'ai pu refu.ser au 
sieur Gosselin la permission de j)asser en Fram-e, à cau.^e de la faiblesse 
de sa vue. .S'il pouvait (»btenir une pension il quitterait volontiers son 
canonicat. .Te crains (pi'il ne se fixe en France et que, sous prétexte d'in- 
firmité, il ne conserve son canonicat." 

En style clair et net: Je veux bien qu'il pa.sse en France et même 
qu'il reste, pourvu «pie la mense épiscopale n'y contribue en rien". Mvi- 
demmeut, les adieux de l'évêque et de son chanoine ne durent pas être 
aussi déchirants que »eux de saint Paul et des anciens d'Ephèse. Cette 
légère croix qu'il redoutait tro|>, Mgr Pontbriand ne devait |)as la porter. 
Dieu lui en préparait une plus épiscopale et insoupçonnée à cette heure-là, 
sous le jioids de laquelle il succomba en 1700, après être monté au cal- 
vaire. 



(6) Kegistrea du Chapitre. 



— 220 — 

LE ROMAN D'UN PRATICIEN 



JACQUES XOUETTE 



Le Bulletin s'est occupé de ce personnage en 1915, mais depuis nous 
avons constaté qu'il eut une aventure à Montréal qui vaut la peine d'être 
consignée. 

* * * 

Jacques Xouette dut venir en la Xouvelle-France avant 17-41, puis- 
qu'au mois d'octobre 1742, ilgr de Pontbriand écrivait au ministre 
Pontchartrain que le nommé Xouette dit la Souffleterie, faisant les fonc- 
tions de ])rocureur ou de praticien et qui demmintU i) Québec depuis 
quelques années, n'était pas un sujet désirable. 

A cette époque, il vivait avec une femme dont le mari était absent 
et "qui avait fait parler d'elle". 

Pour cette raison et pour d'autres eiicc^re, les autorités religieuses 
cherchaient à le chasser du Canada. 

Par jjrudence ou par affaire, Jacques Xouette transporta ses pénates 
à Montréal et c'est ici qu'on le trouve mêlé à une scciie i-urieuse dans 
laquelle il ne joue pas le ])lus mauvais rôle. 

Xous puisons les détails qui vont suivre dans les archives judiciaires 
de Montréal, 7 mars au 22 avril 1743. 

Le jeudi soir, 7 mars 174.'5, Mailclcinc (iuyon-l)esprés, épt)use de 
Louis-ALîthieu Damours de Cliguancourt, soupa avec la femme de Fran- 
(;ois Foucher, procureur du roi. à Montréal, l('(|uel résidait en son hôtel, 
rue Saint-Paul. 

Vers onze heures, Madame de Cliguancourt se retira et M. Foucher 
sortit avec elle ])our la reconduire jus(prà la maison de Nicolas Morant, 
charpentier, chez qui eUe logeait. Ku route, ils fui'iiit rejoints ])ar le 
sieur Nouelte qui avait soupe en rille et (|ui axait chambre, lui aussi, à la 
pension Morant. Tous trois entrèrent dans la clianibic de madame de 
Clignan<ourt. 

A peine était-on installé que Charles Ruette il'Auteuil, sieur de Mon- 
ceaux, entra. .liictjues Xouette lui souhaita le l)onsoir, nuiis M. d'Auteuil 
lui réj)ondit (pi'il ne recevait pas le salut de li. de .1. (sic) comme lui; 
qu'il était un Iripon et un in.solent. 



— 221 — 

A quoi, loflit Xouptto répIi(jMa qu'il ne méritait pas ces épithètes, 
car il était titi luuint'te homme. 

M. frAntcuil rétorqua (jue Xouctte était un F. (sii) coquin, qu'il 
avait «lit: "(|u'il ferait vendre ses neigres", ete... enfin il lui servit uti 
[>lat d'invectives ([u'il icnnina par un soufflet. 

'*l']n ce niênic nitinii-nt ledit .Nouette mit l'é|i<''>' ;i lu ih.imi i^mh (mii'i 
un coup de canne «pie M. d'Auteuil lui destinait." 

y\. Fuuclier "voulut s'opjioser à cette vaillance conjointement avec 
madame de Clignancourt". Sur ce hruit, le maître de la maison, M. Mo- 
rant, et un j»e!isi(jnnire, .I.-B. lîunrlicr dr Xiveiville. se jetèrent sur le 
sieur d'Auteuil et 1«' sortirent. 

M. Morant reprocha à M. d'Auteuil cle venir chez lui insulter ses 
{)ensionnaires. A '''1=1 !<• '_"'Mtilli(.iin]ic répondit (ju'il ét:iit venu voir sa 
cousine ! ! !. . , 

Madame de Clignancjurt réjtondit : ''Je ne sais quelle est cette 

attention de venir me rendre visite à cette heure, lui qui ne m'en n jnmais 

fait aucune." 

* * •» 

J)rs qu'il l'ut dehors, M. d'Auteuil se rendit chez, le juge Guiton de 
.M<tnre[)os et higea une plainte, en jileine nuit, contre Jaccpies Xouette. 
Il l'accusait de l'avoir insulté et de l'avoir menacé de l'épée. M. d'Auteuil, 
sans doute, voulait prendre "les devants" car il n'ignorait pas à quel plai- 
deur retors il avait aflaire. 

I>'s tém(»ins furent as.signés et le î) mars, à ô heures de relevé*', l'in- 
terrogatoire commen(,a devant M. «le .Monrepds. Pas n'est hesftin tle dire 
que les témoignages ne furent y.\< f;i\iir.iides à M^. d'Auteuil. car mani- 
festement, il était l'agres.seur. 

Ijo lendemain, Jac ques Xouette, à son tour, présente une re»piête fort 
bien motivé, {>ar larpiellc il demande la permission de dépo.ser une plainte 
contre le sieur d'Auteuil. D'accusé, il veut devenir accusateur et il a 
en sa faveur le poids de la preuve. Mais la récrimination était rarement 
reçue, aussi écrit-il un véritalde ydaidoyer pour soutenir ses prétentions. 
Il invfKpie les o[)ini(Uis des juris<-onsultes éminents: .Julius Clarus ((iuilio 
Cloro), Papou, Imhert, (iail. et il accunnile les citations de façon telle 
qu'il eut gain de «ans»'. 

A ce moment, l'hori/on s'assombrit. 

Le juge (ûiiton rie Monrepos s'aperçoit, tout-à-coup, qu'il ne peut 



~— "tn^s^ — — 

siéger. Il se rpcuse et remet le procès au lieutenant particulier du tribu- 
nal, Jean-François ilailhot, sorte de juge suppléant. 

Le procureur du roi, François Foucher, ne peut procéder étant témoin 
et J.-B. Adhémar, le greffier, est nommé substitut du procureur du roi. 
Mais il se récuse parce qu'il est parent avec madame de Clignancourt, 

Xicolas- Augustin Guillet de Cliaumont est désigné pour remplacer 
Adhémar, mais tout aussitôt lui aussi se récuse, sous le prétexte qu'il a eu 
des difficultés avec le sieur d'Auteuil. 

Alors on s'adresse au notaire François Simonnet qui refuse la charge, 
parce qu'il considère que les raisons données par ses devanciers ne sont 
pas valables ! 



Finalement on procède quand même et le juge Mailhot trouve moyen 
de sortir de l'impasse. 11 pèse le pour et le contre, examine à gauche et 
à droite et renvoie les parties dos à dos ! ! ! 



Dans l'aii''ii'iiiie-Fraii( •'. M. tic rontchartraiu s'oc(U})ait du sieur 
Xouettf^. Le S mai 1T13, il a\ait adressé à l'intendant TTocqiiart la plainte 
fie l'évêque de Québec. Il donjiait, sans doute, par la même occasion, 
l'ordre de renvoyer Xouette du pays, car l'intendant fait monter notre 
praticien dans un navire à destination de la lîochoHe, le 3 novembre 1743. 

Ce même intendant a tracé du sieur Xouette un portrait ni flatté ni 
flattenr: "Il n'y a point de chiiMiifs dont il ne soit capablf dans l'exercice 
de sa profession... ; infidèle dans les dépôts, solliciteur de mauvais pro- 
cès, ijKJiscret dans sr-s discours et ses écrits; de mauvaises moeurs avec de 
l'esprit, voilà If prciis de son caractère." 

* -x- * 

Xouette portait un nom territorial qui varie suivant les documents. 
Dans la lettre de !N[gr de Pontbriand, on lit: de la Souftleterie, dans celle 
de M. de Pontcliartrain, c'est la Kérisseterie, à Montréal, on écrit la Bou- 
flerie. Cela est sans importance, Xouette n'était pas noble, puisqu'il ne 
prr'tid jamais lo titre rréfuycr. 

E.-Z. MASSICOTTE 






rnONORABT.E TOUSSAINT POTHIER 



(V porsonna^îo a joué im tel rôlo dans lo monde de la finance et de 
la politique d'aiitrcrois ((in' i\r> notes iiio;jraj)hi<jues sur lui (l'ii\eiit avoir 
leur place dans le IhiUrtiii. Nous les e;vtrayons du nirfionnairr grnra- 
Jofjiijiir de Mijr Tan^uay. d'une n(»tice publiée par ral)l)é Rois dans 
i'Opinioii pnblit/KC de ISl;} (10 juill<M). de l'Ilisloirr (lr.<! ('nnadiens- 
FrniK^nis de M. Suite et (h'^i archives du palais rie justice de ^fontréal. 

* * * 

Sa généalofîie s'étatilit facilfinent à l'aide du Dictionnaire de Mgr 
Tanguay. 

T. — Etienne l'otliier dit Lavenîure épouse ^liclielle de la Tîave. à 
Québec, le î) septembre KIVO. 

II. — Toussaint l'otliier épcuisc Marguerite Thunay, a MuntriViI, le 
]iremier décembre HO.'i. 

1 1 1.— Toussaint l'otliier éj>ouse (Jenevicve Ilervieux, à ^lontréal, 
le -.] mai 1734. 

]\'. — Louis-Toussaint l'othier ('pouse, à Montréal, l^ouise T'ouraulf. 
le 28 avril ITU!). 

De ce mariage naît, à Montréal, le Ki mai IT^l, .Iean-Ha|itiste Tous- 
saint l'otliier, le suj(>t de cette notice. 

Celui-ci commença de bonne heure à s'occuper du commerce des 
fourrures dans lecpiel s<»n père avait acjpiis une jolie fortune, car Louis- 
Toussaitit avait été un (\t'> fondateurs <le la fameuse Comj)agnie du \ord- 
Oue.st avec les Koclieblave, les Frobisher, les t'otté, les McTavisli. 

Devenu riche à son tour et projiriétaire de.<; seigneuries de Lanaudière, 
lie Carufel et autres, le futur honorable .song^'a à se construire un manoir 
le long do la rivière Maskinongé et dès 1811, il commença, là-bas, des 
travaux considérables. 

Kn LSlv', il organisait un corps de voyageurs canadiens pour la 
défpn.«e des lacs et, après cela, oti le trouve commissaire pour la construc- 
tion (lu canal de Lachine, 182.j; membre du Conseil législatif, de 1824 à 
1838; membre du Conseil exécutif, de 1838 à 183'»; membre du Conseil 
spécial, de 1838 à 1841; arbitre j)our le partage du revenu des douane.s 
entre le Ras et le Haut Canada (3, George III) et comnnssaire pour 
l'exploration des terres entre l'Outaouais et le Saguenay. 

Ses nombreu.<es occu|)ations ne l'empêchaient pas de s'intéresser aux 



— 224 — 

études scientifiques et il fut l'un des fondateurs et des bienfaiteurs de la 
Société d'histoire naturelle de Montréal qui existe encore. 

Le 10 janvier 1820, il avait épousé, à Montréal, Anne-Françoise 
Bruyères, fille mineure de feu Kalph-Henrv Bruyères, ancien lieutenant- 
colonel des Ingénieurs royaux, et de Jeanne Dunbar. 

L'honorable Toussaint Pothier décéda à Montréal, le 22 octobre 1845. 

Après la mort de l'honorable Rocli de Saint-Ours, qui était shérif de 
]\Iontréal (V. B. H. H., V.)V.), p. 230), l'honorable Pothier fut appelé à 
recueillir la succession du défunt conjointement avec Andrew Stuart 
(21 septembre 1839), mais il se produisit quelque fait, encore ignoré, qui 
empêcha les nouveaux titulaires de prendre leur poste, car cinq jours plus 
tard, le 26 septembre, deux autres shérifs conjoints, tous deux Anglais, 
cette fois, étaient désignés pour les remplacer. 

E.-Z. MASSICOTTE 



QUESTIONS 



M. Ad.iutor Rivard, membre de la Société' Kfivale, vient de recevoir un 
prix de l'Acad^^mic Française pour son délicieux \olinne Chez nouf». Je sais 
Que i\I. Ixinis p^rrchette a également été cdiironné par TAcadémie Française 
pour un volume de poésies. D'autres auteurs canadiens ont-ils reçu des dis- 
tinctions aussi flatteuses de l'Académie Française ? 

LIVRE 

— On annonce jiuur le mois d'août la \isite de la reine de Roumanie au 
Canada. La plupart des souverains d'Angleterre, depuis la Conquête, ont 
fait des séjours au Canada mais avant de monter sur le trône. Le Canada 
a-t-il eu comme hôtes des souverains en cxorrlce '.' .le serais fort curieux 
qu'un lecteur du Riillctin éluciderait ce petit point d'histoire afin de mettre 
fm A une discu.><siMn ipii dure déjA deiuiis plusieuis semaines. 

XXX 

— Je sais que l'abhé Uii^hani. curé de iJétroit. a été jiendant plusieuis 
années membre du Congrès des Pîtats-Unis. Le fait a déjà été mentionné 
dans le niillotin, je crois. Mais l'abbé Richard était un Français de France. 
Avons-nous en des Canadiens-Francjais membres du Congrès des Etats-Unis ? 
li'honoraVde M. l'othier n'a-t-il pas été membre du Congrès avant d'être 
gouverneur d'un des états de l'Union Américaine ? 

A M ERIC 

— \'ous obligerez beaucou|>' un mutualiste en l'informant si nous avons 
emprunté la forme de nos sociétés de secours mutuel ft la France, h l'Angle- 
terre ou aux l''tats-Uni:i. t»i"i ont été établies les premières sociétés de se- 
couru mutuel dans la province de Québec ? La Société des Artisans Cana- 
diens-Français, l'Alliance Nationale, les différentes Unions Saint-Joseph 
sont fies sociétés rie fondation relativement récente. Il y a dû y en avoir 

(r:ii|Irc>.- ;.\ .iTit ■-.•Il 

MUTUEL 



iiur.i.i^Tix 



I)K.s 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXVI BEALCEVILLEiUlT 1920 AODT Nq |8 

Un mémoire de M. de Bourlamaque 
sur le Canada 



(8Uitp:ktfin) 

C'nniino on ddit clici-clicr à (Iciinci- ;"i raruciit (!<' p.-ipior 
Ir «Mdirs le plus a\';iiit;i;:(ii.\'. il sci-ait jm'uI rire de l'iiitorèt 
(lu Kity (le rdiiMi- du ('nnada Toi" et rar^ciit iiKniimyi' que 
1rs Anglais pourroiil y laisser et à cet vÏÏci, ilr:^ (pTil y au- 
rait dan.S le |)Ul)lic assez de papiei' iiK.iinaic (\\)\- e1 d 'ai'i^eîit 
eniitl'e les lettres de eliaiilic ]>ayalile aU pl-eliiief leiMiie avee 
un pinjit inéijidci'e. 

On enipêclierait |tai- cette Kpi'i'at i<iii (pie les es|)èeos 
d'or et d'ari^ent ne diiiniiuent la valeur (\i's ordoîuianees 
»^t ne ])assent elie/, l'rt l'an^cr fiar la voie de eont rel)ando. 

Le (îou\-ei"neui'-( Jt''n(''ral t'eia l'aire, la première année, 
un rreen-^ein(Mit des liabitans de la e<»l(»nie dans les villes 
et à la eanipaiziic un <'tat (\('> aipeiis de teri'e en valeur, de 
leur pi'oduit aîuu'e fninniunc, de la (piantit*' de dievaux 
et de hestiaux (pli s'y tmuvei-ont et sui' la e()iiiiaissanee 
(ju'il prendra de la >ituatinn des pays h cet (''^ard. il fera, 
(le concert avec le cduseil d'iMat, des re^leinens jtour aug- 
menter la culture, la po|»ulati(»n et les hestiaux. Il sera 
m(*'me autoris('' à faire aux dépens du Ix'ii do avances aux 
plus mi.<(jrables. 



— 226 — 

Les troupes pouvant, à peu de chose près, remplir en 
temps de paix tous les besoins du service, les habitans res- 
teront sur leur terres jDour les cultiver, mais ceux qui se 
présenteront de bonne volonté, pour être employés aux tra- 
vaux du Roi ou aux voyages, seront admis et favorisés par 
le Gouvernement. 

Comme les habitans de la campagne ne seront plus dé- 
tournés de leurs travaux, ils ])ourront s'occuper entière- 
ment de la culture des terres et de raugmentation des bes- 
tiaux, mais le canadien étant naturellement paresseux et 
ne travaillant 2>récisement que pour se fournir le nécessai- 
re, il serait à propos de le forcer à un travail raisonnable, 
par quelque imi)ot qui l'oblige à tirer de sa terre ce qu'on 
doit naturelleinent en attendre. Cet im])ôt doit être en 
denrées et la meilleure manière de le lever serait de faire 
nourrir chez les habitans une partie des soldats que le Roi 
y entretiendra. Ce i)rojet sera ex])liqué ci'après. 

La boisson naturelle du pays étant la bière de sapinet- 
te, la mêlasse qui Cvst nécessaire à sa composition ne paiera 
(^ue peu ou ])()int de droits d'entrée. 

Les vins et eaux de vie i)aieront sejjt uu huit })our cent. 

Les marchandises de i>remière nécessité seront taxées 
à. cinq ou six pour cent et celles de luxe à proportion de leur 
inutilité, paieront un droit d'entrée plus fort. 

On établira des droits sur les cabarets de ville et des 
faubourgs. 

On lèvera exa<'tement le droit de contrôle sur tous les 
actes et le droit de lods et ventes. 

Il sera étai)li des magasins de sel dans les villes et 
piiiieipaux forts. 

Les vaisseaux du lloy ra|)iMirteront de l^'rance et il 
sera vendu à son i)roHt à un ])rix très modique i){)ur encou- 
rager les habitans à faire des salaisons dont le commerce se- 
rait avantageux au pays. 

Les vaisseaux du Roi ai)i)orteroni aussi de la poudre à 
tirer, elle sera vendu aux habitans le même ])rix qu'en 
France. 

L'on fera passer eu Canada des régissans entendus 



227 

l)niir exploiter les iniiics de IVr (jui .^uiit auprès des trois 
Rivières, Elles 1nuriiir<»iit le fer, les hcHiibes et boulets né- 
cessaires ])<»ur l'ailillei ie, et ce (jui par la suite ne sera ]»as 
consoiiiinr ))oui' ]<• .-ei'vi'M' du l\*(»y. sera vendu aux parti- 
euliers. 

J/on ue pei'uiettra point aux olïiciers de trou)>es, aux 
conuuissaires, ni à aucun de ceux (jui sei'vent le Kuy, de 
faire le connnei-<'e, de telle nature (pi'il puisse être direete- 
nient ni indiicctenient. pai* eux nirnie:< ou par leurs fe!nuie*5 
«■nlans cm doniest.i(iues. 

Ils ne pourront non plus eut rer dans aucune cnt i épri- 
se, fournir des chevaux et voitures ])oui' le sei'vice, {\vs hâ- 
timens de transi)ort sur nier, ou sur les laes et sur le fleuve, 
se eharj^er d'aucune exi)loitati()n, fourniture de niaielian- 
dises, denrées de telle nature qu'elle ) misse être. 

11 sera nécessaire (jue l'on tienne la main exac1«L'nient 
à eet article qui est d'une p:rande (conséquence. I^es offi- 
ci(*rs et autres au service du Roi. ]>ourront seulement faire 
valoir des teries, j)rendi(' dc^ cnuccssiuns et en vendre Ic^ 
f juits de toute nature. 

11 serait à ])ropos (pie l'on attirât au Canada des faniil- 
les étraufïères sans av(»ir é;j:ard à la religion. On auLcniente" 
rait par là eette Colonie sanv^ faire t(»rt au Royaume et le 
petit nombre de ])rotestans (pie cette tolérance y int indui- 
rait, ne serait jamais assez considérabU^ ])our donner at- 
teinte à la religion dv^ anciens lial)itans, il y a iiiêiiie a pa- 
rier (jue la plupart de ces familles enibiasseraienl bientôt la 
religion dominante. On pourrait d'ailleurs les obliger à fai- 
le bajitiser leuis enfans. 

(.'es familles seraient transportées en Canada sur le.s 
vaisseaux du l^)i. 11 leur serait concédé (]i-:i tei-i'es en ar- 
rivant et le ( i<ai\('i iieur sei*a autorisé à leui^ faire des 
avanecs en Ix'stiaux. outils, grains et sit})sistan('es, les(juel 
les aviuices ils ienq)laceront dans un tem])s lixé. 

Toutes concessions faites ci-devant aux pai 1 iculi^'rs 
et (pli n'ont j)as été mises en valeui- seront retirés au bout 
de trois ans, si les dits ])ai'ticuliers n'y ont j)oint éta))li d'ha- 
bitans, et le Roi .sera le maitre de les donner à d'autr«ff. 



— 228 — 

Les postes où se fait la traite avec'les sauvages ne se- 
ront plus donnés à des particuliers. 

Le commerce y sera libre à tout le monde et l'on n'exi- 
gera aucun droit de ceux qui y enverront des canots. 

Les conmiandans des Postes seront .relevés au i)lus 
tard tous les deux ans ; ils ne pourront y faire aucune es- 
pèce de tratic, en marchandises ni en pelleteries de retour. 

Ils recevront seulement les ])résens que les sauvages 
pourront leur faire, bien entendu que le Roi ne sera pas 
obligé de les compenser par d'autres et que les ])articuliers 
que domieront les sauvages a})])artiendront au Roi. 

Les garnisons des forts seront relevées tous les ans, et 
l'on y enverra en même temps, les vivres nécessaires pour 
l'année et les marchandises destinées aux sauvages. Un 
écrivain ou commis sera chargé de les conduire et en répon- 
dre. 

Les canots que porteront ces vivres et marchandises 
seront armés par les soldats de la nouvelle garnison, et si le 
nombre n'en est pas suffisant, on en detacTiera qui revien" 
dront avec ces canots. Lorsque la navigation sera difficile, 
comme elle l'est ])our tous les jjostes éloignés, on connnen- 
dra des miliciens pour guider les soldats et les instruire. 

Le (îouverneur (îénéral ])rendra les mesures les plus 
justes pour (pie le Roy ne soit }>as obligé d'acheter dans 
les postes les effets nécessaires pour faire des présens aux 
Sauvages. Il l'èglera ces présens, et comme cet arti<*le a 
été la source d'abus très coûteux, il auia soin d'être ins- 
truit j)ar des gens affidés, du uomlirc des Sauvages qui 
visiteront les postes et sera autorisé à faire des gratifica- 
1 ions aux connnandans (pii se sei'ont bien conduits et à ])U- 
nir avec la plus grjnnh' l'iuucur. crux (pii ;iuron1 iiian(|ué de 
fidélité. 

Il rêglciM .-lussi le prix «les mi.i rdijindiscs dans les |)os- 
U's et ;iui'a soin (pic les (•()in?n;ui(l;ins y cni|)ê('licnt le nioîio- 
polc. 

11 lixcra les lieux où devia se l'aij'e la traite avec les 
sauvages et réduira le nombre des postes autant qu'il lui 
sera possible surtout de ceux qui sont éloignés. Il suffit 



— 229 — 

d'empêcher les sauvages de traiter avec les Anglais et pour 
l'et effet on doit av(jir ijoiir principe de leur ])rocurer les 
meilleurs marchandises et au meilleur man'hé jjossihle. 

Si on ]»ouvait avoii- à cet égard, (juclque avantage sur 
les Anglais, on les attirei-ait aisément avec leurs pa(iuets 
dans des lieux peu éloignés de la colonie. 

L'on aura soin d'em{)êcher que les ( 'anadiens ou Fran- 
çais libertins ne soient reçus })armi les sauvages, jiarce (jue. 
dès qu'ils y sont adoptés, ils sont ])erdus jxjur l'Ktat. 

Le Roy ayant licencié ce qui restait de soldats des 
troupes du Canada aj)rès la ])rise de ce l)ays, il n'est ])as 
possible de rétablir ces troupes elles seraient <'omposées de 
nouvelles levées et ])ar <'onsé(iuent incapables de faire la 
guerre. Il i)arait indisjK'nsable de faire î)asser dans cette 
Colonie des régimens d 'infanterie qui y tiendront garnison 
]>endant trois ou (juatre ans. Kt connue les officiers de ces 
régimens seraient privés de venir de tems en tems dans 
leurs familles où ils ti'ouvent des ressources, il serait juste 
que le Roi les dédommageât ])ai' un îiaitcnimt i»lus avan- 
tageux ; on en parlei-a ci-après. 

Les tinances gagneraient à cet arrangeuient. Le Roi 
ne serait pas obligé de gardei* sur pied un plus grand 
n(tnd)re de troupes ]»eîidant la paix et é])argnerait ]>ar con- 
>équent la dépense de celles (ju'il entretient en ( 'anada. 

Il e.>;t vrai qu'au moment de la guerre, il faudrait re- 
])arer ce vide )»ar des augmentations. Mais cet inconve' 
nient serait moindre (pie de contier la défense d'une c<tlonie 
à des .soldats qui n'auraient jamais fait la guerre. 

Il faut en Canada un jx-tit coi'])s d'artillerie c(»nq»o>é 
de canonieis. b<»mbardiers. artificiers et ouvi'iers. Cecoi'])s 
ne j)eut être moindre que deux cents lionmies |>endant la 
paix «'t sera augmenté à la gueri-e. 

On sera obligé d'y av(ur un Ingénieur en chef et 4 In- 
génieurs ordinaires. Le nombre pourra en être moindre, 
quand il n'y aui-a )»lus de fortitications à construire. Il 
est à pi'ojios de t'tuniei- en ('ana<la une tr<»upe de volontai- 
res, chef seurs, conmiandée par les officiers canadiens qui 
entendent les langues sauvages. Cette trouj^e destinée à la 



— 230 — 

petite guerre, servirait en tems de paix à rassembler les li- 
liertins qui se donnent d'ordinaire aux sauvages et serait 
cni])l()y('c aux Ijosoins du service relatifs à sa destination. 

Il suffirait qu'elle fut de lôO lionunes pendant la jjaix; 
wi temps de guerre on pourrait la porter aisément à trois 
ou quatre cens hommes, les gens du pays étant très ]n'o- 
]jres à ce genre de service. 

Il serait' en outre nécessaire d'y entretenir un corps 
de matelots qui servirait ]iendant la paix aux transports 
sur le fleuve et sur les Lacs, et pendant la guerre, armerait 
les Ijâtiments destinés à défendre l'entrée de la Colonie. 

Il ])ourrait n'être en tems de ])aix que de 150 ou 200 
honmies ; qui ayant acquis la connaissance de la navigation 
du pays, seraient, des chefs d'équipage pendant la guerre. 
La dépense de leur entretioii serait conji)ensée avantageu- 
sement jjar les trans])orts contiiniels et nécessaires dont ils 
épargneraient les fj'ais au Roi. 

Les Milices du Canada sont très bonnes. Il y a dans 
ce pays là b('aucou[) plus d 'honmies naturellement coura- 
geux que dans les autres. Lorsqu'on les accoutumera à 
l'obéissance, on en tirera un grand ])arti à la guerre. 

Le Canadien est ennemi de la gêne et inconstant, nuiis 
très docile lorsqu'il trouxc fermeté et justice dans ses 
chefs. Il aime la petite guerre de ])rérérence et y est très 
propre. Ceix'udant il ne sera ])as difficile de le faire eont- 
battre en ordre, sous ra])))ui (h-s trou})es réglées lorsqu'on 
le ]«'endia ])ar l'amoui- de la gloire (jui est natui'el aux lia- 
bitans du ( "anadîi. 

L'on poui'i'a en tems de guei'i'e mettre so-U8 les armes 
S,()00 l)ons miliciens ; mais il faut (juc les levées soient fai- 
tes a\'ec choix et l'igoui'cusement. Il n'y a sortes de ruses 
et d'infi'igues que les bons hommes n'emploient poui" faire 
marcher les mauvais à leur place. 

Dans les tems ci-iti(pies on pouria i»ousser la le\ée jus- 
(prà 11 ou 12,000 hommes ; et si pi-ndant la jtaix, l'on ])rend 
(juel<|ue soin de la i)opulation on peut es))erei' (pTau bout 
(le vingt îU>Si les milices sei-ont d'un tiei's plus ncunhreuses, 

Sur le pied où le Roi entretient d'onlinaire les batail- 



... 231 — 

Ions en tcnis de j^aix, il serait nécessaire qu'il y eut tou- 
jours en Canada, douze })ataill<)ns de vieilles troupes, ce qui 
ferait environ (),(M)(I hoiinnes, et re serait trop j»eu si la 
colonie ctait atta(iucc avant <|u'cl]c eut i-cçu des s<*coui's de 
France. 

L'on doit su| (poser néanmoins, qu'avant (|ue la voie 
soit fermée aux transjioi-ts, on aura le tenis d'y faire ]>as- 
ser de nouveaux l)ataillons, ou au moins l'auf^mentation oi'- 
dinaii'e (pii est de KiO lionunes ))ar bataillons, on aurait 
aloi-s H.OOO lntmmes d'infanterie, ce qui joint aux milices, 
suffirait pcmr conserver le j>ays lorscpi'on lesserrera la dé- 
fensive. ('(»mnie il a été projiosé, bien entendu que la cour 
y enverra de plus grandes forces s'il est ])ossible et tâcliera 
de réparei- les i)ertes annuelles ]>ar des i)etits conv(ûs lia- 
.sardés et (pii ne seront ])res(iue jamais interce])tés, si on 
les fait j>artir à la tin de février. 

Il serait à désiier <pie dans le nombre des 12 bataillons, 
il y on eut toujours deux ou trois de trou])es allemandes. 

On })ermettjait aux soldats de ces deux bataillon.-^ de 
se marier dans le 'pays, a))rès trois années de service, ce 
.serait le moyen d'aujrmenter la i»oi)ulation sans nuire à 
celle du royaume. I) 'ailleurs, ('v> })ataillons seraient uti 
aj)i)at jjour les coureui's et vagabonds des cjjlonies .\nirlai- 
ses où il y a beaucouj» d'Allemands. 

Si les capitulations de nos rén;inients Allemands, ou la 
difficulté des recrues em|)êcliaient d'en faire j)asser en Ca- 
nada, on ])ourrait ])ermetti-e aux bataillons français qui de- 
vraient y passer, d'en^'a^M-r dans diaquc com]tap:nie un 
certain nombre d'allemands <pi'ils laisseraient dans le i»ays. 

Peut-être que l'Ktat où se trouvera le Canada quand 
il reviendra sous la domination du Roi, no itei-mettra ))as 
d'y faire payei- d'abord les douze bataillons, ils pourraient 
^éner ])our le logement et j)our la subsistance des oflfieiers. 
Kn ce cas on se contenterait d'en envoyer buit ou dix ])oui' 
la j)remière et la seconde année ; | tendant lescpielles ^^u 
s'arrangerait d'en envoyer liuit <tu dix p«»ur la !»renjière et 
la se*conde année, pendant les(pielles on s'arian^icrait pour 
recevoir les autres. 



— 232 — 

Il serait à propos de donner à eliaque capitaine 400 1. 
de gratitir-ation par an et 250 à chaque lieutenant, à pro- 
portion aux officiers supérieurs. 

Le soldat devant être nourri i)ar le Jloy ou par l'habi- 
tant ou retiendra sur sa i)aie 8s Gd par jour, il lui restera 
200 1. 

\a' T\()i retiendra aussi la niasse et fournira l'habille- 
ment. 

La ration du soldat ne ])eut être moindre en Canada 
que de 28 onces de pain, G onces de pois et 8 onces de vian- 
de salée ou 12 onces de viande fraicjie. L'air du pays exige 
]j1us d'alimens que celui de France. Cette ration coûtera 
au })lus 8 s. 

Les marchandises et denrées étrangères étant plus 
chères en Canada qu'en France, il serait à pi'Oi)os que le 
Roy accordât aux officiers le transport gratis sur ses vais- 
seaux, jusqu'à hi (piantité de 25 tonneaux ])ar l)ataillon. 
La même faveur sera faite connue ])ar le ]>assé au Gouver' 
neur Cénéral et à l'intendant, on ])Ourra l'étendre aux 
Ktats majors (h*s lacs, connnissaires : ce (pu fei'ait eiu'iron 
4r>0 .tonneaux, lescjucls rai»ortés sni- les vaisseaux (pie le 
Roy fera passer tous les ans en ('anada seraient nn objet 
peu consi(léi'a))le. 

1 1 sera i»ermis aux t roupes de laisser en France un offi- 
cier ])ai- Hegiment. pour être chargé de la correspondance 
et faire les enq)lettes e1 <-liaigenieii1s poui" les officiers dans 
les ])orts (lu Régiment. 

1/liiibillement du soldat sera comme en b'rance, on y 
joindi'a seulement une coincrlure et un gilet tous les deux 
ans, une paire de guêti-es (ret(»lfes une paire de mitaine et 
-ix paii'cs de souliei"s de boeuf tanné tous les ans. 

Il ne sei'a plu< donné (ré({uipemens aux soldats (pii 
iii»iiL à la guerre non plus (praiix officiers et doniest i(pies. 
( )n ne domicia aux miliciens (pii sci-viront, (pi'une |)aire de 
^^»uHiel•- laiMiés pal* iiiois. uuc paire de untasse et un bra- 
guet pour la camiiagnf. un ^ilct et une paire de mitaines 
à ceux (|ui se!'vir(»nt l'hiver. La il('pense dvs écjuipements 
a toujours été très considérable et inutile. Un soldat n'a 



— 233 --- 

pas besoin de deux ]ial)illenieiis. Les domestiques doivent 
être entretenus jiai: leur maîtres. A rép:ard des miliciens 
il faut les ohliiicr à porter de quoi se vétii" i)endant la cam- 
pagne ; le peuple du Canada est assez aisé i)our se })asser 
de ce traitement, sauf à aider les plus misérables à titre de 
gratifications. 

Lorsque les trouju-s seront détachées dans des forts 
éloignées ou cami)ées sur des frf)ntières inhabitées et lors- 
qu'elles seront en marche, l'officier recevra une ration de 
vivres jjour lui sembla) )1(' à celle du soldat et une })our son 
domestique, bien entendu (ju'ellc ne sera donnée qu'aux 
effectifs, ]>aitout ailleurs il se iiouri'ira au iiKtycn de sa 
solde. 

Les' officiers d'art illcric n'auroiii phis de di-oit de 
voyage ni de ixnidre. 

L'on ne donnera i)lus aux gens (pii voyagent des certi- 
ticats ])our être i)ayés de leiu's de]>enses, sous ])rétexte du 
service ; ceux qui V(>yageront réellement i)oiir des cas ex- 
traordinaires. ])ar ordie du Gouverneur-général seront in 
d<'mnisés de leurs frais i»ar des gratifications et oii sera 
ti-cs ciiroiispect là dessus. 

Les (iouverneurs de Montréal et des Trois-Rivières 
inutiles en tems de i)aix et pouvant être en tenq)s de guerre 
avantageusement i*enq)lacés ])ar les officiers su]»érieurs des 
bataillons, l'on fci'a bien de supi)rimei* cvs gouvei'ueinens. 

Il y aura seulement, dans cha<'une des trois villes, un 
Lieutenant de Roi du < !«»uvernement. un Major et un aide 
majoi'. 

Les emplois de Major et (rai<k' major de a'^ places se- 
ront donnés à des officiers actifs et intelligens, ])arce (ju'ils 
seront chargés du détail dn:^ milictts sous l'autoiùté de^ 
Lieutenans de Roi et du Cîouverncur Général. 

Le Gouvernein- général sera Inspecteur (\v> troujx's ; 
il n'y aura plus de Major (iénéral, inspecjeur <'onnnandant 
des troupes, enq)loi abusif (jui cfiûte, embarasse et ne sei-t 
à rien. 

Les recrues seront fournies par le Roi et transportées 



... 234 — 

sur ses vaisseaux d'après les états que le Gouverneur-Gé- 
néral enverra à la fin de l 'automne. 

Chaque lieutenant de Roi fera tenir par le Major un 
rôle exact des niiliciens de son gouvernement, depuis l'âge 
de 18 ans jusqu'à 50, on y distinguera les gens mariés et 
l'on fera trois classes, des bons, des médiocres et des mau' 
vais. 

Les Lieutenant de Roy feront deux fois i:>ar an, la re- 
vue des miliciens, au conmiencement et à la fin de l'été. Le 
Gouverneur-Général sera ])résent à une de ces revues. On 
les obligera à avoir chacun un bon fusil, une corne à poudre 
et un sac à plomb. 

Il sera nécessaire que le Roy fasse ])asser en Canada 
400 maîtres et compagnons ouvriers de tous genres, surtout 
pour les forges et constructions de marines lesquels seront 
nourris aux dépens du Roi jx-ndant les ])remicres années, 
et ne serviront qu'aux travaux du service. 

Il faudra aussi y faire passer des outils de toute espè- 
ce en suffisante (juniitité et une jn-ovision de fer ]»our la 
I)remière année en attcndans que les forges ])uissont en 
fournir. 

Il est de la ]>lus grande iniportMiiee de faire (-(tiisti-uife 
des hangars ])oui- les effets (l 'artillerie, l'air du Canada 
étant très destructif. 

Comme le bois est eoîimiuii, celle (lé|)eiise sei'a peu con- 
sidérable. 

L'on n<' peut espétc]- de 1 roiiver au ( 'auacbi la premiè- 
re aiuiée, les vivres nécessaires \h)\\]' la subsistance des 1 rou- 
])es ; on sera obligé d'envoyei- <mi {'"ram-e b") ou 20 mille 
quarts de farine et (piati-e ou ô mille (piarts de lard, ce qui 
augmeritei'a pas la dépense. 

Nous allons niaintenanl eut vvv dans le détail des dépen- 
ses (jue le Canada occasi<>nnei-a au lloi pendant chaque an- 
née de |)aix y coiupris «-e (|ui sei'a à faiie poui' h* mettre en 
état (le <\i'U']\s('. 

( )n veri'a par le taMcau <•! après (piels appointemens 
l'on estime être donnés au ( iouxcrneui" (îénéial, à l'Inten- 
dant, aux Ltats majors et aux officiers de plume et de jus- 



— 235 — 

tice. Us doivent paraître siiffisaiis à tout homme désinter- 
ressé qui a une coiniaissaïK-c parfaite de ce ])ays, 

li'H), ()()() 1. que nous pmposous ]»()ur les ))reseus a t'airr 
aux Sauvages seroiil plus (pic siilTisans entre les mains 
d'un (Jouverneur ('claire et occujx'' dc:^ int('i"ets du Iloy. 

ir)().()()() 1. ]»()ur les dépenses cxl i-a<»i"(linaii'es fourni- 
roiil aux frais iiupi-('vus et aux urat iticat ions i)our 1(îs su' 
jets (pli se disi inuuei'ont, ainsi (pi'aux a\'ances à faire ])en- 
d.'int les prenii(''i-e«J aniu'es de la ]taix aux nouveaux lial)i- 
tans. I.c ( iouvcrncur sera (»l)liii,c de i-cndi'c un coiuple 
exact de ces deux ai"t icles, d'en doiuicr une c()nn;iissance 
entière à l'Intendant, (pii ne poui'ra m'aninoins rcd'user 
d'acipiitter à cet ('uni-d le-~ ordoinianccs du (Jouverneur- 
(iénéral. 

200, ()()() 1. poui' les l'rnis de re^ie et ('crivaius doi\-ent 
êti'e assez, si rin1cnd;iu1 est ccoiiouie et entendu, d';iu1;nit 
ipie la l'ation (jue nous a\'ons estimée h K>< contera moins, 
lors<pron feia les enq)lettes i\ i)i-opos et (pie les nioutui'es 
et salaisons et engrais seiont hieii régis. L'Intendant sera 
ohligé de rendic conqtte de ces nianutenti(»ns. ainsi (pie de 
tous les autres dc'tails de linaiiees, nu ( îouvei'neui" ( î('n('i"al. 

Les recrues ne coûteront rien ;iu l\oi p;irce (pi'il ti'ou- 
\('ra sur le non complet et sur les i)aies de gi-atilicat ions, 
un henetice en solde et sulisi<t,'iiice (|ui suffira pour cet ol)- 

Les coinmunaut('s, hôpitaux et nnssions ont (U's londs 
en Canada. S'ils ne suffisent jias jiour l'entretien des re- 
ligieux et religieuses, pour le 1i-aitement des soldats mala- 
des en ahandoiuiant le piix de la ration, el poui' l'entretien 
(les nnssionnaii'es de la Colonie, (piehpies pensions sur ]r- 
hénf'tic(\s y pourvoient sans (''Ire à la charge du Roi. 

"Reste a entier dans le détail des (h'penses à faire pour 
kus fort iticat ions, artillei'ie, hâtimen-^ i-nyaux. fo?'Lre< et 
constructions de marine. 

Conmie les inat('riaux à em])loyer pour ces diff(''rens 
ohjets se trouvent dans le pays, l'itn ne peut nneux estimer 
ces dépenses (pi 'en calculant la main d'oeuvre. 

L'on ne peut travailler en Canada, cpie depuis le 15 



— 236 — 

Mai jusqu'au 15 Octobre. Le froid est excessif dans les 
autres mois de l'année. 

On fera camper les troupes })endant ces cincj mois 
dans les lieux que l'on voudra fortitier et pendant l'hiver 
on les logera chez les habitans à la réserve des garnisons 
pour les villes et forts que l'on doit estimer au idus à 1500 
hommes. 

Des cinq mois de travail il en faut oter les dimanches 
et fêtes princi])ales, reste 130 jours. 

Les douze ])ataillons campés pourront fournir 2,500 
travailleurs qui seront payés à 12 i)ar jour de travail. 

On ])ourra tirer des villes et de la cam])agne environ 
1200 travailleurs de bonne volonté qui seront et auront 10 
I)ar jour. 

Tous ces articles sont calculés sur le ta])leau ci-après. 

Les soldats campés seront nourris aux dei)ens du Roy, 
pendant les cinq mois d'été. Les 1500 honnnes de garni- 
son le seront aussi ])endant les mois d'iiivcr. Mais le sur- 
plus sera nourri chez riial)itant où il sera logé et aux de- 
])ens du dit ha])itant, lequel avec un travail médiocre, ])Our" 
ra tirei' de sa terre, de quoi nourrir son hôte, d'autant (]ue 
ceux (pli ne logeront ]»oint contriburont à la sul)sistance 
])oui" Icui' part suivant des rôles ([ui seront arrêtés a cet 
effet dans cluKpie Pai'oisse et cette manière d'imjxtt sei'a 
la seule (jue le ( 'aiiadieii ])aiera au Roi. 

On achetcia j)()ur le comjjlc du Roi (»u <»ii loiici-a un 
n()m})re (h; chevaux suffisant i)()ur aider aux travaux de 
fortifications et de rai'tillci'ic. Il en i'audi'a envii'on oOO 
(pi'on n'aura ]>as de peine de Ii-ounci- dans un pays où il y 
en a beaucouj) ttop. ()ii a estiitié cetle dépense el les au- 
t l'es fj-ais ext iaoi'diii;iires di^s 1 l'avaux à 120, 000 I. 

Le Roi retenant sur la |>aie du soldat )> pai* .joui', on 
a déduit avec raison du lolal i\cs dépenses 415,187 1. puis- 
(pie cette sonnne eut icra dans l 'exi l'aordinaire des guerres,' 
on sera employée dans la l'ecelle du 'i'resorier de la (*olo- 
nie. Ainsi la déj)ense aniuielle ne sera (pie de 2,005,115 1. 

Si l'on calcule ce (jue le Koy doit tirer des droits d'en- 
trée pour toutes les boissons et marchandises sèches, des 




— 237 - 

droits (le cabaret dans les villes, du contrôle des lods et ven- 
tes, (le la vente du sel et de la ])oudre et de la concession des 
t«.'rres, cette soinine passei'a ')()(),()()() 1. et anuiiiciitcra toutes 
k'S ainit'es pour le Canada d'envi l'on 4,r)U(),lM)U 1. lescjuels 
ne e(jniUieneei-ont à être j)a\és (jue la seconde aiuiée au ter- 
me des jetti-es de elianuc ; il y aui'a même une ])artie de cet- 
te somme (pii i-estei-a la ])i'emière année dans le ]>ays en 
monnaie de ])apier. 

Il est aisé de voir par le tableau que })lus de la moitié 
de eette somme sera employée aux l'ortitieations et autres 
travaux du Hoy et j)ar conséquent ne sei'a ])lus nécessaire 
lorstpi'ils seront Unis. 

Si des vues supéi-ieures déteJiiiinaienl le Koy à af- 
l'rancliir ses sujets du Canada de toute es])èce d'impôt pen- 
dant (pielques années il faudrait alors payei* aux liabitans 
la subsistance des soldats (pli seraient logés cbez eux et on 
ne jjourrait la payer moins de 5. ])ar joui', ce (pli ferait 258,- 
000 1. à ajouter à la sonune ci-dessus, 

A l'égard de la durée des travaux, il i)arait imi)ossi" 
ble de la déterminer ])résentement, cepeiulant on doit se 
j)romettre (pren ein(| ou six années au ]dus, les trois fron- 
tières sei'ont en état de déreiise si l'on veille à ce que les 
4000 liommes destinés à ces ti'avaux, soient bien employés. 

L'on ne ]ii-étend ])as dans le tableau des déjx'nses n'en 
avoir omis aucune, mais ce rjui ]K'ut avoir écliap])é serait 
])eu considérable. 

On n'a point compris dans ce calcul les munitions de 
guerre. ])ièces et eifets d'artilb^'ie dont il v>^f nécessaire 
(pie le Canada soit ])ourvu, ii«»n )»liis (pie les outils de toute 
espcVe et cordages }»our la Maiine, (pi 'il faut y envoyer 
juscpiTi ce qu'il soit en état de les fournil-, l'article de l'ar- 
tillerie serait très considérable, si le J{oi était obligé d'en 
taire l'acbat dans une même année. Mais on peut dès le 
l)remier moment de la ]»aix commencer cvf a])])rovisionne- 
meiit, en dégarnissant les places, les ])lus à jxtrtée de la 
mer (pie l'on ])ourv(jira ensuite à loisir. 

La dépense (juoique forte en elle-même sei-a j)cu à 
charge de cette manière. 



— 238 — 

Si l'on juge à propos on donnera l'état de cet appro- 
visionnement. 

Xous ne ijarlons pas ici des profits que les linances du 
Roi et 1 -Etat tireront indirectement du Canada par la voie 
<Ja\ commerce. 

Mais il est à j) résumer, que si cette colonie est bien 
^•ouvernée, elle indemnisera am])lement des 1,500,000 1. 
qu'elle aura contées^ pendant les ])remières années de la 
l)aix. 

Plusieurs des clioses i)roposées dans ce Mémoire, peu- 
vent être sujettes à des o])jections, surtout de la part de 
ceux qui coimaissent ])cu le Canada, ou de ceux qui y ont 
des intérêts ])ai'ticuliers. On aurait ])u y l'é^jondre d 'avan- 
ce mais <tii aui'ait t'ait un volume. 

Ce mémoire, (jui n'est que trop long" n'a pour but que 
de fixer les idées sur la dépense qu'occasionnerait le Canada 
et sur les moyens de le bien gouverner. 

On n'a rien avancé qui ne soit éta})li sur des raisons 
solides, ou sur l'expérience. 

DEPENSE Dl^ (WNADA PENDANT LES 1ères AN- 
NE KS DE LA PATX 

Gratifications aux oiïicici's dc^ lîalaillnns et de 

l'artillei-ie, aux iii.uciiicin-s cl constructeurs 190.000. 
Gratifications aux conimandans dv^ ])()st('s éloi- 
gnés 25.000. 

Couvertures, (iilets aux soldats et canoniei's . . 85,000. 

AppoiiilcnK ns du ( iouvcrncui- ( Jcnéral 50.000. 

de L'Intendant 5().()()0. 

du Sccrctaiiv du Conseil .... :î.OOO. 
de:; Licutenans de IxN.i fi 5,000 1. 

ehaciuc 15.000. 

.le :'» Majors à :;,()()() 1. clwKjUe . . 9.000. 

de :î aide majoi" à l;_!()(l 1. .-Ikkiuc IJ.OOO. 

du Capt de |)oi-t de Québec . . . 2.000. 
" dvi^ ( "onunissaires, contrôleurs-et 

piincipaux garde; Magasins 35.000. 




— 239 — 

" (les officiers de justice pour le 

conseil et autres jurisdictioiis . . 40.000. 
" (les Iiit('r])rr'tcs ])(»iii' les Sauva- 

ges l't leur subsistances . . . l.l.OOO. 

Bois et lumières pour les corj)S de garde 10.000. 

Entretien et subsistance de 150 chasseurs com- 
mandés par 12 officiers 48.000. 

Idem pour 150 matelots commandés par 18 offi' 

<'ieis corsaii'es ou marinieis 45.000. 

Sul>sistances pendant l'année à 200canonniers à 8 

par jour 29.000. 

Entretien et subsistance de 400 maîtres ouvriers 

ou coni])agnons 58.000. 

Paie de 400 maîtres ou compagnons à 30 c l'un 

dans l'autre pendant 130 jours 18.000. 

Sul)sistance de 1200 travailleurs du pays ])endant 

150 jours 12.000. 

Subsistance ])endant l'année à 1500 soldats des 

Bataillons 219.000 

Idem des autres 4,500 soldats pendant 150 jours 

de campement '. . . 288.000. 

Paie des 1200 travailleurs du })avs à 10s. ])endant 

150 jours * 78.000. 

Paie de 2500 soldats travailleui's à 1.25 ])en(lant 

130 jours 9.360. 

Su})i)lement jxuir la paie de 200 maâtres ou com- 
pagnons ouvriers (pii peuvent être em])loyés 
toute Tannée \ . 54.000. 

Supplément pour la paie nourriture de 400 tra- 
vailleurs au pays (pii ])euvent travailler aux 
i'orges et aux l)<»is de «-ousti-nct ioii toute l'an- 
née 09.000. 

Dépense de chevaux et frais extraordinaires j)oui- 

les fortiH<'ations et l'artillerie 120.000. 

Frais de régie et de ti'anspoi't et jiaie ({(-<• éci-i- 

vains et conuuis 200.000. 



— 240 - 

Dépenses des Sauvages 200.000. 

Dépenses extraordinaires 150.000. 

2.420.960. 
A déduire pour la retenue de 3c. 6d faite sur la 

paie de 6.500 soldats et eanoniers 415.187. 

Reste pour la dépense totale de chaque année . . 2.005.778. 

Sur quoi est encore à déduire ce que le Roi 
tirera annuellement du Canada en droits 
d'entrée et autres que nous avons estimé à . . 500.000. 

m.4rgvii.li:r kt franc-mac on 



Dans ses Petites Choses de ii«)tre histoire (2e S(-rie), :^^. Piorre-Georgea 
Roy rappelle le cas peu banal d'un franc-maçon en même temps marguillier 
de la fabrique de Montréal vers 1771, et il ajoute que, lorsque le fait fut ré- 
vélé, le scandale fut d'autant plus grand que le marguillier en question. Pier- 
re Gamelin, était le père d'un sulpicien du Collège de iMontréal. 

Je regrette d'enlever à l'aventure un peu de son piquant, mais ce dernier 
détail est inexact. Pierre Gamelin Maugras. qui fut le père du sulpicien 
Pierre-Mathieu Gamelin Maugras, né en 1740 et mort en 1771, avait la meil- 
leure des raisons pour n'être pas en 1771 en même temps marguillier et franc- 
maçon, puisqu'il n'était plus de ce ntonde depuis 14 ans déjà, étant décédé h 
Montréal le .3 juilet 17.57. 

Quel est donc, en ce cas, le marguillier franc-maçon ? Je n'en vois pas 
d'autre que le neveu du précédent, et le cousin germain du sulpicien, Pierre- 
Joseph Gamelin, fils de Joseph et d'Angélique Gia.sson. Quoiqu'il n'eut que 
35 ans en 1771, il était déjà, un des négociants les plus importants de Mon- 
tréal et il n'est pas étonnant qu'il ait été choisi marguillier malgré son âge 
relativement peu avancé. 

M. Pierre-Georges Roy e.xplique l'accointance de Pierre Gamelin avec la 
franc-m.içonnerie par son constant voisinage avec la société anglaise. Il est 
remarquable en effet que pre.sque toutes les filles de Pierre Gamelin, nées de 
son mariage avec I.,ouise-Archange Uelorimier, se soient mariées avec des 
protestants anglais et devant le ministre anglican. Marguerite avec Henry 
Loedel, Marie-Loui.se avec John Conriolly et Catherine avec le lieutenant 
William Pritchard. 

On remarquera d'ailleurs (lue, dans sa lettre à Pierre G.imelin, Mgr Hriand 
ne fait aucunement allusion au fait (|u'il a un tils prêtre. C'eut été pourtant 
un argunif-nt de première force à faire valoir i>oiir toucher le coeur du cou- 
pable. L'évê(|uo ne s'en est i)as servi pour la bcmne raison que j'ai dite plus 
plus haut. 

C'est à l'abbé Gosselln i|ue M. Plerre-CJeorges Roy avoue avoir emprunté 
<<ttc histolr*' d'un franc-maçon père de sulpicien. L'excellent auteur de 
ri".KH>*<* «lu ('aiuuhi a c«-rteK rendu de précieux servic<'s, mais il écrivait vite 
qUoIrjuefoiH «'t il .'i b«'soln d'être contr<")lé. C'est .ainsi <|ue sur la fol de ce qu'il 
avait écrit. J'ai pris moi-même le secrétaire de M. de lie.iuharnoiH pour un 
d'Aillebout des .Musseaux, ;iIors qu'il s'agi.ssalt de Jeaii-C^hristo|il)e-Marle, 
Hleiâ" de Monceaux. J>ej)Ul8 (jne le bon abbé m'a joué ce tour. Je m'en défie. 

AECÎ. FAUTKUX 



I 



... 241 — 

L'INVASION AMERICAINE CHANTEE 



l'iie c-liaiisoii sur l'iiivasioii aîiu'ricaiiié, voilà une rareté. Aucun 
folkloriste de nies amis n'a t'iitcmlu jiaricr d'une telle |)it'<e. 

La version que je possiMif m'a été fournie par .M. .Ioseiili-All»trt Ui- 
chard, métanieien, à Montréal, né en ISÔO. Il la tient de son père, Louis 
Jîiihard, entrepreneur menuisier, né au Caj) .Saint-Ignace et qui, après 
avoir demeuré en divers endroit dt* la province a fini ses jours dans la 
métropole. 

Le clianteur i^^nore où et quand .-^on père ai)j)rit ce chant, mais il 
sait qu'il est très ancien. Xe daterait-il pas de ITTO-TT ? On peut le 
.'^apposer. J'imagine aussi (ju'il a dû avoir plus de cinq couplets. La 
transmission orale l'a étourté vraisemhlaldemeiiT, car eela s«' produit pres- 
que toujours. 

La lecture de la version lîichard aura peut-être le bon effet de ré- 
veiller des souvenirs et de faire surgir des variantes qui compléteront le 
morceau. 

Ecoutons le barde populaire : 

Kn Canada est arrivé 

L'ne chose à remarquer. 

Les Canadiens vivaient tranquilles 

Les Bastonnais ont décidé 

De les soumettre à leur contrée. 

Partant de la vill(e) de Baston 

Ont j)ris le fort de Carilloi. 

Et tout(es) les autr(es) place(s) ensuite 

Et tout (es) les provisions 

Mortiers, boulets, bomb(es) et canons. 

Le fort Saint-.Jean, en vérité 
A pour sur le mieu.v résisté, 
Et malgré toute leur vaillance. 
Les Bastonnais l'ayant bloqué 
Il a /allu capituler. 



— 242 — 

Montgomery, leur général. 

En arrivant à Montréal, 

Sur le champ fait sommer la ville 

Qu'ell(e) doit se soumettre au eougré (sic) 

11 a fallu (•a})ituler. 

Montgomery après cela 
Poursuit Carleton à grands pas. 
A entré par la Basse-ville 
Pour prendre Québec par assaut. 
C'est là qu'il trouve son tombeau ! 

Si je ne m'abuse, cette pièce intéressante a écluippé à feu F. A. H. 
Larue qui publia une bien jolie étude sur nos cliansons historiques du 
Canada dans le Foyer Canadien de 1865. . 

E. Z. MASSICOTTE 



REPONSE 



BeHii.ssier do l'isle (Vol. XX\'l, p. 160). — Voici ce que je trouve au sujet 
de cet officier dans Mazas . Illsl<»iri> do l'ordre do Saiiit-Lttiiis, (II, 157). 

"Heaus.sier de l'I.sle — Originaire de Toulon, fil.s du feu cai)itainp de port 
de Toulon — Enseigne de port en 1732. lieutenant de iioit en 1739, capitaine 
de port en 174'J. (Liste gén^i-ile des officiers de marine, 1749). Chef d'es- 
cadre en 1764 — a fait ((uatre campagnes avant d'être nommf- enseigne ; était 
au bombardement tle Tripoli en 1728, a f-té fait prisonnier à Louisbourg en 
17Ô8 — Mort le 4 juin 176j (Registre des mouvements, tome 1er, p. 156)" 

On peut voir que les dates d'avancement donut-es par Mazas et celles don- 
nées ijar M. Mégis lioy ne concordent pas. L'erreur typographique est-elle 
dans .Mazas tju dan.H It- liiilU'thi '.' 

AF'^r.. F. 

I.o So<Télj«lro d'uinhas.sado ( \'ol. XXV'I. p. 183). — Il est à peu prés cer- 
tain, quoifjue et- ne soit jias absolument prouvé, que le faux vicomte de Nar- 
botin»'-Lara i-st bien !»• même qui a |iublié, sous b- pseudonyme de Charles 
Lépinc. 1»; roman intitulé : "Lr- Seci-élalre d'ambassade". Mal.s ce t|Ui est 
incontestable, c'fst i|iie i-cttc publication est un plagiat éhniité d'une nouvel- 
le d'Amédée Aih.'ird : "l-'ablen de Serny", (|ul forme la deuxième partie des 
"Héveurs de J'aris". l'iesque d'un bout à l'autre, le même texte est repro- 
duit Man« aucun cliangement et les noms mêmes des personnages ont été 
conservés. Notre exemplaire est daté »le 1879 et porte la mention : seconde 
édition. Kst-c»' que ce livre aurait eu deux éditions la même année, tiu bien 
eat-ce une autre fumisterie de l'auteur ? 

ABQ. F. 



... 243 — 

UNE LETTRE AU NEGOCIANT POISSET 

EN 1763 



A titiv tli- i iiiinsit»'. pourquoi no pas consi-rvcr topic d'uiu' lettre 
qu'adresse en 1T<».{, un sieur Niger de Paris, h son parent ou "son frère", 
le négociant Poisset qui résidait dans la région <le .Montréal. 

On y lira une référence à l'intendant liigot, alors dojnicilié à la Hastil- 
le et dont le jirocès n'est j>as encore terminé et, surtout, une étoniumte re- 
marque, à savoir ipie l'on était d'avis en France, que les Canadiens "ne se- 
raient point mal sou< le gouverm-inent anglais" : 



* 



"Depuis la mort de Mgr le duc de Bourgogne, ma femme, Monsieur 
mon cher frère, ne s'i-st point Mcm porté, et depuis plus d'un an ell.- e-t 
toujours malade ce cpii l'em|iéclie de jiouvoir vous écrire. Nous comptons, 
cependant (pie la lielle saison où nous entrons luy rendra la santé et elk' 
semble prend ri- (piehjues forces depuis (piidcpics jours. Nous jterdons 
beaucouf) par la nutrt de cet auguste |)rince aussy avons-nous pris la dé- 
termination de nous retirer dans mon pays sitôt (|ue mon atl'aire sera dé- 
cidée et que ma ffinnie pourra souti-nir If voyage. 

"Mr l)ar[)entigny qui veut bien se charger de vous faire parvenir la 
présente vous dira la tournure rpie ma femme avoit donné jMiur |)ouvoir 
obtenir le paiement de vos elft-ts. .Mgr le l)au[)liin luy avoit pronn's de 
luy faire donni-r dessus )in acompte d»- l.').00() li\rrs, mais ratl'aire de 
Mr Bigot a tout arresté. Ce Mr est touj(»urs à la Bastille et l'on dit que 
son procès .sera bientôt jugé. Il y a eu un arrêt du conseil qui a enjoint 
à tous les porteurs des effets du C'anaila «l'en faire la déclaration à .Mr. de 
Larochette, cy -devant commis des tr«soriers généraux de la marine en 
Canada. J'ay fait cette déclaration pour vos elVets et pour être toujours 
sur pietls j'ay dit dans eette déclaration que nni fcmiiic avoit des intérêts 
de famille à reigicr avec son beaufrère .Mr Poi^Ki-t à (pii appartenait les 
ttîet.s. Mr d'.Vrpeiitigny vous e.xplicpiera le pourcpioy. 

''Nous agirons toujours jtour \tis inti'rèts, comme pour les nôtres 
propres et sitôt qu'il y aura quelque «lio.se de dé»idé concernant la gé- 



-[244 — 

néralité de ces effets nous verrons ce qu'il conviendra de faire pour le 
mieux. Et suivant le cas nous verrons à tirer le parti le plus avantageux. 
Si nous partons pour mon pays avant l'entière' consommation de cette af- 
faire je laisserai vos effets à Paris à un de mes parens })our agir pour 
vous en notre nom et la chose sera en bonnes mains. 

"L'on nous assure que vous ne serez jxjint mal sous le gouvernement 
anglois. Nous en serions bien charmés. Pour nous dej)uis quelques tems 
nous sommes dans les amertumes avec cependant grande espérance d'en 
sortir bientôt. Toute ma famille vous présente ses sincères respects et 
bien des compliments à leurs chers cousins et cousines. Le régiment de 
mon fils aîné vat être réformé, nous sommes occupés à le placer dans 
quelques autres corps. 

Agréez, je vous prie les tendres et sincères compliments de ma femme 
qui embrasse de tout son coeur ses chers neveux et chers nièces. 

J'ay l'honneur d'être avec tout l'attachement ])ossible., 

Monsieur 

Votre très humble et très obéissant serviteur 

NIGER 

"Versailles, ce 28 avril 17 03. 

"Si vous daignez m'honorer de vos nouvi'lles je vous i)rie d'adilresser 
vus lettres à Chatillou de ilichaille en l»Lij;ey, route de Lyon à Genève. 
Marquez nous aussy s'il vous phiit ])ar quidle voye nous luuirroiis vous 
écrire". 

* 

Cette lettre fut remise, le 20 mars ITOlî, j)ar une denutiselle Poisset. 
tille du négociant, on j)eut le suppo.ser, au notaire Charles-François Caron 
qui pratiqua dans l'île Jésus, entre 1734 et IT^îT. Le notaire négligea 
d'in.scrire cette pièce dans son répertoire et de lui ilonner un numéro, en 
sorte qu'elle s'est trouvé dans les papiers divers de ce tabellion lors(pie son 
étude prit le chemin d«'S archives de Montréal. 

Mademoiselle P(usset^devait attacher de j'iniporfance A la conserva- 
li(jii (h? cette lettre rapjx'lant ses droits à u/ie n't lanuition ([ui ])eut-être ne 
fut jmimis réglée. 

E. Z. MASSICOTTE 



— 245 — 

LE GENERAL MÔREAU ET LA GUERRE 

DE 1812 



Victor Moreati a été un des plus grands gônéraux de la Révolution. 
Sa rotmito du Rhin en ITÎKÎ ot sa victoire do ilolicnlinden on ISOO suf- 
(iraiont à illustn-r son nom (|nan(l même n'aurait-il que ces deux faits 
jnilitaires à son actif, mais il en eut des douzaines d'autres. 

l'in 1804, Moreau fut arrêté par ordre de Najtoléon. 11 était accusé 
d'avoir eu des relation.s avec Pichegru et j)eut-être avec Cadoudal. 

Le 1er juin 1S04, M(jreau était condamné à deux ans de ])rison. .\u 
sortir de l'audieme où il venait de recevoir sa condamnation, Moreau 
écrivait à sa femme : 

"On vient, ma chère amie, de- me condamner à deux ans de prison. 
C'est le comhle de l'horreur et de l'infamie. Si je suis un conspirateur, 
je dois périr.- Certes, il ne peut pas y avoir des ci rcon .stances atténuantes, 
comme le jugement le porte, ("est, évidemment, un jugement dicté pour 
justifier le rajiport du (îrand Juge. L'indignation niVm[)êche de t'en fliri" 
davantage. .le ne veux aucune grâce". 

l/cni|iereiir lui lit dire ipic s'il m' désistait de son pouvoir, n-niise hii 
x-rait laite de >a peine, à condition (pi'il j>artirait pour r.\nn'ri(|ue. 

Moreau accejite, et le 'iô juin 1801, le jour même de l'exécution de 
.son prétendu complice Cadoudal, il était conduit à la frontière d'iv^pagne. 

C'est le l juillet 1800 seulement que Moreau s'embarqua sur leAVj/- 
York, (pli faisait voile pour l'iuladelpjiie, ave<' sa femme et sa tille, âgée 
«le quelques mf»is. 

I^e général Moreau s'établit à Morisville, état de l'<Misylvanie. T! 
devait y vivre jusqu'en 18i;3. 

Malgré les elForts que fai>ait Mi)rcau pour vivre retiré, il no put pen- 
dant son séjour aux l'-tats-Cnis éviter la curiosité et l'entluMisiasmr' de la 
foule. Chaque fois (pi'il voyageait, des centaines de curieux s<' réunissaient 
devant riiôtel oi'i il de.^cendait et ils jie c<»ns(jitaient à se retirer (|u'après 
l'avoir vu. Li foule américaine est friande d'h(»mmes célèbres. Les deux 
présidents (pii, pendant le séjour de ,M(»reau en .Xmérique, se succédèrent 
à la tête cle l'état, .Jelferson et Madis<»n, eurent beaticoiip d'égards jjour le 
proscrit. Ils l'invitèrent souvent à les rencontrer et lui rendirent même 
6€6 visites. 



---246-- 

Lorsque les Etats-Unis préparaient leur invasion manqiiée du Cana- 
da en 1812, il fut beaucoup question de confier le commandemejit de l'ar- 
mée d'invasion au général français. Les bruits en furent assez persis- 
tants et assez publies j)our se ré])andre même aij Canada. Nous en avon.? 
la preuve dans un mémoire {«réparé vers 1811 par M. Joseph Bouchette, 
arpenteur-général du Canada, où il est fait allusion au général Moreau. 

Dans ce mémoire, M. lîouchctte attirait l'attention du sous-secrétai- 
re des colonies sur le j)rojet en préparation aux Etats-L'nis d'envoyer, s'il 
y avait guerre eiitrc l'Angleterre et les Etats-Unis, le général Moreau à la 
tête de six mille hommes pour faire la conquête du Canada. 

3L Bouchette disait que personne mieux que Moreau n'était capable 
de conduire une pareille expédition, mais il ajoutait : 

"Je suis d'avis qu'il n'aurait ijii'uih' bien faible chance de réussir et 
qu'il faudrait aux Américains une arniéf beaucoup plus considérable. Je 
craindrais davantage, si l'on [larhiit (b; quinze ou vingt mille hommes ré- 
partis comme il suit, .savoir : six ou sc[»t mille hommes .sous le général 
Moreau dirigés sur Montréal, un pareil n<imbre lemontant la rivière Ken- 
nébec pour descendre la rivière de la Chaudière et venir se cam|)er devant 
Québec et élever des batteries en face de la ville à la Pointe-Lévy, tandis 
que trois ou quatre mille descendraient la rivière Saint-François avec l'in- 
tention de se réunir à l'arnii'c de Moreini aux Trois-Kivières s'il réussis- 
sait à prendre- Montréal" (1 ). 

On a dit (pie le général .Moreau refusa de prendre le commandement 
de l'armée anu-ricaine. Ceei est une inexa<'t itude : ce commandement ne 
lui fut jamais (til'ert. l)n mnins, c'est ce ([u'allirnie M. l'irnest Haudet, 
dans son livre L'r.ril ri la morl du ffriiiral Morrnii. VA M. Daudet était 
bien informé ]iuis(|u'il a eu entre les mains tous les papiers et les lettres 
du grand soldat. 

On Mimera peut-être a eonnaiire le vort de Moreau après son départ 
<\i? l',tats-r?M>. 

reinlant .-e> huit ann<''es de séjour à Mori>\ille. le général Moreau 
a\ait reçu plusieurs communications (\r> souverains allii's (pii réclamaient 
si.^ ser\ie('> pour les aider à détrôner .Napoléon. Moreau, malgré ses griefs 
iciifri' N ii|io|<'oii qui a\ait été- si injn>te [loiir lui, a\ait toujours hésité a 
)ia--er en l'jirop^. Il désirait ardeiriment la r!iriti' de cfdui (|ii'il appelait 
le tyran mais il ne voulait pas commander une arnK'-e contre la PVance, 



(1) Rapport sur les Archivch liu C'uiuulu pour 1892, p. L.V'1. 



— 247 — 

Enfin, PII 1813, l'omporeur de Russie, Alexandre. lui oiivf>va un émis- 
!>aire i|ui eut raison de ses scruimlcs. Il s'tMnI)ar(|ua If 'i-) juin 181.'3 sur 
l'Hatinibnl. 

•Murt-au n-ncniitra IV'inprrcur dr Itus>it' a l'ra^r'ir Ir lî anùt lSi;î. 
Le souverain russe et le <^'énéral français s'entendirent très hien. C'est 
même Mnr»'au qui revisa et corrijifca les f)lans des «généraux alliés pour la 
lampapjne dans"laqu(dle ils venaient d'entrer contre Xapoléijn. 

Dix jours plus tard, li' "21: août 1S1;5, A la hataillc (!<■ I)resdt\ Moreau 
eut les deux jaiuhes fracassés pendant (ju'il visitait le front de l'armée 
russe en cumpagiue de renn)ereur Alexandre 

Moreau mourut v\uq jours j)Ius tard, h' 'i sc|>tcnil»rc 1S|;3. 

Moreau avait fini sa carrière juscpie là si glorieuse en combattant con- 
tre >a patrie. I/Iiistoirc. tout en le hianiant de cette erreur, n'a pas ôté 
trop dure pour lui. Napoléon avait été si injuste à son égard qu'elle in- 
voque pr»'.<(|ue {h'> (•ir(<in>tanc('s atténuantes en sa faveur. 

r. G. K. 



Ri:iM)NSi: 



Lettres rie eiuiiet. <XX\I. i>. 1S3). — La "lettre flu petit cachet" dont on 
parle en 1730, -A proj)o.s du notaire Pollet. de la seigneurie de Sainte-Ann» 
n'e.st rien autre chose que ce qu'on appelait plus généralement la lettre de 
cachet. 

D'après P'unck-Brentani» (I^es l/ettres rie eiu-liet à Paris, p. XI), les let- 
tres de cachet s(mt désignj'es dans les textes des X\'e ft X\'le si(>cles indiffé- 
remment par les e.vpressions "lettres du roi ", "dettres closes" , lettres du pe- 
tit sipnet". lettres du petit cachet". 

L'expression "lettres du i)etit cachet" se rencontre encore fréquemment 
mus le r^KOi- de Lnuis XIV. mais, A dater du gouvernement de Louis X\'. l'ex- 
pressit)n "lettres de cachpt" devient d'un usage général. La prévùtét de 
Quittée, en employant "lettres dvi petit cachet" en 1730, se servait donc déjà 
dun archaïsme. 

A ce propos, il est peut-être iniéress;int de rappeler enuiment Malesherbes 
di^finit les lettres de cachet : , 

"Les lettres par Iesf|U»dles le liid fait <(>nnaitre sa vidonlé dont de deux 
espèces. Les unes sont faites pour devenir des lois du roy;iume. et elles en 
acquièrent le caractère par l'enregistrement ; il faut que tout le nmnde le? 
connaisse puisque tout le monde doit y obéir ; c'est ce qu'on ;ippelle lettres 
luilentes, .Mais les lettres par lesf|uelles le Roi notifie ses \'olnntés A dea 
partK-iiliers et même à des Cf)rps. celles qui n«' contiennent (l'ortlres que pour 
eeu.x à qui elles sont jKlress^es et qui ne sont pas faites pour devenir des lois, 
sont fermées et r.ichetées et on les nomme lettres closes et, plus communé- 
ment, lettres de «aieliel. Klles ne fliffèrent d»'s lettres missives, par lesquelles 
charjue partl«-ulier donn« ses ordres A ceux qui lui s<mf subordonnés, qu'en ce 
que la signature du Koi n'est pas réellement de sa main : elle est présumée 
être conforme A sa vobmté et cela est certifié par la signature du secrétaire 
d'Etal." 

AEG. F, 



— 248 -■ 



EDMOND DE SU EVE, SEIGNEUR EN PAR 
TIE DE SAINTE-ANNE DE LA PERADE 



De qui'llo jtartie de la France venait Kdnioiid de Suève ? Pour l'hip- 
toire des premiers habitants de la Nouvelle-France les contrats de mariage 
sont des sources d'informations extrêmement précieuses. Les notaires de 
l'ancien régime ne manquaient Jamais d'enregistrer les- noms des ])ère et 
mère des futurs conjoints ci (l'indicjuer les paroisses qu'ils habitaient dans 
la vieille France. M. de .Suève, n'ayant pas jugé à })ropos de se marier, 
a donc privé les historiens du précieux document qui leur aurait dit de 
quelle partie de la France il était originaire. 

Edme ou Edmond de Suève était lieutenant dans le régiment de 
C'arignan et il passa ici avec cette trouj)e d'élite dans l'été de 1665. 

Après le liccncicnicnt du régiment de f'arignan, il décida de rester 
au i>ays. 

I^e 2d octobre KiT"^, l'intciidant Tabin ((incédait conjointement à 
MM. (]r> Suève, lieutenant au réginicut i\v Carignan, et de Lanaudière, 
enseigne au même régiment, "l'étendue de terre (|ui se trouvera sur le 
fleuve Saint-Laurent au lieu dit des (irondines, depuis c(dles apj)artenantes 
aux lîeligieiises de l'Hôpital jusqu'à la rivière Saintii-Aïuie, icelle coiu- 
prise, sur une lieue di; jirofondeur, avi'c la i|iianlité de terre qu'ils ont 
a((piise du sieur Anielin..." 

C'est le fief (>t seigneurie ije Sainte-Aiiiie de la l'i'rade. 

M. (le Suève au lieu de coloniser le beau domaine que venait de lui 
accorder M. 'i'alon s'oeewpa à satisfaire son goût pour la chasse. L'avoir 
fpi'il avait à smi arrixée d.in- lu Xouvidli'-l''ranee s't''[)ui>a bientôt et il pe 
trouva vis-à-vis de rien. 

]i«' !.'{ iKneiiibre I(;s(), rinteiidiiiit I )uili<'.-iie:iu ('crixait au ministre: 

" liCS ofliriers i\f> troupes eoul iiiiieiit d'eniploNer ee (pl'il plilil au 

l'oi et à \ou>. Monseigneur, de leur aicorder à payer leurs dettes. .l'ai 
oublié l'année ib-rnière de \(»us demander une semblable grat^ificntion 
pour le sieur de .Moras, lieutenant. i|ui est un genlilbomnie chargé de huit 
entants dans une grande pjunreti'. M y en a encore d'autres jxtur lescpiels 
je n'ai pas osé vous j)arler parce «pie ce sont des gens (pii é(piipent pour 
eux des coureurs de boi.s, excej)té le sieur de Suève, vieux garyon de 60 



i 



— 249;— 

ans, qui a été lieutenant, qui avait toujours passé pour avoir du bien et 
qui e^;t tombé tettf aiméf dans une graïul»' niis(''re " ( 1 ). 

Le receiisenuMit tle ItiM nous apprend que M. tb- Suève ré.-i(biit dans 
?a S4*igneurie de Sainte-Anne. Il lui donne tincjuante ans. Il s'oei-upait 
évidenunent plus de «basse que de défritlieinent ear b' même reeensenient 
le dit propriétaire de trois l'usils et ouldie de mentionner ses arpents de 
terre en valeur. 

J^e 8 août KiîU. M. de Suève donnait à la fabricpie de la paroisse 
de Sainte-Anne de la Pérade "deux babitations de deux arpents de front 
sur (piarante ar|»ents de profundeur. tenant l'une à l'autre, prenant par 
•levant à la rivière Sainte-Anne, par f«")tè |iar des>u> à ('barle> N'allée et 
d'autre »-ôté par dessous à l'bilippe l-]tienne". 

1/une des deux terres était donnée ponr le service du ruré et de SCS 
sutiesseurs, l'autre devait servir jtour élever la future éj^lise de la j)aroisse. 

Cette donatittn était faite «piitte de toutes sortes de rentes ]njur l'ave- 
nir et à per|téluilé ( ".' ) . 

M. de Suève dt^-éda à Sainte-Anne de la Pérade le 1er mars 17UT, 
et fut inbumé dans l'é<;lise paroissiale (3). 

Par son testament fait le 1(5 juin 10!)."». M. de Suève avait légué à 
tdmond Cborel la part et moitié de la seigneurie de Sainte-Anne qui lui 
avait été eonctilée le "^i» o«-tobre lOT'i. 11 lui donnait en outre: lo une 
terre de einq arpents de front sur le bord de la rivière Sainte-Anne, sur 
quarante arjients <le profondeur, joignant d'un côté à Daniel LeMerle et 
d'autre à Jean Picard ; "^o une autre terre de quatre ary)ents de front, 
dans l'île Saint-Ignace, traversant la dite île, joignant d'un côté mailame 
veuve de Lanaudière, mitoyenne de la ilite seigneurie avec le sieur l)on- 
ligny, et d'autre part à Jean Picard ; ;5o une autre terre de ipuitre ar|»ents 
de front, situ»v entre les terres île madame veuve de Lanaudière et du 
."ieur I)esruisseaux ; to une autre terre de deux ar|»ents de front située 
entre les terres du sieur Desruisseaux et du sieur Saint-l'omain. 

1^ donateur obligeait Kdmond Cborel à rendre la foi et bommage, 
et à payer les dettes qu'il pourrait avoir au jt»ur de son décès. Il se réser- 
vait en outre l'usufruit «-t jouissance de >a moitié de seigneurie et de ses 



(1) Archives du Canuilu. CorreHponiJance K^nér;ile. 

i'I) -Vcte ilev.'int Mich»'! K<».v, notaire à Saliue-Arme. le 8 août 1691. 

«3) liun.s Mon étude Ix* rt'Kimeiit dv (urlKiiuii. M. Itenjariiln Suite u con- 
fondu EJiiie de Sué\ e. M<lKneur en paille d»- .Sainte-.-Vnne. avec- Leaueur. le 
fameux explorateur et tralieur. Il n'y eut aucune r»-latlùn quelconque entre 
ces deujc personnages. 



— 250 — 

terres. Il exigeait aussi deux cents messes basses pour le repos de son 
âme dans l'an de son décès. 

M. de Suève piviiait la peine de déclarer dans son testament qu'il 
faisait don de ses biens à Edmond Cborel pour le récompenser des bons 
et réels secours et amitiés qu'il lui avait rendus, et avec l'espoir qu'il les 
continuerait à l'avenir (1). 

P.-G. R. 



(1) Testament devant Cusson, notaire au Cap de la Madeleine, le 16 
juin 1695. 



QUESTIONS 

M. Faucher de Saint-Maurice, dans son ouvrage choses et oulres, p. 208, 
uaère la note suivante : "Charles Leclerc mourut de paralysie le 9 septembre 

1S70, âgé de 4.') ;ins, à Sainl-Paul de Chester Le clère était vif. enjoué 

ft maniait une fine plume. il a éparpillé un peu i)artout nombre de jolies 
nouvfllf'S parïni leef(uelle.'! je rite <1e mémoire : L'eriiillc do la caveriio aux 
fées, l.c lac masI^iiioMi^c. La lillc de riiNiirirr. La chiilc (!«■ Niagara, (ii pre- 
mier coup de sciilpei. La niiU du :{l décembre. Le <-apot d'orignal. In jour du 
l'an, <'«K'iir brisé. I.a lillc iri^aai-. Mon village. La beiline bleue etc. ainsi 
(|U'un roman Amour et \ (■iigcaiice. 

Où et ((uand cet écrivain «-.st-il né et dans quels journ:uix a-t-11 itublié 
ees oeuvres ? 

Enfin, lu nouvelle Le lac MasMiioiigé rt-pruduitf dans l'Album des ftiiidl- 
les de 180. p. 323 sous la slg^nature de C. A. ii. L. est-elle de lui ? 

M. A. S. 



... 251 — 

UNE CHANSON SUR LA PLANTATION 

DU MAI 



A-t-il e.visté (It'S chaiistiiis spi^ialcs <mi ra|ijti»rt avec la iilantatiuii du 
mai ? 

\"uilà uiK' qiK'siinii que IfS r(»lkluri.<tes se sont souvîntes fois posé de- 
]tuis des années. Or »(tnunt* tout vient à point à qui sait attendre, la ré- 
p<juse ni'arrive enliii. 

Ces jtturs (k-niicrs, un citoyen de 8ainl-i»énii. lunité de Xajtierville 
a\er (|ui j'en i ausais m'a aussitôt procuré ee que je désirais. 

M<»n informateur »|ui est M. Kplirem Terreault a appris de sa mère, 
à Sdint-Hemi. ver» 1870, la jolie chansonnette dont voici le texte : 

I 
!>' itrcmier jour de mai — Labouré ! 
Il m'a jnis fantaisie 
D'aller jjlanter un mai — Laliouré ! 
A la porte de nui mie 

Las 
Sur i('> terres laliourées 

Ah : ah : 

Sur <es terres labourées. 
o 

D'alU'r jdanter un mai — Labouré ! 
A la jiorte de ma mie 
Quand le nnti fut planté Labouré ! 
Dans la maison j'entrai-e. 

Las ! 
Sur ces terres, etc. 

Je m'assieds sur un banc— Labourant ! 
Faisant comme les autres. 

4 
Croyant tlatter ma mie — Labourie ! 
J'en ai Hatté une autre. 



— 252 — 



Elle me dit : Galant -^Labourant ! 
Allez Hatter la vôtre. 

6 

Je ne suis pas galant — Labourant ! 
Je suis comm(e) tous les autres. 

Je })orte l'habit bleu — Laboureux 
Passementé de jaune. . . . 

Monsieur Terreault n'en sait pas plus long. 

Depuis que j'ai recueilli les couplets ci-dessus, une autre personne 
m'a dit les av(»ir entendus aux Trois-Rivières, vers 1885. Ils étaient 
chaiiii'S ]»ar une dame (iodiii, ntv Arcélie Matte, (|ui les teiuiit de sa mère 
domiciliée à Sainte-Anne-de-la-Pérade, ce qui jjrouve que cette chanson 
iut assez répandue aux temps jadis. 

Lecteurs qui connaitraient des variantes de ces couplets ou d'autres 
chansons sur le mai devraient les communiiiucr au soussigné (département 
des archives, palais de justice, Montréal) qui recevra avec reconnaissance 
tous les renseignements qu'oji voudra lui transmettre. 

E. Z. MASSICOTTE 



Le nom de la Beauee 



Le nom de Nouv«'ll*'-Beaucf . dit-on, a él»^ donn<^ à cette partie de la 
province de Québec qui s'étend le lonjï de la rivière Chaudière, vers la fron- 
tière américaine, en Houvenir de ce petit coin de la France, célèbre par la 
fertilité de ses terres et i|iii portail le nom de Beauee. 

Je ne veux pas duiiier t|we le nom de notre Bean^-e canadienne a été 
emprunté à celui de la heauie française. Mais ])our(iuol ? 

Le.*» alte.s de ncjtre Heauce reH.semblent-ilH à ceux de la Beauee fran- 
çalHe ? Les premiers seigneurs de la Beauee étaient -ils originaires de la 
Beauee de I''ranee ? Choisirent-ils leurs premiers coluiis dans cette belle 
partie de la vieille France ? 

Qui me dwniieia la vraie origine du nom de Nouvelle-Beauce ou Beauee ? 

BEAUCB 



— 253 — 

UN DIVORCE DEVANT NOTAIRE 



Récemment, en coiisnltaiit les actes du notaire Jean-.lacqnn.- Jorant 
qni pratiqua dans les cnvirctns de M(tntréal entre lîS,") et I-SIÔ, mon at- 
tention tilt attin'e par cet intitulé j)eut-être unicpie dans les arcliives de 
.Montréal : Ihmrrr mlrr siriir Mirlwl lioHir ri i/niiir Murii'-A'/dllic Gras- 
set, son épouse. 

.Te me suis liâtt' de lire pour constater qu'il s'abaissait d'une sépara- 
tion de corps et de hieiis faite dans des conditions quelque peu difl'érentes 
de l'onlinaire. 

Dans notre droit, la séparation ne saurait être fondée sur le con- 
sentement mutuel des époux et elle doit être décrétée par le trilmnal. Or 
ici, les deux époux, accomj)a;jjnés chacun de son père, plus de deux té- 
moins et d'un juge de paix de Sa Majesté L-onviennent qu'ils ne peuvent 
vivre ensemble, etc. Lisez plutôt : 

No 67—27 octobre 1787 

Divorce entre Sieur Michel Ilotier cl Dame Marie Agathe Grasset, 
son épouse. 

l'ardevant le Notaire de la province, résident en la paroisse St An- 
toine sur la rivière Ificindieu. fut présent Michel Hotier habitant rési- 
dent à Beloeuil, et dam»' Marie Agathe (îrasset. son épouse de lui due- 
inent autorist'e à l'etlet «pii en >uit et aussi en la |)résence des sieurs Ja- 
ques Hotier et Marc (jrasset leur père et Iteau père, lesquels dit Michel 
Hotier et dame Marie (Jrasset. mari et fenune ne pouvant s'a<-corfler 
ent/eux ni \ivre paisildenicui dans leur ménage ont pris et prennent par 
ces présente.", la r<''>olution de .-e s(''j>arer l'un d'a\er l'iiiitre et ce en vue 
de \ivre et mener une conduite [dus salutaire à leur âme : en (»»nséquence 
de (^uoi lesdits ^éparé-s, >ont convenus respect ivement l'un avec l'autre, 
que ledit Michel Hotier aura seulement la vue sur se> enfans issus de son 
mariage avec, ladite Marie Agathe (Jrasset, sa femme, et qu'cdle dite Agathe 
(Jrasset jouira des fruits de la terre et autres biens qui étaient en c<»mnni- 
nauté entr'eux suivant, leur contrat de mariage. [»onr maintein'r et élever 
I hrétiennement lesdits luifans. Ce fut ainsi fait et accordé en présence 
des susnommés, et aussi de l'ierre (niérout Ivcuier. un d«'s .luges de paix 
de .Sa Majesté résident à St-Denis. lesquelles dite> parties ainsi séparées 
ont déclaré ne savoir signer de même (|ue lestlits Pères et beaux j)ères, ont 
fait respectivement leur marque ordinaire après lecture faite, et a mon 



-^ 264 — 

dit Sieur le Juge de paix signé avec le Notaire. A St. Denis, le vingt 
sept octobre mil sept cent quatre-vingt-sept. 

Michel X Hotier, ]\Iarie Agathe X Grasset 

Jaques X Hotier, Marc X Grasset 

P. Guerout J. P. Josej)h Allard témoin, Dormicour 

J. JORAN X. P. 

Pourq^ioi cet apparat ? Pourquoi ce terme divorce, jamais opiployc 
par les Canadiens-français catholiques ? 

Toute cette scène ne serait-elle pas l'oeuvre do Pierre (Jucrout ? Ce- 
lui-ci était un français ou un suisse né eu Allemagne en 1^03 et venu 
en notre pays avec les trouj)es mercenaires d'Angleterre en K80. Son 
engagement fini il s'établit à Saint-Antoine sur Kichelieu, puis h Saint- 
Denis. ( 1 ) Bientôt ce fut un marchand considérable, Jouissant do la 
faveur poj)ulaire, puis(|u'il fut dcj)uté et dont les oj)inions ou les sugges- 
tions devaient avoir beaucoup de i)oids. Etailt européen il avait une 
mentalité autre (pie la nôtre. . . .l-înfiii. qui sait ? 

E. Z. MASSICOTTE 



(1) B. R. II., 1907, p. 3. 



KKPONSi: 



liC* rlu'vjilior de Coiircy. ( \'ol. XX\'I. )> ^ — l/O sieur chevalier de 

Court-y que M. de Calli^res. gouverneur de, la Nouvelle-France, recommande 
à fion frère le marqui.s de Callières, son légataire universelle, ne peut être 
autre que Charles Potier, chevalier de Courcy, enseigne des vaisseau.x du 
Roi, que l'on voit épouser, en 1717. Madeleine-Catherine Ruette d'AuteuIl, 
veuve de Frangois De Selles de Marhrelle, et fille du procureur-général d'Au- 
teuil. 

Ce rhevalit-r de Courcy fut. parait -il, le liisaoiiil de M. Henry de Courcy, 
l'écrivain de Tnérilo (jui a pultli-'- I>»"s siM'vanlcs «le DIru en ('aiiiida. Voyez 
lia Fimilllc .Iu< liiTcan I>u<'licsnay, i>. 07. 

1'. (', K. 

Aflrlcii lliiaiill. I \<)1. .X.WI. p )— .\iliiçn IliMult n'était pas le 

fils du gouxcrni'ur de .Moiitmagnj'. Charles Jlii.nill ik*' \-crs KjS:! et gouver- 
neur du Canafl.-i eut trois fréi'es et deux sueurs. I,i-s voici dans Icin' ordre 
de cl.issemciit : I.,ouis-Claude, mort Jcunr» ; Adrien iimmI en IfilS, sans allian- 
ce ; Charles-Claire et Charlotte. Louis, lontinuant la lignée, né en l.")8r< 
rt mort en l(î47 cul Si-pt enfants. .\drien (qui suit) ; Ijuuis, jirétre ; .Tar- 
ques ; Catherine ; Ch.irlotte ; lîolnce et .le.innc. .\dricn (né en IHlî) : s. 
liî!)0) est celui (|ui vendit en IfifiO la seigneurie de la Rivière du Sud, k T^ouis- 
'Di^'arulre Charticr de Lotljlniére. et l'auteur de l'article i)ul)llé dans l'Opinion 
l*uhlt(|U<> du 4 septembre 187.3, se trompait dans le degré de i>arenté attribue. 
Au lieu de fils, ,\drlen était le neveu du gou\t'ineur de Mcmtmagny. 

REGIS ROY 



— 255 — 

LE DUC D'ANVILLE 



Louisli(>nr<:, (■•insidéré comme la clef du Canada, était tonihé au:i: 
mains dfs Anjrlais. T^a nouvelle de cette jierte avait eu uu retentissement 
{lénilde au l'aïuida, et, afin de venger l'honneur national, M. de Maure- 
pas, ministre d'Ktat, sur les a\is du gouverneur Beauharnois- et do l'in- 
tendant Hoccjuart, fit jiréparer un armement considérable pour reprendre 
la forteresse de l'île Koyale: onze vaisseaux et trente transports, dit 
Fcrland (vol. II, 4?8) ; onze vaisseaux de ligne, cinq frégates et trente- 
< iruj transjKtrt, corrige le Wév. V. LeJeune, O.M.l. (Tableaux synop. d^ 
rilist. du Canada, ;3e fascicule, p. 150), furent confiés au duc d'Anville. 
Non j)as à Nicolas dr la Kochefoucault, lomnK' l'annonce ce dernier 
auteur, mais bien dean-Baptiste-Louis-Frédéric de Koye de la Rochefou- 
cault (rameau de lîoye et <le Koucy), duc d'Anville par brevet de 1732, 
marquis de lioury, né le 17 août 1709, reçu en survivance de la charge de 
lieutenant-général des galères en 1720, lieutenant-général des armées na- 
vales en 174d et qui est mort sur le Xorthumberland le 27 septembre, 
1746. {Hist. Généa. et Chrono. des pairs de France. Le P. Anselme, 
V, 402.) 

Le seul des LaI?o<hef(»ucault qui a i)orté le nom de Nicolas mentionné 
par le P. Le.Ieune, C).M.I., n'a pas été duc d'Anville. C'était Alexandre- 
Nicfdas de la Kochefoucault (rameau de Surgères), marquis dr Surgères. 
lieutenant-général des armées en 1748 et mort le 2î> avril KfiO. ("est 
probablement ce titre de lieutenant-général (pii a ijiduit le 1'. Lr.Ir'uiic 
"Il erreur. 

Le BuJh'fin di'S Herli. Jlisl., i:tl4, p. !M), nous rappnrlc la visite que 
fit M. Faueher «le St-Maurice à la baie de Chibouctou. . . "C'est là", dit 
M. Faucher, "que pendant quelques années a reposé dans la mort le duc 
• i'.\nville, de la famille de M(»ntmorency". 

Cet écrivain s'est tnmipé. Il a pris Damville pour d'Anville. 

Damville était une itaronnie érigée en duché-pairie en faveur dn 
Henri de Montmorency qui mourut en 1<>:32. Le duché de Dainville fut 
ressuscité en faveur de son neveu François-Christophe de Lévis-\'entadour. 
Le titre passa ensuite à Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulou.se, 
qui le vendit en ]',]*.) à Mfle de Parabère — et la [lairie s'éteignit 1m. Il 
n'v H\;iit donc it;i- de dni- Piim\il|i' en 11 lH. 

REGIS ROY 



— 25« — 

LE THEATRE A MONTREAL EN 1816 



Pour faire suite aux diverses notes que j'ai publiées dans le Bulletin 
en 1917, 1918 et 1919 j'ajoute l'annonce suivante que je viens, de remar- 
quer dans le Spectateur caniidifn du 18 novembre 1816 : 

Les Amateurs Canadiens de cette ville se proposent de donner au Pu- 
blic dans le cours de cet hyver, quelques Représentations dramatiques à 
rhotel de Tesseyman où ils ont approprié la Salle d'assemblée à cet effet. 
Ils débuteront mercredi, le vingt-sept du courant par 

L'AVOCAT PATELIN, 

Comédie en trois Actes 
j , M par Brueys et Palaprat 

* — Suivie de — 

L'ENRAGE 

Comédie en un acte 
—Et de— 

CRLSPIN MEtJECIN 

Comédie en trois actes 
par Mr. de Hauteroche 

Les Portes s'ouvriront à fî boures, et la toile se lèvera à 7 heures pré- 
cises. Les dames et messieurs (\\\\ désirent s'assurer des places sont priés 
d'envoyer le 26 ou 27 courant ;ui Tbéâtn' depuis î) beuros du matin jus- 
qu'à 3 heures du soir. 

Comme les Amateurs désirent que les Dames et messieurs qui hono- 
reront le Théâtre de leur jirésence, ne soient }»oint gênés, ils ont limité le 
nombre des billets à 2.j0. 

On ])tibliera cette semaine des affiches plus détaillées. 

* * 

Le >ieur Tesseyman ne ligure pas dans le directnry de Doige, édité 
trois ans plus tard (1819). Il tau<irait <l(»ne cbenher ailleurs j)onr sa- 
\oir où était rin'.tellerie assez spacieuse pour hi'hrrgfr des spectacles. 

E. Z. MAS.SICOTTE 



BUI.I.KTIX 



DKS 



RECHERCHES HISTORIQUES 

VOL XXVI BEALCEVILLE- SEPTEMBRE 1920 No 9 

LES FAMILLES DE NOS GOUVERNEURS 

FRANÇAIS 



Quels sont les guuvcriicni-s français (jiii ont mncnr leur 
famille au i)ays î 

Deux ans aj)rè.s la fondation de Québec, le 30 décembre 
KJIO, ( 'lianiplain avait épousé à Paris Hélène l^oullé, fille 
dr Nirolas iîoullé, secrétaire de la ( 'haiiibic du l'oi. Klle 
était calviniste «'oinnic loule sa famille. ( "csî M. de Monts, 
calviniste lui-ménic. (pli avait p(»ussé ('iiamjdain à con- 
tracter ce mariage dis]iro])(ii-t ionné d'âge. Le fondateur 
de Québec avait alors (juarante ans sonnés et Hélène P>oul- 
lé n'avait jtas en<-ore atteint sa douzième année. Connue 
la jeinie femme n'était pas encore mibile, en vertu des con- 
ventions matrimoniales, les époux ne devaient vivic en- 
semble qu'au bout de deux ans. 

Ce ne fut (pie dix ans api"f's .««on mariage, en IG'JO, (pie 
Cliamplain amena sa femme à (^luébec. Dans l'intervalle, 
madame de ( 'liam))lain s'était converti au catliolicisme. 
Kile resta dans la Nouvelle- P^'i-ance Jusipren IfiL'l. Il n'y 
avait alors à (j)uéliec (pie (piatre ou ci:i<| j»eisoimes du sexe 
et on comprend (prun .jeune femme (pli a\ait été élevée à 
I*aris devait s'enniiyei- à moiii-ir dans une jtetite bourga- 
de comme était alors la future capitale de la Nouvelle- 
France. 



— 258 — 

Madame de Chainplain consacrait à peu près tout son 
temps à l'étude de la langue algonqulne. Elle s'occupait 
aussi de catéchiser les petits sauvages. 

Dans ses courses à travers la forêt qui entourait l'ha- 
bitation de Québec, madame de Champlain portait ordinai- 
rement à sa ceinture un petit miroir à toilette, ainsi que le 
voulait la mode du temps. Les Sauvages prenaient plaisir 
à regarder leur tlgure basanée se rétiéchir dans la glace ma- 
gique et ils disaient naïvement : "Une fennne aussi jolie, 
qui guérit nos maladies, et qui nous aime jusqu'à porter 
notre image près de son coeur, doit être plus qu'une cré- 
ature humaine." Elle devint presque un dieu aux yeux re- 
connaissants des pauvres Sauvages et ils étaient portés à 
lui vouer un espèce de culte. 

L'ennui, la ])eur des Iroquois. les ])rivations durent 
engager madame de Chamiilain à retourner en France. 

Dix ans après la mort de son mari, le 7 novembre 1645, 
madame de Cham])lain entra dans un monastère d'Ursu- 
lines à Paris, d'abord connue ])ient'aitrice i)uis connue no- 
vice sous le nom de soeur Hélène de Saint-Augustin. En 
1648, elle fondait le monastère des Ui-sulines de Meaux. 
Elle mourut en odeur de sainteté dans ce couvent le 20 dé- 
cembre 1654, à l'âge de cinquante six ans ( 1 ). 

C'est dans la nuit du 15 juin 16)^)6 que le vaisseau (jui 
portait Charles liuault de Montmagny, successeur de 
Champlain au gouvernement de la Nouvelle-France, entra 
en racle de Québec I^e iKnivcan gouverneur avait amené 
avec lui son lieutenant, Antoine- Louis de lîréliaut de Tlsle, 
son secrétaire, Martial Piraube, et trois officiers militaires 
MM, de Saint-Jean, de Malepai-t et de Maupertuis. 

"Quel étonneinent à i-('s pen|tles, dit naïvement le i*ère 
LeJeune, dans la I\*rl(ifi(>ii de KJ^fJ. de voir c-ette leste no" 
blesse, tant d'éc^rlMtes, t.-int de |»ersoinies bien faites î" 

M. de Montmagny montra dès sa descente du vaisseau 
(piel homme il était. Fn s'engageant dans la côte La Mon- 
taigne, il n)H'i'çut la grande croix de bois du petit cimetière 
de Québec alors situé dans le tlanc de la montagne. "Voici, 

(1) N.-E. Dionne, Samuel Champlain, tome deuxième, p. 395. 



— 259 -- 

dit-il, la })rcmièrc croix que je rencontre sur le pays, ado- 
rons le crucifié en son iniajic". Il se jeta aussitôt à genoux 
dans le sentier abru})t. Sa suite et tous les citoyens de 
(t>uéhec (jui étaient venus le saluer en tirent autant. 

Le gouverneur de Montniagny était chevalier de Tor- 
dre de Malte. Il n'était donc pas marié ]»uisque les digni- 
taires de l'ordre de Malte s'engagoaient par voeu au céli- 
bat. 

^1. de Monlinagny qui vécut ici de IBof) à 164H sut ga- 
gner Testinie et l'attection de tous. Les Jésuites en font 
les plus grands éloges dan.s leurs RcJatious. 

Louis (rAillehoust de ('oTd(»nge, qui devait être le troi- 
sième gouverneur de la Nouvelle" France, était passé ici en 
I(J4:3, avec sa fennnc Mai'ie-Harhe de Boulogne, et sa belle- 
soeur. Pliilippe-Oertiude de Boulogne. Il se i)ro})osait de 
collaborera l'oeuvre de Montréal. 

Kn l(i47, M. d'Ailleboust de (/oulonge ])assait en Fran- 
ce, chargé i)ar les habitants du Canada de demander au 
i'<>i certaines modii1<'ations h son arrêt du 27 mars 1747. 
IVndant qu'il était en France, le 2 mars 1()4H, il fut nonnné. 
sur la reconunandation de la ('omi)agnie des Cent-Asso- 
ciés. ])our succéder à M. de Moiitmagny an gouve]'îiemr'nt 
de la Nouvelle-Fi-aiice. 

M. d'Ailleboust de Coulonge fut de retour à Québec 
le 20 août 1048. et ]»rit immédiatement ])ossession de son 
gouvernement fju'il gaivla ,ius([u'en ncto])re Kiôl. 

De 16Ô1 à Pi')S. M. d'Aillebdu-l de Coulonge résida à 
Québec sur sa terre de ( "oulonge. Il moui'ut à Monti'éal, 
lein mai IbOO. 

Marie-Barbe di' lîdulogne, veuve de M. d'Ailleboust de 
Crndonge, vécut (juchjue temps à Moiitnal jiuis, en 166.''. 
entra au noviciat (Uj.-< Crsulities de Québec. Klle en sortit 
bientôt. En 1670, elle se donna à l'Hôtel-Dieu de Quéliec où 
elle décéda le 7 juin 168-'). 

Nous lisons dans l'IIisfnin <Jt rjInfrl-Di( h dr ()\ir- 
hf'c de la mère Ju<'hereau de Saint-Ignaw : 

"Barbe de Boulogne était une âme )>révemie de la grâ 
ce dès le berceau : elle ne se maria que par le conseil de son 



■ 



... 260 — 

confesseur, et à condition que M. d'Ailleboust. qu'elle épou- 
sa, lui laisserait garder inviolablement le voeu de virginité 
qu'elle avait t'ait dès son enfance. Ce confesseur était un 
Jésuite, grand serviteur de Dieu, qui ai)pareimnent n'agis- 
sait pas en cela sans l'avoir consulté. Il dit à M. d'Aille- 
boust en lui montrant sa future éi)ouse : "Voici inie Vierge 
que Dieu vous contie pour en être le gardien ; si vous ou- 
bliez la ])roniesse que vous lui faites, et que vous ayez la 
hardiesse de donner quelque atteinte à sa puieté. Dieu 
vous châtira terriblement". Ces paroles menaçantes con- 
firmèrent M. d'Ailleboust dans la résolution où il était de 
vivre en continence. 

"Cependant après quelques années, il lit de grandes 
peines à son épouse, au sujet de son voeu qu'il voulait rom- 
pve ; mais sa patience, son courage la ttrent triompher. 
Son époux rentra dans les sentiments de fidélité dont il 
voulait s'écarter ; de sorte que, après cette attaque, qui fut 
longue, il la laissa paisible, et mourut fort chrétiennement 
en Canada, où il avait été gouverneur." 

Quoiqu'il en soit du voeu de virginité, il est établi que 
Louis d'Ailleboust et Marie-Bar1)e de Boulogne n'eurent 
pas d'enfants (2). 

On dit que la veuve du gouverneur d'Ailleboust de 
rVmloîigc refusa les pi'opositions de mai'iage du gouver- 
neur de Courcelles et de l'intendant Talon. 

Le 14 octobre 1651, M. Jean de Lauzon débarquait à 
Québec a^■<'(' deux de ses Hls, .Icaii de Lauzon et Louis 
de Lauzon de la Cetière. Vu autre fils de M. de Lauzon, 
Chai'h's de Lauzon de Charny, vint le rejoindre à Québec 
le 1er juillet 1652. Lors de son arrivée dans la Nouvelle- 
France le gouverneur de l^auzon était veut déjà de))uis 
quf'hiues années. Sa fenmie, Marie (îaudaî'd, a laissé son 
nom au fief de (Jaudai'ville. 

Les trois Hls de M. de Lauzon se marièrent dans la 
Nouvelle- l"'ran<'e, Charles de Lauz<>n de Charny devemi 
veuf, passa en Fran<'e, se Ht recevoir i)rêtre et revint dans 

(2) Aegldlus Fauteux, La famille d'AIIIeboiisC, p. 23 



I 



... 261 — 

la Nouvelle-France avec M^r de Laval. Jean de T.auzon 
fut tué }>ar les Ir<»(jU(>is li» 22 juin IfîGl. 

Le gouverneur (k' Lauzon rtait i('i)assr en France dans 
l'été de 1656. 

Dans son cclMjre M (' moire, M. Auhcrt de la ("hesnaye 
raconte que M. de Lauzon s'était rendu ini])oj)ulaire au- 
près des c(»lons de Québec qui lui reprochaient de ne pas fai- 
re les dépenses nécessaires jjour soutenir sa dignité. M. 
Paillon, de son côté, accuse M. de Lauzon d'avoir favorisé 
ses tils et leurs parents au détriment de bien des })ersonnes 
méritantes. Il est bien difficile de démêler la vérité sur 
l'administration de M. de Lauzon car sa correspondance 
avec les ministres, qui aui'ait jeté tant de lumière sur tous 
ces faits, a été perdue. 

Pierre de Voyer, vicomte d'Argenson, nommé gou- 
verneur de la Nouvelle-France le 2() janvier KiôT, arriva à 
Québec le U juillet 1658. Jeune encore, il avait à peine 
trente ans, sa grande sagesse et ses moeurs sévères l'avaient 
fait remarquer du ])rési(lent Lamoignon qui le recomman 
da au roi })our remplacer M. de Lauzon. 

M. d'Argenson n'était ])as marié. 

Le gouvernem- d'Aigenson rej)artit i)our la France le 
19 septembre 1661. 

Le baron Piei're Du Bois d'Avaugour, successeur de 
M. d'Argenson. était, lui aussi, céli))ataii'e. Arrivé ici le )>1 
août 1661, il re})artit ])our la France à l'automne de 1668. 

Le vieux loup de mei- Nicolas (Jargot s'ex))iinie en tei"- 
mes excellents sur M. d'Avaugour, qui était bi-ave. franc 
et loyal mais d'une opiniâtreté telle que son .>^\jour dans la 
Nouvelle- Fi'anee fut |h'U agréable ])(»ur lui et t<. us ceux (pii 
le rencontrèi-eiit. 

"L'année suivante, (pii fut ll>R!î, dit (Jargot, on (tbligea 
en(Mjre (îargot de faire le iiirMiie voyage, et avec les mêmes 
vaisseaux et semblables voitures. Aussi le succès en fut 
fort a])prouvant du précédent. 11 passa dans son vaisseau 
l'évêque de I*etrée et le sieur de Mézy, lionune de peu de 
conduite. Ce dei'uier y allait être gouverneur en la place 
du sage et vertueux M. Dubois d'Avaugour, que quelqu'un 



I 



— 262 — 

a nommé avec justice le Du Terrail du temps. Ce brave 
gentillioinme, quoiqu'il eût lieu de se plaindre contre plu- 
sieui-s ijei'sonnes du Canada, néanmoins étant de retour en 
France, se contenta de rendre raison au Roi de son adminis- 
tration, sans l)lâmer ])ersonne: ayant obtenu (M)n^é de Sa 
Majesté il tut eu Allemagne trouver M. l'électein' de Ma- 
yence son l)()n ami, qui le mena dans l'armée qui allait en 
Kongrie. Là il lut cboisi ])our dél'endi'e le fort de Serin où 
il est mort glorieusement en combattant contre les intidè- 
les." (:]) 

Le clievalier ("lia ries- Augustin de ]Mézy, successeur de 
M. d'Avaugour au gouvernement de la Nouvelle France, 
arriva à Québec le 16 septembi'e IGG.'^. 

Son admiiiisti'ation fut loin d'être lieureuse, 

M. de Mézv décéda au cbâteau SaintLouis le 7 mai 
lOG;'). 

( 'omme ses dvux prédécesseurs immédiats, AI, de Mésy 
n'était ])as marié. 

Daniel de Kémy de ('ourcelles arri\a à Québec au mois 
de seittembre 1()()-") en même temps (pie Tintendant Talon. 

AI. de ('ourcelles n'avait j)as été mai'ié ou il était \'eut' 
puistpie, iieiidant son séjour dans la colonie, la veu\'e du 
gouverneur d 'Aillelioust i-eTusa ses |)r(>posit ions de ma- 
riage. 

Louis de Luade, «•(tnile del'alluau et dv b'i-onteuac, fut 
gouvei'ueur de la Nouvelle- l^'rance à deux reprises, de U)72 
à IfiHl^, ])U!s (le KJHq h sa mort ( l(iî)S). 

l'^rnutenac avait épousé le 28 (tctohre KibS Anne de la 
(i range, fille (riin maître dv^ i'e(piêtes. De ce mariage na- 
(jiiit un lils. LraïK'ois-IiOuis de Lidiiteiiac, (pli l'ut tué à la 
tête de son régiment pendant (pi'il était au service de l'é^ 
vê(pie de Munstei', allié de la France. 

Madame de Frontenac ne vint jamais au ( "anada. 

(j)uand la nouxclle de la mort du conite de Frontenac 
parvint en l'^raiiee, Saint-Simon mentionna le fait en di- 
sant (pie c'était un lionime d'esprit fort du monde et par- 

(.1) Mt'iiiolr«> lit- lu vi<- Il (l<-s ii\riiiiin'M ilc Nii*«ilii.s (■ui'tfot, capllaiiie 
i-iili-i't«'iiii pur Su MiiJf.Hi/' «laiih lu iitarliu*. 



— 263 — 

faitciJieiit niiiu'. '^Ra t'einnu' avait été })elle c*t <i:alaiite ex- 
trr'iiiciiR'iit (lu ^rand iiiuikU' cî du plus reclitTclié. Elle et 
son amie iiiadenioiselle d'Outielaise étaient des ])ei'sonnes 
dont il fallait avoir l'appi-ohation ; on les appelait les di- 
i'in(.s. Vu si ainial)le lionuiie et une femme si merveil- 
leuse ne vivaient j)as aisément ensemble, aussi le mari 
n'eut pas de p<»ine à se résoudre d'allei' vivi*e et m<turir à 
(^uéhee, plutôt (pie de mouiii' de faim i<'i, en mortel aujtrés 
d'une divine. 

Madame de Frontenac mourut en 17(1", neuf ans après 
son mari. S;nnt-Sim«»n note la nioit de la «!:i'and<' dame en 
ces termes : 

''Mourut aussi madame de Frontenac dans un bel ap- 
])artement (pie le feu duc de Lude (pli était fort galant lui 
avait donné à l'Arsenal étant uji-aïKl maître de l'Artillerie. 
Elle avait été belle et ne l'avait i)as ij::noré. ï^lle et mada- 
me d'Oiiti'elaise donnaient le ton à la ville et à la cour ; el- 
les exijjeaient l'encens comme déc(>rs ; et ee fut toute leur 
vie Ti qui leur en j»rodio;uerait. Madame de Fiontenai* 
était fort vieille et V(>yait encoie cbez elle fol'cc bonne com- 
])agnie" (4). 

Antoine Lefebvre, seij!:neui' de la Barre, gouverneur 
de la Nouvelle- l'^i-aiice de 1()82 à l(i84, avait éjxmsé le 2U 
>eptembre l()4r) Marie Mandat, tille de (laliot Mandat, sieur 
d'Aigrefoin. maître des comptes, et de Marguerite LeH^'- 
boiirs. 

M. de la lîarre amena à (<)uébec sa femme et ses en- 
fants. S'il faut en croiic l'intendant de Meulles, le gou- 
verneur faisait les cboses à la bonne franquette. Il as- 
semblait le Conseil Souvei-ain dans son anticbambre. Ce 
doete eorj)s était obligé de délibéi-ei- ]>aJ'mi les allées et 
venues des domestiques, au milieu du bruit des gjirdes réu- 
nis dans une salle voisine. ** Ee g(»uverneur tient l'audien- 
ce, écrivait M. de Meulles au ministre en 1()H4, tout l'iiiver 
au c(»in de s(»n feu, où sa feimne, ses enfants et ses domes- 
tiques sont continuellement" (.'>). 

i4) T. -P. Uédurd. Im <i»iiiU*i»s«- (!<• l-'r<iii(«'iiu4-, p 63. 

(â> Archivf» du Cuiiu<la. ConeBpundumf lîf^nfrulf. \'ul. 



— 264 — 

M. de la Barre fut rappelé par le roi à cause de sa 
campagne désastreuse contre les Troquois et il s 'embarqua 
poiu" la France à l'automne de 1684. Il mourut à Paris 
en 1688, et sa lemme le suivit dans la tom])e l'année sui- 
vante. 

Le gouverneur de la Barre laissa un fils qui dissipa une 
fortune de ]3lus de 40,000 livres de rente. 

C'est le 1er août 168") que Jacques René de Brisay, 
marquis de Denonvillc. débarqua à Québec ])Our i)i'endre 
jjossession de son gouvernement. Le Conseil Souverain, 
réuni le 8 août ])Our l'eni'egistrement de ses ])rovisions, dé- 
}»uta deux ses membres, MM. Villeray et \'itré, pour aller 
saluer madame la générale, "et lui témoigner la joie de la 
Com])agnie, de ce qu'elle eût bien voulu s'exi)oser aux dan- 
gers de la mer et doimer au pays la satisfaction de ))osséder 
une ])ersonn(' de sa conduite et de sa vei-tu" (6). 

^Igr de Saint-Tallier rarement prodigue d'éloges ne 
]X'Ut taire son admiration })our la vie (pie menait madame 
de Denonvillc dans la Nouvelle-France : 

"Klle est, écrivait-il, à la tête de toutes les bonnes oeu- 
vres, toujours la i)i'emici'c aux niesses de ])ai'oisse, aux ])ro' 
cessions, aux saints, et à toutes les dév(>tions ])ul)liques, 
tantôt dans une église, tantôt dans une autre : elle a mis les 
actions de i>iété à la mode dans Québec, ])armi les ])erson- 
nes de son sexe, (pii se t'ont bonneur de la suivre partoAit, 
même dans les bôpitaux où elle sert les malades de ses pro- 
j)i-es mains, et dans les mains des ])auvres bonteux, qu'elle 
assiste selon lenrs divers besoins en santé et en maladie ; 
elle les insirnit, elle les console, elle panse leurs ])laies, elle 
leur pi'épai'c dvs l'emèdes, elle fait leurs lits ; et tout cela 
d'une ni.'inièi'c si aisée et si naturelle, (|u'on voit i)ien (ju 'el- 
le y est ;icc()Ui uiMce, cl (|u'cllc (lcc(»u\re p.-ir In pén«trati(m 
de sa foi la pcisonnc de riésus-( 'lii-isi dans celle des miséra- 
bles ; elle passe uîie i)artie de sn vie dans les monastères 
(les lilles. n\\ i\\\ ,-1 ciii (le\(»ir lui .•iccordcr inie libi'c entrée, 
poui" sa pi'(ip|-c (•(iiis(i|;i1 idii et pour <-e Ile des l'eligieuses (pi'- 

((j) .lii^<-iiu'iil.>> (lu <'uii-t4-il Souverain, vul. 11, p. HMJ. 




— 265 -- 

fUr rdilic lic.'iiicoiiii |>;ir s;i ('(uixci's.'if ioji cl \r,\v sa conduite; 
le restedu tciiijts se passe dans sa maison à ('■Icxcr sa famille 
et à tra\aill<'r de ses mains, appicnant encore jdus ])ar son 
exeni)dc (pic |)ar ses pai'oles à tontes les ixtsoiîik's (pli vien- 
nent Ini icndre icni-s devoirs, (pTnne t'ennne chrétienne, 
de (jncl(pie l'aiifx «pTelle puisse ('ti'e, ne d(tit jamais dcmeu- 
lei' inutile, et (pie dès (ju'elle ne fait rien, elle est en ('tat de 
faire heaucon)» de mal." ( 7 ) 

î>e mai"({uis et la mai'(piise de Deiionville avaient ame- 
né ici leur jx'titi' lille, Alarie7( atlierine. ils la mirent au 
]>ensi()iuiat des Ursulines de «Québec. 

Mademoiselle de Denonville conserva dans le monde la 
tendi-e i)iété dont elle axait l'ait preuve au ))ensiunnat des 
Uisidines. De i-etour en I^'i'ancc. elle enl i a diez les Carmé- 
lites de ('liartres, on (>lle se lendit fort i'emar(pial)le par la 
sainteté de sa vie. 

Dans un mémoire aiionyine da1<' de (Québec, le 'M) oc- 
tol)i-e KiSS et intitulé "Relation des événements de la ,<::uer' 
l'e et disposition (]('< alTai res du ( 'anada " on lit : 

"Quant aux antres noux'elles particulières je ne les 
dédnii'ay )»oint icy. pai'ce (jumelles me nK^-neraient tro)) loin, 
et (pril y aurait i\('^ choses ti-op l'oi-tes pour de cei'taines 
jtersonnes si je m'amusais à rappoi'ter tout lidèlenient . 

"d'y adjouteray seulemeiU un aiticlc sur le(piel \(»us 
ti-ouvere/ i>eut-être estran.ii'e (pie je ne dise lien, s(;a\'oir si 
M. le li'ouvei'ueui" l'ait (juchpie commeice. de vous dirav 
(\U(' noîi, mais <pie .Madame la LidUNci-nantc (pii est d'hu- 
meur à ne pas néuliuci' l'occasion du prolit, a l'ait, jusipTà 
la lin de l'Iiyvei' derniei', teiiii' dans le château de (^)uél)ee 
une chambre, pour ne |)as dii'e une bout i(pie, pleine de mai'- 
chandises. et ti'ouxè- moyen aprt'-s cela de l'aii'c nne loterie 
pour se défaire du icbut (pii lui estait l'csté, et (pii lui a 
plus produit (pie sa bonne mai'cliandise. 

pour ce (pli est i\^'> intrigues de M. son mai'i. bien dvi^ 
^ens disent (pi'il pi'olite de roccasion. mais je n'en dis rien, 
n'avançant que les choses d<»nt j'ai une parfaite coniiais- 

<T) KUlt prôxMit (Ir Truli^-c et (!<• I.i colMiiic fi-aii<;ii Ix- (laiis lu .Noiivollo- 
Fraiic'*', p. 82. 



— 266 — 

sanco. Aiitsy, je iio dis cccy (jiio sur le bruit coinniun ; 
mais ])(mr le reste qui est ci-devant, je i^roteste de n'estre 
prévenu (raucuue ])assi()n, et (]ue le seul intéi-êt du pays et 
la ])iu'e vérité des choses me Tout satisfaire votre curiosité". 

Il ne faut pas attacher trop d'importance aux dires de 
cet anonyme. Sa haine contre le marcjuis de Denonville 
i:)erce à toutes les pages de son mémoire. Il est le seul 
d'ailleuis à attaquer la marqiiise de Denonville.. Les té- 
moi <>ii a ges de ^Igi" de Saint-A'allier et des aimalistes des 
conmiunautés religieuses de (Québec doivent cojn[)ter ])lus. 
nous semble-t-il, que celui de ce i)ami)lilétaire anonyme. 

La marquise de Denonville née Catherine Courtin, 
décéda en son château de Denonville, le 18 mai 1710. à l'â- 
ge de 64 ans. Le marquis de Denomille la suivit dans la 
tombe le 24 septembi-e de la même année, à \'à'^(' de 72 ans. 

Lorsque J^ouis-l lector (k' ('allièi-es l'ut nommé gouver- 
jK'ur de la Nouvelle'France, le 20 a\ril KiOf), il y avait déjà 
(|uiiize ans qu'il serwiil ici en (pialité de gouveiiieur de 
Àlonli-éal. M. de Callières décéda au château Saint-Louis, 
le 26 mai 1703, moins (h' li-ois ans apiès son installation 
«•onnne gouvei'ueur. 

Par son testanieni l'ccii par le notaire ('hamhalon hi 
veiHe de sa inoi'1. on \(>it (pie M. (h' ('allières n'était ]>ar; 
marié. 1! d^nianchiil à être inhumé (hins Téglise des llé- 
collets, mais ajoutait que "son cocui' (h'xait êti'e séparé de 
son coi'ps et mis dans mic boite (h- [ilomb ou (Targent pour 
ensuite et i-e (h'|»<jsê es mains <\i'< l^''^•él'ends l*èi'es Recol- 
lets |»our et r(; par eux gardé ju«prà ce (pie M(»nsieur ]o 
mai'((uis (le ( 'all-i(''res, l'i-èi-e (hi dit seigneur testateui', leur 
eut donné s(» M a\'is sur son inteiit ion à cet égard '". 

Le inar((jiis IMiili|»|ie Ixigaud de X'andreuil, successeur 
de M. de ( 'alli(''i('s, (ut gouNci-nen i' de la N'oUNclle l''i'ane«» 
de 17n;') à 172'). Il d(''c(''da an «diâtean Saint I-ouis \r 10 
octobi'e 172). 

Le g(in\-ei'nenr de \'aiidreuii avait (''iiousé une cana- 
d ici me, Louise- l\l i sa liet II de doyhert . née à ( Jeiiiseck, sur la 
rivièi'c Saint. lean, le 18 août l()7o. Mlle avait reçu son ins- 
truction au c()uvenl des Ursulines de Québec. 



Il 



... 2f;7 -- 

On >;\\i (pic l.'i iii;ir(|Hisc de N'audrciiil Cuf ;ip|)rl('(' vu 
ITOS à la cniir <lr h^rjuicc coiniuc sous-pmvrniantc des on- 
f'ants (le Fi-ancc Le navire ({iii devait la conduire en 
Fiance paiMi <\(' (Jnéliec à rautonine de 1709 fut i^ris ])ar 
les Anulais. mais le conmiandant du vaisseau ennemi fit 
dol)ar(|uei- madame de X'audi'euil au llâvre. 

"La marquise de \'audi'euil, dii M. Krnost (iap:non, se 
rendit imîuédiatemenl à N'ersailles. et fut accueillie avoe 
bonté ]»ai" madame de MainteiM»n, (|ui la ])résenta au roi. On 
lui conlia aussilùt réducati(m du jeune duc d'Alençon, et 
le duc de Saint'.Simon, (pii n'était «;uèi'e ])orté à flatter les 
^ens, dit dans ses Mrnioircs, (pTelle était bien au-dessus de 
son emploi. . . . F^lle s'ac(|uitta de sa tâche avec tant d'in- 
telligence et de tact (jue le jeune pi'ince, S(Ui élève étant 
mort, on la retint à la <-o\n- plusieurs années encoi-e ])our y 
élevei- les auti'es enfants fin duc de P)eri\v" (8) 

La mar(piise de N'audreuil. (pii i-estait à la c<»ui' pour 
airlerses tils (pii avaient besoin de la ]»i-otection du roi, se 
décida en 1724 h i*e])assei' dans la Nouvelle- Fi-ancc. Le 
marquis de \'audreuil décéda (juehjues mois a])rès son re- 
tour, le 10 octobre 172"). 

( 'onmie (plat )•(' de ses fils i'aisaient leur servici' en 
l'^iance et (pTune de ses tilles y était marié, la marquise de 
\'audi('uil repassa en France à Fautonme de \12') avec ses 
deux tilles non mai'iées. Klle décéda à Paris en janvier 
1710. 

('liai'b'- de r.eauliai'nois. elievaliei' de la l'xtiselie. (pii 
lui le (piatorziènie gouverneur de la Nouvelle-France, re- 
font le titre de Inarcjuis dans ses ])i-ovisi(>ns de gouverneur 
qui furent signées i)ar le roi le II janvier 172(i. H avait 
éjjousé, le () août 171b, Renée i'ays, \cuve en seconde- no- 
«-es (le Pierre Ilardouiiieau, >ei^ïieur de Laudiani('i'e. 

C'est le )30 août 172(1 «pie le niar(juis de Beauliarnois 
débaivpia à (Québec. 

M. de IJeauliarnuis fut LCouvei-iieni' de l;i Nini\elle- 
Franee de 172b à 1747, soit vin«;t-un ans. 



(8) JjC fort et le «•hatcaii Saliii-I.uiils. p. IIH. 



— 268 — 

''Sage, courageux et habile, dit M. l'abbé Ferland, ce 
gouverneur avait épousé une dame veuve déjà avancée en 
âge, dont il n'avait pas eu d'entants" (9). 

Ces lignes laissent entendre que la marquise de Beau- 
harnois suivit son mari dans la NouvelleFrance. Nous 
croyons qu'elle était morte avant la nomination de M. de 
Beaubarnois au gouvernement de la Nouvelle-France. Le 
19 août 1725, le ])i"ocès-verl)al du Conseil Sujun-ieur porte : 
"Sur ce que le procureur-généi'al du Roy a représenté que 
M. le marquis de Beaubarnois ])ourvu par Sa Majesté de 
la cbarge de gouverneur et lieutenant-général en ce pays, 
et M. Ihipuy, commis et dé])uté, intendant, étant attendus 
de jour à autre, il convient de faire à cbacun d'eux une dé- 
putation pour les com])linïenter de la part du Conseil sur 
telle beureuse arrivée en cette ville. . . "Si la marquise de 
Beaubarnois avait accompagné son mari ici, le Conseil 
Supérieur n'aurait i>as manqué de lui oifrii- ses bonuna- 
ges conmie il l'avait t'ait pour toutes les autres nobles dames 
qui i)assèrent au Canada avec leurs maris nommés au gou- 
verneînent <lu ]>ays. De plus, au mois <l'(M'to})re 171^0, de 
grandes fêtes eurent lieu à Québec à l'occasion de la nais- 
sance du Dauphin. La relaticm officielle très détaillée de 
ces fêtes ne dit i>as un mot de la marcjuisc de Beaubarnois. 
Nous sommes donc en dnMt <b' croire que le gouverneur de 
Beaubarnois était déjà v<'uf lors de son arrivée à Québec 
en août 172(5. 

Le manjuis de Heauliarn<»is décéda à Pîiiis le 12 juin 
1749, douze ans ai)rès son retour en France. Il était le 
grand-oncle d'Alexandi'e d<' Beaubaî'nois ou de Beaubar- 
nais (jui i'iit \v premiei- mai'i <le Joséphine l'ascber de la 
Pagerie, (jui devint im|>ératrice des Fran(;;ais et que Na])o- 
léon 1er répudiM pour- é|»nnsri' M;ii-ie-!iOuise d'Autriche. 

Nommé ,111 gouvernement iW la Nouvelle France le b") 
mars 174b, le marijuis Jaccpu's-Pierre de Taffanel de la 
Jon(juière, s'était emhaïqué le 22 juin 174<) sur le XorHinni- 
hf rldiid, (]ui faisait |)aitie de la tllotte de M. d'Anville. On 
sait le triste sort de cette escadre que M. de la Jonquière 

O) Cours d'histoire du Canada. 



— 269 — 

fut obligé de ramener en France sans avoir accompli sa 

mission. Lt^ nouvenu «ioiivcrnenr se rcniharqua l'année 
suivante poui- venir jjrendre son poste. Mais cette l'ois il 
tomba aux mains des Anglais qui le gardèrent prisomiier 
en Angleterre. 

Le Kl juin 1747, Roland-Michel Harrin, c(.nite de la 
(xalissonnièr€\ était nommé j)our rem])lacer temporaire- 
Mient M. de la Joii(|uière au gouvernement de la Nouvelle- 
Fiancé. Le comte de la (Jalissonnière arriva à (^ué})ec le 19 
septembre 1747. 8i M. de la ûalisscmnière était marié sa 
fenune ne le suivit pas dans la Nouvelle- France. 

Le savant suédois Peter Kalm, qui visita la Nouvelle- 
France i>endant l'adnunistration de M. de la (Jalissonniè- 
re, a tracé le portj-ait suivant de ce gouverneur : 

"Le mar(|uis de la (Jalissonnière, âgé d'enviion cin- 
quante ans, est un iKnnme de petite stature, à la taille un 
l»eu (léformée, et d'un extérieur agréable ; son savoir est 
vraiment étoimant et s'étend à toutes les bi'ancbes de la 
science, surtout à riiistoire naturelle, <lans hupielle il est 
si bien versé que, lorscpTil c(unmenca à discourir sur cette 
matière, je crus enten<li(' un autre Liimé. M'<'ntretenant 
avecdui de l'utilité de l'histoire naturelle, de la meilleure 
métho(h' à suivre p(»ur l'ajjprendre et l'emi)loyer ensuite 
à améliorer l'état d'un pays, je fus étonné de le voir tii-er 
ses raisons do la polit i(jue, aussi }>ien (pie de la phil<»so])hie, 
des mathémati(pies et d'auties sidences. Je confesse que 
mes conversations avec ce gentillKnnme m'ont été très ins- 
tructives et (pie j'en ai tou joins tiré beaucoui) de notions 
utiles " (10). 

Le comte de la ( Jalissoimière (juitta (^)uébec le *24 sej>- 
tendu-e 1749. regretté de tous. On a dit (pi'il était bossu. 
Au tém(»ignage de Kalm. il n'était pas bossu mais avait 
simplement la taille un peu déformée A tout événement, 
si le comte de la ( Jalissonnièic était bossu, il n'était ccrtai" 

(10) MémolreH cl»* la S4H-l«'-té lllMi>rl<|ii<- ilc Moitlrt'-al. K.ilni «Inriri»' le 
titre (le niarqulH à M. de la f;ali.s«onni^re, niais dans .seH lettres de rioi'nination 
du lu juin 1747. le roi n'exprime aln«l : "Nouh avon» ihoi.si le «leur ('«>àii(e 

de la OalisMonnière " Peut-être M. de la Cali.sHonriiAi ,. fut-il iréf- niarijuia 

apr^a son départ de la Nouvelle-France, 



— 270 — 

nement pas manchot. Dans sa rencontre du 20 mai 1756, 
avec l'amiral anglais Byng, il lui fit voir trente-six chan- 
delles. L'escadre commandée par M. de la Galissoimiè- 
re était composée de douze vaisseaux et de cinq frégates. 
L'escadre anglaise était forte de treize vaisseaux et de cinq 
frégates. L'amiral Byng ])aya sa défaite de sa tête. L^ne 
cour martiale le condamna à mort et il fut fusillé à bord de 
son propi-e vaisseau. Le marquis de la (Talissonnière 
mourut à Nemours le 26 ()cto))re 1756, cinq mois après son 
éclatante victoire. On dit qu'il fut surpris par la mort 
au moment où il se rendait à Fontainebleau ])our recevoir 
le bâton de maréchal de France dv^^ mains de Louis XV. 

En 1749, le marquis de la Jonquière passa entin au 
Canada ])our ])rendi'e le gouvernement de la colonie que le 
roi lui avait donné le lô mars 1746. Il débarqua à Qué- 
bec, le 15 août. 

Kalm assista à la réception solennelle ([ui fut faite au 
gouverneur de la Jonquière et il nous en donne le récit sui- 
vant : 1 

"Vers huit heures, les principaux habitants de la vil- 
le se sont assemblés dans la maison de M. (h- X^audreuil, qui 
vient d'être nommé gouverneur des Trois-Rivières et dont 
le père a été gouverneur-général <lu Canada. Sa maison 
est dans la basse-ville. M. le marquis de la ( Jalissonnière, 
gouverneur-général jusqu'à ce jour, et qui ])artira ])our la 
France à la première occasion, y vint pai'eillement, accom- 
])agné de tous les officiers publics. Je fus invité à assis" 
ter à la cérémonie. A huit heures et demie, le ncmveau 
gouverneur-géiiéi'al est descen(hi de son vaisseau dans une 
chaloui)e couveric d'un tapis rouge, et au même moment 
les canons, du liant (h'S remi^arts, donnèrent le signal de 
mettre en l)i-aiile toutes les cloclies i\r la ville. liCS ])er- 
sonncs de distinction (h'scendii-ent au i'i\agc ])our rendre 
liommagc au gouvei-iieur, (pli, à son dél)ar(|uement de la 
clialoujK', fut reçu par le mar(|nis de la (Jalissonnière. 
Après (ju'ils se fuient salués l'un l'autre, le conunandant 
de la ville pi'ésenta au nouveau gouvei'ueur-général, dans 
le langage le |)lns éhxinenl, une adresse à laquelle il répou- 



... 271 — 

dit fort laconiquement et qui fut suivie d'une salve géné- 
ral des canons des raniparts. Toute la rue jusqu'à la ea' 
tliédrale était bordée (riionnnes sous les armes a])i)arte- 
nant pour la ])lu]»ait à la classe Ijourgeoise. Le gouver- 
neur-général se dirigea vers la eathédrale jiassant entre 
cette double baie. Il })ortait un liabillement rouge, tout 
galonné d'or. Ses <];vnr<, en livrée verte, le i)récédaient le fu- 
sil sur réi)aule. A son arrivée à la eatbédrale, il fut reçu 
par l'évêque du Canada revêtu de ses babits pontificaux, 
la tête couverte d'une large mître dorée, une baute crosse 
d'argent ma.^sif à la main et entouré de son clergé. xV])i'ès 
une courte adresse de l'évêque au gouverneur-général, un 
l)rêtre, accom[)agné de deux autres ecclésiastiques, l'un à 
sa droite et l'autre à sa gauclie, qui tenaient en mains des 
cierges allumés, suivant, apportant un cruciiix d'argent fixé 
au bout d'un long l)âton et le lui donna à baiser. 

"Knsuite le cortège se dirigea vers le clioeur, en i)as- 
'sant par la grande allée, dans l'ordre suivant : l'évêque 
suivi de son clei'gé, les gens du gouverneur marcbant tête 
couverte et le fusil sur l'éjjaule, puis le gouverneur lui' 
même avec sa suite et la foule. A l'entrée du choeur, le 
gouvei-neur-géiiéial et le général de la Oalissonnière s'ar- 
rêtèrent devant une stalle couverte d'un tapis rouge et y 
restèrent pendant tout le temi)s de la messe, qui fut célé- 
brée par révê(iue lui-même. De l'église il se rendit au ])alais 
(le «'liâteau St-Louis) où les ])ersonnages de marcpie vin- 
r^'nt Ini i-endre Icui's lionimages. Les i-eligieux des dif- 
férents ordres, avec leurs sujtérieurs resjjcctifs vim'cnt 
aussi lui témoignei- leur joie de son arrivée. 

"De toute cette foule qui s'était i)ortée au devant du 
gouverneui-, aucun ne resta ]»our le dîner, à l'exceiition de 
ceux qui avaient été invités d'avance, et j'eus l'iionneur 
d'être de ce nombre. Le repas dura fort longtem])s et fut 
aussi sonq)lneux (pie l'occasion le demandait". 

Le marcpiis (](• la .huiquièi'e décéda à (j)uébec le 17 mai's 
17riL>. ^ . 

11 a\ait épousé, le i^ juin 172L Mai'ie-Angéli(pre de la 
Valette, De ce mariage naciuit nne lille, Jacquette, qui 



— 272 — 

devint, le 5 avril 1746, l'épouse de Jacques Roger, marquis 
de Xoé, (•a])itaiiie de cavalerie. Deux mois après son ar- 
rivée à Québec, le 9 octobre 1749, M. de la Jonquière avait 
demandé au ministre un ])assag"e ])our sa fennne, sa tille et 
son gendi (* qu'il voulait faire venir au Canada. Mais ceux- 
ci ne i)urent se décider à passer dans la Nouvelle-France 
mal^'ré les ])rières instantes que leur faisait le marquis de 
la Jonquicre, dans chacune de ses Ictti'cs, de venir le rejoin- 
dre à Québec. La marquise de la Jonquière, qui était 
])()U]tant la femme d'un marin, avait ])eur de la mer, et la 
niar(]nise de Noé, sa lille, ])i'é ferait rester en France. 

Le successeur de M. de la doiuiuicic au gouvernement 
de la Nouvelle- France fut également un marin, Ange Du' 
Quesne de Menneville. Il fut nonmié le 1er janvier 1752 
et arriva à Qué])ec dans les premiers jours d'août. 

Le mar([uis DuQuesne de Menneville était le fils d'un 
chef d'escadi-e mort conmiandant du ])()rt de Toulon et de" 
la même famille que le grand Du Qucsuc, l'un des plus cé- 
lèbres marins du dix-se])tiènie siècle. 

Le gouverneur DuQuesne de Menneville s'était marié 
mais n'eut pas d'enfant. S'il amena sa fennne à Québec, 
elle ne lit pas grand l)i'nit car nous ne la voyons mention- 
née indlc pai't. Quant à M. Du Quesne de Menneville lui- 
mcme, il ne i'ut ])as populaire à Quélx'c. Suscei)tible à l'ex- 
tréme, ])lutôt icn fermé, il n'axait i)as d'amis et ne chercha 
pas à s'en créer. L'auteur (\v>^ M r moi ras sur les affaires 
(lu ('(i)ûi(hi (l('f)uis 1749 jus(/u'ù 17()() dit de M. Du Quesne : 

"Le niar(|uis DuC^ncsnc était d'une famille (pie la va- 
h-ur a\ait éle\'ée aux phis hauts einjdois de la marine ; il 
était d'une taille au-(h'ssus de la médiocre, liien fait, et avait 
d(^ l'esprit ; il é1;iit li<'r et iiautain, et ne soulïrait pas qu'on 
man(|U;i1 itiipuiiéiiieiit à ses oi'di'cs : sa liei'té néanmoins 
cédiiit au sexe dont il se lit aimer ; mais on s'(îst |»oint aper- 
(;u (pie l'amour lui eût l'jiit fnire <\i'^ fautes considérables : 
connue il avait peu de hieu, il cliei'clia à s'en procui'ei* ; mais 
ce ue fut jamais par i\i'^ voies ciiantes ; s<»n mérite ne fut 
connu, et on ne le regretta que lorsque sou successeur eût 



... 278 — 

fait assez de fautes ])oiir faire dire que si le marquis Du 
(,)uesne eut (HHiiiiiaiidé on eut réussi". 

Après son déiiail de la N(>uv(dle-Fran«'t'. en 17")."), le 
inai(iuis l)u(^U(*sne de Mennevillc re|)rit son service dans 
la marine. Ciéé chef d'escadre, il <'onnnandait en avril 
17'")9, le Foudroffunt et s(»utint <'ontre trois vaisseaux an- 
«;lais ini conil)at (jui duia se)»t lieures. Il fut à la tin con- 
traint de se rendre. 

Commandeur de Saint-Louis en janvier 17()3, le mar' 
quis DuQuesne de Menneville se retii-a du service le 8 avril 
177(i, avec le titie de lieutenant-jj^énéral. Il mouiut deux 
ans i»lus tard, le 17 sej»teml)re 1778 à Antony, Seine. Le 
14 décem})re 1774, il avait fait son testament devant maî- 
tre Boulard, notaire à Paris, et avait institué \h)\\y son hé- 
ritière et légataire universelle sa soeur Lrsule DuC^uesne. 
veuve de (iuillaume d'Isard, ce qui indique bien que s'il 
s'était marié il ne laissa pas d'enfants. 

Le dernier g(»uvei'neur de la Nouvelle- Fiance sous le 
régime frau(;ais fut le marquis Pierre de Vaudreuil de Ca- 
vagnal, quati-ième tils de notre p>'emier pniverneur de 
\'audreuil. 11 était né le 22 novembre lb98 au «-hâteau 
Saint-Louis de Quéhe*' qu'il devait occuper cinipiante-seiit 
ans plus tard comme gouvei n<'Ui* de la Xouvelle-h^rance. 
Lors de sa nomination au gous'ernement de tout le pays, 
le mar<juis de X'audreuil était depuis ti'eize ans gouver- 
neur de la Louisiane. ¥A avant de se rendre en Louisia- 
ne pour occujter ce haut poste, M. de N'audreuil avait é})ou- 
sé Mlle Fleur\- de la ( iorgendière, veu\c de i<'rançois Le 
Veri'iei" de Houss(»ii, capitaine dans les troupes du détache- 
ment de la marine. 

Le marcjuis de N'audicuil fut le pi-emier ("anadien ap" 
})elé à g»»u\erner la colonie avec le titre de gou\erneur. 
( "est au milieu de la joie générale (ju'il débarqua à (^|uébec 
le 21^ juin 1755. 

Le mar(piis de \'audi-euil gouveina la Nouvelle- Fran- 
ce jus(prà la con(piête du pays par les Anglais. Le mar- 
(piis de Montcalm (pli ri'aimait })as le gouveineur de \'au- 
tlreuil ni sa femme leur décoche de tem])s en temps des 



— 274 — 

traits acérés dans son Journal on ses lettres. Qnoiqn'en 
dise Montcalm. le marquis et la marquise de Yaudreuil 
étaient ]K)pulaires à Québec et dans toute la colonie. Mont- 
calm accuse le gouverncnir de Yaudreuil de iirotéger sur- 
tout les parents de sa ft^nnue. La protection du marquis de 
Yaudreuil s'étendait à tous les Canadiens. Ses prédéces- 
seurs ne voyaient que par les yeux des oiïiciers v(4uis avec 
eux de la vieille France. Le gouverneur de Yaudreuil né 
au pays, Canadien de coeur et d 'âme, protégeait ses compa- 
triotes. Pouvons-nous l'en blâmer ? 

Après la conquête, le marquis de Yaudreuil passa en 
France avec sa fennne et son l)eau-tils, M. LeYerrier, major 
de Québec. Il décéda à Paris le 4 août 1778. 

P. G. R. 



liKPONSF.S 

Adhéniur. (XXVI, |). 18.".).— Rn réponse à Fancine, je puis l'assurer que 
le prénom exact d'Adhémar, le co-délégué de Jean Uelisle en 1783. est bien 
Jean-Baptiste-Amable et non pas Toussaint-Antoine. La follection Baby, 
appartenant à l'Université de Montréal et déposée à la Bibliotht^que Saint- 
Sulpice, possède plusieurs lettres ile lui. datées d'Anpleterre, pendant sa mis- 
sion, et il n'y a aut.'un dout»' sur son iilentification. D'ailleurs, son frère, 
Toussaint-Antoine Adhérnar de Saint-Martin, demeurait depuis plusieurs an- 
nées à Détioit. à cette épofjue. C'est Jean -Baptiste Adhéniar qui fut le vé- 
ritable délégué des Canadiens en 1783 ; alors que Dellsle ne passa que quel- 
(iues mois et \\'. \). Powell que queUiues semaines en Angleterre. Adhémar 
y séjourna plus de deux ans et. à son rctoui au roinmencement de 1786, il 
fut encore retardé de jilusleurs mois \mr un iniasi-naiifrape qui l'avait rejeté 
sur les côtes du Portugal. 

AEG F. 

I.a planlalldN du mal. iXWI, p. 1.'.4). — Aux autorités (|Uii citr sur la 
l)lantalion du mai dai'.s It-s seigneuries, M. Massicotte nous permettra peut- 
être d'ajouter l*hllli)pe Aubert de (îaspé ((ul, sans ses "Anciens Canadiens" 
consacre tout un chapitre, le 8éme, à la Fête du Mai. 11 faut donc croir» 
qu« la coutume florisHuit aussi à Saint-Jean-Port-Joli. 

AEG F. 



275 -- 



LETTRE DE L'INTENDANT DUCHES 

NE AU AU M \K(>ULS DE SEIGNELAY, 

MI,S DE (X)LHERT (ll^ novciubre 

1681) 



Muiis»'i«,nit'ur, 

J'ai rt\'U aviH' tout le respect dont je suis capalile les ordres ilu Hi>i 
ft la lettre ((d'il vous a plû nie faire l'hoiiiieur de lu'écrire le '^ laay der- 
nier. La Nou\ elle- France a ^'■rand sujet tle hien espt'rer |»oui' son repos et 
sa féliiité, j)uisque, Monseigneur, s'est voulu décharger sur vous de^ soins 
pleins de tendresse qu'il en a toujours i)ris et (pie vous ave/ le pouvoir et 
l'inclination de le secourir. 

Je nie dois aussi estimer hienlieureux de V(jus pouvoir niarqm-r ma 
fidélité et mon obéissance à vos commandements et de vous renouveler 
les assurances très respect ueu-^es de mes très huinhles servii-es (pie vous 
eûtes lu lionté d'agréer la première fois que j'eus le lionlieur di- \ous les 
offrir comme créature de votre illustre nuiis(»n. 

.Te tâcherai, Monseigneur, de répondre exactement à tout ce (pie le 
It'ui et Vous m'ordonne/, et de vous informer ensuite de l'état de ce pays 
et de ce qui s'y est passé après le départ des vaisseaux de l'année dernière. 
Je le ferai assurément avec toute la tidélité (pie je \ous dois et dans li 
pure vérité sans que les choses qui s(nit arrivées me donnent d'autre mou- 
vement que celui de faire mon devoir et <le nrac(piitter (\>'< ohligatioii- 
dont le service de Sa .Miijesté et le liien du pays chargent nia conscience. 

\'ous reconnaitrez, Mon.<eigneur. |.ar le recensement des Sauvages 
(pie j'ai fait cette année (pie leur nomhre e>t augmenté de deu.v cent sept 
l»ersonnes. J'ose vous dire qu'entre tous les nioyeii> tpii m'ont été pres- 
irits pour attirer h-s Sauvages parmi nous et les accoiitunier à nos ma- 
nières celui dont on peut attendre le plus de succès sans craindre les in- 
convénieys qui se trouvent dans tous les autres est celui d'étaldir au mi- 
lieu (Je nous des villages de (■>'> |ieiiples. 

Il parait même (pie c'est le meilleur puisipie dans la mission de la 
Montagne de Montréal g(»uvernée par .Messieurs du Séminaire de Saint 
Sulpice qui y M.nt ('-taldis et dans cidie du Saiilt de la Prairie de la Ma- 
deleine (pii en e.>t pntclie, daiis celles <le Sillery et de Lorelte (pli sont aux 
envirouH de (Juéhec tuut«s troia dirigées par les l'èrejj Jésuites ou élevé 



— 276 — 

les jeunes enfans à la Française excepté pour leurs vivres et leurs habits 
qu'il est nécessaire de leur faire retenir afin qu'ils ne soient pas délicats 
et qu'ils se trouvent plus dispos et moins embarrassés pour la chasse qui 
fait leur richesse et la nôtre. 

On a commencé à montrer dans toutes ces missions à lire et à écrire 
aux jeunes garçon? ; dans t-elle de la Montagne de Montréal, les filles de la 
Congrégation s'appliquent à l'instruction des jeunes filles et les font tra- 
vailler en touture ? les Ursulines de Québec fout la même chose à l'égard 
de celles qu'on leur donne, qu'elles les reçoivent indifféremment de tou- 
tes les missions tant établies parmi nous (jue dans les pays des Sauvages 
sous la direction des Pères Jésuites. 

Sur cela, Monseigneur, vous me permettrez, s'il vous i>lait, de vous 
dire deux choses : la première qu'on ne peut trop favoriser ces missions 
et donner créance parmi les sauvages à Messieurs de Saint-Sulpice et aux 
Pères Jésuites d'autant que nçn seulement elles mettent le pays en sûreté 
et y apportent des pelleteries, mais elles glorifient extrêmement Dieu et 
le Roi comme fils aine de l'Eglise |)our le grand noml)re de bons chré- 
tiens qui s'y forment. 

La Seconde que peut-être Sa Majesté pourrait augmenter notable- 
ment ce grand bien si elle me donnait ordre de faire de sa part quel(|ues 
petits présens aux Sauvages des Villages étal)lis j)armi nous pour en at- 
tirer un plus grand nombre et si elle destinait un petit fonds pour pour- 
voir les Filles Sauvages qui sortent des Ursulines après avoir été iivstrui- 
te, afin de les marier et d'en faire des familles cbrétieniies. 

Je ne manijuerai pas. Monseigneur, d'exhorter les habitans à élever 
des Sauvages et je ne me rebuterai point d'en donner l'exemjtle, quoique 
trois m'avaient déjù (|uitté après avttir bien fait de la dépense p<»ur eux 
par ce que je les voulais a.^sujettir à apprendre quelque chose ; les Pères 
Jésuites ont été |)lus beureux (pie moi et en ont des nations les plus éloi- 
gnées, ((.iiinif (\*'>i Illinois et des Loups qui savent lire et éi-rire, parler 
français et joutr A*'-^ instruments. 

\%jus verrez. Monseigneur, pur lu lettre que j'ai écrite aux propriétai- 
res dtfs terres en justice et en lief tant pour ejix «jue pour leurs bubitans, 
qu'après uvoir conféré avec Monsieur L'Kvêque conmie vous m'ordonnez 
de le faire pour tout ce qui regarde le spirituel de ce pays et pour suivre 
les intentions du l'oi et les vostres ipi'on a rédijit aux dinies seules la 
subsistancf d'un ciné umpicl on a donnt' l'ctendue qu'on :i cru n^'-cessaire 
pour cela et nicinc on a soumis cette étendue uu jugcn»»'nt des j)ro]»riétai- 



... 277 — 

rep pf habitaii? afin qne s'ils croyaient (jir<'llf fut trcf» jrranrlp r^n la di- 
minuât ot aussi i|UP si pIIp iip l't^tait pas assez on l'au/^nientat. 

t'pjK'ndant, Monseigneur, les propriétaires «les fiefs et des Seigneu- 
ries et les habitans ont rej)résenté que l'étendue étant augmentée les peu- 
ples se trouveraient plus al)andonnés parce que dans celles qu'on avait déjà 
marquées à chacun curé les habitans qui les composaient n'entendaient la 
messe p«»ur l'ordinaire qu'un dimanche en un mois ou en six semaine? 
que mêmes les dîmes n'augmenteraient pas par une plus grande étendue 
par ce (|ue les habitans étant assistés plus rarement in- déi lareraient ne 
devoir de dîme qu'à [)roiK»rtioii de l'assistance «ju'uii l^u^ donnerait et 
(ju'étant impossible de les atFermer par la diiïculté de les recueillir sans 
de gran<ls frais à caiis*» de la situation des lieux il faudrait s'en rajtporter 
à leur bonne foi. 

Les turés, d'autre iM^té, ont reniontn' (ju'ils sont déjsi >ur<liargés de 
travail étant obligés de marcher incessament, tantr)t en raquettes sur les 
neiges pendant l'iiiver et tantôt en canot pendant l'été, où ils rament 
tout le j(»ur, et ipie si oïl leur augmentait leur étendue qui était <léjà trftp 
grande, ils ne se tniuveraient pas eapables de fournir à une aussi grande 
fatigue. 

Cependant, Monseigneur, toutes ces difficultés n*' m'ont )»as empêché 
de faire connaître les intentions de Sa Majesté et la v»'»tre. t-t Mf>n<ieur 
l'Kveque a renvoyé les prêtres dans les lieux qu'ils avaient accoutniné 
d'assister et leur a ordonné de se contenter ih'r^ vivres les {)lus simples et 
du *eiil nécessaire pour leur entretien, (piebpies-uns des jinipriétaires (\r!i 
fiefs et de»i Seigneuries ont offert de le> nourrir cbe/, eux et ils doivent 
)rt»urvoir à leur entretien, «ornnic cela se fait vulonf aireinent et indépcri- 
damment des ilinies on ne peut assurer qu'il continueront. 

Vous me permettrez, Monseigrunir, de vous re{)résenter qu'on ne peut 
prendre de règle certaine sur ce qui se fait en France puisc|ue assurément 
la fléj>ense est bien diiïérente en ce pays, si je ne craignais; [M»int de vou« 
être importun, je vous ferais un détail qui v(tus persuaderait de cette vé- 
rité. Je me contenterai seulement de vous marquer rpie le viti (pii ne 
coûte en Frain-e .\ Il la bari(pie. se vent cinquante, soixante et soixante- 
<iix livres, le reste des liqueurs à proportion, le> habits y coûtent le dou- 
ble dont les Kcclésiastiques uset>t beaucoup à cauSe de leurs fré»pients 
\oyHges et la longueur de l'hiver, les souliers se valident cent sols et six- 
livres, un valet qui ne gagne «jue dix, rlouze et quinze écus de gages eti a 
ici cinquante et eulin le bois de chauffage qui n'entre presque jwint en 



... 278 — 

France dans la dépense d'un curé vaut dans les habitudes au moins trois 

livres et dans Québec cent sous ou six francs la corde et on en consomme 
extrêmement à cause de la rigueur et de la longueur de l'hiver néanmoins, 
Monseigneur, le Roi et \ous serez obéis et je ferai toutes choses pour ré- 
duire aux, dîmes seules la subsistances des curés i-omme il m'est commandé. 

Comme Je ne dois yxtiiit vous trom{)er, MonstMgncur, Je dois vous dire 
qu'il y n'y a point de personnes en ce pays, qui puisse doter une Eglise 
de m 11 mais même qui la puisse faire bâtir solidement à ses dépens, tout 
les gens sont ici remplis d'une grande vanité et il n'y en a ])as un qui ne 
prétende à être patron et chacun veut un curé dans sa terre et tout ces 
gens là, un seul excepté, sont fort endettés et dans la dernière ])auvreté, 
et ce seul là est encore plus pauvre parce qu'il est dans une sordide avarice. 

Il n'y a dans tout le pays (pie le nombre de sept églises paroissiales 
sans comj)ter celle de Québec dont les murailles soient de pierre qui sont 
dans les Seigneuries de Monseigneur l'I^vêque, et des Messieurs de St- 
Sulpice et dans deux seigneuries particulières lesquelles ont été bâties 
de {)artie des fonds que Sa Majesté a a})pliqués pour ce sujet des fortes 
contributions de ces Messieurs et des cbarités des j)articuliers, les autres 
sont des j)ièces de bois et des' }>lanclies (jui <tnt été construites aux dépens 
des })roj»riétaires des fiefs et des habitans que Monseigneur l'iMê<jue re- 
fuse d<' consacrer par ce (pi'il dit cpj'il est de son (bnoir et de son obliga- 
tion de ne donner la const-cratioii qu'à [\('>^ hàtiinens solides et de durée. 

Ainsi, Monseigneur, si les dîmes sull'isent pour la subsistance des 
(urés, il ne sera jias de besoin (pie les patrons y contribuent, ce (pi'ils ne 
sont l)as en état de lairc. [)ui> (pi'e.\ce[ité les jtcrsnnni's que je viens de 
vous nommer, il n'y a j>as un particulier dans ce pays qui ait le pouvoir 
de se mettre en (levoir de faire bâtir (h'> l*]glises de ipiebjue manière que 
ce soit, ils dirr»nt asse/, (ju'ils le feront, )nai> il n'est pas en l<Mir |)uissance 
de l'exfHution et il y en a quelqu'uns qui m'ont dit (pi'ils feraient bâtir 
le chacun de lionnes jiièces de bois et (pi'ils obligeraient les babitans de 
faire construire la nef de la même façon et (pi'ils espéraient (pie sur c^ela 
on leur acc<)rr|erait le patronage, il semble (pie par l'ivlit (lu Hoi ils doi- 
\eiil bâtir ri\glise cnt ii'Tement et ce serait encore une difficulté si un bâ- 
timent d<' lioi> di'\rait ^nllire à nmins (pie le l'atcdii ne s'obligeât de l'en- 
tretenir, vous aurez la iunité. Monsfigneur. de me faire sa\<>ir \(itre Noloiité 
MIT ces deux chefs. 

J'ai r('(;u l'I'ltiit *\i'> gratilicat ions (pi'il a plu à Sa .Majesté d'accor- 
der aux Communautés, aux Eglises et aux particuliers de ce pays, je con- 



— 279 — 

finiie (](' vous Mssuror, MoriPeignour, qu'on ^n fait tiii lt<>n iisago et toi qii»? 
jp l'ai niand*.' les aimées précédentes ; j'ai seulement touché 3000 livres 
pour les mariages de cette année je rends comjtte de ceux (pie j'ai enipl'»- 
yés l'année dernière et de ITiOO livres pour l'ICglis»- de Montréal. 

Coureurs d»' Ixiis. Sur t(nite l'atl'aire i\(>^ Coureurs de l)ois et sur la 
protection que j'ai •'•( rit l<'s années dernières que Monsieur de Frontenac 
leur donnait en nièrnr trni- i\i' l'Intérêt (ju'il avait avec eux, je n'ai pu 
me dispenser de le faire puis(jue ce que j'ai mainlé sur ce sujet n'a pas 
été avancé avec incon>idération et que j'en ai envoyé les pièces justifica- 
tives et que ce (pi'a t'ait riicnrc cette année. Monsieur le (Jouverneur, et 
que je vous e\pli(pierai dans la suite V(»us coiivainrra (pie l'aiïaire deg 
coureurs de bois était la sienne. 

.le VOUS assure. Monseigneur. i|Uf j'ai l'ait punir tout autant de dé- 
sobéissants au\ (irdres du IJoi (pie j'en ai |)u l'aire prendre (pli sont seize 
(Il nombre. Le pn''V(')t a aussi t'ait son devoir (juelque cJKtse qu'on ait 
mandé au cnutraire. mais que pouvais-je faire sans secours et sans force 
et (pie pouvait faire je pré\ôt «pii avait ordre de Monseigneur le (îouver- 
iieur de lui donner avis toutes les fois (pi'il irait en course en conséquence 
fie mes ordonnances, ainsi il était toujours prévenu et travaillait beauc(>u|) 
sans succès. 

.Fe crois ne ni'ctre guère tromp('' dans le nombre ilv:^ ('(Uireurs de bois 
et assurément. Monseigneur, celui (pii a raiii»(»rt('' (pi'ils ne sont pas cinq 
ou six mois de l'aiiiK-e absents île leurs familles et (pi'il n'est rien de jdu? 
aisé (pie d'en être informé et de les prendre à leur retour n'y a jtas fait 
réflexion. |)uisque les coureurs de bois S(Uit au moins deux ans et (piebpie 
fois trois et plus dans leurs voyages et ipi'il est très ditl'icile de les prendre. 

Ht afin. Monseigneur, que vous en soyez persuadé permettez moi de 
\ous dire (pi'il v a deux sortes de ('oureurs de bois, les j)remiers vont à la 
feource du Ca>tor dans les iiation> sauvae^e^ i\i-< .\>siniconet>. Nadous- 
sieux, Miamis, Illinois <>t autres et ceux-là ne peuxcnt faire les voyages 
qu'en deux ou trois an>. 

Les seconds (pii ne sont pas en si grand nombre vont senlenieiit au 
devant des .*^auvage> et *\i'^ KraïK^ais qui descendaient ju>ques au Fvoiig 
Sault la petite nation et quebpies fois ju.<(pies à Micliilimakinak afin de 
pnditer seuls de leurs pelleteries pour les(piel|es ils leur |)ortent des mar- 
chandises et le plus souvent rien (pie de I/eau de \ ie, contre la défense 
(lu Hoi, dont ils les enivrent et les ruinent, ceux là j)euvent faire leurs 
voyages à peu prè.s dans les tems qui vous a été marqué et même dans un 



... 280 — 

beaucoup plus court, il n'est pas facile de prendre les uns et les autres si 
on n'est pas appuyé de personnes sans intérêt et pour peu qu'ils soient 
favorisés, ils reçoivent des avis aisément et les bois et les rivières leur 
donnent une grande facilité de se soustraire à la justice, c'est ce qui est 
arrivé depuis (juatre ans. 

Tout ce (|ue je viens de vous dire, Monseigneur, m'a donné la pensée 
de vous informer exactement de toutes les nations desquelles nous tirons 
les pelleteries, de leurs intérêts et d'attirer tout ce commerce, mais com- 
me cette matière est troj) étendue p(»ur être traitée dans une lettre j'en 
dresserai un nu'moire particulier j)our vous être présenté et par occasion 
j'y parlerai de L'Acadie qu'on néglige, des avantages qu'on en peut tirer 
et du pays qu'habitent les Anglais et je joindrai à ce mémoire la carte 
divisée en quatre parties de tous les lieux dont je parlerai (\ue je vous 
sup|)lie, Monseigneur, d'agréer coininc un présent (|ui vous inar(|uera ma 
très humble .servitude. 

Dieu veuille que les ordres que le Hoi et vous, Monseigneur, donnez à 
Monsieur le Gouverneur j)our employer ses gardes et les soldats des gar- 
nisons, afin de retenir les coureurs de bois soient mieux exécutés que ceux 
qui étaient de.^cendus sur les n(»u\elles de l'amnistie ne remontas.sent de 
• e chef, dans les habitations éloignées des sauvages avaî)t qu'elle fut pu- 
bliée, cominc ils ont l'ait rn très grand iionibic et on croit que ]>résent"- 
ment il y a jdus de soixante canots partis. 

'l'ous les movf'iis d<int Sa .Majestf- et vous, .Monseigneur, vous serve/, 
pour ri'niettre ces libertins dans leur devoir et les ordres (|ui ont été en- 
voyés sur ce sujet .sont noTi seulement les meilleurs, mais même ils sont 
pleins de bonté et d'indulgence pour ces miscrabb's, si on ne se donnait 
}»as la liberté de les expli(|Uer, de les cteinlre, et de ne les snivre (prautant 
fju'ils s'acconnno<lent à l'intérêt |»articulier de ceux (jui les expliquent, 
c'ost «e que vous reconnait le/. Monseigneur, (piand je vous en dirai comp- 
te do Tr-nregisi renient et île rexécutioii d*'!' lettres d'amnistie et <le l'Edit 
pour la [niiiitioti de (eux i|ui contreviendront aux or<lres du Woi. 

( e (jue je \ieiif; d'/'crire !iu sujet du nombre et de la longue absence 
r|es coureurs de bois, justifie asse/, .M(Miseigneur. ce (pie j'M\ais nuiudé (|Ue 
( (' pavs se [ieu[dait et que les terre> demeuraient im ultes une absence de 
deux ans de ciiK] iM'rs(Mines au sentiment de ceux (pi'eii niaïupient le moins, 
qui sont les jdus propres au travail de la terre n'en peut augmenter la 
(ulture et les plaintes (jUe j'ai reçues des propriétaires des seigneuries qui 



... 28 J — 

ne profitent pas avec les coureurs de bois de ce qu'ils ne peuvent trouver 
d'hommes pour leurs travaux le (•<»nHrment encore. 

Quand à te qu«' j-'ai dit aussi touchant le comnK'rtc (jui se fait de nos 
pelleteries avec les Antjlais par les Français mêmes, et que les Anglais 
les ai-hetent {>lus cher presque de la moitié <|ue nous ne faisons et qu'ils 
donnent leurs marchandises à meilleur marché vous n'en serez que trop 
convaincu, si vous voulez vous donner la peine, Monseigneur, de faire 
examiner les pièces i|ui les justifient et (pli déc(»uvriroiit ceux (pli favo- 
risent ce commerce et elles vous feront aussi voir que si l'entrée des cas- 
tors n'a jjoint diminué dans le Hoyaume depuis cinq ou six ans elle aurait 
augmenté, si ce commerce avait été empêché, cette lettre Monseigneur, 
Serait tr(»p longue si je ne me réser\ais de vous faire le délai! |)ar des 
mémoires particuliers de ce que je vous dis en gros. 

Comme Monsieur le comte de Frontenac a dé<'laré qu'il ne donne- 
rait point de j)ermission que l'année |irochaine j)our aller faire le com- 
merce avec les Sauvages dans leurs habitations et i|ue l'intention du Hoi 
et la Votre sont que je les vise, je vous supj)lie. Monseigneur, de vouloir 
bien m'inditpier si Sa Majesté et vous n'entendez j)as que rvu\ qui ont 
été obéissants aux ordre- du K'ui soient |»référés aux autres [tour les pre- 
mières permissions. 

l'our ce qui regarde. Monseigneur, ce ipie j'avais' mandé touchant la 
conduite du Sieur Perrot, (Jouverneur du Montréal, dont Sa Majesté me 
mande que je n'ai envoyé aucunes pièces justificatives, vous coiinaitrez. 
Monseigneur, par celles que je vous envoie i-ette année que je n'avai> rien 
écrit que de véritable. 

J'ai toujours fait Monseigneur, tout ce qui a dépendu de moi pour 
le service du Hoi et le bien de la t'olonie tant à tenir la main (pi'il ne fut 
lait aucune violence aux -ujets naturels de Sa Majesté t|u'aux Sauvages 
qui sont sous sa domination afin de rendre «-e pays heureux [lar l'union 
des uns et raboiidaiice cauM-e par le grand nombre des autres (pie j'ai 
taché d'y attirer, mai.- l'autorité dont .Sa Maje-té \eiit i|Ue je nie serve 
pour cela en faisant le devoir de ma charge aussi bien (pie celle t\*-< au- 
tres otTiciers de .lu.-tice imus est ôté jtuisqiie Monsieur le (iouveriieur ne 
permet qu'autant (pi'il lui plait l'exécution de t-e que nous ordonnons et 
('est un (W^ cliefs que je ine réserve de Vous explitpier par un mémoire 
séparé. 

Ia:6 (»rdres que .Sa Majesté et vou> Mon-eigneur, donnez aux (iou- 
verueurd de n'exiger })oint de présents des Sauvages sont très avantageux 



— 282 — 

à la Colonie. Il n'y a pas eu de grandes plaintes cette année sur ce sujet 
nun plus (jue tur les dés«)rdres qui arrivent depuis quelques années dans 
la traita de Montréal parce qu'on a empêché quatre vingt dix canots Ou- 
tawas extrêmement chargés de pelleteries de descendre sur des appréhen- 
sions de ])este (pie leur ont donné des liliertins connus contre lesquels Mon- 
sieur le Gouverneur n'a pas voulu qu'on ait informé. 

Si les coureurs de hois qui n'osaient descendre depuis trois ou quatre 
ans n'étaient venus et n'avaient apporté du Castor en très grande quan- 
tité on n'aurait pas pu en fournir aux fermiers ce qu'ils ne doivent faire 
passer en France, mais ce qui est de déplorable, c'est que j)resque toute la 
pelleterie est tombée entre trois ou quatre mains et que le commerce est 
ruiné, c'est ce que j'espère vous faire voir clairement par un mémoire par- 
ticulier. 

J'ai rendu une ordonnance conformément à ce que le Roi et vous, 
Monseigneur, m'ordonnez, touchant le méchant Castor sec qui doit être 
pris pour tout son poids, mais il est arrivé une difficulté sur une méprise 
qui a été faite à ce qu'il me semble dans la lettre du Koi par ces termes. 
11 faut sans difficulté le faire exécuter et obliger les fermiers à prendre le 
Castor pour tout son {xtids en déduisant vingt sous du prix de 4 et 10 
sous que se vend ordinairement le Cast(»r demi gras. 

Comme j'ai un respect profond pour tout ce qui est écrit dans la lettre 
du Hoi et que j'ai n'ose pas me donner la liberté de l'expliquer et que 
cependant j'ai bien vu que l'intention de Sa Majesté n'était que de ne i)as 
cuiirtiiiilrt' le niécliaiit (a.-tor sec (pii ne se \enil que dix s<»us et qu'il 
n'était |Miint question de Castor den)i gras qui ne se vend pas m. x 
comme il est porté j»ar la dite lettre mais pas x sous. J'ai ordonné que 
le dit Castor sec .«erait pris p(;ur tout son pctids à x. s. à la charge néan- 
moins que les lial)itans et marchands qui porteraient du Castor demi gras 
au bureau de la Ferme de Sa Majesté se soumettrait de rapporter ce 
qu'ils auraient re(;u pour chacune livre en plus avant qu'il ne semblait 
ttre porté par les ordres de Sa Majesté contenus dans la dite lettre ainsi 
t|Ue le prétendait l'agent des fermiers, s'il était ainsi (trdonné par Sa 
Majesté. 

Cej»endant, Monseigneur, |>ermettez moi de vous dire (|u'il ne serait 
pas juste qu'on leur accordât rien sur cette prétention par ce que les pi<o- 
tits que faisaient les dits fermiers sur les habitants en ne prenant leur 
Castor sec que p(»ur une livre et demie quoi(pril en j)esât .>*ouvent deux ne 
montait pas an (^u'à cuiq ou six livres tout au plus et ei un diminuait de 



... 288 — 

20 sous le castor demi gras outre l'embarras que causerait cette diminu- 
tion et les différends lontiiiuels qui naîtraient sur le Castor gras et tlemi- 
gras au préjudiie de nn<n avis du vObre 1G1G contenant que le niétliant 
Castor se serait diminué de 20 sous par livre sur 4.10 sous auquel prix 
tout le Castor se vendait alors indistinctement et qu'il serait pris jiuur 
tout son poids que le bon Castor sec et vieux demeurerait aux dits 4 francs 
dix sous et que le dit Castor gras et demi gras sans distinction pour obvier 
aux différends qui {»ouvaient arriver serait augmenté jusques à (). X 
sous lequel avis a été conlirmé par Arrêt du Conseil d'Etat »lu Koi du lii 
Mai 167T il causerait enc«)re {»lus de soixante mille livres de pertes aux 
habitans. 

11 y a un nu que j'ai re(;u les ordres du Roi p«iur n'obliger plus les 
fermiers d'acheter les cendres et je l'ai pas fait depuis. Je vous assure, 
Monseigneur, que je m'aj»plique de tout nn>n pouvoir jHjur {)orter les ba- 
biianit à faire de la pota>se et je vous pntniets de reciief que je Hi'efior- 
cerai encore davantage à leur {>ersuader et que j'aiderai moi-même ceux 
qui la voudront entreprendre selon mon \>eu de moyens. 

Sur le re{)rocbe que Sa Majesté et vous, Monseigneur, me faites au 
regard du commerce de »•«♦ pays avec les Iles d'Amérique, je vous dirai 
avec vérité n'y était |Miint allé tant de vaisseaux de ce pays que depuis 
que j'y suis, il y en a eu des choses fâcheuses, je vous supplie avec tout le 
respect dont je suis capable «le me faire la grâce de croire que je ne le 
ferais pas s'il s'agissait de moins que de la perte d'un pays qui a tant 
coûté au Hoi et de tirer de ^<»ppre^si<Jn un grand nombre de fauiilles 
presque réduites au dé.-espt»ir et (jui sont dans le dessein de se retirer en 
France. 

J'ai toujours protesté ù Monseigneur votre [w-re (|ue je n'ai jamais été 
capable de lui déguiser aucune chose, que je lui ai toujours dit la vérité 
sans artifice et que j'ai plutôt diminué qu'augmenté les rap|»orts que je 
lui ai faits, j'ai déjà pris plusieurs foi.- la liberté dan> cette lettre de vous 
asburer de la même sincérité. 

Je le fais encore. Monseigneur, puisque l'aninio-^ité dont on me blâ- 
me n'a |>oint eu part à ce que j'ai écrit au suj»'t de Mr. le comte de Fron- 
tenac quui<{ue j'eusse pu avoir quelque émotion par la pri.«<on qu'il a 
lait subir à mon tils é<olier âgé de s«'ize ans à dix sejtt pendant un moii 
sans avoir eu le lilierté de prendre l'air dans la ( iiur du Fort où il était 
détenu, ce qui a paru si rude et si injuste que tout le j)ays en a été dans le 
dernier étounemeut et par lelle qu'il a fait aussi souffrir a mon domee- 



... 284 — 

tique qu'il a fait enlever des prisons de cette ville où je l'avais fait met- 
tre sur les plaintes qu'il en avait faites avec bien peu de fondements et 
qu'il a fait resserver dans une chambre basse du fort sans avoij eu la con- 
solation de parler à personne. 

La rigueur avec laquelle Mr. le Gouverneur les traitait l'un et l'au- 
tre était pour les obliger mon fils de se dédire de ce qu'il s'était plaint à 
moi qu'il l'avait frappé et maltraité dans son jcabinet en lui allant faire 
civilité et lui demander justice et pour contraindre mon domestique qui 
avait servi mon fils de dire que mon fils n'avait j)as dit la vérité et qu'il 
s>'était plaint à tort. 

Peut-être, Monseigneur, que les injures, les reproches et les violen- 
ces que Mr. le Ciouverneur me fait tous les jours au conseil dans lequel il 
m'a traité de téméraire et d'insolent la prison dont il me menace souvent, 
les H)elles diffamatoires qu'il autorise contre moi et les insolences in- 
concevai)les que le Sieur Boisseau commet à mon égard par écrit et de vive 
voix tant à Québec que dans tous les autres lieux du pays dans lesquels il 
a toujours suivi Monsieur le Gouverneur, que le soustrait à la Justice, 
auraient pu altérer la modération que j'ai toujours conservée mais tout 
cela ne m'a pas touché, je l'ai regardé avec indifférence et je n'ai pas lais- 
sé que d'agir de concert pour les affaires du lioi et d'aller chez lui à l'or- 
dinaire et je continuerai à le faire quoique récemment il m'ait fort mal- 
traité dans son cabinet à l'occasion du Sieur de La Vallière auquel il a 
donné le commandement de I/Acadie parceipie je refusais de lui faire 
payer une somme assez coiisidéral)le et me défendais sur les ordres précis 
que j'ai du Hoi et de Monseigneur votre père de ne rien ordonner en plus 
avant (ju'il n'est porté par ri''tnt de Sa Majesté, à moins qu'il ne me l'or- 
donnât absohirneiit. 

Après tout ce (jue je vous viens de représenter, Monseigjieur, me 
trouvant dans une si fâcheuse conjoneture j'ai pris le dessein de vous dé- 
«■ouvrir avec toute la sincérité jKtssible l'état déj»lorable dans lequel se 
trouve ce pays, les intrigues (ju'on fait jouer |)our y maintenir le désordre 
et IfS artifices dont on se sert pour ••iiipt'<ht'r (jwe les plaintes n'aillent 
jus(pies à vous. 

L'autorité dont Mr. If ( JouNt'rntMir fst revêtu lui est un moyen faci- 
le pour V réussir pane qu'il ne sw fait rien ni dans la justice ni dans le 
commerce que ce (pi'il veut et (pi'il ne fav(»rise dans l'uiu' et dans l'autre 
que «eux dont Ifs atfairt-s ont du lappttrt à ses entreprises, ou ieu.\ qui 
s'interressent avec lui, la foiie qu'il a en main ajipuie ses intérêts et il ne 



— 285 — 

l'emploir qnr pour iiitiiiii<l»^r les ppuj)les et les empêcher rie se plaindre 
ou pour iloiiiitT tlt's couleurs ji »it's violonoes en exi^i^aut dos particuliers 
fie fausses déclarations dttiit il puisse se servir jM)ur alTaildir ce qu'on 
pourrait dire contre lui et pour tmirner à son avantage tout ce (ju'il fait. 

Et parce que le détail des choses de la conséquence de ctdles que je 
viens de vous <lire, Monseigneur, ne peut se renfermer ilans une lettre, 
j'ai cru afin de ne pas vous être importun le devoir faire {)ar des mémoires 
particuliers justifiés par de honnes pièces. 

Le premier vous fera voir que les ordres du Koi ne sont j)oint exécutés, 
que la justice est opprimw (pie les (dTiciers y sont persécntés et que les 
coupaldes demeurent impunis. 

Le second vous marquera les désordres causés jiar les coureurs de hois 
ce qui a entretenu la désohéi.s.'jance aux onlres du Koi, ce qui l'entretient 
encore et qu'il est vrai qu'il y a un commerce {)ul)lic avec les Anglais aux- 
quels on porte nos pelleteries au préjudice de la ferme du Hoi, qui les 
achètent hien plus cher que nous et qu'ils vendent leurs marchandises à 
meilleur marché. 

Le troisième V(^us conxaincra Monseigneur, <ie tout ce que j'ai mande 
rannée dernière au sujet du Sieur Perrot, (ir., de Montréal, vous y verrez 
la c<mtinuation de sa mauvaise conduite, aussi hien que celle du Sr. de 
la Salle, (îr du Fort de Frontenac, et de i-elle du Sieur Dulut, chef des 
coureurs de lx)is, et vous y découvrirez des associations particulières fort 
préjudiciahles au pays. 

Le (piatrième vous persuadera (pie quoi(|u'on [misse faire en Canada 
^t dans l'Acadie un commerce avantageux que cependant il se détruit. 

Vous connaitrez par le cinquième la conduite extravagante et impi«» 
du Sr. Boisseau, de la(juelle je ne vous informe, Monseigneur, que parce 
qu'il fait état de revenir ici l'année prochaine et que son retour serait 
préjudiciahle du pays. 

Enfin, le sixième vous fera voir l'Etat de la Ferme du Hoi par son 
('•tahlissement par ce qui s'est fait ensuite et parce qui se passe aujourd'hui. 

Mon Séi-retaire (jue je vous envoie a entre les mains ces mémoires et 
toutes les piè« es sur les(juelles je les appuie et il a encore celles qui con- 
cerne la prison de mon fils et de mon domestique (pie je ne lui ai pas re- 
mises |»our vous les présenter, Monseigneur, afin d'en ohtenir la satisfac- 
tion, au contraire je vous supplie avec toutes les instances possihles de n'y 
faire au( une réfiexinn, c'est seulement jMiur me justifier de ce que Mr le 
(iouverncur a dit tout haut depuis quelques jours (pi'il .«e plaindrait à 



-- 286 — 

vous qu'en cette occasion j'avais voulu exciter une rébellion contre lui. 

J'e>{)?re. Monseigneur, que vous connaîtrez (|ue ma conduite a été con 
forme aux comandrments que j'avais reçu l'année dernière de Sa Majesté 
et de Monseigneur Votre père. J'ai tout soutlert, j'ai remontré, et enfin 
j'en donne avis au Roi et à vous Monseigneur, je me tiendrai toute cette 
année dans la même réserve que j'ai gardée. Je renvoie mes deux en- 
fans pour ne {)as les exposer da\antage à d<' nouvelles insultes, je m'appli- 
querai uniqueni'^nt à faire mon ilevoir autant qu'on m'en donnera la li- 
berté et je souffrirai tout patiemment conformément à ce qui m'est or- 
donné avec la résolution de vous informer comme je dois de tout ce qu' 
s'est passé. 

Ce sont les sentiments. Monseigneur, dans lesipiels je suis et j'espè- 
re (|ue vous serez sjitisfait de ma conduite. Je finis, JIonseigneuT, en 
vous demandant avec un empressement plein de respect pour vous et de 
tendresse pour ce pauvre j»ays qu'il vous plaise en avoir compassion vous 
assurant que je sacrifierais ma vie v(i|ontiers j)our son repos et pour vous 
témoigner qu'on ne peut-être avec plus de fidélités, ])lus d'obéissance et 
plus de soumission que je suis. 

Monseigneur, 

Votre très liumhle, très obéissant et très fidèle serviteur, 

nr("FiKsxi-:AT' (n 



M) Arrhiv»»s provinfia If s (\p Qu^bfr. 

LES " DEPOUILLES " DU PERE JESUITE 

CAZOT 



Est-il vrai que, en avril 1800, lorsque le gouvernement, après la 
mort du l'ère Cazot, s'empara des biens-mobiliers du ci-devant ordre des 
Jésuites, il donna ordre de remettre à la cathédrale de (Québec tous les 
vasps sacrés, ornements d'église, jteintures, etc, etc, fjui se trouvaient dans 
l'ancienne cbapelle rhl collège (]('< Jésuites de Québec? 

C'est le n; avril 1800 (|iif M. Slieppjird, shérif du district de t^uébec, 
saisit les biens-mobiliers du di'funt Père Cazot. Le shérif Sheppard en 
flres>.a un inventaire très di-taillé .|u'il attacha à l'original même du bref 
de [irise de possession des propriétés et seigneuries que les Jésuites pos- 
•édaient dans le pays. .Vuthentiqué par le shérif Sheppard et scellé du 
grand sceau de la Province cet inventaire fut déposé dans les archives 
de la Cour du Banc du Koi. 



.- 287 — 

(Vt invpntaifp a ot^ piildiô rjan? la Revue Cnvurfirrmr do IHSH ftomc 
deuxièiTiP de la troisième série, p. 271) par feu M. J. -Edmond lîoy. 

L'inventaire dressé y)ar le shérif Sheppard mentionne tout ce f|ui 
pp trouvait dans l'ancien ((tllège des Jésuites à (Québec: ornements sacrés, 
argenterie, iinjje, livres, cahiers divers sur les seigneuries possédées par 
les Jésuites, lettres, comptes, meubles, ustensiles de cuisine, argent, 
etc, etc. 

L'inventaire des biens-mobiliers des PP. Jésûit<»s saisis le IH avril 
IfiOO, par 1p shérif Sheppard, dcmne la liste des effets remis à Mgr J.-O. 
Plessis, (oadjuteur de l'évêrjue de Québec et curé de sa cathédrale. 

Klle se lit comme suit : 

1 ostensoir <»u Soleil <j'argcnt. 

3 calices d'argent. 

2 <iboires d'argent. 

3 paires de burettes d'argent. 

2 [)lats pour burettes, fl'argent. 

f) chandeliers et croix d'argent. 

2 chandeliers portfltifs d'argent. 

] bénitier d'argent. 

1 ( roix [(rocessionale d'argent. 

2 brods ou girandoles d'argent. 

4 pots H fleurs avec les fleurs, d'argent. 
1 encensoir et navette, rPargent. 

1 lamj)e d'argent. 

1 f)iscine d'argent. 

1 statue (le la sainte Vierge, d'argent. 

1 statue de la saint Ignace, d'argent. 

1 statue de saint François-Xavier, d'argent. 
14 cuillères [totagères. 

24 cuillère> de table. 

4 grandes foun-hettes. 
■J l fourchettes «le table. 
1 2 cuillères à caf<*. 

2 é<ue||e> Hvec leurs couverts. d'arsT^nt. 
2 gobelets d'argent. 

H chandeliers et croix argentés. 
H petits cliandehers argentés. 
H pots à fleur argenté.^. 
4 statues argentées. 
2 reliquaires d'argent. 
6 chandeliers de cuivre. 



... 288 — 

8 chandeliers (dont 1 cassé) de cuivre. 

2 Christs de cuivre. 

4 petits chandeliers portatifs de cuivre. 
26 devants d'autel. 

16 chasubles garnies. 

3 chapes. 

2 dalinatiques. 

1 étole et 3 vieilles étoles, 

1 drap mortuaire. 
24 aubes. 
29 surplis. 
15 nappes d'autel. 

14 nappes de communion. 

9 douzaines de nappes de purification. 

17 corporaux. 
12 pâlies. 

123 amicts. 
20 linges à lavabo. 

15 cordons. 

8 e.«isuie-mains. 
1 j)aquet de linge sale. 
1 paquet de linge sale. 
1 paquet de linge sale. 
1 paquet de linge sale. 
I (Hrrf'au rouge. 

5 vieux tapis. 

6 petits tableaux. 

1 statue de cire. 
12 bouquets. 

4 missels. 

2 pupitres. 

1 livre fie ( hant. 

I fable en marbre. 

1 lustre fil rnivre. 

(^nejqiH's vieux fauteuils, fliai.eeft, etc. 

1 pendule. 

1 ("brist d'ivoire. 

3 rourf)nnes de fleurs. 

3 reliquaires de i)oiH doré. 

4 garnitures de canons d'autels. 



Hui.i.i-rriN 



I » i:s 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXVI BEAUCEViLLE- OCTOBRH 1920 No 10 



\-t-()ii caloiiniié M. di* la J()]i(|iiièn' ? 



Fixons d'ahord un petit jioint d'iiistoirc an sujet du 
nouvel neiir de la Joiiquière. 

On ne s'accorde pas sur la «laie de la inoi-î de <-e liaur 
!M'i'si)iniag:e. 

*' Les eldrurgiens, nous dit l'auleui' anonyme d'un 
mémoire sur le Canada, emjdovèient tout leur art |»<»ui' 
lui i)rolon^er la vie ; entin il mourut le 17 mai 1752, à six 
lieures et demie du soir, âgé de soixante-et-sopt ans" (1 ). 

Parkman veut (jue le <'(»uvei'neur de la Jon(juièi-e soit 
mort le G mars 1702 : "lie died on tlie si.rth of Miucli. 
1752, not on tlie seventeentli of May, as stated in tlie Mr' 
moires sur Je Cnnada, 1749-17(iO" (2). 

I)'aj»rès l'intendant P>i.i;ot c'est le lîJ mars 17Ô2. «jUc le 
mar(|uis de la don<iuièi c i-endit son âme à Dieu (o ). 

M. de la Jonquièi-e fut inhumé dans l'église i\vs Ré- 
'ollcts de (j)uél>ec. On avait nus sui" sa tom))e une inscrip- 
tion raj)j)elant ses titi-es, son âge et la date de sa moi't. 
Nous avons sous les yeux deux ccjpies de cette inscription, 
l'une extraite de l'/Z/s/or// o/ ('(inadd i\v Smitli, l'autre di- 
Le chef (!'< sntilrr ni/n'f/>iis de lu Joiif/nirrc L'une dit : '*l)é- 
• •é(léà Quého<', le 17 may 17.')2, à six heures et demie du soii*, 

1 ( .Mr-inoiri'?» Niir Ir ( aiiiitla. ilf|«iils n4U jii^<|irà 1T»»(I. ji •. o 

-I >l<iiil(-alin ami Wulfr. ol. Il \, L'or. 

'■ > ICap|Mirl sur les \r«hi\«'-. ilii <':(iiaila |nmi- ISKT. |>. CLX. 



— 290 — 

âgé de 67 ans'', l'autre : ''Décédé à Québec, le 17 mars 1752, 
à six heures et demie du soir, âgé de soixante-sept ans". La- 
quelle croire ? 

La vérité est que M. de la Jonquière mourut le 17 
mars, suivant le texte formel de l'acte de sépulture : 

"Le vingt de mars, mil sept cens cinquante-deux a été 
inhumé dans l'église des RR. PP. Récollets conformément 
à ses dernières volontés, haut et puissant seigneur Pierre- 
Jacques, marquis de la Jonquière, chef d'escadre des ar- 
mées navales de Sa Majesté, commandeur de l'Ordre Ro- 
yal et Militaire de St-Louis, gouverneur et lieutenant"gé- 
néral pour le Roy en toute la Nouvelle-France, que nous 
soussigné, curé, de Québec, et, chanoine honoraire de la 
cathédrale, avons conduit en la dite église des RR. P. Ré- 
collets avec les cérémonies ordinaires ; il était décédé le 
dix-sept du dit mois, muni des sacrements de l'Eglise, âgé 
de soixante-sept ans". 

Cet acte de sé])ulture est signé par M. ,].-¥. Récher, 
curé de Qué])ec, 

Un auteui- anonyme, qui avait uno ])lume bien elfiléc 
et qui prenait ])laisir à ramasser tous les potins de la rue 
désagréables aux gens en i)lace, dit (]U(' dans sa dernière 
mahulie, les domestiques i\(} M. de la eionciuièi'c ayant al- 
buné des bougies ))rès de son lit, il les fitôter, ])ar avarice, 
et r('m|)la.cei- pnj' des cliandelles de suif, en disant (ju'elles 
coûtaient UK^ins cher, et éclaireraient aussi bien. 

Le marquis de Montcalm lance une accusation ;iutj'e- 
iiicnt ])lus grave conti'c la mémoire du gouvei-neur (!<' hi 
Jonquière. Dans son .lounnil. à la (iat<' du 14 niai 17ÔS. 
il écrit : 

"L'abbé (le la X'albiuèic, iJictrc de Saint-Suli)ice, a 
|)ièclié à la paroisse ((k' Montréal), ;ivec ])lus de vérité 
(pie d'élocpienee, contre le ci'imc de voler le lioi et sur l'o- 
bligation de la restitution. Cette oj)inion (pie de V(Jer le 
i^oi esl licite, est dans la tête de tous les Canadiens depuis 
(pie MM. de la Joiupiière et Bigot sont en i)la(H', et en don 
lient l'exenijJe jtoiir eii.x et leui's çi'éatures. M. de la Jon- 
quière. au lit de mort, en fit une espèce d'amende honora- 



— 291 — 

ble devant l'évêquc (]ui lui jiortait le saint-sacrement, et 
révêquc monta le lendemain en chaire \u)uv en faire ])art 
au ])uhlic" (4). 

Le marquis de Montealm liarle ici j»ar oui-dire. Le 
^uuverneui" de la JniKjuière était inoit depuis (juatic ans. 
quand M. de Montealm arriva h Québec, le ll2 mai 175(j. 
Aucun des mémoires du temps ne i)arle de cette ]>rétendue 
amende lion(H'a)»le de M. de la JoiKjuière à son lit de iiioi't. 
Le marquis de Muntcalm devait tenir ce potin outrageant 
pour la mémoire de M. de la Jônquière de quelque mécon- 
tent mis à sa jdace par le gouverneur définit. 

Le g(juverneur de la Jon(|uière était-il aussi avai'e 
(|Uc l'insinue auteur des Mnnoircs sur le Cumula i 

Nous croyons que cet anonyme a tout simi)lenient (-a- 
lonniié M. de la Jonijuière. comme il a fait de bien d'an- 
tres ])ersonnages canarliens. 

La marquise de la Jônquière ne suivit pas son mari 
au Canada. Qudciues-unes des lettres que lui écrivit M. 
de la Jonciuière pendant son gouvernement au Canada ont 
été conservées. Elles nous montrent que M. de la Jon- 
(juière (léi)ensait ici tout son traitement et une bonne ])ar- 
tie de ses revenus personnels. 

L'équipement du marquis de la Jonciuière j>our venir 
au Canada lui coûta exactement (u.')\Vl livres. Va\ outre, 
en arrivant à Québec, il acheta poui* 14,000 francs d'ar- 
genterie de M. de la Galissonnière. 

M. de la Jônquière avait amené ici à ses frais un ca- 
pitaine et douze gaides, un secivtaiie. douze doniesti(jues. 
des chevaux, des carrosses, et<'., etc. Le voyageur Kalm, 
présent à l'entrée solennelle de AL de la »fon(iuièi'e dans la 
ville de Québec, fut fra]q)é de la nuniiMcence de l'unifoi-mc 
rouge tout galonné d'or du gouverneur. La bonne te- 
nue et les riches livrées vertes de ses gardes qui le précé 
fiaient, le fu^il sur l'épaule, tirent aussi son adnnration. 
Tout ceci n'indicjue i»as })récisément la mesipiinei-ie et en- 
core moins l'avarice. (,'ar, entin. il ne faut ]>as oublier 

(4) Joiiriiul <lii iiiiin|iii-< <lc Mnnicjilin. \>. ri4'J. 



— 292 ™ 

que tous ces gens étaient habillés, nourris, i)ayés ])ar le 
gouverneur lui-même. Le roi de France ne donnait pas 

un liard à son ro])i*ésentant ]>our ses frais de ro])résenta- 
tions. 

Nous n'avons d'aillcui-s qu'à citer quelques fragments 
des lettres de M. de la Jonquière à sa femme pour montrer 
qu'il fit les honneurs de sa ])Osition avec autant de nuuiifi- 
cence que ses i)rédécesseurs. Il est bien vrai qu'il se plaint 
que tout cela lui coûte cher, mais n'est-ce i)as là la meil- 
leure ])reuve qu'il n'avait ])as la fortune que lui ])rête ses 
détra<'teurs l 

Le 19 août 1749, k' uiar(iuis de la JoiKjuière écrit à sa 
femme : 

" J'ai pris possession de mon gouvernement 

le L") (le ce mois an milieu de l'acclamation gcMiérale des 
grands et des })etits. Les harangues du clergé et de tous 
les cori)S (mt fait beaucouj) souffi-ir ma modestie ])ar les 
belles et magnifiques clioses (pi'ils m'ont dites, n'aimant 
])as tant d'encens. Les festins n'ont ])as discontinué de- 
puis que je suis ici, surtout chez Monseigneur l'évêque 
qui est l'homme de Fi'ance le ))lus ])oli et le i)lus aimable. 
J'ai commencé hier, à donner à mangei- à tous i(>s notables 
de la ville et à leurs fennnes, je leur tais grande chèie ; j'a- 
vais ti'ois tal)les de quai-ante ])ersoimes. J 'ai aujourd'ljuii 
ti"ente-six couverts pour Messieurs dn ("onseil Sui)éi'ieur, 
leurs femmes et tous les ca))itaines d'inranterie ; j'aurai 
ciicoïc nne pareille fournée cette semaine i»our (|ne tout le 
niniKJc y i)as.se, enf>uite je n'aurai (pTnne table de dixJinit 
c(»n\-er1s tous les jours, s(nr cl matin '" 

On avouera (|ue \)(nii un avai'c, le marquis de la Jnii^ 
(|uière recevait hirgement an cliàtean Saint-I.ouis. Dix- 
linit cnii\-ei'1s. soir et mal in î 

i.e mai(|nis de la Jon()nière, (|ni n'était pas un ( 'l'ésii^, 
aurait \-onIn an moins paye)- ses (lé|)enses avec ce (pie le 
Ixoi Ini doiiiijiii. 11 était loin i\\ arrixcr. 

Le î) (M-tobi-e 17 19. il éc|-it à sa l'emme, : 

"Je vous assuic (pir si les deni'ées du pays coiiliiment 



/ 



... 298 — 

à (''trc aussi clirrcs. je m» saui'ais vivre avec ce que le Roi 
nie (luiiiic à moins (|ne je ne me retranche heancou]». . . " 

En février 17")0, il revient Iji-des.-^us : 

".J'ai (loimé à diner et à son])er les quatre derniers 
Jours (du carnaval) à une vingtaine de ])ersonnes, je tis 
danser jusqu'à deux heures a))rès miiuiit. Il m'en coûte 
j)lus que ce (jue le Koi me donne, raison (jni m'engagera à 
demander plus tôt d'être relevé." 

Le 3 octol)re 1750. le maiNjuis de la .joniinicic éci-it 
ciK-ore à sa femme : 

"11 semble (|ue tous les malheui's nous suivent, vous 
Ji'avez pas de récolte et moi je dé])ense plus ([ue le Roi ne 
me donne. 11 m'en a coûté la j)remière année 38,000 
francs, tant ))our la table, écurie, gages de domesticpies et 
l'entretien Av mes étjuiiiages. de ne connais plus ce i)ays 
tout étant en feu. hors les marchandises qui viennent de 
France. Le |iii.\ (N-s dcMU-ées n'a ))as dimiiiué d('])uis la 
])aix." 

(^ue d'assertions mensongères et calonmiatrices on a 
iaitciLsui- M. de la .Jonciuière ! L'ini de ses détracteurs 
écrit : "Il avait gagné des sonnnes inunenses dans ses vo- 
yages ("^ il avait. ]>lusieurs millions." ( )n ne cache pas dei^ 
millions comme <»n fait dis])araître un mouchoii- de soie. 
l\ est étal)li <jue la lille du marcpiis de la JoiKjuière, la 
marquise de Noé, «pii tut sa légataire universelle, reçut un 
héiitage hien oi'dinaire. Ceci ne détiuit-il pas la légende 
(\i'S millions amassés par le défunt gou\-ei-neur ! 

D'autres ont alïirmé (pie M. de la .loïKpiiére avait 
sollicité le gouxeiiicment du (■.•inada pnui- y l'aire sa for- 
tune. 

M. de la Joncpiière fut loin de sollieitei- la cliai'ge de 
gouverneur de la Nouvelle-France, M. de Maurepas, minis- 
tre de la marine, dût insistei- heaiicouj» poui* lui faii'c ac- 
cejiter. Kt si M. de la doinpiière avait fait au Canada 
les |»rotits fabuleux dont on pai'le, aurait-il insisté dans 
chacune de ses lettics au ministi-e jkiui' être i-eh-vé de son 
c(.mmandement .'' 

Mais le d(MMmieiit (pn in»us donne la |)reuve la |»lus 



— 294 — 

concluante que M. de la Jonquière n'était pas avare ni mê- 
me mesquin est, croyons-nous, le propre testament du gou- 
verneur. Un avare, même à l'article de la mort, ne se dé" 
l)ouille pas tout d'un coup du vieil honmie pour faire des 
largesses à droite et à gauche sans considération de sang 
et de parenté. A part celui de Champlain, nous avons eu 
la bonne fortune d'étudier en détail les testaments de tous 
les gouverneurs français morts au Canada. Aucun d'eux 
n'a fait des legs et des dons plus généreux que le gouver- 
neui- de la Jonquière. 

Qu'on en juge par la simi)le énumération de ses legs. 
Et d'abord, il traite royalement ses gens. Il veut que le 
(•ai)itaine de ses gardes, M. de Bonne, et son épouse soient 
nourris à ses dépens, comme à sa propre table, pendant 
])lusieuis mois après sa mort. Il ordonne la même chose 
j)our son secrétaire, M. de Saint-Sauveur, pendant trois 
mois après sa mort. Son maître d'hôtel, le sieur Cape- 
iari, et sa femme reçoivent une rente viagère de quatre 
(•('Ut cinquante livres. Ils devront être payés de leurs 
gages jusqu'à leur retour en France. En outre, une fois 
rendus là-bas, s'ils le veulent, ils seront logés gi-atuitement 
dans une de ses maisons Juscprà leur mort. Son cuisi- 
nier, Armingo, et son palefrenier devront être nourris-et 
j)ayes de leurs gages jicndant trois mois. Les domesti- 
ques qui l'ont veillé pendant sii maladie reçoivent, chacun, 
ving-t-quatre livies, outre leurs gages et salaires. 

Voyons mainl ('liant les générosités de M. de la J(m- 
(juière à Québec et en France. 

Il lègue cent cinquante livres à la jiaroisse de Québec; 
cent livres nux pauvres de Québec ; cent livres à l'Hôpital- 
(î(''néral de Quél)ec ; cent livres à riIôtel-Dieu de Québec ; 
cent livres aux Ursulines de Quéliec, et cent cinquante li- 
vres aux pauvres de cbacune <les pnroisses de ses seigneu- 
ries situées en France. Kntin, il ordonne à ses exé'cuteurs 
testamentaires de t'aiic dire 56(i messes ])(jur le repos de 
son âme par les clianoines du cbiipitre de Québec, les prê'- 
tres du Sémiiuiire et les Itères KécoUets. 

Ksi-vx) là le testament d'un avare ? 



i 



— 295 — 

Nous le iv|)('t()îis : le gouveriunir de la Joncpiic^To a ét(' 
caloiniiir. 

Dans une (U- sl's <lenii('res Ic^ttrcs au iniiiistrc de la 
niariiic, le g(Hiv<*i'iu'ur de la JniKjuirrc, avec sa fraiichisc 
et son honnêteté de marin, s'est pe-int niicMix (pic iTauraiT 
pn le t'aiie le l)i()<i'ra]>lie le mieux avei'ti : 

"de suis }K'nétic, éciivait-il, de la {dus vive reconnais- 
sance à la Justiee que vous rendez à mes sentiments, j'ose 
dire ({u'elle m'est «lue et (jUc le zèle que je n'ai i)()int cessé 
d'avoir de[)uis mon îiy^v le }>lus tendre [jour le service du 
Roi sont des sûrs jçarants de ma conduite ; je ne vous dis- 
sinnilerai pas (pie la moindre sus])icinn (pie vous eussiez 
sur moi, traiichei'ait.le til de uies jours ; l'obéissance aux 
ordres de Sa Majesté m'a conduit dans ce gouvernement, 
je ne m'y occupe (pie (fe son service, l'intérêt est incomi)a- 
tible et à mes sentiments et à la dignité de la i)lace que je 
remi)lis ; j'ai atteint l'âge de soixante-six ans et je n'ai 
pas une seule goutte de sang dans mes veines qui ne ])étill(' 
pour le service de mon Roi, j'ai toujours eu la gloire d\' 
être employé et j'aurai celle d'y mourir, mais je ne ])uis 
me dis])enser. ^lonseigneur, de v(»us su))))lier très instam- 
ment de vouloir bien rendre compte au roi de ma lettre et 
d'obtenir mon rai)pel de Sa Majesté le plus iôi qu'il se 
])ouri'a, mes services lui ('tant ac(|uis en France comme 
]tart(>ut ailleurs" (5). 

Les phrases du vieux marin sont rudes comme devait 
être toute sa ))ersr»nne, mais, dites, ne sent-on jjas vibrer 
le coeur de l'honnête honnne à travci's ces mots hachés { 

P. G. R. 



( 'i ) I^ c'hof iroM'îiili*»' iii]ir(|iii.s (!«• la .Foiuiiilrrt», p. 21il. 



QUESTION 



— L'attf'ur V'illoray, dtt'édé î*i M<mtréal il y a quelques nK»i^, appar- 
tenait-il à la faniillo !{«)UPr <lt^ Vilh-ray dont le liiillrftn vient (!«• puMior 
l'histoire ^l'nt'alf^i^ique ? 

A. B. (). 



- 296 — 



Les Rouer de Villeray 



Je iruuve ilaii> }iies iioles .sur la ramille «le Villeray (juelques ren- 
seignements qui pourraient s'ajouter à la généalogie récemment publiée 
[)ar M. Pierre-Georges Roy. Ces jenseignements sont très minces, et 
l'on doit s'y attendre car, où M. Koy a passé, il ne reste guère à glaner 
(n matière historique ; mais je les donne tels qu'ils sont, et assez sou- 
\eiit pour de simples conjectures. 

Dans l'état des familles des officiers de l'Ile Royale à Uochefort en 
nG3, état conserve aux Arcliives de la j\Iarine à Paris, je rencontre la 
note suivante sur la famille de feu I>enjamin de Villeray, l'ancien com- 
mandant du fort Gaspareau. 

.Mme de Villeray, veuve d'un cajjitaine, sans ressources 47 ans 

.Mlle de Villeray, sa fille 10 ans 

Josette de Villeray, sa fille 2^2 ^^^^ 

Cliev. de Villeray, son fils i) ans 

Ce tableau comprend tout ce qui restait de la l'aniille de l>enjamin 
(!<• Villeray, à rexceptioii de René-Benjamin (pii était di'jà dans le service 
et dont il n'y avait pas à tenir compte. 

Le chevalier de Villeray, âgé de !) ans en l'î()3, est certainement 
(ilui (\\u- .M. Ilov mentionne comme né au fort («aspareau en ]'iô-i et dé- 
cédé en biis Age. Ne faut-il pas i)r('suiner jdutôt (pi'il est |)arvenu à l'âge 
d'homme r 

(^uant a lîeii''- licnjjiinin lui-même, il nie paraît intéressant de noter 
(pie scjii acte de bajttéme, en date du 1 mai II 10, dans le registre de No- 
tre-Dame de Montréal, a été corrigé par une ordonnance du juge Panel 
du 23 août 11U8. Dans l'acte le nom du prre avait été écrit "X'ilret" et il 
s'agissait de restituer le vrai nom : "lîouer de Villeray". 

l.,e nom ile \'illeray. disait l'avis (]('<• parents, était un nom de terre 
pris |iar la l'aniille, et au bas de la f)étition apparaissaient les noms siii- 
\ants : Louis de Salaberry, cousin, Charles Lusignan, cousin, .loseph 
l'erinault, cousin, l'ierre i'aul Neveu Sevesire, ituisin, lîeiié-.Vinalde I». 
(Il- Uoucherville, Maurice lilondcaii et l'ierre l'oietier. 

ji'ordonaiice du juge I'miicI l'ait nieiitioii d'une ordonnance du Cliâ- 



— 297 -- 

ifk't de l'aris du liî mai I'.H'k <|ui ordonnait de nu'ttro If nom dr Koucr 
avant trlui do Villeray, dans l'actf «k* célébration di' mariage du requé- 
rant, Kcné-Bcnjamin de Villeray, avec Marie-.Farqueline-Josépliinc d'A- 
gobert, du 1!» novembre IT^K étant au registre de bi jiaroisse de St-Mer- 
rv de Paris. 

Ajouton.- que \r dit lîeiié-l ieu janii n i\v X'iUeray, dans la pétition de 
171»8, est représenté "actuelement émigré frau(;ais à All>any. état de Xew- 
York." 

Mme \'cu\t' lit lijainin tb- Xilb-ray et l'une de ses lilli's au moins vi- 
vaient em'ore en Vrance en 17T3, ear en cette année une pension est ae- 
rordtH; à la mère et à bi sm'ur de M. de Villeray. garde du corps. (lîap- 
[torl Jf's Archives, 190Ô). 

Si nous pa.s<5ons maintenant à Hei tor lîoucr de Villeray tl'Artigny, 
<<• tils d'Augustin lîouer de la (ardonniére, je suis en mesure d'alFirmer 
fpi'il n'est pa< passé en France à la ce>sion du j»ays, et pour cause. Dans 
une des listes publit'es par rabl»»' Danitd. il ligure i»armi les officiers morts 
en Canada di'j)ui< le départ i\r> troupi-s, et en ell'et nous voyons au regis- 
tre de Notre-Dame de Montréal {ju'il a été inbumé dans cette ville le !» 
janxicr ITC)!. à l'âge de 58 ans. 

("est sans doute lui qui, ayant été lieutenant et commandant ;i 1.h1- 
cliine. fut impliqué sous le nom de d'Artigny dans l'affaire Bigot et con- 
damné tximme contunjace par b- jugement de Ktl-î (pioique mort depuis 
deu.v ans. 

Aux enfant.» d'Hector Ibtuer d'Artigny déjà nommés, il faut ajouter 
le suivant, son premier n»' : Marie-Catherine, baptisée à Montréal le 'i'i 
mars l'i'.i'i et inbumée au même endroit, le IG mars 1T33. 

1^'un au moins i]{'!^ lils d'Hector d.Vrtigny a dû parvenir ;'i l'âge d'iioni- 
nie. et c'est le plus jeuiie, Louis, né en ]', \'t, (pie nous rencontron> à MiHi- 
tréal, le (i octobre \',\H, parrain d'un enfant de sa soeur, Mme de .Maril- 
lac. Ht il y a tout lieu de croire que c'e>t lui qui. dans une de> listes 
de l'abbé DanitI, ligure comme ladet .i lîochefort en IT'i'J ~ons b- nom 
de Villeray «l'Artigny. 

Dans ces mêmes li>te«, itublii"*-» [>ar l'abl*/- l)aniel, nou.- rencontrons 
plusieurs \'illeray qu'il n'est pas facile de distinguer les uns des autres. 

lo. — l'armi les enseignes notés en Canada «mi K»»1 : X'illeray rie la 
Cairdonniére. .!•• -upintse que c'i'st Alexis, né en Wôi, lils de I^juis- 
Charle.s Hoiier de Vilb-ray. l'armi \r^ otTieiers mortis en Canada, après 
le départ des trou|>es, on tmine en effet : N'ilb-ray de la Cardonnière, 



-. 29S — 

noyé le 8 juillet lUil. Il ne peut s^'agir de Jo.<ep[i Kuuer de la C'ardiui- 
Jiière son frère, parce qu'il était alors un des oit'iciers de l'Ile Koyale. 

2o. — Parmi les enseignes restés au Canada : Jean de Villeray. Ce 
nom n'apparait pas dans la généalogie pré]>arée par M. Roy et reste par 
conséquent un problème. 

3o. — Parmi les olïicieis de l'Ile Koyale ser\ant ;"i IkOthelort en 17G3 : 
le chevalier de Villeray, lieutenant. Il s'agit sans aucun doute de René- 
Benjamin de Villeray qui était enseigne en pied à Louisbourg en \\Ô7 
et qui a dû être fait lieutenant plus tard. 

4<>. — Parmi les mêmes officiers : Villeray de l;i Card(»nnière, ensei- 
gne. 

Je suppose qu'il s'agit de Joseph l{ouer «le la Cardonnière, né en 
1Î3G et <iue M. Roy dit avoir été fait enseigne en ITôî. Mais je me de- 
mande s'il n'y a pas en<-ore un autre» de N'illeray que ne mentionne ni l'ab- 
i*é Daniel, ni M. lioy. 

Dans l'état iW>^ oU'iciers de l'Ile i.'oyalf «jnf publie M. McLennan, 
dans son grand ouvrage sur iiouisbourg, d'après les Archives de la Ma- 
rine, nous rencontrons trois de Villeray, dont deux sont certainement, 
.selon leurs états de .service, Benjamin de Villeray et son fils le chevalier 
liené-Benjamin, njais dcuit le troisième qui devrait être Jos. lîouer de la 
Cardonnière, ne paraît cependant )»as l'être. Voici .sa note : 

lie Vill<'i;iy Enseigne en second. Ile lîoyab-, lîôl 

En.seigne en pied, lie Royale, \7'ù 
.Mort à Rochefort, le 3 .sept. C»!! 

Ce ne pcut-èl !■<• Jo.-. Iloiin- di' l;i ( ';i rdiMuiièrc. s'il est vrai (pi'il mou- 
lut ajjrès iTiM). 

Et pourquoi ne scrait-ie pas un lils resté im:onnu de Uenjaniin de 
VilN-rav ? Il est <'n ellVt remarquable (pi'(»n iw connaît pas d'enfant né à 
<e dernier a\aiit I73.S, alors (|u'il était marié' de[)iiis 1<3."). Ce serait 
l'aîné de Keiié lîeiijamin que l'on distingue probablement pour cette rai- 
son c(nnme clievalier de Villei'ay dans l'étal mentionné plus liant. Il 
resterait à e\pli(pier l'abseme de Jos. lîoiier de bi Cordonnière sur la 
liste piddiée par M. .McLennan, mai.- tl'autres officiers manquent aussi. 

.\ la rigueur, ce X'illeray mort à lîocliel'oit en n.")!( pourrait être 
l'ienc-lgnace h'oiiei- de \'illeray que .M. Il<ty dit \i\ie encore en 1711 cl 
(pie je retnjuve moi-même parrain à Québec en W.iCt, .sous le nom de Vil- 
leray de la Cardonnière, nniis, né en lîOT, il est |>eu probable (pi'il n'ait 
été qu'en.seigne en W't'i. 



... 299 — 

Il ne nie rosti- plus qu'iu»* ob.servatioii ;i faire au sujet tle Mario» 
Aiiur I>t'liur«riH'-lH'llri.-;K', femme (lAuguste Kouer tle Villeray. I)'a|)rès 
le registre du Cap Santt*, eMe serait déef'dée à U2 ans eu 180T. ("est 
donc qu'elle serait née en \'i\'> t-t aurait été, à son mariage en 1700, de 
<li.\ ans plus âgée que son mari. Mais le plus singulier, c'est qu'elle au- 
rait eu ."»8 ans lorsque na<iuit son dernier enfant, en 1773. Marie-Anne 
Lt'Hurgne doit être, non pas la fille d'Alexandre Leiîorgne et d'Anastasie 
de 8t-('astin, mais sa pelite-fille, issue du mariage d'Alexandre LeBurgne 
et de Marie Leldanc, et alors elle serait née après 1731. Ce ne serait pas 
If premier cas d'une septuagénaire transformée en nonagénaire j)ar nos 
registres. 

.\i:<;ii)H .S FAUTiax 



UN CAS CURIEUX 



Dans Ifs documenis <iul sont conservas au |»ului.s «Je Juslicc de .MonlrCal 
il y a des faits qui pourraient probablement intéresser ceu.x qui s'occupent de 
l'histoire de la niédecine au Canada, sou.s le régime françai.s, tel par exemple, 
ce cas d'allaitement tardif. 

Un marchand de Montréal, l'ierre Koze. souffrant d'une maladie conta- 
gieuse et incapable sans doute, de consommer les aliments ordinaires engagea 
une .sauvage.sse pour l'allaiter ! Cette précieuse nourrice lui fut trouvée par 
Paul Le Moyne de .Maricour. Le malade n'en mourut pas moins quekiues 
semaines plus tard et la Sauvage.sse réclama son salaire du sieur Antoine 
i'ascaud. marchand, exécuteur testamentaire du défunt. Pour s'éviter des 
embarras, Pascaud décida de ne payer que sur un ordre du tribunal. De là 
un procès dont voici le résumé : 

"A monsieur le lieutenant général civil et criminel de la prévOté de 
•Montréal. 

Suplie humblement, Marie Chambli et vous remontre «{u'elle auroit alelté 
le sr Pierre Iloze environ un mois et demi, pour raison de quoy, ledit lioze 
luy avoit promis, en présence de monsieur de Maricour et de Kran<;ois Koze 
de l'habiller à la fran<;oise de pied en cap. FA comme ledit Koze est décédé 
depuis trois à quatre Jours sans avoir satisfait à sa promesse. Elle a recours 
à vous pour y estre pourveu. 

Ce co!isldéré. monsieur, il vous plaize avoir égard aux palnes et risques 
dans laquelle ladite supliante est exposée à contracter la maladie dudit dé- 
funt Koze, lOt en c(»ns»'quence de la promesse dudit Koze, Kl après avoir en- 
lindu le dit sieur de Maricour et le dit Kran<;ôis Koze son frère, à tels Jours 
et heure qu'il \ ous plaira, ordonner au sieur Pa.scuud. l'exécuteur de son tes- 
tament de me fournir les choses qui me seront néce.s.siiires pour m'habiller- 
suivant ma condition d»- pie<l en cap, conformément k la dite promesse. Kt 
vous ferez Justice. 

AKDOUIN 
faifuint pour la sup[>lianie 

Suite à 1.1 pag»- .110 



— 3t«) 



Nouvelles notes sur la foi et lionniiaî!;e 



Aux iiutt's (|iR' nous a\(iiis puitliées à deux H'|)rist'S .-ur la l'ui et liom- 
iiiage, il uou.s est oncort' ])(>ssil)le d'ajouter, car les archives judiciaires 
.-ont d'une richesse telle (ju'il -emble ini|><>ssiltle d'en tirer tout ce qu'elles 
renferment de renseignements, en uiif Inj.-. ou même en j>hisieurs. 

Notre addition, consiste d'alny-d en une douzaine d'intitulés d'actes 
de toi et hommage ce (|ui complétera (pour l'instant) la liste prtVrdem- 
ment publiée dans le numéro de mars du IhiUcthi. 

\\:Vl, VÎO l'é'vrier. — Foi et hommage par .\icolas-(Ja>j»aril lioucault. 
conseiilei- du roi, jn-ocureur «le la prévôté et amirauté de Quélxîc, à Mme 
\euve baronne de Longueiiil, \u l'altsence de son lils et à cause d'ini liel 
jelevant de la .seigneuiie de Keloeil. 

( j-itude lie Kaiinbaull lils ) 

1T:!"^, IS mars. — Foi ri bouiniage par .losepli-1 1 \ polite Le lier, sii'ur 
de .Senne\ille, à Messieurs les Seigneurs de Montréal, à cause de s(.n liel 
"au bout d'en haut de l'île de Montréal." 

( Ftude de \.f Fallieur, |icre) 

lil.i. I mar.-. — l-'oi et hommage pai- M:itliiirin l-"a\reau à M. de 
r»ouciier\ille, a <aiisc d'un arrière tiel' cpi'il a ac(|Ui- de Marie-Anne Mar- 
;;anne de la \'allerie. \cu\e de M. de (irosbois et ipii re|é\e du dit s<'i- 
gneiir. 

( FtUtle de .\. Loi.-eau ) 

\\\'.\. lii mar.-.— Foi ci lioninia,i:c par l.'cn-' llouchcr, sieur de Monl- 

brun et .IoSe|ill lloutelace (et Outelas) à M. de I >oUcber\ i I le. a cau.^e 
d'un ari-iére lie!' acipiis pas eu\ de .lean liourbci- Av Montbfini e| re|e- 
\ant du dit seigneur de Ilouclierville. 

( Ktude de .\. !.oi^eaU ) 

lîl.'i, Hi mar.». Foi et hommage par Fran(,dis l'.oucher sieur tle la 
l'erriéic a M. de IW(Ucher\ ille. à cau>e d'un arrière lief dont il a hérité- 
de .<on péri' l{ené l'.oucliei <|c la l'errierc et (pli re|è\c iludit seigneur de 

lîoUclierville. 

( lOtnde .Ir A. l-oi>eaU I 



— ;î01 — 

17}:{, H) aviil.— F(ji et hommage \)av .l;l<■t|Ut■^ Le Moiin' iK-spins ;'i 
M. «le Hourlierville, ;'i cause de la [)art el [>(»rti<Mi «l'anirif ti«'t' <|ii'il a 
hérité (le feu ^nn père Uetié Lenioiiie, sieur hespiiis. 

(Etude <le A. Loiseau) 

]','>', 1!» mars. — Foi et Imnima.iTe par Joseph l'aradis, tant pour lui 
tpif piiur Fiaiiçois Daine conseiller du n»i, Kené Hondier de la Hruère r\ 
(lénifiit liiiiirlici' de la l't'-rièrt', au sieur (lande l'écaudy de ('ontrecueur. 
à cause d'un arrière lief acipiis de Jean l't'ari. -ieiii' île Livandière et qui 
lelève de la seigneurie de Contrecoeur. 

( Etude l'anet ) 

lîni, î> mars. — Foi et hommage du sieur Baron à .Mr le (iéiiéral (îage. 
(('ette pièce nieiltiolinée :iil répertr>ire de l'anet ne se tronve plus dans siin 
ptude ). 

I1(>I, 'i'i juin. -Foi et hommage par Mlle .Marie-Anne-Niade Denis 
de \'itré, tant pour elle (pie [)our Mathien-Théodose Denis de Vitré, son 
frère, à MM. de Saint-Sul[)ice, à cause i\u lief Cloisse dont une moitié Im' 
il été doniH'e par Louise Hi/.ard, veuve de Charles Kemiult Duhuissoii et 
l'autre nj(»itié appartient à <on frère et ;i elle pnr héritage. 

( Etude Panet ) 

1T»!1. ."• août. — Foi et hommage par Loui.>;-Jac<pies-Charles Renault 
Duhui.sson, Marie-Louise (iuyon Despn's, épouse de Charles (Jédéon de 
Catalogne et Dlle Marie-.Xnne (iahriel Duhuisson à Marie-Anne-X<»ele 
Denis de Vitr«'', à cause d'un lief relevant de la dite seigneurie. 

( Etude Panet ) 

1763, 2H .«eptemhre. — Foi et lioniniage |>ar Jean .Marlheilje, m'go- 
ciant de C^uéhec, représenté par M. Dumas de Saint-Martin, de Montréal, 
au gouverneur (iage, à cause du fief et seigneurie dP la (Jrande-lsle. dans 
le lac Champlain, acquis de Fran(;ois Daine. 

( Etude Panet ) 

1763, 1er octohre.- -Foi »4 hommage par lîeiié Cartier lils, au gou- 
verneur Gage à cau.se de son lief sis au Ixtut îles seigneuries du Sauli- 
Saint-I»uis, Chateauguav, Villechauve et Laprairie. ac<piis du >;ieur Le 
l'»er de Senneville. 

( Etude Panet ) 

1764, 'it mars. — Foi et hommage du sieur Christie et du sieur Jean 
Campbell. (Cette pièce mentionn<V au réftertoire de Panet ne se trou- 
ve plus dans .sim étude). 

Nous erovons devoir faire suivre cette liste du texte même de l'acte 



... 302 — 

de foi et hommage du sieur Boucault, procureur du roi à Quél^ec et dont 
il est ei-dessus question, parce que cette pièce nous rend compte des for- 
malités observées lorsque le Seigneur était absent au moment où le vas- 
sal venait pour l'assurer de sa soumission et de son respect ainsi que de 
sa fidélité à remplir toutes ses obligations. 

20 février 1732. 

Foy et hommage par Mr. Boucault à Mr. de Longueuil 

Aujourd'huy, en la compagnie et assisté du notaire royal de lu juri- 
diction royalle de Montréal y résident, soussigné et témoins cy bas nom- 
més, Mr. Nicolas Gaspard Boucault Con». du roy et son procureur aux 
sièges de la Prévosté et Amirauté de Québec, s'est transporté au château 
de la baronie de Longueuil, et, îi la {)rincipale porte et entrée dud. château, 
ou étant, ayant fraj)pé à lad. porte seroit à l'instant survenue Dame Mar- 
guerite Le Gardeur, veuve de feu Mons. le baron de Longueuil, à laquelle 
rnondit Sr. Boucault ayant demandé si Mons. le baron de Longueuil avoit 
(jucbjues personnes chargées de recevoir les foy et hommages de ses vas- 
seaux notinmncnt ceux relevant de son fief de Beloeil scitué sur Ir bord 
de la rivière de Richelieu au (mot rayé) <h' Chambly, la dite dame luy 
auroit dit que niondit Sr. le baron de Longueuil est ab.sent et en l'ancien- 
ne France, (ju'il ny a aucun établissement sis sur le domaine du fief de 
Beloeil, qu'elle n'est point chargée d'aucune de ses atl'aires, ny dudit fief 
(le Beloeil, que cependant elle douera avis à rnondit Sr. Baron de Lon- 
gueuil du sujet du transport de mondit Sr. Boucault, Veu laquelle ré- 
ponse rnondit Sr. Boucault auroit encore frappé [)ar trois divers fois à 
lad. porte et [»rincipale entrée dudit château et a appelé à haute et intel- 
ligible voix monsieur le baron de Longueuil et dit : Mons. le baron de 
Longueuil je vous fais et porte la foy et homnuige (pie je suis tenu <le vous 
faire et porter à cause de mon lief de six arpens de terre de front sur 
cinquante arpens de [)rofondeur scitué sur le bord de la rivière de Cham- 
l)lv à prendre audessous du domaine de votre terre et seigiunirie de Be- 
l(jeil, apf)artonances et dépendances de mondit fief, relevant à titre d'ar- 
rière fief foy et hommage de votre dite terre et seigneurie de IBeloeil, le- 
ipiel fief de six arfiens m'ai>partient au moyen de la concession que m'en 
a lait feu Mons. le baron de Longueuil |)ar contrat pa.ssé devant Me 
Louet .N're royal à Québec, le quinzième avril mil sept cent vingt-trois, 
duquel e.\f)t''<iition a été délivrée à mondit feu sieur le baron fie Longueuil. 
\0U8 requérant me recevoir à lud, foy et hommage, à la charge de vous 



— 303 — 

bailler mon aveu et <léiionihrenient suivant la ("outuni»' <]♦' Paris suivie 
en ce pays. 

Dont et <e que ilessus, ledit Boui-ault a recjuis acte audit iiotiiin- à 
luy octroyé le |)résent pour luy servir et valoir ce que de raison. 

Fait comme dit e.'«t, à la principale porte et entrt'e dudit château 
de Ijongueuil, l'au mil sept cent trente-deux le vingtième jour de février, 
en pré.sence et assisté des nommés André de la Mare dit St. André, ha- 
bitant dud. Ixingueuil et Pierre Bourdon aussy habitant dudit lieu qui 
ont déclaré ne sçavoir signer de ce interj>ellé suivant l'ordce, Et a lad. 
dame Longueuil douairière signé avec mondit Sieur Boucault après lec- 
ture laite : et lais.sé copie à lad. Dame Longueuil. 

de Longuel (sic) Boucault 

Haimbault fils, N're royal 

K.-Z MASSICOTTK 



QUESTIONS 



Jacques Saint-Gemme vint de France s'établir à Montréal vers lfid3. 
Mgr Tanguay, dans son Dictionnaire qrnônJngique, nous donne bien la 
liste des enfants de Jac(iues Saint-(iemme, mais il ne mentionne pas la 
descendance de chacun de ses fils. Cette famille Saint-demme existc-t- 
elle encore au [)ays ? 

W. C. 

— M. Massicotte a mentionné, je crois, dans le Bnllelin <les Recher- 
• lirs Ilistoriqupx, «-ertaines lolrries tenues .sous le régime français au Ca- 
nada. Les loteries étaient-elles permises d'a|irès l'ancienne loi fran(;ai- 
"C ? Y avait-il une réglementation quelconque au sujet A»'- lutt-rif^ r Tout 
renseignement sur le.« loteries obligerait 

IN CI i;ii;i x 

— ^Quel fut le premier concessionnaire de l'il..- .lésus ' (^uels ont été 
les noms successifs de l'île Jésus ? 

L 0. 



... 304 - 



NOS ORIGINES 



Dans cet article il n'est pas question des ménages venus de France 
ni des hommes isolés qui se sont mariés en Canada, mais seulement des 
lilles mariées ici et que je ne puis rattacher à aucune i'amille ou parenté 
connues parmi nous. Cependant il n'y a pas de doute que la bonne moi- 
tié do ces filles avaient déjà des parents ou connaissances parmi nos ha- 
bitants, car les noms des personnes et des localités sont très souvent les 
mêmes. Kn réalité, toute la pojnihttion des premiers temps se recru- 
tait de cette manière. 

Nous plaçons l'arrivée de chacune de ces tilles à la date du mariage 
fil Canada. Il ne s'en présente pas avant 1638, et, de ce moment jus- 
qu'à 10.")(), le chiffre en est mince, mais aussi, entre ces deux dates, nous 
ne com])tons que de 200 à ôOO personnes établies à demeure : alors tout 
s'accorde. Plus tard, nous verrons des tableaux augmentant et qui se- 
ront expli(|ués par les circonstances de notre histoire. 

1638. — Perinne Sodin, Anjou, mariée à François Drouet. 

163!). — Marie Panis, Normandie, mariée à (Juillaunie Bigot. Isa- 
l>eau l'aiiis, Normandie, mariée à Jean Sorv. .Mario (r.Vhanciniri. Pi- 
cardie, mariée à Jean Jolliet. 

1610. — Catherine (jayet, .Normandie, maricV à .Vicolas li(»nhumme. 

1642. — Vincente Ducarieux, Normandie, maricV à Pierre (Jagnon. 
lijirhe Huhou, Normandie, mariée à Jean Millouer. 

164-3. — Marie Simon, Poitou, mariée à Claude Lar(licvc(|Ut'. 

1646. — Madeleine, Anne, Harhe Aymard, trois .soeurs, Poitou, ma- 
riées à Zacharie Cloutier, (îuillaume (!outure, Olivier LeTardif. 

164*. — Françoise Morin. IJochelle, mariée à Antoine Pelletier. Jean- 
ne Jallaiit, l'oitou, mariée à .Marin Terrier, Marie Pelletier, Saintonge, 
nuiriée à .leaii Petau. Françoise Houdeau, .\ormandie, mariée à Ma- 
(huriu (liignou. .Miirgiieritc Hérard, ville de Chartres, mariée à Pierre 
Le mi eux. 

1618. — Esther de liaiiihoiirg, l»eau<e, [iiiiri<''e ;i (iuilhiiinie (Jautier. 
Su/anne jiugeaux, Saintonge, mariée à (Iuillaume (Irimard. .Marguerite 
Chariot, St-Jeaii <les (îrès ( l'aris ?) mariée à Louis Loisel. .Marguerite 



— 305 — 

liigoii. silli' <lf l'iiii^, iiiiiiit'f .'i ( iiiilhiiiiiii' r»;iii-r. .\r>)nf ll<niilt'<. Nor- 
mandie, luarit'ê à .Icaii lldudaii. 

l(iiî>. — IV'riiiii»' Baiulry, l'oitmi, inaritM- j l'icrri' Midielet. Su- 
y.amie Barlut, l'oitoii, mariét- ;'i Jt-ati Not'I. Mmiii- Ii''';:iiault. KVuhrlIr. 
mariée à Picrr»' IMussdii. 

\i'>'>{\. — Mar^'urrite (JuilK-l»(iur(la\ . l'uitdii, mari»'»' a .lian Haillar- 
ge<»n. Maiif Môtayt-r, l'iutoii. mari»'»- à Matliurin l)aillar;rt'<iii. Mari»- 
Fîitttii, l'oitoii, mari»'»' à l/'oiianl L«'l»laiic. .lacqiM'tt»' ou .Iat<nieliii»' \'i- 
vier, »U' lifu iinimiiu, appelée aussi Tiray, mariée à Jean lit- N'orniaiid. 
Jacquette I{i\eiiii, l'oititii. mari»''' à Jean N'tirmaiid »lit Leuniax. Mdoiiardi- 
•loiiiuoau, de lieu iiitoiiiiu. mariée à (iervais LoNormaiid. 

Ifi.'d.— .Marjruerite Heiiard, lieauee, mariée à Claude Uouciiard. .\la- 
ii»deiiie Itoussiii, l'erclie, mariée à Micliel lln[i[M'. Antoinette de Lier- 
»»>urt, Normandie, mariée à Biaise .luill»-!. .Jeanne I^Tsy, Anjou, ma- 
riée à Jeaii Nfillduer. Marcfuerit»' lin'lnii. l'aris. mariée à Xicch^ l*a- 
tenotre. 

l(».*»-^\--,la< <|ueline Desijordes, l'aris, maric-e à Claude Cliarlantl. .lean- 
n»' Mi^rnon, Hoclielle, maricx' à Jean (luay. Marie Soulini»*, de lieu in- 
«oiinu, mariée à Jean l.edu»-. Madelejn»' Dupont, Picardie, mari»''»- a 
Noël Pinf^uet. 

I(i."il3. — Marie (îirainl, Normandi»'. mariée à Antoini' l.'ouillard, Fran- 
roi.se Jobin. Normandie, mariée à Pierre Dandonneau. Kraiu,(»ise Le- 
Iiène, Lorraine, mariée à (iahritd (ioss»din. Franc^'ois»' Lehoux, d»' li»'ii 
inconnu, mari»'e à l'ohert Par»'. Jeanne i>it<tuset, Paris, mariée à L»>uis 
liuimont. Anne L»'det, lîoiliell»'. marit'e à Jean Neveu. .Marie (lacliet. 
Brie, mariée à Pierre .N<din. .Mari»' (Jr»>inlin, Paris, mariée à .ra((|ue> Pi- 
laulr, Jae»|uette Tourault. .Xn^foumois, mari»'-»' à Jacfpies Preiiirau. 

lti.')4. — Jeanne l{oussilière, Sainton^e, mariiV à Pierre (Jaudin. Ma- 
rie I^>rf,Mieil, .N»irman»lie, marit'"»' à Toussaint llumiult. J«'anne .M»'rrin. 
Poitou, nuiri»'*»' à FJoi Jarry. .Mari»' Hemiult, Orléanais, mariée à Ma- 
tliurin Lan<ji'\iii. .Maileleine I)u\al. île li<'U in»-onnu, mari»'»- a Pierre 
Joiiineau. Judith Ki^^au»!, Saint<tn<:e, marié»- à Fran(;oi-< Li-maitn-. 
-Marie l'enanlin <!«' la Blanelu-tièn*, de lieu inconnu, mari»'»- à .\icida> L»' 
Vieu.v de Haute\ill»'. .Martlu- Pinson. ,Vjij»»u, marit'e à Jean .\lilot. 
Michel!»' Leilot, d»' lieu inconnu, mari»^»- à .laccpies Perrot. Ja^tpiette 
'INiuraude, Anpoum<iis, mari»''»' à Mauri»»- .Vrrivé. J»'anne S»ddé, .\nj»»u. 
mariée à Jactjue,- Beaunai-. Jeann»' i^rou^'e. Champa|:ne. nuiriée ."i 



( ^ 



— 806 — 

Louis Carreau. Marguerite Gosselin, Perche, mariée à .lean Crête. An- 
ne Lesong, Lorraine, mariée à Jean-François Desmarais. Jeanne Bedie, 
.\njou, mariée à Jean Dumets. Catherine Boutet, de Heu inconnu, ma- 
riée à Charles Philippeaux. Catherine Lorion, Rochelle, mariée à Pierre 
Villain. 

1655. — Françoise Bernard, Mans, mariée à Marin .lanot. Suzanne 
.Jaroussel, Rochelle, mariée à Simon Lereau. Jeanne de Chanverlan- 
<re, Berri, mariée à Pierre Lovasseur. Louise de Moussoau, Paris, ma- 
riée à Pierre Pellerin. Madeleine François, Lorraine, mariée à Guil- 
laume Tihaut, Nicole Roland, Paris, mariée à François Blondeau. Ca- 
therine Collin, Paris, mariée à Claude Ouyon. . Marthe Hubert, Cham- 
pagne, mariée à Nicolas Gendron. 

1656, — Marie Chateigny, Rochelle, mariée à Pierre Lefebvre. Anne 
Leiahoureur, Normandie, mariée à Jean Normand. Antoinette Grenier, 
Paris, mariée à Jacques Bernier. Alarie Foubert, Normandie, mariée 
;i Jean Cusson. Marie Depéré, Gascogne, mariée }i Thierry Delestre. 
Marie Jamarre, Belgique, mariée à Pierre Uuval. Marie Richard, Ro- 
chelle, mariée à François Fat'ard. Jacqueline Bullois, Mans, mariée à 
Denis Derome. Marie Laurence, de lieu inconnu, mariée A Eustache 
Lambert. t 

La vile et le diocèse de la Rochelle sont n)is ensemble, de même pour 
i'aris et ses environs. 

1638.— Anjou 1.—163Î)— Normandie 2. Picardie 1.— 1640— Nor- 
mandie 1. — 1642 — Normandie 2. — 1645 — Poitou 1. — 1646 — Poitou 3. — 
1647 — Normanflie I. Poitou \. Beauce 1. Kocbflle l. Saintonge 1, — 164K 
— Paris 2. Normandie I. Beauce 1. Saintonge I.— 164Î) — Poitou 2. lio- 
chelle I.— 1650— Poitou 4. Inconnu 2.— 1651 — Beauce 1. Perche 1. Nor- 
niandie 1. Anjou 1. Paris 1. — 1652 — Paris 1. Rochelb' 1. Picardie \. In- 
connu 1. — 165.'{ — Normandie 2. Paris 2. Brie 1. Rochelle 1. Angoumois 1. 
Lorraine 1. Inconnu L— 1651 — Inconnu 4. Anjou 3. Saintonge 2. Nor- 
mandie 1. Poitou I. Orli'oiiais I. Penhe I. .\ng<iuinois 1. Uochelle 1. Lor- 
raine 1. 1655 -Paris ',i. Cliampagiu' 1. Lorraine 1. Berri 1. Rochelle L 
Mans 1. 1656 — Pocbellc ?. N'oriiiandie 2. Piiri< 1. P.elgique 1. (Jascogn»' 
I . Mans I . I nconnu 1 . 

Soit : en IH ans, de IK provinces, SO iilles, dont la bonne moitié ve- 
nait de quatre [)rovinces : Normandie 13, Poitou 12, Paris 10, Rochelle !>, 
et à cette dernière ajoutf»ns Saintonge 5, ce qui nous donne 49 sur 80. 

BENJAMIN SULTE 



— 307 — 

JOCELYN WALLER 



Kst-ce tr(»|) (if n'Vfiiir iiiif troisit'iiio l'ois sur .locelvii Wiillrr daiis If 
lUillotiii (If's lîeclierches Historiijuos ? Jl me sombh' que non. Ce w- 
uiarquable journaliste a été un des plus dévoués amis de la eause cana- 
dienne-française, et cei)endant l'on nous a reproché notre ingratitude à 
.-on endroit. ("est ainsi que H. .T. >[organ, dans une phrase de sa Ri- 
Miotheoa Canadensis, r»ù perce l'oreille du tory, affirme que le j)arti au- 
<|uel il se lia, ne trouva pas mieux [)our lui prouver sa gratitude que de 
le laisser mourir de faim littéralement. Il n'est pas douteux que Mor- 
gan exagère. Waller a été en butte à toutes sortes df malheurs, mais 
.ves amis canadiens ne le pouvaient pas empêcher. 

Après la mort de Waller, il se fit un mouvement chez les nôtres pour 
•'lever un monument quelcon(|ue à sa mémoire. ("est le jeune Auguste- 
Norbert Morin qui en avait pris la direction, et dans le catalogue de la 
correspondance Neilson <jui vient de paraître, ces jours derniers, dans le 
Rapport (les Archives du Canada pour 1918, nous trouvons plusieurs let- 
tres de lui à cette (K-cnsion. Nous ne sa\ons ce qu'il advint exactement 
de cette entreprise ni quelle f«trme |)rit cet hommage jirojeté à la mémoi- 
re de la victime de Dalhousie. Il ne nous en reste qu'une circulaire im- 
primée dont je viens de retrouver un rare exemplaire. Cette circulaire 
a très probablement pour auteur Auguste-Norbert Morin. Elle est si 
rare (pi'on la peut presque dire inédite. ./'ai pensé (qu'elle ne serait pn-! 
.-ans intérêt jK>ur les lecteurs du Bulletin et je la reproduis en entier : 

NOTES SU H M. \VALLi:ii 
•MOCKLVN WALLEÎÎ. écuyer, frère de Sir HOHEHT WALLEH, 
liarniiit, f't allié aux premièros famill(\'* d'Irlande et dAngleterre, est venu 
en Canada en I8y(», avec la commission de (Jretlier de la Couronne pour 
la province. Il entra aussiti'it en charge ; mais .sa commission lui avait 
été donnée en .Angleterre, ('{ M. le président Monk avait déjà donn»- l.i 
même commission à une autre personne dans la colonie. Finalement, 
cette dernière commission fut confirmée. .M. Waller se retira ;"i la Cam- 
pagne. Il avait un revenu de £200 sterling, provenant des l)iens de sa 
famille en Irlande, et avec ses habitudes, il vivait tranquille et indépen- 
dant. 



— 308 — 

"Deux ans après, l'ancienne «razette de ^^rrintréal chani^ca de |)ro]irié- 
taires. Ils faisaient profession d'indéijendanee et de libéralité. Ils 
>'adressèrent à M. Waller pour en prendre la conduite. Il accepta et en 
commença bientôt la rédaction. Tenant, par sa naissance, à des familles 
distinguées, libéral dajis son éducation et ses sentiments, il conduisit son 
journal sur les professions de son prospectus. Cela ne plut pas à ])lu- 
siours de ceux qui protégeaient ce journal à Montréal. J^es propriétaires 
lui firent des remontrances : M. Waller réjtondit (pi'il ne le conduirait 
(|iie d'après .ses sentiments et il revint h (Québec. 

'•Survint alors le fameux Kill de l'Union. Toutes les presses (pii 
imprimaient en langue anglaise étaient asservies au parti de l'union, qui 
l'iait aussi le parti du gouvernement. Le public fut indigné de ce bill, 
mais il avait rec^u l'a[)probation pre.<(pie entière de Sir .lAMES MAC- 
KIXTOSIl, etjiutres amis e la justice et du pays en Angleterre. 11< 
avaient seulement objecté à .'^a passation, parce (pie le pays n'en avait eu 
aucune connai.s.sance. Il fallait se faire entenre par ceux du pays qui 
ne parlaient que la langue anglaise, et que l'on excitait contre la ma.sse 
de ses babitants : il fallait se faire entendre dans les autres colonies, dans 
le Haut-Canada, ••! piir icux en Angleterre (pii pouvaient contribuer à 
faire mantpier le coup fatal qu'on voulait portei- à la masse de la j)opubi- 
lion canadienne. On >e décida à faire impriniei- à Montréal un journal 
en langue anglaise, (pii ferait connaît^' l«'s sentiments (W^ babitants du 
pays, qui relèverait les faussetés qu'on imprimait jouriudlement contï'e 
eux, et (jiii répondrait aux arguments du parti adverse. L'iiulépendance 
(pi'avait montrée M. Waller dans l;i n'-daction de la gazette de Montré;il 
fil jeter lesyeux sur lui. il laissa sa reliaite dans (Québec, et se jeta dans 
l'arène, en fa\eiir de >es principes, en faveui' de la justice, et en faACUr 
du |Kivs : contre .ses amis personnels, contre ceux qui disposaient de tou- 
tes les favcnirs, de tous les avantages. l/on peut se faire une idée de l'i- 
nimitié (pi'il se suscitait, «le bi baine du parti de runioii qui croyait avoir 
le pavs pour proie <erlairie. .Stdoii bi tacti(pie di' ce parti, on vomit con- 
tre lui des injures, on noircit son caractère, on inventa nulle calomnies. 
Il ne s'écarta pas ce|tendant dans la lutte du langage d'un lionnne bien éle- 
vé' : ne s';itt!ic|iii j;iniais aux pers<iniies, ni aux actes do la vie [»rivée : ne 
.-'adressa ni aux passions ni aux préjugé-s, mais dévoila la faus.seté des 
avancés de ses adversaires en tout ce <pii regardait les all'aires publiques, 
-ignala les abus, indiqua les remèdes, et terni.ssa par .ses arguments. Ceux 
du [tarti contraire ne pouviiient s'em[)écber d'avouer la sufiériorité de. ses 



— oM'J — 

liilt'iits. Ijiliii, thnsi- iiKitiimic juxjirîili'rs. il lit iiii [ciiii iiniiilin-iix i-ii 
hivvur (lu pays |iarini teiix (|ui iih parlaient que la laii<;iU' aiij;lai>i'. Se* 
••critî' furtMit lus, adiiiirt's et repuhlit-s dans If Haut-Caiiaila. dans les 
ruionios v(»isine>, dans lo litats-Cuis «-t vn AntrU-tiTif. 

"\jH soit' lut au.-«.-i (tuvcrtc aux nM|uêtt's t\u pays. adr<'>.>(''»'s au n»i i>t 
;'U parlrnieiit en Anj^lrterit' ; Waller triiun|diait de ses adversaires, et le 
pay> allait partaj,'er ee triumplie. ('\'.-t alors ipi'on laelia luntre lui .^l. 
!<• priKureur du mi, ijui multiplia !••> ijulirtenients, >e répandait en in- 
jures, et renouvelait les a«-eus;ition> d'alionl rejetés. Il trouve entin un 
L'rand jury, soinim'- tomiiK- on It-- >oniniait alor^. parmi un<- eer- 
tain»» (•las.«e seulenient. (pu trouva l)ill contr Waller. L»'s arrestation^. 
I auti(»nnement.- «-t procè.- de Waller. tai.saienl la .irrande occupation de 
tous le.'* termes criminels à Montréal. On cji (jt même exprès. Ses eii- 
ntini,- et les ennemis du p<ay?« .se félicitaient puldi(juement de le voir ein- 
prisMimé, pilorié. et parmi ceux-là était, |)eut-étre. iln bon nondne de ceux 
«|ui devaient («unposer le jury -pt'rial par ltM|Uc| M. !.• |.r.Mni«'nr voulait. ;'i 
toute outrance, !.• taire ju;;er. 

"],'■ triomphe donné à la cau>e du pay- par If rapport dii comité du 
< ariada. n'était pa< mi triomj)he pour .M. Waller. toujour> .M. I'- procu- 
reur (lu roi s'acharnait contre lui. In jury .-pécia) renvoyé, il insistait 
sur un autre. Le \m\< triomphait : mais tout était dans l'incertittide 
pour .^l. Waller : il pouvait mourir en pristui ; il pouvait être exposé à 
ce que. au loin, dan.- >on pay- natal, au milieu de sa famille, ctda serait 
regardé comme un déslioimeur. Il succomlta à la maladie, au milieu de 
tant «le fatigues, tant d'hostilités, tant d'in(juiétude!*. Il mourut au ser 
V ici' du pays et ne hroiicha pa* ju.squ'à la mort. Il mourut au moment 
où lc.< libertés tlu pays ét^iient coiiservcH's. eti partie par .ses ofTorts. au mo- 
ment v\\ il avait dr<»it de partager sa tran(^uilité et jouir de sa reconiniis- 
i-auce. Il mourut au UK^meiit où [»ar la nutrt de .«(»n frère aîné-, il deve- 
nait .Sir .liK-elyn. hapuiet, i'Vec un reveiui anntnd de six nu »-\>\ mill>; 
louis sterlin;:. Son lil> aine, nuiinteiuint JSir liduard Waller, a succédé 
aux honneurs et aux hiens de -a famille. Klle ne demande rien. ]l ne 
reste au pays que de témoivrner sa reconnai.-sance |K»ur le.- -ervice- de .M. 
Waller, et d'h(in«.»rer -e.- restes par un uKuiument (jui attestera l'estime de 
-es concitoyens, et (jui fera disparaître encore un autre de ces reproches 
'lu'un .se plait injustement à répandre «-(uitre le pays, afin de l'atTaiblir et 
le l'wrn.s^T. 



...310--- 

Québec, 25J août 1831." 

Jocelyn Waller était le fils de Sir Robert \^'alle^, du comté de Tip- 
perary, en Irlande, crée baronet en K80. 11 eut lui-même une nom- 
breuse famille, cinq fils et 3 filles. C'est l'un de ses fils, sir Edmund, 
qui succéda à son oncle en 1830 et devint 4e baronet. Un autre fils 
s'établit à Brooklyn, N. Y. et y eut une nombreuse postérité. Quant au 
troisième fils, le Dr. Saniuel Waller, dont parle G. I. Barthe, il mourut 
à Montréal en 1878. On trouvera dans Burke's 'Baronetage de 1881 
tout le détail sur l'ascendance et la descendance de Jocelyn Waller. 

AEGIDIUS FAUTEUX 

Suite (le lu page 299 

Soient assignés ledit sieur Pascaud et le dit sieur de Maricourt et ledit 
Itose à comparaître par devant nous en nostre hostel, niardy prochain, heure 
d'audience. 

Mandons, etc. t'ait à Villeniarie, le 17e jour de fév.1702. 

JUCHEREAU DE ST DENIS 

Trois jours après, le 20 février, on procédait à l'inventaire des biens de 
feu Pierre Roze. 

Le 21 février, à l'audience, Marie Chambli 'habillée en sauvagesse et ne 
parlant que l'iruquois" donna son témoignage par l'intermédiaire de Fran- 
c;oise Goupil, veuve du sieur Gouraud La Coste qui avait été nommée inter- 
prète d'office. 

Le sieur LeMoyne de Maricour, '.il ans et François Roze, 18 ans, corrobo- 
rèrent les assertions de la plaignante en sorte que le sieur Pascaud reçut or- 
dre de payer la dette. 

Le 22 février, l''raneoise Goupil accompagnée de l'iroquoise comparut 
devant le tribunal et déclara que celle-ci avait re(:u des habits pour une som- 
me de 70 livres, 19 sols et qu'elle était satisfaite. 

Si l'on tient compte de la valeur de l'argent k cette époque lii "tille des 
bois" devait avoir choisi un costume assez coquet. 

H,-Z. MASSICOTTE 



L'ANCIENNE PRISON DE MONTREAL 



"Le vingt trois février, mil liuit cent f|uarai)te, le saint S,icritice de la 
Messe a été offert poui- la première fols, dans lii prison neuve de cett»; ville, 
située au couvent Kte-Marie. l'ne partie des effets nécessaires a été fournie 
|»ar le séniinaire ; le reste a été iiequis par le piodult d'une sou.seript ion Mt- 
lontaire, misi' en (ij)ératlon pur IMmond l'.arron, Eciiier, Sheriff du District 
de .Montréal, et l'un des marguilliers de rOeu\re et Fabrique de Notre-Dame 
de Montréal. Le premier Prêtr(\ envoyé pour la M<;sse et l'exhortation, a 
été Mcmsieur .lacques Arraud, Prêtre du Séminaire, et aumônier de la Prison. 
Tous les prisonniers Catholiques' étaic-nt présens : les hommes d'un côté et les 
personnes du sexe «le l'autre. Le tout s'est passé avec édIHcation et continué 
avec la décence convenabl«-, l,es détenus en recueillent des fruits de con- 
sohitlon et de grficp. 

.lOS QUI PUER Supr 



'\/ 



311 



La Fête de saint Jean -Baptiste 



l)epui> <iut'llc iiiiiiif iiV'.>-t-elk' |>lus cliônu'O !' 

La fête de S. Jcan-Ba|)ti8te était chômée dans l'K^lisi' universelle à 
l'époque tle la découverte du Canada et île la fondation de Québec. 

Cependant la génération actuelle n'a jamais eu connaissance ilu prc- 
jnier chômage de cette fête. .\ (|ueIlo éfioquc a-t-nn cessé de l'ohserver 
< omme fête d'obligation ? 

("est dans la collection de> Miuidiiiicnls . . . .tics rr»''(jin's de (Juébi'i- 
qu'on |)eut trouver la réponse à cette question. Au déitut de la colonii'. 
les fêtes chômées <le droit commun, étaient, outre les dimanclies, de plus 
de trente, au.vquellcs s'ajoutaient (juciqucs fêtes chômées par di'votion 
(S. Madeleine, 8. Martin), pane (ju'on les chômait en France. 

T«>utefois la mi.-^ère des temps obligea les évêque»* de Québec, n divcr- 
.-e> époques, à rt^luire soit tem|»orairement pour les travau.x des semences. 
>oit à perpétuité, à cau.^e de la [)auvreté générale, (»u d'autres raisons, le 
nombre des fêtes d'obligation. Ces prescriptions portèrent, on le com- 
prend, sur des fêles moins importantes, de sorte (|u'on a toujours (tb.servé 
;ni pays les fêtes qui sont encore chômées. 

]iU fête de S. Jean-Baptiste fut du nombre des fêtes sujqirino'es. 

La j)remière li'^te des fêtes chômées qui fut donnée au elergé, en '•<• 
[>ays, est celle de Mgr de Saint- V'allier (:;ie év. de Québec), en HîitL -t 
elle mentionne expressément celle de S. Jean-Baptiste (1 ). 

( 'f même évêque réduisit iii H Kl les fêtes des mois de juin, juillet et 
;i«iiil, **à l'égard de eeux <jui \(iiit ;"i la mer pour [iccher, cl non pii> [loiir 
« eu.\ qui restent à terre pour sécher le poissiuT', mais il conserva par e.\- 
eepliou le chômage de la fête «le S. JeaJi-liaptiste, aus>i bien <pie de bi 
l'enteoôte, de la Fête-Dieu et île rA.sj*omption (2). 

Cet état de chose dura jusqu'en 1744. 

Mgr Dubreil de Pontbriand (<)e év. de (Québec), alin de rlimiimer les 
jours de fêtes d'obligation et de permettre en même temps aux lidèles de 
célébrer ees mêmes fêtes, comme précédemnu'nt, employa un moyen tenu»' : 
Il retrancha l'offiec et la nn-sse de quelques jours de fête, eiitr'auf re»« df 



H) .Mandenient.s des «'•v{'qiu> <l«- yu^lKH-, t. I. p. ;»:».%. 
(2) Idem, p. 4 89 



•À]') 



(•('lk'.< (lu '^4 juin. <'t les transféra au «iiniaïuhe, pour S. Jean-Baptiste en 
particulier, au diiuanehe qui se trouve entre le 'il et le 28 juin. De la 
^o^te la fêij? n'était ])his chômée le 'H {'.]), mais était célébrée comme d'ha- 
liitude. par l'office et les messes, le dimanche, à la place de l'office du di- 
manche, ou d<' la l'étc Mccnrrente. Cette praticjue dura plus de vin<;t ans. 

Mais comme cette "translation (]{'<■ l'êtes remises au dimundie. . . . 
a occa.sioniié beaucoup de cont'usicni dans l'arrangement de l'office di\in". 
son successeur, Mjlh" Hiiand (7e év. de Québec), a ramené, en 1744, ce-^ 
offices à leur jour pro|)re, et a î)rescrit (|u'on en ferait la solennité le di- 
mancht^ : à partir de 1T()8 (4), la fête de S. .lean-ïîaptiste se fit donc de 
nouveau le "M de juin, comme a\;nit II4">, mais elle ne fut |dus chômée. 

Les changements de 17!»], J î Ît3 (')) et autres n'all'ectèrent pas cette 
fête (jui ilenieura fête de dr'\otiou jusqu'en I!)11. 

l"]n l!M]. ]•■ l'ape, \oulant diminuer les fêtes (roldi<j;;itioii. (S. .lean- 
ilajitiste était toujours chômé dans l'église universcdle ), adopta. p(pur (piel- 
<[Ues fêtes. i»articulièrement ccdli' de S. .)ean Baptiste, la pr;iti<pie de >Mgr 
Dubreil de l'oiitl/riand ri li\a rolVice même ;iu diniiindie (jui |)récède la 
fête des SS. A. Pierre ei Paul, c'est -à-d^ri' celui qui tombe entre le •.' 1 et 
Je 28 juin (ti). Toutefois cet état de chose ne put durei'. Dans la 'Je 
léforme du bn-xiaire ( 11) 1:5, obligatoire vu IHl.j), la fête dr S. .lean Bap- 
tiste fut restituée à son jour, [)arce (pToii voulait é\iter la lixatioii (le.> 
fêtes de saints à (U'>^ dimanches (7 ). 

Pour résujner, >i l'on eonsid''iT li' joni' niênic (\\\ "M juin, on doit dire 
qu'il fut l<' siège de la fête de S. .lean- lia pt iste, depuis l'origine du Ca- 
nada jusipi'en 174 1, puis (\f I7t>.s à 11M2, enlin dejiuis r.)l.") : si l'on con- 
sidère le chômage, (pie cette fête fut chômée en Canada de|)uis l'origine 
jusqu'en \'i\\ ■.i\ny- (prdli- f|r\int jusfprà pi-ésent fête de d('\otion, excepte 
en l!M2-;{-l : enlin. si l'on ((insidêre le jour île la fê'e, ce fut le dinianche 
entre le 21 et le 2.S juin, de 114 1 à ncs. pnis de 1!I12 à t!il I .'t le 24 

juin le reste du teiii|)-. 

Ap.i'.i-: .). s. 



( :!> Idem, t. IJ. p. 4'J. 
( « ) Idem. t. Il, p. 291. 
I .". » ld<'m. I. IJ, p. 4.37 ot 4.".!). 

< •; ) llf\'U<'s de r;innée. pm-l iciiUèreiiieMl \riil <lii CU'fué. •• X X X 1 1 1 

( IMII) p. «9(5 «-t 7«3. 

(7) Ami. il)id. p '.t7;t. 



/ 



iMIGE()\ DE BRANSAT 



M. Mij:<*<>ii 'If lîraiisîit est itn»l»al)l»'m('iit^ vriiii an Caiiaila en liiênit* 
t«'nj|)s (|ii(' le n'iriniciit de Carij^iiaii. Il y vu\ t(»ut un chaii'rt'iiuMit dan- 
la direction dfs aiïain'-- dans la cidonii' à «•cttc éftoiiuc — mouvcnu'nt assoz 
»<)nsi(K''ral)K' pour urriiptT «crtains esprits aventureux ide France, et c'est 
ce qui e.\pli(]uerait alors, le passa^je ici de iiotn* personnage. L'ahhé Fail- 
lon s'est mépris sur le nom de Mi^rcon. jVaprès lui, il serait arriv»' iim 
M. .1.-1». Mipeon avant 1(!(>I. H mêle deux noms et confond .1.-1'. I.r 
Mijfuon, »jui, sinijulièrement, occupa à .Montréal !«• jxtste de procureur- 
liscal t\^-'i .seijriiciirs, place que devait remplir bientôt après, notre .l.-B Mi- 
geon de Brans.it. Ceci est clairement démontré [»ar .M. K. -'A Massicotte, 
au numéro S du .\.\lf volume du JivJleliti tles lieclierrhcs Ilistoritiitcs. 
L'ahbé Failloii termine la rei)roducti<!n de l'ordonnance de M. de .Mai- 
sonneuve, «lu 1.") février \(U>i, au sujet de l'élection de cinq juj^es à Vill<'- 
marie, par leur prestation <le serment devant M. Daillebout ^Ws Musseaux, 
juge (ixil et criminel de la^ terre seigneuriale, et devant, (dit-il), .Jean- 
liaptiste Migeon, procureur-fiseal (Jes seigneurs et a.vocat au Parlement de 
Wina, né à Moulins, en Bourbonnai.*?, et neveu «b- M. Souarr (pii ra\aii dé- 
terminé ainsi que plusieurs autres de .ses parents et de ses amis à passer 
dan> la .Vouvel»-- France, par /.île [xMir In ndigion. 

L'auteur de "V Jl'islolrv dp. h; Inairaisr m ('iiuiulit.'\ par ces 

reinar<|ues nous invite à croire à une parenté entre M. l'abbé .S<»uart et 
.Migeon de Bran.sat avant même le pa-isagt^ de celui-ci au Canada. Il 
jiou.s est dilTicile de conq»rendre cela, ayant sous regard la généalogie de> 
^ligeon. 

Tanguay (1-4;$!) nuus apprend (pie Catlierin»* ( Jaucliet qui épou>a 
.Il .m-Baptiste Migeon de Bransat était la cousine de ^I. Suimrt. I*lu> 
loin, (l-4.">l) il varie et ra[qn»rte «|u'(dle était la nièce de .M. ral)bé. ('.• 
pomt-ci de parenté s'accorde mieux avec Faillon et nous paraîtrait plii^ 
''■'!^»^nle à la vérité, 

i.a famille Migeim appaij'iMJt "i la bourgeoisie commerçante de Mou- 
lins : Ms membres n'ont (ign u un rôle im|>ortunt dans l'iiistoire 
de cette vil! ' .rté en liotirbunnais, mais par i\v> 



— 314 - 

<;ens de modeste condition. Il y a, notamment à Yzeure, un Migeon. 
maréchal-ferrant, qui est conseiller municipal de cette commune. 

Mgr Tanguay place la naissance de J.-B. Migeon de Bransat en 1639, 
le nomme Jean-Baptiste, et, le dit fils de Marguerite des Bordes, Voili'i 
trois inexactitudes, dont on ne saurait cependant le blâmer. Il a donné 
simplement ce qu'il a trouvé. Notre personnage a été baptisé le 26 no- 
vembre, 1636 à St-Pierre-des-Menestraux, succursale de St-Pierre-d'Y- 
zeure, à Moulins, et nommé Jean, sans plus. Son j)ère, Jean Migeon, 
était marchand boitier à Moulins, et sa mère s'appelait Marie Desbordes. 
]jes parrain et marraine furent : Jean Migeon, l'aîné, (oncle), marchand 
à Moulins, c4 damoiselle Jeanne de Bonefoy, feme de noble Charles Barbe, 
trésorier de France au bureau des finances de la généralité de Moulins, 

D'après quelle inspiration ou inclination Jean Migeon s'est-il décidé 
d'accoler un second nom à. celui de sa famille ? P^tait-ce pour se donner 
plus d'importance et faire croire qu'il était de qualité ? Ou, suivait-il un 
courant à la mode ? Cette dernière supposition est la plus probable. Car, 
M. Jean Migeon, procureur-fiscal des MM. de St-Suli)ice de Montréal, 
n'avait aucun droit au nom de Bransat. C'est le nom. d'une commune 
sise près de St-Pourçain, département de l'Allier. Il n'y est point né 
et d'après les archives de sa famille ou les recherches que l'on a pu ac- 
complir, il n'y avait aucun bien, de |)lus, il est reconnu qu'en 1658 et les 
années suivantes, les Lomet, de Moulins, .se qualifiaif'nt encore sieurs de 
Bransat ainsi que le con.state l'extrait suivant d'un contrat de mariage 
existant dans les archives de M. Xavier de Bodinat : "Par devant An- 
•'thoin*' Ph<'h'pard, notaire, tabellion royal, garde-notte héréditaire au 
"pa's et duchf' (if Hourbonnois, à Moulins, soubsigné, ont été personnel- 
"Icmcnt établi)» : Me Jean Fouchier, sieur des Prots Saint Syphorien et 
"à HOU autorité damoi.ielle Marie Pauvre, sa femme, et sous leur auctorité 
"Me (iilbert Fouchier, leur (ils, advocat en Parlement, paroissiens d'Y- 
•'zeurc, dun»' |»art ; noble Toussaint Lomet, sieur de Bransat. conseiller 
"du Koy, etc., etc. 

Le 14 juillet, 1665, Jean-( Baptiste ) Migeon, marchand, est parrain ii 
\'illt'maric. Le 'iô novembre suivant .son mariage a lieu au mêm'e en- 
droit, avec Catherine CJauchet de Belleville, (ille de Claude, et de Suzanne 
Diileu, de St-Sul[)ice, Paris. Elle avait relu-si' un riche établissement 
en France et vint au Canada avec l'intenti<in de se faire ndigieuse. Elle 

changea d'idée. Souvent femme varie Ce fut peu après l'arri- 

véc du régiment de Carigium. Ca été l'un (U'^i mariages marquants de 



... 315 — 

l'année dans la y)etitf ville He Marie, si l'on en iup^o par les noms des té- 
moins : 

M. Henri de (.'hasteiard de Salière, colonel du repiment ; 

M. de Fl(»tte, siniir de la PVedière, (a[titaine et major du réL''iment et 
neveu du colonel ; 

M. Annibal-Ale.vis de Flotte, frère ou «-ousin df la Frc(liiic 

M. IJoger de Honneau, capitaine au régiment ; 

M. François Feraud, lieutenant et aide-major ; 

M. l'abbé Michel Barthélémy : 

M. l'abbé Gilles l'errot, prêtre de St Sulpice ; 

M. Balthazar DesjKjrtes, probablement ofTicier du régiment 

M. Gilbert Dupéron ; jtrobablement officier du régiment. 

il. .lean-\'in(ent ]*hili[>p»'. -i»Mir «le I huitniciiil, neveu i\,- I';ibl)é 
Sou art. 

M. Migeon de iîran.sat s'étant établi à Montréal y écoula le reste de 
ses j(»urs. Il .s'acquitta des tlevoirs de sa charge avec conscience et .sans 
crainte. 11 était d'un caractère préci.s et juste, possédant des idées ».<^('/. 
libérales qu'il tempérait avec un certain ordre ; pas belliqueu.v, mais ré- 
taliant à une attaque sur sa personne par une convocatif»n immédiate en 
justice, 

La famille Migeon en France retrace .«on origine depuis : 

Honorable homme Toussaint Migeon, né vers l.jf).*), bourgcftis de 
t'harroUA, qui épousa vers l.jOô, l'éronnello (luiot. T«>u--;idnt n'érair 
plus en 1633. Ses enfants furent : 

( 1 ) Vénérable et di.<crète personne Messire François Migeon, doc- 
leur en théologie, prêtre, curé de St-.Tean de Charroux de lfi31 à 1680 : 
religieux de l'Ordre de St-.îean de Jérusalem : s : 1080 âgé de 8;{ ans : 

CM Honorable jxTsonne Jean Migeon, l'aîn»'*, naquit vers 1603 : 
Ixiurgeois de Charrou.v, «lemeurant à Moulins, (tarctisse St-Pierre d'Yzeure. 
Marié en 1633 à Catherine Jacquemet, veuve de Pierre liarde ( 1 ). 

(3) .Jean .Migeon, le jeune, né vers 1604, marchand à Monlins, 
épousa en 1634, Marie Desbordes, fille «le nol)le ("liristophe Desbordes, 
p<irte-manteau de Henri IV, dont : 

(a) .Jean, baptisé à .St-Pierre, .Moulins, le i6 n«)v«'mbre, 16;>6 : 



(1) 8a flile Claude, épouKii Claude Vicier, dont un IHh qui porta le nom 
de alenr den .M^hins. .Vou» HignalonH ce nom à titre de curiosité. A-t-ll 
«iuelquo rapport avfc l'endroit d/^8icn<' ain.-»! au Canada ? 



(1)) Marie, née Ki.'^l. mariée fii UKiO à Maître Jean ('(Hippery. mar 
chaud de iloulins ; 

((•) Louise, b : en 1G39 à Moulins. 

.lean-Baptiste Migeon avait des armes qui n'ont ])i)int été enregis 
Irées dans aucun armoriai de PVanee, que lunis sachions. , Nous les re 
produirons plus tard,' à la suite de nos reeherehes armoriales. tome 111. 

REGIS KOY 



LES DISPARUS 



CIIARIiKS SABATIFJR 

Sur le musicien qui composa la musiqup du Drapeau tle Carillon, si po- 
pulaire en ce pays, on lit ce qui suit dans le Join-iial de l'instruction |)nhli(]u(<. 
iiu 18 septemre 1862 : 

"Charles >\'au£ïh, connu sous le nom de Charles Sabatier, coniposilfur 
(H pianiste distingué vient de mourir à Montréal, le 22 août 1862, Né en 
Allemagne, il avait été élevé en France où il .s'était fait une certaine réputa- 
tion. Des excès et une circonstance naturelle l'ont empêché d'atteindre au 
premier rang et l'ont poussé à voyager de pays en pays. 11 vint au Canad.i 
il y a une dizaine d'années et tandis que son génie et son éducation musicale 
auraient pu lui as.surer d'e.xcellentes, sinon de brillantes positions, son intem- 
pérance l'avait réduit à la misère. On a de lui ))lusieurs compositions, en 
outre la cantate en l'honneur du prince de dalles (1860). Des amis chaii- 
tables et dévoués ont essajé, à plusieurs reprises, de le remettie dans la bon- 
ne voie, et ils espéraient presque axoii- réussi, car Sabatier était à l'Hôiel- 
Dieu plutôt en réclusion réparatrice i)U'à titre d'invalide. Malheureusement, 
une fatale occasion se présenta pour lui de manc|Uor k ses bonnes résolutions : 
il s'échappa de sa retraite, on le ramena dans un état pénible à voir et il 
mourut d';ipople.\io peu d'heures après son retour. fCxemple terrible d'une 
belle cairière brisée par une passion brutale et t>raiinit)UP !" 

C.\|:KI':TT1<: 



ADOLPH VOGT 



Né à IJeben.'--tein. S.\e Meiningcn, AlIcmaKnc, le 2!t novembre 1S42, Ses 
parents l'amenèrent en Amérhiue en 1S4(J et il re(:ut .ses premières let;ons de 
d«'HHin à l'hlladelphie, ICn 1861, il alla poursuivre .ses études en Allehiagnc 
et en Suisse, puis, en lS6.^i, il venait s'établir j\ Montréal en 1867, Cet artiste 
dont un dit beaiicou)) de bien a laissé plusieurs lable.iu.x de scènes c.in.ullen- 
nt's i-t il ;i f(»urni au (°ana<liaii illustniK'd .N'cws la plupart de ses lllustrati(tns 
yuv l'iin .isidii l'étiicntie. M. \'i>m mourut à ."yt'W- Yui-U, le 22 février 1871. 

l'.VMKKTTIO 



— 3 1 



Un Ic.^tanienl <lu doclnir Sariaziii 



I/iiii ik-> |)lus raiiiiUA inéilccins «lu roi, smis Ir ré;,Mnir IraïK.ais fut 

' MiL-lier'.Sarrazin »l»tiit Ks liistoritMis et les ilietionimires meiitioinifnt 
le nom et aiHjiH'l M;rr Liitlaiiinic a consacré dans les Mnnoirrs rie Jn Soriélé 
l'iii/iilr du Ciiiiiitld de IStiT, une étude (ju'il faut lire. 

Aucun des l»iotri-u|)|ies du sieur Sjirra/.in ne fait cc[iendant allusion 
au document <)U«' nous \cnons de co|iicr dans l'étude du notaire Aiitf»iiie 
Adhémar et (jui nous paraît ii\édiî. Comuie «ctte |»iè<c fournit des ren- 
>fi;^ncmcnts <|Uc h-s annali.'tes [icu\ent utiliser, nous la rc|iroiluLsons en 
■ iitier. mai- non sans avoir réiaidi les mots al»ré;;és (A<lhémar fait usaji^e 
(!e quantité d'al)ré\ iat it»n ) ni san> avoir modifié ijue!t|Ue peu l'ortlioj^ra- 
)>!ie lors(ju'elle était troj» |icrsonnelle : 

i'ardevant Anîhoiiie Adliémar, notaire roval et tabellion de Tl-l' <' 
Montréal en la Nouvelle France ré.-.i<lant à Villemarie en la dite isle et 
i'smoins enlin nommés fut présent en sa personne sieur Miclicd Sarra/.in 

'irurpieii major *\v<. troupes du détachement de la marine ^ysant au lit 
malaile dan» une des salles de l'iiospital Sainl-.losepli de cett»- dite ville 
i|'!i ser\oii culevant d'K.-^'li.-«e >uv la rue Sainl-l'aul, mai.- sain d'es|)rit et 

''entendement, comme il est apparu audit notaire et tesnioins en fin iioi; 
niés, I><'«|uel considérant l'incertitude de toute> choses et priiuipalemenl 
"le l'heure de la mort et craitjnant <ren estre preveneu n«' voulant p}(s 

iiourir sans laisser un testament et >ans a\oir réglé et disposé de ses biens. 
Après avoir pensé- au salut de son âm<', l'our «es «auses. il a fait, dicté et 
iionsmé au<lit n«»taire soussigné, pn-sence «les «lit- l«'smoiii- c\-aiMès n<iin- 
in<''s, son te.staiiK'nt et «ird«»nnance «le «h'rniùre volonté. 

.\u n«>m «lu l'en-, «lu Fil- et du saint lî-prit, ain.-v «pi'il en.-uit ; 
rremién-meiit, «-omme un \ ra.v Chréstien et C'ath«)li<:)ue a r»'c«>mman«lé «-t 

' commantlc son âme «juand «die partira de son corps à Dieu le Créateur, 
l'èr«\ Fils et .saint Ksprit. suj>pliant Sa divin»' Ixmté jtar les mérites fie h\ 
j»a.>i>iion «le M)stre Seigneur Jésus Christ et par l'inlene.xsion de la (ilo- 
rieus»- N'ierge .Marie, «le Suint Miclud, s<»n putr«)n et de t«»us les Saints et 
Saintes «U- l'ara«li.- le mettre et placer au Ki'vaume des Cieux au n«)mhre 
'!''s hien heur«*u.\. . 

Veut et «'nt»'n«l le «lit sieur 'IVstateur «|ue ses «lottes s«»ient jtavées e! 



^. 318 — 

torts par iuy faits s_v aucuns se trouvent réparés par le sieur Exécuteur 
du présent testament ey-après nommé. 

Item fait son testament de Cinq sols pour estrc aumosués en la ma- 
nière accoutumée. 

Item désire et urdonne que son corp.s .<ioit inhumé et enterré au ci- 
metière de la paroisse de cette ville et que ses honneurs funèhres, prières 
et services soient faits en l'église paroissiale de cette dite ville ainsy que 
ledit Sieur Exécuteur de son présent testament le jugera à propos. 

Item donne et lègue aux pauvres dudit hospital St-Joseph de cette 
dite ville afin qu'ils se souvienjient de Iuy en leurs prières la somme de 
six cents livres, argent de ce pays pour une fois payer. 

Item donne et lègue aux Sieurs La Source, St Amands et La Sonde 
( hirurgiens demeurant en cette dite ville, tous les livres de chirurgie 
qu'il a et Iuy appartiendront A l'heure de son décès, lesquels ils partage- 
ront esgallement entre eux. 

Item donne et lègue à Magdeleyjie Bonnefoy sa mère veuve de sieur 
Claude Sarrazin demeurant à Gilly, en Bourgogne, en l'ancienne France, 
l'usufruit et jouissance, pendant sa vie seulement, de tous les hiens pro- 
pres que le dit sieur Testateur a et Iuy appartiendront en ladite ancienne 
France au jour de son décès. 

Déclarant ledit sieur testateur qu'il Iuy est deub par monsieur le 
Trésorier de la marine pour restes tant de sa gratification et de ses ap- 
pointements, environ la somme de mil livres, argent de France ; 

Comme déclare ledit sieur Testateur qu'il a envoyé en France l'an- 
t)ée dernièi-e, des effets pour lesquels il a mandé de Iuy envoyer des har- 
des et autres cho.^es suivant ses mémoires qu'ils Iuy devront la présente 
année ou suivantes et dont ledit Exécuteur testamentaire a une parfaite 
connaissance. 

Et à l'esganl de i()U> les iuitre.- Iiiciis meiihles, acquêts et coiupiets 
immeubles (pie le dit >ieiir te-^tateur a et Iuy appartiendront au jour de son 
décès en ce dit l»ays de la .Nouvelle France a\<'c sesdjts appointements et 
gratitications et ce qny Iuy doit venir de France la présente année (»ii 
suivante, en c()n.sé<|uence des elTets cpiil y avoit envoyé l'année dernière 
ainsy qu'il Vu. dit et dt'-claré cy-dessus, ledit testateur veut que ledit Exé- 
"cuteur de son présent t<'stainent les distribue et emploie selon l'ordre et la 
prière qu'il Iuy en a fait. 

Ft fxnir exécuter et accomplir ledit pré.senl testament Iceluy aug- 
menter jdutot que diminuer ledit sieur testateur a nommé Messire Es- 



... r5i9-- 

tk'iii»' (iuvotti' prêtre et i;uré dt- l'E^^list' [mroissial»' dt- cctto dito vilk- di- 
\'ilk'niari«' son bon ami, k* prie dVi) prendre la pein»* Kelluiy augmeutrr 
jdutot que diminuer ezmains duquel il s'est dessaisi de tous sesdits biens 
>eis et scittiés en re pays de la Nouv»;]lc France et ceux quy hiy doivent 
\enir de France la présente année ou suivantes jus(jues à la valeur et ac- 
complissement du présent testament, voulant (ju'il en soit saisi suivant 
la coutume, révoquant tous autres testaments et codicilles qu'il pournjit 
avoir fait avant it.'liii-cj MUipi^l simiI il s'arrt'stt' coniin»' cstniit <;i di-rniéii' 
>olonté. 

(c fut ainsi fait dicté et nunuuc p;ir ledit sieur .Sarrazin testateur 
audit notaire présence desdits tesnioins m lin nommés et par ledit notaire 
en ])résence des dits témoins audit sieur testateur leu et releu iceluy pré- 
sent testament qu'il a dit bien entendre et veut qu'il soit exécuté selon sa 
iorme et teneur en la dite salle dndit hospital quy servoit cy-devant d'es- 
;,'lise seize sur la rue Saint l'aul <»ii il est au lit malade, l'an mil six cent 
ijuutre vingt douze, le treiziesme jour d'Aoust après midy, en présence 
lies sieurs Pierre ("avellier mardiand et (îeorge Pruneau praticien, tes- 
nioins demeurant audit Villemarie soussignés avec led sieur testateur et 
notaire suivant l'ordonnance. 

SAKHAZIX.(i. PIMXKAC. T. (A VKMJ Kl,*. ADIIK.MAI;. 

IjU générosité du te.^tatcu^ en\er.- ses confrères noUt^ .>enilile particu- 
lièrement intéressante : ce doit même être le seul professionnel ayant eu 
l'excellente idée d'aider ses confrères en cette façon et ce legs constitue 
un de ces traits à noter dans la vie fl'un homme. 

liCs trois confrères que le testateur gratilie l'assistaient >an> doule. 
«lans .»a maladie «'t devaient être attachés à l'IIôtel-Dieu. Ils étaient 
bien connus et c'est pourcpioi le notaire ne les désigne que par lejirs so- 
briquets, alors qu'il aurait dû écrire, iiu l<»ng : Dominique 'i'Iiaunuir dit 
la Source, Jean-Iîaptiste Mauldant dit Saiiit-Aniiint et ,Ifiiii-r>apti>te Le 
Kiclie dit la Soiule. 

lie chirurgien Sarrazin, grâce à sa constitution, sinon à ses confrères 
«le Montréal, triompha de la maladie. Quelques mois plu- tard, il tra- 
\ersiiit l'Atlantic^ue pour aller parfaire ses t'tudes à Paris. 

Il devait revenir à Montréal. I ne première fois, il avait cru nous 
abandonner sa flépouille mortelK-, la .sec«>nde fois, il n'y laissa que son 
"célibat", assez mûr du reste, car le savant médecin, ((nnptait cinrjuante- 



— ;^2o — 

trois |)ri]itf'i)i])s lorsque lo :30 juin 111:3, il éj)()iis;i ;\ X'iik'-Miiric, Maric- 
Aiiiie-rrsiilc lluzour, à ppine âgée de vingt ans. 

Dernier détail ciii-ieux et (lue l'un trouve dans A Inircrs les rc(ii'<lrcs 
(le Mgr Tanguay : "Hn juin 170'3, Micliôl Sarrazin était le seul médecin 
du roi, dans la Xou\elle-Franee et ses appointements étaient de (îOO livres 
j-ar an, sans aucune r.'lril)Ution de la part de ses patient^". 

K.-Z. MASSKOT'PE 



UN ANCIEN SECRETAIRE DU CHEVALIER 
DE LEVIS 



M.^r TiingiKO'. à )a page -190 du volume ^'J île son Dietioir.iaire jAViiéalo- 
y^'cnie, nieniionne Pierre Raby, sergent au régiment de f iuienne. lils de Claude 
K.iliy et de Jeanne P.onipait, de la Salle, diocèse •d'Aml>run, en P.iuidiinv. 

Pierre Ral>y épousa, à^i Pointe-aux-Trenibîes d^e .Montréal, le '22 novem- 
l-re ITTig, (Îabi'ielle-Frîinooi.'^e [îrouillet, puis, en secondes noces, à Terrel.on- 
ne, le 4 février 1760. Marguei ito Lepage. 

Ce Pierre Raby doit être l'ancêtre des liaby de la région de Montréal. 

l);ms un document datant de 17()3 Pierre lîaby est mentionné coinnir 
".incien secrétaire de M. de clievalier de I..évis". 

N'oilà un lili c dont ses descendants ix'uvtnt être fier;-!. 

P. C. K. 



BERNIERES DE LOUVIGNY 



Le ;;rand vicaire de l'évêque de Québec était <lo Nonn;inilif. Sa l';imillc 
avait été anoblie en 1087. Eji KîOt». (îu.v Chamillart ilonne ce tableau gé 
néalogii|ue en faisant sa recherche de la noblesse dans la généralité de Caen 

î'n.nni: 



lier au l'.nleiiieni de 
;i Caoïi, ilenuMiraiit î\ St 



Nor- 
-.leMM 



l'ii'rre .Ican 

.M irjé ;i M;ideleine ht l'.ii inii i-n ir>:'i; 

fiolland de P.erniêres sr de Louvi^ m 
m.indic. né l'îL'll do la ville de Caen. 

.l'-.in, Kcr, sr de Cîavru.'^ Trésorier de .vi m 
de Caen né 10:1:5. 

MenrI, f^lre grand vicaire de Mgr de l»elrée ;*i Québec, né ll>;jri. 

.lean-Papt iste l-^rr sr de N'aubesnard, paroisse Sl-.lean <le Caen. né Ui;il) 

.Michel. lOcr. sr de X'cnojx, parol.sse «le St-.lcan de Caen né 1 Ci 1 1 . 

S'il y eut dt;s (illes, elieH n<* sont pas nonunées. 

i;i:'; is i;n v 



liiji.i.irriN 



I ) KS 



RECHERCHES HISTORIQUES 

VOL. XXVI BEAUCEVILLE-= NOVEMBRE 1920 No I 

Ce que le gouverneur de Callières pensait de nos 
officiers militaires en 1701 



Kn 1701, l;i (-((loiiic de la X(Mivi'lle-Fraiua' avait pour 
la (l('l'('ii<li-(' contre les atta(|ik's des sauvages et des Anp^lais 
viii<;t-liuit coiiiiiagnies de troupes coinposées de soldats 
surtout icci-utés on i^'ran<'e. lîieii peu de ces soldats étaient 
oi'iuinaires du pays, ('es vint^t-huit conipauiiies avaient 
pour ol'Heiers vin<;t-huit capitaines, vinu1-liuit lieutenants 
et vingt-ti-ois enseignes en ])ied. On comptait en outre 
jtarnii ces ofticiers un capitaine rel'oi'uié <'t (juatorze lieu- 
tenants retoi'niés. La plu)»ait dvs ofticiers étaient des 
l''ian«;ais de la \ieillc l^'i-ance. l'ne (juin/aiiie i>ent-être 
>ui' les (pialre-vingl-ipialorze ol'ficiei's i\('^ li-oujx's étaient 
des entants du pays et encoj-c étaient-ils tous tils d'officiers 
venus de là-has. ( )n \oii que noti'e |wn't dans les faveurs 
militaires était plutôt maigre. 11 nous manijuait un ait- 
point qui alors eonnne aujourd'luii était rai-gumeiit le jilu^ 
puissant auiirès des gouvernants, rinfluence. 

La littérature militaire |)our être concise n'en est pas 
moins exti-émeuient intéressante et fort impoî-tante ])our 
rinstoire; nous allons essayer de le |>i-ouve!- pai" une sim- 
ple piè«'e (pli, dans le fond, n'était ipTun ia|ii>o!-t oivlinaire 
d'ini clid' militaire à <oii ^upéi-icui*. 



— 822-- 

J^e 15 octobre 1701, le gouverneur de CallièreS' en- 
voyait au ministre un état des officiers des troupes servant 
au Canada aj^ostillé de leurs quaMtés et services. M. de 
Callières ne consacre pas plus de quatre ou cinq lignes à 
chaque officier, cependant son état nous donne leur pedi- 
gree mieux cpie ne i)ourrait le faire le meilleur de nos his- 
t()riograi)lies même ai)rès des années de recherches. C'est 
que M. de Callières i^arlait d'après les renseignements que 
lui avaient fournis les officiers eux-mêmes. Nous donnons 
ici les ai)()stilles de M. de Callières. Il va sans dire que les 
prénoms des diiférents officiers ont été ajoutés par nous.. 
Sous le régime français, on avait la très mauvaise habitude 
de ne désigner les individus que sous leurs noms de famille 
ou de terre. De là, les difficultés de nos historiens pour 
identifier avec sûreté des personnages qui ont joué des 
l'ôles assez im])ortants. 

CAPITAINES ^ 

Claude de Ramezay: "Le sieur de Ramezay, capi- 
taine et commandant les trou])es." 

Pierre de Saint-Ours: "Le sieur de St-Ours, natif 
de Grenoble en Daui)hinay, âgé de 58 ans, a esté fait en- 
seigne à 14 ans et ca])itaine à 20 ans dans le régiment de 
Carignan qui vint en ( anada en 1()()4 et eut une commission 
de capitaine au dit pays en 1687 où il est marié." 

François Jjcfebvre Du])lessis Fabert : "Le sieur Du- 
])lessis Fal)ert, natif (\v Faris, âgé de 54 ans, a esté enseigne 
dans le régiment de Navarre en 1664, lieutenant dans Dar- 
bouville le 'M) o<'to])re 1()()5, cai)itaine reformé en Candie 
dans le régiment de Saint-\'allier en 1()()9, (*a))itaine en 
j)ied flans le mesme l'égiment en 1()71 et cai»itaine en ]>ied 
e?i C;niada en 1()S7 où il est mai'ié." 

dcaii Hoiiillcî (le In ( 'liassaignc : "liC si<Mir de la 
Cliasseigne, nalif de F.iiay, (\:{]\>^ le conité de Charolais, 
âgé de |() ans, a esté l'ail enseigne dans le iégim(>nt de Na- 
van-c cil ](u'.\, lieutenant dans le même régiment en 1()75, 
eajtitaine «laiis le ('éiiiinciit de ('oiidé le 17 août H)77 et 



— :^28 — 

capitaiiH' en ('aiiada cii 1<)<S7 où il est iiKii'ir. 11 est hon 
officier." 

Nicolas Daiicau de Mu\ : "Le sieur Diiinuis, natif 
(le i>eau\ais en l'isle de France, â^é de 48 ans, a esté fait 
lieutenant en 1()74, capitaine en KiTS et cajjitaine en C'a- 
nada en lUSÔ où il est marié." 

da<-ques LePicard Dumesny de Xoré: "Le sieur Du- 
niesny de Xoré, natif de ( 'ai'ii, Tig-é de 40 ans, a esté fait 
«rarde de la marine en 1()77, enseigne de vaisseau en 1684. 
ca])itaine en Canada la même année, lieutenant de vais- 
seau en 1()92, est marié en (.'anada." 

Daniel Auger de Sul)ei'case: "Le sieur Subercase. 
natif de ]3ear, âgé de 38 ans, est venu capitaine en Canada 
en 1()87. fait major des trou])es en lf)9:>. et enseigne de 
vaisseau en 1695. lîon officier." 

Raymond-iîlaise dv^ lîergères: "Le sieur des Ber- 
gères, natif d'Orléans, âgé de 46 ans, a servy pendant sept 
ans dans la seconcfe compagnie des Mousquetaires du Roy, 
envoyé eajjitaine en Canada en 1685, où il estait marié et 
est veuf de])uis près de deux ans." 

(tuillaume de Lorimiei": ''Le sietn- Lorrimier, natif 
de Paris, âgé de 4() ans, fait sous-lieutenant dans le régi- 
ment de la Heine, le 20 mars 1673, lieutenant dans le même 
régiment le 15 se))temhre 1676. lieutenant de la 1ère eom- 
]»agnie des grenadiers dans le même l'égiment le 2 se])- 
temhre 1()79, cai)itaine en Canada le 10 se)»temlti'e 1()85, 
où il est marié." 

François Le\'errier de H<.usson: "Le sieur Le Ver- 
lier, natif de Paris, âgé de 42 ans, a servi dans la jtremière 
coin))agnie dvs Mous(juetaii*es du Roy deux ans, cornette 
(](' ravalei-ie dans le régiment de \'ai'eimes en 1675, lieute- 
nant i-eformé et en jMcd dans le l'égiment de la Valette 
l'espace de deux ans. Kefoiiiîé en 16H(), capitaine en T'a- 
nada en 1(>H7 où il sert actuellement et enseiLrne de vaisseau 
en l(i95." 

( harles-ilenry. marcpiis d'Aloigny de la Croix: "Le 
sieur <lc la Ci-o\<' i--;! au fort Fi'ontenac. P>oii officiel'." 



— 324 — 

Charles LeMoyne, haruii de liuiigueiiil : "Le sieur de 
Longueuil, natif de Canada, âgé de 45 ans, a esté fait lieu- 
tenant dans le régiment de Saint-Laurent en 1680, lieute- 
nant en Canada en 1G87, capitaine retornié le 12 janvier 
1691 et capitaine en pied le 29 février de la mesme année, 
marié et établi au dit ])ays. Bon officier." 

Daniel de (Ireysolon Dulutli : "Le sieur Dulutli, na- 
tif de Saint-Germain la Vallée en Forêt, âgé de 62 ansj 
en Tannée 1665 est entré dans les (Teiis d'armes du Roy oii 
il est resté jusqu'en 1675, a esté fait capitaine reformé en 
Canada le 2 janvier 1691 et cai)itaine en pied au dit païs 
le 25 mars 1696. Bon officier." 

Joseph- Alexandre de l'Estringuan de Saint-Martin: 
"Le sieur de St-Martin Viabon, natif de Saint-Benoist- 
le Fleury sur la Loire, âgé de 45 ans, a esté fait lieutenant 
refoiiné dans le régiment de la marine en 1673 et lieutenant 
en pied dans la même année, il a esté fait garde de la mari- 
ne en 1684, et est venu la mesme année lieutenant en Cana- 
da, cai)itaine refonné en 1690, enseigne de vaisseau en 
1695, et cai)itaine en pied en 1697, où il est marié." 

Paul LeMoyne de Maricourt: "Le sieur de Mari- 
court, âgé de 36 ans, natif de Canada, où il a servy en 
(jualité (rofllcier sul)alterne (lei)uis l'année 1686 jusqu'en 
1691 ([u'il a esté fait ca]ntaine et enseigne de vaisseau en 
1694, marié et étahly." 

Ja(!ques LeX'asseur de Nérc: "Le sieur LeV'asscur 
de Xerré, natif de Paris, âgé de 37 ans, a esté fait capi- 
taine en |)ie(l dans le régiment (TAnjou, en 1691, fait 
<'a])itain(' rer<»rmc cl garde de la marine avec ordre de ve- 
nir en Canada en (jualité d'ingénieur en 1693, et fait capi- 
taine en pied au dit |>a_\s de ('anada en 1694 où il sert ac- 
tuellement et où il a sa raiiiillc II est bon officiel* et bon 
ingénieui'." 

^'hai'les I*e1ii <lc ri'A illiei's: ''Le sieur Petit de 
ri^viliieis, natil' du diocrse de Soissons, âgé de 40 ajis, a 
esté l'ait gai'de de la marine en 1()S3. est venu enseigne des 
li-ouncs en ('anada en 16S7, l'ail lieutenant rel'oruié en 



— :^'2n — 

KIÎM), caiiitaiiif rcl'ornii' cm KiîKÎ cl (•.•i]>il;iiii(' en pied l;i 
iiiesiiie année, eiisciuiic <le \nisseaM en K)!*"). marié en ( 'a- 
nada." 

Anioine de I.aMotte < 'a<lillae : " Le sien i' de la Molle 
("adillae au Détroit. l>on ol'tieicr ayani de la eai)a(Mté." 

dosepli Desjoidy Moreaii de Cabanae: "Le sieiii- de 
( 'al)ana<', natil' de ( "ai'eassoiine, âgé de 45 ans, a servy 
lieutenant reformé dans le rég:inieiit du Roy, et lieutenant 
dans le ré<rinient de Pieardie, est veiui lieutenant et pirde 
de la marine en Canada, en 168'"3, l'ait ea})itaine reformé 
en 1()94, enseiiiiie de vaisseau en 1695 et (*a])itaine en ])ied 
en H)9<). Marié. Bon officier." 

f'i'aneois Desjordv Moreau de ('ahanae: "Le sieiir 
Desjourdis, natif de Carcassonne, âgé de 35 ans, est venu 
lieutenant en Canada en 1685, fait ea])itaine i-efornié en 
1G93, enseign<' de \aisseau en 1()95, et ea])itaine en i)ied 
au dit païs de Canada en 1()97 où il est marié, l^on offi- 
cier." 

Michel (iochd'roy de Linctot : "Le sieur de Linctot 
n'a pas eiK-ore {'iivoyé l'état de ses services." 

Alphonse de Tonty, baron de Paludy: "Tjc sieur de 
Tonty, au Déti-oii. Uon oflicier et capaljle." 

Pierre-.jae(pies de doybert de Soulanges: "Le sieur 
de Soulanges, natif de Canada, âgé de 25 ans, a esté fait 
enseigne" en l()S;î, lieutenant en 1()9:>, enseigne de vaisseau 
en 1095, et capitaine en 1700. " 

('hevalier de Champigny: "Le sicui' chcvaliei- de 
Champigny jtassé en France." 

Louis de la i-*orte de Louvigny: "Le sicui" De Lapoi'- 
te Louvigny, natif de Paris, âgé de Iî9 ans, a esté lieutenant 
dans le régiment de Navarre, .en KiTT, lieutenant en Ca- 
nada en 1H84, capitaine reformé en KWG, ca])itaine en jiied 
en Hifn, et enseigne de vaisseau en lf)95, fait major t\v<, 
Ti-ois-Hivières le 20 avril 1700, n-arié en Canada." 

Jean-Maui*ic<-.I(tsué Dnisbei'tbelot de P>eau<'oui*s: "Le 
sieur <le Deaucourt bois llerthelot, natif de revescbé de 
Cornouailles, âgé de '.'Ai ans, a esté fait garde de la marine 
(•n 1()S4. lieutenant en ( 'aiiada en IbHS. ca)»itaine l'cfoi-mé 



— ;^2o — 

en 3691, enseigne de vaisseau en 1692, a fait les fonctions 
d'ingénieur en 1698 et fat ea})itaine en ]ned en 1701. Bon 
cftiHer." 

François de La Forest : "Le sienr de la Forest, natif 
de Paris, âgé de 46 ans, a esté fait capitaine en pied pour 
servir dans l'Amérique en 1684, cai)itaine reformé dans 
les trou])es en Canada en 1691, garde de la marine en 1694 
et ca])itaine en ])ied dans les troui)es de ( "anada en 1701, 
l>on officier et capable." 

Jean-Ba])tiste C'éloron de Blainville: "Le sieur de 
Bleiiville: on ne les a pas encore envoyés." 

CAPITAINE REFORME 

Jean-Ba])tiste T^e Clardeur de Re]^entigny: "Le sieur 
de Repentigny, natif de Canada, âgé de 70 ans, fait capi- 
taine reformé en 1689 dans les troupes que Sa Majesté y 
entretient et on il sert actuellement, marié et estably. Tl 
est homme de homie conduitte et capable.'' 

LIEUTENANTS 

i)e Martelly : " Le sicui- de Martelly, natif de Toulon, 
a esté fait lieutenant reformé en Canada en 1695 et lieu- 
tenant en ])ied au dit ]»ays en 1700." 

René Le Gardem- de Heauvais: "Le sieur Le (lar- 
(Icui- de Beauva-is, natif de Québec, en Canada, âgé de 41 
ans ,a été fait lieutenant i-eformé en 1()88, lieutenant en 
]Med en 1690 et garde de la marine en 1694, maî'ié. Bon 
ot'tieiei'. " 

François Mariaueli.iii d'Esgly: "Le sieur Desglis, 
natif <le ]*ai'is, âgé de il.") ans, a (\-^té fait eîiseigne de la 
colonelle du l'cniiiiciii de I ),'iupliinay en KiSS, lieut(Miant 
dans les n-onpc< de r;iti;i(|;i en l()î)1 et li('iit('n;mf en pied 
en 1696." 

f-*i<'i-i'c-Xo('l !>(■ (iardenr dt- Tilly: "Le sieur Le 
(Jnidcni-, n;itir de Canada, âg*' de 19 ans, a esté fait ensei- 
gne cji 16.SS, lieutenant i-(d'oiiné en 1()9() et lientenaîit en 
j»ied (Il l()f)'_!. Mi.'ii'ié et ét;d)ly. lîon orfieier." 



Nicolas (rAillclxmst de Mcntclit : "Le .sieur de Mcîi- 
ict, natif (le ( ajiada. âjiv <!(' '.\H ans, a esté fait (^nsoi^"iie en 
1()87, licutniant icfnniK' en ll)KS, et liciitciiaiil en pied en 
H)89, marié et (*tal)ly." 

i^icrrc Le (Jardcur de Hcpcnti^nN' : "Le sieur de 
lvt'j)t*iiti<»iiy fils, natif de Canada, âgé de 44 ans, a servy 
deux ans en (lualité d'enseigne, deux ans en ({ualité de 
lieutenant reformé et sert depuis dix ans en (pialité de 
lieutenant en pied, marié et étahly. I>on oftieier." 

da<'(jues-( 'liarles de Sabrevois: "Le sieur de Sahre- 
voye, natif de Heauee, âgé de 'M) ans, a servy lieutenant 
i-eformé dans le régiment de l'affaire ( ?) en 1()82, est venu 
lieutenant reformé en Canada en 1685 et lieutenant en 
j)ied en 1088, servant a<*tuellement en la dite (pialité. ma- 
rié, lion o/tirier." 

Jean-Paul Le Cardeui- de Re])entigny de Saint- 
Pierre: "Le sieur de Saint- JMerre Rei)entigny, natif de 
( 'anada, âgé de 40 ans, a esté fait lieutenant en 1()89 servant 
;!<'tuellement en la ditte qualité, marié et étably." 

('liristo]»lie J)uf)'os de la Jemerais: "Le sieur de la 
Jemeraye. natif de lîretagne, âgé de )W ans, fait garde de 
la maiine en l<>S:î. ]iassé en (anada en (jualité d'enseigne 
en 1()87, lieutenant reformé en 1()90, lieutenant en jtied 
en 1()91, et enseigne de vaiss<'au en 1095. l>on (tfticiei*. " 

Pierre d'Aillehoust d'Argenteuil : "Le sieur d'Ar- 
genteuil, natif de (anada, âgé de 42 ans, a esté fait lieu- 
tenant i-efoiMi.é en 1<)9() et lieutenant en |)ied en 1<J94. ma- 
1 ié." 

Dervilliei's de la n(»issièi'e: "Le sieui' I)ei-villiers. 
natif de I^aris. âgé de 2() ans, a esté fait enseigne en ( ana- 
na en K)9(). et lieutenant en i)ied en 17(H)," 

Moiigenault: "Le sieur de Mongenault est en Fi'an- 

l'^i'aiirois Le (iuant ici- de Kan*-: "Le sieur de Hanay. 
natif de P(Mtou, âgé (!<• 41 ans, a esté fait garde de la ma- 
rine en 1()85, est venu lieutenant reformé en U)87 et fait 
lieutenant en jded en l()f)2. mai-ié. P>(»n officier." 



- 3l\S — 

Jac(iiies-(']iai'les Renaud Du Buisson: "Le sieur 
JJul)uisson, natii' de Paris, âgé de o5 ans, a servy en Ca- 
nada en qualité de cadet pendiint 10 ans, fait enseigne 
]'efornié en 1f)96 et lieutenant en pied en 1()98. Bon ot'ti- 
eier. 

Constant LeMandiand de Lignery: "Le sieur de 
Ligneris, natif de Tourennes, âgé de 38 ans, a esté fait 
lieutenant dans le régiment d'Auvergne en 1675, fait garde 
de la marine en 1683, venu lieutenant reformé en "Canada 
en 1687 et fait lieutenant au dit païs en 1690, marié et 
étably. Bon oiïicier." 

Etienne de Vildonné: "Le sieur de Vildené, natif 
de Paris, âgé de 35 ans, a servy en Canada en qualité de 
cadet ])endant 3 ans, fait enseigne reformé en 1687, fait 
l)risoiuiier ])ar les Iroquois en 1689, lieutenant reformé 
à son retour en 1692, et lieutenant en pied en 1696, marié." 

Josei)li-Antoine de Frenel de la Pipardière: "Le 
.sieur de la Pijtardière; on n'a ])as envoyé Tétat de ses 
services." 

Ja<*(iues Testai-d de Montigny: "Le sieur Montigny, 
jiatif de ('anada, âgé de 37 ans, fait enseigne reformé en 
1690. enseigne en pied en 1()92, lieutenant à l'Acadie en 
1()93, garde de la marine la iiiesme année et en 1687 est 
i-evenu en ( 'ana<la ])oiii' y sei-\ij' en (pialité de lieutenant 
nù il sei-t aetuellemeni, iiini'ié. Uoii (d'Hcier." 

iîei-lrand de IN'isilloii : "Le sieui" de Persillon, natif 
de Béai-, âgé de 1)8 ans, a esié tait garde de la marine en 
1()84 et venu lieutenant en ( 'anada en 1687 où il sei't aetuel- 
lemeni en la dilte (jualité." 

Augusiin liC (îai'deui- de ( 'ouileinaneiie : "TjC sieur 
de ( 'oui'temanelie, natif de ('ana<la, âgé de 'M aîis, a esté 
l'ait enseigne en 1690. liculenanl refonné eji 1()91 et lieu- 
tenant en pied en 1692, marie, iîon ol'lieier, hrave lionune 
et de bonne eondnite." 

Anlninc de j'ianinjlc: "Le sicnr de INaniolle, nalil' 
de Monipellier, âgé de 45 ans, a esté lieulenant dans le 
régiincnt d'Anjou en 167S cl xcnti lieutenant en (anada 



en 1687, où il sert actut'lk'UK'iit en la (liîîc (lualito, marié, 
a lin l)r('V('t de la marine en 1694. " 

Denis D'Kstienne de Clerin: " Ia' sieur Clerin, natif 
(l'Aix, en Provence, âgé de 41 ans. a esté sous-lieutenant 
dans le ré<!:inient de \'endosme en 1()72, a servv mai-es<dial 
des logis dans les dragons de la Heine en 1()8(), cornette 
dans le même régiment en 1682, a eu une conmiission d'en- 
seigne reformé en Canada en l(J8ô, enseigne en i)ied au dit 
l)aïs en 1()87. lieutenant irt'ormé en l()9i, et lieutenant en 
pied en 1()9'), faisant les fonctions d'ayde-major de la 
ville <le Montréal dejjuis 12 ans, où il est marié. I><»n offi- 
ciel' et s'ac(iuittant bien de son devoir." 

Pi( rre Kol)ineau de Bécancour: "Le sieur de iîécan- 
court. natif de Canada, est en France."' 

M. de la Monnei'ie: "Le sieur de la Monnerie, natif 
de I^oitou, âgé de 44 ans. a esté sous-lieutenant dans le 
régiment de N(Hiailles en 1()7Ô. lieutenant dans le même 
régiment en 1()77, venu en ( 'anada en KiSf) où il a vMO fait 
sous-lieutenant et lieutenant en pied en 1691. A un l)revet 
de garde de la marine en 1694, marié. Bon officier." 

Pierre Bécard de ( îiandvillc : Le sieur de Orandville, 
natif de Paris, âgé de ^hy ans, a esté enseigne et lieutenant 
dans le régiment de Poitou pendant 6 ans, est venu en 
Canada lieutenant dans le régiment de Carignan en 1665 
et fait lieut<*nant dans les troupes (pie Sa ^lajesté y entre- 
tient i)résentement, en 1()8(), marié. l>on officier." 

Paul d'Ailleboust de Périgny : "Le sieui* de Périgny, 
natif de Canada, âgé de 40 ans, a esté fait lieutenant re- 
formé en 1690 et lieutenant en jiied <mi 169f). marié et éta- 
hly." 

Alexandre LeNeiif de Beaiihassin: "Le sieur <le 
Beaubassin. natif de ('anada, âgé de ii') ans. a esté fait 
garde de la marine h- 2 avril 1687, enseigne en 1691, lieu- 
tenant reformé en 169;i e1 lieutenant en 1696." 

d eau- Louis de La Cui-iie : '* Le sieui' d<' La ( di ne est 
en i''raiii-e.'" 



— 330 — 

LIEUTENANTS REFORMES 

Jean-Baptiste Hertel de Ronville: "Le sieur de 
Rouville. natif de Canada: on n'a pas reçu l'état de ses 
services, mais il est bon officier." 

Jean-Baptiste de Saint-Ours: "Le sieur de Saint- 
Tours fils, natif de Canada, âgé de 32 ans, sert depuis 10 
ans en qualité d'enseigne et de lieutenant reformé." 

René Frérot: "Le sieur Frérot, natif de Canada, 
Agé de 26 ans, a servy longtemps cadet dans les troupes de 
ce ]jaïs et fait lieutenant reformé en 1696. Bon officier.!' 

Zacharie-François Hertel de La Frenière : "Le sieur 
de La Frenière, natif de Canada : on n'a pas envoyé l'état 
de ses services." 

François Le Mondion de Mongaron de la Canterie: 
"Le sieur de Mondion, natif de l'arclK^vêché de Tours, âgé 
de 36 ans, a servy dans les Cadets de Brisac en 1682, a 
esté fait garde de la marine en 1684, et passé en Canada 
en qualité d'enseigne en 1688 et lieutenant reformé en 
1694, servant actuellement en la dite qualité et ayant fait 
les fonctions d 'ayde-ma jor pendant six ans. Bon officier. ' ' 

Jacques du (lue : "Le sieur Duguay, natif de Canada, 
il est détaché au Détroit. Bon officier." 

Gédéon de Catalogne: "Le sieur de Catalogne, natif 
(le I^>éar, âgé de 38 ans, est'])assé en Canada en qualité 
de cadet en 1683, fait enseigne en Ï687 et lieutenant re- 
formé en 1691, marié. Bon officier." 

Pierre-Thomas Tarieu de la Pérade: "Le sieur de 
la Pérade, natif de Canada, âgé de 25 ans, a servy de])uis 
raniiéc 1687 en (|ualité de cadet ,jus(|u'en 1()89 qu'il fut 
fait enseigne et lieutenant reformé en 1694. B(m officier." 

Pliili|)j>e Le Saunier de Saint-Michel: "Le sieur de 
Saint-Michel, natif de Caen, âgé de 39 nns, a servy ])en(lant 
5 aîis, dans les dragons en (pialité de maréchal des logis 
et 5 autres aimées sous-lieut ennui dans le i-égiment de 
Piechnont et passé en ('nnnda en <|nali1é de cadet en 1687, 
l'ait enseigne rcFoi-iné en KJHS, enseigne en pied en 1693) 
et lientenant reinrnié en 1694." 



— 3;^>i — 

Jules Le Fuiirniei- Du Vivier: "Le sieur de Vivier, 
natif de Normandie, âgé de 36 ans, a servy dans les Cadets 
de Brisae en ]()82, l'ait sous-lieutenant dans le régiment 
de Languedoc en 1684, passé en Canada en 1687 où il fut 
fait enseigne reformé et lieutenaîit en 1694, marié. Hon 
officier.'' 

M. de Chaeornade: "Le sieur de Cliacornade, natif 
de Picardie, âgé de 29 ans, est entré dans les cadets de 
Louvigny en 1690, en est sorty en 1692 pour sous-lieutenant 
dans le régiment d'Agenois, lieutenant dans le régiment 
Royal-vaisseaux en 1693 et est venu lieutenant reformé 
en Canada en 1694. Bon officier." 

Zacliarie Kobutel de La Noue : "Le sieur de La Noust, 
natif de Canada: on n'a pas encore l'état de ses services, 
mais bon of licier." 

Léon de Langy: "Ja' sieur de Langy, natif de Poi- 
tou, âgé de 31 ans, est enti'é dans les cadets à Besançon en 
1682, i)assé en Canada en 1687 où il a porté le mousquet 
jusipi'en 1691 qu'il a esté fait enseigne en ])ied et lieute- 
nant leformé en 1696." 

François liertel: "Le sieur llertel, jjaire, natif de 
Canada." 

ENSEIGNES EN PIED 

Louis-Pliilip}>e de Rigaud de Vaudreuil : "Le sieur 
chevalier de Vaudreuil, natif de Canada, âgé de 11 ans, a 
esté fait enseigne en ])ied en 1694." 

Pierre de Saint-Ours: "Le sieur chevalier de Saint- 
Tours, natif de Canada, âgé de 2ô ans, a esté fait enseigne 
en ])ied en 1()9:)." 

Louis-Josej)!! More! de la Durantaye: "Le sieur de 
la Durantais Jils. âgé de 27 ans, a scivy en (pialité de cadet 
dejmis 1687 .ius(pren KiîlO (pCil fut fait ens(Mgne reformé 
et enseigne en i)ied en 11)92." 

Jaccjues llei't<'l de ( '«niriioyer : "Le sicnr de Cour- 
noyers, natif de ('anada." 

François Amariton : "l.c sieur Aiiiarit(»ii, natif d'Or- 
léans, est en France." 



— 332 — 

René B(au'lK'i' de la Périère: "Le sieur de la Per- 
rière, natif de Canada: un n'a ])as envoyé l'état de ses 
services, mais bon officier." 

Alexandre Perthier de Vihnur: "Le sieur Bertliier, 
natif de Canada, âgé de 26 ans, a esté garde de la marine 
en 1686, enseigne reformé en 1689, et enseigne en pied en 
1691. Bon officier." 

Frédéric-Louis Herbin: "Le sieur Herbin, natif de 
Versailles, âgé de 24 ans, passé en Canada en qualité d'en- 
seigne dans les troupes en 1688." 

Jean Delaur de Balancin: "Le sieur Delaur, natif 
de Bear, âgé de 20 ans, fait enseigne en pied en Canada 
en 1700." 

Nicolas des Bergères de Rigauville: "Le sieur des 
iîergères fils, natif d'Ktamjies, âgé de 22 ans, ])assé en 
Canada <mi KiSÔ. où il a servy en qualité de cadet jusqu'en 
1696 qu'il a esté fait enseigne en pied." 

François de Selles de Marbrelle : "Le sieur de Selles : 
on n'a ])as envoyé l'état de ses services." 

PiciTc l>ouclier de Boucherville : "Le sieur de Bou- 
<'li('i-\'ille, natif de Canada, âgé de 48 ans, a esté fait ensei- 
gne reformé en 1688 et enseigne en i)ied en 1691, marié." 

lîobé de Villiers: "Le sieui' de Villiers, natif de 
Nantes, âgé de 19 ans, est ])assé en Canada en 1696 en 
(|ualité de cadet et fait enseigne en ])ied en 1700." 

Le sieur de la IMaiilc. 

Quentin de La Salle: "Le sieur de La Salle, natif de 
Paris, âgé de 27 ans, est passé en Canada en qualité d'en- 
seigne en 1696, 1er niay 1701, l'ail enseigne de Coste))elle 
à Plaisance." 

Daniel Migeon de la ( Jaudiet ièi-e : "l^e sieur de la 
<;aiiclietière, natil' de Canada, âgé de 28 ans, a esté fait 
gai'(|c de la niai'inc en 16î)2 cl <'nscignc en pied en 1693." 

l'^ticnnc (le Mii'é de r^Argenlcrie : "jje sieui* de l'Ar- 
gcntcric: on n'a pas cn\dyc l'étal de ses sei'vices." 

M. Duplessis: "Le sicin- Dnplcssis lils, natif de Ca- 
n;ida, ag('' de 12 ans, a esté l'ail enseigne en pied en 1700." 



— XVA — 

( 'liiihic (le I\aiii('/ay : "Le siciic de l\a iiic/a y iils. nal if 
(le ('niiada, au»' de 10 aii>, a ('s1<' l'ail ciisciuiic oi picil eu 
1700." 

Ndcl ( 'liarl raiii. 

l*i("iT(' l^'odi'iiicr (le lî('ll('\al: *' Le siciii- de l>elk'val, 
liai il' <li' Palis, âur de 'A^ ans, a scrvv en Canada en (lualitc 
de cadi't pendant 12 ans, et a esté l'ait enseigne en 1700.'' 

Kené-Lonis l^'onrnier du Figuier: "Le sieur Four- 
nier du l'^iguiei', natif de ( anada, âgé de 24 ans, a esté 
sous-lieutenant dans le régiment de (luienne en 1693 et est 
venu en Canada en 1694 en qualité d'enseigue où il sert 
a<'tuel]enient. l>(>n ofiieier.'" 

Franrois-Marie Margaiie de l>atilly: "Le sieur de 
lîatilly. natif de Canada, âgé de 28 aus, a servy en qualité 
de cadet depuis Tannée 1688 jus({u'en 1690 (ju'il a esté fait 
enseigne en pied, servant aetuellemeut en la dite qualité/' 

P.-G. R. 



JEAN-FRANCOIS MATLHIOT 



.\'- a .\iuiil I fa 1 le 4 llii\ cm til'i' l^'.lj. du i: i:; ri.i ;."■ ili' .li'aii Mailhiot. in.'lf- 
ihand. et île Made-leino M.irch;infl. 

U fut (l'abord iiiairhand. 

Le I !• ft-vrler 1740, l'intendant Hocquart donnait à Mailhiot une com- 
nu»!Mion pour agir comme lieutenant-particulier en la juridiction de .Montréal. 
attendu la maladie, le jrrand Ape et les inln mités de M. Kainiliault, liciiic- 
n.mt-pénériil. 

.M. Mailhiot dtcéd.i à .Montréal le 29 janvier 17.')t). 

On voit dans la lettre postulatoire de l'ahbé -Mathieu Falcoz, vice-pro- 
moteur du dioct'^.se de Québec, a\i vicai'rt-jîénéral de l'évêtiue de Québec, co^m- 
mi.s{«iire établi pour informer de.s faits miraculeux attribués à Mj;r de Lau- 
beriviére. que M. .Mailhiot fut Kuéri mir.iculeusement p.ir l'attouchement d'une 
reli<|ue du saint évêriue 

".M. Mailhiot. «lit l'.ibbé Falcoz. ét.iit lombé danKcreusement malade, 
dans le moi.s d'avril 1742, d'un crachement de sanK abondant et continu 
pendant douze jours consécutif.'», avait ressenti des douleurs si vives dans 
toutes les parties de son corps et se .•serait senti tellement épuisé que, sans 
sontmell. .sans force, sans mouvement, presque sans respiration, on n'espérait 
plus rien de sa vie. et on attendait !\ cha<jue moment qu'il rendit les derniers 
soupirs l'ne persimne pieuse et pleine de confiance au.\ mérites de Algr de 
Lauberivière. et de fol en tout ce qui avait servi h son usage, lui attac-ha, vis- 
à-vis l.i poitrine, une petite partie de .ses habits. Dans le moment même, le 
cr.ichement de .sanjr ces.sa. les douleurs .se dl.ssip^rent. l.i respir.it ion se lit 
librement, le sommeil revint et il fut parfaitement guéri." 



... 334 — 

FONDEURS DE CLOCHES AU CANADA 



Dans le Bulletin àa juillet 1920, \n\ correspondant (îemande des 
rcnsei ornements au sujet des fondeurs de cloches au Canada. Nous lui 
livrons l)ien volontiers les quelques notes (jue nous avons recueillies à ce 
sujet. 

L'al)l)é de la Tour écrivait dans ses Mrmoires sur hi Vie de Mgr de 
Litnil. [». 172: "Sur la fin de l'aniiée 1664, M. l'évêque fit la bénédiction 
des trois jiremières cloches du Canada qui jusque là n'avait eu que quel- 
<iues clr)chettes: ces cloches furent fondues dans le pays." (1) 

.Après avoir cité ces derniers mots, l'abbé Auguste Gosselin ajoutait: 
"Ce qui, il faut bien l'avouer, semble bien difficile à croire." (2) 

Fih ! bien, l'historien la Tour n'a pas fait erreur et les trois cloches 
dont on fit la bénédiction solennelle à la fin de l'année 1664, avaient été 
fondues au Canachi, à Quéi)ec même. On en a la preuve très claire dans 
le compte que rend de .son administration, Damours, marguillier en charge 
pour l'e.vercice allant du lîi novembre 1663 à j)areil jour 1664. Ce comp- 
te, arrêté le 1 juin 166.5, |)orte les signatures de : Damours, II. de P>er- 
nières, Charles Aubert, lîuette d'Auteuil, lliibousi tlvf^ Tjongchainps, .lu- 
chereau de la Ferté, Madrv, de Lettre (;>). 

An chaj)itre des dépenses, on trouve^ plusieurs item concernant les 
futures cloches: achats de mitraille (4), de cuivre, d'étain, etc, le tout 
recueilli un peu ()artout : à Québec, dans les environs et jusqu^à l'île 
d'Orléans. André Julien, chaudronnier, en fournit à lui .seul un bon lot. 
On ramassa ainsi, pour la sotnnic de 240 francs environ, entre cinq et six 
«•ents livres de matériaux. 

La fabrifpH' paye ensuite à ( 'harles Philij)[)eau, i^errurier, treize 
livres pour "la ferrure de< moules ([*><■ cloches", r-t 2.-16 Ibs, pour **les 
battants tU-r^ dites cloches". 



(1) Kn lti4fi, M. (le .Munt iii.iKii> «loiinii à l;i i);ir(jisst' une eloctie de 100 
livreH plficfe clnns le elncher, l'^niif-c |)i<''c»^<lciUe. et ;ip)).iitenaiit ;\ la Coni- 
p.iKnie. 

Itolïort Hiiehe lU rlon en lUilO «lune rloche de 1,000 livres; elle arriva 
en lf.."il. .Jolie floehette ! (Cf. Cat;i losue des Bionf.iiteurs do N.-D. de Re- 
iou\ ranee. areh. du Séiii. de Qué-bee). 

(2> ll.-nri de lîernic^res. ICd. ln-12, p. 1)»;. 

( :{ » Ar(;hivo!i du Séminaire de Québec. 

(4) C'e.Ml tout .sirnpletnent de la ferraille. 




— 33n — 

XVst-ce pas que ces li\ros de ((iniptcs sont ini|iiiyiilil<'s y .Mais il y a 
iiiii'ux cîunn' : "Domit' an Sr llaiiioniK't, ÔOllis.lO. sur ce (|Uo la j)arois.st' 
lui floit |i(iur la roiidi- (sic) di-s clochos." Kt l'oit troiivo de ces entrées 
jusqu'en KJO.j, montant à la somme de ^OSIbs.Ss. (.")). 

Il n'y a donc pas de doute posj^ible, on fondait des cloches au Canada 
des ]()()4. Le fondeur se nommait Jean Hamonnet ou Amounet (G). 

Dans un contrat du 2*.) octol)re 16G4, (Duquet), il est qualifié de 
maître-fondeur et Beccpiet écrit le 4 mars 16G6: "maître-fondeur au dit 
pays". I^e recensement de !()(!() l'inscrit sous le nom de Jean .\moimet, 
maître-fondeur, .'38 ans; celui de HU'Ù j)orte : Jean Hammonnet, 40 ans. 
Jl avait Itien vieilli dans les derniers douze mf)is! 

X(»us ne pouNons dire si Hamonnet eut l'occasion de fondre ici d'au- 
tres cloches que celles de la cure de Québec. Combien de tempe demeure- 
t-il au {)ays? Nous l'ignorons. Tanguay ne le mentionne même pas non 
plus que son frère Pierre, âgé de 17 ans, inscrit au recensement de 1G()7. 

Le 3 octol)re Kl"-?, à Beauport, Pierre La Tour, "maître-fondeur... 
demeurant depuis (juclque tem|)s au dit l»eauf)ort" (T), convolait en 
troisième noces avec Catlierine Chevalier (8). 

l'eu aj)rès, peut-être au commencement de 1T13, il entreprenait la 
;onte de (juatre clocIi«^s destinées respectivement aux églises ou chapelles 
de Boucherville, de Bonsecours, de Montréal, de la mission de Saint- 
Frant^ois et de Saint-.Vicolas. "Le compte des quatre cloches (pie le 
Sieur La Tour a f(*ndu" (sic,) est sous nos yeux (9). 

On avait envoyé de Boucherville trois cloches cassées: l'une pesant 
]!»8 livres, la se(;onde 10(5 et la plus petite, 83. Ue ces 4T7 livres de métal, 
La Tour tira une cloche du poids de 425 Vl» livres. Elle coûta 248 Ibs. 10 
><ds dont 212 Ibs 10 pour la façon et le reste pour les fournitures. 

Bonsecours avec une cloche cassée de 75 livres ne p(juvait prétendre 
avoir un liourdoii. La Tour lui en fondit une de iK livres grâce à vingt- 
deux livres de métal prises sur ci' (pji était resté de c(dle de Bouclu-rville. 



(5> Pour les comptes de ICCô. Arch. de N.-D. de Québec. 

(6) Il .signait Anionnet dans Fillion le 8 nov.. 1664; hamounet dans 
Duquet, le 29 oct., 16G4. et hamonnrt, d'une belle écriture, dans Becf|uet, le 
4 mars 1666; nous avon.s vu nous-même ces signatures au greffe. 

< 7 ) Notes sur les .Archives de N.-I>. de Beauport, Langevin. 

(R) Tangua.v. l>lrt. gén., vol. V, p. 1 85. -D'après le contrat de mariage 
jnussé devant Chambalon le 23 sept. 1712. La Tour était H!s de Louis. huis.sier 
au siège présidial de Saintes, et de Marthe Michel, veuf, en l^res noces, de 
Kenée Dubois et. en secondes, de Jacquette Tx'vasseur. 

(9) .Archives du S^iii. de Qu^-bec 



... ,S36 — 

il lit la int'ine elidsc jxnir la \it'ille cIoiIk' de 110 livres (|Uo lui avait en- 
voyée le P. LeBrui), missionnaire de St-François, il y ajouta les trente 
livres restant de celles de Boucherville et (it ainsi uiir cloche de 140 
livres qui coûta !!)(> Ibs. Nous ji'avons pas (le détails ])()ur la cloche de 
Saint-Xicolas ; nous savons seulement que le curé, M. Picart, devait 
jtayer. Ces cloches furent fondues à Beaupurt comme il appert j)ar un 
Aeti item du compte. 

Trois ans plus tard, en 17 Ki, La 'J'our est à Quéhee et demeure rue 
Sault-au-Matelot (10). Le 11 mai, j)ar contrat passé devant Chambalon, 
il entreprit de fcmdre une cloche de 1,800 li\res pour la' paroisse de Qué- 
bec ( 11 ). Mais en \()ilà assez pcnir celui-ci : passons ])lutôt à un troisième 
et ce sera le dernier. 

M. Pécher, curé rie (Québec, écrivait dans .son Journal le '2T octobre 
n.")T ( r^ ) : "On fond à lîeauport la petite cloche de la jjaroisse qui doit 
pe.ser 1,.")00 livres; le métal ayant manqué, les anses de la cloche sont 
restées imparfaites n'ayant pas plus de cimi à six pouces au-dessus de la 
iloche." Mauvaise affaire! Mais le l.") novembre le bon curé note (|ue 
"le fondeur de cloches a sujjpléé, à Beauj)ort, par une nouvelle fonte, les 
anses de la 3e cloche de (^ucbo(' on pcr^-ant le cerveau de cette cloche et 
y faisant couler du métal [Miur joindre en dedans du cerveau les dites anses 
les unes aux autres." 

L'auteur nous apprend enfin <pie bi bénédiction solennelle de cette 
(•Inelie euf lieu le 'ÎH novembre. M. lii^nit, représenté par Daine, en étant 
le parrain et Mademoiselle Daine, la marraine. 

Il ne man(|uait plus ipie le nom du fondeur. .\ous sommes allé le 
demander aux li\if"^ de comptes de la paroisse. \u chapitre des dépenses, 
ann»'-»' ITôT, après avoir noté des achats de mitraille jus(pi'à la somm»' de 
;{•<?() livres, nous sommes arrivé à l'item suivant : 

' "Payé à l']tienne Simoiineau l'ondenr jiour façon de In ;{e cloche |)e- 
sante ITÔH livres et |)omj- la irrat ilicat ion accordi'e par la t'abri<|ue suivant 
• juif tance: M0;{ Ibs 1 sols." 

.\\ec <e (jui précède, il est a^ez d/'iMontr»'- (pie, sous le n''ifime fran- 
çais, on foixlait l\^•< cloches an ('anada. 

.\ M i; I H: L (iO.SSl'lLI.N, ptre 



ilO) IlcaïKlel, KecenHemenl ih- QuMx'O, 1716. 

tin f'.refY»' (Je Chambalon. 

(IJ» .\rehlvc.M «lu S^rn. fie Qu<\)t-r. 




'MV 



NOTES IIIS T( )KlOUES SUR LANOKAIE (/) 



J^anoraiê cHrup,- sur k- Sa.i.t-I.MUiviit un.- étcn.liu- <IV..vir.,„ trui. 
.eues sur deux ,1e pn,f<,ncleur. Le .vli.f présente une suite ,1e h-.uuh. 
lon^ntu.l.nales parallèles au fleuve: la z„ne a^^nVole ,1'une largeur nmvenne 
.i.e qu.nxe a vingt arpents est ,Mnip..sée ,1e marne, ,1'argile et ,1e "terre 
noire; la pi.nère, s.,rte ,1e terrasse sablonneuse couronnée de forêts de 
conifères et ,1e bouleaux, ,1e maigres ,,âturages et de quel,,ues champs de 
se.gle; en ...ntre-bas, la "savan,.e", ,lépression lacustre au sol spongieux 
reeouvert de bois de sapin et ,1'épinette, et au fond de laquelle coulent en 
sens contraire, après avoir presque mêlé leurs sources, les petites rivières 
Saint-Joseph et Saint-h-an. ( Vlb-n pnW„te .-e «-nrieux ph,'.nomène ,|e 
remonter 1 espace de trois lieues en amont ,lu Meuve où elle se jette -i 
Lavaltne a,,rès av,.ir ,-,mtournè la pini.'.re. U' sol va en s'élevant gra- 
•Inellement à la IVtite-l'inière et surtout à Saint-Henri qui contient ,,uel- 
.|ues bonn,.s ferm,.s .-t ,1e ri,h,.s "suereries". Au delà ,1e Saint-Henr, 
autre ,lepress,on o,vup.M. par la f,.rêt à laquelle font suite des marécages 
dangereux, nch,.s seulement en bluets et en at,.,as. A l'est de la paroisse 
a Oautray. la topographie est sensiblement la même, mais la pente irén,'.- 
rale est p utôt .lirigée vers le fleuve. La rivière Saint-.Io.epl, draine les 
.•aux du em-l...,s, n^gion agri,„le trè. n-rtil,-. ,^t, à s..n ..,MlH,u,-hure aux 
nn.tes ,1.. h, paroiss,, a,ti..n>„. 1.. roues .lu vieux moulin seigneurial 
>•■ n.,mbreux ru.ss,.aux naiss,.nt au pied ,1e la pinière et, coulant au f,>n,| 
.l- ran,lMH.s parfois tn-s larges, ,li visent toute la xone a voisinant le fleuve 
.M longs r..etangles a l'-xtrémité inférieure ,lesquels s'élèvent l,.s mai.^.ns 
H leurs depeiMlanees tout pn^s ,lu "ehemin ,lu roi". Au ,entre ,1e la pa- 
n'.ss.. gr,.s village ,1.. :.s() âmes (IIK)!»), ave s,>n p,.nsionnat, son .h!,Io 
M.odele de gar,ons, son moulin A scie et à farine, ses épiceries, ses "bou- 
.henes . sa forge, et.-. . . L'nulustrie - ..hau^sun.s et vernis - - „'a .uèr- 
n-u.ssi a sa.-climater. La plus gran.le partie .lu villag,. trouve da^.s la 
navigation une honnête subsistance .sinon touj,.urs l'ai.ance. La par.>is<e 
a j<..n autrefois ,1'un.. graiule pn.spérité: aujounl'hui elle est plutôt sta- 
^"' """"•^' "^""^ "•"! ' ••V'l'"Hvement ,.,.mp..s.'.,. d,.s .I.mix seub-s ,.|ass,.s .1.. 



-. 33S — 

riiltiviifurs i'\ .1.' navi.irat.nirs. KUe fut l'une des plus lentes à se peupler, 
quoiqu'elle lunipnMine deux des plus an<-ienn<'s sei,<rneuries de la Nouvelle- 
France, Dautrav et La Noraye. 

En eiret, la concession de Dautrav à Jean liourdon, ingénieur royal, 
date du 1er décembre 1(537, deux ans après la mort de Champlain. D'une 
étendue de deux lieues de profondeur sur une demi-lieue le long du fleuve, 
elle fut doublée à peine dix ans plus tard. Est-ce une i)reuve que le sei- 
gneur concessionnaire l'habitait ? Peut-être, si l'on considère les avan- 
tages de ce fertile endroit i)rotégé par la garnison du fort Richelieu et 
situé dans le voisinage de l'île Saint-Ignace qui était alors un grand 
marché de pelleteries. Il est probable que Jean Bourbon céda ses droits 
au sieur Dautrav, j)uisqu'en 1672 le nom de ce dernier est cité dans l'acte 
de concession du fief voisin d'Orvilliers ou d'Antaya. M. Dautray habita 
l)robablement sa seigneurie et y fît construire une chapelle desservie par 
le curé de Saurel. En 1681, Dautray comptait vingt-deux âmes. Le 
recensement de KJSr) en fait aussi mention. En 1688, M. de la Noraye, 
du régiment de Carignan, les sieurs Lessart et autres obtiennent le terri- 
toire situé entre Dautray et Lavaltrie, et comprenant deux lieues de pro- 
fondeur. Ce n'était que la lonfirmation d'un titre acquis depuis longtemps. 
L'acte de concession dit en effet que le fief de la Noraye a été concédé il^ 
v a plus de trente ans au sieur Sevestre qui mourut quatre ans après, 
léguant sa seigneuri.' à phisicurs cohéritiers "qui ne purent en venir au 
parfaire. . . de sorte que les dits lieux sont restés inhabités." 

L'année suivante, les Inxiuois, maîtres des deux rives du Samt- 
Laun-iit .-ntiv M<.iitn''al .'1 lo Tn.is-lli vién-s, massacraient tout sur li'ur 
j)as.sage. .\ Dautray, tous les colons périrent ainsi (pie le seigneur. Cette 
belle cani|)agne resta longtemi)s déserte. >L de Catalogne, qui a recueilli 
les traditions du grand massacre, dit en KO!): "A Berthier, il y a peu 
d'habitants; à La .Noraye et à Antaya encore moins; à Dautré, depuis le 
mas.><acre général, il n'y m a plus. A Lavaltrie, la plus grande jiartie des 
terres noiit redevenues en taillis." 

M. de la Noray<' se désintéressa saiis d.mtc d'une propriété si exposée 
aux incursions *U'f^ Inwpiois. et cela, d'autant plus volontiers qu'il avait 
(,l)tcmi lin autre (icf sur la rivicrc Saintc-.\niic. (^iioi (pi'il en soit, les 
deux .seigneuries de La Noraye et de Dautray passent en 1724 aux mains 
du sieur .I.-B. Neveu, colonel ih-^ miliciens <le Montréal, lequel s'empresse 
d'exploiter son vaste domaiiii' (pTil \int iiabiter. En 1738 on signale 
un fourneau à goudron à Dautray. M. Neveu di'fiiclie d(>s terres, cons- 




— XV.i — 

triiit (à Laimniif) iiiif p^jlisc et nii jm-slivirre, doux iiKiulin.--, ruii à scif, 
l'aiitro à fariii»'. )tliisioiirs autros Itâtimciits, maisons et ^'ran^'es, encourage 
nu'nio par (lr> avanc<'s ((insitlérables l'étal)lissmont do sos tpuamiors. Il 
fait tant et si l»ien (ju'il oljtitMit du roi, le 4 juillet 1T3!>, la prolongation 
tie sa double seigneurie et sur la même largeur, jus<iu'à la rivière FAs- 
îiomption. L'augmentation cpii atteignait les Laurentides au nord, triplait 
presque l'étendue du domaine primitif. Se[)t ans auparavant {173''i), 
Messire J.-Aug. Mercier, le jm-mier curé en titre de Lanoraie, ouvrait le 
}»remier registre de la paroisse. 

Citons quelques-unes des familles primitives: Bourbon, Bonin, Ber- 
geroii, Codére, Dalcourt, Desro.siers, Goulet, Laliberté, Marion, Robillard, 
etc.. La population s'était rapidement accrue; elle atteignait déjà 
."îl.j âmes en ITSî» et dix ans ])lus tard Lanoraie pouvait équij)er 44 mili- 
ciens et Dautray 31. (ïrâce à la générosité de Messire Gaillard, alors 
curé de Berthier, qui fournit les matériaux, et du seigneur Xeveu qui 
donna le terrain, Messire Dunière fit édifier, bien en vue sur la côte, 
la deuxième égli.se de Lanoraie (1744). Klle était construite en {)ierres 
de taille et mesurait (juatre vingts ])ieds par (|uarante. Pour consolider 
l'oeuvre religieuse déià commencée, ^L Xeveu fit don à la fabrique d'une 
terre de trois arpents sur quarante (ITÔ^). Trois ans {>lus tard la pa- 
roisse recevait [)our la |)remière fois la visite de l'évêque de Québec (ju'cjle 
ne devait revoir que treize ans ajirès. 

C'est que la cession du Canada à l'Angleterre, en 11 (i3, rendait sin- 
gulièrement difficile l'administration religieuse du pays. Le clergé 
). 'augmentait pas en pro[)(»rtion de la population catliolicjue à de.s.servir; 
la nobles.se canadienne disparaissait rapidement. IjC vieux .seigneur de 
Dautray, .I.-B. Neveu, et .son fils Pierre étaient décédés: ils furent inhu- 
més à Lanoraie. La seigneurie passa à PVan(;ois Xeveu (|ui, en 1771, la 
\endit au seigneur de Berthier, James Cuthbert. Klle fut léguée par ce 
dernier à son troi.sième fîls Koss, qui la laissa à ses nombreux héritiers 
qui la possèdent en«'ore. 

Au point de vue religieux, Lanoraie subit le sort île beancou[) de pa- 
rois.«ies d'alors: de 17H,") à 1H27. elle fut réunie à Lavaltrie et même à 
Saint-Paul pour les besoins du culte. Il se fit cependant dan.>< la paroisse 
des améliorations appré-ciables. L'église eut sa première cloche (1773). 
son clocher, une suristie en pierre, deux grands tableaux représentant, 
l'un, la Nativité de la sainte N'ierge, et l'autre, celle de saint Jean-Bap- 



— 340 — 

tiste. François Ducharme, marguillier sortant, fut le ])remier à remplir 
pendant un an la cliarge de constable à la porte de l'église (vers 1800). 

Les visites épiscopales étaient rares: on n'en constate que trois en 
soixante ans, en 1T68, 1788 et 1802. Lanoraie demande en vain un curé 
résident. Elle peut avec Dautray et indépendamment de Lavaltrie pour- 
voir à la subsistance d'un pasteur, puisque les deux concessions réunies 
dt)nnent en dîmes, année commune, au moins 260 minots de blé, 260 
d'avoine et 60 de pois. 

Toutes les terres de la grand'côte sont concédées; le Petit-Bois de 
Dautray est défriché (lei)uis longtemps. Le relai des chevaux de poste 
se fait chez Lafontaine (auj. Lasalle) où se trouve l'auberge, à deux lieues 
et seize arpents de Berthier et à trois lieues et seize arpents de Lavaltrie, 
ce qui laisse croire qu'il n'y avait pas d'arrêt régulier à Lanoraie. Pour- 
tant le village })renait tous les jours une importance nouvelle. De plus 
en ])lus, s'im])osait la nécessité d'ouvrir des communications avec le nord 
de la paroisse, riclie en bois de pins, d'érables, de merisiers et même en 
terre arable. Déjà les plus liardis et les plus entreprenants des bûcherons 
avaient remarqué la bonne qualité du sol; ils résolurent de l'exploiter. 
Vers 1825, Pierre Bergeron s'enfonça hardiment dans la forêt et, décidé 
de s'y tailler un domaine, il commença le défrichement du rang de Saint- 
Henri. Peu ai)rès il s'y établissait avec sa famille: il devenait ainsi le 
])ionnier du nord de la paroisse. D'autres colons suivirent. D'abondantes 
moissons de seigne et môme de blé occupèrent bientôt les nombreuses clai- 
rières taillées dans la forêt. Ross ('uthbert encouragea ce mouvement de 
(;olonisation et, pour en assurer la continuité, il obtient de la fabrique, et 
en échange de soixante-seize arj)ents de forêt, l'autorisation d'ouvrir sur 
la terre de la cure un chemin [)ublic pour mettre Saint-Henri en commu- 
nication avec la grand'côte. La population augmentait rapidement: 1,318 
âmes en 1840, et 1,797 dans 2ôi) maisons six ans plus tard. . La fabrique 
concédait des emplacements, et Messire Quintal achetait les premières 
(irgues. C'est à cette époque aussi (1850) que les premiers trains chargés 
de bois et de produits agricoles arrivèrent du nord. Au prix d'efforts 
persévérants, AL .Toilette avait réussi à j)ercci- la forêt qui séparait l'In- 
dustrie (aujourd'hui Joliette) du lleuve, par un i)etit chemin de fer encore 
bi<'n rudimentaire mais qui ouvrait au commerce et à l'industrie une 
immense région agricole et forestière. Lanoraie devenait de ce chef un 
(■('iitr(> Mctir d'échanges entre Monti'éal surtout et toutes les paroisses du 
iHird. L;i plivsioiiuniie du village se i raiisformc ra[)ideiiK'iit. Tout un 



— 341 — 

UK^iulc de travailleurs s\ établit et l'aisance sourit à j)hisieurs. L'agri- 
culture s'améliore et conquiert de nouveaux champs, les forêts sont exploi- 
tées, les routes se multiplient et le commerce s'étend. 

Par boidieur il se trouva alors à la tête de la paroisse un prêtre 
(Muinent, caj)able de se réjouir de cette prospérité inouïe et d'en tirer tout 
le profit possible. Ce prêtre fût Messire Alfred Loranger. Né à Yama- 
chiche eu 182G, nommé curé de Lanoraie en 1859, il mourut en 1884, 
a{)rès avoir mérité par ses vertus, son grand zèle, ses oeuvres nombreuses, 
le titre de second fondateur de Lanoraie. Il pensa à tout excepté à lui- 
même ; lui resta et mourut dans le mauvais presbytère bâti en 1838 par 
Messire Brais. Dès 1862, la belle église actuelle (120 pieds par 52), 
construite cette fois loin de la côte, était consacrée au culte. Deux ans 
})lus tard M. J^oranger y ajoutait une vaste sacristie (40 pieds par 30), 
aussi en pierre, et faisait l'acquisition d'un carillon de quatre cloches. 
L'année suivante, il fit enceindre le nouveau cimetière, entourant l'église, 
d'un mur d'une longueur totale de près de 1,000 pieds et faisait bénir une 
élégante chapelle mortuaire également en ])ierre. 

M. Loranger était aussi pieux qu'actif. Il établit plusieurs confré- 
ries, répandit la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus, et ne cessa de recom- 
mander la communion fréquente et l'exercice du chemin de la croix. 
Apôtre de la tem])érance, il n'eut de repos qu'après avoir fait fermer les 
buvettes. Son oeuvre d'éducation est aussi très remarquable. Avec le 
produit des (•ontril)utions généreuses de la fabrique et de ses paroissiens. 
il fit élever la même année (1874) une école modèle pour garçons qu'il 
confia aux Clercs de Saint-Viateur, et un vaste couvent à la fois hospice* 
)>our vieillards, or])helinat, pensionnat et école primaire pour filles, sous 
la direction des Soeurs de la Providence. Il compléta son oeuvre scolaire 
en fondant une bibliothèque paroissiale de plus de trois cents volumes. Sa 
charité était inépuisable : il mourut pauvre, d'une maladie contractée dans 
l'exercice de son ministère auprès d'un malade étranger à sa paroisse. 
.\ussi sa mémoire est-elle encore en grande vénération à Lanoraie. 

Depuis 1885, la paroisse, au point de vue du mouvement des affaires, 
n'a ce.'isé de rétrograder. La construction du Pacifique Canadien absorba 
dans son vaste réseau le j)etit chemin de fer de Lanoraie et mit ainsi les 
jjaroisses du nord eu relations ]»Ius directes et plus commodes avec les 
grandes villes. Laïutraie ne fit jdiM que décliner. Sa population tomba 
ItruscpM'niciit (!•• '.'.-idO âmes en ISTXA 1,115, en 18!)!. . . . 

L'abbé ADELARD DESROSIERS 



— 342 — 

NOS ANCIENNES COURS D'APPEL 



Depuis la fondation de la colonie de Canada ou de la Nouvelle-France, 
jusqu'à l'établissement du Conseil Souverain, en 1663, il n'y a réellement 
que le Gouverneur, le plus souvent seul, qui ait exercé la prérogative d'en- 
tendre les appels. Toute la justice était administrée par ce dernier, en 
compagnie de son secrétaire, qui servait en même temps de greffier, 
] iota ire-tabellion, garde-notes, huissier, etc. 

Le (louvernour était revêtu des pouvoirs exécutif, législatif et judi- 
ciaire les plus amples. 11 jugeait souverainement et en dernier ressort. 

Par la Commission que reçoit Champlain en 1612, du Comte de 
Soissons, Lieutenant-Général et Vice-Eoy de la Xouvelle-France, il est 
permis au dit Sieur de Champlain, "commettre, établir et constituer tels 
capitaines et lieutenants que besoin sera; et pareillement commettre des 
officiers pour la distribution de la justice et entretien de la police, règle- 
ment et ordonnance". 

En effet, on voit (|u'en UVii (Leclercq — Establissement de la Foy, 
tome I, p. 186), dans la requête présentée au Roi de la part des habitants 
de Québec, ])ar le Père fJeorges LeBaillif, Louis Hébert se donne le titre 
de Procureur du Roi ; (îilbert Courseron, celui de Lieutenant du Prévôt, 
et le nommé Nicolas s'intitule Greffier de la juridiction de Québec, 
("étaient là les premiers officiers de justice établis en notre pays et le 
commencement de l'organisation judiciaire au Canada. 

Dans une autre commission que reçoit Champlain du Duc de Ven- 
tadeur, en 1625, on y trouve encore les mêmes recommandations concer- 
nant la justice. 

Dans la prolongation de la commission de Montmagny par le Roi, 
le 6 juin 164."), ou lit ce qui suit: "Comme aussi {)ar forme de prévision, 
«'t jusqu'à ce qu'il y ait des juges souverains établis sur les lieux pour 
l'administration de la justice, nous donnons pouvoir au Gouverneur et 
aux Lieutenants qui seront |)ar vous établi.s, de juger souverainement et 
(Il dernier ressort, avec les chef et officiers de la Nouvelle-France qui se 
Irotivcroiit prés de vous, tant les soldats (ju'autrcs habitants des dits lieux." 
Il ii'v a pas di- doute ipic, jus<|U(' Ncis l(i"21, il n'y avait pas d'autre tribunal 
de jusiicf (|iic (•••lui du d'iiUM-nifur. ( 'lianipliiin aurait donc «'xcrcé la 




— 343 - 

prérogative do juger en Appel jusqu'à cette date et très probablement 
jusqu'à sa mort. 

De H')2\ jusqu'il l'établissement de la Sénéchaussée, vers 1651, il 
paraît y avoir eu un tribunal quelconque composé de Conseillers, qui 
administraient la justice inférieure: le (iouverneur agissant comme prin- 
cipal justicier dans les causes de quelque importance. 

En l'année 164() on voit des procédures' se faire |)ar devant M. le 
(Gouverneur, a.ssisté de M. Deschatelets (Xoël .Tuchereau), "licencié en 
loi", |)our excès commises contre Jacijues Regnault, alors au service des 
Mères de l'Hôpital, qu'on avait manqué de tuer, pendant une ribotte, le 
mardi-gras, l(j4G. Kn 1(J48, MM. Dechavigny et Gilîard sont membres 
uu conseil établi par Sa Majesté en ce pays.- François Menouël, chirurgien, 
était aussi l'un des membres de ce conseil en 1651. 

M. de I^auzon, qui arrive à Québec le 14 octobre 1651, avait été 
chargé de placer l'administration de la justice sur un pied plus régulier, 
l^i compagnie de la Nouvelle-France avait décidé que la justice ordinaire 
aurait pour chef un grand Sénéchal; qu'on nommerait un Lieutenant- 
(Jénéral civil et criminel et {)areillement un Lieutenant particulier, pour 
y rendre la justice en première instance; les Af)pels ressorti .ssant devant 
le gouverneur qui avait pouvoir de Sa Majesté de juger souverainement 
et .Ml dernier ressort (1). La charge de Grand-Sénéchal fut accordée à 
.lean do Lauzon, fils du nouveau gouverneur. Cette charge du ('rand- 
Scnéi'hal n'était qu'un titre d'honneur comme elle l'est aujourd'hui dans 
les provinces do Franco (2). La justice était administrée au nom du 
Sénéchal f)ar les officiers de la Sénéchaussée, qui était un Lieutenant 
Général civil ot criminel, un Lieutenant particulier et un Procureur 
P'iscal. 

Bien peu de d<Kuments légau.x nous sont restés sur cette période qui 
précède immédiatement le Conseil Souverain. Toutefois, l'on sait que 
Nicolas Ixîvieux, sieur d'IJautoville, et Ix>uis Théandro Chartior, sieur 
do I»lbinière, <M-cupèrent la charge ih- Lieutenant (Jénéral on la dite 
Séné<haussée ; le premier en 1654 et le second en 1658. Charles Sevestre 
vu 1656 et I>ouis R«»u»'r do Villeray en 1660 y occupent celle de Lieutenant 
particulier. I>^s .\ppols do ce tribunal étaient portés devant le Gouver- 
neur, comme le prouvent quelques jugements rendus par M. <)<• Lauznii 
fi^re. 



( 1 ) Ferland. I. j. ^o 

^^J^ Latour, M/'-inoIrw sm- la \ |c de M^r de l.jual. 



— 344 — 

Jusqu'à ce moment (1663) il n'y avait point eu, à proprement parler, 
de véritable tribunal d'Appel dans la Xouvelle-France. Les gouverneurs 
jugeaient les affaires le plus équitablement possible sans s'occuper outre 
mesure des lois écrites, convaincus qu'ils étaie'ut de leur souveraineté ; 
oiï ne s'avisait ]>as d'a7)})eler de leurs sentences. 

COXSKIL SOLTVERAIX 
(1663) 

Enfin, par l'édit de création du Conseil Souverain en avril 1663, 
un tribunal d'A})j)el se trouvait régulièrement organisé, ])our entendre en 
dernier ressort toutes les affaires, (luelquc minimes (ju'elles fussent, civi- 
les et criminelles, "donnons et attribuons le pouvoir de connaître de tou- 
tes causes civiles et criminelles pour juger souverainement et en dernier 
ressort selon les lois et ordonnances de notre royaume". 

Le Conseil est })résidé par le gouverneur, ayant à sa droite l'Evêque 
et l'Intendant, à sa gauche, avec en outre cinq autres membres choisis 
conjointement par le Gouverneur et l'Evêque, les séances ayant lieu une 
fois par semaine. Le Conseil prend connaissance aussi bien des causes 
criminelles que civiles, provenant des juridictions i)iférieures du pays. 

Le 2ô janvier 16T3, une ordonnance de Erontenac décide que les 
Appels des Seigneurs iiaut ■ justiciers se feront devant le Lieutenant 
Général dans chaque juridiction, et non au Conseil Souverain, comme 
ces Seigneurs prétendent que leurs titres de concession leur donnent droit. 

Les cin«] j)remiers conseillers choisis par le (Gouverneur et l'Evêque 
furent Louis Kouer sieur de Villeray; Jean Juchereau sieur de la Ferté; 
Denis-Joseph Ruette d'Auteuil sieur de Monceau ; Charles Legardeur 
sieur de Tilly et Mathieu d'Amours sieur Deschaufour. Le conseil siège 
autour d'une table, les })arties plaidant dans le dos des conseillers. 

Les lois ()l).servées sont celles du royaume de France, et autant que 
jiossible, suivant la forme et manière (pii se j)iat iciiiciit (buis le ressort du 
Parlement <\c Paris. 

Dans cf Conseil Soiivi-raiii »»u Supérieur, tril)unal d'appel par e.xcel- 
liiicc, griindemcnt amélioré si on le (•om[)are à ceux <jui le précédèrent, 
le (idiivcriiciir y fM-nc cncorr une intlueiicc, pcuf-élre trop itonsidérable 
|i<)iir II' bien de bi justice. Ne vit-(iii pas, en effet, ((iil(|ues-uns de ces 



- .m:. — 

-n.n.TIl.M.rs ,M,>,H.,„1.V .Ir I.MII-S l-n,lrti,..is .].•> cnns..,] l.TS nVlll.-i t TMIlts .|ui 

••tiiinit n-in|)I:i(t-> |.iir <],■< ;,r..|is pliiv .|.H-i|,.s ( :{ ) . 

jraprôs ,■.. ,,„.■ iinii,. Mvniis MI .N-s |ni|.i<Ts <|i, (ons,.,! S..ijv,.n,i„ ,1 
• .'.v .-ut .,u'u,i l„r„ ,...,,1 nu.nl.iv ,1,; s.s jn-..nH-nts qni furent p„rt.'s au 
( (iiiscil d'Ktat en Franic. 

Presque tous ceux qui eut ivnt sur cette période ,lu ré^nnic liaiicai- 
vantent les l„is françaises ,1e .e temps et la manière cVpntal.lc .pu' en 
renfle l'executnm. Ce .p.i nnus a le plus surpris pendant <ette période 
judiciaire, c'est l'empire <p... semble avoir l'Ktat sur l'Kirlis... empire 
siihi sans trop de plaintes. 

I{K(.'IMI-; AN (; LAI S 

l'endant la période in.lécise .pii suit immédiatement la prise du 
' anada, de 1760 à 17(14, on a loyalement laissé subsister les lois françaises 
et on a essayé, autant <p,e possible. ^Vy administrer la justice comme sous 
le re-ime français. <omme le prescrivait «l'ailh-urs l'article <piarante-deux 
<N- la Capitulation de .Montréal. ,pn disait que les Français et Canadiens 
.-..ntinueraint d'être -ouvernés suivant la Coutume de Paris: mais ,p,e 
Amberst n'avait pas vi.ulu sanctionner eu répondant: -Tbev become 
-ilbjects of tlie Kili;:." 

La Province est dix.sée en trois districts judiciaires, l^.ébe.-. M.mt- 
rtal et Trois- KM vières. 

Le .Icu.x novembre I :(;.), .),u..-s .Murrav établit a (^lébe.- une "Cour 
"t (onseil Supérieur". ,pr'il appelle aussi "Conseil Militaire" et -Conseil 
d.- guerre" et .lont sont nomme membres, les personnes suivantes, tous 
■triciers de l'armée an^rlaise : 

1>«' major Au;:ustin Prévost. 

I>-s Capitaines I l-.t..r-TbéopbilMs C.aniabé. .Imiu,.. |5;.rb„l., Kn-j.Mrd 
'•aillie, Hu^di Cameron. Kdm.»n<l Maloii.". ,l..l,n l'.rown. 

Dans l'onb.nnance de Murray. du 31 octobre KCO, établissant des 

K^'les de pratique sur la manière de procéder dans les audien<-es du 

^•ouven.eur en .-ou Ilôtej, <,„ au Con..eil de ;:uerre. l'article sept présent 

'"• "'''" J"^^^'"'^-"^'^ M '" ■'^••ront rendus en notre Hôtel A l'audien.e sen.nt 

(3) C'eHt ce qui arriva en Ififi.j. quand \r ,1,. \i/.vv v,..,i... r i 

mh.e^avoir ^u MuHqu.. par, ,u.. Fron.enae on usa rlo m^me quelques annéen 



— 340 — 

exécuté? .«^ans appel". On doit donc attriliuer "an jronvernenr en son 
ITÔtel" les pouvoiriï de jnger en dernier ressort. / 

("était l'une des premières lois que recevaient nos ancêtres du district 
(le Québec de leurs vaincpieurs. 

Les délibérations, plaidoyers et registres de la dite Cour ou Conseil 
militaire sont en français. 

Jean-Etienne Cugnet et Belcoiirt Delafontaine, Procureurs généraux, 
dirigeaient toute la procédure et sont, de fait, les juges. 

^Le greffier est le notaire Jean-Claude Panet, qui a le soin de la 
rédaction" des registres de la Cour et qui y franchise jusqu'aux noms des 
juges: James devient Jacques, John devient Jean, etc. Et, pourtant, 
tous les juges sont des militaires anglais. 

Les jugements des Appels dans le district de Québec n'ont pas été 
conservés, que nous sachions; l'on ne po.ssède que les registres de la Cour 
militaire ([ui ne juge pas en dernier ressort. Heureusement que les juge- 
ments des Appels du district de Montréal pour la même période nous 
sont restés et se trouvent au Secrétariat Provincial. On y rencontre une 
(.rdnonnance de Thomas Gage, gouverneur de Montréal, en date du 31 
()(tol)re lUiO, dans laipielle on ht entre autres choses: 

'^Que i)ar le })lacart du 22 septembre, les officiers de la milice dans 
.haque paroisse sont munis d'autorité de terminer les difterends qui 
p(,urraieiit survenir parmi les habitants de leurs paroisses, mais que les 
parties intéressées pourraient rappeler de leurs jugements par devant 
l'officier commandant les troupes du lîoi dans. le district ou cantonnement 
où les ])arties résident, et que non contentes de cette seconde décision 
les parties auraient droit d'en rappeler devant nous." 

"X(.us faisons scavoir en c(msé«iuence que tous Appels faits ])ar 
devant nous doivent être rédigés ])ar écrit et remis entre les mains de 
notre secrétaire et le jour que nous destinerons à les écouter et déterminer 
sera pul)lié et afficbé amiiil jour les parties intéressées avec leurs témoins 
seront ouis." 

Ceux qui exercent la chargr de juges en première instance dans la 
.l.ambre des milices de Montréal, de 1T<>0 à 1704, sont Kené Decouagne, 
Mézières, Neveu Sevestre, les deux frères llervieux, Fonblanche, Bondy, 
Kliéaume, L. Prud'lnmim.", L<'comlc. Dnpré. Clicneville, Ignace Cameliii, 
llcrv et Diify Desaulnicr. 

Pn'Sfpie t<»us sont i\rf< niardiands: ce <|iii scinlderait donner raison 
il lîaynal (//i>7. philos.) (pii a écrit que ('('laicnt (\c^ offici<Ts iU'i< troupes 



— 847 — 

ijiii jui^eaicMi les causes à Québec et aux Trois-Rivières, tandis (|u'à 
Montréai tvs luiKtions aniriist('< et délicates auraient été confiées à rlns 
citoyens (4 ). * 

Ils siégeaient en la clianiitrc dn ^'reffe et exercjaient la charge de 
juge gratuitement (K oct. 1761). 

Ix' gretîier l'anet y reçoit pour énioluineiits 80 sols |iar scMitence, 
cunnne il re<evait sous le régime français. 

lies membres du Conseil militaire du Gouverneur, qui exercent quel- 
<|Uefois conjointement avec lui la prérogative de juger en Appel pendant 
la même période, sont les suivants: 

Kn 1701 : Ilaldinmn<l, colonel du 4e Bataillon du Hoyal Américain. 
M. Ord. Colonel commandant de l'artillerie, M. Heid. Major, Gabriel 
Christie, Major et Maréchal de Logis de l'armée. 

1762, 22 mars: (Guillaume Browning, ilajor du 4()e régiment, lie- 
liert Munster, Major du 4e bataillon du Hoyal Américain. 

17<i;i, 21 noveml»re: Tbos Falconer, Caj)itaine du 44e Régiment, 
Président de la Cour «l'Appel. Capt. Lient. Lvans, du 28e régiment, 
Lient. Denis Carleton. Lient. John Shej)her<l, Lieut. Alexander Dow. 

1764. 2(1 janvier : Capt. Charles Tassell, Coni. du 2iSe régiment. 
Capt. Lieut. William .lohnstone. .Vrtillerie l'oyale, Capt. Lieut. Boyie 
lîeach, du 27e régiment. 

1764. 20 niar-: Capt. Diiiibar. du 44c rt'ginicut. Lieut. Olivier 
Shorne. 

Des ;jl)4 a|)j»els «pii ont eu lieu dans le district de .Montréal, du 6 
décembre 1760 jus4pi'au 10 août 1761. c'est-à-dire |»endaiit tout le règne 
militaires, trois causes seulemejit (»nt été entendues })ar le (Jonverneur et 
son Conseil, toutes les autres l'ont été par le Ciouverneur seul. 

Dans une cause des Dames de la Congrégation de Montréal contre 
Ktienne Hlot, voiturier de .Montréal, la Chambre des milices rend jugement 
contre le défendeur, le 2 décembre \',(\U. Le défendeur Blt)t ayant appelé 
de cette décisi(»n devant le Gouverneur (îagi-, c«dui-<i. «piatre jours [)lus 
tard seulement, n-nd son jugement c<»mmc suit : 

"Ayant examiné les représentations d'Ktienne Blot contre les Dames 
de JH Congré-gation, aver !»• bail et la sentence enjctints, donnée [lar MM. 



<4) I>an« la- pétition fies C;iri:i<Jlen« Catholiques A .Sa .Majosté, du molH 
<Ie décembre 177.1 r Dorunient.s rflatln^ lo the con.stltutional hlHtory of Ca- 
nada by Short and DouKhty. Ottawa 1907. p. :i'>A) on confirme celle aH.seillon. 
«lu'à Montréal la Justice aurait f-tf- rendue par les citoyens pendant le réfcne 
iiillitaire. 



-- o 



■18 -- 



les Capitaines de milice, nous jugeons cette sentence être juste et équi- 
table et faisons savoir (ju'elle est homologuée par nous, rendue par nous 
le 6 décembre 1760. Thomas Gage; par son excellence, (1. Mathurin." 

Le Gouverneur (Jage y signe les registres comme gouverneur de 
Montréal, du G décembre 17 GO jusqu'au 21 octobre 17G3. Ralph Burton 
le signe la première l'ois comme son successeur le 31 octobre 17G3, lorsqu'il 
venait d'exercer la même charge aux Trois-Rivières. 

Dans les causes concernant le commerce, la Cour de milice nomme 
(les hommes d'aifaires comme arbitres, qui règlent (-es choses comme sous 
le gouvernement français.. 

Si je ne me trompe pas, ces Appels devant le Gouverneur étaient 
complètement gratuits: voilà ce qui pourrait bien expliquer le grand 
jiombre d'Ap])els qui eurent lieu sous le régime militaire. Xe serait-ce 
])as là aussi UJi peu l'origine de cette propension du Canadien pour l'Appel, 
que l'on a souvent attribuée à son origine normande? 

Les quel(|ues notes du district de Montréal, rapportées ci-dessus, 
doivent servir à c(tmj)]éter les renseignements qui nous manquent sur le 
district de (Québec: étant convaincu qu'on a dû exercer la justice unifor- 
mément dans les différents districts. 

Ce qui a été dit de Québec et de Montréal s'a{)plique également au 
district des Trois-Ki\ ières, où le môme système judiciaire avait été établi. 

Les écrivains (pii ont écrit sur cette période de notre histoire ont 
tous eu l'air de croire que la justice y aurait été y)lus ou moins mal admi- 
nistrée ; pour ma [ràvt, après avoir parcouru les registres de ces Cours 
militaires, (pii sont conservés aux Archives judiciaires du district de Qué- 
bec et au Secrétaire Provincial, je suis resté sous l'impression, que les 
jiouveaux sujets du Roi d'Angleterre, n'ont pas dû trouver, sur ce point, 
grand changement dans l'administration de la justice, car on y avait con- 
servé à ])eu i)rès tous les détails de la procédure rraiiçaise, ((ui l'avait im- 
médiatement précédée. Tout y était français, moins les juges qui pa- 
raissent s'être assez bien accommodés do la Coutume de Paris sans avoir 
eu la j)rétention de \ouloir y nicld- (raiicniic manière les lois de l'Angh^- 
tci're. 

l'ar une ordonnance du (iou\ci'ncur ALiiTay, le 20 septembre 17G4 ; 
amendée et (■,\pb(pi('(' le 12 nox'cmbn' suivant il est décrété ({ue, tons les 
ordres, jugements ou décrets du ('ons(ul militaire de Québec, comme de 
toutes les autres Cours de Justice (buis le dit gouvernement, depuis la 
(bitc de la capitulation de ^^ontl■<'al, (S scptcmbri» l'GO) jus<prà l'établis- 



i 



— 84U — 

ponuMit (kl ijouMTiM'iiicnt civil en cette province (10 août K6i) demeu- 
rent a|>j)rouvcs, ratifiés et confirmés et auront leurs plein effet et vigueur 
excepté dans les cas ou la valeur en litige a excédé l^i somme de 300 loui< 
sterling, ou il sera libre aux parties d'en ajjpeler au (rouverneur 
et Conseil de Sa Majesté en cette province, pourvu que l'Appel soit déposé 
au greffe du Conseil, dans les deux mois. Si le décret est confirmé par le 
(iouverneur et son Conseil, il sera permis d'en appeler au H<ji en son Con- 
seil Privé, pourvu que le montant en litige dépasse 500 louis. Cette or- 
«lonnance est le dernier document concernant le Régime militaire. 

ITG-i 

A la fin de l'année 1763, ou au commencement de 1764, nous arri- 
vait comme une brmilje, une Proclamation Royale du Roi d'Angleterre, en 
date du 7 octobre 1763, par la(juelle au mépris des capitulations il était 
annonié, entre autres choses que nous serions à l'avenir gouvernés, "as 
near as may be, agréable to the laws of England". 

Par la commission de Murray comme "Captai n gênerai and Gover- 
ii(»r in Chief of the Province of Québec", portant la date du 21 novem- 
bre 1763, pouvoir lui est donné à lui et son Conseil, en attendant qu'une 
chambre élective .<oit in.>itituée, de l'aire des lois, statuts et ordonnances 
])our le bon gouvernement de la Province ; mais ces lois, "are not to be 
répugnant, but as near as may be, agréable to the laws ans statutes of 
this our Kingdom of Great-Britain". 

Par cette même commis.sion, il est exigé des serments atroces contre 
la transsubstantiation (Ô), la puissance du Pape, de tous ceux qui rece- 
vront un empl(»i quelconque de Sa Majesté, rendant ainsi tout cathohque 
inhabile à recevoir aucun emploi public. 

Le Ul séptemlire 1761 Murray lance son or<lonnance établissant des 
(.'ours de justice. 

Cette fois le })ays est divisé en deux di.'<tricts seulement, Québec et 
Montréal, divisés du côté nord jiar l;i rivière St-^faurice et du côté sud 
par celle aj>i)elée Godefroy. 

Cette ordonnance établit une Cour du Banc du lîoi ou "Suj)reni<' 
Court" : une cour des Plaidovers communs et des testaments (Court of 



( it ) "I.. .. do déclare trat I do lielieve that ihere is not any transub.stun- 
tiation in the Hacrement of the Lords Supper, or in the éléments of bread 
.ind wine, at oi- after the conHecration iheieof \>y any per.son whatHoéver." 
(A collection of several coniiniHaions, London. 1777. page 106). C'était là ce 
f;jn»eux serment <|ue les catholiques auraient f-K^ ohlig^-s de prêter pour .iccep- 
ter une position pulilii|ue «juelronque à <e moment-lA. 



— 350 — 

( onimon Pleas and Probate) ainsi qu'une Cour de Vice- Amirauté et une 
eour d'Appel ; (Court of Error or Appeals), composée du gouverneur et 
de son Conseil. Ce conseil se composait lors de sa fondation des person- 
nes suivantes : 

Le juge en chef Crcgory, Paul Aemilius Irving, Hector Théophilus 
Cramahé, Adam :^Iabane, Walter Munay, Samuel HoUaiid, Thomas Dunn, 
François Mounier. 

C'est ce Conseil, queUiuefois nommé Cour de Chancellerie, présidée 
j)ar le (iouverneur, qui entend en dernier ressort, les Appels des cours 
inférieures dont le litige dépasse le montant de 300 louis. 

Ce Conseil cumule les pouvoirs de juge et de législateur en même 

temps. 

Avec l'arrivée du gouverneur Carleton, en 17G6, le Conseil se com- 
])ose de douze membres, jusqu'au bill de Québec. 

Le premier registre de cette cour d'Appel qui a été conservé à Québec, 
commence le deux novembre 1773, et son en-tête se lit comme suit : "In 
the Court of Appeals before the Governor and Council for the Province 

of Québec". 

Le premier registre de cette cour d'Ajjpel qui a été conservé à Qué- 
bec, commence le deux novembre 1773, et son en-tête se lit comme suit : 
"Jn the Court of Ai)peals before the Governor and C'ouncil for the Pro- 
vince of Québec". 

Le 2 août 1774, cette cour siège au Château St-Louis : le 10 elle siège 
au Collège des Jésuites, après convocation publiée par le Greffier 
Shepherd dans la "Gazette de Québec", pour expédier les affaires qui se- 
ront prêtes à paraître devant la Cour où sont présents : 

Le Lieutenant-Gouverneur Cramahé, Président, ainsi que les sieurs 
juges : Hiigh Finlay, Collin Drummond, James Cuthbert, François Le- 
vesque, John Collins, John Cardan. 

Le deux novembre 1774, cette Cour siège en(;ore au Collège des Jé- 
suites. 

Le 20 janvier 1m'), la (-(.ur siège "iii tlic Coviiicil Chamber", et est 
présidée par le Gouverneur ; les autres juges présents sont : le Lieut.- 
Gouverneur Cramahé et les sieurs Collin Drnnimond, Edward Harrison, 
Jolin Collins et John Cardan. 

( L:i tin dans la prnchainr lixraison) 

l'IllEKAS (iAGNON 



— 8r,i — 

RECENSEMENT DES ECOLES DE MONTREAL 

EN 1828 

(D'après nolc>ï< reciiclllif?. dans k^ arcliivc-s du «itMnliialre de St-Sulplce> 
Ecoles de la paroisse N. D. M. Bernard et M. Vézina 92 

FAUBOURG RT-LAURENT 
Ecole anglaise mixte, M. McBride, K' 

Ecole française, ftlles, Mlle Lefebvre, 80 

Ecole française, garçons. M. Ueslauriers, 40 

FAUBOURG QUEBEC 
Ecole française, filles, Mlle Desmarais, 60 

Ecole anglaise, garçons, M. Lyne, 25 

Ecole anglaise, filles, Mlle Donnellan. 6 

Ecole anglaise, garçons, Mlle Waters. 12 

BONSECOURS 
Ecole française et anglaitse pour garçons et filles, Mlles Burroughs et Silver .50 

COUVENT S. MARIE 
Ecole, garçons et filles. Mlle de Lépine 20 

AUX RECOLLETS 
Ecole anglaise, garçons. M. Clarke 30 

Ecole anglaise, filles. Mlle Flanigan. 50 

Ecole anglaise, garçons, M. Casey, 40 

SOEURS GRISES 
Ecole et pensionnat pour orphelines irlandaises, les soeur.s 40 

FAUBOURG S. ANTOINE 
Ecole anglaise, Mlle Lebrun 40 

Ecole française, Mlle Marier 70 

TANNERIE DES ROLLAND 
Ecole paroissiale, garçons et filles, Mlle Rolland, 30 

Ecole anglaise, garçons et filles, M. Moriarty 25 

FAUBOURG S. JOSEPH 
Ecole française, filles, Mme Turcot 50 

COTE-DES-NEIGES 
Ecole française, garçons et filles, Mme Dequoy, 32 

CONGR. N. DAME (rue Notre-Dame) 
Ecole et pensionnat, les soeurs 300 

l'KTlT SEMINAIRE 
Pensionnaires 170 

Ecole française et anglaise 84 



Enfants total 1416 

POPULATION DE MONTREAL ET FAUXBOURGS EN 1806 

\l\\e 485 maisons, 3223 Ames 

Faubourg S Laurent 514 maisons, 2780 

Faubourg S. Antoine 694 

Faubourg R^collets -SSS maisons. 1172 

Faulxiiitir Quf-\tfc 1567 " 



1587 maisons. 9436 

En 181 S : Total des maisons à Montr^.il fl se.s fauboursg était de 2180 
A Québe*' et ses faubourgs <^tail d«i 2008 

E.-L. 



LE CHEVALIER DE LACORNE 



A propos de l'engagement du chirurgien Doullon Desniarets à Louis de 
Chapt., chevalier de Lacorne, en 1753. M. E. Z. Massicotte, dans le Bulletin 
de mai, émet l'opinion que le Lacorne en question n'est autre que Louis de 
Chapt, sieur de Lacorne, né à Montréal en 1696 et qui épousa Elizabeth de 
Ramezay. Je crois qu'il fait erreur. Il s'agit dans l'espèce du chevalier de 
Lacorne. Or, il n'y eut qu'un seul des fils de Jean-Louis de Lacorne, premier 
du nom en Canada, qui ait porté le nom de chevalier, et ce fut, no"1i l'époux 
d'Elizabeth de Ramezay, qu'on désignait Lacorne l'aîné, mais son frère Louis- 
François, celui qui, après avoir été baptisé à Montréal, le 21 juin 1704, quoi- 
uqe né onze mois auparavant, le 6 juillet 1703, épousa à Montréal, le 21 jan- 
vier 1728, Marie-Anne Hubert-Lacroix, veuve de Charles de Couagne, qui fut 
fait capitaine le 24 avril 1744, chevalier de Saint-Louis le 23 mai 1749, et 
péril dans le naufrage de l'Auguste en 1761, sans laisser de postérité. 

M. Paillon, dans ses notes manuscrites, fait précisément mention d'un 
acte du 8 juin 1753 dans lequel le che^'alier de Lacorne est qualifié "comman- 
dant pour le roi des postes de l'ouest". C'est ce qui explique son engagement 
du chirurgien Desmarets pour un poste de l'ouest le 2 juin de la même année. 

Je fais cette correction, non pour le vrai plaisir de prendre en faute M. 
Massicotte, quoique ce soit une aubaine assez rare, mais dans le dessein de 
rendre un peu de justice à ce pauvre chevalier de Lacorne qui, après avoir 
eu la malchance d'une si triste mort, se voit encore presque constamment 
frustré de la gloire à laquelle il a droit. C'est le plus souvent au profit de son 
cadet Lacorne St-Luc qu'on le dépouille, et pourtant j'ose dire que, dans 
toute la guerre de sept ans, son rôle a été plus glorieux que celui de St-Luc 
et d'aucun autre de ses frères. J'en appelle au témoignage du chevalier de 
Lévis (Ijettres, p. 457). Après avoir pris une jjart très brillante à la campa- 
gne de M. de Ramezay en Acadie en 1746, il ne se signala pas moins dans la 
campagne de 1759. Or, très souvent ses exploits sont portés au crédit de 
Lacorne St-Luc. C'est ainsi que M. W. D. Lighthall, dans son étude sur 
Lacorne St-Luc, et M. F. H. Severance, dans son bel ouvrage :An old Fron- 
tler of lYance, substituent de St-Luc au chevalier de La Corne pour tout ce 
qui regarde la campagne d'Oswego en 17 59. 

Mais il y a mieux encore. En 1913, M. Arthur S. Bennett a publié à 
Toronto une plaquette intitulée 1 Chevalier de L« Corne aud the Carrot River 
\'alley of Saskatchewan. Ai-je besoin de dire encore une fois que pour l'au- 
teur, M. Bennett, le chevalier de la Corne n'est autre que Lacorne St-Luc '.' 
.Je ne lui en veux ijas, parce qu'il ne savait pas mieux, mais j'en veux au 
Bulletin des Recherches Historiques d'avoir écrit ce qui suit (vol. 20, p. 11), 
en rendant compte de ce même travail : 

"En 1753, le chevalier de LaCorne, celui-là mê-me qui, en 1761, devait 
raconter le naufrage de l'Auguste, explorait la vallée de la rivière Carrot. 
dans la Saskatchewan, et au printemps de 1754 ensemençait quelques ar- 
pents de terre en cet endroit ." 

Je crois même me rappeler que M. A. S. Bennett proposait d'élever un 
monument quelconque à Lacorne St-Luc, le premier agriculteur de l'ouest. 

Celui qui explora la \allei' de la rivière Carrot en 1754 est le même qui 
engagea en 1753 le chirurgien Doullon Uesmarets, mais encore une fois 11 n'y 
en a que i)Our St-Luc. Sic vos non vobis. 

Je n'ai aucunement le désii- de <léprécier Lacorne St-Luc pour relever son 
frère trop oublié, mais il faut bien dire (|Ue ce fidèle commensal de Lord 
Dorchester doit l.i majeure partie de sa réputation d'abord au naufrage de 
rAiigiiste, dont 11 a eu le bonheur de .se tirer à peu près .seul, et ensuite au 
riiin.iii lie M. de daspé liCs .'\ii<'i<'iis Ciliuidieiis, oil il est idé.ilisé à plaisir. 

.NKr.IDirs FAITTKUX 



< 



J 

i;n.i.i:riN 



I ) KS 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXVI BEAUCEVILLE- DECEMBRE 1920 No 12 



Les deux capitaines de SainMttartin 



\(»us .-iNniis Cil deux capilaiiics de S;iiii1-M;i l'I iii daiis 
It'S troupes (lu ([(''taclK'iiiciil de la iiiaiiiic scrxaiit au 
<'aiiada s»)U< le l'f'uinic l'i-aii<;ais. 

Le prciiiici-. .lox'idi-Ali'Xaiidrc de l'Kst i-iii^iuaii de 
Saint-Mai-tin, était né vers !(>()() \\ Saiut-Hcnoît-lc-Flcury 
sur la lioii-c. du inai'iauc de Nir(»]as de 1 *Kst riiiuuan. 
•'■cuyci'. sieur de Saint -Mali in. cl de dame Anne dac(|uier. 

Les pièces ojticiellcs du temps d(''si;4!ient M. de Saint- 
Martin (ju<'l(pief<us sous le nom de Saint-Martin \'ial>on. 
d'autics fois sous le nom de sieill- de l'Msl fi nuiia il et le 
plus souvent sou> le nom de sieur de Saint Martin. 

I.al'tilard noii> donne les dates i\v> promotions de .M. 
de Saint-Mart in «-((nmie suit : 

< iai'de-inai ine à Ro(dieroi-l. le lei- mars KiSI; lieute- 
nant leloiMiié' en < 'jnL-id;!. en jiiillcl lt)S4; lieutenant en 

|»ie<l. le le|- liais HJ.SS ; ••apitailic reloniK' en HiiM ; eoll- 

lirim'. le \vy mars KJÎKI; eiiseiune de \aisseaii. le ■') mai 



-- 85} — 

lf)95; capitaine dans les troui)es du détachement de la 
marine, le 12 mai 1697. 

En 1717, M. de Saint-Martin demandait la charge de 
commandant des trou])es vacante par la mort du marquis 
d 'Aloigny. Il faisait valoir qu'il était le plus ancien capi- 
taine des troujjes du détachement de la marine, qu'il avait 
fait la campagne d'Alger et qu'il avait été fait garde- 
marine en 1684. 

Le gouverneur de N'audreuil se prononea contre lui. 
11 déclara (pTil n'avait i)as les capacités voulues i)our 
exercer un conunandement ni i)()ur tenir un emploi dans 
l 'état-major. 

Va\ octobre 1722, le gouvei'iieur de \'audreuil, dans 
son rai)])oit au ministre sur les officiers des troupes du 
détachement de la marine, disait de M. de Saint-Martin: 

"Le sieur de Saint-Martin, âgé de 65 ans. Il n'a au- 
(^me mauvaise (pialité (sic); il a une l)onne conduite, et 
est plus ])ro])re à servii- dans une place (pi'à marcher en 
cani])agne." 

En cette même année 1722, M. de Saint-Martin rece- 
\-ai1 ],-i ci-oix de Saint-Louis. 

Le ca])itain(' de Saint-Mai'tin dût moui-ir peu après 
|)uis(pieLaffilIai'd nous a|)i)rend (pie son successeur i»ri1 
le commandement de sa com|)agnie le 15 mars 172)1 

-M. de Saint-Martin avait épousé à Montréal, le 1er 
sc|»icii:l)i-c 1694, Madeleine-Louise ducliei-eau de Saint- 
Dcnys. tille du seigneui' de P)eaui>oi't. 

Ils cinciil une lilh', Mai-ie-Aime-dose11e de l'Estrin- 
uuan de Sainl-Mai'tin. (pii se mai'ia à ht f/dinninc, dans 
l'église de lîeaupori, le 7 j;i nvicf 1711, avec Louis de Mon- 
li'-lf'on, olliricr d;iiis les li-oupes du d('lacliemen1 (\r la ma- 
linc. (V m;ii'i;igc occ;isioim;i deux longs |U'ocès, l'iui 



(levant rollicialiti'' de (j)iu''l>('c et Taulrc dcNaiil les aiilorilés 
civiles. Les «-Ik. ses Hiiireiil |tai- s'ai-i-anuci-. cejK'iKlant, et 
le inariau'e <(<■ .M('iit(''lé(>ii-Saiii1-Arart in t'iil rrfuil (le\aii1 
raiitorité «'oiiipétente. La rlir(»iii(|Ue scandaleuse du pays 
s'était toutefois délectée de tonte cette affaire |tendant 
l)lusieui's mois. 

Nous n'avons aucun reiiseiuiienient sur l'auti'e capi- 
taine de Saint-Mai-tin a\'ant ITÔO. ( 'c trop peu \-efl)eu.\ 
officier n'a pas même daiuné nous laisser ses prénoms. 

Kn ITôn. MM. Dumas et l)'l\\ina ayant été pr(»mus 
capitaines, leurs lieutenances fui-eiit données à MM. de 
LaKo(die-\'ei'nay et de Saint-Mai'tin. ("est là la pi-emière 
m<'ntion de M. de Sainl-Mai'tin dan> n(»s ai-cln\'es. ^' axait- 
il l<tn^teni|»s (pi'il sei-\ait :* D'où xcnait-il .'' Mystère... 

Kw 17.')(). M. de Saint-Mai't in seixa.it dans les envii'ons 
de ("arillon sous les ordres de .M. de Lé\is. ( 'elui-ci. dans 
ses Ictti'cs au tiduvei'iieur de \'audi-euil. au mai'(piis de 
Montcalm et aux auti-es cliel's de l'ai-niée. semlile poiiei' 
lic;iii<'<»up i\(- coii^idéi'at ion à M. de S.iint-Mai'tin. 

i/anin'c sui\'ante, à la pi-oinotion du Ici- mai 1T")7. .M. 
(\r Saint-.Mai't in recexait le <-(>miii;indement d'une fom- 
pairnie. 

M. de Saint -Martin, en cette nicnic aiUK-e 17.')T. lit 
partie de l 'cxpédii i<iii de M. de I^ioaud de N'audreuil con- 
tielct(»it (Icoru'c. 1 1 cdunnandait la première dixision de 
l'ai'mée et l'ciidit de «i:rands sei'vices à xui clief. 

I)ans le> c<»ml»a1s (pii pr('cé-dèi-eiit immc'fliatenient la 
Itataille de- l'Iaines d '.Khraliam. .M. de S.iint.Martin eut 
i\vs coimnandement t l'ès impoilnnl-. On ;i\;iit eoiili;iiice 

dans la li|"a\oin'e. la r;i |i;icil(' et la prndenee de ce lt|"a\e 

soldnt. 

A la lin de l'été de I7Ô!). M. de S;iiiii M.irtin eut avis 



— 350 — 

(juc le roi. sur la rccomiuaiKlatioii du marquis de Mont- 
calni. vc'uaii <k' le créer chevalier de Saint-Louis. 

On sait que le fatal matin du 13 septembre 1759 l'ar- 
mée de Wolfe ])ut se déployer sur les Plaines d'Abraham 
grâce à la faiblesse du poste du Foulon conunandé par le 
trop fameux Vergor. Le poste français en cet endroit 
aurait dû compter au moins cent hommes. Il en avait tout 
au ])lus une trentaine, Vergor ayant permis aux autres 
miliciens de Lorette d'aller travailler à leurs récoltes. Or, 
A\^rgor avait relevé à ce poste le capitaine de Saint- 
Martin. A (piui tient le succès d'une bataille f Si M. de 
Saint-Martin avait eu encore le commandement du poste 
du Foulon le 13 septembre 1759, il est certain qu'il n'au- 
rait ])as permis un tel manquement à la discipline. Il 
n'aurait pas, non plus, été suri)ris dans son lit comme le 
fut rinei)te Vergor. Enfin, on a le droit de sup])oser (pi'il 
aurait culbuté l'avant-garde de l'armée de Wolfe en bas 
de la falaise et Québec aurait été sauvé. 

Dans l'hiver de 1759-1760, le cajiitaine de Saint- 
Martin fut mis à la tête d'un im]jortant détachement dont 
la tâche était de tenir en alerte les tr()Ui)es anglaises qui 
hivei-naient h la Pointe-de-Lévis. 

Dans le Journal des cani})ag}U'.s du cltcvidicr de Lévis, 
on trouve des i)récisions assez intéressantes sur les allées 
et vernies de M. de Saint-Martin pendant ce rude hiver: 

"^\u (•oiiinicnccincnt de févriei', y lit-on. la l'ix'ière 
ayani |)ris \is-à-vis de Qué))ec, les ennemis marchèrent en 
force sur le sicui- de Saint-Martin, ({ui fusilla ])endant 
quelcjuc 1('iii|»s, uiais, cédant au nom])re, se retira au tra- 
Acis (les bois cl passa la ri\icrc du Saul de la ( 'liaudièi'c, 
ayani |»ci'(lu une <juin/ainc d'honnucs cl un ollicici' (pli 
a\'ail ('•1(' pris. Le sieur Dumas, (pii eonnuandail sui' celle 



ri-oiiîiri-<'. lit iiiai'rlicr du iiKtiidc N'crs cette iiartic |i<»ur l.i 
snlilciiir. iii;iis ;i|»lès r,-|\'nii' l'en t* »1'<m'('. il l;ii>s;i le sicur de 
Saiiit-Martiii siii- les Itords de cette i-i\ière |)<nir la déten- 
dre. Les eiineiuis ayant envoyé, peu de jours ai)rès, un 
déta<'henieiit d'environ ciiKjnante hommes ])oni' le recon- 
naître, il en eut avis, passa la rivière, s'embns(pia et les 
attaqua: il en tua heaucoup, tit (piehpies jirisonniers et 
disi)ersa le leste. 

"L'ex]>édition (pii devait se faire i)onr tirer des vivres 
d'au-dessous de Qnéhec ne ])ut ])as avoir lieu î"i eause de la 
<j::rande g'elée et (pie les moulins n'allaient i)as. Les enne- 
mis se l'etii'èrent. api-ès avoir été suivis ]»ar le détachement 
de M. de Saint-Martin, et laissèrent un i)oste à l'église de 
ia |)aroisse de la I^ointe-de-Lévis. On crut <pril était ])os- 
silile de les chasser de ce i)(>ste; on voulut i etenter de 
nouveau. M. de ! 5nui-lamaque devait se portei' sur cette 
frontière. On tit marcher du monde du gouvernement 
di's Lrois-Kivières. Il devait faciliter cette exjK'dition ]»ar 
des mouvements (pi'il devait "faire aux envii-ons de la 
place. Mais M. Dumas, dès (pie le mon<le tut )-asseml»lé, 
rnrina un détacdieinent |dus fort au sieui- Sainî-Mai1 in et 
l'envoya se i)oster à la portée de la ville pour leur ûtei- la 
communication avec le p<»ste qu'ils avaient à l'église de la 
Mointe-de-Lévis. Les ennemis firent une sortie considé- 
lahle; son di'îachemeiiî regaiiiia le hois cl la dite l'ivière. 
Il c\\\ (|Ucl<pi(s ti'aineuis pris. M. <ic 1 loui-lama(pic ai'i-iva 
dans ce temjis. eî re|tai'tit peu de jours après poui' Mont- 
réal, voyant l'impossibilité (ju'il y avait de i-ien enti-epren- 
t\n^ sui- les |iost<'s des emiemis. Api-ès cett<* expéditi(»n, 
les ennemi- lu-rdèicnt une ti-entain<' de maisons à la 
Mointe-de-Lévis et cin<| ou six à Sainte- l'oi " ( I ). 

<1) Jiiiiifiii! (Il H I inrt itif/tHH tlii rh'ialirr <lf Lcv'.h, p. !i.'{'J. 



— :^:)S -. 

^1. (le Saint-Martin fut blessé mortellement à la ba- 
taille (le Sainte-Foy le 28 avril ITGO, et (b'céda à rH(^)i)ital- 
(U^néral de Qn(''l)e(' le 8 mai suivant. 

L'aete de sc'pulture de M. de Saint-Martin conservé 
à 1 Hôpital-Général de Québec dit: 

"L'an mil sept cent soixante, le neuf mai, a été inhu- 
mé dans le cimetière de cet h(')pital le cor])s de Mr de 
Saint-Martin, ca])itaine des trempes de la cokmie, servant 
en qualité de ca])itaine des grenadiers au siège de Québec 
où il a re(;u un cou]) de feu dont il est décédé hier nnmi 
des sacrements de l'église; en foy de (juoy J'ay signé — 
l^igauville, ])tre, cliane.'' 

.M. de Saint-.Mai'tin (''tait-il Canadien ou Français? 

Dans sa lettre du 10 noveiibi-e 1759 à M. Berryer, le 
clicvaliei- de Lévis écrivait : 

"IjC sieur de Saint-Martin, capitaine, (pli sert dei)uis 
longteiiijis, soit en France ou dans la colonie, avec le plus 
gi'and /.(''le et a])plication, a ('té employé continuellement 
comme un ofHciei' de distinclion ; je vous prie de lui faire 
accoi'dei- la croix de Saint-Louis" (2) 

Pour nous, cette note du chevalier de Lévis établit 
liors de tout doute (pie M. (h' Saint-Martin était Français. 

Ti'ès peu de Canadiens servirent en France sous le 
i-égime fi-ancais et leui's noms nous sont connus. 

(j)ui nous donneia les pi'énoms du hi'ax'e capitaine de 
Sain1-Mai1 in i 

F.-(J. R. 



(2) TjCttrcs du rJicrtilicr dr Lt'tis. \> 



— .sr.9 — 



Les chansons du jour de Tan au Canada français 

Panin" !••> (juinzt' (riits cliansons qiU' j'ai moissonnées (U'piiis ISS,"!, 
dans la rt''<:i(>n dt* Montréal, dans celk* des Trois-Hivières et dans le comté 
de Preseott, Ont., il s'en trouve toute une eatéuforie qui concerne les fêtes 
et les anni\ersaires. 

Ht entre ce> t'êtes, |)as n'est besoin de vous dire (|ue le jour de l'an 
n'est pas oublié! Loin de là, car c'est i)eut-être les chanson.- du jour de 
l'an (jiii com|»tent parmi nos productions populaires les plus caractéri. ^ti- 
ques. En voici ([uelcpies exemples. 

La iiremière est le récit typique de la visite d'une jeune lillc à .«^es 
jiarents, le j)remier jour de l'année. Bien que le sujet soit traité d'une 
Jagon quel(|ue peu allèj^re. il ne s'y rencontre ])as moins ))lusieurs détails 
de moeurs. D'autre jtart, la prédominence du même son dans les couplets 
et le retour ré^riilier de l'adverbe nxsurémeni produi.^ent un effet curieu.x. 

Klle m'a été chantée par M. L.-II. Cantin, actuellement de Montréal 
et autrefois de llawkesbury, Ont. J'en ai aussi obtenu une variante de 
M. Kpiireni Terreault de Saint-lîémi, comté de Xaj)ierville. 

De son côté, M. C-M. Barbeau, le distingué folkloriste d'Ottawa, en 
a recueilli, à Mille-\'aches, comté de Saguenay, une version plus abrégée 
(.lie celle-ci, ce qui "lémontre (pie cette clian.'^on est connue aux deux extré- 
riiitt'-; de la province de (^ut'bec. 

Save/,-vous ce (pi'une lille 
Doit faire à tous les jours de l'an? 
Klle doit aller vtiir .«^on père. 
Aussi sa nièr(e) pareillement, 
.\ssu rément ! 
Oui, je j'aurîM «lans la rnéiii"in'i l'iiiLMeinps. 

I^lle doit aller voir >on \»-\>-. 
Au.ssi sa mèr(e) [lareillemeiit. 
Mb! bonjour «loiic. ma boii(iie) miM'e, 
Mon (lier |)a[»a est-il absent ? 
.Vssurément ! 
<>ui. je l'aurai dans la méinoir(e) lon;:ienips. 



8G() — 



K\\ ! I)(iiij(iiii' iloiir, nui l)(iii( ne ) iiirrc. 
.Mdii i-lici- |);i|i;i csl-il alisciil !' 
S;i iiirrc lui ;i l'ait irpoiisc : 
1 1 est allé aux l)âriiiu'iits, 
.assurément ! 
(!ui. je l'aurai dans la int'ni(iii'(r ) lonulcnips 

Sa niéiv lui a fait réponse : 
11 est allé aux bAtiments. 
Allez donc (jiic lui l'aire siti'ne, 
(^u'il i-c\ieiine pi-onipteincnt. 
Assurément 1 
Oui, je l'aurai dans la nié'nioir(e) lon<i'tem])S 

Allez donc ijiir lui l'aire siy'iie, 
(^u'il re\ienne promptemcnt. 
La lionn(e) l'cnnne soiM su'l'pei'ron 
( 'o<^-n (e ) sur un plat d'I'ei' Idanc, 
Assurément 1 
Oui, je l'aurai dans la ni<'Mnoir( e ) loni^tenips 

Lal)<»nn(e) l'eniine soii snTperiMU, 
(V)gii(e) sur un plat d'I'er hlanc. 
Ils ont aper(;u le honlioniine, 
C^ui s'en \enait en trottinant. 
Assurément ! 
Oui, je l'aui'ai dans la UM'Uioi r( c ) lon,L;'tcmps 

I h ont a|)ercu le honliomme, 
C^ui s'en venait en trottinant. 
A gCMloux, ell(e) se jette à tel're. 
.\ ^renoiix liien di''\ otcnicnt . 
.\.->uii''nii'nt ! 
()ni, je l'ani-ai dan- la ini'iiioi r ( c ) lonL;lcnip> 

A i^cnou \ idl ( e ) se jellc à teri'e, 
.\ ;renoux liicn di''\ ojeincnt . 
i/lionliomm( e ) du IxmiI de >a niilai ni>, 
l''ail dc> nutgi(es) sur tous les sens, 
.Vssiirénient ' 
(lin, je l'aurai dan.- la ni(''nioir(c) loULilcmp,- 



— 861 — 

Jv'l)uijlu»iuia(t' ) «lu lidul i\v sa niitaiiii'. 
Fait dos niagi(es) sur tous K-s sons. 
.)o te souhait(o) hioii dos riolies!?es, 
Un mari avant lo printonips, 
Assuréniont ! 
Oui, Je Pau rai dans la nn''ni«»ir( o ) l(»n;,nonii)s. 

Je to S()uliait(e) bien tlos ricliesses, 
l'n mari avant le printemps, 
Dos bénédictions sans cesse, 
Jusques au prucliaiii jour de l'an. 
Assurément ! 
Oui, jf l'aurai dans la inénidirl»') longtemps. 



De la (Icuxioino, nous axons deux versions: l'une vient de .M. \'ineent 
Ferrier >]>' Ifepentigny, autrefois de Saint-Timotliée, comté de lioauhar- 
nois, et l'autre de M. Ferdinand Lacombe. Cette pièce nous indique que 
si nos j»ères n'étaient pas (ht^ prohibitionin'stes, ils avaient du moins 
rintojition de ne pas l'aire d'abus! 

\'oici d'abonl la \crsion de lîepcntigny : 



("est aujourd'bui le premier jour de Tan. 
Fêtons-le donc agréablenifut. 
( "est à cette table que tout diacun s'engage 
.\ fêter ce jour, avec contentement 

Afin que tout le re^te rb- Tanni'e <'t'll \;-<~.i-\\i ( v/r i 



Commençons i'ann<'e du mieux (pie nous pourrons. 
Faixms di>paraîtr(e ) tout ce (pii n'est pas bon. 
Aimons-nous en frèr(es), d'une amitié sincère. 
Ali! quel contentement, jtour (](':< |)arents, 
Ii'avoir des enfants (|ui s'anius(eiit ) >i tendienient ! 

III 

0|i ! ma « liere bonteill(e), «pie tu m'as fait plaisir, 

M'aXfiir f;Mt I;i intidc rt tii|i~ il'i-n iwviMiir. 



— 362 ~ 

Tu as fait tcui devoir, tu n'as pas coûté cher, 
T'as bien fait la ronde, t'as pas beaucoup baissé, 
Et si ça eontinii(e) ca va très bien aller. 

IV 

.Si les till(es) en H)Ut com[)osé la chanson, 

Ce n'est ])as la caus(e) qu'ils n'avaient pas raison! 

Les garçons sont menteurs, ils aiment trop à boire, 

J'vous jur(e) qu*en vérité, y'auraient pas tant d'vieux garçons. 

S'ils aimaient les fill(es), comme ils aim(ent) la boisson. 

Dans la version Lac()m])e, le couplet IV ci-dessus n'existe pas; il est 
it'inplacé par les deux couplets suivants: 

Vons savez tous que j'aim(e) {)as la boisson! 

("est que j'haïs pas de prendre un p'tit couj), 

A moitié de moîi \err(e), ne me couch(e) })as à terre. 

Prenons-en tous, mais ménageons-nous tous, 

(^u'à la fin d'ia veillée il n'y ait personn(e) de saoul {sir). 

Mes chers j)arents, que je suis donc content. 

De m'y voir ici, avec vous autres présent. 

Vous qui m'êtes si cher, que mon coeur révère, 

Puissiez-vous (vous) conserver avec nous dans ce monde, 

Puissiez-vous (vous) conserver encor((') [)lusieurs aimées. 

■X- * * 

La troisième nous a été l'ournie j)ar M. L.-Il. C'antin, qui l'a apprise 
\('i's 1805, à Saint-Homuald de Lévis. Elle se clumte sur l'air: "Dans 
cette étable". 

1 
Dans l(e) tcmjjs des fêtes, 
Tout le monde est si gai 
Que la toilette 
N'est pas troj) ménagée. 
On va cliez son voisin. 
On se doiino la main. 
Et puis, on se la souliaite. 
K\ quand le verre est })lein, 
On fail Irininictlc. 



- 86o — 
II 

Ja's pèi(e.>^) et mères 

AtteJid(ent) leur^ entants, 

Dans leurs eliaumières, 

Le coeur tout j)alpitaut. 

Et sans eérémonies, 

L(e) l)onliomm(e) sort son whiskey, 

Et la bonn(e) femm(e) les verres, 

On s'embrasse et on^rit 

Lomm(e) des compères ! 

m 

Dans la grand(e) chambre, 

Tout est bien préparé 

En circonstance, 

l'our tout(e) la i)arenté ! 

Les pâtés, les rôtis. 

Les volailles farcies, 

Sans compter la côt(e)lette, 

Le liacon de whiskey. . . 

C'est pas tro]) bête ! 

*•?;■* 

Terminons par une cliaiisoniiette que \ini> a\ez dû entendre "assu- 
n'-ment". .l'en dois le texte à M. l'Etienne l'oitras (pii l'appi-it ;i Quél)ec, 
il y a plus de vingt ans. 

Au jour de l'an (bis) 

T(.ut' les vieill' 111 les 

Font la grimace. 
Au jour de l'an (l)is) 

Les vieux gar(;()ns en t'niit autaiil 1 

E.-Z. MASSICOTTE 



— 364 — 



NOS ANCIENNES COURS D'APPEL 

( Siiilc cl fin) 



irT4 

Le :^'<J juin 17 Î4 lut suiu-tiouiié en Angleterre le fumeux Acte de 
Quéhec, sous le titre de An Act for mailing more effectuai provision for 
ilie gorcrnmeni of [lie Province of Québec, in North America, qui réta- 
blissait ilaiis le })aYs les lois civiles françaises, et rappelait ces fameux 
.serments si injurieux })our les catholiques et- leur religion. 

Ce hill venait en force le premier mai 1775. 

Autant il donne de contentement aux Canadiens-Français, autant 
il chagrine les Anglais, établis dans le pays, (jui n'en avaient été j)révenus 
en aucune façon. 

Par ce hill, toutes les lois civiles alors en existence sont révo(iuées, 
aussi bien celles établies par la Proclamation Royale de 1763, que celles 
laites par le gouverneur et soji Conseil depuis cette date, pour être rorw- 
])lacées par tlie laïcs and cinitons of Canada. 

Toutes les commissions de conseilleurs, juges et autres officiers du 
gouvernement se trouvent infirmées, révoquées et annulées au 10 mai 
1775. 

11 est loisible à Sa Majesté d'établir un Conseil dont le nombre des 
conseillers ne devra ])as dépasser vingt-trois ni être de moins de tlix-sept 
dont une majorité j)ourra faire des ordonnances ])our la police, le bonheur 
et le bon gouvernement de la Province. Les premiers membres du 
nouveau Conseil Ijégislatif lurent assermentés le dix-sept août 1775 
au Cbâteau St-Louis mais ne siégèrent régulièrement que pendant l'biver 
de l'î77, (piand fut rendue l'ordonnance {]vii nouvelles judicafures. 

ij'invasion du pay> |iar les troupes du Congrès axait retardé l'éclosion 
du nouveau régime. 

IjCs membres du Conseil cn'M- piir l'Acte de (.^uc'-bec sont les sui- 
vants (1): 

11.-1'. CrjinialH', lieiiiciiant-gon\iTneni\ Win llev. jug<' en clief, les 
lions. Ihigli l-'inliiy, 'riionias Diinn, .liinies ( 'iitlibert , Colin Drummond. 

I t) Gazette de Qtiélicc. 24 aoùi 177"). 



— 3(;r) _ 

Kraiitis l.r\i'S(iiir. I-Mu;inl llarrisoii, John Ci'lliiis, Ailaiii Mal)aiii', l'c- 
(iiuilv (le ("oiitrccDciir, lùicli de St-Oiirs 1 )'l']cliaill(>iis, ('liarit's-Fraii(;(>is de 
IjaiiaiidiiTc, (Jcorgi- Powiiall, (icor^c Allsopi». St-liiic (W la Coiiu', .Joscj)!!- 
Cîas[)ar(l CliaussegroïS \)v \Â'\\\ Alcxaiidcr .Idhiistoii, Conrad <''iigy, 
Picotti* de Bellestre, Desbergôros de Jîigauville, ,)(tliii Fraser. 

("était la première l'ois depuis la coïKjuête (pie des catlioliciiu's ixui- 
\ aient siéger ((inime juges. 

l'u salaire de 100 louis est attaclu- à cette posiii(.n de Conseiller 
jA'gislatif; le Conseil siège à huis-elos. 

Le serment tU-^ conseillers les oblige à garder le secret de leurs 
délibérations. 

J'ar commission sous le grand sceau de la province, signé du gou\cr- 
iieur Carleton, en date ilu j)remier août lllCi, le gouxcriunir, le lieutenant- 
gouverneur, le juge en cbef et les membres de <e Conseil sont constitués 
comme tribunal d'A|)]iel, et sont autorisés à entendre toutes causes civiles 
de.s Cours inférieures où le montant en litige dépassei'a dix louis. 

Dans les causes ou le montant en dis|»ute dépassera •")(•() loiiis, il sera 
jirrmis d'en apjieler au Conseil Pri\é en Angleterre. 

l'ar cette (•(•mmission la Cour est autorisée à reviser et examiner les 
procé'dures (]f)i Cours dont il est l'ait a[ipel. et à entendre et considérer 
"tous nouveaux témoignages" (lui peuvent être |)réseiité's par l'une <iu 
l'autre des |)arties. 

Cette (lisf>ositi(»n pei-mettant d'entendre de nouveaux té-nioigiiages 
avait été tirée du droit l'raïK.ais et ne l'ut pas maintenue par l'acte de 
.luilicature de 1 1 !M. 

.Maseres, dans s(»n i'hin of n <(iii rrnit'nl mclhoil nf ud iiiiiiistcriii(/ 
jiislirr in tlic l'rori/ni' uf Qurfn-r (A rolU'ctiini of scvcriil Coiniitissioris ) 
pré.^enté à l>ord II illsborongli en 11*0, suggérait l'.Appel di'< Cours Infé- 
rieures au gou\eineur et à .-on Con-eil. 

L'un i\*-> ré>ultats de IWppel, y dit-il, serait de conserver de l'uni- 
i'ormrté dans U-s lois par t<»ute la pro\inci'. (pii autrement poui'raient 
di Itérer dans clwupie jiiriilic t ion. 

M -Uir^ri'.i-jiii ausvi (pie, polir la ménii" raison, les di'cisions des ('ours 
Inférieures ne fussent pas accepté'i's comme autorités pour ré-gler des 
disputes subséipientes, car on ne devrait s'appuyer (pie sur les (b'-cisions 
de la Cour (r.\pp(d ou de (dles du Conseil l'ri\é. 

Il suggère encore (pie. pour (pie le goil\('riieiir et son ('onseil ne soient 



— 356 — 

})a.> privés de- luinii.~'i'fs de i)rrs(iiiui.'s versées dans les lois, iradjniiidrc au 
gouverneur et Conseil les Juges des dilférents districts judiciaires et 
])eut-être aussi les procureurs dw Roi, qui donneraient leurs avis sur les 
appels, et pour cet ell'et, il pri)|)o>e de les faire veidr à Québec, pendant un 
mois, vers le teni[is du joui' de l'an. 

Il soumet aussi (pie ces apj)els seraient seulement c(nime ils le sont 
en Angleterre, pour corriger les erreurs en loi commises dans les (Vnirs 
Inférieures^ et ]ion pour considérer de nouveau les faits de la cause, à 
moins que ces faits eussent été ajjpréciés i)ar un seul juge, sans le secours 
d'un juré. 

Les piirties piiuiront. si elles le jugent à propos, l'aire écrire les témoi- 
gnages par le greffier et y faire signer les témoins, [)uis adjoindre le tout 
au dossier pour être remis à la Cour, (pii al(u-s pdurrait prendre connais- 
sance aussi bien des faits ([ue de la loi : mais (pi'il ne liu sciait pas pernn's 
"•(l'entendre de nou\cau\ témoignages". 

Comme on peut le xoii', l'avis de Maseres, sur le fait de nouveaux- 
témoignages ne fut [la- ac(-e|)îé |(ii's(pic fut constitué'e cette nouvidle Cour 
d'.\|)pel. 

Touttd'ois\Mascres jiaraît a\oir i-i'nissi sultsé(p:emment à faire i)ar- 
tager .«es idées sur ce sujet aux auti>rit(''s en .\ngleterre, cai' dc^^ instrut-- 
tiiiiis royales reçue- jiar llalilimand, en date du Ki juillet rî'î9, [Coiisli- 
iiiliondl /loriniinils, by Short and Douglity, page -1-Î8) iidimaient à ce 
dernier de faire ()assci- par le Conseil une ordonnance pour expliquer et 
amender c(dle de ]'i1'i, (pu aurait décrét(' (pie la ('our d'Apptd devra se 
borner à examiner seulement les erreurs en loi (pd auraient pu ("tre com- 
jnises, ainsi (pie la preu\e tiaiisini>e par la < om- duiii il y aura apj»el, saii- 
(pi'il soit permis d'entendre de iiouvidle- dispositions ni de rcv'xaminer 
de noincau les témoins di'jà entendus. 

(^U(d(pies jours plus tard, cont raii'emeni à ses babil ude- de docilité 
ordinaire, le ('oiiseil se permet de disniter ces ite-t met ions rovales et 
d'c'.jirimer clairement à l'.\ngleterre les objeciions (pTil avait de s'y 
conformer, dans l'étal où se trouvait la province. 

Mil (■ons(''(pjeiice, l'ex(''(!it ion de celte ordonnance fui remise jiis([irà 

ce (pie le roi se pronoll(,ât de nouveau sur celte (plestioll. 

Le ('oiiseil (pli. en même temps (pi'il pMiivail juger en .\pp(l, avait 
aussi des pouvoirs l-'gislal i fs et exf'iiit i fs, établis le •?,") février H 77, des 
Cours civiles de jiidicatiire [xuir la province de (^iK'bec. Même division 
de la province (pie préc(M|('mmeiit, en i\i'U\ districts, t^uébe«- et Montréal, 



- 3('.7 -- 

avL'c iiiu' ('(tur ilr IMiiiiInviTs ( '(iiiiiiiiiii> (l;iiis cliafiiii de (-(.'S distrii-ls, 
siégeaient une jnuriit''c par scinaiiit'. |)tiiir la drcisidii des alVaircs dont la 
valeur en litij^e ne dépasse pas 10 louis et une autre jniiriK'i' poiii' cclli's 
de 10 louis et au-dessus. 

Cette ('(tur est aussi autorisée à siéger coinnie Cour de "IMMltatc" 
j)our la vérilieation des testaments et jiour entendre toutes les causes con- 
eernant "les propriétés et les droits de eitovens", suisant les récries pres- 
crites par l'article X du I>iil de (Québec. 

Jj'artiile I \' <K' cette ordonnance décrète "ijue le gouxerneur et son 
Conseil sont jtar ces présentes érigés et constitués (ils l'étaient déjà par 
la commission mentionnée |dus liaut du 1er août Hîd) en Cour Sup('- 
rieure de juridiction civile (dont en l'absence du gouverneur le juge en 
chef sera jtrésident ) pour entendre et juger tous ap[)(ds des Cours Infé- 
rieures de juridiction civile dans la province dont la valeur en litige excé- 
dera la somme de dix livres sterling ou de causes concernant la perception 
ou demande de quelque droit dû à Sa Majesté, ou de (lueUju'honoraires 
(l'office, rentes annuelles ou autres t(dles semblables all'aires, ou choses 
dont les droits seront fixés à l'aveiur. (pioicpie la snmnie soit au-di'ssous 
de dix livres sterling". 

"Cinq des membres du dit Conseil (excepté les juges (pii auront rendu 
la sentence dont on fait appel) avec le gouvi-riieur, le lieutenant-gouver- 
neur et le juge imi chef i-omposeront une Cour à cet ell'et, qui siégera tous 
les premiers lundis de cha(|ue mois jiendant toute l'année et (pli continuera 
à siéger cluKjue mois aussi longtemps (pie les affaires le requèreroiil. 

''Kt la dite Cour d'Appel aura |)ouvoir de reviser et examiner toutes 
les pr(K-édures des Cours I nférieun's et de corriger toutes erreurs tant de 
«Iroit (pie de fait el de rendre tels jugements (pie les Cours Inférieures 
auraient dû prononcer, et d'accorder et (b'-créter dans t(ds jugement- telles 
exf'cutions (pie prescrit la loi". 

"Les jugements de la dite ('oiir d'.Vpptd seront (b-linitifs dans tous 
procès (btnt la valeur en litige n'exc("'dera point la somme de ciiKi cents 
livres sterling; mais dans ceux (pii excéderont cette somme, il pourra en 
être interjeté appel à Sa .Majest(' en son Conseil l'rivi', en donnant pre- 
mièrement |iar l'appelant suffisantes cautions (pi'il poursuivra ejfective- 
ment le dit ajipcd, (pi'il répoielra du montant de la c<tn(lamnatioii et (pi'il 
paiera aussi t(»us les frais et duiiiinage> (pii seront accordés par Sa .Majesl(' 
vu .'ton Conseil Privé, dans le ( a< où le jugement de la dite (onr d'.VpiKd 
.'iorait confirmé." 



— :i68 — 

Jugenieut su.spfiulu jiis<[u';i lu décision déliiiitive de l'appel. 

Tous procès restant jjendaiit dans atieune des Cours d'Api)el établies 
ci-devant en cette province, seront portés incessamment à la Cour d'Appel 
étahlie ])ar ces présentes, pour y obtenir jugement et exécution. 

Ordonnance le 4 mars ITT^. qui ('tal)lit une seule Cour de juridiction 
criminelle en la province. Cette Cour sera nommée Cour du Banc du 
J{oi, qui décidera suivant les lois d'Angleterre et les onlonnances du 
gouverneur et Conseil. 

Il y a beaucoup de plaintes contre toutes les Cours de justice de 
ces temps et contre la Cour d'Appel particulièrement : ces plaintes vien- 
nent surtout des anciens sujets de Sa Maje.sté d'Angleterre. 

Le 14 février 1T80, ^[. Crant, conseiller, ayant fait une motion devant 
le Conseil, pour savoir si un membre de ce corps, en tant que membre 
d'un corps législatif, ne ])eut pas prendre copie des documents mis devant 
le Conseil par Son Excellence le gouverneur ou autres personnages afin 
de [)ouvoir l'étudier en son particulier et .se former une opinion des affaires 
(ju'il est appelé à juger. Cette motion est rejetée par le Conseil. 

Le 4 juillet lTS"j. dans un a])pe] de William et Robert Grant i-ontre 
Alex. Oray, M. Uelcnj n itlidreir not iinder.sianding the enf)J\.<<li pleadings. 

Le 24 août 1786, la Cour d'Aj)j)el ordonne qu'à l'avenir, dans toutes 
Is causes où les procédures sont en anglais seulement, les parties ou leurs 
(onseils feront faire un résumé des différents j)laidoyers ainsi que des 
jirocédures et jugements des Cours Inférieures, faisant connaître les rai- 
sons d'apj)el, etc, etc, pour le tout être traduit en français et mis à la 
disposition des juges canadiens français qui font partie de la Cour d'Aj)i)el. 

Le () janvier ITSI, les marchands de Qu<''l,ec s'adressant au Conseil 
Législatif s'expriment comme suit, article XI : 

•'Les défauts de pratiques dans les Cours Inférieures se sont au.ssi 
introduits dans la Cour d'A[)peI, i[ui pendant ces huit dernières années 
s'est trouvée à agir avec désavantage n'ayant |)as un seul de ses membres 
qui fut strictement un bomme de loi pour renseigner Ir- autres membres 
d<' <•<■ ('onseil sur les (piesti<tns de loi." 

La incnie ;innce (1187) llugli Kinlay. l'un i\c> nicnil»res même du 
Cotiseil. rendant témoignage à rempiéte f;iiti' sur Tadministration de la 
justice en cette province, dit (pie dans plusieurs causes commerciales qu'il 
cite, la Cour d'.Appel dans certains cas s'appuie sur les lois Tnincais et dans 
d'autres sur celles d'.Vngleterre. 



— 'MVJ — 

Il dit au»! «iiif vi-n^^ ( nur d'Appel n'a jamais; adoplé do priiR-ijx's 
iléiKM-aux (k* lui ((nniiu» l»ase do .>^es décisioiis, mais il est (Miiivaiiuu fjiir 
les iiumiiIm-cs l'ram;ais déi-ideiit suivant li-ur (MileiidciiK'iii et au mrillcur df 
leur connaissante. Ivos memlires canadiens-rrançais, on général, se basent 
sur les luis Irant^aises pour toutes les allaires, ôtant oonvainous ([ue o'est là 
ee que l'Aote de Québec décrùte; les anglais, oux, .sont d'opinion que dans 
une eau.so commeroiale dont los ])artios sont anglai.'^es cette cause doit ôtro 
jugôe cumnir (die lo st^rait en Angleterre. 

N'ost-il pas ourioux que les jugements dos Cours Inférieures, prési- 
ilées j»ar des liommes do b.i généralement. crmipétents, qui ont été élevés 
dans cette jirofession, soient revisés et très souvent renversés par une Cour 
(TAppoI (jui fut toujours composée en grande majorité de gens probable- 
ment lionorablos, mais qui n'avaient aucune compétence dans les lois. 

Avant 1:S8, il ny avait j>as de Règles de pratique dans aucune do 
nos Cours do justice (iiegistre ^ avril 1800). En effet, ce ne fut que le 
X^i> de janvier 1788 que la Cour d'Appel adopta des règlements sur la 
pratique par lestiuel^î entre autres choses on y règle qu'il y aura i.éremption 
d'instance aj)rès un an de suspension des procédures: que la robe et le 
rabat seront requis jK.ur los avocats jdaidant devant cotte Cour, etc. 

Avant cotte date los avo<ats étaient toutefois tenus do ne pas se 
présontor à la C«.ur d'Appel autrement qu'en habit, veste et pantalon 
noirs: je tnmvo co qui suit sur ce sujet dans les registres de la Société 
du Barreau établie it guéboc on 17 7!i. Le ."i juillet 1784'. M. Thomas, 
avfK-at, e.^t c(,ndamné à ô schollins d'amende par résolution du (■<)r[)s dos 
avocats, K'unis on assombléo, pour être allé au Conseil samedi, je ]!) juin 
précé<ient, où il avait plaidé on veste blamlie. Le mémo jour .loan-A. 
l'anot est aussi eondamné au mémo montant pour avoir |daidé au Conseil 
on liabit gri-. 

D'après le même registre de cette "Société du Barreau" Kpio je 
j...:.^-<le dans nia bibliothè(pio), à la date du 2U iiov.-mbro 1784, il v est 
dit (ju'il y avait quinze avocats commissicmnés qui [)rati(|uaiont à Québec. 
( es derniers étaient alors re^us sous le bon plaisir >\u g..uvornement. 

Les .««tatistiquos judi( inires de ce temps sont si rares que je m'empresse 
de publier les ronsoignement** qui suivent, parus dans la (nizrlh ,lr (Jut'hrr 
du .") janvier 170'i : 



— ;^70 — 

J)('s n-gles (le i)rati(iue (2) ix.ur la Cour (rAi)|)i'l <\\im ([ue pour la 
Cour (lu F)anc du Roi sont adoptées et mises en force le 19 janvier 180!). 

Par (/es nouvelles règles de i)vati(|ue, il est ordonné que les avocats 
ne doivent paraître à la Cour qu'habillés de noir, avee toge, etc, (Rohes 
and Banxh), comme il est d'usage à Westminster PTall, Angleterre, avec 
les cheveux en queue (H au- in bags). 

Les protonotaires, le shérif et le crieur sont aussi obligés de porter 
les costumes que ])()rtent les mêmes officiers en Aiigleterre, avec en sus, 
])our le shérif, son bâton d'office et son sabre i]V(nu1 of office nnd sirord). 

Le bureau du shérif, ainsi que celui du protonotaire, doivent être 
ouverts de '8' à '6' lu'ures, })endant le temi)s que la Cour siège; ([uand la 
Cour ne siège ])as ces bureaux sc.nt fermés de midi à '2' heures. 

De vives protestations s'élevèrent dans la Chambre d'Assemblée au 
sujet de ces ivgles de pratique, qui al)outir('nt à une enquête faite en 
1814, par un comité de cette Chambre, (|ui (om-luait à l'iiii pcncliiNcnl des 
juges >)(.nathan Sevadl et James Moiik, i»our s'être arrogé par ces règles 
de pratique des droits législatifs que la Chambre seule pouvait exercer. 

Je ne veux jias entrer dans tous les détails de cet événement judi- 
ciaire: disons seulement que des trente-six griefs ou résolutions (hi comité 
aucpiel avait été référée la question, la Chambre en vota trente-quatre 
unanimement; une voix seulement ayant été enregistrée contre les deux 
])remières résolutions du comité. 

Les chefs d'accusation contre le juge-en-chef Sewell sont particuliè- 
rement violents et y auraient gagné à l'être moins. Ce rapport de la 
Chambre fut mis entre les mains du gouverneur Prévost pour être trans- 
mis à Son Altesse Koyale le Prince lîégent, avec prière du gouverneur de 
sus])eii(lre les dits juges dans l'intérim. Le gouverneur s'engage à trans- 
mettre le tout en Angleterre, mais ne croit pas devoir suspendre les dits 
juges à la requête de la Chambre seulement, le Conseil Législatif n'ayant 
]»as été consulté là-dessus. 

Les plaintes de la Cliainlire ayant (''t(' -soumises au Conseil l*rivé, 
celui-ci décida (pie les dits juges, ni les Cours (pi'ils [(résident, n'avaient 
outre]»assé leur autorjti' en faisant de telles i-i''gles de praticpie: inutile 

(2) Rulrs (nul orrlcrs of prncluc in thc Provincial Coint of Apprals, Lowcr 
Canada, Qnehrc: l'rinird hi/ P.-F.. Dcsharats, T^aw Prinhr lo Un- Kini/'.s ^fost 
Excellent Majestn. 1S09, 12 pa^e.s Kiand in-4. 

Orders and ritlen of inaclice in Ihc Court of Kimis Bcnch, for Ihr District 
of Oiichrr. l.oirir Canada, Qiichcf: .M.DCCC.IX. :}!)7 paRe.s in-l(i. 



— :\i\ — 

tli' (iiri- (|Ut' Ifs (i.'ux ju','t's-eii-ilu-r se tlrlVridin-iit liabik-nn-iit devant k' 
('((iiseil rri\t': je possède dans ma ljibli()tliè(|iif le niémuirc de d.'-f.-ii-.' du 
jii^'t' Sfwcll, (jiii ot un nKidèk" du ^enre. 

Les (k'u.x juges firent einuler une petite brochure (3), contenant ki 
réponse du l'rince Régent leur donnant gain (k:- cause contre rAssenil)Iée. 

En 1815 la Chambre d'Assemblée ayant fait une nouvelle enquête 
"sur la constitution existante des Cours de justice criminelle et civile 
dans la province", un projet de loi (4) fut lu une }>remière fois en Cham- 
bre, (|ui avait jtour but d'amender de nouveau l'Acte de .ludicature de 
la 34e année du n"gne de 8a Majesté George Ili. Par ce projet de loi, 
on érigit une Cour Sujjérieure de Juridiction ou Cour Provinciale 
(l'Appel, laquelle Cour aurait été comjtosée du juge-en-chef et de quatre 
juges associés du IJanc du IJ.ii. dont trois feront quorum: le plus ancien 
juge y [(résidant. 

Cette Cour devait siéger pendant trois termes .m vr>>iuii- par aiiiK-e. 
du 1er au !> des mois de mars, juillet et décembre : les mêmes juges siègent 
aussi comme Cour de juridiction criminelle on Cour Provinciale du Banc 
du Roi, pour les matières criminelles. 

Il était aussi statué par l'article VIII de ce projet de loi, (pi'au-un 
juge de la Cuur du lîaiic du Roi pour les matières civiles ne pourrait être 
nommé à juoins qu'il n'ait été un avocat duement admis à prati.pier et 
<pi'il n'ait pratiqué de bonne foi au barreau, pendant ciiK] ans. 

Ce pntjet de loi, qui n'eut pas de suite pour le moment, ne devait 
en grarule partie devenir en force que sous l'Cnion en 1843. 

\a' K; novembre ISIS, le juge-en-chef Sewell écrit au gouverneur- 
général, S4- plaignant île l'absence presque continuelle de certains juges 
de la Cour d'.\[)pel, ce tpii fait (pic les affaires de cette Cour sont retardées, 
faute de (|Uorum. (hi parait surtout s'absenter (piamï paraissent les causes 
du district de Québec. Les juges dont on s*- plaint ici sont les juges 
Monk, Haby. Cuthbert et Perceval. 

(3) Message de Son Kxconfncf lAdmini.strateur r-n chef h la Chambn- 
(rAssembl^e. vendredi. 2 février ISKî. Québec: Imprimé ù la NouveUe-Impii- 
merie. N<. 21. nie Hiiade. 1S16. 17 pajfe.s in-S Texte.s anplal.s et framai.s <n 
resrard. 

(4» Imr»rimé .««(U8 le titre .suivant: Kxlra.dt des priurdis dr In Chnmhrr 
d'Aaacmhlrr dnim la prrmiirc scsition du huitidmr Pnrlrmrnt Provincial du Btis- 
Cnnnda. sur la cotiJititulioii rx.utnntr drs <onr.i dr justirr rriminrllr vt citfilr 
dfiHH la dite Prov.ncf. Québec, imprimé A la Nouvelle- Imprimerie. N., 21, rue 
l:uade. IV]-, '•." \mf(is in- 12. Text«s anKlai.s et rranc:ai.s en repard. 



— 372 — 

Dfs tr()ul)l('s étant siirvoiius (l;ins le (t.iys, la constitution l'ut suspen- 
due le 10 l'évrior 1S;^S et la proclamation s'en lit à (^nôhoc, le ?!) inars 
>uivant. l ii {'oiiscil s[)ccial <lc \iiij^l-i|cu.\ uiciuhrcs fut iiistitu*'' pour ia 
direction des affaires du pays. 

Dans cet acte qui est intitulé: .4// AcI io nxiL-c trmporari/ proci'^ion 
far ihc (jovcrncment of Lon'cr CiukuJh (1 et 2 \'ictoria, chap. !<), il est 
sti[)ulé par Partit le \'l, que rieji de ce qui est contenu dans cet acte ne 
sera considéré ( onune affectant ou invalidant aucune loi, statut ou ordon- 
jiance, maintenant en force, en la dite province du Bas-Canada, ou aucune 
partie d'icelle, excepté dans le cas où ceux-ci seraient en complète contra- 
diction avec le dit acte de suspension. 

La ("oiir Provinciale d'Ap])el reste comj)osée comme auparavant du 
^ou\erneur, i\\\ lieutenaiit-^'ouveriu-ur. ou de l'administrateur de la pro- 
vince et iU'^ membres du Conseil exécutif, qui sont les suivants: les hono- 
rables Wni Smith, C.-Fs Delerv et W.-A. Cochran (ayant rang et ])réséance 
suivaid la (hite de leurs commissions), ainsi que les honorahles John 
Stewart, Dominique ^londelet, liughs Heney, Ceorge Pemberton, Louis 
Panet, William Shephred, D. Daly, H. -Ci. Routh, (ieo. Moffat, Peter 
]^Ic(iill, Toussaint Pothier et Pierre De Pochehlave, puis le juge-en-chef 
de la Cour (hi l)anc du Koi à Montréal, tlont cin([ formeront un (piorum. 

Pendant les [)remières séances de cette nouvelle Cour d'Appel, durant 
la suspension de la constitution, ce fut le juge-en-chef Sewell qui j)résida 
la Cour: l'année suivante c'était James Stuart, son plus formidable ad- 
versaire et ennemi, qui le remplaçait sur le même siège. 

Ceux ((ui aimeraient à connaître l'opinion de Lord Durbani sur ce 
jthis baut tril)nnal (b' justice (b' notfe pro\ince, feraient bien de lii-e son 
rap])ori sui' les alfaires du Canada, en 183!», oii il fait une histoire de cetti; 
Cour d'.\|)pe| qui n'est pas très flatteuse poui- le tribunal, et qui pourtant, 
nous croyons, se rappnx'lie [)a> mal (b' bi \<'i'il(''. 

Il y fait surtout un p(U'trait saisissant <hi Conseil lv\écidif dont 
les membres sont b's juges d'A[)pe|. Durbani |>félend avoir réorganisé 
(•■tte ('our à son arrivée ici et a\oir raninii' la conliance dans ses (lécisi(»ns. 

hans M.n [-rojet d'Cnion, hurbani suggère une ('our Suprême ir.\|)- 
p(d pour toutes les colonies de r.\méri(jue du Nord, au lieu de laisser 
subsister un tribunal d'.\p|)(d dans chacune Av^ |iro\in(es. ('etti' sug- 
gestifin de Lord Durbam de\ait à peu près se rt'aliser par l'établissement 
d'une Coni' Suprême pour la l'iiissaiici'. en ISlô. 



- 373 — 

T<»ii> k-.-> c'l('nK'iit.< |i(»liii«|Ut'.s du |iay.< |>;irais.<eut .s'aieordor pour cri- 
ti»|uer lit c-onipoi^itioii do c(> triluMial d'Ai>f)oI, dont les juges .sont des 
membres du ('<»mité Exécutif. On en avait fait le sujet d'une *\e> (|uatn'- 
\ injrt-douz»' Résolutions, en '■-:'' ''i'. 



1841 



Iniou Législative des jtro\inee> du Bas et du lIuul-( anada, con- 
sommée le 23 juillet 1840, par un acte intitulé: .1/* Ad lu n'unite llie 
jnijvinrva of f'pprr ttnd Loirrr l'aundii iind fur (lie govrnnncnl of Cnuiidii 
(3 et 4 Victoria, cliap. 35): le pays portant maintenant le nom <«r(iil.'l 
de Provinee du Canada. 

L'union judiciaire des deu.\ provinces n'eut pas lieu toutefois, (juoi- 
(ju'elles fu.ssent réunies en une seule, par cet acte, car le Haut et le lias- 
Canada demeurèrent séjiarés en deux parties bien distinctes quant aux 
institutions légales, et le Parlement de l'L'nion légifère le plus souvent 
.-•''j)arément pour chacune de ces deux ci-devant provinces. 

I^i partie Lst du Canada ((^Uiébec) conserve .ses ancicniit'- luis civil.- 
françaises telles qu'elles existaient avant l'Union. 

\j^^ articles quarante-six et quarante-sept de l'acte de TLiiion statue 
ijue toutes les lois, statuts et ordonnances en force dans les deux provinces 
MU moment de l'L'nion et non raj>pelées par le dit acte, resten»nt en force 
dans les dites deux provinces respectivement comme si ITnion n'avait 
lue; «'U lieu. 

Par le statut de 1843 (0 Vict., cliaii. 1 *>--<>' !« <'»'"■ d'Appel se coni- 
jM>be de tous les juges de la Cour du Ban»- de la Heine, dont <|uatre forment 
un quorum; les termes ayant lieu du 1er au 10 novembre inclusivement, 
des mois de mars, juillet et novembre charpie année. La Cour siège alter- 
nativement à t^uébec et à Montréal. 

La [>remière séance de cette C<»ur .sous la nouvelle loi eut lieu à 
• Québec. Ce trans[»ort de la prérogative de juger en Aj»pel, du Conseil 
Kxécutif aux juges «le la C<iur du Banc de la Heine, pour lequel on com- 
battait depuis si longtemps, a été peut-être le |>lus grand |»as fait pour 
augmenter la confiance dans les dé<-isions de ce tribunal, jus<|ues-là com- 
jMjsé (le créatures do<'iles, (jue le gouverneur faisait mouvoir à sa gui.s<« et 
qui défR-nclaieiit complètement de son bon v(»uloir. pour la conservati<tn 



< r, ) Voir le S4ième. art. 1er. 



... 374 — 

(l(j leur po.siti<»]i. C'était enfin le triomphe de- idées de la Clianihi-e dWs- 
.<emblée de 1815. 

Par le statut 1"^ Victoria, ehap. 3T et 38, les termes de la Cour d'Ap- 
jK'l et Erreurs sont changés comme suit: à Montréal, du 1er au 12 mars 
et du 1er au 12 octobre: à Quél)ec, du î au 18 janvier et du 1er au 12 
juillet. 

Par la ITième section du statut 2U Victoria, cliap. 44, les causes en 
Aj)j)el des districts d'Ottawa. Montréal, Terrebonne, Joliette, Kichelieu, 
St-François, Bedtord, St-Ilyacintlie, Iberville et Beauharnois sont enten- 
dues et déterminées à Montréal seulement et les writs en tels cas sont 
retournal)les là : et les causes des districts des Trois-Rivières, Québec, 
Saguenay, (ias])é, Kamouraska, Montmagny, Beauce et Arthabaska sont 
entendues et déterminées en la cité de Québec seulement, où les writs sont, 
retournai)les. Les termes de la Cour sont encore changés cette fois et 
sont comme suit: Montréal, les 1er de nuirs, juin, septembre et décemi)re : 
Québec, le 12 (\e< mêmes mois, chaque année. 

1867 

L'article 12!) de l'Acte de l'Amériijue Britanni(|ue du Nord stipule 
(jue, dans tous les cas non prévus ])ar le dit acte, toutes les lois efi force 
au Canada, dans la Xouvelle-Ecosse et au Xouvcau-Brunswick au temps 
de la Confédération de ces provinces, continueront d'être en force dans 
les dites provinces comme si la Conledération Ji'avait pas eu lieu: sujet 
toutefois aux changements (pi'y ])ourraieut faire les Communes ou les 
Législatures de ces dillereiites provinces suivant l'autorité conférée par 
cet acte aux dites Législatures. 

187o 

l'ar l<' statut du Canada de l'aniK-e IS^.') ( :^S \'ict., cliai). 11) une 
Cour Su|)rême ou Cour généi-ale d'.\ppel pour tout le Canada est établie, 
laissant exister les Cours d'Appel des |H'o\inces, avec privilèges de fair(> 
reviser les jugements de ci-v dtMnièi-<'s |)ar le Conseil Privé comme aupa- 
lavanl, sans être obligé de |»asscr [lar la ('our Suprême. 

('•'tic ('onr Suprême se compose d'un juge-eii-chcr et de cin(| juges 
puiiiê>. dont dcn.\ au moins doi\cnt être choisis parmi les membi-es du 



I 



... .-,<., ... 

Iiarivau «If la {iruviiice de Québec, aliii «^ik- > rite C'uur i)uis;.se toujours 
avoir ra.ssistance de {«.'rsoiiiies ])arti( uli(Tenieiit renseignées sur les lois 
des Canadieiis-Fraii(;ais de la pruxiiicc de Québec. Il y a a|)|)el des ("ours 
Provinciales à ce tribunal pour le.-» causes civiles et criminelles. 

INuir les causes de Québec, Tappel ne |)eut venir {|ue de la Cour du 
liane «lu li'oi ou de la Cour Supérieure siégeant en Kévision ([uand il n'y 
a pas d'appel à la Cour d'Appel. 

11 y a appel tlvs jugements de la Cour d'Appel à la Cour Suprême 
du Canada, en matières crinn'nelles ; mais seulement quand les juges de 
la Cour d'Apjiel ne sont ])as unanimes dans leur jugement. 11 n'y a i)as 
d'appel de j)Iein droit d'un jugement d'aucune Cour Crimijielle du Cana- 
da au Conseil Privé en Angleterre. 11 peut toutefois y avoir appel de 
grâce — comme dans l'affaire (iaynor et Greene — si le Conseil Privé 
juge à j)ro])os de s'y prêter, et c «la malgré la secti(»n' \i)'i') du Code Cri- 
minel ('i')-')ii \'., c. 2*.), sec. ?.■>). 

Le Conseil Privé n'admet t]i'!^ ajipcls de la Cour Suprénii' du Canada 
«|Ue dans des cas graves d'intérêt public ou de |)oints de loi importants. 
11 n'y a pas d'ajip(d de i)lein droit. e.\cc]>té pour des causes de l'Amirautf'. 

Avec l'établissement d<' la Cour Su|iréme, nos Cours Provinciales 
d'Ajtpel perdirent leur titre de principal et plus liant triltunal judiciaire 
de ce pays. 

PHILKAS (iAC.XO.X 



I E CHKVALIKR DE CHAMPIGNY 

Le chevalier d»- Ch.jnipiRny était le Irôre cadet de nr)lre inlemlant, M. lîo- 
chart Chamiiigny. 

Garde de la marine en 1G9.J. le ciievalier de Champigny ulUiiil, l'ann^^o sui- 
vante, une enseigne dans les trouj)e.s du détachement de la marine servant dans 
la NouvelIe-I'Yance. 

p]n 1698, il était promu lieutenant, et, le 20 avril 1700, fait cai)itaine en pied. 

I>e 18 octobre 1700. MM. de Callières et Bochart Champigny écrivaient au 
ministre : 

"Les sieurs Linctot. Tr»nty. Soulanges et chevalier <lc Champigny remer- 
cient très humblement S;i Majesté de la grAce qu'elle leur vient de faire en leur 
accordant k chacun une compagnie " 

Le 1 8 mai 1700, le chevalier d" Champigny obtenait un congé «le neuf mois. 
Il s'embarqua itoiiv la France à l'automne de la même année. 

M. de Chamiiigny ne revint pas dans la Nouvelle- France. Le 1er mars 
1702, il obtenait du roi l;i permission d*' se retirer de son service, et, le 1er .ivii! 
suivant. M. !>»■ Oardeur «le Courtemanche recevait le commandant de .«a com|);i- 
gnie. 



I 



.376 



JOACHiM CHALONS 



Joacliim Cliâlons vint dans la Nouvelle-France en qua- 
lité d'agent des intéressés en la société en connnandite for- 
mée par M. Oudiette qui avait obtenu du i*oi de France la 
ferme des droits sur les castors, les orignaux, les vins, les 
eaux-de-vie et le tabac. 

Le 28 se])tembre 1685, l'intendant de Meulles écrivait 
au ministre : 

"Les précédents fermiers ont eu icy deux commis l'un 
noimné Cbalons et l'autre Riverin qui estaient parvenus à 
un si hault x^oint de gloire et de fierté qu'ils se sont donné 
la liberté de controller toutes les actions de ceux qui ont 
l'autliorité du Roy en mains ; j'ay sçeu plusieurs fois 
qu'ils i)arlaient avec la dernière insolence de Monsieur de 
la Barre, et qu'enfin cela ])ourrait diminuer et rendre mé- 
l)risal)le l'autorité que 8a Majesté luy avait .confiée, ce qui 
aurait i)U dégénérer en sédition et révolte, et après leur 
en avoir donné avis par deux ou trois fois avec toute l'hon- 
nesteté imaginable et ])arti(^ulièrement au nommé Pbalons, 
et lui avoir fait coimaistre que cela est fort dangei-eux et 
(ju'il devait se contenter d'avoir mandé son sentiment à 
Paris, je luy fis mesme connaistre (pi 'il devait profiter de 
mon ('xem[)le et du rc^sjx'ct que j'avais pour Monsieur de la 
Barre i>our que je n'eusse pas lieu d'en estre satisfait, tout 
ce que je luy dis luy ])i-ouva si ])eu de clioses (ju'il continua 
de ])lus en plus à pai'ler avec autant de liberté que je me 
Irouvay obligé de luy dire (jue je le feiais mettre prison- 
nier si j'ai)prenais cpril en pai'lnst davantage. Tl n'en fit 
|)as moins ])onr cela, cl nu lieu qu'il ne i)arlait que contre 
Monsieur de in JJan-c, il <'onnnença sous main à se déchaî- 
ner c(.n1i-e moy ; Luy et le <l. Hivei-in étaient ap])uyés i)a]' 
Mniisieur (le Àlontoi'1 ier ()ui n'ayant l'ien à faii'c ici pas- 
sait son teitips ax'cc eux à gloser et coiiiiiienlei' toutes nos 



;iclinlis. et a|»|)Uy('l' sccrrlcliiclil Iniilcs les (•.•|l>;il('S de ces 
<l('ux iiicssiciii-s. S'il esl vray, Moiiscitiiiciii-, (|ii(' imus 
iKHis soiiiUK's îi-diivrs cnihai'i'assos Monsieur de la l>ai"i-c 
et iiKty sur ce (juc nous (levions faire, pai<-e((ue les Faisani 
mettre en ])rison, (-'estait leur donner lieu de crier et de 
taire entendre à leurs niaistres (jue leur eniprisonnenienl 
aurait causé un ^rand préjudice à leurs droits ; ils i)rév()- 
yaient si hien cette raison (|u'ils s'en tenaient tout fiers et 
vivaient ])res(|ue couinie indéjx'ndants. ces doux counnis 
m'ont i)arlé dei)uis ce temps avec une liai'diesse et une in- 
solence (pu* je devais faii-e i»unii- à riieui'e mesnie. 

"Je ])i'endray la lihei'té de vous dii'e encoi'e, Monsei- 
uiieui', (pie deux i)ersoinies de probité me sont venus trou- 
vei- ]»our me dii'e que le d, ('liâlons s'ahandonnait si fort à 
sa i)assion qu'il uardait aucunes mesui'cs et (pi'en toute 
occasion il ])arlait de nioy avec la dei'nière insolence ; si 
j'avais fait mon devoir .je l'aui-ais l'ait mettre en prison. 
Mais, Monsei^'iieur. comme cette aft'aii'c re<iai'de ma ])er- 
sonne et que ces soites d'actions poui'i-aient peut-être \'ou- 
faire concevoir (pie je suis violent eî (jue je me serx'irais 
de l'auctorité (jue le Koy m'a confiée ]K>ur me venjier j'ay 
cru que le meilleui- était de vous en doimer connaissance 
et de vous en demander justice poui- ser\ii' d'exem))le à ces 
sortes de commis, et leur ap|nendre d'estre toujours dans 
leiii- devoir et ne se point <'l(»ritiei- et tii-ei- ti"o]) d'avantage 
du ci-édit de leurs maistres ; on aura (\i'> iMMivelles de ces 
deux c(nnnns die/ M(»nsiein- de \'ilry La \'ille. cy-dexanl 
t'erinier (le ce pais" (1 ). 



< 1 ) '.'.. s^-i-i<-. V'.l I folii 



- r,7S - 



OUESTIONS 



— On sait iiue l'irascible M. de Mézy. gouverneur de la Nouvelle-France, 
et plusieurs autres personnages de marque demandèrent à être enterrés dans 
le fliiiotière (ie.-; |>auvre.s de l'Hôtel-Dieu de Québec. Ce cimetière existe-t-il 
encore ? Bien des lecteurs du Bulletin liraient avec plaisir, j'en suis certain, 
un historique de ce cimetière plus connu sous le régime français que de nos 
jours ? 

QUEBEC 

— Au pied d'un acte de Guillaume Audouard. à la date du 25 juillet 1651, 
je vois la signature de J. Renoiiard de Bellair. L'écriture est très belle et 
le nom est suivi d'un paraphe très étudié. Le corps de l'acte donne le pré- 
nom de Jacques à M. Renoiiard de Bellair qui n'agit en la circonstance que 
comme témoin. Tanguay ne dit pas un mot de ce personnage. A-t-il fait 
souche au pays ? Qui me renseignera sur lui '.' 

•R. O. B. 

Sous le régime français la plupart des formules de serment portaient 
"lequel après serment liai- luy fait de dire vérité et qu'il nous a dit n'être parent. 

allié, serviteur ni domestique ' 

Quelle différence faisait-on sous le régime français entre le serviteur et le 
domestique ? Aujourd liui, il semble que les fonctions du serviteur sont à peu 
près les mêmes que celles du Domestique. 

AGO 

Dans une note du Père Jésuite François de Crespieul au sujet de la mis- 
sion de Tadoussac, je lis : 

"Il serait bon aussi d'achever le Dictionnaire du l'ère LeJeune en langue 
montagnèze (montagnaise), d'autant qu'il n'y en a aucun en ce pays". 

Le Dlc-tloniialrc du Père LeJeune a-t-il été publié '.' S'il est encore inédit, 
où le manuscrit en est -il conservé ? 

LINGT 

— Dans un ac-te notarié de ITtîO ou ITtil il est iiuestion d'un endroit nom- 
n>é "Les Sources" dans le gouvci-nement dr .Mont i-é.il. <)i"i se trt)U\'ait cette 
paroisse ou seigneurie '.' 

A. B. 

— Dans sa lettre au niinisti-e du 2i septembre 1685, où il lui raconte ((u'il 
vient d'établir une monnaie nouvelle i\ l'aide de cartes à jouer, l'intendant de 
Meullea écrit : "J'ay rendu une ordonnance par latiuelle j'ay obligé tous les 
habitants de recevoir cette monnaie en m'obligeant en mon nom de rem- 
bourser les d. billets, personne ne les a refusé et cela a fait un si bon effet 
que par ce moyen les troupes ont vécu à l'ordinair". 

Cette ordonnance de l'intendant de Meulles a-t-ellc été i)ubliée '.' Où '.' 

X Y Z 



— ol\) — 



TABLE DES MATIERES 



Actrs (le i'ni et lioiiiiiiauc <-(iiis('i\('s à Moiil rral. 1 iiNcnlaii'c 

(les 9;;. :î()() 

Adlu'iiiai", .J(*;ni-r)a]itisT('-Aiiinl)l(' 274 

AllaitciiK'iit tardif 299 

Alhiiiicttcs au ('aiiada. La iirciiiirrc iiiaiiut'acl lire d' 1S7 

Aniaritoii. Fraii(;ois ;>;)1 

AiH.Not de X'iiicclottc () 

Arp'iitciiil. Pici-fc (rAillclMiiisi d* 327 

AiivilK*, Le diicd' 2')-^ 

Ar«i('lit(M-it', P]ti('llll(' de Mirr de r '.V.Vl 

Aiitcuis caiiadiciis-l'raïK'ais cniiroinK'.- ]);ii' l'Acadriuie 

fi-aii<;ais<' 224 

lîatilly, Francois-Mai-ic Mai-uaiic de ',V.V.\ 

Beanhassiu. Alexandre Le N'eut' de '.V2\) 

Px'aure, Le Hdiu de la 2')'2 

IJcaulic'U, eai)itaine-^énéral des (lardes, (lande de. . 127 

HcaussicT df rislcM. de KJO, 242 

lîédai'd. Les i)niits de Jcan-Iîapîiste 122 

i>(41eval. Pieire Foui-nier de '.V.VA 

Her^'^res, Hayinoiit-IUaise (les ;;2:>, :\:V2 

Herinen, Le notaire Laureiil ;I2 

i>ernière de LouNiuiiy. La fainille ;52() 

Hei-thier de X'ilmnr. Alexandic :\:V2 

l)eurrei-ie au ( 'anada, La |n-einièic 1,S7 

lilainville, dean-lîaiitiste ( élnrdii de :52() 

Rnldur. procui'eur de la l*ré\i.t('. Louis i;; 

pKtUehei- de In l'ej-ièi-e, René :\:\2 

iJnUcdiel'de I JnUclierxille. Pieri e :5;)2 

l><>urlania(jUe et >(»n in('ni(»ire sur le ('anada. . 19:i, 22.") 
( 'allièj-es et n(»s nfïiriers militaires en 17<)]. M. de. . :\2] 

( 'aiiadien-Fran(;ais. Le premier 209 

( 'aiiadions-Fi'aneais memlties du ('<intii("> des I^tats- 
Fnis lili-j 



— 3S0 — 

( 'ap-Touniiciitc, ].a Itaroimicdii 21î) 

( 'ai'i^iiaii, Mai'iat2,('s d'oificicis (hi i'('>jj,ini('nt (le 17() 

Cazot, Ja's (l(''i)(juill(.'s (lu P('r(' Jt'siiitt' 128() 

Chaeornade, M. de 331 

( 'lu'dons, J()a(*liiiii 37() 

('liaiii))re de Coiimierce du Canada, La première. . . 211' 

Clianipiguy, Chevalier de 325, 375 

CliaB!-(»n des Frères du ( 'auada 152 

Chassaig'iie, Jeau Bouillet de la 322 

Cliâteauguay, Avaut la bataille de 121 

Chesne, Pierre 52 

Clerin, Denis D'Estiemie de 329 

Cloches au Canada, Les })remières 187, 334 

Conii)lainte des 40 noyés 90 

Contrat d'engagement d'un cliirurgien ])()ur l'Ouest au 

dix-huitième siècle 157 

Couillard de Lespinay, Louis 3 

Courcy, Le chevalier de 209, 254 

Coureurs de bois 279 

Cournoyer, Jacques Hertel de 331 

Cours (rai)])el. Nos anciennes 342, 361 

(V)urtemanche, Augustin Le (Jardeur de 328 

D'Auteuil de Monceaux, Charles 220 

De Muy, Nicolas Daneau de 323 

Desjardy Moreau de Ca))anac, Fiançois 325 

Desmarets, Le cliirurgien Charles Doullon 157 

Dimc dans la Nouvelle-France, La 277 

I)i\(>i"cc devant notaire. Un 253 

Druillon de Macé, Pierre-Jacques 125 

Du Unisson, Jac(|ues-Chai"les Renaud 328 

Diicliesncau au ministi-e de Seignelay, Lettre d<' l'inten- 
dant 275 

Du (îiié, Jac(|ues 330 

Duloii«ipi-é, Le peinti'c 149 

Duluth, Daniel de ( 1 i-eys(.l..ii 324 

Diniiesiiv de Xoi é, .L'ie(|iies Le Dicai'd 323 

Du i^lessis. Les 150, 332 

Dnplessis-i'\-diei-1 . i'\-|lie<»is Let'el)\re ;)22 



Duraiitayc. M. di- la ;>;»1 

Duvernay et la J////r//v . I.udticr 2'J 

Echecs au ( "aiiada, Li' jeu (T 14() 

Kc«.lcs (le Montréal en 182S 'A7)] 

Esgly, Fran^'ois Mariaiichau (T '.V2^') 

Estè'he, Les lettres (lu fameux 2U9 

Etoffe canadienne 187 

Familles de nos gouverneurs français. Les. ..... '207 

Foi et hommage c()nserv('s à Montri'al. Les actes de 93, :U)() 

Fondeurs de (dociles au ( 'anada 187, '^'^'^^ 

France et la rc^^bellion de 18^)7. La 17() 

Franc.s-Fi-ères, Les 210 

Fn'^'res du ( 'anada. Les 102 

Fromagerie au Canada. La i)r( iiii(''re 187 

( Jamelin. mai'uuillier fi-anc-ma(;on, T^iei're-.Jose)»]i . . . 240 

(iauclietière, Daniel Migeon de la 'XV2 

(lirard, artiste, i]rnest 10 

(îosselin. Le clian<»ine Jean-Iîapîiste 212 

(irandville, J^ierre iV'card de :î29 

(iroix, Charles-Henry, maixjuis d'Aloignx' de la . . . . '.VI'.'» 

Hanihal, Joseph. . .* ' 209 

Ilerhin, Fr(}déric- Louis :);52 

Héros de Çhâteauguay eî la chanson. Le 188 

Hertel. François :V.\] 

Huault, Adrien 122, 204 

Invasion améi'icaine chantée, L' 241 

.Jemerais, Chi-istophe Dufros de la :J27 

.J('*sus, La i»remièi-e con<'ession de rile '.\(Y.\ 

.J(»n(iuière. A-t-on calonnné M. de la 289 

Jorian, Le j>rétendu îcslaniciit de Talthc 118 

Jugement de Dieu, Le 12:î 

I^a Corne, Jean-Louis de :')29 

La Corne. Le chevalier de '.\7)] 

La Forest. Fi-an(;ois de :i2n 

]..a Hontan. Cn document im'-flit .vui- le tunnn de. . . 11 

Lajus étail-il d'oi-igiiie c.-madieiine. Le docleui . . . is'i 

Lamothe-( 'adillac. ,\nt(»iiie lie :I2.'> 

Langy, Lé(»n de :i:}l 



— 3<Si - 

Langue, A propos de 192 

Lanoraie, Notes liistoriques sur 337 

La Noue, Zaeliarie Robutel (le 331 

I^aSalle, Quentin (le 332 

Laurier, L 'ancêtre de sir Wilfrid 53 

]jeblanc de Marconnay, Le sieur 177 

Leclerc, ("harles 250 

Le Gardeur de Beauvais, René 326 

Le Gardeur de Tilly 326 

Legg'o, William-Augustus 191 

LeMovne de Maricourt, Paul 324 

Lettres de cachet 183, 247 

Levasseur de Xer('', Jacques 324 

Le Verrier de Rousson, François 323 

Lianery, Marchand de 328 

Liiictot, Michel (io(h'froy de 325 

L'Isle, connnandant du fort Bourbon, M. de 21 

Longueuil, Cliarles LeMoyne, baron de 324 

Loriniiei', (iuilhiunie de 323 

Loteries sous le r(\oiine français. Les 303 

Louvigny. Louis (le la Porte de 325 

Lutins, A i)i*opos de 159 

Mai, La i)lantation du 154, 251 

.M;ii-guillier et franc-nia(;on 240 

Mai'îelly, Le sieur de 326 

Massiccitte, Un livre de M. E.-Z 24 

McCai'thy, (^ù est n(' Justin 55 

MtMiioii-c df M. de lîourlaiiKuiue sui- le ( anada . . 19;i, 225 
Mémoire sur la part ic occidentale du ( 'anada. . . 25, 56 

Meiiteclit, Nicolas d'Ailleboust (le 327 

Migeou (le Lranssal 313 

Moii(li(»ii, de Mongaron (le la ( 'aiilei'ie, h'rs 330 

Moiiiei- .!.-!*» (il 

Moiinerie, M. de la ;î29 

M(»n1 i^iiy. .jac(|ues 'i'eslai'd (le !Î28 

Mol'eau et la gliei-l-e de bSll}, Le géïKM-al 245 

Moulin à scier sous le i('Liinie l'i-aiicais 187 

N'a i'lioniic-Lai-a cl ('liai'Ics Lepine \H'.\, 242 



3.^3 



Nnlairc (le la \<iii\cllc- l-'iaiicc. Le piciiiici" '•)- 

Xouotte (le la SoiitTlclci ic. .Ja('(|Ucs L>'J() 

(>ffi<'i('i's militaires (lu ( "aiiada cil 1701 '.V2\ 

( )ri^iiu's. Nos MH 

Partlu'iiais Anatole ()4 

Péi-ade. PieiTe-Tlionias (le la A'M) 

J\''ri^ny, Paul (l'Aillehoiist de :5l>9 

Perrcault, Jaeciiies 120 

Pencault, Josepli-Fraueois-Xaviei' 19'2 

Persillon, M. de " :',28 

JVtit (le I/Kviliei-. Charles 324 

Pil.ai'dière, d.-A. de Frenel de la :V2H 

J-'oissot, Tue lettre du iiégoeiaut 24:) 

Poterie sous le ivoiine français, La 1S7 

I^otliiei-, l/lioiiorahle Toussaint 22o 

Prison de Montréal, l/aiicieniie ;>10 

J-'ulperie au Canada, La |trenii('i e 187 

Kal)v, Pierre :>,2() 

Haniezay, Claude de :î22, :î:r) 

Hejx'nti^ny ;)2(), )Î27 

Honian d'un praticien. Le 220 

R(»uville, Jeaii-Paptistc llcrtcl de WM) 

Roze, Pierre 299 

Sahatier, Charles MKi 

Saint-(ieînnies. les descendants de .lac(pics 'M)'.] 

Saint-.Jean-nai>tiste, La f'(''te de :\]\ 

Saint-Martin, Jos-Alex de rKsti-iii^uaii de. . . . :524. :\'h\ 

Saint-Martin, Le capitaine (le ',\~)',\ 

Saint-Michel, PhilipjM' Le Sauniei- de :VM) 

Saint-Ours, Piciiv de ;;22, :',:;(), :;:;i 

Saint-\'incent, hai-oii de Maicy. M. de 121 

Salahei-iy. Charles de " 121 

SaiTazin. l'n Icstaiiicnl du docteur :'>17 

S((r< tm !'( (In nilxissdfh , Le l'oiuan le 212 

Seerétaii'c du chc\alici' de L«'\is, l'n ancien '.VU) 

Seerc'iairo du roi an Canada. Les 1S| 

Selles de Maihrelle. l''ran(;ois de :i:i2 

So<M«''tés de seeoui's mutuel. Nos 221 



— 384 -■ 

Soiilang-es, Pii'ri'o-Jac(|U('s (le J(»>'l)ei't do 825 

Souverains, hôtes du Canada 2'2 1 

Subercase, Daniel Auger de 321^ 

Suève, seigneur en i)artie de Sainte- Anne, M. de. . . 249 

Temple, Edmond-Marie 191 

Théâtre à Montréal en 1816, Le 256 

Thiei-ry, x^rocureur du roi 7 

Tribunaux de police à Montréal autrefois 180 

Trobriand et son roman sur 1837-38, Régis de 191 

A'aremies, La famille (laultier de 14, 78 

Vaudreuil, MM. de Rigaud (h' 331 

Villedonné, Etienne de 328 

Villerav, La famille Rouer de 33, 65, 97, 129, 161, 295, 296 

Villiers, Bobé de 332 

Vivier, Jules Le Fournier du 331 

Vogt, Adolphe 316 

AValler, Joeelvn 156, 307 



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Hri.LK'l'IN D'ARCHEOLOGIE, D'HISTOIKE, DE 

iii()(ii:Ai'im:. dk hibliographik. dk 

MMISMATK^IK. KTC, V/W, 



l'CBI.IK l'AK 



PiFKRi<:-Oi:<)R<;i:s-Kc)v 



VOLUMi: \"INGT-Sia'TIl-:MH 

1 



IJOVl: 



n»i5l 



HUIJ.IOTIN 



DES 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXVII BEAUCEVILLE- JANVIER 1921 N« I 



JOHN BLACK 

John lUai'k est i)i-<)l)al>k'iiK*iit iiii iiicoiiiui pour la 
])lui)art (le nos lecteurs, ("est i)Ourtaiit un ])ers()nnage 
(jui eut son heure (h' célébrité. Venu d'Ecosse vers 
1787, il s'était étal)li à Québec connue constructeui- de na- 
vires. Kn 1792, sir Alnred Clarke, alors lieutenant-gou- 
verneur de la ])rovince, le nomma surintendant des chan- 
tiers du i>-oitvernenient à Kingston. Etant de ])assage à 
Québec, dans l'été de 1794, il fut saisi une nuit (24 août) 
l»ai- la foi'cc iiiilitaii-e et conduil à la ]»rison locale, où il 
resta enlermé juscpTau 2.") mars 179'). L'année suivante, 
le 24 juin 1791), il était élu représentant du comté de Qué- 
bec, au parlement provincial. Poin- un hojnme qui sortait 
de jtrison, riionneui- était gi-aii<l, et nia<'k jouissait certai- 
nement h cette é|)o(iue d'une |)opularité peu ordinaire dans 
la vieille cité. Tu événement inattendu allait le mettre en 
vue encoi-c daxantagc. c'était d'ailleui's ce (|ue Black 
recherchait, et il allait et l'c sei'vi à souhait. \)('<^ troubles 
avait écdaté dans la i»i-o\incc à |)ropos de l"'Acte des che- 
mins". ( )n ne parlait (pic de conspii-ations contre le gou- 
vernement. Des aventui'iers t'i-ançais ré)>andns dans les 
campagnes pi-échaient la lévolte; on disait même (pie les 
Améi-icains du \'ei-m(»n1 méditaient ime atta(jue sui- le 
( 'anada. L'aiiibassadeui- de la i-épublicpie française aui)rès 
du goinernejiieiil aiiM-ricaiii. Pierre-. \nuuste Adet. semble 



... 4 — 

avoir été le principal instigateur de toutes ces menées. En 
tout cas, David McClane l'avait certainement rencontré, 
et c'est d'après ses instigations qu'il se rendit à Québec 
pour aviser avec Black sur les meilleurs moyens à prendre 
] )()ur s'emparer de la ville. On sait ce cpii arriva. McClane 
avait un comi)lice, un nonnné Frécliette, qui se présenta 
(îliez Black, le 10 mai 1797, et l'avertit qu'un inconnu, caclié 
dans un i)etit bois le long du chemin Saint-Louis, désirait 
lui ])arler. Black se rendit à l'endroit désigné, et fit con- 
naissance avec l'inconnu qui n'était autre que McClane. 
Celui-ci lui dévoila tous ses i)lans, et Black courut avertir 
rUonorable J(dni Voung, un des membres du Conseil exé- 
cutif. La nuit suivante McClane, qui s'était rendu à la 
résidence de Black, fut arrêté et conduit à la prison. Con- 
danmé à mort connue traître et espion, il fut pendu le 21 
juillet 1797. Black avait été le principal agent de l'arres- 
tation (le McClane, son nom fut i)orté aux nues par les mem- 
])res du gouvernement. Black ne tarda ])as à demander 
une récompense. Le gouverneur Prescott lui donna ime 
lettre de recommandation ])oin' le secrétaire du dé])arte- 
ment de la Cuerrc et des ( "olonies, le duc de Portland, et le 
chargea de se rendre en Angleterre poiu* réclamer lui- 
mr'me re ({u'il désirait. Black s'embarijua ])our Londres 
au pi'intemps de 1798. Le bateau qui le portait fut pris 
])ar les Français à Pcnlréc de la Manche, et Black fut em- 
iiiciié «'oninie ])risonnier <le guerre à Boi'deaux. Il réussit 
(•('])endaiit à s'échai)per, ti'aversa les Pyrénées et gagna 
Jjisbonne, au Portugal, d'où il s'embarqua ])our l'Angle- 
teiTe. Il dcbai-(|na à Londres, au mois de se])tembre, et eut 
de suite plusicin-s entrevues avec John King, le sous-secré- 
1aii-e du déparleiiieiil de la (Juerre et des Colonies. Au 
mois de novembi'e, il obtenait une l'econmiandation du duc 
de Kent, et entiii la pi-omesse (lu'une réconi})ense 
substantielle hii sei-aii a<'coi-dée. De l'etour à Québec, dans 
l'été de 1799, le lieu1enaii1-gouvei-neui" RolxM't Shore Mil- 
iies lui ac<-oi-d;i ('M) décembre 1799), d'après l'ordre (pi'il 
<'ii ;i\;iil recii du diic de I *(.i-i Iniid, tout le canton de Dorset, 
d.iiis le coiiiié de I Ic.Miice. lequel cnnloii contenait, à part 



les r('s('r\('s du ( "Ici-ur et de la ( '<»ui'<»iiiio. riii((unTit('-1i'ois 
iiiillo acres (le IciTc. lîlack voiilnt avoir (laxantaix^'; il 
lui fallait, disait-il, une (•(»uipensa1i<)ii pour les dounuaucs 
(|u'il avait subis dans son coninuTcc et sa réputation, lois 
de son eni])i'isoinieinent en .1794. ( "était jdutot une ai>pro- 
bation ])ul)li(pie de sa conduite tpril désirait se faire don- 
ner. En effet, dei)uis l'affaii'e ^NFcClane, le ])eu])le ne 
voulait plus voir en lui cprun traître. Aussi, convaincu 
que c'en était lini de sa poi)ularilé. il annonçait à ses élec- 
teurs, (hms la (itizdic <J( (Jnrhcc, le 18 juin 1800, qu'il ne 
solliciterait i)lus leur mandat, et (pi'il s'effaçait en faveur 
du procureur généi'al. rhoiiorablc Jonathan Sewell. 

"("est, disait l^lack, un monsieur qui s'est rendu 
l'emarquable ]iai" ses talents et son intégrité, et qui a déjà 
bien (\('<' droits à vo5 suf¥ra<»*es; c'est ])our lui maintenant 
(pie je .sollicite cet appui (jue vous m'avez donné avec tant 
fie générosité. 

**\'(>us aurez alors, messieuis, un rei)résentant pour 
votre comté partif-idier, bien jdus ca))able de vous servir 
(pie moi ; et, en même tem})s, j'ose es])érer que la ))rovince 
ne sera p<>int ])rivée de mes services; tant faibles sont-ils, 
ils seront toujours employés à l'avantage de mes conci- 
toyens et au bien-êti'e du i)ays. Dans quelque situation que 
je ]uiisse me tiouvei", je vous devrai ])articulièrement ma 
reconnaisance la jdus \ive, et l(U'S(jue je ])oui'i'ai vous s(vi'- 
vir convenablement, .soyez persuadés (pie j'y ser.'ii t(»u joui's 
porté paî* inclination.'' 

Tout cela n'était (pie de la tlallcrie. Hlack savait bien 
(pi'il avait perdu toute influence. Il était, de plus, réduit 
à la misère noire. Au mois de juin 1S012. sa iiiai.son et un 
morceau de tei'rain (pi'il i>ossédait dans le (piartier du 
I*alais, à (Québec, étaient vendus à l'eiiclière; rannée sui- 
\ante, au mois de mars, c'était le tour de deux vaisseaux 
(|ui venaient de .sortir de .son chantier de construction. 

1 Jla(d< était d'une ténacité jxmi oi-dinaire; il ne se laissa 
pas abattre ))ai' les i-evers (pii l'accablaient, et continua à 
demander d'une main les fa\-eurs du i:«»u\('riiemeiit. peu- 



... G — 

(lant (jue de l'autre il meiidiail son ])aiii dans les rues de 
la ville. 

En ]80(), il traverse en xVngleterre, et va de nouveau 
frai)per à la porte du duc de Kent. Il lui présente cette 
fois un mémoire sur le gouvernement du Canada (1) où 
il expose ses idées sur les changements qu'il jugeait néces- 
saires de faire dans le mode d'administration de la colonie. 
Il y avait, à son avis, tro]) de députés canadiens dans la 
Chambre d'assemblée, les anglais ne pouvaient y exercer 
aucune influence. En outre l'organisation militaire était 
défectueuse ; les forces régulières étaient sous le comman- 
dement d'un officier de langue anglaise, tandis que la mi- 
lice était connnandée ])ar un officier de langue française. 
Dans le cas d'une invasion par des troui)es i)arlant la 
langue française, "il est facile, dit-il, de prévoir les consé- 
quences d'un tel état de choses, mais ])énible d'en saisir 
toute l'horreur". 

"Et n'est-il pas h craindre, ajoute-t-il, (pi'il ne sur- 
vienne un malentendu entre le connnandant des forces du 
roi et le connnandant de la milice ])our des motifs sembla- 
bles à ceux qui engendrèi'cnt, au mois de sei)tembre 1759, 
la disjjute entre les officiers français. Jaloux de la renom- 
mée du général Montcalm, et qui c(>ntri))uèrent à un si haut 
degré h la subjugation linale de la i^i'ovince." 

Pour remédier à ces défectuosités, voici ce qu'il pro- 
])osait: "En i)remier lieu, disait-il, il faudrait miir les 
provinces de Haut-( "ana(hi et de l)as-( anada, si cela peut 
se faire sans difficulté, sinon éi-iger Iniif nouveaiLX comtés 
sur les trois millions d'acres de terre concédés récenmient 
et cluKjue comté élirait deux représentants. En outre, la 
durée d'un i>arlement devrait être fixée à se])t ans au lieu 
de (piatre, et clia(pie candidat, pour être éligible, devrait 
jouii" d'un l'cvemi de cent cincpiante livres i)ar année au 
moins i>rovenant de propriété iiiiniobilièi'e, (m retirer un 
salaii'c i>ei"manent égal à ce montant. Je désire faire ob- 
servei" à N'oti'c Altesse Royale à ce sujet, que le ])ays ne 

(1) Arch. Caniid.. <J. lOfi. p. :,6\. DmiKlity et McArlluir. Doc. const. 1701- 
1S18. pp. 327-328. 



saurait jd-nspri-cr avec la coiistitiitinn actuelle (pli ouvre 
la voie au ^i-aud ixtuibre (l'iueeudiaii-es de la pire catégorie 
tandis (pie les conditions d'('li^il)ilit('' (]ui viennent d't^tre 
pro})os(''es auraient ])()ur etïet de inettic de l'avaîit les 
lionnnes sensés et éclairés du ])ays. 

"L'union des provinces, continue Black, ou l'érection 
de huit nouveaux comtés aui-ait ]Knii- l'ésultat de ra])])ro- 
clier considérahleuient les Anglais des Fran(;ais quant au 
nombre. Et comme l'on doit s'y attendre, dans tous les 
])ays le chef d'un ]>arti combattra le gouvernement de Sa 
Majesté i)ai' tous les moyens jus(prà ce (lu'il soit api>elé 
au ])ouvoir (m ait o})tenu quelque chose conforme à ses 
vues. Votre Altesse R(>yale s(» rendi'a compte (pie, en fixant 
à sept ans la durée d'un [)arlement, on (lé])lorera moins 
souvent la nécessité de se i)récautionner contre les déma- 
gogues acca|)areui's. T/union des deux ))rovinces ou 
l'érection des nouveaux comtés aj<nitera huit meml^i'es au 
Conseil législatif." 

Evidemment. Black était de l'école des Sewell et des 
Hyland. c'étaient tout sim])lemeîit leui's idées rpril émet- 
tait ici. 

Ce mémoii'e était accom])agné (rune pétition au géné- 
l'al Wetherall. où Black (\\']>osait les actions d'('(dat (ju'il 
avait accomplies au service de son i"oi et de son ])ays; il 
convient de s'y arrêter un jieu |)oin- voii* c()mment Black 
savait se donner de rim])(U'tance. 

En 1794, il avait arrêté deux chefs (pii avaient j)oussé 
à la révolte huit cents hommes, à pro])os de l'acte des che- 
mins. Black fait ici une ei-reur, r"Acte des chemins" ne 
fut adopté en Chambre (jue deux ans a|>rès, en 17î)(>. Il 
v(»ulait )»r(»bablement menti(nmei" l'acte de milice. 

Mn ]~U4 encore, à la suite d'une dé))osition faite de- 
vant un magisti'.it fraïK-ais, par deux incoimus, il est 
envoyé en pi'ison, au moment où il avait lôH hommes à son 
emploi. En 1790. il est élu i-eprésentant du c(»mtc de 
(Québec, au })ai'lement ju'ovincial. 

En 1797, il arrête un général fran(;ais (McClane) et 
son aide-de-c,-imp (Fi'échette) (jui soîit c<nidaninés à mort 



sous l'accusai ini] de ti'aliisoii. Eu 1787 encore, M. Adet, 
rambassadcur de France, et Don Urico, l'ambassadeur 
(rEs])ag-ne aux Etats- Tnis, soudoyent cinq es]nons ])onr 
l'assassiner; il les: i^iit^ arrêter, puis déporter. 

En 1798, le général Prescott et les membres du Conseil 
l'envoyent en Angleterre demander une récompense. 

Il rencontre le duc de Kent, qui a l'obligeance de le 
recommander au roi. Le sous-secrétaire d'Etat, M. John 
King, ré]>ond en date du 26 décembre 1797 que c'est l'in- 
tention du goTivernement de Sa Majesté de lui accorder 
innnédiatement ce qu'il demande, et sans doute on aurait 
fait droit à sa ])étition, si un changement dans le gouver- 
nement du Canada n'était intervenu à cette époque ; c'était 
justement au moment on Prescott avait été remplacé par 
sir Robert Shore Milnes. Tl conclut sa pétition en rappe- 
lant au général Wetherall la nature des faveurs qu'il avait 
sollicitées en 1799, et qu'il sollicite de nouveau. 

Il désire qu'on lui accorde des lettres })atentes confir- 
mant ses titres à la ])ossession des îles Ronde et de Grâce, 
en face de Sorel, et (le la (Irande Ile, située entre Kingston 
et l'île Carleton, dans la i)artie inférieure du lac Ontario, 
qui lui ont été concédées en 1799. 

Il désire en outre qu'on lui accoide la ])osition de sur- 
iutendant des cliantiers de construction navale de Sa 
Majesté dans le Haut et le l>as-Canada; s'il était en même 
temi)s nommé mesureur de bois, il en résulterait ])Our le 
gouvernement une économie de €5,000 ])ar année. Enfin il 
esj)èi(' (prai)rès avoir attendu l'espace de douze ans et 
cinq mois, avoir traversé- l'océan trois fois, on usera de 
diligence ))our l'aider à sortii- de la triste ])osition où il se 
trouve maintenant, étant réduits, lui et sa famille, à la ])lus 
cruelle misère. 

K\\ terminant il deuiaiidail au généi-al Wefhei-all de 
ne pas faicc «-oiuiait i-(^ en public l'état de gêne où il se 
ti'ouvait. 11 ajoutait (pie si on faisait di'oit à sa ])étition 
il es))éi-ait pouvoii" obtenir les secours pécuniaii'cs dont il 
avait grand besoin, (pi 'il n'osait allei* demander à ceux qui 
l'avaient connu autrelois, parce (pie pi-obablenient on se 



contenterait de Ini répunilre ]»ar un haussement (ré])aule 
ou jiar un regard de malicieuse compassion. 

Cette ])étiti<)n était datée du 19 de janvier 1807. Le 6 
de février, le duc de Kent la renvoyait à sir (Jeorge Sliee, 
secrétaire du département de la Guerre et des Colonies, 
avec inie lettre où il disait tout son estime pour John Black, 
et regardait la gêne où se trouvait celui-ci comme une honte 
]»our le gouvernement ; c'était un devoir de reconnaissance 
que de lui accorder la i)osition qu'il sollicitait (2). 

Sir George Shee ne se laissa i)as trop émouvoir par la 
lettre du duc de Kent. Robert Shore Milnes, l'ancien 
lieutenant-gouverneur, venait de retourner en Angleterre; 
Shee lui demanda ce qu'il en était au juste des i)rétentions 
de Black; le IH mar.^ 1807, Milnes lui ré|)ondait confiden- 
tiellement; il était bien suri)ris, disait-il, de constater que 
Black n'avait i)as fait connaître à Son Altesse, le duc de 
Kent, la natui-e de la récom])ense qu'il avait déjà reçue. 
De l'avis du Conseil de l'Exécutif, il (Milnes) avait con- 
cédé à Black pal- lettres ])atentes le canton de Dorset, en 
tout ÔIÎ.OOO acres de terre. "J'ai raison de «-roire, ajoutait- 
il, que Black a vendu cv^ terrains ])our une sonune consi- 
dérable; c'est vrai qu'il a été malheureux en affaires, j'ai 
toujours coni|>ris (pi 'il était satisfait de sa i-énnniération, 
si cej)endant b' besoin })ressant où il trouve et si la rec<)m- 
mandation du dur de Kent ])eut lui faire obtenir quelque 
chose de i)lus, je n'ai (pi'unc chose à aj<»uter: c'est que ses 
services dans l'affaire McClanc ont été de la première 
importance." 

Kn tci-miiia:i1. Milnes Taisait reniar(pier à Shee (pie 
les îles dont lîlack demandait la concession dé]>endaient 
de la seigneurie de Sorel, qui avait été achetée i)ar le gou- 
vei'ncmcnt anglais jjoui* des fins militaires, il n'y avait pas 
de chantiers jKHir la consti-uction des navires de Sa Majesté 
dans la iu-<>vincc du Has-Canada, et ])ar (*onséquent il 
n'existait i>as de jxisition de surintendant (?>). 

La réponse de Milnes n'élaif ccitaincmcnt pas de 

(2) Arch. Canatl.. Q. 106. pp. 45-49. 
(.1) Anh. Cîinini.. g. 106. pp. :{:{.*.-3(;-:!7. 



— 10 — 

Tiatnrc à avancer les aifaires de Black ; un autre événement 
allait être cause de nouveaux délais; le 25 mars 1808, le 
ministère Grenville était remplacé par le ministère Port- 
land. Ceci entraînait un remaniement général dans le 
cabinet anglais. Le vicomte Castlereagli devenait secré- 
taire du département de la Guerre et des Colonies, et 
Edward Cooke prenait la place de sir George Shee, au 
sous-secrétariat. Black allait recommencer les négocia- 
tions avec ces deux nouveaux chefs; le 21 janvier 1808, il 
écrit à Cooke qu'on a faussement représenté à l'ancien, 
secrétaire d'Etat qu'il avait reçu une immense étendue de 
terre au Canada; il n'a eu, dit-il, qu'une concession de 
1,200 acres avec d'autres associés dans le canton de Dorset. 
8i on est en mesure de lui prouver qu'il a reçu davantage 
et qu'il a cherché à tromper le duc de Kent, il est prêt à 
])rendre avec sa famille le chemin de Botany Bay pour 
aller y tinir ses jours en exil. 

Il demande, dans la même lettre, que les forges de 
Saint-Maurice lui soient affermées pour vingt ans au prix 
de £1,000 par année (4). 

Le 24 février, le 2 avril, 14 avril, 'M mai et 31 juillet, 
nouvelles lettres à Cooke; dans la dernière il demande 
une pension et ex])rime le désir que son nom soit inscrit 
sur la liste civile du Canada. Enfin, ce même jour du 31 
juillet, il obtenait de Castlereagh la recommandation sui- 
vante ])our remettre au gouverneur Craig : 

'Mohn Bhick, dont la conduite dans une circonstance 
critique est très bien connue pai' toute la province de Qué- 
bec, a été recommandé par l'Exécutif de cette province, et 
])ar un mémoire des citoyens du i)ays, connue étant digne 
d'une faveui- sjiéciale de Sa Majesté. Depuis, on a pro- 
))osé de lui accoi'der le bail des forges de Saint-Maurice, 
(|ui a été donné à MM. Munro et lîell, si on ])eut le re])ren- 
dre sans inconvénient; on i)oni'rait encore lui accorder la 
position de surintendant dos cliantiei's de construction 
navale de Sa Majesté avec un salaire ai»)>i'oprié, ou ])ien 

r4) Arrh. Canad., Q. JOS, \>\,. U7-8;». . 



... 11 — 

lui (trtroycr une concession de terre ({ui lui assurerait un 
moyen de vivre. 

''Je laisse h votre discrétion l'examen de ees difte- 
rents i)rojets, mais vu les eireoiistanees où se trouve M. 
Blaek, j'ai à vous signitier que c'est la volonté du roi que 
vous lui donniez une position qui devra lui procurer des 
moyens de subsistance et qui sera en même temps une ré- 
compense de ses services, de manière à réi)ondre à la haute 
opinion qu'ont de lui et le Conseil et les habitants de la 
]>rovince de Québec." 

Mimi de cette chaleureuse épître, Black s'embarqua 
])our retourner à Québec, mais voici encore im contre- 
tenqjs. Il avait pris jiassage sur une frégate de Sa Majesté 
la Bonne Citotjcnne, portant 18 canons. C'était justement 
au ])ire tem])s du blocus continental. Anglais et Français 
se pourchassent sur terre et s\U' mer. 

A mi-traversée, la Bonne Citoijentie rencontra une 
frégate française, la Furieuse, de 44 canons, et montée par 
19Ô hommes. l"n vif comlnit s'engagea, la victoire resta à 
la Bonne Cifoijenne; la Furieuse fut capturée et conduite 
à Halifax. Black, blessé ])endant le combat, dut ])asser 
l'hiver à Halifax, et n'arriva à Quélx'c (ju'à la tin d'août 
1809 (5). 

H ti'ansmit de suite à ('raig la lettre (pie lui avait 
d(»nnée loid ( 'astlereagh. Craig ne fut jias lent h répondre. 
''Mon devoii-, écrivait-il à loi'd ( 'astlereagh le 12 septembre 
1809 (6j, est d'o})éii' aux oi-di-es de Sa Majesté, mais je ne 
j)uis m'em|)êchei' de vous faire renuuvpier (pi'on vous a 
1i-omi»é en \'ou^ dépeign;inl la situation de ce i)ersonnage 
(Black). Tous ici sont d'avis (ju'il a reçu la réc(nn])eîise 
(ju'il méritait, et (pioifjue je ne |>uisse i-ien dire des témoi- 
gnages en sa faveui- (pi'il a |iu faire valoii' en Angleterre, 
rétonnenient et la sui-|)rise (pi'on manifeste ici en voyant 
rinfluence dont il jouit me p(»rtent à croire (pi'il a emj)loyé 
ces témoignages j)our une loute autre tin (pie celle pour 
la(pielle ils lui ont été donn<'s. (^uanl à ce (pii i-egaivle 

('. ) Gazrttr dr (^tirlirr. .{1 août 1 SOI» 
(fi) Arch. Canad. Q. 110, p. 24. 



... 12 — 

l'octroi d'un nouveau morceau de terre à Black, je dois 
déclarer que ce monsieur a déjà reçu un canton entier, pour 
récompense de ses services. J'ai appris qu'il avait vendu 
ce canton; je ne crois ])as que personne ait jamais reçu 
une étendue aussi considérable de terre. Si votre Seigneu- 
rie désire que l'on fasse preuve d'une plus grande libéra- 
lité en faveur de Black, je lui demanderai de déterminer 
elle-même la quantité qui devra lui être donnée; ce sera 
certainement le meilleur moyen de se conformer aux ins- 
tructions de Sa Majesté. Car, quelque soit le degré de 
mérite sous lequel on puisse envisager la conduite de Black 
dans une circonstance particulière, je n'hésite pas à décla- 
l'er à Votre Seigneurie, que ce n'est |)as un personnage 
que je voudrais recommander pour une position qui exige 
de l'honnêteté." 

Ce fut tout ; Craig avait tranché la question avec sa 
l'aideur habituelle, et Black ne pouvait espérer qu'il chan- 
gerait d'opinion sur son compte. Notre Black reprit de 
suite le chemin de. l'Angleterre. En arrivant à Londres, 
il se présenta de nouveau chez le duc de Kent ; il avait 
besoin de sa protection pour arriver auprès du comte de 
Liveri)ool qui venait de i'em])lacer lord Castlereagh au 
secrétariat du dé))artement de la Guerre et des Colonies. 
Liverpool le reçut avec bonté et le 10 novembre 1810, il 
lui remettait une dé])êchc (7) ])our Son Excellence Fran- 
cis Gore, lieutenant-gouverneuj- du IIaut-(Janada. Li- 
verpool expliquait à Gore que Black, n'ayant pu obtenir 
des gouverncui's du Bas-Canada la récom])ense qu'il solli- 
citait dejjuis si l()ngtem])s, demandait maintenant qu'on 
lui accordât une concession de terre dans le Haut-Canada. 
C'était son désii- {juc .'],()00 aci-es de teri'e lui fussent donnés 
aux conditions les jikis avantageuses. 

P>]ack voulait revenir de suite au Canada, mais n'ayant 
|»as le sou poui' payer son passage, il dut i)asser l'été de 
IHll en Angletcirc; cnlin, au inois d'août 1812, il débar- 
quait à Québec. 

Francis Gore venait de ji.nlii- pruir l'Angleterre; la 

(7) Aifli. CiiiiiKl. Q. ir.3, I». 25. 



jriierrc ciili-c la ( IraïKlc-lîrclauiic cl les Ktals-riiis ctail 
déclarée (lei)uis le mois de juin; toujours est-il qu(î Black 
ne ])ut pivsciilcr la Ictti'c de LiNcrpool à (îoi'c (|u'au mois 
de sei)teml)i"e 181."). 11 s'était rendu à York (Toronto) 
pour la lui remettre i)ersonnellement. Le 15 février 181(), 
(lore lui faisait ré])ondre par son secrétaire, William 
Ilalton, (pril ne pouvait mettre devant les membres du 
Conseil la lettre du eomte de Liverpool, écrite depuis si 
lonp:tem])s, et (pi'il n'agirait que sur Tordre du nouveau 
secrétaire d'Ktat. le comte de l>athurst. "Mais, lui répon- 
dit Black, les ordres donnés i)ar une administration ne 
])euvent-ils )»as être exécutés ])ar l'administration qui la 
remplace { \'otre Kx<'ellence sait l)ien (pie ses amis et ses 
ennemis ont toujours été les miens; et même dans une 
circonstance extraordinaire, je iTliésite pas à le déclarer, 
si je n'avais i-em))li mon devoir envers le roi et le pays, 
peut-être (pTà ce moment l'Amérique anglaise ne seraii 
plus un apaiia<i(' de la couroime anglaise." Malgré toutes 
ri'fi belles déclai'ations de ln\ auté Hlack ne i)Ut rien (►htenir 
Force lui fut d<>n<' de re])rendre le chemin de l'Angleterre 
Tl était à XewA'ork au mois d'août IHIT et de là il adres 
sait à lord lîatliurst un mémoire donnant une desci'ijjtion 
de la grande \ille américaine, à cette épo([ue (8). 

"Monseigneui-, disait-il, je ne croyais ])os que je serais 
l'éduit un jour à vous écrire de cvf endi-oit. Cette ville 
est bien ))rotégée pai- ({('>< i'i\ièi-es. défendue par un grand 
noml)re de toui's, de «-iiâteaux et de l'cdoutes. Sa |»o|)ula- 
tion est ti"ès unie, et son orgueil a accru en projjorlion de 
ce que le drapeau anglais a été déshonoré ))ar sii- (Jeorges 
Pi'évost. Tette pojtulatiitn est exc<'ssivemeut lujstile à 
rAngletei-re. Mais p(»ui- al)attre les Améi-icains, et rendi'c 
leurs as)>iratioiis confoi-mes au rang (pTiis doivent oc<'upei' 
]>armi les nations d<' la tei*re, il en coûtera i»i'obal»leiuent 
à ma patri<' (\i'>i cent mille jiomiues, des millions d'oi-, les 
sueurs doulouicuses <]('<■ \ieux l'i'onts anglais. Ce bébé 
impudent juscpi'à l'exi-ès, dont la f'oi'tinie a gi'andi |)lus 
vite que le jugelnent, s'efforce maintenant de faii'c servii* 

(8) Arch. Canad., Q. HT, ji. fio. 



— 14 — 

les inventions Imniaincs à In réalisation de ses idées politi- 
(j[ues. C'est jx^nrqiioi les Américains ont décidé de cons- 
truire des vaisseaux de guerre de dimension ])lus considé- 
rable que ceux de l'Angleterre, et ils ont maintenant sur 
chantier un navire de 196 pieds sur 55 de large, qui portera 
112 canons; Votre Seigneurie se rendra compte que nous 
n'avons rien de semblable en Angleterre." 

Black disait à lord Batburst qu'il irait le voir quel- 
ques jours après la réce])tion de la présente lettre, et qu'il 
lui donnerait d'autres détails sur les efforts que les Amé- 
ricains déployaient i)our se ])réparer à rencontrer le 
gouvernement de Sa Majesté. Il ajoutait que les ordres 
donnés par lord Liverpool et par Sa Seigneurie pour lui 
accorder une récom])ense n'avaient pas été remplis; si 
l'a])])el qu'il fait dans le moment ne réussit pas, il en 
appellera cette fois au ]^arlement; si là, encore, on 'refuse 
de lui faire justice, il écrira l'histoire de sa vie et la col- 
])ortera. Tomme le vieil Homère il ira de ])orte en ])orte, 
en demandant raumône et en racontant ses malheurs. Il 
est bien déterminé à passer le reste de sa vie en AngieteiTC, 
où dans quelque ])ossession européenne de Sa Majsté, pour 
exciter la génération qui se lève à défendre ses droits et 
ses libertés, bien décidé à se réjouir ou à ])leurer, selon ce 
qu'il i)laira à Sa Seigneurie de statuer sur son sort. 

Le 13 mai 1818 (9), il écrit à Henry Goulburn, sous- 
secrétaii'e du dé])artement de la Guerre et des Colonies, 
et accuse réce])tion de sa dernière lettre au nom de lord 
lîathurst, dont il fait un éloge dithyrambicpie. J'aurais 
l)ien continué à vous rendre visite, dit-il à Goulburn, mais 
en voyant tant de scélérats et tant de ])arvenus solliciter 
les laNcurs de Sa Majesté, j'ai j)ensé que vous jjouviez 
])eut-c1i'c \'(»ns imaginer (pie j'étais un de leurs semblables, 
mais, I)i(')i nici'ci, je sais sonffrii' en silence. 

*'\'oiis me deniîindez (piels sont les moyeiLS doîit je 
disjxisc |)onr faire valoir ini lot de tei-re; voici: j'ai un 
n('\'('n (ij)i pcnt m'avanccr niic somme de C7,000 livres 
stei'ling chacjue année, et ainsi Je mo tronve en moyen de 

(!)) Arfh. Canad., Q. 150, ],. ni 8. 



— 1.- - 

]»oussor l;i culture sui- une plus oraiidc ('cliclU' (juc irini- 
lM>rt(' (jui. .)(' |»ri(' dnnc le nohic lord I^iathui'st do in'iK'coi-- 
dcr un iioiuhrc détcnuiiK' (Tmci-cs de tcri-c, à niônu' les 
terrains valants de la ( "ouroiuic, dans les eantons du Bas- 
Canada. S'il v<»us ))laît de ne i)as être trop chiche, et de 
me donner une gratitication convena])le." 11 ainionce cpi'il 
a rintention de conduire avec lui, en Canada, un ministre 
du culte; il ])oun'ait bâtir une église en douze mois, en 
])lein milieu des forêts, et établir ainsi en ])eu de temps une 
belle colonie. p]nlin, il a ai)pris que le duc (fe Richmond 
devait bientôt partir i)our Québec; il ])ourrait être attaché 
à sa suite et rendre ainsi de grands seivices par les con- 
naissances qu'il a des deux Canadas, où il a demeuré trente 
ans. Le fait de sa nondnation à une seml)lable ]>osition 
serait de natiu-e à fermer la bouche à tous les jaloux qui 
se réjouissent du malheur des autres, et dont les succès 
laissent ci'oire (pi'eux seuls ont raison. (Quelques jours 
l)lus tard (10), (loull)urn, ayant fait savoir à iîlack (pie sa 
]»i'ésence n'était ]dus requise à Londres, (pr<>n lui envei-- 
i-ait en Canada les pa]»iers qu'il désirait, celui-ci lui ré])on- 
dait (pi'il se trouvait dans luie cruelle anxiété. Tous les 
navires marchands en destination de (Québec avaient quitté 
rAngletei'rc, et il \'enait d'ap])rendre (pi'aucun vaisseau 
de Sa Majesté ne tnu<-hei-;nt à cv port dui'nnt l'été. 

Le 10 juin <11). il ann(»n(;ait (pi'il s*(''lait emhar(jué 
sur le navire F rit iiflshi />, en parîaïK-e poui' Qué})ec. Mais 
on avait découvei-t (pie ce navire ('-tant sur lest ne pouvait 
l)rendre dv^ pas.sagers sans ))ayer des droits de douane. 
Le ])rix du j>as.sag:e se trouvant )>ar là même beaucoup 
plus élevé, il n'avait |)as eu assez d'argent pour le payer 
et on l'avait reconduit à terre sans plus de cérémonie. 
"Cin-onstance, dit-il, (pli me permet de m'adresseï' à vous 
de nouveau. Je vous i>rie donc d'avoir la bonté de m'en- 
lever la |>ers))eetive (pie j'ai devant m(»i de |»asser le l'este 
de ma vie les meiKittes aux mains, .sous la dépendance de 
ceux que je devi-ais goinerner. . . Haiis toutes les coi'ics- 

(10) Arch. Canad.. L'(> mai ISIS, g. !.'.(», |i. .".i-:;. 

(11) Arch. Cana.l.. Q. 150. p. .'142. 



... ] — 

])oiidanr-cs expédiées à Son Excellence sir Francis Grore, 
niix lords ^lelville (^t rastloreagli, j'ai déclaré (\uv j'étais 
venu tnniver les détenteurs du Pouvoir pour obtenir le 
redressement de torts sans exemple dans l'histoire, et si 
maintenant je dois retourner sans un ordre ])()sitif du 
noble lord Batluirst, si mon sort est laissé à la discrétion 
d'un de ces satellites qui se grossissent plus que la planète, 
cela vraiment me lais^ e une esi)érance ])eu encourageante." 

Le 16 juin (12), 1 demande à lord Batlmrst, par l'en- 
tremise de (xoulburn de vouloir lui avancer vingt livres 
])Our payer son passage; il est sans le sou et aucun capi- 
taine de navire ne veut le prendre à son bord. 

Le noble lord lîathurst ne daigna i)as même lui répon- 
dre. Black usa alors d'un expédient pour attirer l'atten- 
tion du secrétaire d'Etat. Il lui tit parvenir ])ar Goulburn 
une coi)ie du mémoire qu'il avait autrefois })résenté au duc 
de Kent sm- le gouA^ernement du Canada. Dans sa lettre 
i\ Goulbui-n (13) il ajoutait certaines considérations qui 
ne manquent pas d'intérêt. ''Vous voudrez ])ien faire 
icmarquer à Sa Seigneurie, lui disait-il, que jamais dans 
aucune des possessi(>ns de Sa Majesté des sujets ont mon- 
ti'é autant de zèle i)our défendre leur i)ays que ceux des 
deux ( "anadas. VA même dans la dernière guerre, lorsque 
toutes les bayoïmettes étaient 'hraquées sur la ])oitrine de 
la vieille Angleterre, c'était une satisfaction de voir les 
marchands se jalouser les uns les autres pour hausser le 
])rix de leui s fermes deux, ti'ois, quatre et cinfj fois au delà 
de la valeui- pi'imitive de celles-ci ; c'est donc absurde ]>our 
eux de prétendre (prils ont combattu pour l'Angleterre, 
c'est plutôt poui' défcndi'e leurs ))lus cbers intérêts"... 
("est en lisant l'adi-cssc ti'oncjuéc envoyée ])ai* les citoyens 
du liant-Canada an prince régent (jne cette considération 
lui était venne à l'espi-it, disait-il. (Joni'lay (pli, dans le 
moment, déclamait c(»ntre l'administration anglaise dans 
le Mant-Canada, avait été rins|Mi'ateni' de l'adresse vu 
question, i>lack ti-oiivait (pTelle contenait (\\\ bon. mais 

(12) Hlack ;\ Ooiillmin. Aich. Canrul.. g. ir,(i. p, r,47. 

(13) Ach. Cîinarl.. Q. 150. pp. .S 5 2-."..'') 8. 



... 17 — 

.•iu>si lin ^ian<l iminhi-c (\v (Iciiiaiidos a))siir(les. 

Dans un ])<»st-scri])tnin. il s'étend au long sur la ques- 
1 ion (l(»s ivscrvcs du ('lr'i'c:(' et de la ('ouronne, législation 
(ju'il faudrait al)olir. <lit-il, car elle est un f<irniidable 
obstacle au déveloj)])enient des deux Canadas; on pourrait 
donner ees réserves aux gens honnêtes qui ont le inr>ins 
<lé<danié rontre le gouvernement. Si l'on veut fournir un 
moyen de subsistance au clergé, que l'on s'empare des 
biens des Jésuites, ou bien (pie l'on réserve un bloc de 
30,()(K) acres de terre le long de la rivière Restigouche, de 
ôO,0()0 dans le district de Québec, de 30,000 dans celui des 
Trois-Kivières et de 50,000 rlans celui de Montréal; ces 
étendues de terre resteront inoccupées i»endant de longues 
années, mais le déveloj)])ement des deux ])rovinces n'en 
marchera que mieux. Il ajoutait que cette ])ro]K)sition 
allait l)eauc<»up moins hnn ({Ue les mesures prises autrefois 
par le gouvernement français \Hnir l'Eglise catholique. 

Le 25 août, il éci-ivait <le Chelsea à Tioulburn (14) que 
sa jjosition devenait de i)lus en plus difficile; on le consi- 
dérait comme un homme ruiné, et aucun capitaine de 
navire ne voulait lui accorder un billet de ])assage. Sa 
décision était donc i)rise, il resterait en Angleterre jusqu'au 
printem))s suivant, se confiant à la charité d'un vieil ami 
qui l'avait autrefois protégé à Québec et qui dans le mo- 
ment lui donnait sa nourriture de i-haque jour. 

Dans un i)ost-scriptum, il ajoutait: "Mes déboires 
ont commencé le 19 août 1794. lorsque je fus emi)risonné 
illégalement: Le jirétexte sup])osé de cet em])risonnement 
était que ma popularité parmi deux ou trois cents ouvriers 
(jue j'eiiqdoyais constituait un ciime. J'ai demandé depuis 
ce tenq»s de prendre des jjrocédures contre moi, on m'a 
toujoui-s refusé cette faveur. De même on a fait valoir 
plus (pie de raison aux ministres de Sa Majesté le don 
(jue j'ai re(;u. A'oici les faits. ('\'ni en conumui avec qua- 
rante-trois as.s(X'iés que l'on m'a fait la concession d'un 
canton. N'ous vivons eu. mes as.sociés et moi, chacun 1,200 
acres; ceux-ci me ch(»isirent poui- leni- chef, et j'eus à 

(14) Arrh. Cnn.nd.. Q. ir.o. \, r,r,2. 



... T8 — 

payer les frais (rari)e]itage et les honoraires. Lorsque les 
lettres ]>ateiites furent émises, l'honorable John Young 
nie demanda de racheter aux meilleures conditions possi- 
bles les parts de mes associés, et de hii céder le tout pour 
le rembourser d'une dette que j'avais contractée envers 
lui. Il me donna trois guinées par jour pour transiger 
l 'affaire. Je réussis et je lui donnai le canton entier. C 'est 
là la pure vérité. Comme les ministres de Sa Majesté ne 
semblent ])as disposés à me rétablir dans l'état d'honnêteté 
où je vivais avant mes malheurs, je préfère maintenant un 
emi)loi permanent dans les possessions européennes de Sa 
Majesté plutôt que de retourner en Canada, vivre dans la 
misère et je refuse de me her ])lus longtemps à l'espérance 
lointaine que nous serons un jour, moi et ma famille, gra- 
tihés d'un octroi de terre." 

Ce qu'il y a de plus triste, dit-il, c'est que les méchants 
attribuent les malheurs qui m'accablent de])uis 24 ans, à 
la vengeance divine qui me ])()ursuit, paraît-il, pour avoir 
l'empli, en une circonstance extraordinaire, mon devoir 
envers mon roi et ma patrie. 

Au mois de février 1819 (15), Black rééditait encore 
à lord Bathurst les mêmes histoires, et le ])riait de lui 
accorder un em))loi soit dans le Nouveau-Brunswick, soit 
dans son ])ays de naissance. Vu son âge avancé, il préfé- 
rait cela à toute autre chose. 

La dernière lettre que nous avons de lui est datée du 
mois de mars 1819, et adressée à Goulburn (16). Black 
sollicite une ])ension pour aller vivre en Ecosse. '^Courbé 
sous le |)oids de l'âge et des infortunes, dit-il, je me sens 
incapable de lutter davantage et je ne désire autre chose 
qu'une jx'tite allocation i)our terminer en paix le peu de 
tem])s qui me reste à ])asser sur cette terre." 

Il dut mourir en Ecosse; nous n'avons rien trouvé 
cependant qui ))iiisse a))])orter quelques éclaircissements 
sur ce point. IJlack avait \me famille, des enfants; il 
])arle souvent de ses fils, dans sa corresj^ondance. Rien 

(15) Arrh. Canad.. S février 1819, Q. 15.'!. p. 21. 

(16) Arch. Canad.. 1819. Q. 15:i, p. 4:5. 



I 



- U) — 

ii'iii(li(iue ci'i^'iidaiil (iii'aiwiiii (Tcux ne s(>it rcvi'ini en 
Canada. 

D'ai)iTs un (*urivs}K>ndant du Uidlctui des Recherches 
historiques (novembre 1908), un Canadien du nom de 
llcnrv Hlack serait mort à (lodburg, en Ecosse, le 10 dé- 
(•eml)i-e 1S44. ("est |)i-()hal)]emeîit im des tils de ee pauvre 
John. 

IVAXîrOE ( ARON, ptre 



NICOLAS DAUSSY DE SAINT-MICHEL 



En lOST, Xictdas Dnussv de Saiiit-Miclicl |»nssait dans la Xouvcdlc- 
Francc en (jualiti' »k' lieutenant rcfonné dans los troupes du dôtadionuMit 
i\*- la inarint'. 

Il ne devait |>as v l'aire un \<<i\'^ st'jour. 

Kn 1<1!M, le sieur d^- Saint-Michel l'-tait l'ait lieutenant en [)ied. 

(^ue|(|nes jours à peine a|»rès avoir reçu sa promotion, Saint-Miclud 
«'■lait arrêté à la deniantle du su|)érieuf du séminair*' de Saint-Sulpiee de 
.Montréal. Il était aceusé de sodonne. 

Saint-Michel suhit d'ahord >on procès de\ant h-s officiers du hailliago 
de Montréal. Le H» si-ptenibre Ki'.M, le Conseil Sou\erain commettait 
un de ses inemhres pour recommencer le procès de Saint-Michel et de ses 
co-accu.sés les xdilats .lean Kor^renin dit La rose et .lean Filiudit Didioi^. 

Le \'i n<»vemhre IC.'.tl. le (on.^eil Souverain dé'(larait Saint-.M iiiiel 
atteint et convaincu du crime dont il était accusé', et le hannissait île !a 
colonie à j)erpétuité'. Il lui était enjoint <le «garder son han à [»eine de l,i 
vie. Ij' Con.-^eil ordonnait, de |dii-. ipie "la minute et gros.se de l'instruc- 
tion faite [)ar If hailli de Montréal, «'nsi-mlde l'instruction faite de nou\eau 
par le conseiller commissaire (<le l'eiras) 'si-raient cousues dans un sac et 
«•cellées du sceau i\u ('on-^^'il san< ipi'il pût être oii\erl »pie par arrêt e\prè> 
reiulu". 

Le nonimé- Saint-Michel fui rée\pé'dii'- en Fiance au printemps de 



i 



— 20 — 



François Provosl apparleiiail-il au réginieiil 



(le Carignan ? 



Le 28 mai l()9i), François Provost qui avait été major et lieutenant 
(\e Roi à Québec, était nommé crouverneur des Trois-Rivières, en rempla- 
cement de M. de Ramezay api)elé au commandement des troupes, de la 
-Nouvelle-France. 

D'après M. LeRoy de la l'othoric, M. l'rovost i'ut très populaire aux 
Trois-Rivièrcs. I^ii \1()2. il tn-rivait au ministre : 

"On vous a duiiné, Monseigneur, mille bénédictions, quand vous avez 
dgnné à M. Provost le gouvernement des Trois-Rivières. C'est un hom- 
me généreux, il est aimé de toute la ville. Il ne cherche que les moments 
de faire plaisir ;i un chacun. Il ne se mêle point dans le cotnnierce des 
pelleteries des bourgeois qui auraient volontiers chanté le Te Deum, en 
actions de grâce, quand vous leur avez ôté M, de Ramezay. Les peuples 
des colonies demandent à ctre menés i)ar hi douceur. 11 les chagrinait 
cependant dans leur traite de pelleteries avec les Sauvages, enlevant aux 
marchands avec une autorité fatiguante, tout ce qu'il pouvait trouver 
de meilleur. Les Sauvages (pii veulent avoir la liberté de commercer à 
leurs fantaisies ne s'accoininudaient ;:nère de toutes ces manières" (1). 

Malheureusement Trois-l'ivières ne jouit pas longtemps du paterne) 
;.;ouvernenient de Pro\()>t. Il mourut à (Québec le ler juin iTO'i. 

De tous nos anciens liistoiiens la mère .hichereau de Saint-Ignace 
(st la st'ule a dire (pie .M. Prov(»st était arrivé dans la Nouvelle-France en 
f|ualité d'oll'icier dans le régiment de Carignan. 

Parlant du siège de (^iK'bec |);ii' IMii|is en 1(i!M), elle écrit : ' 



(1) Archives «lu <';in;i(l:i, C(>riesp(»n<l:inc <■ fct'ii/^rale, vol. IS. 



M 



"Des Sauvages df rAradic vinrent, dan.- \v nu>\> d'atu'it. dire à M. 
Provost, ancien offk-ier du régiment de Carignan H lieutenant de roi à 
Québec, et qui conunandait en l'ahsence de M. le ei.nde de Fn.ntenac, que 
le Port-Hoyal était pris par les Anglais et qu'ils devaient v.Miir ici" (2). 

M. Benjamin .Suite (pii a lait un.- enquête approfondie aliii de retra- 
cer les officiers du régiment de Carignan et qui a cunsigné le résultat 
de ses recherches dans les ^ft'^nloirl^.s de ht Soririé Royair du Cnnndn, an- 
née 1900, ne compte pas François Provost jiarmi les otrieiers du célèbre 
régiment. L.- témoignage isolé de la mère .ludiereau de Saint-Ignace 
ne lui a sans doute j)as |)aru une preuve assez convaiiicainte. 

Pourtant. .M. l'ro\(,>t a bel et bien été officier au régiment de Cari- 
gnan. Kt nous en avons, t.utre raffirmati«.n de la mère Jucliereau de 
Saint-Ignace, un témoignage (|u'on ne peut récuser. 

\a- 'i-> juillet KWK;. I,. notaire Ifomain Hecquet, de Québec, dressait 
l'inventaire des biens meubles de deux officiers du régiment de Carignan 
qui, quelques .semaines auj.aravant, avaient été tués par les Iroquois. .M. 
Provo.st était présent, il signe mémo à l'acte et le notaire le désigne com- 
me smt : "François J'rovost, Fseuyer, lieutenant de la compagnie de 
Monsieur le chevalier <le (;randfontaine, cajMtaine au réginir-nt de Cari- 
gnan, faisant la charge de major à Quebecq." 

Comme on le \.,it. la mère Juclien-au de Saint-Ignace était bien en 
drr.it déqualifier .M. Pn»vo>t d'aixien officier au r.'ginient de Carignan. 

L'n chercheur a\isé <jui prendrait la peine de hre a\e.- attention |e> 
actes des notaires de Québec et de Montréal pour la période de HKI.-, n HiHO 
..u 1680 ferait M.rtir de la poussière de l'oubli bien d'autn-s offici<-rs du 
régiment de Carignan. Nous ne <-onnai.s,«ons fx-ut-ètn- pa- bi nioii,/. ,1.., 
officiers de ce corp> d'élite. 

P. C. I.'. 



(2) IflMtnln* fie l'llMii'|-|>irii (l<- (/iiil».-«-. |> ;ii7. 



— 22 — 

PAPLNEAU ET LA CHANSON 



C'est en 15)18 que iiouis avons commencé à livrer au Bulletin les 
chansons sur Papineau que nous avions alors recueillies. Des trouvailles 
faites depuis nous permettent d'allonger la série, mais curieux hasard, nos 
additions sont auti-papineautistes ! Dans le présent numéro nous passons 
deux de ces pièces. La première nous a été (chantée par M. Henri Girard, 
actuellement de Montréal. 11 l'a apprise de sa grand'mère, vers 1890. 
J!:ile la tenait d'un nommé Tétrault, surnommé Garskoua, de Saint-Atha- 
nase d'Iberville. Le chanteur n'a pu nous fournir que deux couplets et 
demi. 



raj)iii('au s'est bien vanté 
Qu'il voulait faire la guerre. 
Avec ses fusils de bois 

Contre l'Angleterre. 
Ah î ah ! ah ! mais, cependant 
Nous en rirons bien longtemps. 

2 

Monsieur Bardy 
C'est un homme qu'a de l'esj)rit 
Il s'en va de village en compagne 
Ramassant les fi 11 (es) et les femmes. 

Ah ! ah ! ali ! etc. 



Papineau nous a dit 
D'être bien sages 
Nous aurons la liberté 

\'<.ns il.'vons l;i si-coiidr ,'i M. A. Fiiiil.'ux, de la bibliothèque Saint- 
,s,i||,ic,.. Cette cliiinsiMi a été publiée en iViiilles el il y en a deux édi- 
tions, <liiréi-ente> (iiniiil ;'i la toilette M'ulenient. I>aiis l'une, le texte est 



— 23 — 

surmonté d'une gravure explicative re|.ré>ei.ta].t un Caiiadieji iiioiiiai.l 
un cheval qui galoppe. A gauche .lu de>.ii,, un v,.it un puteau indica- 
teur sur le«|uel est une enseigne jmrtant l'inscription : Etats-Unis • c'est 
l'apmeau qui s'enfuit ! L'autre édition n'a pas de gravure, mais l'impres- 
sion est meilleure et le texte est encadré d'un filet. 

PKPKir X'VA PAS-T-EX GTEIflM-: 
Air ; Malljnnigh s'en va-t-en guerre 
1 
Pépèr' n'va [las t'en guerre, 
Sur les pieds", sur les mains, sur la tête, 
Pépèr^ n'va pas t'en guerre 
On n'sait quand il viendra (ter) 

2 
Il a j)ris re>campette 
Pour gagner les Etats 

3 
Ou vas-tu donc, Pépère 
Où vas-tu de ('train là ? 

4 
.le clierclie une cachette 
Pour jusqu'après l'comhat 

5 
Mais c'est pa.> hrav', Pépère 
Arrangera tout ca 

6 
])<• se sauver comm' (,a ! 
I)i> rien. 1.- p'tit Dessaullr^ 

La St-l)»'iiis >»■ passe 
lV-p.'.r' ne revient pH< 

8 
.Mai- |p prtil I).-v>an!l«'s 
Arrangera tout ca. 

i:.-Z M.XSSK OT'IK 



24 - 



L'ENG4GEMENT DE DEUX CHIRUR- 
GIENS POUR L'HOTEL-DIEU DE 
MONTREAL 



Le })lu.s ancien contrat fait i)ar les Religieuses liusi)italièi-es de l'Hô- 
tel-Dieu de Montréal avec des chirurgiens qui devaient "panser et médica- 
meiiter" les malades de l'institution est peut-être celui dont nous don- 
nons ci-après la copie textuelle. 

On en trouve la minute dans l'étude du notaire Claude Mangue qui 
lut en plus greffier du tribunal des Seigneurs entre les années 1G77 et 1684. 

Vinfft aoust 1681— Pardevant Le nore de t-isle de Montréal en la nou- 
velle l'rance et tesmoins Soubsignez furent présents Révérende mère Renée 
LeJumeau Supérieure des Dames religieuses hospitalières de ce lieu Soeur 
Marie Morin dépositaire de l'hospital D'une part et Les Sieurs Jean Mar- 
tinet de Fonblanche, et Antoine Forestier m'res chirurgiens demeurans 
eji cette ville Lesquels ont fait entr'eux les conventions Suivantes, Sçavoir 
(|ue lesd. chirurgiens promettent et s'ol)ligent de bien et Deiiement Servir 
L'hosi)ital de Villemarie, penser et médicamenter tous les malades qui s'y 
trouveront, et par quartier de trois en trois mois et se renderont assidus n 
venir visitter les dits malades environ sur les sept heures du matin ])ar 
chacun jour et autresheures Lorsqu'il sera nécessaire, Lt ce jtour et mo- 
yennant la somme de soixante quinze livres chacun, et i)ar chacun an, A 
commancer le temps de Leur service des le ])remier juillet dernier. Et sans 
(jue lesd, chirurgiens puissent i)rétendre aucune autre chose desd. malades 
ny du garson qui servira Icd. Iiospital soit pour le razer ou autrement, et 
ne fourniront que de leurs soins et travail. Les remèdes seront fournis par 
led. hospital et outre lesd. chirurgiens promettent et s'obljgent de visitter 
led. hospital L'un i)our L'absence de L'autre lorsqu'il en seront requis, 
Car, ainsy etc promettant etc, obligeant etc, l{enon(;ant etc. 

Fait et passé aud. iiospital de L'agrément de Messire Gabriel Souart 
ancien prestre du Senne de St Sulpice de Paris, Résident en celuy de 
Montréal, Leur Su|iéiieur, présence de Sr Louis Marin Boucher Boisbuis- 
s<jn et de pierre inagu«'t tesnioins y demeurans cpii ont avec lesd. dames 
reli'deuses, chirurgiens et nore signé niond. Sieur Soiiart le vingt août 
KlSl. 

(i. Soii;irl Soeur b'enée le .liinieiiu Sueur Marie Morin A. 



— ?n — 

Koi-rstifi- ,1. .Miiiiiiii'i .Mii;:iiri .Maii^Mic XoiT. 
Le >\r\iv Miil'tilii't lie F(»lil»l;ili<ll«' '(|ilf (jiir|(|iics llisloririis ^ll|■llulll- 
iiH'Ut Tourl»laiu-ln', |t!ir t'irunr) et le sieur Forestier sont deux des chirur- 
i^iens les plus eu vue de Montréal au di.\-se|)tième siècle et leurs noms a|i- 
jniraissent souvent dans les documents de réi)0(|ue. 

i:.-Z. MASSICOTTK 



NOS ORIGINES 



i'Ki;s()N.\i:s \i:.\L'ES dk fk'axci-: kt avant foi.'Mk dks 

FAMILLKS ( A.\ ADIKXXKS 





lliiinni<'> 


FfIHnir< 


(larçdiis 


Filles 




1(140 


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40 


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1G40 montre 


KiôO 


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venu depuis 


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1178 


(iar(;ons venu< 


1700 


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383 


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1 203 


avec père et mère 


1710 


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1:20 


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Femmes venues 


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avec leurs maris 


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Jlommes mari«'s 


on non. ("» 


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marirs t-ii ( 


l 'anada. 


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venues avec leurs fa- 


milles au seul 


le. 










llommer 


. :>{ï:h; 










F'enimes 


4:ii 










( Jareous 


•,'(i!» 










Fill.'- 


l-.MI 











7,00.j 
'J'oute la |)opulation canadienne-française est sortie «le ces 1,0.')() per- 
sonnes. Après 17Ô0 le noml>re t\i->i nouvelles soudu's est l"ail)le : je ne le 
compte pas — f'j'st ini|fossil)le. 

B. SIILTK 



— 26 — 

REPONSE 



La Chambre de Coiiunercc de Québec (XXVI, p. "^ll). — Quelques 
notes historiques sur cette institution dont le centenaire de la fondation 
a été célébré par un crrand lianquet au Château-Frontenac, samedi, le '?,{) 
Jevrier 1909. 

A ce banquet ])ivsidé par le major Hethrington, })résident de la 
Chambre pour l'année 1909, l'on faisait en quehjues mots l'histoire de la 
fondation de cette institution. Le Président disait avec raison que c'é- 
tait la première association de ce genre (pii ait existé dans le pays pour 
célébrer son centième anniversaire. 

La fondation de la Chambre de Commerce de Québec remonte au 
mardi, 21 février 1809. 11 y avait ce jour-là une réunion des princi- 
paux hommes d'affaires de Québec à l'hôtel Union nouvellement érigé, 
pour prendre en considération une communication reçue par MM, Irvine, 
McNaught cV Cie, de l'Association des marchands d'Halifax connue sous 
le nom de Committee of Trade of Halifax, fondée vers 1804, Cette réu- 
jiion de marchands de Quél)ec se constitua immédiatement en association 
sous le nom de CominUlee of Trade of Québec et fît l'élection dé ses 
officiers. 

Dans cette communication des marchands d'Halifax, on suggérait aux 
hommes d'affaires de Québec et de Montréal de se former en association, 
j>our de concert avec eux présenter des requêtes au gouvernement de la 
(Jrande-Bretagne, afin c|ue celui-ci favorisât davantage les colonies an- 
glaises de l'Amérique et les aidât dans leur projet d'essayer à su})planter 
les Américains dans leur (commerce avec les Antilles et surtout pour re- 
présenter à la mère patrie le dommage fait au commerce canadien [)ar la 
suspension ilet^ actes de navigation. Il était aussi (|Uestion |)our les pro- 
vinces canadiennes de s'entendre j)our la nomination d'un même agent 
en Angleterre (pii aurait été X'athaniel Atcheson, l'auteur de American 
Encroachmenl (\\n venait de ])araître à Londres. 

La réunion dr (Québec choisit pour étudier ces proj)Ositions et prépa- 
rer uiif réponse un certain nombre de ses membres. Furent nommés à 
cet effet : .lames Irvine, président, .lolm Hlackwood, .lobn l'ainter, John 
-Mure, .lobii .loiio, .lohii Patterson i-i David Munroe. Voilà les noms 
de ceux que l'on peut ap[)elei' les loiidateurs de la Cbanit)re de Commerce 
de Québec. 



à 



Ia' "('uniitt' (11' (uiimicno de Québec" l'ut eoiistitué en corporation 
en 1841 et iMcorpnn'' sous \v nom de "i'lianil)re do Conimorce de (Juél)ec". 

D'après ce (jui précède il est <'\ident ipril existait à Halifax une as- 
sociation, dont la fondation est antérieure à celle de Québec de cinq ou six 
ans. Il faut renianiuer cependant que le Coiiniiiflcc of Tradc of Halifax 
a suspeiulu ses réunions j)endant quel(|ue temps. Québec est la première 
institution du genre sur le continent américain qui n'ait pas eu de sus- 
pension dans ses assemblées et ait pu célébrer .son centenaire. 

\'oici la liste des présidents de l'institution depuis .«a fondation en 
ISO'.t, jusqu'à nos jours. 

COMITK T)K CO.MMKIM'K DK l.so:» A 1841 : 
.lames Irvine 180Î) 

JoJMi Stewart 1822 

\V. Finlay 182.") 

(ieo. IVmberton 1838 

II. .11. Win. Walker 1841 

CIIAMBKK DK ( OM M KIMK. DK 1842 à 1020: 

William Walker, avril 1S42. 
•lames Dean, avril 1848. 
Wm. Walker. avril 184;i. 
James Dean, avril 18.")(). 
•lames (iillespie, avril 18.">;{. 
Ileiirv T. .\oa<l, a\ril 1804. 
.Iam<*s-B. F(.rsyth, avril LSÔC. 
.lames (iillespie, avril 18.")^. 
.lames Dean, avril ISOO. 
•lames (Jillespie, avril I8<i|. 
.Iames-(i. Ross, avril lM(i-.\ 
A. .lose|»li, avril I8(;:i. 
Henry Fry, avril lH<j«i. 
D.-K. IVice, avril iMCs. 
.\. .losepb. avril* l.S^:i. 
K.-K. D..bej|. avril 187:3. 
West<in liunt. avril 18*(». 
.lonepli Shebyn, avril 1«T8. 
Owen Murpby, avril 1880. 
K.Mirv W.l.-ter. avril lHH->. 



28 



Honorable Joseph Slu'liyn. a\ril 1SS;5. 

T. Ledroit, avril 1887. 

Honorable Jî. Turner, (lé(enil)re 188!). 

Victor Châteauvert, décembre 1892. 

Thos Brodie, décembre 1893 (1). 

E.-B. Garneau, mai 1894. 

Honorable H.-K. Dobell, (léeeml)re 189.'i 

JI. -Edmond l)u])ré, décembre 1897. 

:M. Joseph, décembre 1898. 

(ïeorge Tanguay, Janvier 1901. 

Sir William Priée, janvier 1908. 

i'.-J. Bazin, juin 1904. 

^^'illiam Power, janvier 190."). 

0^0. E. Amyot, janvier 1906. 

T.-S. Ilethrington. janvier 1908. 

({.-A. Vandry, janvier 1910. 

Wm. A. ]\[arsh, janvier 1912. 

Joseph Picard, janvier 1914. 

J.-G. Scott, janvier 1916. 

O.-B. Bédard, janvier 1918. 

J.-T. Koss, janvier 1!)19. 



(1) Décédé 23 nini 1S94. 



( 



O.-A. COTE 



LE FILS DE M. DE SAUREL 



Dans la Funiillr J iichcrcmi (p. ."iS), on voit (preii novembre 1(583, le 
f^ouverneur de la Barre avait envoyé .ses dépêches à la Cour par le fils de 
M. de Saurel, ancien capitaine au réfi^iment de ('arignan et fondateur de 
la ville de Sorel. .\1. de la l»aire, y lisons-nous encore, j)riait en même 
temps le ministre de nommer le jeune de Saurel enseigne de la marine. . 

L'auteur de Lti fiiniillc Piiclics/my avait emprunté ce renseignement 
irnii résuni(' d'une lettre de M. de la Barre au miiustre, en date du 4 no- 
vembre HJH3, publié dan.- le /t'upixirl sur les Arrhires ('(iiKidlrnncs pour 
188.J (|). XLIJ ) : 

"Envoie des (lépéclie> par !<■ (ils de .M. de Saurel, décédé au mois de 




... 29 — 

novembre et re<onimam1o que k- idonutT xtit iiniiimé enseigne df la ma- 
rine". 

Depuis, nou.- av(iii> eu la ciiriusité de lin- le t»'\te même de la lettre 
de M. de la Harre an ministre du 4 n«>\eml)re l<)S;î. 

Or voici e.xaitement te <iu'éerivait M. de la r>i T" 

"Le sieur Sorel que je vous avais nommé jm.ui uitiiter te gouverne- 
ment (de Montréal, à la plate de Perrot), est mort au mois tle novembre 
dernier ; je eroy que vous feriez bien la grâte à sa veuve de luy conserver 
sa gratification de 1G83, si l'état n'était pas encore t'ait, et ce serait une 
cbose bien avantageuse au service s'il vous agréait de mettre le Sr J^eMoy- 
ne à la place du dit Sorel : il a rendu de grands services en ce pays, mais 
celui qu'il vient de rendre ce mois de juillet est si considérable qu'il est 
à propos pour l'encourager à l'aveiiir où il vous |>eut encore mieux servir 
si vous luy aciordiez cette gratilicatitm : il est capitaine de la ville de 
Montréal et a plus fait la guerre contre les Iroquois qu'aucun oft'icier qui 
soit en Canada. Je vous envoyé son fils pour i)orter mes despéches, qui 
est un jeune liomtne ijui entend fort l>ien la mer. scait cette rivière a<lmi- 
rablement, qui a mené et ramené déjà jdusieurs navires en France, j)our 
vous supplier d'en faire un enseigne de marine ; il |>ourra fort bien servir, 
et il est avantageux (jue vou- ayez dans ce corj»s des gens (jui cunnaissent 
parfaitement le jiays. outre que son père s'en ressentant infiniment votre 
redevable, sera d'autant |)lus obligé de bien servir le Hoi dans toutes les 
fKcasions qui s'en présentent journellement au sujet des Iroquois. Je vous 
>upplie d'avoir la bonté de luy accorder ou luy refuser j)romjitement, afin 
qu'il pui.sse revenir à LaHocbelle sans perte de temps". (1) 

Ce n'est donc pas le fils de M. de Saurel qui, à l'automne de l(i83, 
porta les dépêches de M. de la liarre à la cour mais le fils de M. LeMoyne. 

M. de Saurel n'eut pas d'enfant. 

JI n'est janïais trop tard pour ré-parer une erreur. I)an<s l'espèce, 
notre faute était jus<|u'à un certain point excusable puis(pie nous avions 
comme autorité une pièee (dfirielle portant tous les caractères de l'au- 
thenticité. 

P. (i. K 



(1> Archives de lu |iro\ iiitt- de t^ii''-liii \l.i im^*' r n^ ii-i.iiif^ ;"i Ihi^inii 
lu Nouvello-P'r.-inre. l^re «/-rie, vol. IV 



_ 80 — 

NOS CHANSONS HISTORIQUES 



LA PEKTE Dl^ CANADA 

Voici deux c:liaàt!<>iis {)o])ulaires qui, malgré leur âge res})ectable. 
pourraient bien être inédites. Il y a donc raison de leur donner asile 
dans une publication où les amateurs de demain pourront les retrouver. 

Ces deux |)ièces remontent à la cession du Canada et toutes deux 
m'ont été chantées par M. .J()se])h- Albert Richard, mécanicien, né à Mon- 
tréal en 1850 et qui m'a procuré quelques-uns des chants historiques 
(jue j'ai déjà confiés au BuJh'h'n. Soit dit' en ])assant, M. Richard affec- 
tionne particulièrement les [)roducti()ns })opulaires qui traitent de notre 
histoire et il s'est fait un devoir d'apprendre toutes celles qu'il a pu enten- 
dre. 

La première (|ui semble avoir un soldat pour auteur fut apprise par 
M. Richard père, au Cap Saint-Ignace, au début du dix-neuvième siècle; 
il la transmit ensuite à son fils, notre informateur, vers 1860, à ilontréal. 
Elle n'a que quatre couplets : 

1 

Quand Georges trois, })rit l'(*anada 
La sainte Vierge est au combat, 
A la trahison de Valgor, (Vergor) 
Elle était entre les deux camps, 
l*(»ur défciKlrc nos régiments. 
2 

Courage mes frc^-es Canadiens 
Prenons notre sort en chrétiens 
Et soutenons notre couronne 
Braves soldats et miliciens, 
Soutenons-la jus(|u'a la (in. 

3 
hivo(pi(ins les Anges et les Saints, 
(.Qu'ils nous tcn(l(('nt) anjoiinriini la ni;iin. 
Et implorctns la N'icrgc sainte 
(^u'Elle daigne par sa bonté, 
Nous <onserver la liberté. 



À 




... 31 - 

4 
yuV'ii a tunipu.sO la chanson, 
C'est un soldat du bataillon 
Qu'est prêt à se livrer lui-même. 
l*our la défense de ses droits, 
Vive le Hoi ! vive la paix ! 

La secondi' serait sans doute fort intéressante si le cliaiiteiir n'avait 
pas oublié une partie des quatre derniers couplets. 

Comme la préeédente, notre informateur l'a rei;ut' <le son j)ère. Celui- 
ci la tenait d'un original (jue tout ^loutréal a connu autrefois et dont 
nous dirons quelques mots ci-après: 

1 
Sire Louis, ijuin/.e du nom, 
Prêtez, s'il vous plait, l'attention. 
Des Canadiens écoutez les malheurs. 
Sont aujourd'hui dans de si grand's alarmes 
Par les Anglais dépouillée de leurs armes 
Ils sont réduits à de si grands malheurs 
Par la faute du marquis de Vaudreuil. 

Cher Canatlien parle hardiment 
Sans faire aucun déguisement. 
lv\pli(pie-moi la \érité du faite (sic) 
Comment les Anglais ont-ils pris Québec ? 
Comment Fran<;ais. Canadiens et Sauvages 
Ont-ils maii(|ué d'hardiesse et de courage ? 

3 
\e pouviez-vous pas avec tous mes Français 
Tailler en pièce l'armée des Anglais ? 
L'Anglais poiirsuixaiit s(»n chemin. 
Le (pjatorze du mois de juin 
,\ l'île, là ils ont débarqué 
.\ la barbe de tous nos oU'iciers. 

4 
Trois gros vaisseaux 
Nous ont donné l'alarte 
Lt les bateaux 



I 



— 32 — 

Qui étaient on découverte 

Ils s'en vont chargé d'artillerie 

Pour déharquer au Sault Montmorency 



Lorsque Vergor a tombé dans l'écart 



6 

Lorsque les Anglais vous ont attacjué 
N'étiez vous pas bien fortifiés 



Vous pouviez bien dedans cette assurance 
Certainement observer le silence. 
Sans ex])oser tous ces braves guerriers 
A perdre la vie avec tant d'oiîiciers. 



Adieu, mes très ciiers Canadiens 
Je vous vois perdre tous vos biens 
A])rès avoir Nailbininiciit comltattu 



L'original ou le détraqué qui enseigna ce ciiant à M. Ilicliard père 
s'appelait Bénoni Boutin, mais tout le monde trouvait plus drôle de dire 
lîénoni B(Hidin. ("était un simple, originaire, prétend-on, de Saint-Jac- 
ques-le-miiu'ur. Après avoir "voyagé", c'est-à-dire servi de nautonnier 
"sur les bateaux du roi" entre Montréal et Catanicoui, il finit ])ar demeu- 
rer tout le temps dans la métropole. Il travaillait quand il pouvait ; !<• 
plus souvent, il (juétait. Sur ses dernières années les ta((uineries cl les in- 
solences de la foule l'alVolèrent, le rendirent bien miséral»le. (^uand on 
le traitait bien, il causait sen.*<ément et |)on\ait cbanter un bon nombre de 
cbansrjDs intéressantes (|u'il tenait de sa mère. IV'iioni Houtin mourut 
à Montréal au m(»is de mai isîi; et il se l'etirait alors chez .M. Kiebard ])ère. 

K.-'A. .M.VSSICO'rTK 




lirj.i.iniN 



DKS 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXVII BEAUCEVILLE- FEVRIER 1921 N«2 



LES DEUX CAPITAINES DORVILLIERS 



Voici un nom (jui a été la cause ou i)lutnt l'occasiuii de 
bien des erreurs. Nous avons eu dans la Nouvelle-France: 

François Chorel dit Dorvilliers, sieur de Saint-Ro- 
main, ori^rinaire de Saint-Nise, évêclic de Lyon, qui s'éta- 
blit aux Trois-Kivières, puis à ('lianii)lain, s'(»c('U])a de 
commerce, de traite et de culture. Il décéda à ( 'baniplain 
le G janvici' 1709. De son niai'ia^e avec Anne Aulnichon 
il eut plusieurs enfants dont ti-ois fuient reli};ieuses et les 
autres s'établii'cnt foi-t convena))leni<iit ^râce h la .jolie 
foi-tune laissée jjar leur père. 

François Chorel Dorvilliers, fils du piécédent. lit aus- 
si du conunerce. Le 16 juin 169Ô, Kdniond de Suève, an- 
cien officier au l'é^inient de ('ai'i^nan et sei<2:neur en ])ar- 
tie de Sainte-Amie (de la Pérade), le faisait son léji^ataire 
universel. Les l)iens de M. de Suève consistaient dans sa 
paj-t de la seigneurie de Sainte-Anne, une terre de cin(i ar- 
|)ents sur (piarante de pi'of(mdeur, une auti-e tei're de qua- 
tre arpents de fi-ont située dans rile Saint-Ijxnace, une 
troisième terre de (juatre arpents de fi-ont, et eiitin une 
(juatrième tei-re de deux arjx'Uts de fi'ont, toutes situées 
dans la sei;rneui-ie de Sainte-Anne. h'iançois ( 'liorel Dor- 
villiers est sui-tout connu ]tar ses démêlés ,ju<liciaires avec 
M. Tai-ieu de la I*érade et sa bellirpieiise é])ouse >L'\deleine 
de X'ei'cbères. 



Kémy de (hiilloiu't Doi'villiers qui fut capitaine des 
gardes du gouvciiieur de la Barre, capitaine d'une conij)a- 
gnie l'ranrlie de la marine. i>uis, entin, coniniandant au 
fort Frontenac (Cataracoui). 

. . . .de Guillôuet Dorvilliers, fils du précédent, qui 
.servit ici connue lieutenant i)uis connue ca])itaine et ren- 
dit de précieux services au gouverneur de Frontenac lors 
du siège de Québec en 1690. 

Benjamin Dei'villiers (et non Dorvilliers) de la Bois- 
sière, originaire de Paris, lils de Jean Dervilliers, écuyer 
de la maréchale et duchesse de Yilleroi. cpii arriva dans la 
Xouvelle-P'rance ('omme enseigne dans les trou]ies du dé- 
lachement de la marine en 1696. é^xtusa ('laii"e (xodefroy 
de Linctot, des Trois-Rivières, fut jjronni lieutenant en 
1700, capitaine en 1715 et mourut un peu avant 1737. 

Charles Petit de Levilliers, originaire de Marigny, 
diocèse de Soissons, qui passa dans la Nouvelle-France 
connue enseigne dans les trou])es du détachement de la 
marine en 1687, éi)ousa, lui aussi, une canadienne, et décé- 
da à Montréal le 2 juillet 1714. 

Ces six personnages ont vécu à peu [)iès à la même 
é))oque et quatre étaient oi¥i<ders dans les troujx's. La si- 
iiiiliru(U' (\vs noms aidant, il n'est i)as étonnant (pr<»n les 
ait confondus et (pTil en soit résulté maintes erreurs. 

Poui' aujourd'hui, nous nous contentons de démêler 
les carrières (\vs deux <'a])itaines Dorvilliers ])ère et fils. 

Rémy de (luillouet Doi'villiers commen(;a sa carrière 
militaire comme enseigne de la compagnie colonelle du ré- 
giment de Conty en K).")!. Six ans plus tai'd, en 1657, il 
était ])romu ca|)itaine dans le même régiment. 

D'après Laffilaivl, M. Doivilliers serait passé dans la 
.\'oii\'cllc-f'rancc en 1661. Xous croyons plntôt (pTil ar- 
ii\a ici (Mumiie ca|)ilaine (li's gardes dn goUNcrncnr de la 
I lari'c en 16S2. 

( )n voit )»ar un (\v> |»i'emici.s niciiKiires de M. de la Bar- 
!•(' à M. de Seignela\' que dès raulnniuc ([<> 16S2 il se |>ropo- 
sail d'en\u\'er .M. l )ni\illiers a\('<- un certain nombre de 



.'>0 - 

soldats pour i-cnrorccr la pclilc uaniisoii du fort l'^rontc- 
nac. 

l'ji ll)S;i. M. de la lîarrc dciiiaïKlait la iiia.jdrilr de 
«^U('l)c'c itour son i»r(>t(''ii.c', M. Doi'Nillicis. 

l^es plaintes continuelles que le niinislic de Sei<inelay 
l'ocevait eontre ^1. I^ei rot, gouverneur de Montréal, l'ayant 
décidé à le reni)dacer, le <»()uverneur de la Barre lui proj)0- 
sa connue son successeur le ca])itaine de Cliamhly <tu M, 
Pruvost, major de Québec. 

Dans sa letti-e du 4 novembre 1()8I) à M. de Seigiielay, 
M. de la iiarre disait de M. Dorvilliers : 

'*p]n cas, M(^nseigneur, (pie vous choisissiez le majoi" 
de Quél^ec poui" gouverneui- de Montréal, je vous sui)plie 
de demander au Roi la majorité (de Québec) i)0ur le 8r 
Dorvilliers, iientilli<nnme de lîourbomiais, cpii a trente ans 
d'ancienneté de capitaine d'infanterie, (pii connnandait 
sous m(»i le bataillon de Poitou dans les îles de rAméricpie 
et (jui est préseni ici ]»rès de moi. M. le c(>mte de St-(Jé- 
ran vous certifiera (pli il est et son mérite" (1). 

Le ') juin 1()S4, sui* le point de pai'lii- pour >on expédi- 
tion conti-c les lro(piois, M. de la lîari'c éc!-i\ait à M. de 
SeiLiiielay : 

'*( '(»iiiiiic ce dont je iiiaïKpie le jdus pour l'entrepj'ise 
([Ue je dois commencei" est de bons (d'ficiei's de guei-re capa- 
bles de mener nos habitants au feu, je vous sup|)li(» (jue le 
sieui" Dorvilliei-s. capitaine de mes gardes, ayant 20 ans de 
sel-vice et capitaine d'inraiiterie. ne me reste pas iinilile e1 
(pie vous ayie/ pour agréable d'envoyer pour lui un brevet 
de mai'échal ou sei-gent de bataille (pii me puisse autoi'iser 
à lui donne?' le coiiiniandeiiieiit dont il est cai)able. . ."(2) 

Loi-s(jue M. de la lîaire se mit en marche poiii- le pays 
(\i'> Ir<»(piois, il divisa ses foi'ces en t r<»is coi-))s : M. D)i(iu(' 
l'ccut le 4-omman<leiiicMt de Taxant-ga i(|e. M. de la Darre 

H) Aichlvi-M de- In irnivinri- il.- (jiiC-lifr. .M.imjsci ils nl;ilif.s .'i l'hi.slfiiif i\<- 
la Nouvelle- Frnnrp, L'^m»- H^rlr. calilrr 1. 

<L') Arcliiv<-M fie la pinvlnc»' fl«^ iHiO\u-c, .M.iniisfrlls nlallf.x à J'hlMtoirr de 
Ih Nouvelle- Fraiici', 2^ine nf-rU-. rallier 4. 



- 3fi _ I 

lui-même se mil à la tète du centre, et M. Dorvilliers pi'it le 
oonmiandemciit de l'arrière-gai'de. 

On eoimait le résultat de cette expédition. M. Dor- 
villiers, toutefois,, n'y fit pas trop mauvaise figure. Dans 
la lettre du Père Becliefer à Cabart de Villermont où il ra- i 

conte ce voyage, il dit de M. Dorvilliers : 

"M. Dorvilliers qui est un vieux officier d'une grande 
capacité et d'un mérite fort distingué" (3). 

A l'autounie de 1684, M. de la Barre se décida à envo- 
yer M. Dorvilliers en France afin (Tinformer la Cour de 
ce qui se passait ici. 

Dans scm mémoire au roi du 13 noveujbre 1684, en ré- 
]jonse à la dépêche de Sa Majesté du 10 avril précédent, M. 
de la Barre écrivait : 

'Tomme j 'envoyé exprès à V. M. le sieur D 'Orvilliers, 
mon capitaine des dardes, pour lui rendre compte de ce qui 
s'est passé à notre prétendue expédition de guerre et de la 
(pialité du pays des Sonnontfnums (|u'il avait été exprès i 

reconnaître dès le i^etit printemps et rinformei' aussy de la ^ 

conduite du colonel Dongan, gouverneur de la Nouvelle- 
York, à noti'e égard et de la différence ({u'il y a entre ses 
[ja rôles et sa conduite à l'égard dQfi Iroquois et surtout des 
Sonnontouans auxqtiels il a envoyé oiïrir 400 chevaux et 
autant de fantassins de secours au même tem])s qu'il a fait 
planter les armes du duc d'York dans leurs bourgs, et que 
dans le moment il a despêché le sieur Arnault, son envoyé 
aux Onontagués, Oneiouts et Oiogoins ])our leur faire dé- 
fense exjjresse d'entrer en aucun ti-aité ny conférence avec 
moy, sans ses ordres i)récis comme sujets du duc d'York 
dépendans de luy et de son gouvernement" (4). 

M. Dorvilliei's revint dans la Nouvelle-France au prin- 
tem])s de 168'). Pendant son séjour en France, le 5 mars 
1680, il avait rcru un ordre du i-oi poui- conmiander la <M>m- 
pagnie de M. du Kivau Huet. 

En cette même année 1()8'), M. 1 )oivilli('rs acr(nn]jagna 

(3) 77tr .Te.Hult IlrUilinns nn'l nlliid (loriniuitl s. vnl. F. XIII. )). 2711. 
(1) .Xrchivcs «le la province <!<> ym'luf. .M;iniisciitn rchitif.s à l'histoiic de 
l;i NiHivtlIf'-Frnnce, 1ère .s<^rie, cahior l'. 



le u'HivciiifUJ- (k* Dt^imiivillc dniis s<»ii vuyajie au t'(»)-t Frrdi- 
teiiar. M. La Fmcst. <jui cnumiaïKlait en cet (Mi<li<tit \)imv 
le compte «le Cavelier de LaSallc ayant (»l»tenu la periuis- 
>'uni (le se ieii«lr<' aux Illinois. M. l)<)i'\illiers rcrut sou 
«•oiniuaiideuient. Le jxiste de Froiiteiia*- était alors d'une 
«rrande mii)ortaiiee. 

Le li> nnveinhre IGSÔ. lo i::(»uv«'i-neui- de l)en<»nvill(' 
«'(•rivait au ministre : 

''J'aurais besoin d'un ^M-and volume ]»oui- vous i-eiidrc 
compte exact du pays, et vous donner une connaissance 
parfaite de toutes cliuses. J 'al)régerai ma lettre, monsei- 
y:neur, tout autant que je pourrai pour vous être moins à 
cliarjje, et (pie \(»us |niissiez [irendrc la jx'inc de la lire tout 
au long:. 

''Je c(jmmencerai, Monseip:neur. i>ar v<»us lendre 
(•om]»te du voyajre que J'ai fait à ('ataroksy (( 'ataracpii ) 
où j'ai mis le sieur Dorvilliers j)our y connuander. M. de 
la Barre y avait mis vinj^t-cinq lionmies sans officiers, M. 
de La Forest. homme fort sa^e et de bon esprit y ('tant de 
la i>art de M. de LaSalle mais connue il m'a i»ri('' de luy 
permettre d'aller aux Illinois aux affaires de ^L de LaSal- 
le, je me suis rt'solu d'y mettre ^L Dorvilliers avec sa com- 
pag:nie, la suret (' de ce poste me paraissant d'une iri'ande 
sûreté". 

Plus loin, dans la même lettre, le mar(piis «le I )en<invil- 
le écrivait encore : 

"Si vous ai)i»r<tuvez les vues (pic je jiuis av«ur à l 'éuard 
du fort (le ("ataroUsy, et (pie le Koy veuille bien y entrete- 
nii- un commandant, j'espère (pie v«nis voudrez bien avoii- 
la bonté de i»i<»curer au sieui- Oorvillici's «piel«pie <!:ratilica- 
tion tous les ans pour ren<;ap:er à y bien faire son devoii*: 
il a son tils aupi'ès de lui (pli est assez j(di p:ai'(;on" (ô). 

Le 11) novembre lbS(). le ^ouvei'lieui" de Deilonville 
éci-ivait au nnnistre : 

'*Quoi(pie le sieur 1 )<»i'villiers ne s(»il commandant 
(à <^'atarac<»ui ) (pi'en l'aljsence de M. de la Salle, cepen- 

(5) Archi%-eft d«» la i)r«i\inc-f <lo Qiié>»<?o, manusrrii.o r. la tifs à rhi.stoire de lii 
NouveUt-Fnmcf. 2*mo hérl«-, cuhlpr 4. 



— .3<S — 

(lai)t si Monseigneur \oulait bien lui procurer ({uelque gra- 
titication pour le réjouir du séjour niélancolique qu'il y 
fait, cela l'encouragerait à continuer de l)ien faire son de- 
voir. Je vous assure qu'il y ])rend ])ien du soin et qu'il 
s'applique très fort. 

"Dorvilliers soulia itérait fort que vous voulussiez bien 
donner sa compagnie à son fils, qui est auprès de lui, joli 
garçon et servant i)ien ; volontiers il continuerait ici ses 
services tandis que son fils y resterait, j 'ai tout lieu. Mon- 
seigneur, de nie louer de ses soins et de son a]>])lication. 

"Si vous agréez que le sieur Dorvilliers remette sa 
(•onq)agnie à son fils vous l'engagerez en ce pays i)our tout 
le temps que la guerre durera ; il est bon officier, je suis 
très content de tout ce ({u'il a fait à Cataracouy" (6). 

Au printemps de 1687, lorsque l'intendant Bochart 
rhampigny monta au fort Fi-ontenac avec la i)erniîssi(m et 
])rol)al)lement même sur les ordres du gouverneur De- 
nonville, pour yacconq)lir son acte de tricherie à l'égard 
des Iro(pi()is, M. Dorvilliei's était encore en connnandemeni 
en cet endi-oit. 11 dût aider l'intendant à faire tomber les 
Iroquois dans le piège et à les faire i)risomiiers afin de les 
envoyer servir sui' les galères en France. Cette besogne, 
nous n'en avons aucun doute, dût lui ré])Ugner mais l'offi- 
cier connue le soldat doit obéir à ses chefs et exécuter quel- 
quefois des <»rdres (pic sa loyauté et son honneur ne ])eu- 
vent a])])i"ouver. 

Dans rexj)édition de M. de Dcnonville contre les Tson- 
nontouans, (luehiucs semaines plus tard. M, Dorvilliei's re- 
cul un comniandeinent inq)ortant. On voit (buis les rela- 
tions du loups (juc les (plâtre couuuandants dv<, tr()U])es ré- 
gulièi'cs rureiit MM. Dorvilliers, Saint-('ii'(|, de ^Pr(>yes et 
N'ali'cnnes, "ca])itaines (rinraiitei-ic et bons officiei's". 

Après rcxpéditiou, .M. I)(»i\illi('rs i-cpi-it son coniuian- 
(b'ment au fort l'^rontcuac. 

Le () novcinbi'c KJST, b- gonxcriicur ib' Dcnonville éci'i- 
\ail au minist rc : 

(6) ' Archlvo8 (le la province (!<• Citii'licc. Maïuiyt-iils i-clalifs ii 1 liislnin- (!■■ lit 
N'niiv<'llf-I''r;inf(', lT-dic .s('i-if. cellier "i. 



— 'M\ — 

•'M«>iis('i«i-iu'ur se souviciidra, s'il hii plnit. <|U(' le sicin- 
JJorvillicrs (|ui rdiimiaiulc à < 'alnracnux' ii'.-i\aii1 [dus de 
coiiipa^nic >■ scrl à ses (l(''j»('iis. cl iiou- n'aNoiis aïK'Uii sujcî 
dans l(»us les officiers (iiii le \aillc" ( 7 ). 

A raiitomiic (le KiSS. M. i)(.r\illici-s repas.-ail en 
l'^raiicc. 

Le \'.\ jaii\icr KiSÎ), le loi lui dniniail le eoiiiiuaiidciiiciil 
d'une <-(»iiiita.uiii(' à ("aveline. Il rcce\ai1 en iiiênic Icuip^ 
le titre de lieut<'nant de roi. 

( "l'éé clu'valici- de Saint-Louis le 2S juillet 170'), M. 
1 )orvilliers était nonuné huit mois ])lus tard, le !) mars 17(t(). 
_u:ouierncui' de ( 'ayenne. Il mourut dans ce eonniiande- 
ment le IS anûi m:*). 

l'n mot maintenant de M. (!uill(»uet i )or\illiei-s tils. 
Nous i«»iioi'ons ses prénoms. 

("est en KiSÔ (pTil était venu re.joindi'e son père dans 
la Nouvelle- I^'rance. 

Le 1er mars l()iS7. comme iiou^ l'axons \u plus haut, il 
re<-evait le couimandement de la comi»a^nie de son |)ère. 

Lors du sièue de (^)uéhec ])ai- Phipps en ll)9(), M. Doi-- 
^■illiers i'ut un di's hi-aves officiers (pii aidèrt'ui le <i<»u\('r- 
neui" de Frontenac à rejtousser l'envahisseur. 

( )n \oit dans le Sh'nioin de (iédéon de ('atalo^ne (pic 
MM. I )oi-\'illier- et d<' Suhei'cax- rui"<'n1 misa la tête de 
cent hommes pour empéclier les An;^lais de l'aire une i\v>- 
«•ente sui" l'île d'( )rléans. ( 'eci se passait ajtrès la hataillc 
des grèves «le IJeauport oTi M. I )oi-\illiei-s a\'ait l'ait liiaxc- 
nient son de\'oir -i l.i tête de sa coiiipa;:iiie" (S ). 

A la Hn de lOÎM, un |»arli (riro(|Uoi> avait lait vin;it- 
deux sauvajrt's amis i\v> l''i-an<;ais pi'isonnicrs dans les en- 
vii-ons de ( 'haml>l\'. Les San varies du Sault Saint-Loius. 
avertis, se mirent à la poui'suite (\vi^ li'ocpiois. les rcjoiuiii- 
icnt sur le lae (■hamplain et i-éussirent à d«'li\rer les pi-i- 
sonniers. 



(7) AirhivcH <le la iir«»vincf il»» Qu^-tn-c. M:iiui.»iciils i<lntif.s A riil.stoirv <1< 
la .N'mivell«'-l'"raMC«». 2*?mo sii^rlc, cuhler 5. 

(K) f'fillt clitni tir nul n ilMcrit H. Vol. I. 1 



- 40 — 

Fiers de leur succès, les vain{}ueurs s'euipressèrent de 
venir en informer le gouverneur de Frontenac. Celui-ci, 
sur leur demande, assembla cent-vingt Français et deux- 
cent-cinquante Sauvages pour aller attaquer les Iroquois, 
Il mit ce détachement sous le conmiandement de M. Dor- 
villiers et lui donna M. Boisberthelot de Beaucours connue 
second. Les autres officiers du parti étaient MM. de 
Sourdy, Sénéchal d'Auberville, de La Brosse, Forsan et de 
Beaubassin. 

Le détachement partit de Montréal au mois de février 
1692. Mais M. Dorvilliers eut une malchance. Trois 
jours a]3rès le départ de Montréal, pendant qu'on préi)arait 
le re]^as de la trou])e. il <'ut la jambe tellement échaudée ])ar 
une chaudière d'eau bouillante, qu'il dût remettre le com- 
niandement à M. de Beaucours et revenir sur ses pas (9). 

En 1694, M. Dorvilliers se décidait à repasser en Fran- 
ce atin d'entrer dans la marine. 

Lieutenant de vaisseau la même année, il fut ])r()nm, le 
2") novembre 1712, ca])itaine de frégate. 

Le 22 mai 1715, M. Dorvilli,ei-s remplaçait son père 
('(Hiime gouvei'nein' de ('avenue. 

11 moui'Ul à b(U-(l du l^aon en passant en b^'rance le V?> 
décembre 1728. 

P. (;.H. 



1 



(!)) Charlevoix, llistoin: in'nrrtilc <li- lu Xoiirrlli-I'nnicc, vnl. Il, \>. Il: 



LES CHIRURGIENS DE MONTREAL 
AU XVIIe SIECLE 



Sur lf> (■liii-iir>;iiis de Mmit rral au dix-scj)! iriiir sirclc, iioiis hmiii? 
«k'jà jnibliô. dans \v liiillclin «lu nmi.s (l'août l'.M4 (|). 'i')'^), les iiutos (|U(' 
nous avictiis alurs rocncillifs. I^a jKHir.suitt' de nus fouilles, nous met eu 
mesure d'ajouter df iiouxeaux noms et df nouveaux renseitrnemeiits (|ui 
complètent (|>our le lUitment), l'ai-ticlc paru il v a sept ans. 

I6Ô8-IG60. — . . .Hiibuis. — Lf ] mars KJGO, au mariage de Jacques 
Millots avee Jeanne IJéljert est présent le chirurgien Dubois. Plus tard, 
lorsque le talicllion de Ville-Marie dresse l'inventaire des biens de feu 
Léger Aguenicr, li janvier l(i()4. un item mais a|)|)rend ({ue le décédé de- 
vait **H livres à la succession de défunt sieur Dubois, chirurgien". Celui 
ci est donc mort entre KiGO et 1(56-1 et comme son nom n'est pas au regis- 
tre de Notre-Dame, Dubois jxturrait bien avoir é'té tué j)ar h-s Iro(piois. 

Par ailleurs, dans un acte de Uasset du 1.") septemljre 1(>.")8, un f)}ihni 
ajjj)ose sa signature à côté de celle de Dollard des Ormeaux. 

IGGl. — ■Ifiui (idillanl. — Nous avons déjà démontré <]Ui' (iaiiiard était 
à .Montréal de l()(il à KiG) et qu'on perd sa trace ensuite. Mais voilà (pic 
treize ans plus tard, dans un acte de Mangue, (2 décembre 1680) il est 
(|ue!<tion d'un "Louis (îaillard, chirurgien, depuis longtemps parti du pays 
et tenu pour mort ou pérv". ( <■ di;îparu avait laissé une maison à Ville- 
Marie et on venait de la "vendre juridiquement à Charles Le Moyne". A 
ce moment, un sieur .Vmiii'' Trajot, cousin de l'absent et son seul héritier 
connu, se prî-sente pour recueillir .sa succession. Il a l'assentiment du 
supérieur du iKeminaire de M<»ntréal qui est au.ssi le représentant des sei- 
gneurs de l'ile. Trajot eut gain <le cause et re^-ul le prix de la nuiison 
.'}ô7 livres et deux sous. .Ie;in (iaiiiard et Louis (Jailiard ne sont-ils pas 
un wul et même in<lividu ': Il portait deux prénoms, ou bien le notaire ou 
l'héritier a fait erreur. 

1G()5-H)ÎM. — Amlrr Jiii/tin dit ht Muzi'lle. — Il e.-t |»ii''r-eiit à un maria- 
ge le 8 mars H»<i(i. .\é en 1()4(). dans le diocèse de Lucon. en l'oituu, il 
épou.s«« Clémence .larry, à Montréal, le •^'."i novembre Hîd'.i. il fut attaché 
à riIôtel-Dieu, de KnîJ'à l(i8(i. Durant s(»n service, il demeurait au coin 
.-ud-ouest des rues Saint-.Facqiie?. et Saint-Pierre. Par la sinte, il alla de- 
meurer à ria<biiie, où il fut inhumé en «lécembre Kiîil. 



....42 -- 

Ki'il). — Anininr Fores! i(r. — !l est nient iciiiK' dans un acte sous sein»;' 
])rivé (lu G avril IGGl) et, l'année suivante, il épouse Madeleine Le Cavelier. 

Forestier fit du service à l'Ilôtel-Dieu dés 1(581. ainsi (|ue Martinet 
de Foublanclie, comme nous l'avons déjà dit. JMitre autics détails iiou- 
veau.x, sur son compte, nient ionnons ceu.\-ci. Forestier tit établir par le 
tribunal, le 24 avril 1711. (pif les officiei's des troupes n'avaient droit d'ê- 
tre traités gratuitement (pic pendant leur séjour à riu'ipital. Hors de là, 
ils devaient les payer des hojioraires, comme les autres ])atients. ~ 

Ce chii"urgien, a l'ait usage de trois sceau.x différents. Le premier 
qu'il appose en 167S, est ijidéchifl'rablc : le second, ( 1(>!) 4 ) représente un 
coeur percé d'une flc-che et surmonté des lettres H. 1). : en lin le troisième 
(1703) consiste en une eni[)reinte de la lettre F ade.xtrée en chef d'une 
étoije. 

1()?0. — Michel (Jumelin dit Ldfonltiinc. — Il t'pouse ^larguerite Cre- 
\ier aux Trois-Kivières, non pas en 1G()3, connue le dit Tanguay, nniis 
vers le 16 novembre 1661 (1). 

D'après les archives de ril(')t(d-I)ieu. il aurait ('té attîiclu' à (rtte ins- 
titution entre 1670 et 1674. 

(iamelin mourut- avant HicSo, c;ir en cette ann(''e, .•-a \cii\i' c((n\(de une 
Iroisième fois. 

1677. — Michel de >^irs.sé dit Saml-M Irhr!. — Le 20 août 1677, "Mi- 
eli(d de Siressé, sr de Sai'Jit-Miclud" ((ui si;;iie "Michel de Sirssé", chirur- 
gien demeurant à Montréal, acli('te de deaii lîaynaud dit l'ianchard, une 
terre de 40 arjtents, sise à la c(')te SaiiU-.leaii_, pour le pri.x considérable (\v 
I 125 livres. Ku plus, l'acheteur s'engage à ])ayer 30 livres |iour les "épin- 
gles" de la dîime Rayiiaud et à "trois années de service de eliirurgie pour 
la barbc! et la seignée .seulement dud it Ncndeur, -a femme et en fans. . . . 
en leur maison, à la Pointe-aux-Tremldo". I)aii> un document judiciai- 
re de la même année, ce [lersoniiage est désigné dans ces fermes : "Mielud 
de Sircay, cliiriirgien et \alet de cliamln-e de .Mgr le goincrneiir l'errol". 
\'oilà tout ce (pie noiis avons trouvé. 

.M. L. Lauiontagne est d'asis (pie la (•arri(''re de ce cliirurgieii ne linil 
jtar là. .Mgr Tangiiay, |>rétend-il s'en est occupi' en (pialic endroits de 
son dicl i(Uinaii'(' et cluKpie fois s(Uis un nom dilférenl. 



(1) Date du «•oiili-at de inariaKc iln'.s.sC- par S. .Aini'aii. , .M. l/'aiulre Lanion- 
launc nous .siKnalf <|ii<' Mar^'iieiile ('m vicr avail ^pini.sé. auparavant, .lacqucs 
l'oiirnior, mal.s f|Uf cc m.'iriaKe lui ;iiiriiilc, l'uiii-nicr se maria, do nouveau en 
l<i<i.'{. \'oir TanKua.v. I, 2:{9 et 2.')0, pni.s l\', .S.'i et Kifi. h;i rr.nC'in<ii( à (•«•ttc pa^e 
elle e.st dite veiivi' de .Jacques Kournier. 



Au \nl. I. [1. 1S>. le llKlit II' ;:j;(''m';ll()gi>t(' llKMlLinmu' Kiaiirnis lie Sifci'- 

«lit Saiiit-.Miilifl et a là |iage 004, FraïKj^ois Saint-Michel. Au xd. III. |>. 
S3, un tniu\c KraMt;nis ("in-é. |iui.< au vnl. \'ll. |». '2'<^(, FraiK.()is Saint-Mi- 
clifl et Cvr dit Saint-Micliel. 

l'eu «le coltins tint eu auUuil «riionueur. 

Ce Kraii(;«»i> Sine <»u ("ireé «lit Saint-Michel «|ui se uuiii«' à Quéhec en 
KiSé), avec M. Me«lcleiiic Iî.mM li.-lut est-il Itint I.' .Miclid Sir>s«''. >r «le Saint- 
Michel «le M«>ntn'al ? 

Ku t«»ut cas, si r'est le uii'Uir. un ne j»eut nii'i- (|ue ce l'ut un JKunade. 
Il n'y a «|u'à rel«'\«'r les a«les «le hapténie «le ses (juinze enfants pour aper- 
i-ev«)ir «|u'il ne moisissait pas en |»l;n «• : il y en a dans les re{;i.stres de 
t^uc'hoe, dans ceux de la ('«linte-aux-Trenildes de (^uéhec, de Batiscan, de 
iiécancuur, de Surel et «le l'île du l*as. Par la suite, cette famille .se di.s- 
perse dans la ré<;ion de M«)ntréal et les descenda+its adoptent le nom de 
rirc«'. 

KJÎÎ. --Iriiu Lu J'idiiclu'. — Ji'ixu («le) la l'Ianclie, lils d'un cliirur- 
^rien de la Flèche, en Anjou, é|iuuse aux Tmis-lîivières, le <j uctohic Ki". à. 
la veuve .Ju«lith J^if^aud. Trois mois j)lus t«*>t, il avait l'ait dre.s.ser .sun 
««•ntrat de niaria/re à la Kivi«^'re Manen'uil. Ce cuntiat fut «h'-posé dans 
le greffe d'AdlK-niar, l'anni'e sir*i\antc. 

Le *^1 f('vrier HiîT, Basset nous apprend «jne le chirur^fien La Plan- 
ihe est rendu à Montréal. Son séjuur, en ci-lte ville fut aceunipaj^né de 
;,'ravj'S ennuis. Judith Wi;<^aud, uri^Miiaire de St-J«an dWiiL-'idy avait 
•'•pou.^é en l(i.")l, Kran(^iiis Le Maistre dont elle eut H enfants. .\n niuis 
de janvier l'i*>T elle avait cun\olé avec .lean Terrien ijui lui donna trois 
enfants. Kn ]('û'k «'Ile .s»' maria en truisième nuces avec le chirurj^'ien J/d 
IManclii'. ( es unions .sucees.'^ives ne l'avaient |»as a.ssa<,ne, car en l(iT!>, elle 
est arn'-tt'-e .<uus l'aecusatnin d'avoir «h'sertt' Te foyer «•unjujral et d«' \ivre 
maritalement aviv un numni»'- l'iern- Cjneljcr au scandale il<' la popula- 
tion njontréalai^e. 

|()HO-'J(). .//•//// Jitllnl . " .\r <-l\ |li)>, il epou>a, \«'rs liKil, .Marie- 

.\ntuin<'tte Chuiiaril des (iroseillcrs, lille (\\i «él«''lire <'.\plorateur, com|ia- 
- "•' ' ' Ihniissi.n. .lallot véeiit à Champlain, seigneurie di' l'atisean, de 
|t;> a KiSO. Kn cette dernière année, iie^l rendu à la l'ointe-aux-'l'rem- 
hles «le .Monin-al. uù il pu^sède une maisun : en Hiss. on l(> niK'ontri' à de 
KepcntiimN 

.lallot a iai; |uj cl H'i le celle pc[,jle l ruiipe di' colon - «jui, au mois «le ju il 
|et HiîiO, tenta irHrrèt«'r les !ro<ni«)is «pii .«■«•inaieiil la t«'rr«'ur au Itas de l'île. 



JI .se lit tuer avec luic (loiiziiiiic (Tauti-rs. Leur aclioJi liéroiquo seiuhlo 
avoir détourné l'euiiemi. 

I(i80. — (rille-s Marin. — Dans un acte do .Mauguc, janvier 1G80, on 
\()it que "Gille Marin, chirurgien" est présent ef qu'il signe. 11 est alors 
domicilié à la Pointe-Aux-Trembles. 

1G82. — Anioine Barrais. — Fils d'un chirurgien du diocèse île Bourges 
en Berry, il épousa, à Montréal, le 12 janvier 1072, Anne Le Ber, nièce de 
dacques Le Ber de Senneville et cousine de la fameuse recluse Jeanne Le 
Ber. Dix ans après (16 novembre 1682), lorsqu'il vend sa terre à La- 
})rairie, le notaire Mangue donne à Barrois, la qualité de maître chirur- 
gien. 

1682. — Jean Bouvel de la Ch-ainhrc. — Né en 1611, il é})ousa à Québec, 
en 1678, Madeleine Bidquin dont il eut une lille. Le notaire Mangue, le 
8 août 1682, rédige un acte par lequel François Bordet de Chambly, re- 
connaît devoir 30 livres au sieur Bouvet de la Chambre, devenu maître 
cliirurgien à Saint-Ours, "pour médicaments, oeuvres de chirurgie et ali- 
mens fournis". 

1686. — Xicola.s ,">ama.-i.—S(- en KJOO, dans le diocèse d'Amiens, le 
chirurgien 8amus é])ouse, Marie-Anne Gautier, à Boucherville, le 25 ie- 
vi'ier 1686. Moins dé deux ans après, on l'enterrait au même endroit 
(12 janvier 1()88). A cette date, Sanuis avait déjà vu mourir sa femnie 
et sa fille unique. Toute cette famille s'éteignit en quel<|ues mois. 

1(587. — Jean MichcJ. sieur de Sa i ni -Michel. — Etant chirurgien-major 
du tort >Saint-Louis, il é])ousa, à Lachine, Jeanne, fille du sergent Michel 
Ajidré, le 11 février 168.7. Comme il n'y avait pas de notaire, il ne fit 
rédiger sou contrat de mariage que le 18 a\iil sui\ant à Montréal. (Man- 
gue), ^lichel était originaire du diocèse d'Agen. 

1()88. — Marien Tailliandier dit la Beainiie.— V\\> d'Antoine 'raillnm- 
ditT, pr<Miireur de la justic»- de Masaye. en .\u\iTgnr, il é|)()use à Bouclier- 
ville, le <s jan\ier 1()88, .Madeleine Baudry, veuve de Jean de i'uibarau. 
Lors de son mariage, il était soldat- et chirurgien de la compagnie de M. 
r>aneau dr Mny. A ses occupations, il ajuiitn, en Kl'.l!). la cluwge de no- 
taire de l'ioucherville i-e.stée vacante pai' la mort de Michel .Moreau. Mieux 
que cidM, If 2.") juillet, 16'.)i», il dcNcnait juge du tribunal seigneurial de 
sa localité. (es fonctions diverses ne renipéchcrcnt ])as d'exercer son 
"ail de chirurgie", ainsi ([u'en témoigne A*:'i^ (lo( umeiits, de liliM et de 172."» 

1688. — ,D//o//(r < 'Iniudillnii.- .\\)Vi'^ uii séjour à Sorel (1671-1681) 
( 'liaiidi lion \iiit dcini'iiicr ;i l;i i'oi iitc-jinv-Trcnildcs oii on note sa présen- 



— 4r» — 

t«' fil KJSS. Il |i;ir;iit ;i\oir |ni.- |iiirt ;iii i (iiiili;il di- In livii-ri- îles Pviiirifs. 
fil J(Jl>U et \ avoir ('-tr hli-ssé. 

1G8!'. — JJitininiijur 'riiaiiiii iir ili- lu Soiirrc. — Xi- en Idti;). il (''puust.' ;i 
Montréal, It* •<?."» août l('nS9, Jeanne Prudhonnnc. Iji Ki!»;'), il acquiert 
un ♦'mplaeenient rue St-Franc^-ois-Xavier, lôté est. Les ardiiscs de l'IIô- 
tid-Dieu ne le inetteiil au iionihre des chinir^rieiis di- Tiiist it iition qu'ciitn- 
hllM» et Ko.'). .Xt-iiiiiiioins, le docteur Sarra/.iii le [lorti- sur sow lc,--la- 
iiit'iit en ltl!»"i. 

Tliauniur ilc la Source fst mort en mai 11 11. Son lils, Anioiiif- 
li'cné, né cii l<i!)"i. lut ordonné |irêtre en KIT et sa lillc, Louise-Tliérèsc. 
née en 1T()<!, t'iit la deuxi'cme .<oeur ([ui se joignit à daint- VoUNillc |iour 
l'aider dans .<on oeux re. 

l'IM».— .\'. (Inslrin. — D'après les arcliivcs de l'i lotd-Dieu il apin.-rt 
(ju'un chirurtri»'!! nommé "X. (iastrin" aurait été attaché à l'hôpital du- 
rant les années l(î8!) à î (»!»."). .Xoiis n'avons trouvé ce nom nulle part ail- 
leurs et ce (jui est plus étran<;t' c'est (pie le docteur Sairazin n'en parle pa>: 
dans son t«'stamenl de l»!î>'2. 

yi. Léamlre Lamonta«rne nous soumet ipie ce (inslrîii pourrait être le 
chirurifieii Xieojas ("adrin uii Catrin ('ranguay, l,!».S). .Mais entre KiSlJ 
et 11)!).'). Caflriii lait liaptiser trois entants à (^ué-hec ! Coinnieiit accorder 
cela ? 

!<)!)(). — .1 fiiii-Bit ji! isic Mniihliinl . ^i^'iir de Sm'ii l-.\ ma inls. — Le "^0 niai 
KilM), l'ahhé .|)(dlier de Cassondomie une concession an sieur .Mauhiant. 
chirur<;i<'n «-t à l"!tienne Chaïueret, cloutier. Deu.v jours après, le notaire 
Mauffue, dre.s.^e un acte de sooiété de tous hiens entre lesdit.s concession- 
naires. Ils f)os.sédaient alors, conjointement, luie 'maison sise rue Sainl- 
Kran(;ois-Xavier, côté ctii, vis-à-vis la rue Saint-Sacrement. (Terrier <le 
.Montréal, no liiC). l/aiiné*»' suivante, "^ 1 octohre lUlM, ( hanceret se (k'-sin- 
lére.ss« de la .•i4»ciété et donne (piittance à Mauhiant. Ce dernier eut 
riionneur d'être l'un des trois chirur;,Mens à (pii le docteur Sarrazin voului 
lé;ruer se.x livres de chirurgie, en K')!)*^. i'oiir une raison «pi'on iL^iiore, 
Mauhiant viMidit sa maison au mois de décemhn' ifi'.l.') et l'on peid ensuite 
>i\ trace. V. 

l'i'.'! ./..//( l:>ihii. \,v -^1 îiofit I»i!il, ".)ean IJahy. mailre-chirur- 
;rien, deniiMiraiit à Montn'-al, de la compagnie de .M. le marquis de Crisaly 
et (le son a^n'-ment" fait dresser, «levant Mangue, .<on contrat de mariage 
avec Klisaheth l'ichoinme. veii\e de Jîohert De.^marès, mais le mariage 
n'eut pas lieu. j'^r ('\ce|)tion, le notaire n'a pas indi(|ué les noms des 



... 4(\ — 

]j;uvuts (lu fiitur. Aser ct^s reiiscigiu'iuciils, \]i)\\^ Jiiii'ioiis |>;i s;i\iiii' si ce 
ciiirurgica avait qiu-Idue lien de ])av(Mit('' axer un Jean lîaliv (jui, six ans 
après, se marie à la Kivière-Oucllc 

1(592-1 7 ]().—./.-/j. Le Biche dil LnsoïKlc.— Vli'wurgïen et sorg'eiil de 
la lompagiiie de M. de^ Bergères, il et ai! à Montréal en IG!)';?. [aiisinril est 
meiitiomié dans le testament (lu-d(»cteur Sai'i-azin (\(iii' ri-a[)rès). Il 
lut attaché à l'Hôtel-Dieu de l(iîJ-i à l()i)<S. K\\ l'année lîOl, le 25 auûi, 
il épousa Jeanne-Klisabeth Desnuirets, j)uis alla s'étaltlir à IJepenligny. 
11 finit sa carrière au 'mois de novembre ITKi et fut iiduimé à Monti'éal. 

]jv Riclie était fils d'un pharnuii-ien (l'Ai.\„en i'rovt'iicc. 

\{)\)2.— Michel Sarrazin. — Ce savant fameux a sa plaee dans l'histoire 
de Montréal par deux faits que nous avons déjà signalés. Raj^pelons 
l)i'ièvement sa carrière en puisant dans la l)iogi'a|)l!ie (juc lui a consacré Mgi- 
Latiamme (,Mem. Soc. rc>y 1887). ^é à Nuits, en Bourgogne en Kiô;', 
il passa au Canada eti 168."). Le 12 novembre 1(586, on le nommait chirur- 
gien-major de Québec. .\u mois d'août 1():)2, étant à .Montré>al. il tomba 
gravement malade et dut s'aliter à l'ilôtel-Dieu. Se croyant en danger 
de mourir il fit un testament dont lions avons donné le texte dans le JUilIr- 
liii du mois d'août 1!I20 (|). 317). 

Kn 1()94, Sarrazin retoui-na rw Fr;ince pour compléter ses études et 

l'el'aire sa santé. Il rc\int en Ki'.lî, jixcc le titre de im'decin du l'oi. Il 

* 
desient médecin en chef du ('anada, le 1 ! niai HiM'.i : il est iioinni»'' corres- 

j'ondant de l'Acadénne (]('<■ sciences de Paris, ( ii l(i!t'.) ; membre du Con- 

.-•■il -upérifnir, en 1707. Il s'éteignit à (Québec, le î septembre !7:M. 

Mans le lestamcnt signalé' ri-dcs.-us, il léguait s(>s livi'cs df riiirurgii- 

'■onl'rères montréalais : 'riiaiiiiuir de la Souitc : MauhIanI île Saint- 
.Vniand et r>i' l'iclie de la I.ondc (pii sans doiiic lui proi-u l'aU'Ul leurs soins 
à l'hôpital. 

\i'iW.—Bcné l'iiichcl. Le !i liiai's Kiii'.i, ce chirurgifii racoidi' au 
procureur du roi, à .Montréal, ipie la vaille, \\\\ dinuinche, à (i heures <lu 
-oir, il était au devant de sa bouticpie, >ur la place d'.\rmes. près de l'IIô- 
le|-i)ieu, loixpii' .M. d'-Ailleboust Ai'< .Miisscaux, sans aucune raison, "le 
maltraita de coups de |)oiiigs et de pieds, le frappa aussi d'un morceau ih' 
l;ois et voulut même tirer son épée cfjiih'e lui"". ( 'e pouri'ail bien cl le ce 
lî. (iaschet origimiii'e du Poitiers (jui -c uiaria cl vécut à (^ué'hec de IdDl 
;'i l<i!!(5. \'oir Tanguay, I, 2Ô1. 

|(>!)'.).- Jeun (! iiichni il illl Lu Smnlr. - ( 'hi ni i''_iien cl soldai de la c<im 




|»aji^Jiit' <lf .M. «if l..>ii\ i<riiy, urigiiKiirc du iliocrsc de Cliarirt'.-. di (liaïu- 
|>agiu', ôpuiisc, à .Mniuiûal, fii KJ'Jl», MargiK'riti' (ù-rbaut. Il lut'iirt en 
l 'i J3 et PU femme en 1748. Xou.s ne savons s'il a exercé son art. 

K.-Z. .MASSIlOTTH 



LE SIEliK DE SAINT-MARTIN 



Int* n«tU- df .M. Ai'^iiiiiiis F;uiteu.\ nous pernift d'idi-iililirr h- ia|ii- 
tiiint' de Saint-.Martin ilont il a »''té (|uesti<)n dans le Jliillilln des lierlnr- 
ilns H i.iforitjKrs, vul. X X \ I . p. ;}.");{. 

.It'aii-.lai-(iues (Jorge, sieur de Saiiit-.Mart in, était né au diocèse de 
N'ifiiin*, en l>liw|»iiin(', <in niariair»' d^ .leaii-liapliste (Jorge de Saini-.Mai- 
tin et ih- (;aliri<di<- l*'las«.Mir. 

1^,4' l.s (K-tolirt- \','t\, .M. de Saint-.Martin épttusait aux Trois-l{i\ ière> 
.Marie-Louise-(Jal»rielle Le( Jardeur «le Crtiisiile, lille de Charles Lt- (JaidiMir 
ili- ('roisilleet ili' Marie-Ann»'-(!eiie\ iève liohinea'u de l'ortneuf. 

"On sait t|Ui' M. i\v Saint-Martin nnirtelleiiient Idessé à la halaillc d" 
Sainte-Fny décéda à rilôpital-<ién(''rai «le l^uél»ee le S mai 11 •>(). .Madanu- 
de Saint-Martin dnéda neuf nutis plus tard, au\ Truis-liivières, le 11» 
lévrier ITtii. ^ 

Mu'r 'l'an;: i;r. . .!;iii- - .Il l>ii tioumiire i/('n(''iilo(jl(iiir, nHMilionin' li- t a- 
pitaine de Saint-Martin nuiis e<»ninie il U- fait eonnaître sous son ni»m d.- 
(iitrijv p<'rsi)nne, jusipriei, n'avait songé que ee personnage était !<• In-ru- 
., ...M. I.. ,,...., ,1.. .;..,,,• ,1.. <.,;,.i.'\[.,i-i;t, 

«iiMii- ,1 M ;- Cl iiin;! I -'1 iii- i ii-iii ii-- iiipiii- i-i [iicim.ih- i|i- 

«f l)ra\i; sttidat . 



4 s --■■ 



JOURNAL DE MA CAMPAGNE DE 
LOUISBOURG '" 



(omiiiandant M. de r><)ishél)ert, C'atalDiiiie, Buiu-herville-C'ery, St- 
Simon, Montai-ville, faisant ronetion (l'oflFieier par ordre de M. A'audreuil. 

Cadets : MM. Deydaine, Damour, Carqueville, Couillard, La Dureii- 
tais.' 

Le huit mai (1T58). je partis de C^uébee à dix heures du matin em- 
barqué sur la Goélette, La Critique, du port de 50 tonneaux ayant avee 
moi ?0 hommes de mon détachement, le reste embarqué sur le bateau le St 
Joseph, comniiindé par M. de Cery, convoyant le bateau l'Oiseau royal, 
chargé des effets du roi pour le jjoste de la Eivière St Jean. 

J'arrivai à Miramichi le iJ juin tjente-troisième jour de mon départ 
de Québec, après avoir essuyé plusieurs coups de vent, décapé deux fois 
au nord, mes trois bâtiments dispersés dont un, <|ue commandait M. de 
Céry fut oljligé de relâcher à Québec ne pouvant tenir le plus près et ga- 
gner le havre des Sept Iles, je fus réduit, comme je n'en avais que ])our 20 
jours de vivres à raison de six onces de pain par jour dès que je me vis 
contrarié de mettre ma troujie à quatre onces. 

J'augmentai mon détachement à Miramichi de ÎO Acadiens et 60 
sauvages après avoir tout disposé pour la défense du poste de la rivière 
St-Jean en y envoyant de Xiverville y commander pendant mon absence. 

Je jjartis ( le 1 T juin) pour (Jédaick où j'avais prié M. de Villejoint 
d'envover les [)lus petites voitures (ju'il ait à l'île St-Jcaii, ainsi (pie les vi- 
vres qui lui étaient parvenus de l'ordre de ^L Drucour pour mon détache- 
ment ne voulant [)as passer à son pr)ste pour éviter le désordre que les sau- 
vages ont C(»utume de causer en tuant les animaux des habitants, .se cro- 
yant autorisés à le faire lorscju'ils sont euiployt's pcjur le service. J'ap- 
jiris à (Jédaick qu'il avait fait |»!irtir pour Loiiisbourg un détachement de 
100 Acadiens sous les ordres d»- M. son fils, (pi'il n'avait pu en envoyer 
davantage par défaut (\('i< vivres. 

J'arrivai le '^(i au soir au |)assage Canceau, je fus à la découverte avec 
mon canot aruH- de ■>{) lioniriies, j^' vis deux frégates (pii étaient niouillcVs 
à l'île à l'Ours à l'autre côté^dii passage. Je pris toutes les pn'-eaiitinns 



(1) I.if Jtiiirva! (If M. ili' fJoisli^Uort i|>ie iioii.s dffion.s ici aux lecteur.s du 
Uiillrtin a (^tA tic^- ile.s Arc!iiv. s dOllawa. Xoii.s en divoii.s la copie à M. Placid(? 
Gaudet. 



— 4!) - 

nétessiiires jx.iir les éviter en niMirhaiit de nuit et j'arrivai à Sr-Pierre le 
•i6 juin à 3 Iwures aprOs-ini.Ii, je fu> ..1,11^^'. ,|'y rester eanii.é .leii\ jours 
n'ayant p<>int de pain de prêt pour mon «létaelienient. 

.îe partis du |M>rt Toulouse et arrivai 1.- jyreniier juill.n A Miré où je 
trouvai M. de Villejoint aver un détaclienient de -^00 bonnues qui n'était 
^'uère pourvu de ee qui était né.essaire pour faire les incursions sur les 

• orps ennemis. L'on s'était Hat-té à Umisbourg que l'ennemi ne ferait 
jamais la eire<.nvallati«.n de la ville et ne bloquerait le fort de façon à 
pouvoir empé«her .b- nous donner le's secours dont j'aurais besoin. Je fis 
t'<|uii)er le détaebement du mieux qu'il me fut possible, je ne pris ([ue 300 
bcmimes, (|uittant 100 bommes n'axant point de souliers à leur donner ee 
<jUf l'oJi avait de la peine à croire. 

•Je partis le ♦; juillet, je donnai le détaebement de ].'.() bommes à M. 

• ic Villejoint et lui onlonnai d'aller prendre une maison qui était proobe 
le bois qui servait de .orps .je orarde : il y fut, brûla la maison où il ne 
trouva jiersonne, il s'avan.a plus près des camps, tua une «le leurs senti- 
nelles, je fus la même nuit pour tâ«her d'enlever une grande garde que le 
Sr de Montarville que j'avais envoyé la veille avait découverte et qui jire- 
nait .son |H>ste •. neuf beures du soir procbe le cbemin rouillé pour facili- 
ter le transp<.rt qu'il faisait la nuit quoique ce fut bien avancé dans leur 
' amp, je fus dans <et endroit à i beures après minuit sans que la garde y 
vint, qui avait été sans doute cbangée. je me retirai étant trop avancé imur 
\ rester jusqu'au jour, ayant laissé derrière m<.i sur la droite un <amj) (b- 
;;,0(>0 liomm.-> et sur la gaucbe un de Wi) montagnards où je fis à 8 beu- 
res du matin un pri.sonnier. .le m'en tirai sans avoir aucune poursuite, 
l'ennenn |»ensant que .^e pouvait être quelqu'un de leurs trouj.es, j'envo- 
yai plusieurs petits détacbements qui eurent tous le succès que je m'at- 
teiulais et me retirai au déjw.t de Miré à l'babitation de Laborde. 

Deux jours après je fi> partir .MM. d.- Villejoint et l^.ucberville, 
■ bacun avec un détaebement de :,(» bonim.s. Ils furent attaquer (\i'> ten- 

• s qu'ils pjirent et obligèrent l'eim.nii de se retir.-r .Mrs de r,(.ucberville 
- t Montanille d<.nnèrent dans cette o«-casion des manpies de leur bravoure 
;l> furent obligés de se retirer plusieurs détacbements les environnant, ils 
perdirent dans eette affaire un s<ddat et un milicien et plusieurs blessés. 

.b- partis à leur r*'tour avec un déta<bement de 100 bommes et je fus 
.1 la Cormi.randière où je fus d('-«ouvert avant de pouvoir <b.imer : je fus 
forcé de me retirer ayant aprè. moi plusieurs détaebement consi.lérables : 
j.- m'.-mparai d'une bauteur d'où je lis et leur tirai plu>i.Mir> de lejirs 



— 50 — 

siens : ma résistance les ol)ligea de se retirer. s'iiii;i>ïiiiant (|ii(' je \oiilais 
les attirer dans (pielque enilinscad'e, de retour ;~i Miré je (h'taeliai MM. il<' 
Villejoiiît et lioucherville, ils ne purent réussir autant (ju'ils auraient 
.bien voulu, ma troupe eommeneait déjà à être fatiguée, la milice du port 
Toulouse très peu di>;ciplinée et (-(imposée de mauvais sujets était toute 
((ésertée. 

Les sauvages, toujours insconstants, m'a!ian(l(>nn(~-rent tous : la ma- 
ladie commença à augmenter A un point (|u'en huit jours de temps je me 
vis îivce 60 malades attaqués du chai'hon, il ne me restait (\ue 140 hommes 
(pli pussent servir, sVir lequel nomhi-e il me fallait une garde de 10 Ivom- 
mes à l'entrée de Miré, une autre de 10 hommes au chemin Raymond à la 
traverse du lac, une vis-à-vis le chemin Kou'iUé, les ennemis pouvant s'en 
iinjinrci- : il nu' déserta un s(ddat (pii informa l'ennemi de ma situation, 
à qui j'en tivais d'abord imposé à mon arri\ée, car le Ijruit avait coiirti à 
ijouist)ourg que je venais avec 1,200 hommes : les déserteurs et les pri- 
sonniers (pi'ils aui-aient pu faire les-en avaient assurés ils avaient en con- 
sé<|uence retranclié les deri'ières de leur camp et les éclairait toutes les 
nuits : mais sitôt (|u'ils furent ])ersuadés du contraire ils s'avançaient 
dans le chemin de Rouillé et (-(dui de .Miré, campèrent des détachements 
de 800 hommes ce qui me mit dans l'impossibilité de pouvoir ]>énétrer dans 
leur cam|) à moins de prendre le bois ce qui retardait beaucoup la marclie 
de mon détachement : j'aurais bien désiré (pie M. Drucourt eut su la si- 
tuation criti(pie où J'étais, pouvant m'accuser de lenteur à faire mon de- 
voir et suivre ses instructions en harcelant'l'ennenu'. Cependant (pielque 
difficulté (pie j'eus à pouvoir réussit', je ne cessai point d'avoir de detache- 
moits peu considérables il est vrai, puisqu'il n'était que de 'M) hommes. 
^IM. de la Bouîarderie, St Simon, Montarville eurent ces petits comman- 
dements et réussirent toujoui's au didà de ce (pie j'a\ais pu espéi-ei'. 

Le 2f) juillet, à S heures du matin, les feux de la ville et tU':^ (îunps 
ces.^^èrpnt et suivant la capitidation l'i^nnemi entra le 21. M. de Sl-Simon 
(|iie j'a\ais (h'-taclu'' ;ivec ;5() hommes re\inl le 2.S, je nie préparai, je lis 
partir les malades sans escorte et un détaclieiiieiil de '.]U liommes. je lis 
mettre le feil à nnlle (-((rdes de bois et ail charbon. 

.le partis le 2!'. à I heures dw soir : nous \inies de Taulre rn\r de la 
ii\ière, vis-à-\is le camp un corp- de troupes et arrivai à H heures au che- 
min Koilillé qui est \is-à-\is à c('it<'' de la traverse (a) iiih,' avant garde de 



i:ii l-f's nidt.s (iinis ici .■^mit pcut-ô-tre If.s .^iiiivants: "ici il y ;iv;iil". I'. (î. 




1 — 



•iO lioimues c- .,iij m.' lit l.ns.T tuiiti-s U^s voitiin-s (|iii aiiniiciil pu |,-ui- 
MTvir A travrrscr, il rtait temps (,iih ].« paitiss.., si j'eus lanlé m., tn.iniiiit 
l'lo(|ué J'ciiiiciiii m'aurait (Mi^é à m»- rendre. 

Le leiKlomaiu je passai le .liemin Kaiiiioud (|ui e>i à .piatre lieues de 
ia Hrador^eù je m'eml)ar(|uai dans les <iial<.upes qui n«His cnnduisireut au 
r..rt T(.ul«.use. nous .•fîmes l.eauc.up de peine dans lette relâelie à cause 
de nos mala.les (,u'ii iinn> fallait pcrt.-r et enil.anpier dans des voitures 
.•iii»;si petites. 

Le 3L arriva un bri^rantin an^dais sur le.piel ,'tait embar.jue .\L Dan- 
^^eae, ci-devant c..mmandaiit au Pcrt Tuiil,,use. ,|ui avait eu l'agrément de 
l'annral Hoscawen de venir chercher sa famille, j'eus avec cet officier 
.(uelque entretien sur l'.'tat prés,.nt de nés all'aires : je lui exposai celui ..ù 
j'étais ce qui le surprit l.eaucuup ayant tonjours cru mon détachement de 
Lv^OO hommes et il me dit qu'il n'était p(.int le seul qui fut dans cette er- 
ivur. .e qui nr'enjra^ea d'écrire à M. Druc.uirt afin qu'il n'ijrnoiVit point 
la rai.M.n «pii m'avait empêché d,. harcder l'ennemi, autant c.mime j'au- 
rais hien voulu. 

Je partis le premier aoAt pour la rivière l'>our^eoi> ..u .-(aient |,.> 
v..itures .|ui nous avai.-iit amené de Miramichi : j'y trouvai la j)lus i^ran- 
de partie .les hahitants du l'.nt Toulouse quoi.pi'ils fussent c..mpris"laii> 
la .•a[.ilulati..n, j.^- les ..'n^ra^eai à me suivre h^s assurant de la protecti.ui 
«If S. M. .r.Mitreprenai.< heaucouj), mais enfin je ne cn.yais pas mieux 
iaire .pi.- .je .-auver ih'>^ hahitant.> qui n'auraient pas manqué d'être perdus 
|)our la France, les An^r|ais .les re;rardant comme .Vca.liens : j'achetai do 
\i\res et des v.iitun-s .-t les fis rj.mner à .-eux qui n'.Mi avaient p.,int. Je 
liouyai .lans ce mêtne en.ln.it la j^oelette La rriti«pie, .pie M. de \'au- 
dreuil avait envoyé p.mr savoir la situation de Lcmishour^, j'onhuinai an 
••apitaine de rester caché dans cette rivière jusqu'à ce .pie l.vs fr.Vatt.'s .pii 
étaient à ma p.,ursuite dans 1.- passa-.- fus>ent rentr.'rs .-t .l'aller .roiser 
dans les traver> do:^ îles St-l'ierre, les .Vn-lais n.- poinanf s'ima-iiier .pi'il 
y eût de corsaires français le l.u.;; «le .-.-tt.' .-.Me, j.- parti> poiirl.- passa-v 
ave,, t.uites I..S familles rie .St-l>ierre, je pris l.'s prc-cauti..ns .p.-|i falhut 
lH>ur éviter |.^s Anglais qui étaient aux îles Juste au Cjrps, au Cap St- 
l/.uis et la Unie verte : j'arriVai à (Jédai.-k où je .l.'.j.arquai .-t fus .lans la 
nviére .le IVcondiak av.v 100 hommes et .,r.l..iinai aux v..ilur.-s .harjrôes 
iU'>^ familles et malades .le p.Hirsuiyre la nuit.- pour Mirami.-hi, n'arani 
l'Ius aucun .lunjrer p.,ur les c..rsaires : j.- m.- tn.uvai ^Ufruur av.-.- un .lé- 
«a'-hemeiit an-lai.s .pie j'attaquai .pi..i.pie plus cnsidéral.le .pi.- le mien ; 



— 52 — 

j'v perdis 15 lidmnies l(>s ouiciiiis ou ])en1ir<'iit licaiicdup plus, la nuit 
vint, ils Jioii^ quittÎTont, lums croyant l)cauc()U]) plus l'ui'ts par le bruit 
que nous faisions ; j'arrivai à Gédaick et partis pour Miramichi, j'arrivai 
le 8 août. J'appris que M.-Deville Degoutin était mort et 10 miliciens. Je 
trouvai ce poste sans'vivros : nn chacun ne vivant que de ])oissoii qu'il 
|)ouvait pêcher. 

Le même jour au soir arrivèrent les courriers de la lîivière St-Jean 
i-hargés de lettres qui m'étaient adressées de Québec -qui m'apprirent la 
victoire (pie venait de remporter M. le marquis de Montcalm à Carillon. 

M. de Niverville que j'avais quitté au j)oste de la Rivière St-Jean de- 
\ant mon déi)art de Louisbouro^, me marquait (pi'il était prêt à partir 
pour la côte 8t-Georges avec un détachement de français et sauvages ; je 
lis aussitôt partir les courriers et lui ordonnai de m'attendre que j'étais à 
lui sous peu de jours. AIM. les officiers j)arurent satisfaits de pouvoir avoir 
l'occasion d'avoir quelque avantage sur les enemis, ce ([ue nous n'avions 
pas eu de])uis notre départ de Québec ; j'avais d'autant plus envie d'y 
aller que l'on n'avait point encore attaqué la côte <\e St-(reorges dans la 
guerre précédente et celle-ci. 

Le 11, arriva une go('Lette cliargée de boeuf {|ui a\ait été prise ])ar 
la goélette La ('riti(|Ue, j'augurai dès loi-s bien de nui camjtagne no man- 
quant ])lus de vivres [jour le l'aire. .r(»rdoniuu de faire partir sitôt mon 
départ les (50 prisonniers (pio j'a^■;lis laits et les différents détachements 
(pie j'avais à Boauséjour de j)ré|)arer ce qui était nécessaire j)<)ur les fa- 
milles de l'île St-Jean qui se rangeraient à mon camp, les effels qui se- 
raient nécessaires de ])orter à ceux (|ui resteraient sur l'île St-Jean sur 
leiiis terres dans (h^i endroits inconnus à l'ennemi. 

Le \2 arriva une goélette de l'île St-Jean (pii m'ajipi-it (pie MM. do 
N'illejoint alleiidait le ]iatpiebot anglais (pii Nciiail le cbercber : (pie MM. 
de X'illejoint (tils) et Rousseau partaient avec lui, ce (pii me siir[)rit 
beaucoup ayant empêché ces deux oll'iciers (pii avaient servi sur mon dé- 
tacbeiuent de se rendre à rciieini lorsipie nous ('lions au l'orl 'roiilouse 
(pie le |)a(piebot arriva. 

Comme le (b'taclieinent (pie j'avais eninient'' de Louisboiii'g ('-tait bors 
d'état de l'aire campagne, j'en l'orniai un de .">() Iiommes et partis le ]'A 
avant avec moi : MM. l>ouclier\ i Ile, St-Sinion, ( '(''rv : MM. les cadets : 
i)eplaiiie. ('ar(pic\ ille, Damoiirs, ('oiiillard. 

.le (piittai au poste de Miramicbi M. de (atalogne pour v c()nuuan- 
der: MM. de la r.oulaiderie et Montar\ille t'uront oblitrés d'r rosier étant 



i 



■ 



trop nialinifs puni '•mpi^pn-iKlr.- la (•aiii|)aj:in'. 

Fait an ('ain]i <1<- MiramiClii. le 14 anùt lîÔS. 



Simi.- r.(>lsiii;i;i;ijT 



B E A U J E U 



Tangiia.v ra).)>ortc (|iu- Louis Lirminl <le Beaujt-u naquit vers 1683, 
lils d»' Philipi».'. vivant éeuyer, grand échanson du roi, guidon des chevaux- 
1 <'•.'•' rs, et<-. 

Dans l'Arnu.rial du Canada-Francjais, |>rt'mière série, d'après les ar- 
<hives de cette famille, nous avons rejjroduit ses armes. 

l'n correspondant de France, avisé en matière héraldique ci «hun 
l'histoire des anciennes familles de France, nî>us mande ce qui suit • 
"Vous donnez les armes de la famille féodale <le Beaujeu (|ui tint en fi(.f 
la province de Heaujcdais. ( "ette famille est éteinte depuis longtemps. 
Ce n'est donc pas cela. De jdus, votre jjersimnage .semble hien avoir pour 
Monj patronvmi(|u.' Lihtnrd, et .^'appelle Daniel Liénard d.- Beau- 
jeu (1). Le iKwn de Liénard est encore représenté en France par des 

Liénard, de Liénard et Liénard de St-Délis Te crains donc que les 

Bcaujen canadiens n'aient fait à un moment duimé erreur sur les arnir.i 
ri<> rpH leur ap|mrtiennent réellement." 

Je dois avouer avoir rencontré dans mes recherdies ce fait de l'ex- 
tinction, il y a iW'^ sièfle.s, de la famille de Beaujeu du Beaujolais ci-haut 
indiquw par mon correspondant, mais il aurait pu arriver, fort bien, (pi'un 
(ils cadet ou autre ait fait s(»uche à l'étranger et que cela ait échappé aux 
généalogistes. français. On voit conini.- cela ^i-^i généalogies .sans aucun 
détail à la suite de l'un de .ses membres. 

Jxis lieaujeu canadiens sont-ils de la ni.'nie famille que cidle (]ui eut 
<n lief le Jieaujolais et qui portait e.\a( tcnient les mêmes armes y Ht dan» 
l'affirmative, quel serait le p<,iiit d'union entre elles, |)récisant les person- 
nages ? 

Cette information. re(;ue avec gratitude, non.- |M'rinettrait rie répon- 
dre comme il coinieiit à iiotn- < i.rrespondant. 

«1)1.* hAi-os de la Mon<.nKah<'*Ia. 



— 54 — 

FAl'INEAU ET LA CHANSON 



La clunison ((ue nous" reproduisons ici est sans doute inédite : elle a 
pour auteur Ijazé Lec-laire, ce fameux troubadour rustique dont Pamphile 
\jC May a parlé avec admiration dans l'étude qu'il consacra naguère aux 
poètes illétrés de Lothinièi-c. J-dl-' nous a été chantée \)i\v M. Josepli- 
Aibert Richard, niécanicien, âgé de 70 ans. 11 en tenait k^ texte de sa 
mère (née Beau<lin) (pii le recueillit de la houclu' même de Jjcclaire en 
1.S30. 

D'après la tradition, l'abbé Faucher, curé de Lotbinière, aurait revisi' 
ou inspiré certains couplets et on lui en attribue un, le dernier. Quoiqu'il 
I n soit, Leclaire chanta lui-même ses vers au gouverneur du Canada, lors 
d'une visite que celui-ci tit à Lot-ljiuière. Ainsi qu'il convient dans une 
oeuvre oîi rien ne doit blesser les oreilles ott'icielles l'auteur n'a pas nom- 
mé l'ennemi de l'ordre, le i'év(dté conspué, il n'est désigné (pie par {]v^ [pé- 
riphrases gntilles : "sujet menat;ant, lier et brigand", "hardi suborneur", 
"cbel' (\v< vagal)oiuls" et "l'homme noir", mais il paraît bien qu'ahu's |)er- 
sonne ne se trompa sui' ridcniiié tic cclni que visait le [lanipbb'-tai rc 
liaysan,. 

Laissons lui la pamli' : 

1 

l'hi ces j'Mii's de frayeur • 

.\ noi rc gouverneur 

Kendons honneur 

Son lv\cellenc(> avoue 

.Vous y imiter tons. 

( 'liantons d'un doux accent 

Ses dons ])uissants ! 

2 

l'ère (lu ( 'anadien 
Soyez nol re soutien 
1 )ans nos besoins 
Obtenez.- nous la paix 
l'ar \(» prnilcnles lois. 
\'os lumièi'es M\v nous 
( 'oiiduisant tout 




— 00 



l"hi ff lia.— Caiiadii 
Dissij)ez les eumbats 
De »|iiel(|U*ii)grats. 
\'(itiv peuple est suimii.- 
A suivre vos avis 
( «•iiMUC (le bons enlaiil^ 
Obéissants. 



Ii'(''\éi aiii \us trramlfUi'.- 
Nous aurons le bonheur 
l'ar vos faveurs, 
\)i' n-trouver Pre\<ist 
( e sa«;e et grand héros 
l^ui |»our le Canadien 
Fut l<' soutien ! 



( ) bras «l'un roi puissant 
l'rotégez vos enfants ! 

\'oi(i h' temps 
( )u l(tut votre t rou|M'aM 
Appréiiendc les uiaux 
I >'un sujet UK'naeant 

Kier t't bri''anil ! 



\jf^ lainpagn (en) les eités. 
'l'ont est bouieverx- 
De t^>us côtés. 
I>'s uns Voulant cela 
D'autres ne veulent j)as, 
< au-ant inill»' combats 
lin tout état. 



I 



56 



Les révolutions, 
l^es conspirations 
N'ont rien de bon. 
Qu'à mettre l'univers 
Au dernier désespoir 
Les vols, les assassins 
Et les larcins. 



Voyez chez les Français 
Les maux à ce sujet ! 
Cliangeant la loi. 
L'innocence est quittée, 
Bannie et massacrée 
Des traît(es) et des hri-ands 
Furent t l'iomphants ! 



9 



Ce hardi suborneur 
A semé la terreur 
Dans t(»us les coeurs. 
Mais m)tre gouverneur, 
Ilrave et rempli de coeur, 
Nous mettra à couvert 
De rhiiumic noir ! 

10 

( 'f ch»'!' <lcs \iigahoinls 
Qufll(c) puissance a-t-il ilonc 
Quels sont ces dons ? 
Tous ses dépouillcinciils 
Des pauvres iiahitants 
( )ù avec son a r ni ce 
1 1 a iias.-('. 



i 



— .)/ — 

Jl 

Nos amis, no.< parents. 
Notre maître est plus irrainl 
Kt plus jiuissaiit 
Sur nous se.s volontés 
Sans Vouloir hériter, 
So}T)ns lui bien sounn>. 
("est notre ap]>ui. 

12 

Ce sage a rej)oussé 
I^a cohorte entétc-e 
De nos cités. 
Tous ces supj)ots d'enlet 
Sous ce vrai Jupiter 
Par lui sont confonrlus 
Xe craifruons phis. 

13 

I II linM arl»i-<- a soii ]>ri\, 
Ix- mau\ais a son Iriiit. 

("est celui-ci. 
i/abomi nation 

Des flésolatiuiis 
(/ni «ojKJiiit à la mort 

l/;"inie et le corps. 

14 

(^uéhcc. lit. l II- ciU', 
Votre prospérité 
K.st assurée. 
Si tomme les Héhrcu.v 
l>:*urs (tricrfs. leurs voeux 
Ktnient )M»ur le vrai Dieu 
Victorieux. 



— 58 — 
15 

(ruui.l.'l ((u'on iH-étiMi(1 avoir été ajouta par le curé Faucher, .le l.ot- 
hinière :) 

Le vieux La/é Lcclaire 
Fait assez son affaire 

Avec ces vers, 
il est un vieux rinieur 

Qui réjouit le coeur. 
Jl trouve le bon mot 

Contre le sot. 

XXX 

l'ajiin.'au, >'il n'a d'autre ntérite, aura toujours eu celui d'avoir excité 
la verve des chansonniers plus (^l'aueun autre Caïunlien de son é|.o(iuo. 

K.-Z. M.VSSICOT'rK 



LE PEINTRE SEBRON ETAIT-IL CANADIEN ? 



Si vous consultez le Panthéon canadien de 'l-.il.aud .loune". vous pourrez 
lire, à la page 256, (édition de 1858). sur un peintre dont il aurait fallu senoi- 
•Mifillir une loneue notice qui commence comme suit: 

" SFPRON (T) peintre canadien contemporain.-Son plus beau morceau 
•' est ^a" famille royale d'Angleterre dans la chapelle de Windsor, peinte pour 

"le roi de Hollande..." , , , ■ ,,„. 

Puis après avoir copieu.sement décrit le tal)leau. Bibaud .Icune ajoute. 
•• Ainsi d..u.x artistes canadiens. Sebn.n et Falardeau nous font honneur en 

"''^^'\3ant"me nn.seigner davantage sur cette célébrité j'ai^feuiUeté Plusieurs 
volumes. Knfin. Vapereau est venu à mon .secours et m a fourni— peut-être— 

"' '"n^a^Kisté on peintre nommé Hippolyte Sebron. né à Candebec en 1801. et 
,.ui vint en Améri.pie vers 1856-7 où il peignit la chute du Niagara, le lîroadwa.v 
la Nouveire-orléans, 1.- lac des Crocodiles, en Lpuisiane. etc. Cet arU.ste mourut 
\ Paris le premier septembre 1879. N'est-ce pas l'homme? 

Le Sebron de P.lbaud porte une initiale qui ne saurait fournir le prénom du 
Sebron de Vapereau, mais le -typo" a pu Jouer un tour à notre auteur! Le lu. 
Ïllit bien dire, dans l- mr-ne- r,n„Ur>n,. p. 82. l>olU,nl nrsmrnnrrs. pour Dollard 
Desormeaux ! 

Al..rs... P^^.j,^^ ^I_ 



— 59 



LES CONSEILLERS AU CONSEIL SOUVE 

RAIN PORTAIENT-ILS LA ROBE 

ECARLATE ? 



s.. us ranci». Il nYnur !.•> run>,.| Mers ,!..,< (uurs Suu\ cniiiirs .lu n.vau- 
i.u- avainit un .-ostunir. I ),in> Ir. ,|rMn..u>t rat i..n> |.ul.li.|Ur>. ils |,ui-- 
tainit la n.l..' avariât.- : Inrniu'ils sitV,.ai..|it Icui- n,!,,' <'.tait imiiv. 

.\..trv ( oiishI S,,uv..raiM avait à [m-u |.ivs fûtes los attril.uti.ms .les 
.ours snuvcniiiH.s .].. France. Nus <-,.ns..iJ|e,-s au ('..nseil Souverain p.,,- 
t!iieiit-ils un .•-.stuiiir spécial r.uunir I.Mirs ,.,,|]ciru,.s «les cours d.. France ? 

Dans sa troisième lettre, .lat.-e .le (^uel..v I,. 1 :, niai KISj. 1,. han.n <le 
La lloiitaii, [.arlaiit .lu ('..n>eil Souverain, dit : 

"il e>i .-..tniM.se .1.. ,l,,uxe .-..ns.'i 1 1,-rs .1.. Cipa ,, ,1,. Spn,/a. (,ui jugent 
souverainement .-t sans appel fûtes >.,rl.-s .h- pn„.,-.s. L'inteii.lan't s'at- 
tril)ue le (iToit (IV présider, mais l.- ,i:<.uverne\ir-{;énéral pivnd la s.-aiic.- à 
la >alle (le justice dans un endn.it ..ù se trouvant tous les deux face à lace 
cl les jn^r,.s à leurs .ôtés, il semide .pi'ils^v pivsideiit également. Du 
temps ipie .Monsieur' de Fn.nteiiac était .'ii Canada, il s.- m.upiait .!.■ la 
I.rétendue préséance .le> inlendants. M traitait l.-s m.-ml.ivs <|.. ce l'arle- 
"i-nt .-..nime Cnmnvell .eux .|'.\ng|..t.Mre. f'Iiacun y plaid.- sa <ause, 
••ar on ne v..it ni pro.-ur.-urs ni av..,-ats, aiii>i l.-s pro.vs s.,nt In.-iit.'.t linis," 
sans (pi'il en c.,ût,. ni épi..,.s aiu parti.-s. L.-s juges ,p,i m- n.c..iv,.nt .In 
roi (pie (piatre .-.-nts Mmvs .1,- p.Mi<i..ii par an sont .Jispeiis.'s .le porter la 

roli.' et le holill.'l". ( 1 ) 

l'Ius loin, expli(piant <•.• .pi'on ..nt.'ii.lait par r.vNpre>si.,i, C,,,,,, ,, ,!,■ 
>'/)<i(lii, \ji\ lloiitaii ('-crit : 

"C'est un titiv .1.. (;a>...gn.. .p,.. |c. g,.,is .1.. ....|t.. l'n.vin..- .|..nncr..|it 

autref.Ms par ir.mie aux .-oïL^cillei- .lu Coii>eil Som.rain .!.• Caiia.la. par- 
ce que les premiers meml.res ,|e ,-,. tnlmnal n.- portaient ni rol.e. ni épér, 
se contentant de marcher la canne à la main .lans la \ill.. .1.- (,)u.'-Im.c. ..|' 
(l'aller au l'alais en cet .Mpiipag.- li..iiige..is." ( •.' ) 

.1» .SnurcftuT voi,af/r.s. MHu,i\ <!.• 170:i. v..l. ter p is 
.-.'t .\„„,,„„r ,,..,<,.., y r.,iiti,,n .1.. i;o:!. v..i. i,.,-.' \k l'Ti). 



— 60 — 

Cette (leniière note tle La llontan laisse eiiteiulre qu'à l'é|)0([iie oii 
elle fut écrite les couseillevs an (.'ouseil Soineraiii portaient lui costume. 

11 est certain qu'en 1685 les ("onseillers au Conseil Souverain ne ])or- 
taient pas de costume. 

Le 20 sei>tenil)re KiH."), en etîet, l'intemlant de ^Meulles écrivait an 
ministre : 

"Puisque la justice, Monseigneur, est le principal a[tpuy d'une co- 
lonie aussy considérable que celle-cy, il serait à propos que les officiers 
qui en sont les ministres, n'allassent ])oint au Siège, et ne parussent pas 
même au public qu'en robes longues ; cet habit inspire au peuple du res- 
])ect pour les juges et les fait reconnaître pour ce qu'ils sont ; il serait mê- 
me à propos qu'il fut ])ermis aux conseillers du Conseil Souverain à siéger 
à certains jours en robes longues, cela porterait tous les j)lus considérables 
du pays à élever leurs enfants à pouvoir parvenir à cette dignité : mais 
tous les conseillers étant hors d'état de faire cette dépense, Sa Majesté 
])0urrait leur faire cette libéralité qui serait pour toute la vie ; en ce cas, 
vous auriez la lioiité, Monseigneur, d'ordonner qu'on envoyât neuf robes 
d'écarlate dont le sieur de Villeray, premier conseiller, qui passe en France, 
aurait soin. Pour les robes noires, chaque coiisciUer ferait faire la 
sienne." (3) 

Le roi ii<' goûta ]>as du tout la proposition de AL de Meulles de don- 
ner un costume aux conseillers a-u Conseil Souverain. \a- 'M mai \(\Sii, 
le ministre lui répondait au nom de Sa Majesté : 

"Sa Majesté n'a pas non plus approuvé la |)roj)osition (|ue vous faites 
de permettre aux (itl'icici's du Conseil Souverain de jiarnître en pultlic en 
robe, cela n'étant de nulle utilité !" (4) 

Les conseillers au Conseil S(niverain j)ortèreiit-ils ])lus tard un cos- 
tume spécial ? Nous croyons (|ii'ils ne siégèrent jamais en robe. 

L'abbé l»ertrand de LaTour, (pii \int dans la .\ouvelle-France avec 
Mgr r)os(|uet, siégea an Conseil Sup^-rieur en (pnilité de conseiller-clerc 
de W'-it à l«31. L'abbé de La Tour est, coiiséquemment, un témoin (/ni 
Il ni. Dans ses M l'iiidircs sur hi rir de Mijr ilr Lanil, il nous donne sur 
le Conseil Supérieur des l'ciiscigMcnienis inté'i-essiints et que nous devons 
croire véridiques. 



(3) Archives du Canada. Conf-spondanco K'^né^raU'. 

(4) Aifhivfs (lu Canada, Coirr.spfindance Ri'-nt'ialf. 



— 61 — 

C'itoii,>-l«' : 

"Ia' CoiisimI ^SiipOrirur .m 1»« l'arL-iiK-iit <!.• Québec est aujounl'liui 
cumposé de (li\-se|jr jK'r.soiiii..s. le cr,,uvenieur, révoque, l'iiiteiidaiit, douze 
eon.«ieilIers tluut un est conseiller clerc, un jtnxureur-^énéral et un gref- 
lier. II lit' tient pas ses audiences sur un tribunal comme les cours d.- 
France : mais autour d'une table comme les Académies. Le gouverneur 
est à la tête; l'évéque à .>a droite, et l'intendant à sa gauche: ils font 
eux trois une ligne sur le haut bout de la table. U- i)rocureur général 
• ionne ses comlusions assis. Les jinx-ureur-s et les parties se tiennent et 
parlent debout derrière les eluu.ses des juges, et, ce qui est fort incommode, 
tout le monde sort quand on vient aux opinions et rentre .piand on appel- 
le une nouvelle cause. Les conseillers se jdacent selon l'ordre de leur 
réeeption, à l'exception du conseiller clerc qui se met toujours à côté de 
l'évoque après le doyen, et du premier conseiller, qui commence le rang -i 
gauche après l'intendant : «e premier conseiller est une espèce de prési- 
dent qui a une charge à part et doubles gages. Il n'y a point d'avocats. 
les prwureurs ou les parties plaident leurs eauses ; c'est à la maison de 
l'intendant que l'on appelle le Palais qu.- se tiennent les a.ssemb]ées : il 
>'en tient Uiie régulièrement chaque lundi .-t toutes les fois que les affaires 
le demanilent. U justi.e .se rend gratuitement qu..ique les gages des 
officiers .soient modiques, qu'il n'y ait même que les six premiers conseil- 
lers laïques, le pr.MUr.-ur-général et le greffier qui en aient. L'expédi- 
tion des arrêts ne route que les .In.its du greff,-. qui .-..mm., tous les autres 
frais de ju.<tice ..ont très légers. .Aus.^i l.-s ..uppôts du Taiais sont en pe- 
tit nombre et ont ...mmunénient quelqu'autre pn^fession |M)ur les aider à 
vjvre. On n'y c.nnait point de pajuer-timbré, et il n'y a qu'un très petit 
«•ontrôie .seulement puur .onstat.-r la date d.'S actes. ' Le.s officu-rs n'ont 
point iVhatjits j,„rllr„lhrs, ,'s sir ;;>■„/ ,n rin'r ov>'r h-„rs hnIjit.H ontiwnrrs'. 

Si l^es con.«<'illiT> au Con.s.-il Suu\.-raiii irt-un-nt pa> la sati-sfactioii 
d.' paraître en publir av-e la roi,.- érarlate ils ,,ortèrent du moins l'épw. 
On >ait qu.. le |H,rt de l'épiV >ous l'an.i.-n réginx- était h- privilège des 
m.bles et des officiers dr t.-rre H d.- m.-r. L- n.inistn- .le Maurepas 
.'•.rivait à .•«• suj»-! à rinL-ndant H.,, quart. !.• ii avril X'iWi : 

"M. I.- Miarqui- i\v i;.;iuliarii..i> m'a repré.senté qu'on a 
\..ulu ..bhg.-r l.-s .,fli,ier> .!.■> in.u|H.> .le quitt.-r réi.ée A la fK.rt.' .lu 



— 62 — ' . 

l oiiî^eil Supiiriour de giu-bee-, lors.iirils ^ciit obligés tVy entrer pour y 
jjlaider eux-mêmes leur eause. J'en ai rendu compte à Sa Majesté et 
..jle m'a ordonné de vous dire «pie romme les ott'ieiers du Cons.'il Supé- 
rieur rendent actuellemenr la justiee V(;\)ée au eôté, elle veut tpie les of- 
Hciers et les gentilshommes seulement puissent plaider leur eause sans 
être obligés de quitter leur épée. U est vrai que dans les tours Supé- 
rieures du liovaume, il est d'usage (jue lorsiju'un gentilhomme ou un o^ 
lirier plaide sa rause. il .loit .piitter l'épée et Sa Majesté ordonnera que 
cet usage s'observe aussi dans la eolonie si dans la suite elle juge à propos 
de prescrire aux officiers du Conseil Supérieur de rendre la justice eu robe. 
En attendant, vous aurez soin de leur expliquer les intentions de Sa Ma- 
jesté à l'exéeution des<[uelles vous tiendrez la nuiin, "(."•) . 

Dans sa lettre du :U mars \:Xi à MM. de F.eauharnois et Hocquart, 
;M. de Maurepas disait encore sur le même sujet : 

'■'Sa Majesté a approuvé .pie conformément à ses inlentions le Con- 
seil Supérieur ait arresté par une délibération que les officiers des troupes 
entretenues dans la colonie et les gentilshommes ne seront point obligés de 
.piitter l'épée, lorsqu'ils plai.ler.mt .'ux-mêmes leurs causes, cependant sur 
|,.s représentations qu'il a lait.'s à ce sujet par rapport aux gentilshommes 
qui se trouveront dans c.- cas, Sa Majesté veut .(u'il n'y ait que ceux dont 
les titres «l.- noblesse sont enregistrés au Ct.nseil Supérieur ou .pii en feront 
Mp|)ar..ir sur t.- champ. .|ui puiss.-nt jouir .le .-e privilège l c'est ce que 
vou< aur.'/ a<n-.'-ab|.' .i'.-xidi.ni.T aux olVici.Ts du Conseil Supéri.-ur" ( (i ) . 

l'. (i. K. 



(.^)» Archives du Canada. Correspondance générale. 
(«) Archives du Canada. Corresixmdance générale. 



PAPINEAU ET LA CHANSON 



l.anv un.' d.s chansons imhliées dans le N.. de janvier l'.c.'l. p. J:5. le texte 
d.s CMupl.ts .-. .-t 6 a été m»-K-. Il faudrait le rétablir rnmme suit: 



Mais c'est pas hrav". l'épère 
De se .sauver comnn- ..a? 
B 

I »ls rifu. !.• p'tit I )rs.saull<'S 
ArrauK'-ra t"iit i.n. 



— G3 — 

\K\OULT DE LAUlilA 



(),,;, .'vrii l...„l„n. I....il.i;i^. L;ml.iMs .-t Liml.ia. Xmu. .Tuv.ms .ni- 
i"'''|>*'"''l'"" I-uiliia ot la iiifill.-urf. 

Arnuult .1,. Laiil.ia passa .laii> la .\..uv.-ll.-Fran.-,. ,-ii l(i(i:, ,onm..- -a- 
l'itaiiif (l'mu' (les r..in[.a;;iii.-s <lii n'-iiiu'iit (K- Cari^rnau. On ),. désigiie 
-' «iiK-lquefnis conmio rapitaiiu- au nViuiPiit .le llro;.rri,.. (•,. ,|„i ,,.„j ,°j,,. 
'in'il servait ilaiis «•.• n'^ini«-iit a\aiit <lc venir ici. 

Kii Mvril \y\i\^. un N..it .jue .M. .le Latil.ia eunnnan.lait aux Tr..i>-|Ji- 
\ iéres. 

Il i-etomna en Fran.e a i'autnnuie .le |;, n.ên.e ann.V ave,- |,liisi,.nrs 
aufr.'s niricier^ du ré;:inient rle (■ari;jrnaii. 

L- -1:^ niar> l.;.;!i. M. .le Laul.ia eonsentait à revenir .Jaiis la N..uvolk- 
^ran.•e. Il s'engageait à mettre sa compagnie sur le ,,ie.I ,|e cin.,uaiitc 
l...mines et à f„urinr la sul.siMame .je m-s lu.ium.-s jusqu'à leur ..ml.an,ue- 
inent moyennant 1()(K) écus. 

■M. .!.• Laul.ia sVml.ar.jUa |M.ur le ( aiia.la au |.rinf..ni|.> -je ].;;(» ;n.-.- 
>;i <<.m|)agnie. 

I-'" I';:!, .M. .le Laulua lit le v.vage .|p Catara.owi a\ec I.. ...,u\er- 
neiir (le Courtelles. '^ 

U' V.\ .H-tol.re l(;:•.^ l'intendant Talon .•..n.édait à M. .1.- i.a.ilna "la 
•P''i"t.té de .\,,,^ lieues .le front ^ur autant ,|e ,.r..lon.|..ur, a pn-.ulre .ur 
I- la.- Naint-l'iern., sav.ur : une li.-ne au-.l.>.u. et ,n.e a..-.l..ssou> ,1e la 
rivn-re N„..,|et, ..-elle ,-ompri...-.- M. ,1,- L.nlMa ,|e^;,i, j,.,Hr .je ,.ette ,,.n- 

<e>>i,»n ••Il lief, seign.Miri.' et jlistic,- ( 1 ). 

Il V a\ait un au p.nit-être ,|eu>. an> .,ue .M. ,1.. L;,ulua aN.-ft ...inmen- 
'■<• .le»* défrichements .mi cK ei,<ln,it Lorsqu'il r....ut H,n titre .le ,-on.-e^si„u 
•l.;M. lalon. M -st proUaMe .pie .-ehii-,-, lui avait ,ral.,.r,l .lonn.- un 
hxllH ,h ronrrss.on et que son titre .lu VJ .,.-t.,l,re Wm n'était .,ue la ,-on- 
l.rmati.m ..m.iell ce |.ill..t ou .1.- .ette (H-rmission anf-rieur 



'M fi.; .s .f .l...„,„.„U rrlatifM ,, l„ irnurr Hri„,i.„,,nh. 1.. 



!.. 1«. 



— 64 — 

Le mai's Kilo, l'iuteudaiit Talon, alors on France, dans un mémoi- 
re au ministre, écrivait : 

"Le 8r de Laubia, (•a|)itaine au régiment de Carignan Salières, de 
l'une des six eoiupagnies qui tmt esté reuvuyées en Canada en ICJO, est 
venu sur congé de M. de Frontenac pour recevoir son bien, mais ayant 
trouvé son frère aisné languissant et tirant à sa fin se voit obligé à ne le 
pas abandonner et demande permission de vendre sa terre de Canada à 
une personne qui la fera valoir ainsy (ju'il ferait luy-mesme. Cet officier 
a non seulement establv sa compagnie sur la concession qui luy a esté faite, 
mais il s'est formé une terre qui luy a produit à la récolte dernière trois 
à quatre cents minots de grain faisant sept cents li\res de Paris. 

"J'estime que cette permission de vendre ne fera qu'un fort bon eifet, 
|)ersuadant en France que le bien qu'on se fait en Canada n'est pas inuti- 
le et qu'il donne son fruit ])artout, puisqu'on trouve des marchands qui 
en payent le fond" (1). 

J^a drinandc de M. Talcjii en laveur de ^L de J^aubia arrivait comme 
moiitanb' après diner puisque la vente de la seigneurie en question était 
(•ons(jmmée dejuu's dix jours. Ku effet, par contrat passé par devant les 
notaires et garde-notes du lîoi au (Jhâtelet de Paris, le 2< février précé- 
dent (1GT3), M. de Laubia a\ait \t'ndu son fief et seigeurie au sieur Mi- 
chel Cressé. Cette seigneurie [irit iR'^ lors le nom de seigneurie Cressé. 
lOIle fut connue ])lus tard sous je nom de .seigneurie de Nicolet. 

-M. de Laubia ne revint pas dans la Xouvelle-France. 

P. a. P. 



(1) Archives du Caniida. CTorrcxpnmlance générale, vol. 4. 



QUESTION 



I.»' Ki niai J.sK», .la((|Uts-.\ lexandre Tailhadi's, avocat français, signe 
un brevet (b' cb-riciiturt' avec i'avoeat Charles Sabrevois de HIeury (Cau- 
«•liy). 

F..e ]'i février ISH. \c nièmc Tailiiades sigiir un autic brevet avec Vix- 
MMjit (ie<jrge Pyke. 

(Quelques mois a|»rès. le sieur Tailiiades prend le titre d'avocat et il 
ibtient plusieurs procurations l'autinisant à administrer des biens, 
(^uel était ce praliiien et (pie de\iiii-il ? 

i MWiKTVK 



BULLETIN 



DES 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXVII BEAUCEVILLE- MARS 1921 N»3 



LA SEIGNEURIE DE BELLECHASSE OU 

BERTHIER 



Ce qu'on ai)i)elait seigneurie de Bellechasse dans les 
premiers temps du régime français c'est l'étendue de 
terre plus tard connue sous le nom de Bertliier-en-bas. 

Bellecliasse fut une des i)remières seigneuries con- 
cédées dans la X..uvelle-Fran.-c. C'est le 2S mars 1637 
que les -Messieurs de la Compagnie de la Nouvelle-France 
concédèrent cette seigneurie au célèbre truchement ou 
intèrj)i(''te Nicolas Marsolet. La concession devait avoir 
un quart de lieue de front le long du Saint-Laurent sur 
une lieue et demie de profondeur, à prendi-e à main gau- 
che, e'est-à-dii-e à l'est <lu ruisseau de Bellechasse. 

Mai^^olet fut mis en i)osscssi(»n de sa seigneurie le 6 
octobi'c 11)37 i>ar M. de Montmagny, gouvciiicur de la 
Nouvelle-France, on présence des sieurs .Jean Hourdon, 
Pierre Leroux et .Jeaîi Nieolet. Le ])roeès- verbal de cette 
mise en possession a été conservé. Il dit: 

'* Nous, Cliarles Huault de Montmagny, lieutenant 
pour le Roy h Québeccj et en toutte l'ettendue du fleuve 
St-Laurent dit la Nouvelle- Fi-ance, en vertu d'un man- 
dement de Messieurs de la r(iin])agnie de la Nouvelle- 
France du vingt-huitième mars mil six cent trente sept 



— 66 — 

de bornes et limittes d'une concession faite par Messieurs 
de la Compagnie de la Nouvelle-France au profit de Nicol- 
las Marsollet, truchement des Français auprès des sau- 
vages du lieu de la Nouvelle-France, d'un quart de lieue 
de terre d'estendue le long du fleuve St-Laurent, sur lieue 
et demie de j^roffondeur, nous nous sommes transi3orté 
proche du ruisseau nommé le Ruisseau de belle chasse, 
assisté du sieur Bourdon, ingénieur et arpenteur du pais 
de la Nouvelle-France, du sr. Jean Nicollet, de Pierre 
Le Roux, et de Nicolas Fauvel, tesmoins soubsignés, et là 
sonmies descendus à terre du costé main gauche en mon- 
tant le dit ruisseau de belle chasse et avons mis le d. Mar- 
sollet en x)ossession réelle et actuelle d'un quart lieue de 
terre d''estendue le long du d. fleuve St-Laurent sur lieue 
et demye de proffondeur et avons borné du costé du 
sorouest du d. ruisseau de belle chasse et du costé du nord- 
est d'un érable au pied duquel nous nous sonmies pareil- 
lement transportés et là avons fait enfouir une pierre 
avecq des briques et sur le d. arbre fait . . . une croix par 
le d. sieur Bourdon i)our servir de. . . en présence des d. 
tesmoings le sixième jour d'octobre mil six cent trente 
sept" (1). 

Marsolet n'habita jamais sa seigneurie. Les intérêts 
({u'il avait ailk*urs, ses ambassades fréquentes auprès des 
différentes tribus sauvages qui i)euplaient alors la Nou- 
velle-France ne lui laissaient pas assez de loisirs pour 
s'occuper de défricher ou de i)eupler ce beau domaine. 
Aussi pendant les trente-deux ans qu'il le garda il n'y 
fut pas fait une seule concession de terre. Si les autorités 
de la colonie avaient voulu se prévaloir de leurs droits 
elles auraient foi*t bien ])u hii enlever sa seigneurie (2). 

Le 29 octol)i-(' 1G72, riiitcndant Talon accordait au 
sieur Berthier, capitaine d'une compagnie d'infanterie au 

(1) Ce procès-verbal est conHorv^- iiux Archives Judiciaires de Québec, 
dans le greffe du notaire (luitet. 

(2) Kur Nieol.iH Marsolet. r>rPinier seigneur de Bellechasse, on peut con- 
sulter uni- Hudii de M. Benjamin Suite, dans les M^'inolrcs do la Société 
lloyale du Canada, an n^e 18X2-1883, j). n G. 



- 67 — 

régiment de Carignan, "la quantité de deux lieues de terre 
de front sur pareille profondeur, à prendre sur le fleuve 
St-Laurent dei)uis l'anse de Bellechasse incluse, tirant 
vers la rivière du Sud, icelle non comprise. . . " (3). 

Comme la concession accordée à M. de Berthier empié- 
tait sur la seigneurie donnée à Marsolet le 28 mars 1637, 
celui-ci, le lô novend)re 1672, signa un acte de démission 
en faveur de M. Berthier (4). 

M. de Berthier décéda dans sa seigneurie de Berthier 
en dé('enil)i'e 1708 (5). De son mariage avec Marie Le- 
Gardeur de Tilly il avait eu trois enfants. Sa fennne et 
ses enfants étaient morts avant lui. Son fils, Alexandre 
de Berthier, sieur de Villenmr, marié le 4 octobre 1702 
avec Françoise Viennay-Pachot, était mort trois mois 
après son mariage. 

M. de Bei'thier estimait beaucoup sa bru. Neuf mois 
après la mort de scm fils, le 13 juillet 1703, il lui faisait 
donation de sa seigneurie de Berthier et "de tous et cha- 
cuns les biens tant mobiliers qu'immobiliers qu'il avait 
et qu'il i>oun-ait avoir cy-ai)rès en toute l'étendue du 
Canada, en (luckpies lieux qu'ils se puissent trouver et 
de quelques es])èces, qualité, prix et valeur qu'ils se trou- 
veraient". II jn'cnait la peine de déclarer (ju'il faisait 
cette donation h la jeune veuve "pour ramilié qu'il lui 
portait, en considération du maiiage qu'elle avait solem- 
nisé avec le feu sicui- de Villcnnu- son fils et ])oui' lui donner 
les moyens de vivi'c ])lus honorablement et coiinnodéîncnt 
dans l'état de xir (iircllc \-oudi'ail choisir" (6). 

La veuve IJcitliier de X'illciiiui' se l'cniaria, le 4 avi'il 
1712,à Nic()las-l>laise des iîergèresde Higau\ille, enseigne 
dans les troupes du détachement de la iiiaiine. 

(3) PitW-eH et «l«K'iinn*nLs rclatifH à la toiiiire «'iKneiirliilc, p. 109. 

(4) Col Jicto, rof.'u par lf> notaire Duqurt, ne se trouve plus dans son 
Kroffe conservé aux Archives Judiciaires de Québec. 

(5) Sur M. de Berthier. deuxième seigneur de Rellechassc ou Berthier, 
on peut consulter la iiriuhiiK- de M. Hf'^i» Uoy: l,«'s deux caiiltiilnos d<' 
ll«TtlilrT. 

(«) A«li' de donation d.v.mt Clianil>alon, notaire :\ Québec, le 1 :< Juill<-t 
1703. 



— 68 — 

M. des Bergères de Rigaiiville qui était un bon mili- 
taire était aussi un acbninistrateur habile. Il attira dans 
la seigneurie de sa femme plusieurs colons et fit beaucoup 
pour en augmenter les revenus. 

Le 4 août 1724, M. des Bergères de Rigauville rendait 
devant l'intendant Bégon, au nom de sa femme, la foi et 
hommage qu'elle devait au roi en vertu de sa conces- 
sion (7). 

Quatre jours plus tard, le 8 août 1724, M. des Bergères 
de Rigauville remettait son aveu et dénombrement au 
même intendant. Cette pièce nous apprend que le domaine 
de la seigneurie de Belleehasse ou Berthier était de six 
arpents et demi de front sur soixante arpents de profon- 
deur. Le manoir seigneurial était une bâtisse de pièces 
sur i3ièces solée de pierres, de quarante-deux pieds de long 
sur dix-huit de large. La maison du fermier avait vingt 
])ieds de long sur dix-huit de large. Puis venaient la bou- 
langerie, de 16 pieds sur 12; la grange, de 50 i^ieds sur 
20; retable, de 25 pieds sud 18; l'écurie avec au-dessus 
un colombier, de 12 pieds sur 10 ; un autre bâtiment pour 
les volailles, de 10 pieds en carré; trente arpents du do- 
maine étaient en tei're labourable et trois ar])ents en 
prairie. 

Sur le bord du fleuve étaient établis les iiabitants sui- 
vants: Jean Pruneau, Jean Lacombe, Pierre Lacombe, 
Pierre Biais, Jean-Baptiste Biais, Etienne Lamy, les en- 
fants de feu Jean Guillemet, Jean Fradet, Jean Proven- 
çal, Claude Gendron, Robert Vermet, les enfants de René 
Emond, Nicolas Bouchard, François Buteau, François 
Laci'oix, Pierre Merciei-, Fiançois Lacroix, Jean Mercier, 
Jean Boucher, Pierre Biais, Paschal Mercier, Jacques 
Beaudoin, Marc Px-audoin, Michel Chartier, Pierre Lavoie, 
les héritiers de Jean l^i-uneau, Pierre J^uteau, Jean Biais, 
les enfants de Jean (îuillemette, la veuve Guignard, Ga- 
briel Bilodeau, TgJiac-e lîouclia rd, Jacques Bilodeau, Jean 
Boutin fils, Jean Jîoulin ])ère, la veuve Tio'uis Beaudoin, 

<7) Fola ot Y\(>n\n\nm'H, cahier 2e, folio 109. 



... 69 — 

Antoine Bilodeau, Antoine Biais, Jean Nadeau, Joseph 
Leiiiieux, (Jiiillaunie Leniieux, la veuve Bazin. 

xVii second l'ang qu'on nonmiait la côte de Saint-Blaize 
les liabitants suivants étaient établis: Simon Fournier, 
Jean-Baptiste liousseau, Adrien Leclerc, Martin Rous- 
seau, Jacques Tall)ot, Michel llarbour, Augustin Mal])oeuf, 
Alexandre Mcn-ier, Pierre Morin hls, Pierre Morin père, 
Pierre Godin, Noël Malboeuf, Jacques Picard, la veuve 
Joseph Fortin, Guillaume Lemieux tils, Pierre Boulet, 
Jacques Boulet, Josc2)h Boulet, Julien Mercier, Jean 
Mercier, Louis Fortin, Pierre Guiniard, la veuve Augustin 
(hiiniard, François ^laurice, Jean Boutin fils, Jean J^ou- 
tin i>ère, Louis Jîeaudoin, Pierre Beaudoin, Joseph Bcau- 
doin, Joseph Lessard, Etienne Morel, Pierre Poulin, 
Joseph Poulin. 

Au troisième rang ncjnmié la côte Sainte-Marie on 
comptait Antoine Morin, Simon Fournier, Michel Chias- 
son, Joseph ^Iall)oeut, Daniel Fi'ejot, (hiillaume Rouleau, 
Pierre (lodin tils, Jacciues Uaniau père, Jacques Dâniau 
lils, la veuve (k' Montéléon, Pierre (îarant, Louis Destrois- 
maisons, Charles Chartier, Pierre Buteau fils, Jean Bou- 
let, Barthéleiiii (îroguet, Jacques Daniau, Simon Talbot, 
Jacques Talbol. Josei)h Talbot, Timotliée J-*aré, Prisque 
P(julin (8). 

M. des Bergères dv Rigauvillc décéda dans la seigneu- 
rie de ijertliicr le 11 juillet ITIiO. Sa veuve décéda à 
Québec dix ans plus tard, le 9 décembre 1749 (9). 

La seigneurie de Bellechasse ou l^erthier ])assa alors 
au lils aîné de Nicolas-Biaise des lîcrgères do Rigauvillc 
et de Fi'aijçoise ^'ienllay-]*^l<•llol. 

Jean-J^ai)tiste-Marie des Bergères de Rigauvillc, né 
à Bertbier le 2S octobre 1720, fut officier dans les troupes 
du détachement de la marine. Après la conquête, lors de 
la révolte des sauvages de l'Ouest, M. de Rigauvillc fut 

(8) Avt'UX et «l^nombrements, cahier 1, folio 296. 

(9) Sur M. dcH liergêres de Rigauvllle, trolsi/^me soisneur do liollechasse 
ou Berthier, connulter notre brochure I.a raniillc <!<•>, IUtj;«"tc's «k* Kltraiivlllo. 



— 70 — 

mis à la tête des volontaires canadiens-français avec le 
grade de major. 

Plus tard, en 1775, le gouverneur Carleton récompensa 
M. de Rigauville de sa fidélité à la couronne d'Angleterre 
en l'appelant au Conseil législatif. 

Lors de l'invasion américaine de 1775, M. de Rigau- 
ville reprit les armes. On le trouve parmi les défenseurs 
du fort Saint-Jean. Fait prisonnier à Verclières par les 
Bastonnais dans l'hiver de 1775, il fut amené en captivité 
aux Etats-Unis et mourut à Bristol, Pennsylvanie, le 30 
octobre 1776. 

L'honorable M. de Rigauville s'était marié deux fois 
mais n'avait eu qu'un enfant mort au berceau (10). 

A la mort de l'honorable M. de RigauAdlle, la seigneu- 
rie de Bellechasse ou Berthier passa à son frère cadet, 
l'abbé Charles-Régis des Bergères de Rigauville, chapelain 
de l'Hôpital-Général de Québec. 

Ce saint prêtre a justement été appelé le second fon- 
dateur de l 'Hôpital-Général de Québec. C'est lui qui, 
lors des batailles du 13 septembre 1759 et du 28 avril 1760, 
donna les secours de la religion aux nombreux officiers 
et soldats blessés qui furent transportés dans cette maison. 
C'est aussi M. de Rigauville qui bénit les fosses des deux 
cents et quelques héros français et canadiens qui furent 
inhumés dans le petit cimetière de l'IIôpital-Général. 

L'abbé des Bergères de Rigauville décéda à Québec 
le 24 décembre 1780. Par son testament reçu devant les 
notaires Bcrthelot d'Ai-tigny et Jean-vVntoine Panet le 
24 juin 1780, il avait légué sa seigneurie de Berthier à 
l 'Hôpital-Général de Québec. Prévoyant sans doute que 
son testament serait attaqué ])ar des })arents éloignés mé- 
contents (le ne pas metti-e la main sur ce bel apanage, il 
e:»l)liquait les raisons do ce don à rHôj)ital-Général: 

"lo — La seigneui'ie que je j)ossède n'étant jjoint venue 

(10) Sur M. (lo liigauvllle, consulter l;i brochure déjà citée, La famille 
«les Berjî«*r(?H de Itit^aiivtlle. 




.._ 71 — 

à ma more par lioritage, mais jtar i)ur don do la part d'un 

«'traniror avant son niariaj^o avo(* fou mon poro jo no 

dois donc i ion h mos i)aronts du côté do mon pore. D'ail- 
leurs, il n'y on a (prun dans ](^ ]»ays, et il a trois mille livres 
de rente. 

"2o — Mi's vi'ais ln'ritiors selon la loi, du oôto de ma 
mère, ne sont pas rognicoles pour moi; ils sont on Europe 
où ils ont toujours été ; ils sont issus d'un premier mariage 
du ])oro do ma more, contraoto fi T.arooliollo. et dont il a eu 
un tils. . . 

''3o — Les i)arents que j'ai on Canada sont à leur 
aiso. . . à roxooi)tion d'une cousine gennaine de ma mère 
(Madoloino do L'Kstiin<ruan do Saint-Martin), fort âgée, 
dont j'ai soin, et d'uno issue do germain (Angélique Rouer 
de Villeray), à qui Jo ])rocure depuis trois ans quelques 
secours, et (pii a l)on nomlu'o do pai'07its du côté do mon- 
sieur son pci'o, ]»lnsionrs l'iclios. et d'autres plus à l'aise 
que moi. 

''('es ol)sorvations faites, no imis-jo pas on cf>nscience 
protiter du privilège de la loi anglaise qui donne toute 
lihorté en fait de testament i Xo puis-je pas faire mes 
légataires univorsollos la comnnniauté do riiô])ital-(iéné- 
ral, près do (,)uéhoc, afin do les aider à soutenir l'oeuvi-e à 
lacpiollo leur illustre fondateur Mgr de Saint-Vallioi' les 
a (lostinées. . . 

"Mettant mon tostamont sous la i)rot('('tion do la loi 
anglaise», je sujjplio le gouvornomont do faii'o attention: 
lo (^uo la .seigneurie do Herthier, qm seule forme mon im- 
mouhlc, n'est pas d'un objet bien considéi-al»l<': ])artagée 
entre tous mos i)aronts du Canada .seulement, elle n'aug- 
menterait pas leur fortune sensiblement; 2o Que ce legs 
aecordé à cette pauvie maison ne devrait jias êti-o regardé 
«•omnie une nouvelle ac(piisiton, mais conmio un faible 
rem] (lacement do la belle seigneurie do Saint-Vallier. . . 
le doul)l(! plus foi-te en cmiccssions. et, i>ar conséquent. 



... 72 - 

en rentes foncières. . . laquelle faisait et formait le prin- 
cipal objet de la fondation de l'Hôpital-Général, et qu'il 
a été obligé de vendre à vil prix pour satisfaire à des dettes 
que la cliarité et la bonne foi lui avaient fait contracter 
pour les malades français en 1759 et 1760, dont il ne lui 
a été tenu comjite par la cour de France que du quart . . . 

■ (11) 

Une i^arente de l'abbé des Bergères de Rigauville, 
madame d'Albergati-Vezza, contesta à deux reprises son 
testament devant les tribunaux, mais, chaque fois, le 30 
juillet 1785 puis le 3 juillet 1786, ceux-ci renvoyèrent son 
action en la condamnant à payer tous les frais. 

L'annaliste de rHôi)ital-Général de Québec fait de 
façon fort intéressante l'histoire de ces deux procès: 

"Enfin, au mois d'avril 1785, madame d^Albergati 
fit savoir par lettre à notre révérende mère Thérèse de 
Jésus qu'elle croyait se devoir à elle-même de faire valoir 
ses xH'étentions sur les biens de feu messire de Rigauville, 
son parent, et que les cours de justice en décideraient. 

"Certes une pareille nouvelle n'était rien moins 
qu'agréable; mais il ne pouvait être question de céder 
devant l'orage; c'eut été sacrifier les intérêts essentiels 
de la communauté, i)eut-être même compromettre son 
existence. Quelque juste éloignement qu'eussent nos 
mères pour toute poursuite judiciaire, elles en prirent bra- 
vement leur parti cette fois, se confiant dans le secours de 
Dieu et dans la justice de leur cause, et l'affaire fut portée 
devant les tribunaux. Le docteur Mabane se montra, dans 
cette occasion, comme toujours, un ami plein de zèle. Il 
sut inspirer ses sentiments à M. Gray, avocat, qu'il choisit 
pour défendre les intérêts des religieuses, et la cour rendit 
sa sentence en leur faveur le 30 juillet. 

"Madame d'Albergati cependant ne se tint pas pour 
vaincue, et elle se décida à intenter une 7iouvelle action. 
Kn annonçant aux i'('li<;ieus('s qu'elles allaient subir un 

(11) MjîP de Saliit-Viilll( r <t rilôpluil- Général de Québec, p. 441. 



— 73- 

second procès, le docteur Alabane s'empressa de les ras- 
surer; c'est ce que lit également M. Gray, et tous deux 
leur donnèrent de précieux conseils sur la manière dont 
elles devaient agir dans une aiïaire de cette conséquence. 
Nos mères, comme on i)eut le penser, attendaient de Dieu 
seul leur pi'incipal appui. Elles conunencèrent aussitôt 
une neuvaine en l'honneur du Saint Coeur de Marie. Neuf 
longs mois se passèrent dans des alternatives de crainte 
et d'espérance. Enfin, arriva le jour où le jugement devait 
être rendu; c'était le 3 juillet 1786. Pendant les heures 
de la matinée, ])lus ardentes que jamais furent les sui')pli- 
cations adressées au ciel; chacune demandait surtout une 
parfaite résignation à la volonté de Dieu, quelle que dût 
être la sentence. 

"Soudain, disent nos annales, nous aperçûmes un 
cabriolet qui venait avec une célérité telle qu'à chaque 
instant la poussière en dérobait la vue. Après quelques 
minutes d'attente, nous vîmes arriver M. Cugnet, 'un de 
nos avocats, nous annonçant avec joie que tout était en 
notre faveur. . . Un envoyé du docteur Mabane, qui .se 
flattait d'être le premier ])ortcur de la })omK' nouvelle, 
suivit dé près MM. Cugnet et Ci-ay, et alternativement, 
toute ra])rès-midi, plusieurs amis se succédèrent pour nous 
féliciter de cet heureux succès. Ayant témoigné notre 
juste reconnais.sance à tant de personnes si dévouées à 
notre cause, nous sa^tisfîmes l'impatience qui nous pressait 
d'aller rendre gloire à notre divin Sauveur, ])ar le chant 
(lu Te Dcum, J^uis, désirant laisser im monument perpé- 
tuel de cette assistance de Dieu sur notre maison et de la 
l)rotection visible de la Reine du Ciel, nous ])romîmes, 
avec l'agrément des supérieurs majeui-s, d'en célébrer 
chaque année le jour anniversaire par un salut à l'autel 
du Saint-Coeur de Marie." 

Le H juillet 1813, les Dames de l'Hôpital-CJénéral 
baillaient, cédaient, (piittaient. transpoi'taieiil et délais- 
saient, à titre de rente emjihithéotique pour vingt-neuf 
années, qui devaient finir en hS42, à Claude Dénéchaud, 






... 74 — 

député de là haute-ville de Québec, et juge de paix de Sa 
Majesté, le fief et seigneurie de Bellecliasse ou Berthier- 
en-bas. M. Dénéchaud s'engageait, entr 'autres choses, à 
reconstruire le moulin banal, à fournir aux Dames de 
l'Hôpital-Général, chaque année, quatre-cent-cinquante 
minots de bon blé loyal et marchand et à payer une rente 
annuelle de soixante-deux livres dix chelins, cours actuel 
de la Province (12). ' ^ 

M. Dénéchaud passait alors pour un des négociants 
les plus riches du Canada. Il remplit toutes les conditions 
de son bail emphithéotique et fit même plus. Il s'établit 
avec sa famille à Berthier et le manoir devint le rendez- 
vous de ses nombreux amis. Mais les mauvaises années 
vinrent et lorsque le seigneur Claude Dénéchaud décéda 
au manoir de Berthier le 30 octobre 1836, la plus grande 
2)artie de sa fortune était disparue et avec elle les amis des 
beaux jours. 

Le 1er décembre 1836, Adélaïde Gauvreau, veuve de 
Claude Dénéchaud, venait en arrangements avec les Dames 
de l'Hôpital-Général pour continuer le bail de la seigeurie 
de Bellecliasse ou Berthier aux mêmes -conditions qu'elles 
avaient faites à scm mari (13). 

Mais les revenus de madame Dénéchaud n'étaient pas 
assez considérables pour contimier le même train de vie 
qu'avait meiié son mari, et, le 28 juin 1838, les Dames de 
rHôi)ital-Général reprenaient leur seigneurie (14). Cette 
fois, elles la gardèrent jusqu'à la fin du régime seigneurial 
au Canada. 

P.-G. E. 



(12) Bail devant Plante-, notaii-R h Qn^boc, If H juillet 1813. 

(i:3) Acto devant A. -A. l'arant, notairr- à Qu6bec, 1er décembre 1836. 

<14) Acte devant A. -A. Parant, notaire à Québec, 28 juin 1838. 



— 75 



LES MEDECINS, CHIRURGIENS ET APO- 
THICAIRES DE MONTREAL, DE 
1701 A 1760 



Aux notes précédemment publiées clans le Bulletin, sur les chirurgiens 
de Montréal au dix-septième siècle, il nous est possible d'ajouter les 
suivantes qui renseignent sur les médecins, chirurgiens et apothicaires 
qui ont exercé leur art dans la région de Montréal depuis 1701 jusqu'à 
1760. 

UOl-Ui-Z — Claude Le Boiteux de Saint-Olive. Né en 1676, fils 
d'un apothicaire du diocèse de Vienne, en Daupliiné, le sieur de Saint- 
Olive fut plutôt apothicaire que chirurgien, à Montréal. Cependant, on 
lui donne les deux titres. Il épousa, d'abord, Marie- Anne Lenoir, à 
Lachine, en 1701, puis Madeleine Nai" rechoux, à Montréal, en 171 H. Son 
existence fut mouvementée. Soit qu'il fut âpre au gain ou sarcastique, 
soit qu'il fut fantasque ou grincheux, il s'attira la liaine do bien des 
gens. Aussi, a-t-il traduit devant les tribunaux des inculpés de toutes 
les classes qui l'avaient roué de couj)S. Nous en avons cité un cas entre 
autres dans le BuUeiin de 1!)1G, p. 4G. Ce curieux personnage décéda en 
juillet 1740. Il avait un sceau armorié, écartelé, de belle apparence, 
mais qu'il est inipossil)le de hlasonner parce que l'empreinte que nous en 
avons est trop réduite. 

170.") — ... Bduditu. Chirurgien-major, à Montréal. Le 7 septem- 
bre, il signe, pour \v tribunal, un rapport établissant »|u'il a visité le 
nommé Jean de Tard (ou du Tartre) dit Laverdure, soldat de M. de 
Kamezay, (pi'il a trouvé "blessé d'un coup d'épée qui prend de l'hipocondre 
gauolie et sort vers les lomljcs de nicnK! côté. Je croy (le blessé) en 
(langer de mort". 

Et il affixe un sceau composé d'un monogramme compliqué si^mouté 
d'un collier de perles. 

C'est en voiilaiif porter secours à un compagnon, le soldat Pierre 
l'allardier dit la Marine, malmené à coups do canne par les frères Rocbert 
do la Morandièn*, que du Tartre fut blessé. 

1712 — Henri lielialK-Lrvasseur. Ce chirurgien est témoin dans 



l 



— 76 — 

deux actes du notaire Senet, le 28 janvier 1729, et il demeure alors à la 
Pointe-aux-Tremble?. Le dictionnaire Tanguay nous informa qu'il était 
fils d'un "droguiste" de France et qu'il se maria trois fois. En premier 
lieu, à Québec, en 1690; ensuite, à Champlain, en 1705; enfin, à la 
Pointe-aux-Trembles de Montréal, le 25 aoiit 1712 où il convole avec 
Jeanne Arcliambault. 11 finit ses jours à cet endroit au mois de septembre 
1740. L'acte de sépulture lui accorde "environ cent ans". La veuve 
était sans doute ( !) beaucoup plus jeune que le défunt, car elle se remaria 
après neuf ans de viduité avec un nommé Maurice Lapron. 

1712 — Joseph Benoit. Né en 1672 et originaire de Fourière en 
Gatinois, il dut venir au pays avec femme et enfants. En tout cas, il 
était à Montréal en 1712 et y fit baptiser son fils Claude dont il est ques- 
tion ci-après. Il prenait d'ordinaire le titre de chirurgien-major et 
parfois celui de "médecin de Sa Majesté". 

Le sieur Benoit figure sur la liste des chirurgiens de l'Hôtel-Dieu 
entre les années 1715 et 1726 seulement, mais il ne paraît avoir cessé de 
pratiquer que quelques mois avant sa mort, survenue en novembre 1742. 

Au mois de juillet 1717, il eut un procès curieux avec cet avocat, 
Lanouillier de Boisclair, qui inaugura le service postal en ce pays et qui 
fut grand voyer de la Nouvelle-France. 

Le docteur Benoit, dont l'abbé Faillon fait des éloges dans sa Vie 
de Mlle Mance (II, 202), avait sa résidence rue Notre-Dame, tout près 
du château de Ramezay. 

Sur quelques-uns de ses rapj)orts il apposait un sceau armorié qu'on 
ne peut blasonner parce que l'empreinte n'en est pas très nette. On n'y 
peut distinguer que ceci : un cygne nageant surmonté d'une étoile. Au- 
dessus est une devise on demi-cercle dont on n'a que les premières et 
les dernières lettres. (Documents judiciaires, 19 juin 1722.) 

1718 — Pierre Puibarau, sieur de Maisonneuve. Il naquit à Bou- 
cherville en 1684. Sa mère étant devenue veuve épousa, en 1688, le 
chirurgien Tailiiandicr et l'enfant du premier mariage adopta la profes- 
sion de son beau-père. Puibarau épousa, à Montréal, en 1712, Marie- 
Catherine Lorin. 11 est gratifié du titre de chirurgien, à Montréal, le 10 
décembre 1718. Sans doute, il exer(.;ait son art depuis quelque temps. A 
partir de 1725, il eut sa demeure sur la rue Saint-Joseph (aujourd'hui 
Saint-Sulpice), vis-à-vis la rue de Bresoles, et c'est là qu'il décéda ea 



l 



I 



— 77 — 

iiuvembR' 17.")7. Nous avons publié dans le BuUetin un de ses comptes 
datant des années 1734 et 1735. Pas n'est besoin d'ajouter que, malgré 
son nom territorial, qu'il n'a rien de commun avec la famille (Mioniedey 
de Maisonneuve. Il avait un sceau (document du 10 décembre 1718) 
dans lequel on n'ajierçoit qu'une colombe. 

1724 — Timothce Siîvain. Ce médecin irlandais, dont le vrai nom 
Timothy Sullivan se transforma avec le temps et le milieu en celui de 
Timothée Silvain, d'allure plus française, aurait débarqué sur nos rives 
vers 1718. Il épousa, en 1720, Marie-Renée Gautier de Varennes, veuve 
de Christophe Dufrost de la Jemmeraye et mère de la vénérable soeur 
Youville. De ce fait, les historiens l'ont traité avec une déférence mar- 
quée. Mais le bibliothécaire de Saint-Sulpice, M. Fauteux, a cru le 
moment venu de dire toute la vérité, dans une biographie copieuse, bien 
documentée et que l'on peut lire dans le BuUetin de 1917, pp. 303 et suiv. 
11 nous suffit donc de noter ici que ce personnage, fils d'un médecin de 
Cork, se cherchant une occupation en ce j)ays, songea à celle de son père 
et qu'à l'aide d'infiuence il décrocha un brevet de médecin le 7 mars 
1724. Par là, il était autorisé à pratiquer à Montréal, "sous les ordres 
du sieur Sarrazin, médecin du roi, à Québec". 

Silvain fut un emporté "qui eut souvent maille à partir avec la jus- 
tice, mais à l'encontre de Saint-Olive, qui eut toujours gain de cause 
parce qu'il se faisait rosser, Silvain fut "maintes fois condamné à payer 
des dommages" parce qu'il était l'agresseur. 

Le sieur Silvain est porté sur la liste des chirurgiens de l'Iïôtel-Dieu 
durant les annexes 1725 à 1730. Il décéda au mois de juin 1749. 

1 727 — Joseph Istre. Originaire de l'Auvergne, le sieur Istre épousa, 
à Montréal, le 19 octobre 1727, Elisabetii, fille du chirurgien Forestier. 
On trouve plusieurs de ses ra|)ports dans les archives, entre 1731 et 1733. 
Ensuite, il quitta notre région, car lors(ju'il vend sa maison à Montréal 
(Rlanzy, 19 janvier 1755), il demeurait à Lachesnaie. 

A sa mort, survenue au mois d'avril KGO, il était rendu à Terrebonne. 

1729 — Jacques Perreau^ Fils d'un chirurgien du diocèse d'Auxerre, 
en Bourgogne, il épou.sa Marie-KIisabeth Navers, A Château-Hicher, 
en 1724. Il était rendu à Lachesnaie, dès 1720, et paraît y avoir demeuré 
jusqu'à sa mort, en 1754. Au cours de l'année 1729, il eut quelques 
difficultés au sujet de médicaments qu'il avait achetés de sou confrère, 



... 78 — 

l'Irlandais Sullivan dit Silvain. La veuve Perreau vivait encore en 1775 
et alors elle était sage-femme. (Tanguay, VI, 317.) 

1730 — Simon Lafond. Fils d'un chirurgien de Saint-Martin-les- 
bois, diocèse de Bordeaux, il fut, en la Nouvelle-France, soldat et chirur- 
gien. Lafond épousa Marie-Anne Lamothe, à Montréal, le 7 janvier 1738 
D'après les archives de l'Hôtel-Dieu, il aurait exercé sa profession dans 
cet hôpital entre 1730 et 1746. De 1750 à 1754, il est à la Pointe-aux- 
Trembles. Enfin, un acte du notaire de Courville nous apprend qu'il 
était rendu à Saint-Denis-sur-Eichelieu, en 1764. 

1733 — J.-B. Feniand SpagnioUni. Né à Rome en 1704, ce chi- 
rurgien itahen dut venir au pays avec les troupes vers 1732. L'année 
suivante, il contracta un premier mariage à Chambly. En 1737, il se 
remarie à Bouclierville ; enfin, en 1745, au même endroit, il épouse 
Françoise Boucher de Niverville. Ce "médecin-chirurgien" semble avoir 
pratiqué sans interruption au sud de Montréal. Il est mort à Boucher- 
ville, au mois de février 1764. 

1740 — Charles-Joseph- Alexandre-Ferdinand de Feltz qui vécut à 
Montréal de 1740 à 1760, au moins, et qui, pendant les quinze dernières 
années, figura sur le rôle des professionnels de l'Hôtel-Dieu, était origi- 
naire de Rabstat, Autriche. Le 4 novembre 1741, il épouse, à Québec, 
Ursule Aubert qui décède, à Montréal, en 1756. Quelques mois après, 
le 16 février 1757, il convole, à Lachine, avec demoiselle Cécile Gosselin. 
(Tanguay, III, 270.) 

Feltz prenait le titre de chirurgien-major des hôpitaux. Il demeurait 
rue Notre-Dame, côté nord, (îutre les rues Saint-Laurent et Saint-Gabriel. 
Sa profession ne kii fit pas négliger les afi'aires: il acquit, dans le faubourg 
Saint-Laurent, une terre qu'il morcela et dont il vendit les emplacements 
en 1754 et après. 

1741 — Olivier Durocher. Par son contrat de mariage (Simonnet, 
16 se[)tembre, 1741), on voit que ce chirurgien, né en 1716, était fils d'un 
"marchand drappier, privilégié du Roy", de la ville et évêché d'Angers. 
A la rédaction du document, deux de ses. confrères sont présents: Claude 
Benoist, cbirurgien-major de la garnison, et Pierre Puibarau, "maître 
chirurgien de l'Hôtel-Dieu". Quelcpies jours après, le 25 septembre, le 
sieur Durocher éj)ousait Tlicrèse Juillet. Il demeurait alors à la Pointe- 
Claire. 



... 79 — 

171 — Claude Jifiioll. Fils de .Idscpli Bciiuit, inôdiH'iii, et do 
Amie lîortliior, il naquit à Mttiitn'al en H 12 cl ('"jxnisa, au même endroit, 
le l.') janvier 174'^, Thérèse Bahv. Son ])ère, (jui aurait eessé d'exercer 
I II 1T4L paraît lui avoir laissé sa cliar^r,. d(. chirurgien-major. Il avait 
aequis (les |troj)riétés, dans sa ville natale, mais il vend le tout en 1754 
et semhle s'éloigner, du moins nous cessons de voir son nom. 

1753 — Charles DouJlon Dc.sniarcis. Xous avons déjà parlé de ,ce 
notaire-chirurgien dans le Bulletin de 19'<^(), p. 157. 

1755 — Augustin Viger. L'étude du notaire Danré de Blanzy nous 
informe que ce chirurgien vivait à Montréal, rue Saint-Paul, au mois 
de mai K.'i,'). Il était encore dans la même ville, au mois de novemhre 
1757, car alors il dépose une plainte contre son "domestique anglais Farel" 
qui l'a volé. Après le départ du sieur (Uiiton de Monrepos qui fut juge, 
à Montréal de 1741 à 17<iO, le chirurgien Viger fut chargé de l'adminis- 
tration des hiens de l'ahsent. L'on voit dans Ifétude du notaire l'anet, 
.1 la date du 4 août 17n.S, un intéressant règlement de sa gestion. 

175G — Louis-jXi^ohis Landria\i.c. Originaire de la ville de Luçon, 
I 11 Poitou, le sieur Landriaux se maria au fort Saint-Frédéric, où il était 
de la garnison, car c'«?t là que le père récollet Didace Cliché, missionnaire, 
dresse sj^ii contrat de mariage avec Marie-Anne Prudhomme, le 7 juin 
175G. Aj)rès l'ahandon du fort, Landriaux vint demeurer à Montréal et 
nous constatons, |)ar un acte du notaire de Courville, daté du 4 août 
1773, (|u'il était, à ce moment, "chirurgien en chef de l'hôpital général 
de Montréal". Evidemment, il doit s'agir de l'hôpital des Soeurs grises, 
non de l'IIôtel-Dieu. Lan<lriaux était encore à Montréal en 1777. Nous 
perdons ensuite sa trace. Sans doute, il est l'ancêtre des familles Lan- 
driault que l'on trouve maintenant dans le comté de Presc;ott et dans la 
\ill- d'Ottawa. 

1757 — IIonoré-Mnur lionnefoy. Il exerçait son art à l'île Jésus, 
• Il 1757, d'après un acte de Danré de Hlan/y, du 14 février. Mgr Tan- 
guay, au deuxième volume de son dictionnaire, note qu'il le trouve à 
Lachesnaie, le 5 juin l"(!(i et rpi'il était alors marié à Louise Pouliu. 

1757 — Phili})j)e-.l t'un-.huijUJ's Luhoi.ssière dit Luandre. Il était 
originaire de Saint-Corentin, en Bretagne. II épouse, à Montréal, le 23 
mai 1757, Marie-Amable Viger. 'On dit qu'il fut attaché à l'Hôtel-Dieu 
jusqu'en 17t!:{. Mnsiiite, il iilla [irohahlemeiit résider à la campagne, car 



— 80 — 

sa femme décède à Saint-Henri de Mascouche en 1764 et lui-même est 
signalé à la Pointe-aux-Trembles de Québec, en 1767. 

1759 — Dominique Mondelet. Soldat et chirurgien. Il épousa à 
Québec, en 1759, une demoiselle Hains et il alla vivre dans la région de 
Chambly. En 1764, il est négociant dans la seigneurie de Cournoyer. 
(Etude de Courville, 17 juin 1764.) 

C'est l'ancêtre des juges Mondelet qui jouent un rôle dans l'histoire 
de Montréal. 

1760 — J.-B. Johert. Le 4 février 1760, Jobert, chirurgien de la 
flûte du roi La Marie, épouse, <à Montréal, Charlotte Larchevêque. Il 
était fils d'un chirurgien de la paroisse Saint-Martin, diocèse de Langres. 
(Tanguay, A travers les registres, p. 176.) Nous ignorons s'il a demeuré 
parmi nous. 

1760 — Louis Ceuillier Lafourcade. Natif de la paroisse de Eabas- 
tin, diocèse de Tarbes, province de Gascogne, et probal)lemeut soldat, il 
décida de rester au pays, après la conquête. Le 26 novembre 1760, il 
faisait dresser son contrat de mariage, à Saint-Ours, par André Laurent, 
capitaine de la paroisse, "n'y ayant pas de notaire disponible". La future 
se nommait Catherine Arpain et elle n'avait que 19 hns. Quelques mois 
plus tard, le mariage étant célébré, le chirurgien déposait soû»contrat 
chez le notaire de Courville, à l'Assomption. Il portait d'ordinaire le 
nom de Lafourcade. 

E.-Z. MASSICOTTE 



ANGOVILLE* 



M. (le Saffray de Mézy, gouverneur de 1663 à 1665, était originaire de 
Caon. P>n 1664, PYrland mentionne le sieur d'Angoville, major de la garnisOn 
du fort St-Loui.s, c'est-à-dire des gardes du gouverneur. Cet homme était 
aussi de Caen et il avait dû accomiJagner au Canada son compatriote. Ango- 
viile n'est qu'un surnom à la mode do l'époque. Connaît-on le nom véritable 
du major ? Figurerait-il dans l'un des actes ou documents notariés ou autres 
déposés à Québec? Après le décès du gouverneur, M. d'Angoville serait-il 
retourné au pays natal? En 1666 et 1667 dans la recherche de la noblesse 
I)our la généralité de Caen, deux familles connues sous ce ti'tre maintiennent 
leur qualité: l<Yanc;ois de Clamorgan, écuyer, sieur d'AiiKoville, âgé de 45 
ans. marié à Léonor«> Le Monnicler, demeurant à Angovlllc, et Antoine Mau- 
voisin, écuyer, sieur d'/Xiigoville, demeurant à Banville, marié à Françoise 
de Montenay, en 16.')4. Lequel des deux a été major de Québec ? 



— 81 — 

LES HABITANTS DE LA VILLE DE 
QUEBEC EN 1769-1770 



Les ramoiunirs de cheminées ! quels intéressants personnages, direz- 
vous. Mais, oui, ce sont de très intéressantes personnes, qui ont, sans 
s'en douter, contribué à conserver des sources d'histoire qui auraient été 
jH'rdues sans eux. Ne vous récrit^z pas, ami lecteur. Je vais vous